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lundi 15 décembre 2025

Le RN, vassal de Trump et de Poutine

Que ça se sache, que ça se dise : voter pour le Rassemblement national, c'est voter Trump et Poutine. C'est faire leur jeu, se ranger du côté de la guerre, militaire comme économique et sociale, s'opposer à la démocratie, viser la fin de l'Union européenne. Voter pour tout parti d'extrême droite, c'est participer aux mêmes objectifs.
Tant Trump que Poutine prétend vouloir se replier sur son territoire. En réalité, tous deux rêvent - de moins en moins secrètement - de se partager le monde et d'en finir avec la démocratie. D'exercer un pouvoir le plus absolu et le plus large possible. Et ils savent qu'ils peuvent y parvenir en flattant et en utilisant les partis qui se disent patriotiques et qui sont surtout partisans du repli nationaliste et du totalitarisme.
"Dans leur stratégie de sécurité nationale, Donald Trump et ses idéologues exposent leur intention d'intervenir sur le continent européen, écrit Béatrice Delvaux (1), pour lutter en fait contre les gouvernement élus, en soutenant les partis patriotiques européens. L'objectif ? Aider l'Europe à corriger sa trajectoire actuelle par la promotion du renouveau spirituel, de l'essor des partis patriotiques, de la démocratie authentique, la liberté d'expression et la célébration sans complexe du caractère et de l'histoire propres à chaque nation européenne."
Récemment, Elon Musk a écrit que "l'Union européenne devrait être abolie et la souveraineté retourner aux pays individuels de façon que les gouvernements représentent mieux leurs peuples". Le vice-président russe Dmitri Medvedev s'est dépêché de l'applaudir : "Exactement" a-t-il réagi.
Leurs peuples devraient les prendre au mot et en faire de même, en finir avec la Fédération de Russie. Les 170 ethnies ou les 89 entités qui la composent devraient prendre leur souveraineté. Les 50 Etats fédérés des Etats-Unis devraient eux aussi prendre leur indépendance.

"Les prochains objectifs, écrit Béatrice Delvaux, devraient être la France en 2027 et la conclusion de la paix de Poutine en Ukraine. Un axe Washington-Paris-Moscou, passant par Budapest, qui ne ferait plus qu'une bouchée de l'Union européenne ? Cela ne relève plus de l'utopie, et pourrait même se vérifier à une échéance proche."
Des partis comme le RN n'ont rien de patriotique, ils savent que pour arriver au pouvoir ils ont besoin de Trump ou de Poutine, ils sont fascinés par ces brutes qui plus elles seront puissantes, plus elles domineront le monde et leur permettront à eux, partis nationalistes, de jouer les vassaux dans leur arrière-cour.

(1) Béatrice Delvaux, "Il est J-1 pour l'Europe démocratique", Le Soir, 8.12.2025.

dimanche 23 mars 2025

Le courage

Alexander Skobov est de ceux qui forcent le respect et l'admiration. A l'âge de dix-neuf ans, il avait été arrêté pour avoir publié un magazine critique du gouvernement soviétique et avait été condamné à suivre un traitement psychiatrique dans un hôpital pénitentiaire pendant trois ans. Ce traitement ne l'a pas brisé. Ce « marxiste n’acceptant pas le régime soviétique » a une nouvelle fois, en 1982, été condamné pour « propagande antisoviétique » et contraint à un nouveau traitement psychiatrique. Il a alors passé cinq ans à l’hôpital, avant d’être libéré à l’été 1987. Ce traitement ne l'a pas brisé. Professeur d’histoire, il est resté actif politiquement et s’est opposé dès le début à Poutine qu'il qualifie de "nouvel Hitler". Vendredi, il a été condamné à seize ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « participation aux activités d’une communauté terroriste ». La Russie, comme tous les régimes totalitaires, accuse ses opposants de ses propres crimes. 

