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mardi 9 mai 2023

Des jours sans

La religion est partout. Même dans l'énergie. Voilà qu'en Israël des juifs orthodoxes exigent une électricité casher. Le samedi, jour du shabbat, le travail est interdit pour les juifs. Seuls les médecins, les policiers et les militaires ont droit à une dérogation ce jour-là. Des élus orthodoxes se sont rendu compte que des employés travaillent le samedi dans les centrales électriques. Ils veulent dès lors le leur interdire en créant un statut spécial pour les centrales qui alimentent les villes où vivent les plus religieux : leurs employés seraient des non-juifs et elles seraient déconnectées du système général qui fournit de l'électricité non casher, car il ne peut être question de mélanger les deux. On l'imagine aisément, le dispositif à mettre en place serait d'une complexité rare et très coûteux. Ce qui n'empêche qu'une proposition de loi en ce sens vient de recevoir le feu vert du Conseil des ministres.
Actuellement, pour ne pas consommer de l'électricité non casher des familles utilisent des générateurs au fuel, très polluants. Casher ne veut donc pas dire propre. Ne pas confondre saint et sain.
Peut-on suggérer aux juifs orthodoxes de sortir de l'hypocrisie et de s'inspirer des amish ? Eux ne consomment pas du tout d'électricité.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/grille-programmes?date=08-05-2023

mardi 6 décembre 2022

Pissons utile

Il est des ressources qu'on ignore trop. L'urine par exemple. La revue Nature affirme qu'on a tort de la considérer comme un déchet dont il faut se débarrasser.
C'est ce qu'a bien compris l'entreprise française Toopi Organics qui "valorise l’urine humaine - engrais naturel riche en azote, phosphore et potassium – en développant une solution pour sa collecte, sa transformation et sa valorisation en biosolutions agricoles" (1).

"Chaque année, constate Toopi Organics, plus de 18 millions de tonnes d’engrais minéraux sont utilisés en Europe. Les engrais les plus importés sont à base d’azote (29%), de phosphore (58%) et de potassium (78%). Notre agriculture est largement dépendante de l’importation, est étroitement liée à l’exploitation de ressources non renouvelables et menace la biodiversité, notre environnement et notre santé."
Par ailleurs, "la gestion de l’urine est un problème mondial. Chaque année, en Europe, 6000 milliards de litres d’eau potable sont souillés par 200 milliards de litre d’urine. Dans le monde, 80 % environ des eaux usées sont rejetées sans traitement. Ailleurs, difficile à traiter, l’urine pollue nos ressources en eau. L’urine humaine représente 50 à 80 % de la teneur en N, P et K pour seulement 1 % du volume total des eaux usées."
Aujourd'hui, déplore Michael Roes, président de T.O., on a des usines pour fabriquer des engrais, puis des usines pour détruire ces engrais, ça s'appelle des stations d'épuration. Faut arrêter ! Ça n'a pas de sens, ce n'est pas efficace. "  (2) Dès lors, son entreprise produit un biostimulant urino-sourcé qui solubilise le phosphore retenu dans les sols et stimule le développement des plantes et des racines. Il peut être utilisé sur les grandes cultures, les vignes, dans le maraichage ou encore les cultures industrielles. La quasi totalité de la production est vendue pour les trois ans à venir et l'entreprise espère créer une vingtaine d'usines en partenariat avec des coopératives agricoles.

Cet heureux recyclage met le doigt sur une aberration tellement ancrée dans notre fonctionnement : nous utilisons des quantités astronomiques d'eau potable pour évacuer l'urine dans nos toilettes. Celles-ci consomment 30% de l'eau potable en Europe. La méthode de Toopi Organics  permet l'économie annuelle de sept milliards et demi de mètres cubes d'eau potable.

