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lundi 3 février 2020

Honni soit qui mâle y pense

Torquemada est-il le saint-patron de Mediapart? On se le demande. L'Inquisition revient en force.
Aujourd'hui, il est de bon ton de se scandaliser de tout. Et plus encore de n'importe quoi. Mieux encore: de soupçonner a priori n'importe qui de penser mal, si précisément il paraît douteux qu'il soit de votre camp.
L'air du temps veut qu'on puisse, qu'on doive se moquer des politiques, quoi qu'ils disent (ce sont tous des profiteurs, des cons et des salauds), mais exclut et interdit de rire des femmes, des racisés, des non hétérosexuels (la liste est longue et compliquée), des non catholiques (idem), des personnes handicapées, de tous ceux qui représentent des minorités visibles. Et se moquer - ou en donner l'impression - des minorités invisibles est un véritable crime qui peut vous mener au bûcher. Ou en tout cas à l'excommunication.
Les procès se multiplient sur Internet, les procureurs autoproclamés sont légion. Ils jettent l'anathème sur vous au moindre soupçon. Mieux vaut porter un casque en permanence.
Aujourd'hui, Mediapart mène "une étrange charge contre Le Masque et la Plume taxé de misogynie et plus encore", nous apprend Claude Askolovitch dans sa revue de presse sur France Inter (1).  L'émission de critique théâtrale, littéraire et cinématographique, de France Inter également. Ses chroniqueurs ont le culot d'apprécier des films de Woody Allen ou Roman Polanski plutôt que de disserter sur les accusations dont ces réalisateurs sont l'objet. Leurs plaisanteries sont jugées sexistes, misogynes, et même racistes et homophobes. L'accusation est grave. 
Askolovitch, ayant "lu et écouté" trouve cela "faux et forcé". Personnellement, je n'ai pu lire l'article. Il faut être abonné pour cela. Et je n'ai jamais eu envie de soutenir le Journal des Accusateurs publics. Mais voici ce qu'en dit Askolovitch: "L'article est signé Marine Turchi, grande enquêtrice de Mediapart qui a notamment accompagné les révélations  d'Adèle Haenel. Et l'on est frappé de lui trouver contre Le Masque la même fièvre minutieuse... Comme si des hoquets de rire et de langage, fruits d'une conversation poussée aux exagérations et dont le patron de l'émission, Jérôme Garcin, bonne pâte, reconnaît être parfois désolé, étaient aussi graves, valaient le même traitement, portaient le même poison que l'emprise et les atteintes sexuelles d'un adulte sur une jeune comédienne". Claude Askolovitch termine avec ceci: "S'il est ce matin une révélation dans Mediapart, elle est ici. Nous vivons ce moment où l'on passe du procès des individus au procès des mots et des intentions qu'ils révèleraient en dépit de leurs auteurs". 
C'est une autre journaliste du même site d'information, Mediapart, qui trouvait il n'y a pas si longtemps  que "l'islamisme n'est pas en soi une chose  grave" (2). Mediapart voit du racisme et du sexisme partout, mais de l'islamisme nulle part. Combien de morts au crédit de l'islamisme? Combien de femmes assouvies par ces barbus plus que machos?

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-03-fevrier-2020
(2) (Re)lire sur ce blog "Gourouphilie", 14.11.2017.

mercredi 17 juillet 2019

Je rugis

Je n'ai jamais eu aucune sympathie pour François de Rugy. Quand je dis jamais, ça ne veut pas dire depuis longtemps. Je n'avais jamais entendu parler de lui avant qu'il ne soit, suite à l'élection de Macron,  désigné président de l'Assemblée nationale, avant d'être nommé ministre de la Transition écologique. Les gens qui changent de camp (il a quitté les Verts pour rejoindre La République en Marche) m'apparaissent comme des opportunistes, que je soupçonne de poursuivre des ambitions bien plus personnelles que collectives. Je suis loin d'être le seul à le voir comme un mollasson de l'écologie qui a(vait) bien compris où était son avenir, mais ne changera le système qu'à la marge.
Pour autant, je ne peux participer à la chasse aux sorcières dont il est aujourd'hui victime.

