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mardi 10 février 2026

Irresponsable

L'homme qui dirige les Etats-Unis ne pourrait même pas être candidat aux élections municipales sous l'étiquette du Rassemblement national. Trop raciste. Le parti de la famille Le Pen évite de placer sur ses listes des candidats racistes, antisémites et/ou homophobes. La (tentative de) dédiabolisation est à ce prix. En Indre, une seule liste a obtenu le label RN. De nombreux aspirants à la candidature ont été recalés pour leurs propos et leurs écrits indignes et agressifs (1). Le RN veut se donner une image angélique. Comme son président, un tout jeune homme qui n'a jamais travaillé et qui préside un parti dont le programme se résume aux propos d'un vieux croûton.  : c'était mieux avant, faut se méfier des autres, restons entre nous.
Ce garçon sans expérience court la campagne pour dédicacer son livre creux. Il "ne parle pas" (2), se contente de serrer des mains, de signer des autographes et de se faire photographier en compagnie de ses admirateurs qui lui apportent les bonbons qu'il dit aimer (3). Des admiratrices le demandent en mariage. La politique au niveau zéro.

Revenons à l'homme méprisant qui divise plus qu'il ne préside les Etats-Unis. Il  n'hésite jamais à se mettre au niveau d’un vulgaire et grossier militant raciste de MAGA ou du RN. Récemment, il a republié un clip video dans lequel on peut voir Barak et Michelle Obama en singes (4). Mais ce n'est pas lui qui l'a diffusé, se défend-il, c'est quelqu'un de son équipe. Lui, il est irresponsable. Et d'ailleurs, il n'avait pas regardé ce clip jusqu'au bout. Demain, après avoir envoyé un missile nucléaire, il nous dira que c'est par mégarde, qu'il n'avait pas lu le protocole jusqu'au bout.
Suffisant Ier a l'habitude de clips vulgaires et agressifs. Il y a quelques mois, il en avait diffusé un dans lequel depuis un avion il déversait des excréments sur des manifestants qui contestaient sa politique. Que nous disait-il avec ce clip ? Je produis de la merde. Je suis un merdeux.

Il y a un an, le jeune paon qui préside le RN déclarait : "L’élection de Trump est une bonne chose pour les Américains et je me réjouis qu’ils aient fait ce choix". N'est-il pas là en train d'applaudir un raciste ?

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/07/de-l-aude-a-l-herault-jordan-bardella-lance-la-campagne-municipale-du-rn-au-milieu-de-ses-fans-il-devrait-etre-candidat-meme-si-marine-est-eligible_6665829_823448.html
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/coings/marine-le-pen-et-moi-main-dans-la-main-jordan-bardella-bat-la-campagne-a-coings-dans-l-indre-1769880392
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/06/barack-et-michelle-obama-representes-en-singes-dans-un-montage-raciste-diffuse-par-donald-trump_6665661_3210.html

jeudi 29 janvier 2026

Une passion regrettée

Le Rassemblement national ne sait plus sur quel pied danser, que dire, que garder de ses déclarations.
La démence, l'incohérence et la dangerosité d'Egoman Trump l'obligent à prendre ses distances avec lui. Mais les écrits et les faits restent.

On se souvient qu'en 2017 Marine Le Pen avait fait le pied de grue au pied de la Trump Tower, espérant être reçue par Donald Trump qui s'apprêtait alors à commencer son premier mandat. Entre fils et fille à papa on devait forcément sympathiser. Elle a patienté en vain. Elle avait applaudi avec enthousiasme la première victoire de Trump : "Clairement, la victoire de Donald Trump est une pierre supplémentaire dans l’émergence d’un nouveau monde, qui a pour vocation à remplacer un ordre ancien". (1)

