mercredi 30 septembre 2026

Sans voile

Ainsi donc le président du RN aurait tenu des propos antisémites ? Qui l'eût cru ? Le parti auto-proclamé "bouclier des juifs" serait présidé par un crypto-antisémite ?
Depuis que le Front s'est transformé en Rassemblement, le parti de la famille Le Pen est devenu celui des bisounours. Il a tué le patriarche (condamné pour antisémitisme) et a abandonné tout racisme et tout antisémitisme. Il s'est dédiabolisé. S'il nous le dit, c'est que c'est vrai. Même si à chaque élection, nombre de candidats du RN se laissent aller à des propos orduriers ou agressifs, antisémites ou racistes, ou les deux (1). Dans son édition d'aujourd'hui, Franc-Tireur rapporte qu'aux élections sénatoriales de dimanche dernier un certain Éric Miné, deuxième sur la liste RN des Français établis hors de France, "a été récemment épinglé par Le Canard enchaîné pour avoir tenu une librairie qui vendait des ouvrages néonazis et antisémites". 

Mais voilà maintenant que ce ne sont pas d'obscurs troisièmes lignes du parti d'extrême droite qui sont pointés du doigt, mais son président lui-même. Mediapart rapporte des conversations "dans lesquelles Jordan Bardella aurait fait preuve d’un antisémitisme exacerbé et compulsif", écrit Le Monde (2).  Mediapart s’appuie sur des "dizaines de conversations écrites ", authentifiées "de manière indépendante" et qui ont débuté à l’été 2013, alors que Bardella avait près de dix-huit ans. "Toutes les banques sont détenues par des juifs", selon lui. "Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. En France, deux beaux exemples sont BHL ou Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale." Bardella était alors proche d'Alain Soral. Ce dernier a sévi au FN jusqu'en 2009. "Mais, à la base, il est admiré, malgré son complotisme antisémite de plus en plus pathologique", écrit encore Le Monde (3) qui constate que son influence auprès du Front national de la jeunesse a persisté après son départ du parti. 

Le gendre idéal dément évidemment les propos antisémites qu'on lui attribue et a annoncé déposer plainte contre Mediapart (qui a annoncé la suite des révélations) pour diffamation et faux et usage de faux si des éléments écrits sont publiés. La fille à papa défend son protégé en se dévoilant : Marine Le Pen a conseillé à Mediapart "d’enfiler son costard en Kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent" (4). En d'autres termes, elle leur conseille d'enfiler un gilet pare-balles. Si ce n'est pas une menace de mort, qu'est-ce ? "Il y a une partie de moi qui, avec la rédaction, est sidérée de voir que quelqu’un qui veut présider à la destinée de la nation s’adresse ainsi aux journalistes", a réagi Fabrice Arfi, coresponsable du pôle enquêtes de Mediapart. 

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/28/mediapart-rapporte-des-propos-antisemites-de-jordan-bardella-qui-denonce-des-faux-grossiers_6785064_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/jordan-bardella-une-jeunesse-au-fn-sous-l-influence-ideologique-d-alain-soral_6786026_823448.html
(4) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/30/enquete-de-mediapart-sur-jordan-bardella-la-violence-verbale-du-rn-ne-nous-impressionne-pas-reagit-fabrice-arfi_6786024_823448.html


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