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jeudi 13 octobre 2022

Panne des sens

L'essence manque. C'est la panique chez beaucoup d'automobilistes. La plupart d'entre eux affirment avoir impérativement besoin de leur voiture. Ce qui est parfois vrai et parfois pas. Nous avons pris de très mauvaises habitudes et trop souvent les pouvoirs publics, en délaissant les petites lignes de train ou en offrant peu voire pas de service de bus, nous ont forcés à acheter une voiture. Nous sommes habitués à avoir chacun la nôtre. On voit même des couples en France avec trois voitures. On les prend pour tout déplacement, même sur de petites distances, même plusieurs fois par jour.
Parfois, les services de transport en commun existent, mais sont trop méconnus, tant en termes de trajets proposés que de tarifs. Ce qui amène des organismes du type Pôle Emploi à organiser des formations à l'utilisation des transports en commun. Des personnes découvrent qu'un bus passe à deux rues de chez elles, qu'existent des systèmes d'abonnement, que celui-ci peut être pris en charge par l'employeur.
L'épidémie de Covid-19 avait amené de nombreuses personnes à découvrir les plaisirs et les avantages du vélo. Mais la vie redevenant normale, elles ont repris leur voiture comme elles ont oublié de se fournir auprès de producteurs locaux.

Une étude menée dans soixante pays (1) fait apparaître que la part de l'utilisation du vélo pour les déplacements quotidiens n'est que de 5% en moyenne. Alors que la part de possesseurs de vélos est souvent beaucoup plus élevée, mais la bicyclette reste un objet de loisirs utilisé durant le week-end ou les vacances et pas un moyen de déplacement quotidien. "Si chacun se déplaçait à vélo en moyenne 1,6 kilomètre par jour, soit la distance moyenne quotidienne des Danois, le monde réduirait les émissions de CO2 de quelque 414 millions de tonnes par an, soit l'équivalent des émissions annuelles de la Grande-Bretagne, selon les calculs des chercheurs. Avec 2,6 kilomètres de trajets effectués à vélo par jour comme aux Pays-Bas, on pourrait réduire les émissions de 686 millions de tonnes par an (l'équivalent des émission annuelles du Canada), sans compter les bénéfices pour la santé et pour l'amélioration de la qualité de l'air." 
Pour Gang Liu, auteur principal de l'étude, l'intérêt principal de celle-ci est qu'elle montre que le vélo a un rôle important à jouer dans la réduction de l'empreinte carbone du transport, alors que le débat tend à se focaliser sur l'électrification des voitures.

Il est urgent de sortir de la logique de la voiture individuelle et désolant de voir que dès qu'une autoroute est saturée, les pouvoirs publics se dépêchent - aujourd'hui encore - de l'élargir, que la voiture prend toujours autant de place dans les villes. Où que l'on circule, il est navrant de constater que l'immense majorité des voitures ne sont occupées que par leur conducteur. Des pouvoirs publics tentent de favoriser le covoiturage, mais on entend des automobilistes le refuser : "j'aime être seul dans ma voiture", affirmait récemment l'un d'eux dans un journal télévisé.
La pénurie de carburant que nous connaissons actuellement devrait nous amener à nous déplacer autrement. La vie normale n'est pas une vie en voiture. Cette panne d'essence devrait être l'occasion de changer de sens.

(1) https://www.lalibre.be/planete/environnement/2022/08/20/une-nouvelle-etude-pointe-les-enormes-economies-de-co2-si-on-se-deplacait-plus-a-velo-pour-les-petits-trajets-6WZJ47WY5FFX3CLROAJLV4E4MQ/
(Re)lire sur ce blog : "Nos têtes immobiles, 14.7.2022 ; "Lever le pied", 11.5.2022 ; "L'heure du vélo," 25.5.2020.

jeudi 14 juillet 2022

Nos têtes immobiles

On s'était dit qu'on allait changer radicalement et le système et notre façon de vivre et de consommer. C'était il y a moins de deux et demi, au début du premier confinement (1). On s'était dit que cette occasion-là, il ne fallait surtout pas la laisser passer. On était nombreux à croire que le changement nécessaire s'amorçait enfin, qu'on allait sortir de ce fonctionnement suicidaire. On s'était dit : c'est maintenant ou jamais. Ce sera jamais.