Depuis son second mandat, même si Le Pen et Bardella sont restés prudents dans leurs élans vers Trump, ils ont cependant salué son "volontarisme" et le "vent de liberté » qu'il fait souffler. Bardella disait avoir vu dans  l’élection de Donald Trump "un message extrêmement positif pour tout le monde occidental". Louis Aliot, numéro deux du RN, a représenté son parti à l’investiture de Donald Trump, en janvier 2025. En septembre, il participait à l’hommage rendu à l’influenceur d'extrême droite Charlie Kirk. Il y a près d'un an, Jordan Bardella, rappelle Le Monde (2), "s’était rendu au CPAC de Washington, rassemblement conservateur célébrant, cette année-là, l’arrivée au pouvoir de l’homme d’affaires. Ignorant la mise en garde de quelques cadres du parti, il devait y prononcer un discours, jusqu’à ce que Steve Bannon fasse un salut nazi sur la même scène – le trentenaire avait annulé sa participation, évitant ainsi une photo compromettante."  En décembre dernier encore, Bardella sur France 2 s'extasiait devant l'énergie de Trump.

Le "vent de liberté" est vite devenu une tempête qui abat toute personne qui ne correspond pas aux vues du président en roue libre L'enlèvement de Maduro et la volonté de Trump de posséder de gré ou de force le Groenland ont obligé le RN à prendre ses distances avec son modèle. Et voilà le président du RN qui appelle l’Union européenne à "activer sans délai ses instruments anti-coercition et assumer des mesures ciblées sur les services et les exportations américaines à destination de l’Europe", tout en imputant la situation actuelle à "des décennies d’aveuglement stratégique" (2). Mais qui donc a été le plus aveugle, sinon le FN-RN, subjugué par Trump, l'homme qui ose tout ? Et qui donc a toujours craché sur l'UE au point de vouloir en sortir et l'appelle aujourd'hui au secours ? Le RN aura cependant bien du mal à se défaire de son lien avec Trump et son gang.

D'autant que la magistrate Magali Lafourcade, secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), a récemment raconté, relate Le Monde (3), "avoir été approchée il y a quelques mois par deux émissaires américains en vue d’une possible manipulation du débat public français au profit de la cheffe de file de l’extrême droite Marine Le Pen". En mai 2025, elle a reçu deux conseillers du bureau de la démocratie, des droits humains et du travail, une branche du département d’Etat américain. Selon elle, ils étaient à la recherche "d’éléments pour accréditer une théorie qui aurait pu, peut-être, servir de support à une désinformation ou à une manipulation du débat public français". Ils étaient convaincus que le procès fait à Marine Le Pen et au RN par le Parlement européen (procès en appel en ce moment) est un procès politique qui vise à l’écarter de la présidentielle ou de la mettre au ban pour des raisons purement politiques. Marine Le Pen, selon eux, est "injustement traitée" et est victime "d’une condamnation politique". "Ils cherchaient des éléments pour accréditer cela", affirme Magali Lafourcade. "Ça ressemblait à une sorte d’immixtion pour accréditer un discours dont j’ai eu le sentiment qu’il était à visée d’ingérence."

Le RN essaie donc aujourd'hui de se distancier d'un Trump hier tant admiré et qui a tenté de se mettre en travers de la justice pour l'aider. Voilà un lien fort dont le RN ne se débarrassera pas facilement et qui sera rappelé lors des campagnes électorales qui s'annoncent.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2017/01/12/marine-le-pen-se-rend-a-la-trump-tower-mais-sans-rencontrer-le-proprietaire-des-lieux_5061876_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/21/le-rn-hausse-le-ton-face-a-donald-trump-pour-eviter-le-piege-avant-l-election-presidentielle-de-2027_6663582_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/20/des-emissaires-americains-soupconnes-d-ingerence-la-cncdh-alerte-sur-une-possible-manipulation-du-debat-autour-de-marine-le-pen_6663406_823448.html
A lire aussi : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/22/les-ambitions-de-donald-trump-au-groenland-plongent-les-extremes-droites-europeennes-dans-l-embarras_6663606_3210.html


