Il y a toujours eu gauche et gauche. Une gauche démocrate, respectueuse des institutions et (plus ou moins) de principes moraux et une gauche radicale qui au nom de la révolution est prête à écraser ceux qui ne pesnent pas excactement comme elle et reste fascinée par les régimes forts.
La gauche française est aujourd'hui en triste état. Elle n'a actuellement aucune chance de remporter l'élection présidentielle de 2027 et s'enferre dans une guerre d'ego et de chapelles.
La primaire du PS est mal emmanchée avec un premier secrétaire, Olivier Faure, qui apparaît comme téléguidé par Mélenchon, une Ségolène Royal hargneuse et de plus en plus complotiste et un Raphaël Glucksmann qui doit chaque jour se demander ce qu'il est allé faire dans cette galère qui dérive de plus en plus.
De l'autre côté, le père Jean-Luc, après avoir copieusement insulté toute la gauche non LFI et s'être laissé aller à des sorties qui frisaient l'antisémitisme, essaie de se calmer pour tenter de donner de lui une image un peu plus rassembleuse. Mais il n'y arrive pas et dérape régulièrement.
Même s'il a condamné l'invasion russe de l'Ukraine, il a cependant trouvé normal que la Russie ait conquis la Crimée pour avoir un accès à la Mer noire. Et il donne toujours l'impression de cultiver une certaine admiration pour l'homme fort qu'est Poutine.
Le voilà maintenant qui invite à "peut-être se demander" si l’intensification de la menace russe en Europe ne serait pas liée aux "tirs en profondeur que fait l’Ukraine" sur le territoire russe (1). "Ce n’est pas pour excuser la Russie, a-t-il déclaré, puisque dès qu’on dit une parole de bon sens et de raison, on se voit accuser d’être des déserteurs du combat. Mais tout de même, qui peut imaginer qu’un pays laisse sa propre capitale être attaquée et n’apporte aucune réponse à une situation pareille ? Ça n’existe pas. Même si la Russie est l’envahisseur de l’Ukraine". Avec la perversité qui le caractérise, il retourne donc la situation : son "bon sens" et sa "raison" lui font oublier que l'Ukraine ne peut laisser sa capitale être attaquée sans apporter de réponse. Bref, si l'Europe est aujourd'hui menacée, c'est de la faute de l'Ukraine. L'agressé est coupable de ne pas courber l'échine. Et il est normal que l'agresseur se montre plus encore agressif.
Certains de celles et ceux qui s'étaient jusqu'à présent montrés patients avec lui commencent à s'énerver (2).
Le petit père des peuples français s'en est déjà souvent pris aux journalistes, à celles et ceux qui ne lui posent pas les bonnes questions. Il a même été jusqu'à appeler ses troupes à "pourrir la vie" de journalistes et menace maintenant de mettre au pas certains d'entre eux s'il arrive au pouvoir. Des élus de son mouvement viennent de déclarer qu’ils se rendraient volontiers sur BFMTV mais qu’au nom de la lutte "contre la dérive de plus en plus manifeste de la ligne éditoriale cette chaîne vers l’extrême droite", ils refusent a priori de participer aux émissions de Sonia Mabrouk, de Robert Ménard ou Raphaël Enthoven. "Les Insoumis ont développé une logique totalitaire", estime ce dernier dans Franc-Tireur (3). Selon lui, "les Insoumis prétendent déterminer les conditions éditoriales auxquelles ils consentent à apparaître, quels journalistes sont fréquentables et quels interlocuteurs, à l’inverse, disqualifient une émission par leur seule présence. Dans la logique qui est la leur, le contradicteur n’est plus quelqu’un à qui l’on répond : c’est quelqu’un dont la présence suffit à rendre le dialogue légitime ou non. On ne réfute plus la parole adverse, on ne la combat même plus ; on conteste au média le choix de la mettre en présence de la sienne."
Quelle différence à ce sujet entre LFI et Trump qui excluait ces mêmes jours de la Maison blanche des médias qu'il considère comme trop critiques à son égard ? "Le problème démocratique, écrit encore Enthoven, n’est pas le refus de parler, mais la tentative de déterminer quelles paroles sont tolérables. Refuser un débat ? Pas de problème, chacun sa route. Refuser a priori un débat et contrôler le contradictoire ? Danger."
Autre parti de la gauche radicale, Die Linke a remporté la victoire aux élections législatives régionales de Berlin dimanche dernier. "La clé de ce succès, analyse Guillaume Beringer, maître de conférences en études germaniques à Paris-Nanterre (4), réside dans la capacité de Die Linke à reconnecter avec les préoccupations matérielles immédiates des Berlinois", en particulier le dossier sensible du logement.
"Pour l’observateur français, la victoire de Die Linke offre un contraste saisissant avec la dynamique de La France insoumise. Si les deux partis partagent une volonté de rupture avec le néolibéralisme, leurs méthodes et leur culture politique divergent fondamentalement. Là où le parti français reste structuré autour d’une figure tutélaire forte et d’une rhétorique de la confrontation permanente, Die Linke a fait le choix d’une direction collégiale et d’un ton apaisé." (...)
"L’une des figures de proue de ce renouveau, Heidi Reichinnek, incarne cette nouvelle approche. Loin de la verticalité du chef, elle se présente comme une « coordinatrice » au sein d’un collectif. Sa communication, virale sur les réseaux sociaux, mise sur l’humour, la proximité et la pédagogie plutôt que sur l’invective et la polarisation. La « joyeuse révolution », comme le qualifient les journaux allemands, n’est pas un renoncement à la radicalité, mais une stratégie d’hégémonie culturelle. Il s’agit de rendre la gauche désirable, et non seulement nécessaire."
Qui peut trouver aujourd'hui la gauche française désirable en dehors du noyau dur de LFI qui adule son gourou clivant et agressif ?
Et pendant ce temps, la famille Le Pen avance, de son pas martial et glaçant, au son de toutes les casseroles qu'elle traîne derrière elle et qui pour certains résonnent comme un hymne triomphal.
(3) https://www.franc-tireur.fr/vaine-censure-ledito-de-raphael-enthoven
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/22/a-berlin-la-victoire-du-parti-de-gauche-radicale-die-linke-offre-un-contraste-saisissant-avec-la-dynamique-de-la-france-insoumise_6780206_3232.html
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