Tous les responsables politiques n'ont aujourd'hui qu'un souci : améliorer le pouvoir d'achat. Qui dit pouvoir d'achat dit consommation. Qui dit consommation dit production. Qui dit production dit pollution. Apparemment, personne ou presque ne se soucie de l'impact de la consommation sur l'état de la planète. Les canicules se succèdent autant que les incendies, les inondations et les divers phénomènes qui n'ont plus grand-chose de naturel. Mais l'urgence est d'acheter. Bien sûr, il va de soi que chacun doit pouvoir vivre dans des conditions décentes, payer son logement, acheter des produits de première nécessité, s'habiller, bref, assurer ses besoins basiques. Mais pour autant on ne remet pas en question nos besoins de confort, comme s'ils étaient acquis et devaient à jamais être assouvis.
Les aéroports débordent de vacanciers et les autoroutes de voitures individuelles. C'est que nous avons tant "besoin de soleil" et de "lâcher prise", entend-on un peu partout, alors que le soleil partout nous écrase et qu'on implore la pluie. 
Au moment d'écrire ces lignes, je reçois une publicité d'un supermarché du bricolage : canicule annoncée ? Qu'importe ? : achetez un ventilateur, un climatiseur, une piscine. Autrement dit : pour lutter contre le réchauffement climatique, augmentons-le. L'homme est un triste sire, figé, incapable de changer ses habitudes et qui reportera toujours sur les autres - sur celles et ceux qui gouvernent surtout - la responsabilité de ce qui (lui) arrive.

Quel responsable politique oserait conditionner l'augmentation du pouvoir d'achat à l'obtention de produits neutres en carbone ? Alors qu'on sait - que tout le monde sait - qu'il n'y a pas d'autre issue. Lequel oserait affirmer qu'il ne faut pas augmenter le pouvoir d'achat mais le pouvoir d'agir pour réduire nos consommations ? Nous nous croyons de notre temps, alors que nous restons coincés dans le logiciel des golden sixties.
A partir de 2035, il sera interdit de vendre des voitures thermiques dans l'Union européenne. Ainsi en a décidé le Parlement européen. Très bien, se dit-on. Dès lors, les voitures électriques apparaissent comme la solution. L'est-elle vraiment ? Une telle décision implique un renouvellement total du parc automobile, le fonctionnement d'aciéries, d'usines de plastique et de peintures, la circulation de cargos à travers la planète, avec leur lot - immense - de pollution. La volonté de quitter les énergies fossiles devrait être l'occasion de changer notre rapport à la mobilité. Elle ne l'est pas. La notion même de voiture individuelle est insensée. L'immense majorité des voitures est très peu utilisée. Elles nécessitent des infrastructures énormes et très coûteuses, occupent beaucoup trop de place dans les villes et les bourgs et grèvent lourdement le budget des familles. Nous n'avons pas besoin de voitures électriques, mais de transports en commun nombreux et peu coûteux, d'une politique qui chasse les voitures des villes pour laisser toute la place aux modes de déplacement doux. 

L'heure est à l'intelligence, à l'innovation, à l'audace. Sortons de nos vieux schémas, de nos habitudes mortifères, de nos façons de penser et de rouler démodées. Certains s'y sont déjà mis, tel Midipile Mobility (2) et son petit  quadricycle à assistance électrique qui permet des transports en ville de lourdes charges dans de très petits volumes. Ou encore les triporteurs de l'association Skylett à Lorient (3) qui transportent en ville les personnes âgées. L'Ademe (l'Agence française de transition écologique) lance un appel à projet d'objet roulant (4). "Soyons ambitieux, en rupture. Créons une catégorie de véhicules sobres et efficaces, peu coûteux, interopérables au sein d'un écosystème local cohérent. Simples à assembler, utilisant des composants standards, recyclables, optimisés pour chaque usage, ils ouvriront des espaces de créativité aux urbanistes, aux maires, aux aménageurs pour faire évoluer l’espace public. Faisons ainsi émerger de nouvelles industries, de nouveaux métiers." 

Résumons-nous : il est urgent de devenir intelligent.