mercredi 16 octobre 2024

Dur d'oreille

On se demandait pourquoi tant de gens cherchent à se réfugier en Europe. Pourquoi des Syriens, des Afghans, des Soudanais, des Irakiens, des Guinéens, des Maliens, des Ukrainiens, des Gazaouis, des Libanais souhaitent-ils vivre en France ? On a enfin une réponse grâce à  Jordan Bardella, président du FN-RN : c'est parce qu'ils veulent se faire recoller les oreilles "aux frais de la princesse". Ils viennent profiter de la si généreuse AME, l'Aide médicale d'Etat.
France Inter constate que, en 2023, 11.660 € ont été consacrés à des interventions de ce type pour des bénéficiaires de l'AME, pour des raisons médicales et non pas esthétiques. Cinq patients étaient concernés. En 2023, l'enveloppe de l'AME était de 1 milliard 100 millions d'euros, soit 0,45 % du budget total des dépenses en santé. Dans ce budget, le recollement d'oreilles de cinq bénéficiaires de l'AME représente 0,001 %. 
11.000 euros, c'est à peu près ce que touche mensuellement un député européen. On se demandait pourquoi Bardella est connu pour son absentéisme aux sessions du Parlement européen. C'est parce qu'il enquêtait. L'idée que 11.000 euros d'argent public puissent être dépensés en pure perte lui est insupportable.

(1) France Inter, Journal de 13h, 16.10.2024.

mercredi 12 juin 2024

Ça promet

Une campagne électorale est souvent l'occasion de belles promesses.
Le FN-RN fait l'inverse. Voilà que le jeune loup Bardella nous dit que demain il ne rasera plus gratis. Il revient sur la promesse de son parti de ramener l'âge de la retraite à 60 ans. Ce ne sera pas une priorité, a-t-il déclaré. L'odeur du pouvoir le rend tout à coup prudent. Faudrait quand même pas se trouver obligé de concrétiser ses promesses. 
François Ruffin, député dit insoumis, annonce que le Front populaire (qui reste actuellement à l'état de projet), une fois au pouvoir, aura pour première mesure la réintégration de l'humoriste Guillaume Meurice à France Inter. On imaginait pour cette union des gauches des priorités autrement ambitieuses sur le plan social et environnemental par exemple. Cette déclaration en dit aussi beaucoup sur la manière dont une certaine gauche envisage l'exercice du pouvoir : en passant par-dessus les décisions de l'Arcom, cet organe indépendant du politique qui contrôle l'audiovisuel, et en intervenant dans les choix d'engagement du personnel dans la radio publique censée être autonome.
Eric Ciotti, président du parti Les Républicains, vient de conclure seul un accord avec le FN-RN. Il a en fait vendu à l'extrême droite un petit morceau du parti qu'il vient ainsi de faire éclater, démontrant du même coup que le nom de ce parti est usurpé. Il trahit les valeurs républicaines.
Heureusement que la campagne ne dure que trois semaines. 

Une promesse qui ne pourra être tenue, c'est celle du bonheur. Ce bon Willy Schraen a échoué à faire gagner son "Alliance rurale", le "parti du bonheur" (1). Allez savoir pourquoi on n'en est pas malheureux. Ce serait plutôt l'inverse.

lundi 10 juin 2024

Gueule de bois

Nous voilà triplement atterrés. Par le résultat à l'élection européenne d'hier en France de l'extrême droite et de la droite extrême  qui totalisent ensemble 40,21% (1), par la décision insensée du président Macron de dissoudre l'Assemblée nationale et par l'effondrement, dans de nombreux pays européens, des partis qui portent le combat écologique.

Ce pays conservateur  qu'est la France croit-il vraiment à la dédiabolisation du FN devenu RN ? Les visages et les discours se sont lissés et les promesses de jours heureux se sont additionnées sans qu'on sache comment le monde tournerait mieux avec cette extrême droite nationaliste et xénophobe, qui regarde l'avenir dans un rétroviseur. Les programmes sont pauvres et les arguments faibles, mais "on a besoin de changement", disent les électeurs du RN qui choisissent donc le parti qui ne changera rien. Avec le RN au pouvoir, l'environnement, les droits de l'homme, les valeurs d'accueil, d'ouverture, de fraternité, la solidarité avec l'Ukraine valseraient à la poubelle. Et son programme économique, de l'avis de tous les experts, n'a aucune crédibilité. En attendant, le FN-RN fait la course en tête. Et de loin. Le parti de la famille Le Pen, des fainéants (ses élus européens travaillent très peu), des philistins et des incompétents triomphe, avec l'aide de certains médias fascinés par Jordan Bardella, le jeune loup aux dents longues et aux idées courtes.