Alexander Skobov s'est rangé, dès les premières invasions russes, du côté de l'Ukraine. "La Russie n’était attaquée par personne, elle n’était menacée par personne. C’est le régime nazi de Poutine qui a attaqué l’Ukraine. Uniquement au nom de la mégalomanie de ses dirigeants, et de leur soif inhumaine de domination sur tout ce qui les entoure. Ils affirment leur pouvoir en tuant des centaines de milliers de personnes. Ce sont des dégénérés, des rebuts de l’humanité, une racaille nazie. La culpabilité de la dictature nazie de Poutine dans la préparation, le déclenchement et la conduite d’une guerre d’agression est évidente et ne nécessite aucune preuve. De la même manière, notre droit à une résistance armée contre cet agresseur, que ce soit sur le champ de bataille ou de l’intérieur de son territoire, ne nécessite aucune justification. Mais il serait risible d’attendre une telle reconnaissance de la part d’un régime qui jette les gens en prison simplement parce qu’ils ont exprimé une condamnation morale de l’agression. Toutes les possibilités de protestation légale contre l’agression de la Russie de Poutine ont été anéanties."

Alexander Skobov savait qu'il retournerait en prison. Lors de son procès, il a dénoncé le rapprochement entre Moscou et Washington : « Depuis 1945, l’Europe construit un monde sur les principes du droit, de la justice, de la liberté et de l’humanisme. Aujourd’hui, ce monde est mis en pièces par deux scélérats des deux côtés : le Kremlin et Washington, où des personnes aux valeurs profascistes sont arrivées au pouvoir. Nous assistons à une tentative répugnante de conspiration purement impérialiste entre deux prédateurs, encore plus vile que les accords de Munich de 1938. » Alexander Skobov va être envoyé dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité. Il ne fera pas appel. "Je n’ai rien à débattre avec les marionnettes de la dictature sur la manière dont elles appliquent leurs lois, déclarait-il en janvier dernier. De toute façon, ces lois sont celles d’un État totalitaire, conçues pour réprimer la dissidence. Je ne reconnais pas ces lois et je ne m’y soumettrai pas. Que les armes parlent pour moi. Je ne ferai pas non plus appel contre les décisions ou actions des représentants du pouvoir nazi. Je ne cherche pas la clémence de mon adversaire armé."

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/21/russie-l-historien-alexander-skobov-condamne-a-seize-ans-de-prison_6584368_3210.html
https://desk-russie.eu/2025/01/27/je-nai-rien-a-debattre-avec-les-marionnettes-de-la-dictature.html

lundi 4 octobre 2021

A.u. la fo.u.lle !

Voilà que l'on apprend (1) qu'un projet de décret en Communauté française de Belgique rebaptisée Fédération Wallonie-Bruxelles entend imposer l'usage de l'écriture inclusive tant à l'écrit qu'à l'oral. Depuis quand le politique se mêle-t-il de fixer les règles du langage ? Dans quel type de régime est-on alors ? Cette imposition nous donnerait un langage et une écriture moches, illisibles, inécoutables, impraticables, mais si politiquement correct.e.s qu'on se croirait dans 1984. La novlangue est l'expression d'une doctrine totalitaire. Y aura-t-il une police de la langue? Ce projet fait froid dans le dos.

(Re)lire sur ce blog: "Quotidien de la femme",  8.3.2018

(1) https://focus.levif.be/culture/livres-bd/decret-sur-l-ecriture-inclusive-mais-que-font-les-flic-quette-x-s/article-column-1475541.html