(2) https://midipile.eu/
(3) https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-lorient-des-velos-triporteurs-pour-aider-gratuitement-les-personnes-agees_fr_62556face4b0be72bfeec942
(4) https://xd.ademe.fr/

A lire : Numéro spécial de Charlie Hebdo : "Voiture électrique - dernière arnaque avant l'apocalypse"

Post-scriptum : à lire aussi : 
https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/07/16/on-trottine-lentement-derriere-un-climat-qui-change-vite_6135018_3244.html

mercredi 11 mai 2022

Lever le pied

Il fait chaud, trop chaud pour la saison. Et beaucoup trop sec. Les nappes phréatiques sont insuffisamment rechargées. A ce jour, quinze départements français ont déjà franchi le seuil de vigilance. Ici, nous sommes en phase de vigilance et tous invités à économiser l'eau. Les agriculteurs sont très inquiets. Les récoltes s'annoncent déjà faibles. Les chenilles n'ont jamais été aussi nombreuses et dévorent les feuilles des fruitiers.
Ailleurs dans le monde, dans de nombreux pays d'Afrique notamment, la situation est totalement catastrophique. On ne se souvient pas y avoir vu tomber la pluie. Les récoltes sont réduites à néant. En Asie, les canicules risquent de tuer des millions de personnes, le seuil maximal de chaleur humide que l'homme peut supporter y est largement dépassé. " “Mourir de chaud” n’est plus seulement une expression en Inde et au Pakistan., écrit le HuffPost. Les deux pays de l’Asie du Sud subissent des vagues de chaleur sans précédent depuis deux mois. Les températures y sont infernales et atteignent un pic ce mercredi 11 à plus de 50°C. La chaleur, combinée à des niveaux élevés d’humidité, dépasse déjà le seuil limite de survie des personnes se trouvant à l’extérieur pendant une période prolongée"
La Sibérie est en feu, mais le président russe préfère, pour des raisons que lui seul comprend, faire la guerre à l'Ukraine, participant plus encore au réchauffement climatique et augmentant les risques de pénurie alimentaire.

Des mesures drastiques doivent être prises d'urgence pour, si pas inverser la tendance, au moins ralentir nos consommations d'énergie fossiles et donc notre production de CO2. Mais qui le veut vraiment ? Ni les gouvernements, ni la majorité des citoyens. Et pourtant... Si nous suivions les recommandations du GIEC et de l’AIE (l’Agence Internationale de l’Energie), "nous pourrions, à l’échelle européenne, réduire notre consommation de pétrole de 2.7 millions de barils par jour, ce qui équivaut à notre importation russe". C'est Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque (qu'on imagine pas, a priori comme un écolo intégriste) qui le dit (1).
Nous pourrions, par exemple, dès demain, abaisser les limites de vitesse d’au moins 10 km/h sur les autoroutes. "Pourquoi donc ne pas imposer sur les autoroutes dans toute l’Europe une vitesse limitée à 110 km/h pour les voitures et à 90 km/h pour les camions, sans exception ? Et mettre en place, un maillage de radars pour éviter le moindre écart. Un système d’amendes progressives pourrait être imposé et les montants ainsi récoltés pourraient approvisionner un fonds d’aide aux plus précarisés et les plus touchés par la hausse des prix de l’énergie." Le gouvernement français avait, il y a quelques années, imposé une vitesse maximale sur les routes de 80 km/h. Mais devant la levée de boucliers du lobby automobile ardemment soutenu par les Gilets jaunes il avait battu en retraite et laissé la main aux départements qui, nombreux, ont courageusement décidé de rétablir la limite à 90 km/h. Des automobiles vivant en milieu rural affirmaient qu'ils n'avaient "pas le temps de rouler moins vite". Demain, auront-ils le temps de lutter contre les incendies qui menaceront leurs maisons ? Faire passer la limitation de vitesse sur autoroute de 130 à 100 km/h revient à diminuer de 15% nos consommations de carburant et dès lors notre pollution (et nos dépenses). Les Américains et les Canadiens qui circulent dans des espaces autrement plus vastes que les nôtres n'ont pas l'air particulièrement malheureux d'être limités à 100 km/h.

Selon l’AIE, "l’instauration d’un jour de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de pétrole d’environ 170.000 barils par jour. À court terme, l’instauration de trois jours de télétravail par semaine permettrait de la réduire d’environ 500.000 b/j".
Autre mesure proposée : sortir la voiture des centres urbains. Si les voitures ne circulaient pas dans les grandes villes européennes les dimanches, ce sont 380.000 b/j qui seraient économisés à court terme. Ce qui ferait le plus grand bien aux inertes que nous sommes devenus en nous poussant à marcher et à rouler à vélo. Et à prendre des transports en commun qui doivent être rendus plus abordables.

