jeudi 7 mars 2013

Chavez

Hugo Chavez est mort et une grande partie du peuple vénézuélien est en larmes. En Occident, une bonne partie de la presse s'est plue à le considérer comme un dictateur, relayant non pas des faits, mais les opinions d'une opposition "à l'éthique médiocre" (comme le pense Marie-France Cros) (1).
Nulle part ailleurs, je n'ai vu des médias privés clamer une telle haine d'un président, sans être inquiétés (2). Un Belge vivant depuis longtemps à Caracas m'avait expliqué avoir assisté à un pseudo-débat entre de soi disant experts sur les préférences sexuelles de Chavez: entretenait-il des relations sexuelles avec Fidel Castro? Les téléspectateurs étaient invités à voter. Si vous pensez que oui, tapez 1. Non, tapez 2. Dans tout autre pays démocratique, de telles télés se seraient fait tancer par le CSA, auraient même été sanctionnées, voire interdites.
Hugues Le Paige (1) estime que Chavez "a amené plus de justice dans son pays et plus de démocratie", il rappelle qu'il a remplacé les oligarchies au pouvoir, qu'il n'y avait, avant lui, pas de véritable pluralisme et que les partis traditionnels étaient totalement corrompus.

Aujourd'hui, à part quelques esprits chagrins (et/ou sans doute - volontairement? - mal informés), personne ne nie que l'influence de Chavez sur le continent américain, voire au-delà, a été considérable. "Au niveau continental, rappelle M.F. Cros (1), il  a surtout œuvré à desserrer l'étau de la longue tutelle des Etats-Unis, basée sur la doctrine de Monroe qui proclame l'Amérique aux Américains." Elle rappelle qu'il a créé l'Alliance bolivarienne des Amériques "qui a envoyé dans les cordes la Zone de libre-échange lancée par les Etats-Unis", qu'il a impulsé la mise sur pied du Bancosur, alternative au FMI et à la Banque mondiale, qu'il a été à l'origine de la création de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes. L'Unon européenne a d'ailleurs salué "le développement social" lancé par Chavez et sa "contribution à l'intégration régionale de l'Amérique du Sud". 

Sur le plan interne, sa politique a été déterminante, dans la lutte contre la pauvreté et l'analphabétisme (via la campagne Robinson), pour l'accès au logement et à la terre. Il a repris le contrôle de la société de production de pétrole qui, avant lui, ne laissait que la portion congrue à l'Etat vénézuélien. Les revenus du pétrole ont permis le financement des programmes sociaux. Et la pétrole a aussi servi de ciment avec d'autres pays: "il a montré que le solidarité n'était pas pour lui un vain slogan puisqu'il fournit en pétrole à prix réduit des pays latino-américains et africains pauvres, pourvu que les gouvernement bénéficiaires investissent le gain dans le développement", écrit M.F. Cros.
Bien sûr, tout n'est pas gagné. Il n'a pas su redresser économiquement le pays (mais qui peut se vanter d'y être arrivé dans quelque pays que ce soit, ces dernières années?). Il n'est pas parvenu à maîtriser une inflation qui dépasse les 20%.
Bien sûr, il avait un ego surdimensionné (3), bien sûr, le clientélisme s'est développé, bien sûr, il a eu des amitiés honteuses avec d'affreux dictateurs, des Kadhafi, des Ahmadinejad, des Mugabe, unis à eux par un anti-américanisme, parfois (pas toujours!) primaire.
Mais il a donné du travail, un logement, un accès à l'éducation à quantité de Vénézuéliens méprisés par les régimes précédents. "Si on prend trois secteurs, écrit H. Le Paige, qui sont déterminants dans la vie des hommes et des femmes d'un pays - la santé, l'éducation, le logement - la situation entre l'arrivée de Chavez et sa mort est absolument incomparable." Redonner à un peuple sa dignité, c'est sans doute la plus grande réussite du Comandante.

(1) LLB, 7 mars 2013.
(2) lire sur ce blog: "Venezuela: respecter l'Etat de droit", 16 avril 2004, écrit à partir de mon séjour à Caracas.
(3) son embaumement, décidé par le gouvernement, prolonge évidemment la mégalomanie du personnage, transformé en immortel.

