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samedi 10 novembre 2012

Arroseur arrosé

La Ville d'Antwerpen a-t-elle encore un avenir? A-t-elle du sens? Est-elle gouvernable? On se pose ces questions. Bart De Wever y a triomphé aux dernières élections communales, mais n'y a cependant pas obtenu la majorité absolue. Le voilà contraint de composer une majorité. Ce qui prend du temps. Dans son cas, beaucoup de temps. Voilà un an ou deux, des difficultés d'Elio Di Rupo à former une majorité au niveau fédéral, le même De Wever concluait qu'elles étaient la preuve que ce pays était ingouvernable et n'avait ni sens, ni avenir. On voit par là qu'il ne faut jamais tirer de conclusions ni trop hâtives, ni trop simplistes.
Economiquement, ces derniers jours, la Flandre connaît choc sur choc. La situation est dramatique pour des milliers de travailleurs flamands qui se retrouvent sur le carreau. La suffisance de Bart de Wever et de la NVA à l'égard de la Wallonie et de ses chômeurs, cette prétention à croire en une Flandre inoxydable nous amèneraient - presque - à ricaner. Voilà que le lion qui s'est pris pour un coq s'enroue.

dimanche 29 janvier 2012

L'avis d'un spécialiste

Bart De Wever a maigri, c'est un fait. Il a perdu, nous dit-on, plus de trente kilos. Mais pas un gramme de culot. Il parle (1) de la grève annoncée comme générale pour ce lundi. Il s'indigne. Une minorité ne peut empêcher la majorité de travailler, dit-il. On a un peu de mal à le comprendre. Les syndicats entendent bloquer le pays vingt-quatre heures. Lui et sa NVA, très minoritaires dans ce pays, ont bloqué la Belgique pendant près d'un an et demi.
Juste après , on l'entend chanter. Très faux.

(1) JT de la RTBF ce soir

lundi 19 décembre 2011

Gardez-moi de mes amis

Qui sont ses amis, qui sont ses ennemis? La NVA ne s'y retrouve plus, elle a beaucoup de mal à faire la différence. Bart De Wever, son président, estime que "c'est la NVA qui a fait baisser le score de l'extrême droite. (...) Le grand ennemi du Vlaams Belang, c'est moi et moi seul", a-t-il déclaré (1).
Dans le même temps, Ben Weyts, député NVA, se faisait allumer à la Chambre par Gerolf Annemans du V.B.: le député d'extrême droite asticote la NVA sur ses positions. Il affirme qu'elle fut, un temps, prête aux concessions avec les francophones, que le Gouvernement flamand (dont est membre la NVA) soutient le programme fédéral, que l'accord institutionnel de ce dernier correspond au projet du Gouvernement flamand. Chaque fois, Ben Weyts lui a rétorqué qu'il se trompait d'ennemi: "M. Annemans, lui a-t-il dit, regardez autour de vous: votre ennemi n'est pas à la tribune!" (2). Pierre Bouillon (du Soir) estime que Wouter Beke, patron du CDV, n'avait peut-être pas tort "quand il déclarait que la NVA ressemblait de moins en moins à la Volksunie (dont elle est l'héritière) et de plus en plus au Vlaams Belang".
Le journaliste indépendant Guido Fonteyn pense de même: il estime qu'il y a "une prise de conscience croissante en Flandre - entre autres dans les milieux syndicaux - que la NVA n'est pas seulement un parti communautaire, mais qu'elle se situe aussi à l'extrême droite sur les plans social, économique et même culturel. Le groupe autour de De Wever (...) attend seulement le jour de la proclamation de la république flamande indépendante. Afin de pouvoir y servir (...) les intérêts d'une élite de fortunés. Certainement pas les intérêts du peuple (flamand)..." (3). La NVA n'a donc pas seulement des amis ou de faux ennemis. Elle sait aussi se faire des ennemis qui ne sont pas forcément là où on (et elle) le pense.
Et voilà maintenant que De Wever se découvre de nouveaux amis: ce sont les supporters d'Etienne Tshisekedi en Belgique. Ils manifestent à Bruxelles pour contester la victoire de Joseph Kabila. Ils considèrent que les partis belges francophones ont soutenu et soutiennent encore l'actuel président. Ils se drapent dès lors, avec une logique pour le moins particulière, dans le drapeau flamand, annonçant que désormais ils voteront pour Bart De Wever. Voilà donc le boutefeu de la Belgique consacré sauveur de la démocratie congolaise. Après tout, si Dewinter s'exile en Namibie, pourquoi pas Bart au Congo? La terre africaine va-t-elle réconcilier les frères ennemis? On se le demande. On se demande aussi si les Africains ont mérité ça?