Nos sociétés dites modernes nous ont entraînés dans des consommations et des dépendances souvent absurdes. Il en est bien d'autres que celles liées à l'eau.
Ce matin, dans son billet sur France Inter, Alex Vizorek imaginait sa journée sans électricité. Et se rend compte qu'elle est dans tous les gestes de notre vie quotidienne. Lever en retard (le réveil électrique ne fonctionne pas), il ne peut se faire un café, ni prendre une douche (l'eau est froide et il n'y a pas de chauffage). Il ne peut même pas utiliser sa brosse à dents électrique. Pour aller jusqu'à la Maison de la Radio, ni RER, ni vélo ou trottinette électrique. Ne restent que les taxis ou la marche à pied. C'est à pied aussi qu'il doit monter les étages, faute d'ascenseur, pour se rendre compte  que la radio ne peut émettre et qu'il aurait mieux fait de rester chez lui.
Cuisiner, lire, s'informer, se chauffer, se brosser les dents, se raser, se déplacer, bricoler, jardiner, travailler, nous avons laissé l'électricité s'imposer dans nos vies. La nécessité d'agir désormais sobrement devrait nous amener à modifier nos modes de vie. A sortir de notre addiction à l'électricité. Si nous en sommes capables.

(1) https://toopi-organics.com/fr/
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-lundi-05-decembre-2022-9427870

lundi 29 août 2022

L'ivresse du voyage

Enfin ! Enfin, les gouvernements commencent à envisager des politiques de sobriété énergétique! Depuis le temps que les scientifiques, les naturalistes et les écologistes les y convient. 
Dans le même temps, les Américains lancent, aujourd'hui, leur mission Artemis-1. Son objectif : tester tous les systèmes nécessaires à un aller-retour Terre-Lune, avant les vols habités prévus en 2024 et 2025. Et au-delà organiser des voyages vers Mars. On se le demande : de tels voyages sont-ils compatibles avec une politique de sobriété énergétique ? On a des doutes.

Post-scriptum : Je n'y suis pour rien, mais ça me réjouit :
https://www.lalibre.be/planete/sciences-espace/2022/08/29/retour-sur-la-lune-suivez-en-direct-des-14h30-le-decollage-de-la-fusee-la-plus-puissante-au-monde-video-ZHN3IVHH6FCQPB76GJ25KLCM2M/

mardi 9 août 2022

Etrange solution miracle

C'est LA solution énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique. Le gouvernement français en est convaincu et le président Macron a annoncé la construction d'une dizaine de mini-centrales EPR. Pour eux, la production électrique doit passer prioritairement par le nucléaire parce qu'il ne produit pas de CO2. Donc there is no alternative ou si peu. 
Sauf qu'en Ukraine, deuxième pays le plus nucléarisé d'Europe, les centrales nucléaires deviennent des cibles stratégiques dont les explosions, si elles devaient arriver, auraient des conséquences totalement imprévisibles et catastrophiques pour l'Europe entière comme pour la Russie. 
Sauf que la moitié des cinquante-six réacteurs nucléaires français est actuellement à l'arrêt, soit pour entretien, soit à cause de problèmes de corrosion.
Sauf que l'EPR en construction à Flamanville depuis 2007 devait être inaugurée en 2012 et qu'il est toujours en chantier et que son budget a été multiplié par quatre, passant de 3 milliards d'euros à 12,7.
Sauf que le réchauffement climatique oblige EDF à abaisser la production d’électricité de son parc en raison des hautes températures des cours d’eau utilisés pour refroidir des réacteurs, qui mettent en péril la faune et la flore. "Face à la canicule et aux hautes températures des cours d’eau utilisés pour le refroidissement des réacteurs, explique l'hebdomadaire Marianne (1), EDF est contraint de réduire la production de plusieurs de ses centrales nucléaires, a indiqué l’entreprise ce vendredi 5 août. Chaque site dispose de ses propres limites réglementaires de température de rejet de l'eau à ne pas franchir afin de protéger la faune et la flore. Les baisses de production pour ces raisons sont fréquentes en période estivale, mais elles sont arrivées plus tôt que d'habitude cette année, c'est à dire dès le mois de mai." L'eau de la Garonne, par exemple, a atteint 28°C.

