lundi 29 septembre 2008

Tous végétariens!

Pour lutter contre le réchauffement climatique, devenez (au moins un tout petit peu) végétariens! C'est l'appel du président du GIEC, Rajendra Pachauri, colauréat du Prix Nobel de la Paix 2007: dans le Vif du 5 septembre, il affirme que "le cycle de la viande génère énorménent de gaz à effet de serre. Pensez aux déforestations nécessaires pour laisser pâturer le bétail et, surtout, aux énormes surfaces nécessaires pour produire leur alimentation. Pensez aux techniques de réfrigération, grandes consommatrices d'énergie. Pensez aux émanations de méthane dégagées par les animaux eux-mêmes. Manger moins de viande - je n'ai pas dit: y renoncer -, c'est beaucoup plus facile que supprimer les déplacements en voiture. C'est aussi un win-win. Chacun y gagne: l'individu, ne fût-ce que pour sa santé, et la planète. Une simple estimation: si chaque Flamand, dans votre pays, renonçait à la viande un jour par semaine, la moitié du chemin vers le respect des obligations de réduction des gaz à effet de serre pour l'échéance 2008-2012 serait accompli."
Wallons, ne vous sentez pas exemptés de l'appel! On peut très bien vivre sans viande! Un petit pet pour la vache, un grand pas pour l'humanité!

Rendez-nous Bart De Wever!

Vous avez remarqué? Depuis que la NVA a cessé de soutenir le gouvernement, la haute finance belge vacille... Bart, reviens-nous!
Et pendant ce temps-là, la RTBF surfe sur la crise: ce soir, son "édition spéciale" du JT a consacré au moins quarante minutes à la débâcle bancaire. En interrogeant de temps en temps un spécialiste: les petits épargnants belges doivent-ils s'inquiéter? Non, bien sûr, disent les experts! On sent bien que De Brigode est déçu. Qu'est-ce qu'il aimerait que ce soit la panique!
En attendant, qui c'est qui va la payer cette crise? Suivez mon regard... Je crains fort que ce ne soit pas les gros...

lundi 15 septembre 2008

Ma réponse à Tintin (qui chasse le yéti)

Sur son blog, Rudy Demotte réagit aux deux pages du Courrier de l'Escaut sur le HO et la WP.
Et, incroyable, nous sommes d'accord. Enfin... plus qu'un petit effort! De sa part, bien sûr.
Ci-dessous, son texte suivi de la réaction que je viens de lui adresser.

De Rudy Demotte

Le courrier de l'Escaut (ré)ouvre un débat sur la Wallonie Picarde. Sur la dénomination. Ouais...
Pour moi, cette question est mal posée. Ce qui compte, c'est le contenu.

Je vais d'ailleurs le publier sur mon Blog aujourd'hui. Ce contenu, c'est un projet de région. Un projet de tous et pour tous.

Ce projet décrit les attentes de ce bout de Wallonie pour ses habitants, ses entreprises, ses collectivités et associations pour les décades à venir. C'est un projet noble et digne de sens.

Et s'il fallait ouvrir un débat, j'aurais compris qu'il porte sur le contenu et les attentes des citoyens. Mais sur le nom?! C'est un peu comme dire "nom de Dieu!". Quelle futilité, si ce débat est désincarné du sens.

Tout ce projet n'est ni libéral, ni catholique ni socialiste, ni écolo. Ni associatif, ni institutionnel. Tous les acteurs de notre vie de terroir furent associés. Et c'est cela qui est important. Rien que cela.

La parole est donnée aux "pro et contra".

Un ex-député (aussi sec que le bois mort et vert dans sa fougue anti-tout) des alpes occidentales* épanche une bile caustique sur toute une page. Il n'aime pas le projet de "Rudy de eerste" (hi hi j'adore cette manière de se moquer du pouvoir). Grand bien lui fasse!

Un adage chinois dit "lorsque la lune est montrée du doigt à l'ignorant, celui-ci regarde le doigt". Ne regardez pas le doigt du Yéti des alpes occidentales, s.v.p.... ;-)

*(c'est sans doute là le nouveau nom qui lui tiendrait à cœur pour notre région)