(1) "De Wever condamne le oui des souris", Le Soir, 14 décembre 2011
(2) "Quand le Belang, à trois reprises, se trompe d'ennemi", Le Soir, 14 décembre 2011
(3) Le Vif, 16 décembre 2011

mercredi 28 septembre 2011

De Wever, piètre dialecticien

Il veut la fin de la Belgique et surtout l'indépendance de la Flandre parce qu'il considère que la Wallonie est une région-vampire. Elle suce le sang de la Flandre, profite de son dynamisme et de son argent. C'est, dit-il, l'hégémonie du PS qui est à l'origine de cette situation.
La montée en puissance et la surenchère de la NVA ont considérablement tendu les négociations pour la formation du Gouvernement belge. Les tensions se sont parfois reportées sur les familles politiques. La nécessité d'accepter un compromis sur B.H.V. a mis fin à l'union entre le FDF et le reste du MR. Tous les observateurs politiques le disent: ce divorce au sein de la famille réformatrice sera bénéfique au PS bruxellois qui sera, de loin, le premier parti de la capitale. Cherchez l'erreur dans la stratégie de Bart de Wever.

mardi 30 août 2011

Du coq à l'âne

"Les négociations ne donnent rien. Il faut passer à un Etat confédéral." C'est Bart De Wever qui le dit. On le sent un peu énervé. Il est hors jeu et n'aime pas ça. Il devrait rester calme. Il met sa santé en danger. Et ainsi celle de toute la Flandre. Car il est la Flandre. C'est Tijl Uilenspiegel, l'abbé Daens, Will Tura, Guido Gezelle et Roger De Vlaeminck à lui tout seul. Et aussi le Père Damien et Bob et Bobette. Que perdrait la Flandre si Bart De Wever était victime d'une apoplexie? On n'ose l'imaginer.
En attendant, la bêtise nationaliste prend de la hauteur. Deux habitants de Haringe, près de Poperinge, rêvent de remplacer le coq du clocher de leur village par un lion. Le bourgmestre (CDV) estime que ça n'a aucun sens. De toute façon, l'église est classée. Leur idée aussi. Au rayon "cocorico".

vendredi 8 juillet 2011

De Wever jusqu'à l'extrême

On sentait bien que, jusqu'à présent, même dans les rangs francophones, on ménageait la NVA et Bart De Wever. Les nationalistes, même dans leurs excès, restaient des gens respectables, avec qui il fallait dialoguer. Ou en tout cas essayer d'entretenir le dialogue. Malgré l'irritation qu'ils aiment visiblement susciter. Mais ce n'étaient pas des extrémistes. Le politologue Carl Devos l'affirmait: "la NVA n'est pas d'extrême-droite, mais c'est un parti de centre-droit qui se déclare par ailleurs ouvertement conservateur" (1). Il affirmait en outre que "Bart De Wever n'est pas un populiste, non".
D'autres observateurs n'hésitent pas à situer De Wever à l'extrême droite ou juste à côté. Marcel Sel souligne que "Bart De Wever n'hésite pas à fréquenter ouvertement des gens d'extrême droite sous des prétextes divers. Il fut photographié avec Jean-Marie Le Pen, mais il n'était là que pour s'informer... Il fut à l'enterrement du fondateur du Vlaams Belang, l'extrême droite flamande, Karel Dillen, mais pour des raisons familiales exclusivement" (2).
Guy Sitbon, dans Marianne, est clair: il le présente comme "président et grand sorcier du parti d'extrême droite nationaliste NVA" (3). "De droite extrême, il est tout sauf révolutionnaire, écrit Sitbon. Son programme tient en un mot: "non". Non à son pays. Le monde entier aime la Belgique telle qu'elle est. Lui la hait. Il veut démontrer qu'elle n'est pas viable. Invivable, pour Bart."
Depuis juin 2010, la NVA n'a rien fait, rien voulu faire, de son éclatante victoire, sinon bloquer le fonctionnement démocratique de la Belgique. Et ainsi prouver son inefficacité. Le parti qui a pour slogan "denken - durven - doen" ne pense qu'à son projet d'indépendance de la Flandre, n'ose rien, sinon enrayer le système fédéral, ne fait rien.
Le "nee" prononcé hier par De Wever à la note de Di Rupo le confirme: la NVA n'aime pas la démocratie. Ce sera son programme ou le chaos (même si on se doute que ce pourrait être aussi son programme et le chaos). Ce parti n'entend pas négocier, veut imposer son programme, son point de vue, sans rechercher le compromis. Une position fermée, typique de partis extrémistes. Faute de gouvernement légitime, la Belgique n'est déjà plus une démocratie depuis un an: le Parlement ne contrôle plus le Gouvernement, puisque celui-ci est démissionnaire. Ainsi en a voulu (et le veut) un parti et un homme qui affirment parler au nom de tous les Flamands. Affirmer parler au nom de tous, affirmer que tout le monde pense comme soi, voilà une autre caractéristique de partis extrémistes.
Ce sont ces extrémistes refusant toute responsabilité qui mènent la danse aujourd'hui en Belgique, avec le soutien passif et incompréhensible d'un CDV qui n'existe plus que dans l'ombre massive de De Wever.
"Rien ne serait plus affligeant que la disparition de notre si sympathique voisine qui aurait pu (aurait dû?) être des nôtres, conclut Guy Sitbon. Magritte, Brel, Grévisse, Hergé, Simenon, Amélie Nothomb, Christine Ockrent, Eddy Merckx et mille autres ravalés, par la faute de ce maudit Bart, à des originaires d'un pays inconnu ? Quelle connerie, la politique!" (3)

