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samedi 29 novembre 2025

La vie des autres

Répondre à la violence par la violence, à la haine par la haine, c'est tout ce que sait faire le gouvernement israélien. Deux Palestiniens qui se rendaient à l'armée israélienne ont été tués sciemment en Cisjordanie (1). Des documents filmés en attestent. Et alors ? Quelle importance ? C'étaient des terroristes, balaie le ministre de la Sécurité nationale. Il sait qu'il a l'opinion publique avec lui. Cette exécution, rapportait hier un journaliste de France Inter, laisse la population israélienne indifférente. Depuis le 7-octobre, seuls les rares médias de gauche et quelques ONG s'indignent. Les vies humaines ne comptent pas, ne comptent plus.
Pas plus qu'en Russie. Pour le tueur en série Poutine, les centaines de milliers de morts qu'engendre sa guerre, y compris dans les rangs de son armée, n'ont aucune valeur. Il a aussi l'opinion publique avec lui. Il la contrôle d'une main de fer. Lui a sans cesse peur, affirment différentes sources, pour sa vie, mais celle des autres n'éveille aucun intérêt chez lui.
Tous ceux qui pensent qu'on n'a jamais essayé l'extrême droite et qu'il faut lui laisser sa chance feraient bien d'y réfléchir. L'extrême droite est étrangère aux notions de vie, de droit et d'humanité.

Je maudis la guerre, toute guerre, quelle qu'en soit la forme, quel qu'en ait été le motif. Tout vaut mieux que la guerre, il ne peut y avoir aucune exception à cela, cela n'admet aucune clause. Seule une personne sur mille veut la guerre, et c'est celle qui a tous les moyens de s'en mettre à l'abri et qui compte en tirer un profit ; pourquoi les autres souffrent-ils ? (...)
La guerre n'a pas de fondement dans les lois de la nature. La nature est calomniée ! La vie de tous les êtres vivants est fondée sur la convergence des intérêts, sur la coopération. Le chêne ne peut vivre sans le mycélium, de même que le mycélium ne peut vivre sans le chêne, ou la plante sans les insectes qui pollinisent ses fleurs. Nous parlons. d'
entre-dévorement des animaux et ne savons pas lire les pages de leur contrat. Ah, si les hommes se dévoraient les uns les autres, cela pourrait être une sorte de justification. Dans le monde des animaux, nous ne connaissons qu'une seule guerre : celle des fourmis ; il n'y a presque aucun doute que l'humanité future s'organisera à la manière des fourmis : heureux esclavage universel, atrophie de la pensée et de la volonté, mécanisation des mouvements, suppression des sentiments. Nous en approchons à pas de géant.
Mikhaïl Ossorguine, "Dans une bourgade paisible de France" (Verdier, 2025), écrit au tout début de la seconde guerre mondiale.
(M. Ossorguine avait connu les prisons tsaristes, puis bolcheviques et était alors réfugié en France où il a fui Paris occupé par l'armée nazie pour s'installer en zone dite libre.)

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/11/29/la-mort-filmee-de-deux-palestiniens-revelatrice-des-methodes-de-l-armee-israelienne-en-cisjordanie_6655347_3210.html

vendredi 30 août 2019

Scène vue

Elle marche les yeux baissés, poussant son landau dans les rues de cette petite station balnéaire du bord de l’Atlantique, un dimanche après-midi de fin août. Elle est couverte des pieds à la tête de ce voile noir qui ne laisse visible que le visage.
Devant elle, marche son mari, vêtu d’un t-shirt et d’un short. Il a un grand sourire. Il regarde les jeunes femmes court, parfois très court-vêtues.

vendredi 21 avril 2017

Une vie ratée

A quoi consacrons-nous notre vie? Certains à travailler, à créer, à écrire, à peindre, à parcourir la planète, d'autres à rêver, à sauver des vies, à réfléchir, à rencontrer d'autres personnes, à apprendre, à éduquer, à fabriquer des objets utiles ou non, à planter des arbres ou des fleurs, à faire la cuisine, à faire du bien autour d'eux, à regarder passer les trains, à les prendre ou à les faire circuler.
L'homme qui a tué un policier hier soir sur les Champs Elysées était, nous dit une journaliste de France Inter (1), "sans activité connue si ce n'est s'en prendre à des policiers". Il n'en était pas à sa première agression. Cette activité-là l'a amené à tuer et l'a tué. On appellera cela passer à côté de sa vie.
Marine Le Pen, comme son père, semble avoir dédié sa vie à faire du bruit, entendez par là à dire n'importe quoi. Ce fut encore le cas à propos de cet événement sur lequel elle s'est jetée comme un chien affamé sur un os (2). Un peu de retenue, de réflexion et d'intelligence semble toujours bienvenu. Encore faut-il en avoir les moyens. Qui lui dira qu'elle est en train de rater sa vie tout autant que ce psychopathe ou djihadiste (ou les deux à la fois)? Peut-être les électeurs ce dimanche ? 