De Michel Guilbert

Eh bien, Monsieur le Ministre, si vous m’avez bien lu, je ne vais sans doute pas vous surprendre, je suis bien d’accord avec vous : ce qui compte, c’est le contenu. Je n’ai jamais dit autre chose. Et je l’ai écrit : que le développement durable soit l’un des principes fondateurs de « notre » Wallonie picarde ne peut que me réjouir. Mais je suis du genre à ne pas me satisfaire de mots et à attendre d’eux qu’ils se traduisent dans la réalité. Et là, vous constaterez avec moi qu’il y a de quoi rester sur sa faim. Le Hainaut Occidental va-t-il devenir Picardialand avec ses centres de ski et ses greens de golf ? Les zonings et les grands centres commerciaux vont-ils continuer à se développer à travers notre région ? La crédibilité de la Wallonie picarde dépendra des décisions que vous serez amené à prendre par rapport à tous les projets qui se bousculent. Et je peux vous assurer que nous sommes nombreux à être en attente de réponses claires.
Parce que j’ai l’audace d’être critique et de rechercher la cohérence, vous me traitez d’anti-tout (c’est dur à entendre pour moi qui suis un homme de projets, mais soit, j’ai l’habitude – le critique a toujours tort). (Question : les bourgmestres qui s’opposent aux éoliennes sont-ils aussi des « anti-tout » ?) J’ose espérer que vous n‘êtes pas un pro-tout. On ne peut mener à la fois une politique de développement durable et accepter tous les projets néolibéraux sous le prétexte qu’ils créent de l’emploi. Donc, pensons autrement. Et bien plus, agissons autrement.
(Quant au débat sur le nom de la région, il est effectivement futile. Je me suis laissé piéger par le Courrier de l’Escaut qui avait pioché, sur mon blog, un texte où je fustigeais l’interdiction d’utiliser désormais l’appellation de Hainaut Occidental. Je ne suis pas un défenseur (quoi qu’affirme le titre du C.E.) de l’appellation H.O ., mais il se fait qu’elle est largement utilisée. Et qu’aucun ukase n’y peut rien.)
Enfin, je constate que vous aimez les proverbes. En voici un autre : la caque sent toujours le hareng. Pour l’instant, la Wallonie picarde sent toujours les années '60.
Bien à vous.
Michel Guilbert

Post-scriptum (non envoyé à R.Demotte): je suis quand même très déçu de lire que ce projet "n'est ni socialiste, ni écolo, ni associatif". Mais pas étonné.

samedi 13 septembre 2008

Hainaut Occidental ou Wallonie Picarde

Bon allez, une dernière fois, et puis on passe à autre chose!
A destination de tous "les imbéciles heureux qui sont nés quelque part" (1) (j'en suis).
Le Courrier de l'Escaut d'aujourd'hui consacre deux pleines pages à ce débat capital (!) pour notre avenir: Hainaut occidental ou Wallonie picarde, mettant en vis-à-vis mon texte précédent ("Je ne dois plus dire Hainaut occidental") et un texte de réflexion de Géry Eykerman, journaliste du Courrier de l'Escaut.
Dans son titre, le Courrier me fait dire ce que ne dit pas mon texte: je ne suis pas un défenseur de l'appellation Hainaut occidental, honnêtement, je m'en contrefous et je ne la justifie nulle part. (Dans l'absolu, peu me chaut le H.O.!) Mais je constate que cette appellation est intégrée dans quantité de noms d'organismes de notre sous-région (on peut encore dire cela, sous-région? Ou bien c'est dévalorisant, excommuniant ?) et qu'aucun ukase interdisant son utilisation n'arrivera, dans l'immédiat, à mettre tout le monde au pas et à éviter l'appellation H.O. Pour moi, ce qui est essentiel, c'est la cohérence et les valeurs défendues et je constate qu'on est, pour l'instant, uniquement dans la "com". Je l'ai dit dans d'autres textes, on change les mots, mais pas ce qu'il y a derrière. Ce qui me préoccupe, ce n'est pas le signifiant, c'est le signifié.
Les penseurs wallonpicards ont mis en tête de leur projet de région le concept de développement durable. Comme beaucoup d'autres, je m'en réjouis. Mais je constate aujourd'hui que le Gouvernement wallon et au moins quatre bourgmestres de l'ex-H.O. continuent à soutenir les projets de glisse à Lessines et à Maubray. D'autres soutiennent des projets de terrains de golf gigantesques. Et dans le même temps trois bourgmestres de Wallonie picarde (dont deux sont les mêmes) s'opposent - de manière extrêmement nymbiste, quoi qu'ils disent - à un projet d'éoliennes. Donc, sur le concept de développement durable, il me semble que nous sommes en droit d'être, pour le moins, très sceptiques.
Je suis tout à fait prêt à adhérer au concept de Wallonie picarde le jour où les valeurs qu'elle affirme vouloir porter deviendront réalité sur le plan social, culturel, environnemental, où on aura été au-delà des mots. Ce qui est tout le défi du travail politique. Pour l'instant, je constate que c'est l'économique et le souci immédiat de l'électeur qui continuent à mener la danse... Et j'ai bien compris que la charte WP signée par les bourgmestres a pour objectif de mettre en avant la nouvelle appellation. A savoir des mots. Les mots encore et toujours ...
Je ne trouve rien, dans le texte de Géry Eykerman, qui me démontre le contraire. Rien qui touche au fond. Il estime que H.O. rimerait avec Calimero et nous rappelle que Hainaut occidental serait une appellation par défaut. Jusqu'à preuve du contraire, nous sommes bien situés à l'ouest du Hainaut. Comme la région Centre est au centre du Hainaut et que le Namurois se trouve autour de Namur et le pays de Herve autour de la ville du même nom. Tout cela me paraît juste logique. Il parle d'espoir, d'accord. Mais les mêmes espoirs on pourrait les avoir au-delà de cette com' qui mène aujourd'hui le travail politique. Il faut travailler sur le sens et non sur les mots et les apparences.
Aujourd'hui, il est politiquement correct de dire Wallonie picarde. Soit. Certains ont déjà imaginé, comme le rappelle Géry Eykerman, de l'abréger en WAPI. Ca fait joyeux, rigolo et ça devrait être vendeur (ce qui semble être l'objectif prioritaire), ça vous a un petit côté Walibi qui collerait assez bien avec le projet Picardialand... (1)
Je fais une proposition de compromis: puisqu'on est en Belgique, où on ne craint décidément rien - et certainement pas le ridicule - on pourrait s'aligner sur l'exemple de la Communauté française que certains voulaient rebaptiser Communauté Wallonie-Bruxelles, et qui - du coup - est devenue Communauté française Wallonie-Bruxelles.
On pourrait appeler notre région Hainaut Occidental Wallonie Picarde (HOWP), mais pour que ça sonne mieux (WP est imprononçable), on pourrait inverser des lettres, ce qui nous donnerait WHOP. Donc, Wallonie Hainaut Occidental Picard(e). Voilà une idée qu'elle est bonne, non? Allez, Whop!