mardi 5 mars 2013

Une émission qui nous laisse sans voix

Peut-on encore être de son temps sans avoir vu au moins une émission de La Voix? On en doute. On regarde donc l'émission. Du moins des bribes. 
Une jeune fille tente d'imiter Edith Piaf. Elle chante un peu faux, mais qu'importe? elle suscite l'admiration. Les jurés et celles et ceux qui s'avèrent coaches se pâment. Les jurés doivent exprimer par le regard leur intérêt, voire leur éblouissement. On est dans le cinéma muet, où les acteurs doivent surjouer pour se faire comprendre. Les coaches, très excités, parlent très fort à leurs poulains, comme des entraîneurs de foot. Comme s'ils s'adressaient à des enfants qu'ils prendraient pour des sourds un peu demeurés. C'est qu'il s'agit de se faire comprendre. On voit par là qu'il s'agit d'une émission de beuglants. "Vous êtes touchantes, vous êtes classieuses, vous êtes talentueuses", s'exclame une coache. On se demande de qui et à qui elle parle. On n'a vu ni entendu personne qui mérite de tels adjectifs.
On se dit que les émissions d'humour se renouvellent, mais que ce n'est pas très gentil de se moquer de candidats qui semblent ne pas savoir qu'ils prestent dans de telles émissions et croient qu'ils ont vraiment une grande voix.
On assiste à ce qu'on nous présente comme un duel. On y confond visiblement duo et duel. Est-ce à celui qui écrasera l'autre?
La télé publique belge est brusquement aussi vulgaire qu'une télé privée américaine. Ou luxembourgeoise. Ou même française.
Voilà, il fallait bien se faire une opinion. En toute objectivité.


samedi 2 mars 2013

Ne comptez pas sur moi

Je reconnais que j'ai toujours eu du mal à assumer mes responsabilités, mais, pour couper court - avant qu'elle ne naisse - à toute rumeur, je tiens à affirmer clairement que je ne suis pas candidat à la succession de Benoît XVI. Je n'ai pas pour prétention de me rebaptiser en Léon-Pie XIII, Innocent XIV, Marcel III ou Ben 17. Je suis moi aussi à la recherche de la sérénité (1). D'ailleurs, je me prépare à me retirer, moi aussi, dans mon Castel Gandolfo (qu'il serait plus juste d'appeler Château Gandolfe).
Non, n'insistez pas!

(1) voir billet précédent.

vendredi 1 mars 2013

A la recherche de la sérénité

C'est le propre de l'homme de ne vouloir rien que sa tranquillité, de ne vouloir ni crèche dans sa rue, ni éolienne dans sa vue.
En France, les automobilistes ne veulent pas de radars. Nous ne sommes pas des vaches à lait, disent certains d'entre eux (1). D'autres estiment que le budget consacré aux radars serait plus utile aux soins de santé. Pour soigner les accidentés de la route, par exemple? On connaît un moyen bien simple de ne pas craindre les radars: respecter les limitations de vitesse. Visiblement, certains n'y ont pas pensé.
En Wallonie, l'association "Vent de raison" ne veut pas du plan éolien wallon. Les éoliennes sont inutiles, affirme son porte-parole (2). D'ailleurs elles ne tournent pas plus de cinq ou six jours par mois. On a du mal à entendre l'argument. Les sept éoliennes de Saint-Maur tournent quasiment tous les jours. On n'est même pas sûr qu'elles soient à l'arrêt cinq ou six jours par mois. On doit avoir mal compris le nom de l'association. Il doit s'agir de "Vent d'émotion".
A Néchin, on veut bien accueillir toute la richesse de France. Mais pas un peu de sa misère sociale. Chacun à sa place. On veut bien d'un acteur qui a le lourd handicap d'être l'ami de Kadyrov (3). Mais on ne veut pas d'un centre d'accueil pour handicapés (4). Il seront septante-cinq patients, personnes à mobilité réduite, autistes, malades atteints du syndrome de Korsakoff (5), à être hébergés dans ce centre fermé. Mais les riverains ont peur pour leur sécurité et leur sérénité, nous dit-on. A quoi doit-on d'être serein? On se le demande.

(1) JT de France 3 Nord Pas-de-Calais, 19h, 28 février 2013.
(2) entendu dans Matin Première au début de cette semaine.
(3) lire sur ce blog "L'insoutenable légégéreté de l'être", 10 janvier 2013, et "Réfugié pathétique", 15 décembre 2012.
(4) L'Avenir - Le Courrier de l'Escaut, 28 février 2013.
(5) trouble neurologique qui se manifeste notamment au niveau cognitif (oublis), souvent dû à l'abus d'alcool ou des formes de sévères malnutritions (Wikipedia).

mercredi 27 février 2013

Qu'est-ce qu'un homme révolté? *

Pour lui, "l'indifférence (est) la pire des attitudes". Il rappelait que "Sartre nous a appris à nous dire: vous êtes responsables en tant qu'individus. C'était un message libertaire. La responsabilité de l'homme qui ne peut s'en remettre ni à un pouvoir ni à un dieu. Au contraire, il faut s'engager au nom de sa responsabilité de personne humaine." 
Stéphane Hessel vient de mourir. Il avait 95 ans et l'indignation de ses 20 ans.
Il disait aux jeunes: "regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation - le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez!".
Il n'est même pas besoin de chercher pour trouver. Le quotidien est fait de motifs d'indignation et d'engagement.