(1) LLB, 22 juin 2011
(2) Les secrets de Bart de Wever, Marcel Sel, éditions de l'Arbre (cité par le VIf, 17 juin 2011)
(3) Marianne, 2 juillet 2011

jeudi 7 juillet 2011

De la nécessité de penser

Elio Di Rupo avait à peine rendu publique sa note de formateur qu'il se trouvait déjà un politologue pour la commenter (1). Carl Devos, de l'Université de Gand, que l'on dit relativement proche de Bart De Wever, a salué "une vraie note de formateur" et le courage du candidat premier ministre. Mais il s'interroge: "est-ce qu'il y a actuellement encore dans ce pays un homme ou une femme politique capable de formuler des propositions et une note acceptables par tous?". La réponse à cette mauvaise question est évidemment négative. La question est plutôt celle de la volonté des partis politiques d'entrer en négociation et de rechercher un consensus. Aucun politique ne sera évidemment capable de marier l'eau et le feu si l'eau entend rester glaciale et le feu ardent. Une bonne négociation est celle qui adopte la stratégie du gagnant-gagnant: j'accepte de lâcher une part de mes revendications pour aboutir à un accord acceptable par tous. J'accepte donc de perdre un peu pour qu'ensemble nous gagnions. La NVA est dans une stratégie tout autre, celle du gagnant-perdant, elle s'est elle-même enfermée dans une logique et un projet - l'indépendance de la Flandre et donc la fin de la Belgique - qui l'empêchent de faire le moindre pas vers l'autre communauté. A moins qu'elle en décide autrement aujourd'hui. Mais demain?
A Bart De Wever, cette réflexion d'un très vieil homme dans le film Antares de Götz Spielmann: "je préfère penser, sinon personne ne le fera".

(1) LLB, 5 juillet 2011

vendredi 24 juin 2011

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

"Imbécile: Qui est dépourvu d'intelligence, qui parle, agit sottement. Imbécile heureux: satisfait, fier de lui. "L'imbécile n'a que de petites passions: il imite, il répète." (Alain)" (Le Petit Robert).
Imbécile est décidément le terme qui convient pour évoquer les populo-nationalistes. Dans le billet précédent, je citais ce producteur italien qui parle du gouvernement de son pays "composé d'imbéciles".
Aujourd'hui, le Vif cite le chanteur flamand Daan: sa chanson Landmijn est une lettre ouverte à Bart De Wever. En français, elle donnerait ceci: "Bonjour, imbéciles / Un vélo a bien deux roues / Pas de Belgique sans chagrin / Le sol saumâtre sans charrue / Le whist sans atout / La misère que personne n'a demandée / Pourquoi nous laissons-nous kidnapper?".
On voit par là que les artistes, du nord comme du sud de l'Europe, voient et désignent de la même manière les populo-nationalistes. Daan explique que, par cette chanson, il voulait "d'abord réagir à un parti politique qui trouve qu'un artiste doit se taire et chanter de beaux morceaux". A lire dans le Vif de ce 24 juin deux pages d'une interview roborative de Daan.
Mercredi, la Libre nous annonçait qu'un échevin CDV de Wemmel voudrait interdire dans sa commune le spectacle de Bert Kruismans La Belgique pour les nuls. Il le trouve provocant, alors qu'il est drôle, gentiment impertinent, donnant dans la dérision et l'auto-dérision. Alors que, comme le souligne la Libre, Bert Kruismans est "un jeteur de ponts et pas un agitateur qui met de l'huile sur le feu".
On voit par là qu'être un imbécile est aujourd'hui très tendance.