(1) Georges Brassens
(2) voir "Un vrai beau projet pour la Wallonie picarde", publié le 28 mai 2008

Post-scriptum: Je me souviens de cette vieille chanson d'Yves Simon (était-ce "Respirer, chanter"?) dans laquelle il dit: "Si d'un gouvernement à un autre gouvernement, nous n'avons pas changé notre façon de tendre la main, c'est qu'un autre gouvernement ne peut rien pour nous et qu'il n'est pas aussi important que cela qu'il ait changé". Si d'un nom de région à un autre, nous n'avons pas changé de politique, mais que nous nous réjouissons de ce changement de nom, c'est que nous sommes décidément bien naïfs.
Mais je suppose qu'Yves Simon doit être bien ringard aux yeux des post-modernes qui nous régentent...

lundi 8 septembre 2008

Je ne dois plus dire Hainaut Occidental

Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental. Je ne dois plus dire Hainaut Occidental.
Et je n’y arrive pas ! Mais j’ai des excuses : j’enseigne à la HELHO (la Haute Ecole Libre du Hainaut Occidental), j’ai des copains qui enseignent à la HEPHO (la Haute Ecole Provinciale du Hainaut Occidental), d’autres au Centre de formation permanente des classes moyennes du Hainaut Occidental. Ou encore à l’Institut provincial d’enseignement de promotion sociale du Hainaut Occidental. D’autres travaillent à Lire et Ecrire Hainaut Occidental ou à la MIRHO, la Mission Régionale du Hainaut Occidental pour l’Insertion et l’Emploi. Régulièrement, je reçois des infos de l’ACHO (l’Agence Culturelle du Hainaut Occidental) et je lis son magazine : « Culture H.O. ». Je reçois aussi des invitations de l’ARAHO (l’Association des Architectes du Hainaut Occidental). Le samedi, sur No Télé, je regarde « 7 jours H.O. », j’y ai vu un journaliste recevoir sur son plateau le représentant des Jeunesses Musicales du Hainaut Occidental. J’ai vu que le MR a une section régionale Hainaut Occidental, de même que la CGSP Cheminots, les Jeunes CSC, la CGSLB. Les Chambres de Commerce et d’Industrie de Tournai et Mouscron ont fusionné, voici quelques années, en CCIHO. Le Courrier de l'Escaut organise le Mérite Sportif du Hainaut Occidental. Et j’ai découvert l’existence des Amis diabétiques du Hainaut Occidental. Bref, j’ai beaucoup de mal à ne pas dire « Hainaut Occidental ».