(1) Journal de 13h, ce jour.
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/21/sur-lattentat-des-champs-elysees-marine-le-pen-ne-separgne-au_a_22049044/?utm_hp_ref=fr-homepage

jeudi 24 mars 2016

Vive la vie

A quoi consacrons-nous notre vie?
Les djihadistes vouent la leur à semer mort et terreur, à mettre fin, aveuglément, à la vie de tous ceux qui ne pensent pas comme eux et finalement à la leur, pensant mourir en martyrs là où ils disparaissent en sombres crétins psychopathes. Des vies gâchées, des vies ratées. Ils pensent aller en paradis et ne rejoindront que l'enfer des êtres malfaisants de sinistre mémoire. Ceux qui déshonorent le genre humain.
La fille à papa Le Pen s'est trouvé une mission: "alerter la population face aux dangers de l'immigration, du multiculturalisme et de la mondialisation" (1). Elle veut sauver le monde, mais le monde ne la comprend pas. Elle vient de se rendre au Canada pour donner des leçons à toute la classe politique et s'étonne qu'aucun politique n'ait voulu la rencontrer, qu'aucune entreprise ne lui ait ouvert ses portes et que même des hôtels lui aient refusé l'accès. Madame Culot-Monstre tance le premier ministre québecois et s'étonne, éternelle victime, d'être rejetée. 
Les semeurs de haine sont surpris d'être mal aimés et incompris. Les gens qui sont dans leur vérité sont dans l'arrogance qui va rarement de pair avec l'intelligence. L'éducation et la culture sont les seules voies de secours.
Il y a ceux qui vouent leur vie à la violence et/ou à la haine des autres. Et il y a heureusement ceux qui se rangent résolument du côté de la vie, ceux qui pensent que pour qu'elle ait du sens leur vie doit être consacrée à créer du lien, à intégrer, à imaginer, à construire, à faire évoluer positivement la société. Les acteurs qu'ont rencontrés les réalisateurs du documentaire "Demain" sont de ceux-là et le succès de ce film est réjouissant. Le sont aussi les responsables d'associations qu'interviewe chaque jour Philippe Bertrand dans son émission "Carnets de campagne" (2) qui nous rend optimistes. Tous ceux-là nous font croire en l'humanité. 

(1) http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2016/03/21/009-marine-le-pen-entrevue-immigration.shtml
http://www.liberation.fr/france/2016/03/22/les-mesaventures-quebecoises-de-marine-le-pen_1441301
(2) France Inter, du lundi au vendredi, de 12h30 à 12h45.

vendredi 20 novembre 2015

La vie

A quelque chose malheur est bon, dit-on. Aux assassins fanatisés, les réponses sont déjà nombreuses.
Il y a, bien sûr, les réponses sécuritaires qui, si elles sont indispensables, ne doivent pas être excessives. Refermer les frontières n'a pas de sens, de toute façon, des terroristes déterminés savent les franchir, les forces de l'ordre elles-mêmes en conviennent. Ce n'est pas de moins d'Europe que nous avons besoin, mais de plus d'Europe. Ne donnons pas raison aux terroristes en nous repliant sur nous-mêmes.
Il y a une volonté de contrôle, par les autorités, des mosquées salafistes et radicales, des imams qui prêchent l'intolérance et le rejet de l'autre.
Il y a les réponses humaines, simplement humaines, joyeuses malgré tout, épicuriennes, de ceux qui disent "même pas peur", ceux qui se placent du côté de la vie, qui nous invitent à fréquenter les terrasses de bistrots, les salles de spectacles et de concerts. Les réponses de toutes celles et tous ceux qui continuent à se tenir debout, refusent de se mettre à genoux (1).
Il y a les réponses de ceux qui se rassemblent, se sentent plus que jamais appartenir à une communauté, à une nation (2).
Il y a les réponses qu'on trouve dans les livres, dont les ventes augmentent ces derniers jours: 2084 de Boualem Sansal, Voltaire, ou Paris est une fête d'Ernest Hemingway.
Il y a les réponses des musulmans de France furieux que l'islam soit ainsi dévoyé par des tueurs et qui - enfin - appellent les leurs à protester fermement pour défendre leur religion et empêcher qu'elle soit utilisée à des fins criminelles (3).
Les assassins du 7 janvier pensaient tuer Charlie Hebdo en massacrant une large partie de son équipe. Ils ont ressuscité un journal vieillissant. Ils n'ont jamais imaginé rassembler contre eux et leur barbarie des centaines de milliers de citoyens qui étaient debout dans les rues le 11 janvier.
Ceux du 13 novembre voulaient créer la peur, pousser les habitants à s'enfermer chez eux, diviser les communautés, les monter les unes contre les autres. Ils se sont rangés du côté de la mort, mais la vie leur répond qu'elle est plus forte qu'eux. La lumière est toujours plus forte que l'obscurité, l'intelligence aura toujours raison de la bêtise obscurantiste.
Ces psychopathes sans vision sont morts pour rien. Ils croyaient avoir droit à 70 vierges. Comme le disait un humoriste, les voilà face à 70.000 cierges pour honorer la mémoire de leurs victimes innocentes. Celles-ci ne seront pas mortes pour rien si la France sort plus forte, plus unie et plus intelligente de ces massacres imbéciles.