P.S.: Un ami me rappelle l'étymologie du terme imbécile: celui qui est ou qui va sans bâton. Et donc qui est faible. Au figuré aussi: celui qui est assez démuni moralement ou intellectuellement.

vendredi 18 février 2011

Sainte Nitouche

Finalement, ce que Bart De Wever fait le mieux, c'est s'offusquer. Il est parfait dans le rôle de la victime. Dès qu'un négociateur fait un pas, même minime, vers une recherche de compromis, il lui fait un croc-en-jambe. On s'en plaint. La main sur le coeur, il s'indigne, il dit qu'il fait ce qu'il peut, qu'il n'est responsable de rien. C'est pas moi, dit-il, mais que voulez-vous? ce pays est en panne. L'impasse des négociations, selon lui, démontre que ce pays est ingouvernable. Il est facile de dire qu'un compromis est introuvable: il suffit de refuser de le trouver. Ce qu'il a trouvé, c'est une nouvelle occasion de s'offusquer. Les déclarations de Laurette Onkelinx l'ont fâché. Tout rouge. Elle estime que "la NVA est un parti nationaliste et le nationalisme est un cancer qui ronge le pays". Le président de la NVA ne peut l'entendre. Et moins encore l'accepter. L'enfant capricieux n'aime pas la critique. Entend-il le ras-le-bol des jeunes qui se sont manifestés hier à travers tout le pays? De Wever et les flamingants tiennent un vieux discours, celui d'un oude wereld, un monde dépassé qui veut mettre des frontières là où elles disparaissent. Les jeunes de la génération Erasmus et Facebook, qui vivent au quotidien la multiculturalité, ringardisent les nationalistes. Mais De Wever s'en moque. Il fait barrage de son corps. On sent bien qu'il veut aller aux élections. Augmenter encore son score et celui de son parti. Et devenir l'empereur de toutes les Flandre. C'est la marche de l'empereur. Il marche à reculons.

P.S.: Au Journal parlé de la Première (RTBF) à 13h, Eric-Emmanuel Schmidt déclarait que " le nationalisme est une pathologie". De Wever est de ces malades qui nient leur maladie. Ce qui n'aide pas à la soigner.

lundi 24 janvier 2011

Débarrassez-vous

Joli succès pour la shame manif hier à Bruxelles. Quelques milliers de Belges ont dit leur envie d'avoir un gouvernement. Au plus vite, insistent-ils. Et de maintenir une Belgique unie. Disons aussi unie que possible. La situation est complexe. La plupart des acteurs autour de la table - disons cinq partis sur sept - ont vraiment envie de trouver un compromis. La NVA, non, malgré ses belles déclarations offusquées. Le parti des petit-bourgeois nombrilistes organisait sa séance de voeux samedi soir. Il l'a inaugurée sur l'air de "It's a shame" de Talk Talk. Affichant ainsi son mépris pour la manif du lendemain. Wie is verantwoordelijk van de schaamte?
De Wever estime qu'il s'agissait d'une manifestation "belgicaine et francophile". Il est les trois petits singes à lui tout seul. Il ne veut ni voir, ni comprendre, ni entendre le souhait de conserver un pays multiculturel, où on se parle (talk talk!), où on échange. Bart le Tisserand n'est pas un homme de lien. C'est un enfant gâté. Il veut ceci, mais quand on lui donne, il n'en veut plus: il veut cela. Dès qu'un compromis semble proche, il prend ses distances. On lui demande pourquoi il n'est pas d'accord. Il répond: parce que. Il tape du pied. On a du mal à le suivre. On comprend qu'il est contre. Il est en train de gagner au grand jeu de l'imbécile couillon. Il en est fier. Aujourd'hui, il appelle les partis qui veulent se débarrasser de la NVA à le dire clairement. Caroline Gennez, présidente du SPA, dit qu'elle soupçonne la NVA de ne pas vouloir entrer dans un gouvernement. Enfin, une politique affirme clairement ce que la presse et la grande majorité des citoyens de ce pays pensent et disent depuis des mois. Jean-Michel Javaux déclare qu'Ecolo pourrait quitter les négociations si elles n'aboutissent pas rapidement. Il est temps de rebattre les cartes et, effectivement, de se débarrasser du parti qui veut se débarrasser de la Belgique. Mais le caniche CDV est très attaché à son maître.