dimanche 8 avril 2018

Cinq minutes de courage politique

Ils se sont choisi un nom simple, qu'ils estiment rassembleur. Leur parti s'appelle tout simplement Islam. Et ils se disent prêts à présenter des listes dans 28 communes en Wallonie et à Bruxelles aux élections communales d'octobre. Ils veulent faire de la Belgique un état islamique et y appliquer la charia. Mais qu'on se rassure: ils sont bien sûr démocrates. La preuve, c'est qu'ils acceptent des femmes sur leurs listes. Mais pas en tête de liste, la démocratie est plaisante mais il ne faudrait quand même pas la laisser glisser vers de telles dérives. "Ce que l'on prône, explique un de ses fondateurs, c'est qu'il y ait d'office un homme qui soit positionné en tête de liste. Un homme vrai, courageux. (...) L'homme devant, la femme derrière, et comme ça elle se sent en sécurité." (1) Il propose les mêmes places dans les transport en commun: les hommes devant, les femmes derrière. Une question de sécurité toujours. Et de bon sens, dit-il.
On peut se demander ce qu'est "un homme vrai, courageux". L'écrivain algérien Boualem Sansal a des réponses: chez les islamistes, "la rigidité, le formalisme, le refus de la négociation et du compromis sont vus comme des valeurs viriles donc positives par définition, alors que la souplesse, le pragmatisme et la composition sont des valeurs négatives, propres aux femmes" (2).
On peut imaginer que les femmes élues sur ces listes, ces femmes de l'arrière, se poseront comme les représentantes des femmes au foyer, des mères, des bonnes épouses. Que, si certaines d'entre elles devaient être élues au niveau fédéral, elles se battraient pour repénaliser l''avortement, pour ne plus obliger les filles à aller à l'école, pour obliger les femmes à se voiler. Mais peut-être ne devront-elles même pas perdre leur temps à tirer la société en arrière: le grand avantage de la charia, c'est qu'on n'a plus besoin de parlement. Les lois ont été écrites une fois pour toutes. Plus besoin de juges et de tribunaux non plus, les imams rendront leurs sentences. La charia, c'est une sacrée économie pour un Etat.

Ce parti a donc choisi de s'appeler Islam, mais aurait dû, plus pertinnement, s'appeler Islamisme. C'est à une récupération politique des musulmans qu'on assiste. Le parti entend les représenter tous, dans sa volonté de renforcer le communautarisme.
Pour l'instant, à ma connaissance, seuls des partis de droite (NVA, VLD, MR) ont protesté contre ce parti et ses positions antidémocratiques. Richard Miller, député réformateur, veut même interdire ce parti dont le projet "va à l'encontre de nos libertés et des droits fondamentaux inscrits dans la Constitution" (3). A gauche (ça devient une habitude sur les questions d'islamisme), on n'entend qu'un silence gêné. Ce serait bien que - enfin - les partis de gauche osent aussi dire non, osent rappeler qu'il y a des règles à la démocratie, que les droits de l'homme - et plus encore de la femme - doivent être respectés. Qu'ils cessent de se taire par crainte de perdre des électeurs, qu'ils cessent, par leur silence, de jeter des électeurs dans les bras de l'extrême droite. Ce serait bien aussi que les musulmans démocrates s'opposent à cette dérive totalitaire de leur religion.

Post-scriptum: à lire à ce sujet, l'opinion d'Etienne Dujardin:
http://www.lalibre.be/debats/opinions/ignorer-l-islamisme-ou-le-parti-islam-ce-n-est-pas-la-solution-opinion-5acb1adccd702f0c1aca7e6b

(1) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/communales-une-femme-ne-peut-pas-etre-tete-de-liste-selon-le-fondateur-du-parti-islam-5ac71f9bcd702f0c1abcc741
(2) Boualem Sansal, "Gouverner au nom d'Allah - Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe", Gallimard, 2013.
(3) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/richard-miller-mr-veut-interdire-le-parti-islam-5ac89a3bcd702f0c1ac20354
http://www.levif.be/actualite/belgique/le-parti-islam-croit-en-l-avenir-islamiste-de-bruxelles-maingain-veut-le-faire-interdire/article-normal-823059.html
http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/vives-reactions-du-monde-politique-flamand-au-programme-du-parti-islam-5ac7bce4cd709bfa6b37b88b
http://www.lesoir.be/149912/article/2018-04-07/zuhal-demir-n-va-le-parti-islam-nest-que-la-partie-emergee-de-liceberg