Il y a quelques semaines, une étudiante m’a corrigé, me disant « Monsieur, on ne « peut » (sic) plus dire Hainaut Occidental ! » Je lui ai dit que je pensais bien qu’il n’y avait ni caméra ni micro dans la pièce où nous étions. Je le pensais sincèrement. Aujourd’hui, j’en suis moins sûr. Aujourd’hui, j’ai lu dans la presse que 15 bourgmestres sur 23 en Hainaut Occidental (oups ! ça vient encore de m’échapper !) s’étaient engagés, en jurant devant Rudy de Eerste, à ne plus utiliser que l’appellation Wallonie Picarde. Ils ont signé une charte d’ambassadeurs de la Wallonie Picarde. Et gare à celui qui ne se conformera pas aux ordres. Comme disait le journaliste de No Télé : « celui qui dira encore Hainaut Occidental se fera taper sur les doigts ». Et le ministre-président de la Région wallonne, grand mufti de la Wallonie Picarde, de confirmer : tout le monde doit utiliser cette nouvelle appellation et s’il reste quelques réticents, c’est qu’ils sont contre la modernité. Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. J’ai déjà entendu cela quelque part…
Je ne sais plus quel représentant politique déclarait à No Télé (dans le même sujet) que le Hainaut Occidental, hier, c’était un cul-de-sac, mais que la Wallonie Picarde, c’est un carrefour. Ca devait être un (très) jeune, parce que je me souviens que quand je travaillais à la SIDEHO (c’était la Société Intercommunale de Développement Economique du Hainaut Occidental), celle-ci vantait la place de sa région « au cœur de l’Europe », dans une région carrefour…
Dans le Courrier de l’Escaut, Jean-Luc Crucke nous explique que « il s'agit pour la population de marquer une nette rupture avec un développement trop morcelé, trop disparate, trop inégal et de susciter un renouveau de cohésion, de vision, mais aussi de transformation ».
La population, je ne sais pas bien comment elle se situe dans ce bazar. Il me semblait que la référence au Hainaut Occidental avait été intégrée. A preuve, tous les sigles précités. En fait, je pense que la population a d'autres priorités que ces grandes opérations de com'. Mais je peux me tromper...
Entre nous, je ne sais pas trop à quoi rime ce changement de nom, parce que derrière les mots, je ne vois pas le soleil qui poudroie, juste la neige qui brilloie… Du Hainaut Occidental à la Wallonie Picarde, les mêmes politiques se poursuivent : des zonings (oups ! je voulais dire des zones d’activité économique), des pistes de ski, des terrains (en fait non, ce sont des greens) de golf, tous des projets des sixties. Je suppose que c’est de cette modernité là que parle le Président de toutes les Wallonie. Bon sang, mais c'est bien sûr, voilà pourquoi je ne suis pas moderne!
Récemment, une consoeur de Bruxelles m’a demandé où se trouvait la Wallonie Picarde, elle croyait que la région ici c’était le Hainaut Occidental. Je lui ai dit qu’elle ne se trompait pas. C’est un peu comme la côte belge qui s’appelle Vlaamse Kust. C’est toujours la même côte, mais en plus kust. Ici, lui ai-je dit, c’est toujours occidental mais en plus wallon. J’ai l’impression qu’elle n’a pas bien compris mes explications. Moi non plus. Et dans le même temps, je me sens, allez savoir pourquoi, moins wallon que jamais… Cette Wallonie Picarde, ça m’a tout l’air d’être un truc très wallon, non ? Très baron wallon. Mais bon, « il y a un affect », diagnostiquait à No Télé le Docteur Demotte. Alors, s’il y a un affect, je suppose que c’est bien.

Post-scriptum: Parmi tous les organismes qui ont intégré à leur nom celui du Hainaut Occidental, j'oubliais le CHOQ. Qui s'est adapté au nouveau nom de la région de manière pour le moins surprenante, puisque les quatre lettres signifient désormais: Contribuons à une Wallonie Picarde de Qualité. Donc, CHOQ avec un H comme Wallonie et un O comme Picarde. Et après cela, on s'étonnera que nos enfants ont une très mauvaise orthographe!

mardi 26 août 2008

L’équipe du Centre de Glisse engage le Docteur Coué de la politique

Anne Fourcade, l’architecte visionnaire (1), promotrice en cheffe du projet de Centre européen des Sports de Glisse, a agrandi son équipe, ralliant à sa cause le député-bourgmestre de Brunehaut. Pierre Wacquier ajoute désormais à ses mandats celui de VRP du Centre.