Autres mesures à encourager :  le covoiturage et le choix du train à grande vitesse ou des trains de nuit plutôt que de l’avion chaque fois que c'est possible. "Selon l’AIE, ces mesures appliquées dans l’ensemble des pays avancés permettraient en quatre mois de réduire la consommation de pétrole de 2.7 millions b/j, ce qui représente ce que l’Europe importe comme pétrole de Russie. Et si ces mesures ne sont pas justes limitées à quatre mois, mais définitivement imposées, tout en étant évidemment accompagnées des mesures que le GIEC demande de prendre urgemment dans tous les autres secteurs, elles permettront d’accompagner la transition énergétique. Il s’agit en plus de mesures facilement adaptables pour nos sociétés et que les consommateurs peuvent intégrer dans leur quotidien sans que cela soit perçu comme brutal et ingérable. Cela demande juste à nos gouvernements d’adopter ces nouvelles normes de façon concertée. L’Europe a montré avec la guerre en Ukraine qu’elle est capable d’adopter une position commune et le défi climatique ne pourra se résoudre que tous ensemble."

On le sait, les gouvernements sont très réticents à prendre des mesures qui pourraient fâcher leur électorat Sauf si les citoyens agissent en citoyens responsables plutôt qu'en enfants gâtés qui veulent que soient prises des mesures de lutte contre le réchauffement climatique qui ne modifient en rien leurs habitudes assassines pour la planète et ses habitants. 

(1) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/05/10/il-netait-pas-utopique-de-reduire-facilement-notre-consommation-de-petrole-de-27-millions-barilsjour-DQ3QFE6GMFCLTI6AU22LGTOJ44/ 

samedi 16 avril 2022

Des nouvelles de la France profonde

A la campagne, on ne peut se passer de voiture. C'est ce qu'on entend dans tous les reportages sur la mobilité. C'est ce qu'on constate autour de nous. 
Avec cet homme qui cinq ou six fois par jour sort en voiture de chez lui pour y revenir dix, quinze ou trente minutes plus tard, sans qu'on ne sache où il va, faire un tour, relever des collets, acheter un pain ou visiter ses bêtes.
Avec cette femme en parfaite santé qui quotidiennement prend sa voiture pour se rendre à la boulangerie à 200 ou 300 mètres de chez elle.
Avec cette femme jeune qui deux fois par jour promène ses chiens, eux trottinent, elle les suit en voiture.
Le vélo et la marche sont devenus ici, au milieu de la nature, des pratiques exceptionnelles. La voiture un usage qu'on s'impose sans même y penser. 

J'attache mon vélo devant la supérette d'un village voisin. Un homme masqué en sort, il semble avoir le même âge que moi, celui d'un retraité. Il me regarde droit dans les yeux. Je lui dis bonjour. Il se retourne, entendant une alarme de voiture dans son dos. Il me fixe à nouveau. Je lui dis : je vous disais juste bonjour. "Oui, ben, c'est bon !", me crache-t-il en s'éloignant.

Au Conseil municipal, il est question d'un label bio que peut obtenir la commune parce qu'une part importante de sa superficie agricole est cultivée en bio. Plusieurs conseillers n'en veulent pas. "Le bio, c'est de la merde!". "Si tu crois que tu vas nourrir la planète avec du bio..." "Faut arrêter avec le bio, c'est n'importe quoi !". 

Parfois, je me demande qui peut bien voter pour la Le Pen.

Voilà des nouvelles de la France profonde. Mais comment appelle-t-on l'autre France? La France légère, la France de surface, la France superficielle?

Dans la même série, (re)lire sur ce blog
"Des nouvelles de la France profonde", 17.1.2019, 17.6.2018, 10.10.2017 et 8.10.2016 ;
"Pour éviter le torticolis", 1.8.2016 ; 
"Carnet rose", 2.8.2016

lundi 25 mai 2020

L'heure du vélo

La voiture arrive à très grande vitesse sur cette petite route de campagne, entre Haute-Vienne et Creuse. Elle dépasse celle qui est derrière nous, mais reste collée à notre pare-chocs, à cause de véhicules qui arrivent en face, à cause d'une ligne blanche, d'un stop. Son conducteur porte un grand chapeau de chasseur, son gilet jaune fièrement posé sur le tableau de bord. Enfin, il peut nous dépasser. Il tapote ostensiblement son index sur sa tempe. Pour nous indiquer que nous sommes fous de ne rouler qu'à 80 km/h, suppose-on. Il disparaît très vite au loin. On est toujours le fou d'un autre. Ce type de conduite automobile nous apparaît comme une pratique d'un autre âge. Du temps d'avant.