Nous n'avons publié que des faits objectifs, déclarait ce mercredi matin sur France Inter un journaliste  de Mediapart. Sans doute. Mais chacun est porteur de mille, cinq mille ou cinq cents mille faits objectifs. Et on nous cite ici quelques "faits objectifs" parmi tant d'autres. La succession de leur révélation démontre une volonté d'acharnement. D'autant qu'ils ne sont pas analysés. On nous dit que, président de l'Assemblée, il organisait de fastueux dîners avec "ses potes". Et on lit le témoignage d'un journaliste qui en était et se souvient qu'il n'y connaissait personne et s'y est ennuyé. Un autre témoin a trouvé cette rencontre "intéressante". On reproche aux politiques de ne pas consulter et quand ils le font, on leur reproche de ne pas consulter les bonnes personnes et on déplore les conditions de la rencontre. Chacun va-t-il mettre son nez désormais dans l'agenda et les assiettes de chaque ministre?  Faut-il désormais pour ne pas heurter le peuple que, comme l'écrit Riss dans Charlie Hebdo (1), les ministres ne mangent que du hachis parmentier, arrosé d'une bouteille de Sprite avec un choco BN pour dessert? "Quand les idées manquent, il reste le moralisme, dit-il encore. Dans tous les domaines, qu'il s'agisse de politique ou de mœurs, l'offensive généralisée de la morale ne présage rien de bon. (...) L'exigence de pureté, quand on l'applique à la politique, ne rend pas la démocratie plus juste, mais elle la métamorphose en une sorte d'Inquisition à l'affût du premier bûcher à allumer pour livrer à la colère de la foule le premier pécheur."

Et le peuple dans son ensemble se scandalise. Le peuple n'aime rien tant que se scandaliser et hurler avec les loups.
Effectivement, ces images de repas fastueux sont catastrophiques en termes d'images des gouvernants. Mais veut-on que demain les invités d'un ministre ou d'un élu x ou y soient reçus avec ces œufs brouillés qui plaisaient tant au président Giscard d'Estaing?
Voilà qui me ramène au projet auquel je crois: en finir avec la classe politique. Que les mandats soient extrêmement limités dans le temps, ce qui permettra à beaucoup plus de citoyens d'exercer une fonction politique. Que chacun à son tour puisse devenir ministre, parlementaire, conseiller régional, maire. Et qu'il assume alors son mandat en toute transparence face aux kalashnikovs médiatiques.
Mais que les médias en fassent autant: que les rédacteurs en chef, les chefs d'éditions, les journalistes disent avec qui ils mangent, ce qu'ils mangent et qui a payé l'addition. 

Il y a vingt ans, j'étais élu au Parlement wallon. Je n'y ai effectué qu'un seul mandat. Ainsi en ont décidé les électeurs. J'ai mal vécu alors l'échec cuisant et que je continue à trouver injuste d'Ecolo aux élections régionales de 2004. Mais j'ai surtout mal vécu le "bulletin" que Le Soir  a publié juste avant les élections, distribuant aux parlementaires des points sous forme d'étoiles. Je n'en ai obtenu qu'une seule. Comme un vulgaire parlementaire touriste. J'en ai été profondément et longtemps blessé, moi qui durant cinq ans avais travaillé sur tant de dossiers divers de cinquante à septante-cinq heures par semaine, motivé, convaincu que par ce mandat je pouvais participer à une évolution positive de la société. Le journaliste qui s'était institué juge se basait sur des "faits objectifs": le nombre de questions écrites et orales posées, d'interpellations, de propositions de décret. Et ce exclusivement au Parlement wallon. Alors que tout député wallon siège également au Parlement de la Communauté française. Et que, les deux dernières années de mon mandat, je siègeais également au Sénat comme sénateur de communauté. Nous n'étions d'ailleurs plus que deux sénateurs, Isabelle Durant et moi, en 2003-2004. C'est dire si le travail au Sénat était devenu pour moi proritaire. Mais tout ce travail-là, dans ces autres institutions (tout autant que le travail, non quantifiable, d'auditions, de négociations, de contacts au sein et à l'extérieur du Parlement wallon), était superbement ignoré par le journaliste, si sûr de ses "faits objectifs", de ses calculs d'épiciers.
C'était il y a quinze ans.  Aujourd'hui, je garde une amertume de ce que j'ai considéré comme un "flingage", mais je n'ai plus aucun regret. Pour rien au monde, je ne voudrais à nouveau siéger comme parlementaire. Aujourd'hui plus qu'hier, nous sommes dans le temps des hyènes, des inquisiteurs, des Tartuffe.