Les soutiens du nucléaire le présentent comme totalement sûr. Mais le physicien David Boilley, président de l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'ouest (Acro), rappelle (2) qu'en France le nucléaire est la seule industrie qui dispose d'un Institut de radioprotection et de sûreté (IRSN) et d'une Autorité de sûreté (ASN). "On a tendance à s'endormir là-dessus", souligne-t-il, indiquant qu'aucune autre filière énergétique n'a besoin de contrôles aussi stricts, ce qui en dit long sur sa dangerosité.
"Même à l'arrêt, écrit Télérama, une centrale nucléaire reste un système industriel éminemment complexe, vulnérable et qui peut être détourné." La guerre d'Ukraine "fait exploser les frontières supposées entre la bombe et le réacteur". Sezin Topçu, chargée de recherche au CNRS, estime que les deux filières nucléaires, civil et militaire, "sont totalement liées". 
"Face à la nouvelle donne imposée par Vladimir Poutine, écrit Télérama, il est (...) difficile de savoir ce qui nous menacerait le plus, entre le déclenchement d'une arme atomique, le bombardements de réacteurs civils ou l'accident dans une centrale assiégée..."

En octobre 2021, les engagements français sur la réduction des déchets radioactifs en mer (pour les ramener quasiment à zéro) ont été repoussés de trente ans à... 2050 ! Elle est pourtant prévue par la Convention pour la protection de l'Atlantique nord-est. Tout bénéfice pour la France. "L'usine de La Hague a les plus forts rejets radioactifs en mer, relève David Boilley. Chaque mois, elle rejette, par exemple, autant de tritium dans la Manche que ce que l'installation de Fukushima déversera dans le Pacifique en trente ans".

La France veut être indépendante sur le plan énergétique. Mais le nucléaire ne vit ni du vent ni du soleil, mais d'uranium. Or la France a fermé sa dernière mine en 2001 et se fournit à présent au Kazakhstan (sous l'orbite de Moscou), en Ouzbekistan, au Niger, au Canada et en Australie. Son uranium retraité à La Hague est envoyé dans une ville secrète de Russie pour y être réenrichi ou recyclé. Et, ajoute Télérama, "EDF est, malgré la guerre, en train de renforcer sa collaboration avec Rosatom, colosse russe des programmes nucléaires civil et militaire, pour la construction de turbines pour centrales nucléaires."
Yves Marignac de l'institut négaWatt constate qu'on compte dix-huit réacteurs de conception russe en fonctionnement en Europe. "Quiconque parle de poursuivre le développement du nucléaire au nom de la lutte climatique parle de permettre à la Russie (et à la Chine) d'exporter leur technologie et d'étendre leur influence."

Les écologistes qui s'opposent depuis toujours au nucléaire pour lui privilégier les énergies renouvelables et les économies d'énergie sont vus comme de raides idéologues. Les tenants du nucléaire, eux, ne font pas d'idéologie, juste des affaires. En souplesse.

(1) https://www.marianne.net/economie/economie-francaise/canicule-edf-contraint-de-reduire-la-production-de-plusieurs-de-ses-centrales-nucleaires
(2) Weronika Zarachowicz, "Atome - des centrales invulnérables ?", Télérama, 30.3.2022.

jeudi 12 mars 2015

Et pourtant elles tournent

"Je déteste les éoliennes, me dit cet homme. Je ne peux pas les voir. C'est moche, ça coûte cher, ça ne tourne pas, ça ne sert à rien. Vraiment, faut pas m'en parler!" Qu'est-ce qui explique que l'opposition aux éoliennes provoque une telle hystérie? Il s'avère quasiment impossible de discuter avec quelqu'un qui n'en veut pas. On sent bien qu'on se trouve face à des principes érigés en murs. Les éoliennes s'apparentent sans doute à des symboles de l'écologie et doivent gêner les autruches.
Il y a quelques années, un journal régional avait rencontré des riverains de deux parcs éoliens dans le Tournaisis. La plupart étaient, avant l'installation des moulins à vent, farouchement opposés à leur installation. Après quelques années de fonctionnement, la majorité s'y étaient habitués et nombreux étaient ceux qui avouaient n'être aucunement dérangés. Dans un couple, l'un affirmait ne jamais les entendre quand l'autre disait que leur bruit incessant l'empêchait de dormir.
A Houyet, où l'association "Vents d'Houyet" a érigé ses propres éoliennes "citoyennes", un coopérateur reconnaissait entendre leur bruit de temps à autre, mais bien moins que la chaudière de son voisin ou les camions qui passent devant chez lui.
A Saint-Georges-sur-Arnon, dans le centre de la France, dix-neuf éoliennes tournent depuis 2009 (1). Leur implantation rapporte 140.000 euros par an à cette petite commune qui les a réinvestis dans un plan environnemental global. "Comment vivez-vous la proximité de ces éoliennes?", demande la journaliste à la plus proche habitante? Elle semble surprise par la question. "Très bien, dit-elle, que voulez-vous que je vous dise de plus?". Le maire, en fonction depuis vingt ans, envisage aujourd'hui onze éoliennes supplémentaires. Les recettes seront pour les habitants. Apparemment, personne ne s'en plaint. Au contraire. Pourquoi les anti-éoliennes brassent-ils tant de vent?