Le diable est à la porte et le président la lui ouvre. Emmanuel Macron obéit à Bardella qui l'avait appelé à dissoudre l'Assemblée nationale au vu de son score. Macron, "kamikaze de la dissolution" (2), tente un "pari fou", "un coup de poker", pour se redonner une majorité (un peu) plus claire, au risque d'offrir le gouvernement au parti d'extrême droite. Une explication circule : Macron essaierait de démontrer, en l'amenant au pouvoir, l'incompétence, notoire mais non démontrée, du FN-RN. Et les électeurs rejetteraient ainsi la fille à papa Le Pen en 2027. "On n'a pas encore essayé l'extrême droite", disent nombre d'électeurs. Les Hongrois l'essaient depuis quatorze ans. Orban est premier ministre de Hongrie depuis 2010. On ne se débarrasse pas facilement de l'extrême droite. Une extrême droite que le dérèglement climatique laisse indifférent. Elle préfère, courageusement, fermer les yeux. Ce qu'apprécient ses électeurs que le simple prononcé du mot écologie hérisse.

L'écologie, et donc l'avenir de l'humanité, est la grande perdante (même s'il y a d'heureux îlots de résistance et même de victoire - tel le Danemark) du scrutin européen. Quand elle n'est pas criminalisée (3), elle est traitée de punitive. Alors que ce sont nos modes de production et de consommation qui sont punitifs. En témoignent la hausse constante des températures, les sécheresses et les incendies qui y sont liés, la hausse du niveau des mers, l'augmentation du nombre de tempêtes, des précipitations et des inondations, avec leur lot de drames. Mais les électeurs préfèrent s'en lamenter sans devoir s'en soucier. 

Le monde meurt de l'absence de femmes et d'hommes politiques à la hauteur des enjeux actuels : dérèglement climatique, guerres, migrations, surpopulation. Qui fait encore de la politique aujourd'hui ? La plupart des élus (il est quelques heureuses exceptions) font de la politicaille, pas de la politique. Ils cherchent le pouvoir, pensent à leur avenir, pas à l'avenir commun, à celui de l'humanité, de la planète. Allons-nous hériter des pires ?
Après "Ma vie en pays grognon" (4), vais-je écrire "Ma vie en pays haineux" ? Allons-nous passer d'une peste sanitaire à une peste politique ?


dimanche 2 juin 2024

RN comme Rance National

Que s'est-il passé ? Il y a vingt ans, la jeunesse disait haut et fort qu'elle "emmerde le Front national" et voilà qu'une part importante de la jeunesse actuelle se laisse séduire par le Rassemblement national, frère jumeau du même Front bas.
Le jeune loup et la mère grand s'affichent côte à côte, tout sourire, sur toutes les places de France et s'apprêtent à faire un carton à l'élection européenne dimanche prochain. Lors de débats, l'un et l'autre ont fait et font la démonstration de leurs grandes limites intellectuelles, mais peu importe pour leurs électeurs leur absence totale d'idées novatrices et audacieuses, leurs revirements, leur bêtise et leurs contradictions. Les sourires, les tapes dans le dos, les flatteries, les phrases creuses et les selfies font office de programme.