Post-scriptum:  ce mercredi soir, selon le Journal de France 3, le parquet financier n'ouvrira aucune enquête au vu des informations actuelles. Donc, en l'état, rien d'illégal ne lui est reproché. Juste une question de morale donc. "N'oubliez jamais, disait Léo Ferré, que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres."

(1) "Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour le homard", Charlie Hebdo, 17.7.2019.

mardi 21 novembre 2017

Non (encore une fois)!

(suite des billets "Non!", 18 novembre, et "Gourouphilie", 14 novembre 2017)

Il ne faut jamais tenter de tourner les autres en ridicule. On y tombe alors soi-même facilement. C'est ce qui vient d'arriver à l'humoriste Guillaume Meurice. Il vient de publier un billet se moquant du conflit qui oppose Charlie Hebdo à Mediapart, le présentant comme "un clash à deux balles", une querelle de gamins dans une cour de récré. Gnagnagna, fait-il dire aux protagonistes, c'est pas moi qui ai commencé, gnagnagna, c'est lui (1). Et d'inviter les deux médias de gauche à se consacrer à ce qui est vraiment important: la lutte contre le pouvoir de l'argent, le vivre ensemble (2).
L'importance du conflit échappe visiblement à l'humoriste qui le ridiculise sans avoir compris (ou sans vouloir comprendre) les enjeux. "Ce n'est pas une simple querelle d'ego ou un règlement de comptes dans la gauche qui ne concerneraient qu'un petit milieu parisien, comme on l'entend parfois, estime le chercheur en théorie politique Laurent Bouvet (3). Des principes fondamentaux sont en jeu (...). Et ce, dans un contexte très particulier qui ne doit jamais être oublié: celui des attentats islamistes que l'on connaît depuis près de trois ans (et même un peu plus si l'on y ajoute ceux de Merah en 2012)."
Et Laurent Bouvet de pointer trois dimensions dans l'emballement pour cette opposition entre deux médias: "la plus immédiate est celle qu'il faut bien appeler par son nom: l'indécence et l'ignominie des propos d'Edwy Plenel. Riss a entièrement raison quand il dit que Plenel condamne à mort la rédaction de Charlie Hebdo lorqu'il affirme que celle-ci et ses soutiens mèneraient une guerre aux musulmans. C'est d'une gravité extrême, après ce qui a eu lieu le 7 janvier 2015 et quand on voit les menaces de mort qui se sont multipliées contre Charlie ces dernières semaines. L'équipe de Charlie vit sous protection policière permanente simplement parce qu'elle veut continuer à faire son travail. Une liberté d'expression sous protection policière, il ne faut jamais l'oublier quand on aborde le débat actuel."
La deuxième dimension pour le professeur en sciences politiques tient aux soutiens dont bénéficient Plenel et Mediapart: "l'aveuglement ou la complaisance face aux propos de Plenel sont là encore totalement sidérants". Tout comme, dit-il, le renvoi dos-à-dos des deux médias. Ce qui en dit long, selon lui, "sur le point de non-retour où l'on en est arrivé dans la société actuelle, tant en termes de déontologie journalistique que de compréhension, dans des milieux pourtant informés et éduqués, des enjeux qui la traversent."
La troisième dimension, il la situe sur le long terme, entre deux gauches irréconciliables, sur le rapport à la République, à l'Etat, à la laïcité, à l'islam.