Hier à Bruxelles, un groupuscule du Taal Aktie Komitee détruisait des tracts de la manif et les jetait rageusement sur la foule. Cette manifestation bon enfant était insupportable aux yeux des flamingants. Vendredi, d'autres membres du TAK forçaient la porte de l'habitation privée du bourgmestre de Wezzembeek-Oppem, tentant de l'intimider. On voit par là que le nationalisme n'aime pas la démocratie et est assez bête pour le démontrer régulièrement. Mais au moins, c'est clair.

lundi 13 décembre 2010

L'enfer, c'est les autres

"Je est un autre", a écrit Arthur Rimbaud. Qui ne s'est pas trompé, même s'il ignorait alors qu'il resterait un poète éblouissant mais aussi qu'il deviendrait trafiquant d'armes. Donc, je est un autre. C'est dire si l'autre l'est, autre. L'autre est trop différent de l'un et surtout de chacun d'entre nous. Il y a trop d'étrangers dans le monde, estimait Pierre Desproges qui affirmait par ailleurs qu'ils sont nuls. Ce en quoi tant de gens lui donnent raison.
A Moscou ce samedi, un millier de supporters (ou soi-disant supporters, mais avec le Q.I. d'un supporter) du Spartak Moscou ont fait la chasse aux "bougnoules", entendez par là les autres, les personnes d'origine caucasienne ou asiatique. Plusieurs d'entre elles ont été tabassées sous les yeux d'une police visiblement trop fatiguée pour intervenir. En Russie, la haine sert aujourd'hui d'arme politique (1).
A Buenos Aires, la police a dû protéger les sans-abri d'origine bolivienne, paraguayenne ou péruvienne, victimes pendant cinq jours d'agressions de la part de la population locale. Une population quasi exclusivement d'origine étrangère (1).
En France, ce sont les Roms qui sont désormais chargés de tous les péchés d'Israël.
Chez nous, ce serait justement les Juifs. La Belgique a connu en 2009 une hausse sensible d'actes antisémites. Au point que nombreux sont les Juifs belges qui quittent le pays pour se réfugier en Israël, en Australie ou en Suisse (2).
Les autres sont nuls, c'est vrai. Tandis que les uns sont beaux, sont forts, sont purs. En un mot, n'hésitons pas à le dire, les uns sont les meilleurs. Chacun se laisse guider par son ego. Chacun se voit en coq. Même Bart De Wever, héros flamingant. C'est le comble. Pour le coq flamand, tous les autres sont trop différents de lui: les Wallons, les socialistes, le roi, tous les Belges sont trop étranges, voire étrangers. Il vient de le dire à Der Spiegel et ne comprend pas qu'on ne le comprenne pas. On voit par là que non seulement les autres sont nuls, mais en plus ils sont cons. Et en plus ils sont nombreux.

J'étais devenu un mensonge sur pattes / Qui saoule grave / Et qui sait même pas ce qu'il dit / Qui voit même pas que c'est un malade / Et qui dit comme ça / Tout le monde dit / Y dit comme ça / Les autres / Les autres / C'est pas moi, c'est les autres / Les autres
Abd Al-Malik

(1) LLB, 13.12.2010
(2) JT RTBF, 13.12.2010

jeudi 9 décembre 2010

Cinq minutes de courage politique

Il y a quelques années, Yves Leterme déclarait que la scission de B.H.V. ne nécessitait que cinq minutes de courage politique. Il n'a visiblement pas trouvé ce temps-là depuis. Aujourd'hui, alors qu'il fait toujours fonction de premier ministre, les négociations pour lui trouver un successeur sont dans l'impasse. On sent bien qu'elles n'aboutiront pas, que la N.V.A. joue depuis le début au poker menteur et ne veut surtout pas d'un accord. Il serait pourtant possible si le C.D.V. acceptait de quitter cet étrange rôle qu'il s'est donné: celui de toutou de la N.V.A. scotché à ses basques. Alors qu'il suffirait qu'il redevienne indépendant et adulte, qu'il prenne ses distances avec les flamingants, pour que ce pays puisse se donner un nouvel avenir. L'affaire de cinq minutes de courage politique, quoi.
On n'en est pas là, on en est loin. Même de mauvais gré, même avec des pieds de plomb, tout le monde, petit à petit, semble se résigner à d'inéluctables nouvelles élections. Jusqu'à présent en Belgique, le parti qui a provoqué les élections l'a payé lourdement en termes de voix. Le peu Open V.L.D. en a encore fait l'expérience en juin dernier. Logiquement, la N.V.A. devrait connaître le même sort. En ce sens, on pourrait nourrir quelque espoir de ce nouveau rendez-vous électoral: les nationalistes devraient, si l'histoire se répète, y laisser des plumes. Mais le jeu est complexe et l'histoire ne repasse pas toujours les mêmes plats. Aujourd'hui, De Wever a réussi à se faire statufier en homme de cet Etat flamand tant attendu (?). Mais surtout il participera, durant la période des fêtes, à l'émission "De aller slimste mens ter wereld" à la VRT (le plus intelligent des plus intelligents du monde, pas moins). Et cette participation vaut sans doute cinq minutes de courage politique. Pauvre B.