Jordan Bardella, tête de liste, évite tant qu'il peut de participer à des débats collectifs, préférant y envoyer certains de ses colistiers, bien conscient de sa faiblesse argumentaire. Le récent débat entre lui et le premier ministre Gabriel Attal a vite tourné à l'avantage de ce dernier qui n'a eu aucun mal à démontrer que le jeune leader d'extrême droite ne maîtrise aucun dossier. Bardella est capable, sur un même sujet, de dire blanc un jour et noir le lendemain, sans sembler se rendre compte de ses contradictions. A moins qu'il s'en moque, convaincu que ce ne sont pas ses idées faisandées qui lui permettront de l'emporter.
Le FN-RN se présente comme anti-système, mais ne fait que conforter le vieux système. Au Parlement européen, ses élus ont systématiquement rejeté les textes qui tentent de sauver le climat et d'améliorer la biodiversité. Et dans le domaine économique, ils défendent les intérêts des plus grands groupes capitalistes. "Selon l'enquête publiée par jevotelobby, des élus du Rassemblement National ont voté à répétition pour défendre les intérêts de grandes multinationales. Super-profits de Total, emballages jetables de McDo, voitures de luxe… loin de son image “antisystème”, l’extrême droite protège les intérêts des puissants et bloque les changements indispensables sur l’urgence climatique."  (1) Deux exemples parmi beaucoup d'autres : le RN a voté l’amendement McDo contre l’interdiction des emballages jetables à usage unique et a rejeté l’amendement Ferrari, accordant ainsi un privilège aux voitures de luxe non françaises sur la réduction des émissions de CO2. 

Un sondage réalisé pour Arte (2) dans l'ensemble de l'Union européenne fait apparaître les priorités des électeurs européens : la santé (41 %), la guerre (38 %), puis à égalité l'environnement et le pouvoir d’achat. L'immigration vient en cinquième position. Le FN-RN prétend défendre, avec des arguments de repli économique suicidaire, le pouvoir d'achat et met en avant la lutte contre l'immigration tout en rejetant systématiquement toute tentative de protection de l'environnement. Sur sa liste figure Thierry Mariani, un élu européen cul et chemise avec le régime de Poutine pour qui il affiche toute son admiration. Le FN-RN est ainsi un parti totalement à côté des enjeux actuels mais qui doit son succès à ses analyses tronquées, au repli identitaire et à la résistance au changement. 

Un texte de loi sur les salaires minimaux dans l'UE a été rejeté par les élus RN (3). Et ils se sont abstenus sur la directive sur la transparence salariale qui permet de lutter contre les écarts de rémunération entre hommes et femmes. Ce sont ces mêmes élus qui osent prétendre être les seuls à défendre le peuple.

"Sur tous les sujets qui font l’actualité, écrit Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde (4), la guerre en Ukraine, la menace russe, le RN a de quoi inquiéter tant sa défense autoproclamée de la souveraineté française s’accorde mal avec la complaisance manifestée par ses dirigeants à l’égard de Vladimir Poutine. En matière économique, les incohérences de son projet sautent aux yeux car si elle a renoncé à torpiller la monnaie unique, Marine Le Pen n’a pas pour autant validé ses règles de fonctionnement. La politique budgétaire qu’elle défend – une accumulation de dépenses et de baisses d’impôts à vocation électoraliste – l’expose à de sérieuses déconvenues."
Du FN au RN, c'est toujours le même vieux parti réac. Cécile Prieur, directrice de la rédaction du Nouvel Obs (5): "Derrière l’image normalisée de ses 88 députés et de son candidat aux européennes, c’est bien un repli hors d’âge que nous vend le parti lepéniste, un Frexit à bas bruit qui découlerait du détricotage méthodique des traités européens qu’il prône. Quant à la préférence nationale, cette idéologie rance, xénophobe et raciste, elle est toujours la pierre angulaire du programme frontiste, brandie sans rire comme la réponse à tous les maux sociaux. Plus c’est gros, plus ça passe : il n’est qu’à voir l’expression de plus en plus décomplexée du racisme, à la table des éditorialistes comme sur les réseaux sociaux, pour comprendre à quel point sont désormais grandes ouvertes les vannes identitaires."

Dimanche prochain, les jeunes électeurs (et les moins jeunes) diront s'ils préfèrent un avenir certes plein d'incertitudes mais vivable et séduisant à un passé moisi et malodorant.