"La rhétorique de Mediapart, écrit Thierry Keller dans Usbek & Rica (4), serait complètement insignifiante si autant d'individus de bonne volonté ne tombaient pas dans le panneau, sous l'œil paniqué de politiques qui, pour une fois, n'ouvrent pas leur caquet. Pourtant elle est facile à démonter:  être musulman et a fortiori intégriste n'est pas un état biologique ni ethnique. C'est une conviction, un choix de l'esprit. De plus, ceux qui vivent sous le joug des islamistes, ceux qui meurent sous leurs bombes, ce sont les musulmans eux-mêmes, en très large majorité. L'islam politique est donc une idéologie que l'on peut et doit combattre. (...) Mais non: en essentialisant et en dépolitisant le débat, bref, en jouant sur notre culpabilité à tous (de blancs, d'occidentaux, de harkis, les chefs d'accusation sont sans limite), Plenel décourage la lutte pour la liberté, abandonne les musulmans à la menace permanente des salafistes et autres Frères musulmans, il s'arroge le droit de parler au nom de tous les musulmans laïcs, libéraux, ou défroqués qui aimeraient pourtant qu'on leur foute la paix (...)."

C'est précisément ce que réclame l'un d'eux, Hamid Zanaz, journaliste et essayiste qui dit à Plenel: "ne parlez pas à ma place!" (5). "Je suis de culture islamique et universelle, algérien résidant en France depuis plus d'une vingtaine d'années. En vous lisant et en vous écoutant depuis un certain temps sur le sujet de l'islam et des musulmans en France, je me demande, Monsieur Plenel, si nous vivons dans le même pays!". Le journaliste algérien s'insurge virulemment contre les propos réducteurs de Plenel, "avocat autoproclamé des pauvres musulmans" présentés comme "des victimes passives d'un racisme inhérent à la société française". Il lui reproche son "incitation insidieuse à la haine", son "discours essentialiste", ses "messages dangereux et irresponsables". "Sachez, Monsieur le défenseur d'une cause fictive, que je ne me reconnais absolument pas dans votre discours de victimisation, alors que je ne vous ai rien demandé. Ne me défendez pas, je n'ai pas besoin de vous ni d'aucun autre tuteur. Le temps du paternalisme est révolu".

On est en droit de se le demander: quelle vision de la société et des rapports humains a Mediapart, quel type de régime soutient-il? On ne peut défendre à la fois la démocratie et la théocratie, le pouvoir du peuple et celui des barbus, même ceux qui pérorent en costume-cravate. A s'opposer de manière aussi irresponsable à ceux qui défendent la liberté de penser, la liberté d'expression, le droit d'être critique, Mediapart semble avoir basculé du côté sombre de la pensée, risquant d'entraîner dans sa dérive des jeunes (ou moins jeunes d'ailleurs) naïfs et, sous prétexte de lutter contre le racisme, d'augmenter celui-ci (puisque Mediapart confond sciemment musulmans et islamistes) et de faire le jeu de l'extrême droite et du populisme. Et pourtant, comme le dit Thierry Keller, en (quasi) conclusion de son article (4), "Humanisme, laïcité, universalisme. Ce camp-là n'est pas si difficile à choisir, si? Vous verrez, on se sent mieux après".