Dans Nord-Eclair du 18 juillet 2008, il s’engage clairement, choisissant son camp : celui des promoteurs. Et fustigeant les détracteurs, dénonçant « le théâtre des talentueux bonimenteurs ». Selon lui, « une solution a été trouvée pour le volet environnement » et « le développement durable (harmonie, équilibre entre le social, l’économique et l’environnement) est parfaitement respecté dans ce projet nouvelle mouture ». Il affirme que « concrètement, c’est un projet qui promotionne l’emploi, accorde à la collectivité des bénéfices importants, préserve l’environnement et la biodiversité ».
Il se garde bien de préciser en quoi ce projet gaspilleur de nature, d’eau et d’énergie et producteur de CO2, « accorde des bénéfices importants à la collectivité ». Quant à sa conviction que l’environnement et la biodiversité sont préservés, elle semble ne s’appuyer que sur les arguments des promoteurs. S’il avait lu les avis du Parc Naturel des Plaines de l’Escaut, le résultat de l’étude d’incidences sur l’environnement (EIE), l’avis de la CRAT, la position d’Inter-Environnement Wallonie, celle de la CIAO, les courriers de la Région Nord – Pas de Calais, il constaterait que la quatrième version du projet ne règle en rien les problèmes suivants (liste non exhaustive !):
- Dans son avis remis en octobre 2007 devant le Conseil de Développement de Wallonie picarde, le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut (PNPE) estime le projet n’est pas compatible avec son plan de gestion ni avec la charte du Parc Naturel Régional Scarpe-Escaut.
- Il considère que la réorientation du projet n’est que spatiale et semble marginale dans la mesure où le dimensionnement même du projet n’a pas été revu ; celui-ci reste difficilement compatible avec le site même et son environnement.
- Le PNPE constate que les forêts seront « lacérées » par 19 km de chemins de promenade éclairés et ainsi « transformées en un vulgaire espace vert de type parc urbain ».
- Il estime que les plans d’eau seront « dénaturés », que la fermeture complète du site créera une coupure pour la forêt de Flines et pour le territoire du PNPE, que les prélèvements d’eau seront très importants, alors que la préservation des eaux de surface et souterraines constitue un enjeu majeur.
- Le PNPE parle d’un « choc de culture sur la conception de la nature et de l’écosystème, de contresens scientifiques » et estime que ce projet est « en totale contradiction avec les principes du tourisme durable et du développement local ».
- La CRAT (Commission régionale de l’Aménagement du Territoire) constate (juillet 2007) que dans son EIE l’auteur de l’étude souligne que « Tant dans le projet initial que dans ses variantes, l’impact sur la faune et la flore reste important. (…) L’avant-projet ne préservait pas une série de sites pourtant d’un intérêt écologique très élevé. (…) De nombreux milieux (Bois du Fouage et Bois de Péronnes) subiraient des incidences importantes.
Dans l’avant-projet ou dans sa variante, la faune serait perturbée par la destruction d’une partie de son habitat et par la fréquentation du site. Même dans le meilleur des cas, c’est-à-dire la variante, les incidences seraient très fortes.
L’auteur de l’étude résume ainsi les perturbations : « L’inscription de zones de loisirs autour du Grand Large affectera de manière significative les biotopes présents dont l’intérêt est important à l’échelle locale, régionale et européenne » (partie D de la deuxième phase de l’étude d’incidences, page 113, juillet 2007).
- La CRAT souligne également que l’assainissement des eaux usées (6000 équivalents-habitants) nécessitera une augmentation de la capacité de la future station d’épuration de Hollain. Le coût de l’assainissement reste à évaluer. La section s’interroge également quant à la faisabilité technique du raccordement du projet, la station étant située au-delà de l’Escaut.
- La CRAT constate le caractère extrêmement énergivore du projet qui rejetterait de 9.535 à 11.868 tonnes de CO2 par an, ce qui représente 0,023 % du total wallon alors que la région s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effets de serre.
Par ailleurs, la mobilité que le projet va accroître contribue également à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.
- Elle se pose de nombreuses questions quant aux modes de déplacements et aux cheminements à l’intérieur même du projet.
- La CRAT attire l’attention sur la problématique des compensations.
Selon elle , il y a confusion entre les compensations alternatives et des charges urbanistiques liées au permis d’urbanisme. Elle insiste sur la nécessité pour le Gouvernement de fixer un cadre juridique aux compensations alternatives afin d’une part d’éviter tout arbitraire et d’autre part, de régler les problèmes de plus et de moins-values foncières.
La liste des critiques pourrait être bien plus longue encore, mais elle suffit déjà à démontrer que, contrairement à ce qu’affirme le docteur Coué de la politique, le développement durable n’est pas « parfaitement respecté »… Dans le Courrier de l’Escaut du 18 juillet, Pierre Wacquier affirme que « les promoteurs ont à chaque fois apporté des solutions aux problèmes qui étaient soulevés ». On ne peut que l’inviter à soumettre la liste ci-dessus à ses amis promoteurs. Qui feraient bien d’y répondre, sous peine de passer pour de piètres « boni-menteurs »…

« Arrêtons de diaboliser et stigmatiser ce projet avant même qu’il n’ait vu le jour », exhorte Pierre Wacquier. Là, c’est le VRP qui s’exprime, oubliant que le bourgmestre qu’il est aussi vient de s’opposer à un projet de quelques éoliennes avant qu’elles ne puissent être plantées… Ce n’est en tout cas pas le député wallon qui pourrait refuser que l’on critique un projet avant qu’il devienne réalité, puisque la Région wallonne a – très logiquement - prévu une procédure d’étude d’incidences sur l’environnement pour des projets de ce type. Suivie d’une procédure d’avis de diverses instances. Et c’est précisément sur les résultats de cette EIE que s’appuient la CRAT, les deux parcs naturels, Inter-Environnement Wallonie, la CIAO, Climat et Justice Sociale, etc. pour critiquer ce projet. La logique wacquiérienne voudrait-elle donc qu’on ne puisse critiquer un projet qu’une fois qu’il est devenu réalité ? C’est-à-dire quand il est trop tard ? Curieuse conception de la démocratie ! Et de la logique tout court : doit-on, selon lui, agir, puis réfléchir… ? Considère-t-il que la nouvelle étude d’incidences demandée par le Gouvernement wallon est inutile ?