(1) https://secure.avaaz.org/campaign/fr/jordan_bardella_doit_sexpliquer_loc/?baluBfb&v=158274&cl=21400540821&_checksum=93b8fca16515295a4aed277f616d3610bbc13ffa19a7e06dca29cf6b49d897cb
(2) Arte, Journal, 6.5.2024.
(3) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/05/16/europeennes-2024-comment-ont-vote-les-eurodeputes-francais-sur-les-textes-concernant-l-emploi-et-la-protection-sociale_6233542_4355770.html
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/14/l-extreme-droite-n-est-pas-devenue-moins-radicale-qu-a-l-epoque-de-jean-marie-le-pen-mais-elle-est-plus-difficile-a-combattre_6233034_3232.html
(5) https://www.nouvelobs.com/politique/20240516.OBS88442/derriere-le-storytelling-bardella-le-vrai-visage-de-l-extreme-droite.html


vendredi 19 avril 2024

C'est normal

Le Front du Rassemblement national s'est normalisé.  Il faut donc s'inquiéter de ce qui est devenu la norme.
Le 7 avril dernier, dans le cadre du carnaval de Besançon, des militantes d'un collectif d’extrême droite ont brandi des pancartes associant les termes “immigrés” et “violeurs” » (1). Habituellement, la notion de carnaval est associée à celle de fête. Mais pas pour l'extrême droite qui profite de cette occasion pour exprimer sa haine normale. « Ces propos essentialisants, qui constituent des incitations à la haine envers les étrangers, m’ont conduit à déposer plainte le même jour pour incitation à la haine raciale », a déclaré la maire écologiste de Besançon. Elle a reçu en retour des menaces de viol, des centaines d’injures et de propos haineux ou dégradants. Normal. Elle a à nouveau déposé plainte. Quelques jours plus tard, des élus du Rassemblement national ont brandi des pancartes identiques en pleine séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, pour soutenir les deux femmes poursuivies pour leurs propos haineux. Normal. Cette fois, c'est la présidente du Conseil régional qui a déposé plainte. Elle a également dénoncé l’usage par un des élus du RN du mot Untermensch (« sous-homme » en allemand) au sein de l’hémicycle, une expression empruntée au vocabulaire nazi. Normal. 
Jordan Bardella, président du parti d'extrême droite, affirme catégoriquement qu'il n'y a pas de racistes dans son parti normal.

Le quotidien Le Monde a analysé (2) les positions prises par le parti normal d'extrême droite au Parlement européen concernant les relations internationales. "Soutien à des régimes autoritaires, refus de dénoncer l’application de la peine de mort ou d’autres sévices contre des opposants politiques, ignorance des cas de violations des libertés fondamentales : les centaines de décisions prises par les eurodéputés du RN à Bruxelles et à Strasbourg, analysées par Le Monde, offrent un panorama des relations internationales telles que le mouvement d’extrême droite les envisage." Soutien constant au Kremlin, refus de condamner la loi russe sur les « agents de l’étranger » (2019), rejet de la résolution consécutive à l’empoisonnement d'Alexeï Navalny (2020), rejet du soutien apporté à la société civile réprimée et notamment à l’organisation de défense des droits de l’homme Memorial, abstention sur la plupart des textes pris en soutien à l'Ukraine, etc. "Cela ne nous regarde pas",  affirment les élus RN qui ne veulent pas avoir l'air de toucher à la souveraineté d'un pays. Comme si la souveraineté ukrainienne était pleinement respectée. De toute façon, l'analyse du Monde démontre combien les députés frontistes appliquent ce principe de non-immixtion, de manière très variable selon les régimes concernés. Et défendent systématiquement les régimes autoritaires ou illibéraux. Normal.

Jordan Bardella est tête de liste de son parti pour les élections européennes. "La coquille vide d'idées mais remplie d'orgueil du RN", comme le qualifie l'hebdomadaire Franc-Tireur, est en campagne mais refuse les débats avec ses adversaires. Il envoie des seconds couteaux, préférant serrer des mains et débiter des âneries. Son adversaire du parti présidentiel, Valérie Hayer, affirme que Bardella "aborde cette campagne de la même manière qu'il a abordé son mandat au Parlement européen : sans aucun respect pour les Français". Normal ?