(1) http://speech.konbini.com/news/dans-une-courte-tribune-guillaume-meurice-fait-passer-la-polemique-charlie-hebdoplenel-pour-du-pipi-de-chat/
(2) En enjoignant à Charlie Hebdo et à Mediapart de parler de la défiscalisation et de l'optimisation fiscale plutôt que de l'islamisme, Guillaume Meurice, toujours prompt à dénoncer la langue de bois des politiques, tombe dans le même piège, utilise les mêmes vieilles techniques de diversion: "vous ne parlez pas de ce qui intéresse les gens, de ce qui est important. Moi, je sais ce qui est important". En plus, ils en parlent tous les deux... Il ne semble pas se rendre compte que c'est la liberté d'expression, de critique qui est en jeu. Et donc la sienne. Il a perdu une occasion de se taire.
(3) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/17/31003-20171117ARTFIG00116-l-impasse-de-la-gauche.php
(4) https://usbeketrica.com/article/charlie-il-n-y-a-plus-de-mais
(5) http://www.lalibre.be/debats/opinions/monsieur-edwy-plenel-ne-me-defendez-pas-opinion-5a130b7acd707514e8d68649


samedi 18 novembre 2017

Non!

Il faut se méfier des gens qui sourient constamment. Malgré son air angélique, Plenel est un salaud. J'ai hésité sur le terme, mais je n'en vois pas d'autre. Ses attaques contre Charlie Hebdo, contre Manuel Valls sont infâmes. Et assassines. Riss a raison de dire que ses déclarations ne sont rien d'autre qu'un appel au meurtre.
Un salaud et un imbécile. Il confond, sciemment, islam et islamisme. Par principe, il absout les musulmans de tout acte négatif, voire de toute pensée négative. Et ceux d'entre eux qui sombrent dans la violence ne seraient que de pauvres victimes du néo-colonialisme, de nous tous, crapules d'Occidentaux qui excluons systématiquement ces damnés de la Terre que sont les musulmans. (Et tant pis si nous sommes nombreux à nous mobiliser pour l'accueil de réfugiés, dont la plupart sont musulmans. C'est sans doute que nous sommes empreints de ce sale fond judéo-chrétien. Salauds de nous!) Sont-elles donc coupables de néo-colonialisme ces milliers de victimes des djihadistes en France, au Mali, au Pakistan, partout dans le monde? De quoi sont-elles coupables ces jeunes filles nigérianes forcées par Boko Haram de se faire exploser au milieu des leurs (1)? De quoi sont coupables ces chrétiens, ces musulmans, ces juifs, ces agnostiques, ces athées, tués, le plus souvent au hasard, par de jeunes névrosés qui ont basculé, parfois d'un jour à l'autre, dans le délire de l'ultra violence islamiste? Elles n'ont rien choisi, toutes ces victimes. Plenel, lui, a choisi son camp, celui de l'obscurantisme et de la violence. Et pour lui, un dessin peut parfaitement expliquer un meurtre. "En France, rappelle Fatiha Boudjahlat, co-fondatrice du mouvement Viv(r)e la République, les morts sont du côté des laïques et du côté de Charlie Hebdo. Les tueurs sont du côté des islamistes" (2). Ajoutons que les morts sont aussi du côté des juifs. Ce qui n'émeut en rien Plenel, ce grand moraliste. C'est sans doute qu'eux aussi l'ont bien cherché.

Tout a dérapé il y a une  semaine avec la une de Charlie Hebdo se moquant de Plenel qui ne savait rien du personnage Tariq Ramadan qu'il a toujours soutenu. Dans Mediapart, 130 personnalités ont signé une tribune de soutien à Plenel en accusant Charlie Hebdo d'attiser un climat de haine. Il y a là une totale erreur de cible. "Cette tribune, estime la journaliste Zineb El Razoui, refuse que la ligne éditoriale islamo-complaisante de Mediapart soit questionnée. Je me pose la question de l'opportunité de s'en prendre à Charlie Hebdo comme un porte-étendard de la haine une semaine après que cet hebdo ait été visé par une campagne de menaces de mort particulièrement violente. Mediapart fait d'ailleurs partie des organes de presse qui défendent l'idée selon laquelle les musulmans seraient de plus en plus des victimes depuis les attentats. Pour ma part, je fais partie d'une maison journalistique où le mot victime a une signification très réelle, sanglante, qui se vit dans la douleur de l'absence et dans la peur de la récidive. J'ai envie de dire aux signataires: vous ne remuez pas le petit doigt lorsque des confrères sont menacés de mort, en revanche vous faites bloc lorsque la moustache d'Edwy Plenel et surtout ses accointances avec Tariq Ramadan sont tournées en dérision?" (3)