(1) France 3 Centre, Journal, 9 mars 2015, 19h.

lundi 24 novembre 2014

Business as usual

Dans le nouveau gouvernement fédéral belge, très à droite, on trouve en charge de l'énergie une ministre qui n'en manque pas. Il faut le reconnaître. Marie-Christine Marghem, avant d'occuper cette fonction ministérielle était à la fois avocate, députée, échevine, elle était donc partout. A vouloir être partout, on n'est nulle part, on le sait. Elle n'a pas, de ce fait, la réputation de maîtriser ses dossiers. Mais qu'attend-on d'un politique ? Elle l'a compris. Il suffit d'avoir l'air.
Récemment, avant d'être nommée ministre, elle a rencontré, en sa qualité d'échevine, des opposants à un projet de poulailler industriel (38.000 poules) à Marquain (Tournai). Ils dénoncent un projet totalement contraire aux politiques environnementale et agricole qu'entendent mener tous les niveaux de pouvoir. "Je comprends vos arguments, leur a-t-elle dit, mais il n'y a pas une seule manière de produire et de créer de la richesse et de la valeur ajoutée." (1) La voilà maintenant ministre et elle entend bien prolonger de dix ans l'existence des centrales nucléaires de Doel (2). Elle n'a "aucun tabou", dit-elle.  Même si en tant que députée elle a confirmé il y a un an sa volonté, et celle de la majorité des élus, de sortir du nucléaire. Maintenant qu'elle est "aux affaires", elle estime sans doute qu'il faut bien que tout le monde vive.
Résumons-nous : la ministre de l'Energie est une vraie libérale qui pense comme on pensait dans les années '60 et que les affaires sont les affaires.


(1) L'Avenir - Le Courrier de l'Escaut, 7 octobre 2014.
(2) www.lalibre.be/actu/belgique/marghem-deposera-dans-quelques-jours-une-note-sur-la-prolongation-de-doel-546b90433570243a9f34c68a

dimanche 25 novembre 2012

Shit de gaz

Il ne faut pas rejeter d'emblée les immenses réserves d'énergie que représente le gaz de schiste. L'homme serait bien bête de s'en passer, pour de soi-disant raisons environnementales. Il ne faut pas se voiler la face: nos besoins en énergie ne cessent d'augmenter et les réserves de pétrole s'épuisent. Aux Etats-Unis, le gaz de schiste crée des emplois et permet de viser l'indépendance énergétique.
Le lobby schisteux est bien actif: pas une semaine sans qu'il ne soit question dans la presse de ce grand espoir. Même si en Pologne, seul Etat européen où l'exploitation a réellement démarré, les résultats sont décevants (1).
Le même lobby n'envisage évidement pas une seule seconde que nous diminuions nos consommations - on devrait dire "nos gaspillages" - énergétiques et que nous investissions dans le renouvelable. C'est le propre d'un lobby: ne voir que son intérêt, même s'il est contraire à celui de la planète. Donc de l'homme.