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/04/12/la-maire-de-besancon-harcelee-en-ligne-apres-sa-plainte-contre-des-pancartes-antimigrants_6227481_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/04/17/au-parlement-europeen-le-rn-soutien-constant-des-regimes-autoritaires_6228263_823448.html

jeudi 28 mars 2024

Le diable s'habille en raciste

Le Front du Rassemblement national s'est-il dédiabolisé ou le diable s'est-il banalisé ? Le parti d'extrême droite caracole en tête dans les sondages, malgré ses liens troubles avec la Russie de Poutine et malgré la bêtise avérée de ses dirigeants. On a vu, lors du débat du second tour de l'élection présidentielle en 2017, combien la fille à papa Le Pen était incompétente en quasiment toutes matières. Son successeur à la tête du parti ne vaut guère mieux, lui qui se prend les pieds dans le tapis en toutes occasions. Un jour, au contraire de la position de son parti, Jordan Bardella défend les prix planchers pour les agriculteurs, avant de s'y opposer le lendemain comme si de rien n'était ou comme s'il souffrait d'Alzheimer. Auditionné par la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises, il propose d'instaurer un délai de trois ans pour les entreprises qui passent le cap des cinquante salariés, histoire de leur laisser un temps d'adaptation aux nouvelles règles qu'elles auront alors à respecter. Il ignorait que ce délai existe déjà et qu'il est de cinq ans. Un de ses anciens coachs affirme que Bardella "ne travaille pas, ne lit pas et ne s'informe pas". Il n'arriverait pas à enregistrer ce que lui transmet son nouveau coach qui a "trop de fond pour Bardella". (1) Mais qu'importe ce qu'il sait et ce qu'il dit ? L'important est qu'il soit rassurant et souriant. Mais qui peut donc être rassuré par un homme qui démontre une telle faiblesse intellectuelle? 

Qui peut faire un confiance à un parti qui ne s'est aucunement dédiabolisé et qui reste coincé dans son vieux racisme ? Ce matin, l’Assemblée nationale a voté un texte qui demande au gouvernement d’instaurer une journée de commémoration du massacre du 17 octobre 1961 à Paris. Ce jour-là, une manifestation pacifique de 30.000 Algériens avait été violemment réprimée par la police sous les ordres de Maurice Papon. Le bilan officiel n'était que de trois morts et une soixantaine de blessés. Les historiens, eux, évoquent « au moins plusieurs dizaines » de morts, entre une trentaine et deux cents. Soixante-sept députés ont voté pour le texte et onze contre, tous membres du Rassemblement national. Le diable réside toujours au RN où les ratonnades sont ignorées. A moins qu'elles ne paraissent normales ? 

(1) "Le costume craque", Franc-Tireur, 27.3.2024.


mercredi 7 juillet 2021

Un moral de looseuse

Marine Le Pen ne croit pas à la possibilité d'être présidente de la République française en 2022. Le week-end dernier, au congrès de son parti, à peine réélue à son poste de présidente avec un score nord-coréen (98,35% des voix), elle s'en est mise en congé à partir de septembre, faisant désigner président intérimaire Jordan Bardella, député européen. Elle aura ainsi tout le temps de se consacrer à sa campagne et d'aller à la chasse aux innombrables électeurs perdus lors des dernières élections régionales et départementales. Elle aurait pu démissionner, posant un geste fort, affirmant ainsi sa conviction que cette fois serait la bonne, que le terme de cette campagne ne peut être que son élection à la tête de la République. Mais elle préfère se garder au chaud - et au sein de la famille (Bardella est aussi le compagnon d'une de ses nièces) - la place que lui a cédée son cher papa. Elle laisse juste entendre qu'elle va faire campagne et la perdre. Son destin: rester une fille à papa.