"Charlie Hebdo ne mène aucune guerre contre les musulmans, mais condamne les extrémismes religieux d'où qu'ils viennent, affirme le président de la Licra, Mario Stasi. Edwy Plenel, avec sa rhétorique habituelle, fait semblant de confondre musulmans et intégristes musulmans. Lui et ceux qui le soutiennent sont dans un combat idéologique. A minima, c'est irresponsable dans une société où des drames humains, comme l'attentat contre Charlie Hebdo, ont été la conséquence d'écrits et de dessins. Mais je crois plus sûrement que c'est volontaire. Edwy Plenel a tort sur toute la ligne." (4)
La journaliste du Figaro, demande au président de la Licra si Riss, dénonçant un appel au meurtre et Manuel Valls accusant Plenel de complicité intellectuelle avec le terrorisme ont raison. La réponse de Mario Stasi est claire et nette: "oui, dans les deux cas".

Personnage sulfureux que ce Plenel. Cet anti-capitaliste qui, quand il dirigeait Le Monde, comme le rappelle Fabrice Nicolino (5), a transformé le quotidien en société anonyme, plaçant à sa tête quelques parrains du capitalisme français. Qui s'est aussi appuyé sur Dominique de Villepin, alors Premier ministre de droite, pour tenter, sans succès, de prendre le contrôle de Libération.
Un de ses anciens proches, Alain Rollat, alors leader de la section CGT du Monde, estime que "Plenel est expert en dialectique. Mis en accusation, il accuse à son tour. Mais il porte sa riposte sur le terrain où il est le plus à l'aise, celui de la réflexion affective, pas sur le terrain où il est attaqué, celui des faits objectifs."
Plenel, c'est un Staline souriant qui flingue qui ose critiquer l'islam. Fabrice Nicolino encore, s'adressant à lui: "Comme le moindre de votre pas est dans le chemin du Bien, il vous suffit d'énoncer. Critiquer une religion comme fait social, ainsi que l'ont fait des générations de penseurs critiques avec le christianisme, c'était parfait pour vous il y a quarante ans. (...) Attaquer un islam où le rôle des femmes, pour ne prendre que cet exemple, est d'être contraintes et soumises, c'est mal. Pis, c'est raciste." Deux semaines après le lâche massacre de l'équipe de Charlie Hebdo, Plenel déclarait à la télévision que "la haine ne peut avoir l'excuse de l'humour".  Pour lui, un dessin peut être un acte "de guerre aux musulmans", et il parvient ainsi à excuser ce qui s'apparente à des exécutions programmées.

"Plenel, écrit encore Fatiha Boudjahlat, donc Mediapart, dans un mélange des genres dont il est comptable, ont consacré à la défense et à la normalisation de l'islamisme une surface médiatique, un temps, un réseau intellectuel disproportionné avec ce que pèse en France ce courant politico-religieux d'extrême droite. C'est que Mediapart s'engage dans la lutte contre l'islamophobie. Sans vouloir comprendre que l'islamophobie (note: l'utilisation du terme - voir note au bas de ce billet) vise d'abord à coaliser les musulmans autour de leurs leaders les plus radicaux." (2)