Avant la pandémie qui a fait chuter drastiquement le trafic automobile, l'utilisation de la voiture était déjà en baisse en Belgique (1), au contraire de celle de la bicyclette et des transports en commun et de la pratique de la marche à pied. Même si la voiture reste le moyen de transport principal. Mais les tendances étaient encourageantes et le sont plus que jamais.

En France, l'usage du vélo a augmenté de 44% la première semaine du déconfinement.
En Colombie (2), la bicyclette est plus utilisée que jamais. Un médecin de Medellin, ville habituée aux pics de pollution, circule à vélo trouvant la qualité de l'air différente grâce à la forte diminution du trafic causée par le coronavirus. Une piste cyclable temporaire a été aménagée par la ville, d'une longueur d'une vingtaine de kilomètres qui s'ajoutent aux 120 déjà existants. Dans l'est de la ville, une rue a été réduite de moitié pour donner de la place aux vélos tout autant qu'aux voitures. Un cuisinier s'en réjouit: à vélo, grâce à ces pistes, il met maintenant deux fois moins de temps qu'avant pour parcourir les 15 km qui sépare sa maison de son lieu de travail
Madrid a interdit le week-end le trafic de voitures sur ses principaux axes de circulation.
A Barcelone (3), les rues ont été réorganisées pour faire la part belle aux piétons et aux cyclistes. Dans l'urgence, mais avec des perspectives de pérennité et même d'améliorations.
Quarante-quatre rues sont devenues provisoirement piétonnes, des trottoirs ont été élargis pour que les piétons puissent se croiser sans se toucher et 21 km de pistes cyclables supplémentaires ont été créés.
"Cela fait plusieurs années que nous avons un plan de transformation de l'espace public pour que les citoyens puissent se le réapproprier, c'est leur droit", explique l'architecte de la mairie. "C'est un bon moment pour accélérer la transformation de l'espace public vers cette nouvelle mobilité. Cela nous pousse aussi à repenser l'espace public, à prendre des mesures pour que la voiture individuelle ne soit pas la première option pour se déplacer. C'est pour cela qu'on donne plus d'espace aux piétons et aux cyclistes et qu'on va moderniser les transports en commun" Avec une circulation automobile quasi nulle pendant les deux mois de confinement, la pollution a chuté de 60% à Barcelone.
"Barcelone est une ville qui a été conçue pour la voiture, déplore un responsable de Greenpeace, et la répartition de l'espace est injuste: 40% des déplacements se font à pied ou à vélo, 40% en transports en commun et seulement 20% ou moins en voiture ou à moto. Ce qui signifie qu'on offre tout l'espace public au mode de mobilité le moins utilisé par les habitants, alors que la voiture reste la première source de gaz à effet de serre et qu'on est en pleine urgence climatique."
Le patronat catalan, lui, a demandé à la mairie de faciliter l'accès des voitures individuelles au centre-ville. "C'est absurde d'exclure les voitures pour des raisons purement idéologiques", affirme un responsable de l'association Foment del Trebal qui estime que la population âgée a besoin de sa voiture. Le climat fait-il de l'idéologie?

Il faudra bien qu'un jour prochain on change nos critères d'évaluation, qu'on mesure la bonne santé d'une société au nombre de ses cyclistes, de ses trotinetteurs et ses marcheurs et non aux ventes de voitures neuves. Ce jour-là, on aura avancé...

Post-scriptum du 27 mai.
Ne crions pas victoire trop vite. La Ville de Marseille vient de fermer une piste cyclable qu'elle venait d'ouvrir il y a cinq jours. Oui, 5 jours. Motif : pas assez de fréquentation. Les cyclistes pointent du doigt le lobby automobile qui ne supporte pas de devoir faire de la place à d'autres moyens de mobilité. (France Inter, Journal de 13h, ce jour)

mardi 20 novembre 2018

Le désert gagne

La France rurale se désertifie. Entendez par là que les jeunes s'en vont là où ça brille, là où il y a de la lumière, des commerces, des écoles, un bon réseau téléphonique et peut-être du travail. Suite logique de cet exode, les maternités tournent au ralenti. Ce qui arrange visiblement assez bien les responsables publics de la santé qui s'empressent de fermer des institutions considérées comme non rentables. Que les mères aillent accoucher ailleurs. Plus loin. Et qu'elles possèdent une bonne voiture pour aller jusque là. Des associations de citoyens à raison fâchés se constituent au Blanc, à Vierzon, dans différentes villes qui voient fermer leur maternité. Elles dénoncent la spirale: sans maternité à proximité, les jeunes couples risquent de se rapprocher des villes, plus sécurisantes à certains égards. Les écoles rurales fermeront, faute d'enfants en nombre suffisant. Les commerces feront de même. Les gares aussi.