« Soyons pragmatiques et rationnels », demande-t-il (2). Mais c’est précisément sur des éléments rationnels que s’appuient, pragmatiquement, tous ceux qui critiquent ce projet : l’analyse effectuée par les techniciens du Parc Naturel, les résultats de l’EIE et l’avis de la CRAT.
Mais on sera rassuré d’apprendre que le bourgmestre de Brunehaut sera « attentif au rôle que tiendra le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut » (3). Comprenne qui pourra…

Dans « La politique de l’escargot », Paul Ariès, écrit que « La déconstruction du sarkozysme réellement existant suppose une rupture d’avec ce qui caractérise la dimension anthropologique de l’humain au sein des sociétés capitalistes et productivistes. Les gauches ont trop longtemps considéré qu’elles pouvaient faire l’impasse sur ces grands invariants de notre époque. En défendant le « plein emploi », elles évitaient ainsi de s’interroger sur ce que l’on continuait à produire. En revendiquant le droit à la consommation, elles ne remettaient pas en cause le mode de vie capitaliste. Nous avons payé beaucoup trop cher cet aveuglement pour ne pas être attentifs aux multiples résistances de ceux qui aspirent à une vie meilleure et déjà à une plus grande compréhension de ce qui nous tue. » (in Le Sarkophage, 12.07.2008)
Dans le même journal, l’économiste Geneviève Azam estime que « l’abondance de discours et de postures (à propos de la crise écologique) cache mal la vacuité des mesures prises par les instances politiques actuellement en place et l’absence de projets politiques alternatifs. Avec, en prime, une banalisation à force de formules creuses et une fuite en avant dans les politiques néolibérales qui se nourrissent des situations de panique qu’elles ont elles-mêmes créées ». Elle poursuit sa réflexion avec ces « questions politiques fondamentales: que produisons-nous, pour qui, comment le produisons-nous, comment répartissons-nous la richesse produite, quelles sont les instances de décision, quelle coopération internationale ? ».

En mars dernier, quittant sa fonction d'administrateur général de la FGTB wallonne, Jean-Claude Vandemeeren estimait que "il y a un problème de la gauche dans toute l'Europe, qui dès l'instant où elle s'inscrit dans la logique du système capitaliste dominant, a du mal à assumer ses choix. Le socialisme n'ose plus véritablement contester le système. Il se contente d'une ligne défensive, tente de limiter les dégâts dans une Europe capitaliste. (...) Au niveau wallon, ajoute-t-il, c'est encore plus grave. On est dans une situation économique assez catastrophique. On a donc besoin d'un capitalisme dynamique. Et dès lors, le PS a peur de le gêner, il lui fait confiance, lui accorde des cadeaux. »

Le projet de « centre de glisse » participe pleinement de ces politiques néolibérales avaleuses de l’air du temps qui arrivent d’autant plus facilement à faire passer des vessies pour des lanternes qu’elles trouvent non seulement bien peu d’opposants à leur développement, mais aussi beaucoup de thuriféraires de leurs projets, y compris dans des partis qui s’affirment de gauche.
Il est urgent que le politique (re)prenne la main sur l’économique plutôt que d’en jouer les porteurs de valise.

(1) un visionnaire, c’est quelqu’un qui a des visions…
(2) réveillant ainsi un vieux slogan du Ps : « Soyons positifs et concrets », un slogan qui résonne curieusement par rapport aux réflexions reproduites dans ce texte.
(3) Le Courrier de l’Escaut, 18.07.2008

lundi 18 août 2008

Immuable Wallonie!

Ainsi donc, « ils » l’ont fait ! Ainsi donc, ils l’ont « eue » ! Le Gouvernement wallon s’est débarrassé de Danielle Sarlet, sa directrice générale en charge de l’Aménagement du Territoire, du Logement, du Patrimoine et de l’Energie (la DGATLP).
C’est que depuis longtemps, cette directrice hérissait ces messieurs du Gouvernement et du Parlement.
Elle avait le grand tort de ne pas être aux ordres, de se conduire de manière critique et indépendante, de faire appliquer les règles, de rechercher la cohérence. Une « erreur » d’attitude qui ne colle pas avec la culture wallonne de l’arrangement à la petite semaine, du clientélisme, de l’embrouille et du double langage.
Son éviction, malgré vingt-deux années d’excellents et loyaux services, malgré la réussite d’épreuves organisée par le Selor, est une suite logique de toutes les attaques dont elle fut l’objet. En Commission parlementaire de l’Aménagement du Territoire, je me souviens des critiques acerbes à son égard, frisant l’insulte, de collègues parlementaires des trois familles traditionnelles. C’est que ces députés-municipalistes (1) estiment que les règles sont faites pour être contournées et ne peuvent en tout cas pas les empêcher de satisfaire leurs électeurs-clients.
André Antoine, grand défenseur de la cohérence de l’aménagement du territoire quand il était dans l’opposition, s’est mué en ministre laxiste, plus libéral que les Réformateurs. Membre du gouvernement, il a d’emblée créé SA « Cellule de Développement territorial », chargée de piloter les projets jugés prioritaires en matière d’aménagement du territoire : tronçons autoroutiers, aéroports régionaux, circuit moto, pistes de ski… Des projets d’une autre époque qu’il soustrayait ainsi à l’analyse critique de l’administration. Mais cette mise sur la touche de Danielle Sarlet ne lui suffisait visiblement pas : il s’en est maintenant débarrassée officiellement avec la complicité de l’ensemble du Gouvernement wallon.
Décidément, la compétence et l’intelligence dérangent en Wallonie… Qui oserait encore affirmer que celle-ci est vraiment entrée dans le XXIe siècle?
Personnellement, je ne me suis jamais senti wallon. Plus que jamais, je me sens apatride dans ma propre région.