Sur le site de Mediapart, dans une chronique immonde, un journaliste a présenté Manuel Valls comme l'héritier de ceux qui sont passés du socialisme au nazisme, de la SFIO au soutien aux occupants nazis. Ils seraient "les ancêtres idéologiques de Manuel Valls" qui s'inscrirait délibérément dans leur sillage.  Lourde et grave erreur d'analyse ici encore. "Les fascistes d'aujourd'hui, estime Rapahaël Enthoven, sont les islamistes, les ordures du 13 novembre, les terroristes qui salissent l'islam comme le nazisme a souillé l'Occident." Le philosophe dénonce "les socio-crétins qui par relativisme tendent la main aux Tartuffe (...), les lâches qui passent leur temps à voir de l'islamophobie dans la défense de la République, comme certains pacifistes voyaient en 1938 de l'anti-germanisme dans le refus de céder devant Hitler". Conclusion de Raphaël Enthoven: "les collabos d'aujourd'hui ne sont pas ceux qui se dressent contre l'islamisme, mais ceux qui lui tiennent la porte" (6).

Renaud Dély rappelle que Marianne, l'hebdomadaire dont il est rédacteur en chef, a aussi été accusé sur le site de Mediapart de faire "de la vulgarité antimusulmane son fonds de commerce", de s'être embarqué dans une "croisade islamophobe" menée par "les enragés de la réaction". Toutes ces insultes gratuites parce que l'hebdomadaire défend la laïcité. 
"On ne peut pas, écrit Renaud Dély (7), être Charlie, mais quand même... ou Charlie, oui, si... On ne peut qu'être Charlie tout court. Sans nuance. Sans restriction. Comme face aux assauts de l'islamisme, et de tous les intégrismes, on ne peut que prôner la laïcité tout court, sans adjectif, ni souple, positive ou stricte. On ne demande pas à Charlie Hebdo d'être drôle, ce que ce journal est très souvent, et encore moins de bon goût, ce qu'il est plus rarement. On lui demande d'être libre. Parce que sa liberté, c'est la nôtre. Alors oui, depuis le 7 janvier 2015, Charlie peut tout se permettre. Et même plus encore. Nos amis ont tous les droits. Parce qu'ils se battent pour les nôtres."


C'est fait!

Quelle est cette société où on n'ose plus lire Charlie Hebdo en public? Il y a quelques années encore, je me souviens des sourires en face de moi quand je lisais Charlie dans le train. Mes voisins jetaient un œil amusé sur "les couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine". Il y a trois jours, je me suis rendu compte que je n'osais pas le sortir de mon sac dans la salle d'attente de la gare. Peur d'être agressé parce que je lis, parce que je ris.


A lire sur ce blog: "Gourouphilie", 14 novembre 2017.
(1) "Elles ont dit non à Boko Haram", The New York Times, 25.11.2017, in le Courrier international, 16.11.2017.(2) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/15/31003-20171115ARTFIG00185-les-islamistes-ne-sont-pas-les-musulmans-et-edwy-plenel-n-est-pas-leur-prophete.php
(3) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/15/31003-20171115ARTFIG00372-zineb-el-rhazoui-les-collaborationnistes-du-fascisme-islamique-sont-nombreux-en-france.php
(4) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/15/01016-20171115ARTFIG00270-polemique-charlie-hebdo-mediapart-edwy-plenel-a-tort-sur-toute-la-ligne.php
(5) "A l'attention de Monsieur Edwy Plenel, l'homme qui n'était au courant de rien", Charlie Hebdo, 15.11.2017.
(6) http://www.europe1.fr/emissions/le-fin-mot-de-linfo/les-collabos-daujourdhui-ne-sont-pas-ceux-qui-se-dressent-contre-lislamisme-mais-ceux-qui-lui-tiennent-la-porte-3490874
(7) "Toujours Charlie!", Marianne, 10.11.2017.


