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mardi 6 décembre 2022

Pissons utile

Il est des ressources qu'on ignore trop. L'urine par exemple. La revue Nature affirme qu'on a tort de la considérer comme un déchet dont il faut se débarrasser.
C'est ce qu'a bien compris l'entreprise française Toopi Organics qui "valorise l’urine humaine - engrais naturel riche en azote, phosphore et potassium – en développant une solution pour sa collecte, sa transformation et sa valorisation en biosolutions agricoles" (1).

"Chaque année, constate Toopi Organics, plus de 18 millions de tonnes d’engrais minéraux sont utilisés en Europe. Les engrais les plus importés sont à base d’azote (29%), de phosphore (58%) et de potassium (78%). Notre agriculture est largement dépendante de l’importation, est étroitement liée à l’exploitation de ressources non renouvelables et menace la biodiversité, notre environnement et notre santé."
Par ailleurs, "la gestion de l’urine est un problème mondial. Chaque année, en Europe, 6000 milliards de litres d’eau potable sont souillés par 200 milliards de litre d’urine. Dans le monde, 80 % environ des eaux usées sont rejetées sans traitement. Ailleurs, difficile à traiter, l’urine pollue nos ressources en eau. L’urine humaine représente 50 à 80 % de la teneur en N, P et K pour seulement 1 % du volume total des eaux usées."
Aujourd'hui, déplore Michael Roes, président de T.O., on a des usines pour fabriquer des engrais, puis des usines pour détruire ces engrais, ça s'appelle des stations d'épuration. Faut arrêter ! Ça n'a pas de sens, ce n'est pas efficace. "  (2) Dès lors, son entreprise produit un biostimulant urino-sourcé qui solubilise le phosphore retenu dans les sols et stimule le développement des plantes et des racines. Il peut être utilisé sur les grandes cultures, les vignes, dans le maraichage ou encore les cultures industrielles. La quasi totalité de la production est vendue pour les trois ans à venir et l'entreprise espère créer une vingtaine d'usines en partenariat avec des coopératives agricoles.

Cet heureux recyclage met le doigt sur une aberration tellement ancrée dans notre fonctionnement : nous utilisons des quantités astronomiques d'eau potable pour évacuer l'urine dans nos toilettes. Celles-ci consomment 30% de l'eau potable en Europe. La méthode de Toopi Organics  permet l'économie annuelle de sept milliards et demi de mètres cubes d'eau potable.

Nos sociétés dites modernes nous ont entraînés dans des consommations et des dépendances souvent absurdes. Il en est bien d'autres que celles liées à l'eau.
Ce matin, dans son billet sur France Inter, Alex Vizorek imaginait sa journée sans électricité. Et se rend compte qu'elle est dans tous les gestes de notre vie quotidienne. Lever en retard (le réveil électrique ne fonctionne pas), il ne peut se faire un café, ni prendre une douche (l'eau est froide et il n'y a pas de chauffage). Il ne peut même pas utiliser sa brosse à dents électrique. Pour aller jusqu'à la Maison de la Radio, ni RER, ni vélo ou trottinette électrique. Ne restent que les taxis ou la marche à pied. C'est à pied aussi qu'il doit monter les étages, faute d'ascenseur, pour se rendre compte  que la radio ne peut émettre et qu'il aurait mieux fait de rester chez lui.
Cuisiner, lire, s'informer, se chauffer, se brosser les dents, se raser, se déplacer, bricoler, jardiner, travailler, nous avons laissé l'électricité s'imposer dans nos vies. La nécessité d'agir désormais sobrement devrait nous amener à modifier nos modes de vie. A sortir de notre addiction à l'électricité. Si nous en sommes capables.