Reste que la fermeture de maternités est aussi (d'abord?) due à un manque de médecins. Ils font comme les jeunes, vont là où ça brille. Dans les grands centres hospitaliers ou dans le midi. Mieux vaut ne pas être malade en Moselle, dans le Finistère ou dans l'Indre. Certains médecins sont attirés en France depuis la Roumanie. Au détriment de la population roumaine. On lutte contre la désertification médicale en en créant une autre. Alors que jamais autant de médecins n'ont été diplômés en France.
Les enseignants et tant de fonctionnaires travaillent là où leur autorité de tutelle les désigne. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour les médecins? Leurs longues et coûteuses études sont en bonne partie payées par la collectivité. Il ne serait que logique que les médecins, durant une période au moins égale à celle de leur formation, paie une part de leur dette à la société en se rendant utiles là où ils sont attendus.

Les gilets jaunes grognent et tempêtent contre le prix des carburants. Nous n'avons pas d'autre alternative que la voiture individuelle pour aller travailler, disent-ils. Ce qui est parfois vrai, parfois pas. Le confort qu'offre notre sacro-sainte bagnole nous a donné de mauvaises habitudes, polluantes à bien des égards. Le co-voiturage reste trop peu pratiqué. Des bus circulent parfois vides ou presque. Et le télétravail n'est pas assez développé. Il éviterait des déplacements que les moyens informatiques actuels rendent parfois inutiles.
Qu'on le veuille ou non, il va bien falloir admettre que pour des raisons tant écologiques qu'économiques le temps de l'usage immodéré de la voiture individuelle est terminé.

Il est urgent de monter de vrais projets de territoire, à partir d'une réflexion globale liant lutte contre la désertification, production alimentaire locale, mobilité, travail à la campagne (notamment via le télétravail dans des espaces de co-working), santé, formation, valorisation et préservation des ressources locales. Il est urgent de penser autrement. De vivre autrement.
Vivre et travailler au pays, réclamait-on en 1977. Quarante ans après, c'est le seul choix que nous pouvons faire. 


jeudi 11 octobre 2018

Jusqu'au bout

Le GIEC vient de publier son nouveau rapport: le réchauffement climatique va atteindre 1,5°C en 2030. Au-delà, les risques sont nombreux - on les connaît déjà, mais ils seront pires encore: canicules, extinctions d'espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans, etc. Si on en reste aux accords de Paris de 2015, la hausse des températures atteindra allègrement les 3°C à la fin du siècle. Et ce sera une vraie catastrophe. On ne donne pas cher de la survie de quantité d'espèces, dont l'humaine. Il faut dès lors, dit le Giec, engager des transformations "rapides et sans précédent".

Que fait l'homme par rapport à ces menaces? Il garde son sang froid. Il reste mobile. 
Il prend l'avion et le prendra de plus en plus, avec l'aide notamment de Ryanair qui envisage l'ouverture de nombreuses lignes nouvelles. A Bruxelles, par exemple, il en annonce six et une augmentation du nombre de vols sur d'autres lignes déjà ouvertes.
L'homme part aussi en croisière sur les mers et les grands fleuves sur des paquebots qui transportent 3 ou 4.000 voyageurs et émettent autant de particules fines qu'un million de voitures.
L'homme va aussi tranquillement au salon de l'auto à Paris où il rêve de s'acheter un SUV. Il n'en a pas besoin, mais ce type de véhicule lui donne une allure d'aventurier urbain. "En 2009, écrit Fabrice Nicolino (1), les SUV ne représentaient que 6% des ventes de voitures neuves en France. On en est à un tiers. (...) Au plan mondial, cela donne 5 millions de SUV vendus chaque année en 2000, 20 en 2015, et 42 d'ici à une douzaine d'années." Comment s'étonner que les émissions de CO2 des voitures neuves repartent à la hausse depuis 2016? Ces monstres de la route prennent tellement de place que les rues des villes sont trop étroites pour les accueillir. Aux Etats-Unis, on détruit des parkings pour en construire de plus larges. En Suisse, on envisage d'élargir d'un demi-mètre au moins les voiries pour permettre la circulation des SUV. 
On voit par là que l'homme a le sens des priorités. Un sens particulier.



(1) "Salon de la bagnole, Trucage et enfumage", Charlie Hebdo, 26.9.2018.