extraits de "Indignez-vous!", de Stéphane Hessel, éditions Indigène

* Qu'est-ce qu'un homme révolté? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas.
 Albert Camus

Ouverture des soldes

Le projet de communauté de communes du Val de Dendre (1) fait des vagues. Il intéresse certains bourgmestres. Il en fait fulminer d'autres. Qui n'hésitent pas à parler d'escobarderie (2). Ils témoignent ainsi à la fois de leur culture générale et de leur fureur. Un escobar est "un casuiste, un hypocrite qui résout adroitement et au mieux de ses intérêts les cas de conscience les plus délicats" (3). Le mot est tiré du nom du jésuite Escobar y Mendoza (XVIIe siècle).
Une escobarderie serait ainsi un adroit mensonge, un subterfuge, une tartuferie, pire: une fourberie.
L'accusation d'escobarderie à l'égard des assaillants de la Wallonie picarde (car c'est de cela qu'il s'agit) sous-entend que cette dernière n'est, elle, évidemment en rien une tartuferie. C'est une grande avancée pour le wallon picard.
En fait, le projet de Val de Dendre pourrait tout aussi bien être qualifié d'"escaut braderie".

(1) lire "Vu du donjon", 22 février 2013.
(2) www.rtbf.be/info/regions/detail_la-wallonie-picarde-a-t-elle-du-plomb-dans-l-aile?id=7934713
(3) Le Petit Robert

lundi 25 février 2013

Parasite du langage

La promiscuité et le bruit qu'elle engendre font le malheur de l'homme moderne. "Je vous signale que je me lève de bonheur", écrit une personne à l'intention de ses voisins bruyants et noctambules (1). On voit par là qu'une bonne orthographe peut aider à se faire comprendre. Il faudra que je le dise à mes étudiants. 

(1) JT de 20h de France 2, 25 février 2013.

vendredi 22 février 2013

Vu du donjon

Il était une fois un marquisat où la vie était bien tranquille. Le marquis qui le régentait en avait pris, sans devoir batailler, le fief principal. Les bourgeois en chemise lui en avaient remis les clés dès qu'il s'était présenté aux portes de la ville. Les échevins et les prévôts étendaient au sol leur cape sur son passage pour lui éviter les passages boueux et les ornières pavées. Il avait imposé la paix des braves dans l'ensemble du marquisat. Les années s'annonçaient ronronnantes. Les sujets étaient presque réjouis.
Or voici qu'un baronnet nouveau qui aimait en découdre voulut faire de sa ville nouvellement conquise le fief de sa baronnie, celle du Val de Dendre. "Ralliez-vous à mon panache jaune et mauve", clama-t-il, "le marquisat nous ignore, nous les petits, nous les obscurs, nous les sans-grade". Le chevalier d'une bourgade campagnarde le soutint aussitôt. Il avait été l'écuyer du Marquis et l'écuage lui avait été pénible. Aussi ne dédaignait-il pas de lui tailler des croupières, en divisant en deux son marquisat.
Le Grand Sénéchal s'offusqua, en appelant à l'union sacrée du marquisat. "Il faut le garder en l'Etat, disait-il, sous la coupe de notre seul suzerain. Je serai plutôt de Motte que de Val. Le marquis est notre petit prince. Nous ne voulons pas de baronnies."
Mais d'autres chevaliers déjà prenaient fait et cause pour le baronnet.
Le feu couvait.

voir
www.rtl.be/info/belgique/societe/982526/le-bourgmestre-d-ath-met-le-feu-au-ps-en-wallonie-picarde
www.lavenir.net/article/detail.aspxarticleid=DMF20130221_00272084&postcode=7800

jeudi 21 février 2013

Fastoche

Quarante mille personnes ont défilé aujourd'hui dans les rues de Bruxelles pour réclamer le maintien de l'emploi et protester contre les mesures d'austérité. La manifestation a fait écho au Parlement. Interpellé, le premier ministre, Elio Di Rupo, juge aisées les attaques dont il est l'objet de la part d'élus verts. "C'est facile de marcher dans la rue avec les syndicats, dit-il. Tout le monde peut le faire." (1) Il sait de quoi il parle. Combien de fois l'a-t-il fait? Cinquante fois? Cent? Cent cinquante? 
Son successeur à la tête du Ps défend le gouvernement Di Rupo: "la Belgique a le gouvernement le plus social d'Europe" (1), affirme Paul Magnette. Les politiques adorent déclarer que leur pays est le plus ceci, le plus cela. C'est facile à dire, ça ne coûte pas grand chose et ça fait plaisir à entendre. C'est difficile à démontrer (mais qui le leur demande?), mais aussi difficile à démonter. C'est au moins aussi facile que de marcher dans la rue avec les syndicats.

(1) JT de la RTBF, 21 février 2013, 19h30.