mercredi 3 novembre 2010

CQFD

Jean-Yves Hayez est pédopsychiatre. Un spécialiste reconnu dans sa profession, régulièrement sollicité par les médias. La Dernière Heure lui a demandé de brosser le portrait de Bart De Wever. Il estime que le leader flamingant (1) entend se faire détester par les francophones, affirme sa "volonté de puissance" et a "une personnalité très dominante". Il agit comme "un enfant-roi", dit le pédopsychiatre. Bref, des analyses qu'aurait pu livrer le premier observateur venu de la vie politique belge, des observations qui semblent relever du bon sens.
Mais Bart De Wever est très fâché. Il n'accepte pas l'analyse. Caliméro se plaint. C'est dans son caractère. "C'est trop injuste", dit-il. Il trépigne. Il tape du pied. Peut-être l'anti-monarchiste aurait-il préféré être traité d'enfant-président. Il annonce qu'il déposera plainte contre Hayez devant l'ordre des médecins. On le comprend: un enfant-roi en aurait fait tout autant.

(1) il est étrange de constater que ce terme semble avoir disparu du vocabulaire actuel, alors que la flamingantisation semble à son paroxysme.

lundi 25 octobre 2010

Derrièrologie et devantologie

Bart De Wever a le verbe franc. Pour lui, un chat est un chat. Il y a quelques semaines, il déclarait: "ce qui est derrière mon dos, c'est mon cul", voulant signifier que lui importe peu ce qui se dit à son sujet. D'autres que moi ont souligné l'erreur manifeste. De Wever imagine mal sa constitution: il n'a pas le cul derrière, mais dans le bas de son dos. Ainsi sommes-nous faits. En tout cas toutes les personnes que je connais. En attendant, beaucoup de gens se sont pincés. D'autres indignés. La phrase fait un buzz sur internet, nous dit-on.
Sans doute, le nationaliste flamand a-t-il pris conseil auprès de l'orateur que Lydie Salvayre fait s'exprimer dans "La Conférence de Cintegabelle" (1): "Exprimez-vous ouvertement, dit-il, et d'un ton résolu qui est la marque des grands esprits. Fuyez les faux semblants. Tel est précisément le genre de trouvailles stylistiques qui empeste l'artifice et que j'essaie pied à pied de combattre. Ne mâchez pas vos mots, quitte à choquer les cagots tout en pudibonderies et en érubescences, et les vierges effarouchées qui ne s'expriment qu'à mots couverts de trente-six pelisses. (...) Appelez un derrière un derrière et une connerie une connerie", dit-il.
En parlant du sien, Bart De Wever s'inscrit dans une longue tradition. Celle de la "derrièrologie" en laquelle il a d'illustres prédécesseurs français. C'est en lisant Alexandre Vialatte qu'on l'apprend: "lorsque j'étais petit garçon, on me défendait de montrer mon derrière, écrit-il. Je le dissimulais de mon mieux. Qu'on m'en excuse. C'était alors la civilisation. Notre littérature a changé tout cela, ces cachotteries ne sont plus de mise, la vogue est aux journaux intimes, la mode est de montrer son derrière, et surtout celui des grands hommes: Vigny, Hugo, Michelet, Colette si je puis dire, Elise, Rachilde, etc. Ce ne sont qu'augustes volumes. Il en est de honteux, il en est d'arrogants." (2) Celui de Bart De Wever appartient à la seconde catégorie. On n'ose pour autant le qualifier de callipyge. Bref, il dit se moquer qu'on parle de lui dans son dos.
D'autres voix cependant s'élèvent clairement face à lui. Des voix flamandes, pour lui dire qu'il a tort.
On a entendu les syndicats nationaux, francophones et néerlandophones confondus, dénoncer le repli nationaliste de la NVA et regretter la perte d'une valeur fondatrice de tout Etat, celle de la solidarité.
On a entendu Frank Vandenbroucke de la SP.A et des universitaires flamands démonter les calculs du nouveau héros flamand: le mécanisme de financement qu'a imaginé la NVA pour les régions appauvrirait considérablement la Wallonie, dit l'ancien ministre socialiste flamand. Et les chiffres avancés par les nationalistes ne tiennent pas la route, estiment certains professeurs.
On a lu les artistes: deux cents d'entre eux ont publié une carte blanche pour "rejeter le discours sur la culture et l'identité qu'on nous propose", disent-ils. "Ce discours vide les concepts de culture et d'identité de leur contenu pour les transformer en instruments de manipulation à des fins politiques. Nous avons déjà une culture et une identité. Les deux sont plurielles. Elles sont aussi flamandes, mais pas exclusivement." Les artistes flamands disent aussi se révolter contre l'image désastreuse des francophones véhiculée par les nationalistes flamands. Ils regrettent "la perspective peu réjouissante d'une Flandre dominée par les objectifs économiques et où les acquis sociaux seront démantelés". Ils estiment que "le repli sur des communautés toujours plus petites et toujours plus précisément identifiées à une culture unique est un obstacle qui nous empêche d'évoluer vers une Europe plus sociale et plus solidaire". Et c'est cette valeur de solidarité, liée aux notions de multilinguisme et de multiculturalité qu'ils veulent mettre en avant": "ce qui fait défaut dans le discours nationaliste flamand, c'est l'idée de solidarité. Cette valeur humaine est tout le contraire de l'égoïsme, de la cupidité et de l'intolérance. (...) Une grande culture, une culture ouverte, c'est une culture qui quitte le chemin étroit de l'égocentrisme et qui adopte la solidarité comme valeur fondatrice. C'est la solidarité qui fait la grandeur d'une culture" (3), concluent les artistes flamands.
S'il se moque de ce qu'on dit dans son dos, le leader flamingant semble supporter difficilement qu'on lui parle en face. Il s'énerve, il laisse entendre qu'il ne sera jamais d'accord. Il se retourne, il boude. On ne voit plus que le bas de son dos.