(1) https://toopi-organics.com/fr/
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-lundi-05-decembre-2022-9427870

mercredi 10 août 2022

Dumont le visionnaire

A l'époque, tout le monde ou presque s'est moqué de lui. De quelles bêtises venait nous parler ce clown sinistre ? Quelle mauvaise comédie venait-il jouer dans la campagne électorale de l'élection présidentielle française de 1974 ? L'agronome René Dumont avait vu clair, bien avant tout le monde, mais on ne voulait voir en lui qu'un prophète de malheur. Son message, à l'époque, sa dénonciation du pillage du tiers-monde, de la surconsommation, de la pollution, de la destruction de l'environnement, personne ne voulait les entendre. Nous voulions continuer à nous amuser, à voyager, à consommer, à dépenser sans trop compter. "Nous allons bientôt manquer d'eau", affirmait-il (1), sous les sarcasmes. Près de cinquante ans après, qui peut encore rire de René Dumont ? Le fantaisiste est devenu le sage et le rigolard est grotesque.

(1) https://www.youtube.com/watch?v=nMRFKNu0f30
https://www.youtube.com/watch?v=1_weZ8284-0

mardi 17 mai 2022

Manque d'eau

Les nappes phréatiques sont basses, très basses. Le déficit hydrique est important.
Il fait chaud. On arrose les cultures. Comme ici, en Vienne, avec cet arrosoir qui doit faire deux cents mètres de long et projette de l'eau sur la route autant que sur les champs. Nous sommes invités à économiser l'eau et l'agriculture à changer de pratiques.
Depuis le 12 mai 2022, la Vienne, comme quatorze autres départements, est en alerte sécheresse et concerné par un arrêté préfectoral limitant certains usages de l'eau.
Le message semble mal passé.


 Photo prise le 16 mai vers 19h30 à proximité de la route entre Le Dorat (87) et Le Blanc (36)

lundi 23 septembre 2019

Au feu

Ce blog a souffert de la sécheresse. Difficile de le faire vivre sans connexion Internet, ce qui fut le cas durant plusieurs jours suite à un important incendie qui a ravagé quelque quatre cents hectares de prés, de haies et de bois aux abords du village et dans l'un de ses hameaux. Le pire a été évité: aucune victime à déplorer et aucune habitation touchée grâce à l'action efficace de trois cent cinquante pompiers, dont certains venus de très loin pour combattre un feu qui, aidé par un vent assez violent, a galopé sur quatre kilomètres.
Un autre incendie s'était déclaré le même jour et sur une superficie analogue dans une forêt voisine.
Et d'autres encore dans les départements voisins de la Haute-Vienne et de la Creuse ces derniers temps.
Le département de l'Indre était devenu une véritable boîte d'allumettes, déclarait un colonel des pompiers, tant la sécheresse était extrême dans cette région, pourtant connue pour sa richesse en eau, grâce à ses "mille étangs" (qui sont en réalité trois à quatre mille), à ses mares, à ses rivières, à ses fossés remplis d'eau à ras bord en période de pluie. Mais la pluie, jusqu'à hier, n'était plus qu'un lointain souvenir. A part l'une ou l'autre rare averse, il n'avait plus réellement plu ici depuis quatorze mois, constatait récemment Christian Toussaint d'Indre Nature (1). De nombreuses rivières sont totalement sèches, avec de graves conséquences pour leur faune et leur flore. D'autres rivières, où l'on peut habituellement pratiquer le kayak, sont réduites à quelques flaques d'eau. 
Il y a une semaine, le niveau de la rivière Indre a baissé de soixante centimètre en quarante-huit heures. A Ardentes, près de Châteauroux, on est à 4% du débit habituel en septembre. La Creuse est en situation d'écoulement négatif: l'évaporation y est supérieure à l'apport en eau.
Quand ils n'ont pas été calcinés, les arbres sont gris, certains ont déjà laissé tomber leurs feuilles. Les feuilles mortes crissent sous les pas, se réduisent en miettes dès qu'on les piétine.
A Guéret, chef lieu du département voisin de la Creuse, longtemps qualifié de "château d'eau de la France", les réserves d'eau sont quasiment épuisées. Le maire, m'explique un ami néo-creusois, a acheté 16.000 bouteilles d'eau qu'il fera distribuer aux habitants le jour très proche où les robinets ne délivreront plus une goutte.