Voir le site de soutien à Danielle Sarlet : www.vieillechaussette.be

(1) En juin 2004, un député wallon sur deux était aussi bourgmestre ou échevin. « Une proportion jamais vue » (La Libre Belgique, 27.07.04)

mercredi 28 mai 2008

Une pétition à signer - Nous sommes tous des crapules

Suite à la triste actualité récente des sans-papiers (répression de manif, liste noire Brussels Airlines....), une belle initiative de la Revue Nouvelle.

Vous pouvez retrouver le texte ci-dessous et la pétition et signer en ligne sur :

http://www.revuenouvelle.be/article.php3?id_article=913

Nous sommes des crapules…

"Certes, ce n'est pas de gaieté de cœur que nous avons recours à ce langage peu châtié, mais nous nous sentons tout à fait à notre place dans la confrérie des insultés inaugurée lors de la manifestation des sans-papiers, à Bruxelles, le 29 avril, alors qu'un avocat qui s'inquiétait du droit des étrangers s'est vu traité de crapule qui défend des crapules par un représentant de la police. Ce serait un honneur, vraiment, d'y figurer.

Comme ce serait un privilège également, de faire partie de la liste noire établie par Brussels Airlines, aux côtés de Serge Ngajui Fosso, qui a mérité cette place après s'être insurgé contre l'expulsion violente d'un non-Belge (si l'on veut bien considérer qu'essayer d'étouffer un expulsé récalcitrant pour le refouler tranquillement n'est pas de la plus extrême douceur, merci)."

La suite de cet excellent texte de Véronique Wautier sur le site cité ci-dessus. La pétition s'y trouve aussi.

Un vrai beau projet pour la Wallonie picarde!

On ne sait plus, aujourd'hui, où donner de la tête! Tant les projets d'activités sportives, touristiques et de délassement se bousculent en Hainaut Occidental - Wallonie Picarde. On sait depuis quelques années que la région la plus plate de Wallonie mise sur la neige artificielle: on pratique le ski à Comines depuis près de dix ans et, bientôt, on pourra faire de même à Lessines. Et sans doute aussi à Maubray (Antoing).
Voilà à présent que l'on apprend que les projets de terrains de golf se multiplient eux aussi: à Maubray, à Molenbaix, à Rumillies.
La Wallonie picarde est à peine fondée qu'elle a déjà trouvé sa vocation: celle de terrain de jeux entre Lille et Bruxelles.
On peut imaginer que le grand rassembleur qu'est Rudy Demotte va, dans un élan consensuel dont il a le secret, tenter - c'est à la mode - de créer des synergies entre tous ces projets.
Je me permets de lui faire cette suggestion d'un projet rassembleur: transformons la Wallonie picarde en un grand et unique parc d'attraction, Picardialand, qui s'étendrait de Comines à Enghien, de Flobecq à Bernissart. Son slogan: "Picardialand, le plaisir à l'état pur". Le Ministre fédéral du Climat et de l'Energie n'a-t-il pas déclaré récemment - à propos du projet de centre des sports de glisse de Maubray - que le "principe de plaisir doit pouvoir autoriser certaines formes"?
Les formes, les voici.
Les clôtures seront placées tout autour du Hainaut Occidental, les visiteurs n'auront qu'à payer une seule fois leur entrée sur le territoire de notre beau pays. Une fois à l'intérieur, ils ne sauront où donner de la tête, tant les attractions seront multiples.
A Aubechies, c'est une plongée dans la préhistoire qui est déjà proposée aux visiteurs; à Tournai, Lessines et Ath, dans l'histoire; à FuturX à Mouscron dans l'avenir. A Cambron-Casteau, Paradisio permet de découvrir la faune de tous les coins de la planète. Mais tous ces sites ne sont rien face aux projets à développer!
Outre celles de Comines, de Maubray et de Lessines, des pistes de ski seront créées à Mouscron, Saint-Léger, Pecq, Pottes, Mont de l'Enclus, Velaines, Mont Saint-Aubert, Ere, Bruyelle, Baugnies, Pipaix, Grandmetz, Mainvault et Papignies. De la sorte, les skieurs - sans jamais devoir déchausser - pourront traverser de part en part l'ensemble de la Wallonie picarde qui deviendrait un domaine skiable sans équivalent au monde.
Les greens de Molenbaix, Rumillies et Maubray seraient eux aussi joints pour créer le plus vaste terrain de golf de la planète.
La plongée et le ski nautique pourront être pratiqués dans et sur les innombrables plans d'eau que sont devenues les carrières abandonnées en Tournaisis, dans le Pays blanc et dans la région de Lessines. Les jet-skis circuleront sur les marais d'Harchies. On fera du rafting sur le canal de l'Espierre. Du quad et du 4x4 dans le Pays des Collines.
A Bernissart - où sera créé un gigantesque Picarsic Park - les visiteurs pourront s'essayer au maniement d'excavatrices pour fouiller le sol à la recherche de squelettes d'iguanodons. Au château d'Antoing, ce sont des pièces d'or que pourront rechercher les joyeux vacanciers (avec obligation, cela va sans dire - mais mieux en le disant - de remettre les éventuels trésors découverts au maître incontesté des lieux, sa majesté des Neiges).
Dans les bois d'Howardries et de Ligne, dans les forêts de Bonsecours et de Beloeil seront construites des cabanes par centaines et on les appellera cottages. Les touristes y passeront la nuit en pleine nature. A Laplaigne, on fera la chasse au canard. A Lesdain, on pourra cueillir des fraises (et même les sucrer!).
Les habitants du Hainaut Occidental seront baptisés Indiens ou Gaulois. Nerviens, peut-être? Assis devant leurs chaumières, ils vendront des produits de leur terroir aux visiteurs venus de tous les coins d'Europe: bières Bush, pralines au boudin, galettes de betterave...
Dans le pays des Collines, toutes les femmes seront habillées en sorcières et les hommes devront avoir l'air de vrais paysans. A Comines, Lessines et Maubray, les hommes seront moniteurs de ski, bronzés et dragueurs. A Thimougies, on reconstruira le moulin et les hommes se promèneront couverts de farine.
De vastes estaminets seront ouverts dans chaque brasserie: à Templeuve, à Brunehaut, à Pipaix, à Tourpes, à Blaton, à Silly, à Ellezelles... A Fontenoy, c'est un grand pub irlandais qui s'ouvrira.