(1) Seuil/Verticales, 1999
(2) Chronique de la Montagne n°105, intitulée "Les frères Goncourt", 21.12.1954
(3) "Deux cents artistes du Nord du pays contre le nationalisme borné - Des artistes flamands élèvent la voix", notamment in LLB, 20.10.2010

lundi 4 octobre 2010

L'art de se faire détester

Le Gilles de Rais flamand, le boulimique qui mange même sa parole, ne connaît que deux mots, dirait-on: meer et niet. Aujourd'hui, il les a associés. Niet meer, a-t-il déclaré. Il souhaite qu'on efface le tableau et qu'on reprenne les négociations à zéro. Sa stratégie a l'air totalement aléatoire. Mais elle est calculée. Bart De Wever veut se faire détester des Francophones. Pour susciter le ras-le-bol, voire le dégoût. Pour que les Francophones abandonnent l'idée même de défendre un pays, une structure dont lui-même rêve chaque nuit de la mort. Détesté par les Francophones et déifié par les Flamands. Par beaucoup en tout cas. L'homme ambitionne d'entrer dans l'histoire de sa région. Il en sera le héros, aura sa statue au pied de la tour de l'Yser. Et tant pis si, au passage, il est intellectuellement malhonnête, s'il témoigne de petitesse et d'égoïsme, affiche du mépris, manie le mensonge, se montre hypocrite. Il sait que ses électeurs ne lui en tiendront pas rigueur. Au contraire. Il sait aussi que les Francophones n'ont aucune prise sur lui. Il sait que le CDV continue à le suivre comme un chien obéissant et que le VLD n'osera pas aboyer plus fort que lui.
Je formule ici une proposition qui devrait sauver la Belgique de la crise: qu'on lâche Hal ou Vilvoorde ou les deux. Et qu'on en fasse une principauté: la Flandre à la sauce Monaco sur laquelle il règnerait tout en laissant tranquille le reste de la Belgique. Leve et vive le prince Bart!

jeudi 16 septembre 2010

Mépris et humour

A voir Nicolas Sarkozy afficher au Sommet de Bruxelles tout le mépris qu'il a pour l'Union européenne qui lui reproche son attitude vis-à-vis des Roms, on songe à Bart De Wever. L'un n'a aucun respect pour l'Europe, l'autre pour les francophones. L'un et l'autre ne parlent qu'à leurs électeurs. Et on se dit qu'il faudrait, en Belgique comme en Europe, que les circonscriptions électorales soient élargies. Que les candidats soient obligés d'aller voir au-delà de leur pré un peu trop carré. Il y a quelque chose de pourri au royaume de la démocratie. La démocratie est un mauvais système, mais le moins mauvais de tous les systèmes, disait Churchill.
Le thème du Sommet de Bruxelles était: "comment améliorer l'image de l'Union européenne à l'étranger?". On voit que la question mérite d'être posée.