Les exploitations piscicoles, nombreuses dans le Pays des 1000 étangs, sont au bord de la faillite. La Fédération de l'Indre pour la pêche et la protection du milieu aquatique réclame "une aide financière exceptionnelle et urgente" (2). Mais on sait déjà, toutes les études l'indiquent, que cette situation, impensable il y a quelques années encore, se repètera dans les années à venir et qu'on ne pourra pas multiplier les aides exceptionnelles. Ce que vit cette région du centre de la France n'est qu'une illustration parmi tant d'autres des conséquences dramatiques du réchauffement climatique. 
Plus qu'à distribuer des aides financières aux pêcheurs, aux pisciculteurs, aux agriculteurs, aux éleveurs, aux forestiers, aux pépiniéristes, il y a une extrême urgence à changer nos modes de vie incendiaires. Ce qui passe notamment par un réinvestissement dans les transports en commun et simultanément par - la Cour des Comptes vient d'en rappeler l'importance - l'application d'une taxe carbone. Mais le gouvernement, tétanisé par les Gilets jaunes, n'en veut pas. Récemment, suite aux tensions dans le Golfe persique, le prix du baril de pétrole avait fait un bond de 15%. Immédiatement, des Gilets jaunes avaient hurlé pour exiger une garantie du maintien des prix à la pompe. Aujourd'hui, on apprend la faillite de l'agence de voyage Thomas Cook. Six cent mille voyageurs sont bloqués ici, là et ailleurs. Dont des touristes qui ont pris l'avion pour un week-end de trois ou quatre jours à Venise, Barcelone ou Vienne. Nos modes de vie basés sur un plaisir égoïste et insouciant mettent le feu à la planète. Et donc à nos villages.

Post-scriptum: Le Journal de 19h de France 3 Centre - Val de Loire de ce lundi nous apprend que le niveau de l'Indre a à nouveau baissé de 60 cm en 48 heures. Au point que la rivière est quasiment à sec. Les dégats seront irréversibles, estime Indre Nature. La moitié des cours d'eau du département sont à sec, soit 2500 km de rivière. Les autres présentent des débits de 80% inférieurs aux minima connus jusqu'ici. Et les responsables politiques restent muets face à cette situation catastrophique, dénonce Indre Nature. Il faudrait 50 jours de pluie pendant quatre mois pour revenir à une situation à peu près normale.















(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/secheresse-l-indre-a-baisse-de-60-cm-en-48-heures-des-degats-irreversibles?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=57&pageId=57da5ce5459a4552008b469a
(2) "La Fédération de pêche de l'Indre tire la sonnette d'alarme", La Nouvelle République Indre, 19.9.2019.

dimanche 12 novembre 2017

Vive la pluie

Ce matin, sur France Inter, le présentateur météo nous annonçait une triste journée. Ailleurs, on nous annonçait un temps temps maussade. Ou chagrin. Ou une journée moche, voire sinistre. Tout ceci pour nous dire qu'il va pleuvoir. Ce qui, ici, est un vrai bonheur. L'Indre est en situation de sécheresse depuis dix-huit mois. En mai - juin 2016, les rivières débordaient. Depuis lors, nous avons connu deux étés extrêmement secs et très peu de pluie. Les épisodes pluvieux ont été rares et faibles. Les niveaux des étangs et des mares sont très bas et de nombreuses rivières sont à sec. 
Les agriculteurs, les maraîchers, les éleveurs, les pisciculteurs attendent impatiement la pluie. Alors, celle qui tombe - trop faiblement encore - depuis trois jours est la bienvenue. Quoi qu'en disent les présentateurs météo qui nous entretiennent dans l'idée que la pluie est toujours regrettable.
J'ai un jour entendu parler d'un collectif qui s'est donné pour nom "Le pays où le ciel est toujours bleu". Ses objectifs et ses activités sont sans doute intéressants, mais un pays où le ciel serait toujours bleu risque fort d'être aride et sec. Et donc peu productif. 
Il va falloir s'y habituer: avec le réchauffement climatique, les journées de pluie seront vues comme de belles journées. 
Elle est pas belle, la pluie?