C'est par fracturation hydraulique que l'on libère, pour le récupérer, le gaz de schiste, ce qui nécessite d'immenses injections d'eau. Ces mêmes opérations engendrent des risques de pollution des nappes phréatiques.
L'Union européenne manque d'eau et ses ressources existantes sont trop souvent polluées. C'est ce qu'a déclaré récemment le commissaire européen à l'Environnement, Janez Potocnik (2):  "en dépit des améliorations réalisées ces dernières années, la qualité des eaux de l'U.E. laisse à désirer", affirme-t-il. Et il ajoute qu'une partie toujours plus importante de l'Europe est touchée par la rareté de l'eau, "tandis qu'un trop grand nombre d'Etats membres subissent de plus en plus d'évènements exceptionnels, tels des inondations".
Voilà qui ne modifie en rien le point de vue du lobby schisteux. Les consommations d'eau? On trouvera des solutions. Dans dix ans. Peut-être (1). Ou peut-être pas. Mais si on n'essaie pas, on ne saura pas.
Restent aussi, disent les opposants, les risques sismiques et le réchauffement climatique (3). "Pour empêcher le réchauffement de la planète, il faudra ne pas aller chercher toutes les énergies disponibles", dit José Bové qui rappelle que le méthane est vingt fois plus dangereux que le CO2 et que 4 à 8% s'en échappent dans l'atmosphère lors de l'exploitation du gaz de schiste (4).
Ce que les entreprises (en particulier Total, dont on peut difficilement considérer qu'elle soit un champion de l'écologie) investissent ou investiront dans la recherche et l'exploitation des gaz de schiste, elles ne l'investiront pas dans les énergies renouvelables. "Il faut prévoir d'énormes investissements pour aller au-delà du gaz, affirme Yvo de Boer, ancien secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur le réchauffement climatique (5). Nous devons mener une transition vers une situation où nous commençons à donner un prix juste aux choses. En ce moment, si les entreprises devaient payer pour le coût environnemental des dommages qu'elles causent, elles perdraient en moyenne 40% sur chaque euro gagné. La situation où nous sommes est que l'industrie répercute les coûts environnementaux sur la société et c'est la raison principale pour laquelle, selon moi, les technologies renouvelables et l'innovation sont perçues comme étant chères."

Malgré cela, le Parlement européen a refusé un moratoire sur le même gaz de schiste. La France, qui a pris la position inverse, est vue comme "obscurantiste" en la matière par un député UMP. Qui vit dans l'obscurité? Celui qui voit clair ou celui qui se met la tête dans le sable (ou dans le schiste) ?


(1) Le Vif, 23 novembre 2012.
(2) LLB, 16 novembre 2012.
(3) "Des climatologues ont annoncé que ce mois d'octobre (2012) avait été le 332e mois d'affilée à connaître une température supérieure à la moyenne." (L'œil du cyclone, LLB, 24 novembre 2012.)
(4) LLB, 22 novembre 2012.
(5) LLB, 23 novembre 2012.




samedi 11 février 2012

Le noir manteau de l'hiver

L'hiver sert de révélateur. Qui savait qu'autant de Belges vivaient dans des conditions aussi précaires? L'opération "Hiver 2012", lancée par la RTBF (avec, hélas parfois, des sujets aussi misérabilistes que moralisateurs), aura permis de découvrir - si on l'ignorait - qu'ils sont de plus en plus nombreux celles et ceux qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts. En particulier celui du mois qui n'en finit pas de se terminer et celui du suivant qu'on attend impatiemment. Il y a les "sans logis". Et il y a aussi les "avec logis", mais non chauffé ou inchauffable, ou les deux.
On est sidéré de constater qu'en 2012, presque quarante ans après la première crise pétrolière, tant de maisons, tant de logements sociaux, tant d'écoles ne sont pas isolés, sont équipés de simples vitrages, sont chauffés au mazout (parfois avec des chaudières du paléolithique) dont on sait depuis une éternité que les cours ne cessent et ne cesseront de s'envoler.
A qui la faute? Aux pouvoirs publics, d'une part, qui n'ont sans doute pas suffisamment investis et permis d'investir dans l'isolation et d'autres moyens de chauffage. Aux propriétaires, d'autre part. Il y a les propriétaires qui se contentent d'encaisser des loyers (parfois pour des logements qu'il serait plus indiqué de qualifier d'abris) sans investir un centime en confort et en économies d'énergie. Les conditions climatiques actuelles font apparaître les négriers du sommeil. Et il y a les propriétaires qui habitent leur propre maison. La société de consommation qui est la nôtre, et qui montre chaque jour un peu plus son absurdité, nous pousse à nous procurer toujours plus d'appareils informatiques, de téléphones portables, de home-cinémas, d'appareils électro-ménagers. Plutôt que de nous inciter à investir dans l'absence de pertes énergétiques. Et donc dans la lutte contre le gaspillage et dans l'économie.
En 1973, lors de la première crise du pétrole, les autorités nous avaient imposé les "dimanches sans voiture". On en garde un souvenir réjoui. Quel gouvernement oserait aujourd'hui, où le problème de l'énergie est plus criant que jamais, prendre la même mesure? Plutôt des dimanches sans voiture, des dimanches sans foot sur pelouse chauffée, des dimanches sans piscine tropicale surchauffée que des semaines sans chauffage. Il suffirait de cinq minutes de courage politique. Mais la croissance mène la danse. La croissance du gaspillage, la croissance de la consommation de tout et n'importe quoi, la croissance de l'absurdité, la croissance du mépris pour des situations sociales inacceptables. Mais bien réelles.