Et ceci qui n'a rien à voir. Dans Télérama du 1er septembre, Laurence Bloch, responsable de l'antenne de France Inter (venue de France Culture où elle était directrice adjointe) revient sur l'éviction de Guillon et de Porte. Elle pense qu'ils "avaient poussé très loin les limites" et qu'ils maintenaient l'équipe de la matinale "sous pression". "La vraie question, c'est pourquoi la parole d'humoristes apparaît aujourd'hui à beaucoup comme la seul légitime." Une vraie question, en effet (voir sur ce blog "Rire jaune" en date du 25 juin dernier).

vendredi 3 septembre 2010

Mijnheer neen

Chaque matin, le Belge se réveille angoissé. Est-il toujours Belge? C'est la question qui l'assaille. Est-il désormais uniquement Flamand ou Wallon ou Bruxellois ou Germanophone? Ou veuf? Ou orphelin de la mer du Nord ou de l'Ardenne? Il allume sa radio, va chercher son journal. Barak Obama tente-t-il d'amener Elio Di Rupo et Bart De Wever à se reparler? Hillary Clinton a-t-elle su trouver les mots qui apaisent? Yves Leterme fait-il toujours fonction? Refuse-t-il toujours tout commentaire? Le Belge devient insomniaque. Le francophone fait des cauchemars. Il voit Bart De Wever en Gilles de Rais. L'homme est boulimique, insatiable. Il veut tout, n'en a jamais assez. Il engloutit toujours plus. De frites, de gaufres, de transferts. Les transferts passent mieux avec de la mayonnaise. Le soir des élections du 13 juin, il relevait que septante pour cent des Flamands n'avaient pas voté pour la NVA. Il déclarait qu'il ne réclamerait pas de révision de la loi de financement et qu'il était d'accord pour un refinancement de Bruxelles. Aujourd'hui, il estime que les propositions qui étaient sur la table ne conviennent pas aux Flamands. Il parle au nom de tous les Flamands. Il avale même sa parole. C'est le comble de la boulimie. Mais il n'est pas responsable de la crise, assure-t-il. Il appelle à ne pas dramatiser. Le Belge ne dramatise pas. Il reprend des frites. Même s'il sent que son pays dégage une odeur de pourriture. Qu'il va mal. "Le pays va mal / Mon pays va mal / Mon pays va mal / De mal en mal / Mon pays va mal / Avant on ne parlait pas de nordiste ni de sudiste / Mais aujourd'hui tout est gâté / L'armée est divisée / La société est divisée / Même nos mères au marché sont divisées " (*). Le Belge se sent ivoirien. Il ne sait pas pourquoi. Il ouvre une boîte d'ananas.

(*) (Tiken Jah Fakoly).

dimanche 21 juin 2009

Les étrangers sont nuls *

Il est une déclaration du soir du 7 juin trop vite oubliée. Celle de Bart De Wever, leader de la NVA qui, interrogé sur le résultat des élections côté francophone, déclarait qu'il n'a pas à donner son avis sur des élections à l'étranger. Voilà une position particulièrement intéressante, parce qu'elle signifie, si l'on suit De Wever, qu'en Belgique nous sommes tous des étrangers. Si les Francophones sont des étrangers pour les Flamands, c'est que ceux-ci le sont pour ceux-là. Au même titre que les Français, les Néerlandais, les Italiens (les nationalités les plus présentes en Belgique), les Marocains, les Turcs, les Portugais, les Congolais, les Roumains, les Espagnols, les Russes, les Afghans, les Kosovars, etc. La Belgique serait ainsi (corrigez-moi si je me trompe) le seul Etat au monde uniquement peuplé d'étrangers. Et où tout le monde devrait donc avoir exactement les mêmes droits. Qui dit étranger veut aussi dire que le pays où vivent ces gens n'est pas le leur. Les Flamands ne seraient donc pas plus chez eux en Belgique que les Francophones ou tous les autres.
Eh quoi, retour au pays d'origine? Bart, réfléchis un peu! C'est quand qu'on va où?
Ceci dit, ce qui est rassurant, c'est de savoir que nous sommes tous des étrangers, Bart De Wever aussi bien que nous tous.

* Pierre Desproges

lundi 29 septembre 2008

Rendez-nous Bart De Wever!

Vous avez remarqué? Depuis que la NVA a cessé de soutenir le gouvernement, la haute finance belge vacille... Bart, reviens-nous!
Et pendant ce temps-là, la RTBF surfe sur la crise: ce soir, son "édition spéciale" du JT a consacré au moins quarante minutes à la débâcle bancaire. En interrogeant de temps en temps un spécialiste: les petits épargnants belges doivent-ils s'inquiéter? Non, bien sûr, disent les experts! On sent bien que De Brigode est déçu. Qu'est-ce qu'il aimerait que ce soit la panique!
En attendant, qui c'est qui va la payer cette crise? Suivez mon regard... Je crains fort que ce ne soit pas les gros...