Ce beau projet s'inscrit - c'est une évidence! - dans une perspective de développement durable.
Car c'est bien ce concept qui est le ciment de la Wallonie Picarde. Comme la neige. Et le golf. Et tout ce que vous voulez. Tout fait farine au moulin, comme on dit à Thimougies.

mardi 29 avril 2008

L'anonymat d'Internet

Il y a peu, je me plaignais ici-même (je sais, c'est ce que je fais le mieux, inutile de me l'écrire, j'en suis bien conscient), dans un texte intitulé "Les roquets d'Internet", de ces "courageux anonymes" qui pullulent sur Internet où ils ont mille déclarations à faire, toutes plus intéressantes les unes que les autres bien sûr, mais sans jamais les signer de leur nom. Et je déplorais cette pleutrerie. Ce 23 avril, dans Charlie Hebdo, je me découvre une "alliée" de renom et de grand talent, en la personne d"Amélie Nothomb. Sous le titre "Habeas Corpus", elle écrit notamment ceci: "Signer un texte, un article, un message de son nom, c'est produire son corps comme garantie de ce que l'on écrit. On n'a pas le droit d'écrire n'importe quoi, pour ce motif que l'on porte un nom, et que ce nom représente notre corps. Sur Internet, le corps est le grand absent. Il n'y a pas de plus vertigineuse impunité potentielle que l'absence du corps. L'anonymat n'est rien d'autre que la représentation verbale de l'absence du corps. Tout texte courageux et juste comporte une signature. (...) Il n'est pas question ici de la totalité d'Internet, poursuit Amélie Nothomb, mais de l'univers des blogs et assimilés. En attendant que ce juriste ou que cet internaute de génie trouve une solution, on ne peut rien faire d'autre qu'inciter les explorateurs d'Internet à la plus grande vigilance vis-à-vis de cet habeas corpus à échelle lexicale : la signature. Un message qui ne comporte pas de signature digne de ce nom doit être tenu pour inexistant."
J'imagine que, comme tout personnage public, Amélie Nothomb a reçu et reçoit des lettres de "courageux anonymes". Personnellement, comme présentateur télé d'abord, comme parlementaire ensuite, j'ai reçu de nombreuses lettres d'injures, toujours anonymes évidemment. Parfois, l'auteur du courrier tient à apposer des initiales qui ne permettent évidemment pas de l'identifier, mais qui - sans doute - le mettent en paix avec sa conscience. La plupart du temps, dès que je me rends compte qu'un courrier n'est pas signé, qu'il soit injurieux ou non, je le jette à la poubelle, sans le lire plus avant. J'agis de même sur Internet. Qu'il s'agisse de réactions sur ce blog ou de messages lus sur d'autres sites, le moindre "Zorglub", "Capitaine Haddock" et autre "Ornicar" m'invite à cliquer outre...
Michel Guilbert