Note à propos du terme islamophobie: "A été (...) poussée à son paroxysme, dans un but non avoué de censure, l'accusation d'islamophobie. Qui tombe aisément sur tout un chacun osant émettre le moindre reproche à l'égard du dévoiement de la religion par des personnes extrémistes. Et qui tombe même sur des personnes de culture ou de confession musulmane se permettant de critiquer les intégristes gangrénant leur propre religion. Des esprits libres illico affublés de tous les noms d'oiseau (...), assauts perpétrés par des islamistes mais aussi - et surtout - par nombre des idiots utiles (...) n'ayant rien à voir avec l'islam." Mohamed Sifaoui, "Une seule voie: l'insoumission", Plon, 2017, p. 270.

mardi 14 novembre 2017

Gourouphilie

Ce monde est désespérant. On pouvait penser que la levée des tabous sur les harcèlements sexuels, les agressions et les viols dont sont victimes les femmes allait enfin mettre fin à la brutale et imbécile domination masculine. Sauf qu'on ne peut en incriminer ni les gourous ni les musulmans. Surtout s'ils sont les deux. Ainsi une journaliste (oui, une) de Médiapart estime que les attaques contre le préd(ic)ateur Tariq Ramadan tiennent du "racisme d'Etat" et de l'islamophobie. Elle pense aussi que "l'islamisme en tant que tel n'est pas, en soi, une chose grave" (1). Les milliers de victimes et de familles de victimes de l'islamisme en France comme au Mali, en Irak comme en Grande-Bretagne, en Espagne comme en Syrie, au Nigéria comme aux Etats-Unis, au Pakistan, en Belgique, en Afghanistan, au Kenya, en Iran et dans tant d'autres pays apprécieront.
Défendant Tariq le gourou, elle constate que "comme par hasard, c'est sur lui que toutes les critiques et l'espèce de tambour médiatique résonnent le plus". Elle y voit de l'islamophobie. Le tambour médiatique a beaucoup plus résonné sur un certain Harvey Weinstein, mais, là, la journaliste ne semble pas y voir d'antisémitisme. On repense aux réactions outrées de certaines féministes par rapport à ce qui s'est passé à Cologne: elles s'indignaient qu'on puisse reprocher à des musulmans de peloter des femmes sans leur consentement (2). Ici encore, il était question de ce satané terme d'islamophobie qui empêche tout débat. Le relativisme culturel permettrait donc tous les excès et les droits des femmes passent après celui des hommes musulmans, et plus encore des gourous.
On notera que le point de vue de cette journaliste de Mediapart donne parfaitement raison au dessin de Coco en une de Charlie Hebdo dans l'édition de la semaine dernière: il montre un Edwy Plenel, fondateur et président de Mediapart, qui, tels les trois petits singes, se bouche yeux, bouche et oreilles et affirme "on ne savait pas". Edwy Plenel estime que ce dessin fait partie d'une guerre contre les musulmans. "Est-il devenu prophète de l'islam?", se demande Caroline Fourest (3). Oui, Mediapart savait sans doute ou en tout cas ne pouvait pas ne pas avoir entendu ce que tous ceux qui s'étaient intéressés à Ramadan avaient perçu (4), mais Mediapart préfère se taire, parce que dénoncer un gourou pervers serait de l'islamophobie. Même si les témoignages l'accusent de violence et de menaces graves (3).
Si on suit ce raisonnement, les musulmans auraient le droit de tout faire, même ce qui est contraire au respect, à la dignité de l'autre, aux règles et aux lois. Parce qu'ils auraient leurs propres règles et leur propre culture. Ce ne serait pas du racisme de penser comme cela? Ou juste de la bêtise, du mépris pour les femmes?

(1) https://www.marianne.net/societe/l-islamisme-n-est-pas-une-chose-grave-juge-une-journaliste-de-mediapart
(2) (Re)lire sur ce blog:
- "Le club international des sangliers", 25 javier 2016;
- "La sociologie de l'autruche", 16 janvier 2016;
- "La nuit des prédateurs", 6 janvier 2016.
(3) http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/tariq-ramadan-charlie-hebdo-est-dans-son-role-caroline-fourest-1000721.html
(4) http://www.lalibre.be/actu/international/affaire-tariq-ramadan-la-chute-d-un-guide-voire-d-un-gourou-5a0ae68acd707514e8be