Oui, nous sommes bienfaisants
             plus que toi, mufti austère,
Et plus que toi tempérants
             dans notre ivresse ordinaire:
Toi tu bois le sang des hommes
             et nous celui de la vigne;
Je te fais juge, examine
             lequel est le plus sanguinaire.
Omar Khayyâm, Cent et un quatrains, traduction de Gilbert Lazard

Un appel à signer: Nous sommes unis
http://noussommesunis.com/?utm_medium=EMAIL&utm_source=CCFD&utm_campaign=NousSommesUnis

(1) http://www.liberation.fr/debats/2015/11/15/on-s-embrassera-en-abominables-pervertis_1413569
A voir et surtout écouter: François Morel dans son billet de ce matin http://www.franceinter.fr
et Sophia Aram dans celui de lundi: 
(2) http://www.liberation.fr/debats/2015/11/15/carnages_1413562

mardi 13 octobre 2015

L'éternité pour projet

Allez savoir pourquoi, l'Homme n'aime pas mourir. D'aussi loin qu'il s'en souvienne, il a tenté de fuir la mort. Avec un succès très relatif. Il va même jusqu'à espérer devenir immortel. C'est pourquoi il a longtemps fait confiance aux religions qui lui garantissent une vie après la vie. Une vie encore meilleure. Surtout pour ceux qui vivent mal. La perspective de l'immortalité en est plus séduisante encore. Mais aujourd'hui l'Homme a tendance à délaisser les religions et leurs belles histoires. Il a plus foi en la science. L'espérance de vie augmente et certains nous promettent, un jour pas si lointain, grâce à un renouvellement des cellules, l'immortalité. Autrement dit, l'éternité qui, comme le disait très justement Woody Allen, est très longue, surtout vers la fin.
Dans son roman "Les Intermittences de la mort", José Saramago imagine que, dans un pays non nommé, la mort cesse d'agir. Et c'est la catastrophe: les hôpitaux ne savent plus que faire des malades, les entreprises de pompes funèbres et les compagnies d'assurance font faillite. Les représentants des religions sont catastrophés: "Les religions, toutes autant qu'elles sont et quel que soit l'angle sous lequel on les regarde, ont la mort pour unique justification de leur existence, elles ont besoin de la mort comme la bouche du pain. Les délégués des religions ne se donnèrent pas la peine de protester. Au contraire, l'un d'eux, représentant renommé du secteur catholique, déclara, Vous avez raison, monsieur le philosophe, c'est exactement pour cela que nous existons, pour que les gens passent toute leur vie pris dans l'étau de la peur et pour que, leur heure venue, ils accueillent la mort comme une libération, Le paradis, Paradis ou enfer, ou rien du tout, ce qui se passe après la mort nous importe bien moins qu'on ne le croit généralement, la religion, monsieur le philosophe est une affaire terrestre, elle n'a rien à voir avec le ciel." (1)
Projetons-nous dans l'immortalité. La question se pose: que faire d'une vie éternelle? Quels projets de vie développer? Quel plan de carrière? Comment occuper ce temps infini sans se voir obligé de regarder en boucle les plus stupides séries télévisées? "Est-ce qu'on peut vivre plus de cent ans en parlant une seule langue?, se demande l'artiste marocain Mounir Fatmi (2). En se mariant une seule fois? En passant toutes ses années dans son petit village? En votant Front national par peur qu'une famille d'étrangers vienne chambouler notre petit ordre établi?".
Aujourd'hui, certains politiques affirment que si on vit plus longtemps il faut travailler plus longtemps. Si on vit éternellement, faudra-t-il travailler éternellement? L'homme éternel serait l'esclave de sa condition. S'il n'y a plus de fin à la vie, il faudrait oublier toute pension de retraite, toute assurance maladie-invalidité. On assisterait à une immense explosion de la démographie, à une crise du logement sans précédent, à une surconsomation d'énergie, d'eau, de nourriture, à une surproduction de gaz à effet de serre et de pollution. Les guerres pour l'eau, pour l'espace, pour l'alimentation se multipliraient. On voit par là que l'immortalité de l'Homme signerait la fin de l'Humanité.

(1) José Saramago, "Les Intermittences de la mort", Points 2089, 2008.
(2) Ariel Kyrou et mounir fatmi, "Ceci n'est pas un blasphème - la trahison des images, des caricatures de Mahomet à l'hypercapitalisme", Dernière Marge, 2015.