samedi 16 octobre 2010

Belge au grand pied

"La planète vivra bien sans nous, ce n'est pas elle qu'il faut sauver, c'est l'espèce humaine." Voilà en substance ce qu'a dit hier soir Alain Hubert au Foyer culturel de Péruwelz, devant une salle comble et attentive. Il y était invité par la section locale d'Ecolo et par l'ACDA. L'explorateur, président de la Polar Fondation, a présenté la Station polaire Princesse Elisabeth dont il est l'initiateur et qui a été construite au coeur du continent antarctique. Elle n'est utilisée qu'en été, quand les températures ne descendent pas au-delà des -20°C. Elle a été conçue en habitat passif et fonctionne uniquement grâce aux énergies solaire et éolienne. Donc, pas de CO2. Et, dit Alain Hubert, il faut résoudre le problème des températures excessives à l'intérieur de ce bâtiment sans chauffage. Il y fait trop chaud.
Grande particularité de cette station: la gestion énergétique par un système informatique. Des priorités sont fixées: tôt le matin, ce sont la cuisine et les salles de bain qui ont priorité, puis les espaces de travail et de recherche; le soir, c'est l'espace de détente qui est privilégié. L'énergie n'est donc pas disponible partout à tout moment, contrairement à ce que nous connaissons chez nous. On se dit que c'est là une des clés de la question énergétique qui est et sera un des problèmes majeurs de ce siècle. Changer radicalement notre manière de consommer de l'énergie, notre "culture" énergétique, on n'y échappera pas. Ou alors, si elle joue les autruches, l'espèce humaine n'échappera pas à un sort funeste qu'elle se sera elle-même inventé. C'est ce qui ressort de la conférence d'hier soir.

Au même moment, le WWF présente son huitième rapport "Planète vivante". Il porte mal son nom. La biodiversité s'est amoindrie de 30% entre 1970 et 2007. Dans les régions tropicales, le recul est de 60%, à cause de la déforestation et le changement d'affectation des terres. Les régions tempérées, elles, ont amélioré de 29% leur biodiversité. Mais qu'elles se ne rengorgent pas: elles contribuent très largement, par leur mode de consommation, à l'appauvrissement des pays du sud. Ce sont évidemment les populations les plus vulnérables qui en paient le prix.

La Terre, généreusement, nous offre 1,8 hectare par personne. En 2007, notre empreinte écologique moyenne a été de 2,7 hectares par personne. Celle du Belge est de... 8 hectares! La Belgique se classe au quatrième rang mondial, derrière les Emirats arabes unis, le Qatar et le Danemark. Et devant les Etats-Unis. Gageons qu'un gouvernement fédéral va se former au plus vite pour s'attaquer avec énergie (!) au problème. Que des mesures drastiques seront prises par tous les niveaux de pouvoir et par les citoyens. Voilà que nous apprenons que la Commission européenne a renoncé à un moratoire sur les forages pétroliers en eaux profondes. Elle invite les Etats membres à la prudence en la matière. Voilà qu'on entend déjà parler des patinoires en plein air pour la période des fêtes. Voilà qu'on lit qu'à Celles-Pecq des milliers d'habitants s'opposent à un projet d'implantation d'éoliennes. On se dit qu'il y a du travail. On se rassure en se disant qu'il y avait hier plus de quatre cents personnes dans la salle du Foyer culturel de Péruwelz. Que Marina Silva, la candidate écologiste, a recueilli près de vingt pour cent des voix aux élections présidentielles brésiliennes. Que Didier Reynders remettra à la fin de ce mois un rapport au Conseil européen sur les modalités concrètes d'une taxe carbone et d'une taxe sur les transactions financières, avec l'espoir que l'Europe l'apporte sur la table du G20. Allez, on respire.