Ma voiture, c'est ma liberté. Beaucoup d'automobilistes traduisent ce slogan (très relatif: est-on libre dans des bouchons, de plus en plus nombreux, y compris maintenant dans les petites villes?) par "laissez-moi rouler comme je veux".
L'Etat français envisage, nous dit-on, de limiter sur certains tronçons (ou sur tous?) de nationales ou de départementales jugés dangereux la vitesse à 80 km/h plutôt que 90 (1). Comme on pouvait s'y attendre, les associations d'automobilistes s'empressent de hurler toujours le même argument éculé: ces mesures de limitation de vitesse ne servent qu'à plumer un peu plus ces pauvres conducteurs déjà pressés comme des citrons et à remplir les caisses de l'Etat. C'est de l'hypocrisie, clame l'assocation 40 millions d'automobilistes. Qui semble spécialiste en matière d'hypocrisie, refusant d'accepter la réalité: l'insécurité routière repart à la hausse en France, avec son lot d'accidents, de blessés et de morts. Parmi lesquels des automobilistes. Mais apparemment les associations d'automobilistes défendent les conducteurs en mouvement, pas les victimes de la route (parmi lesquels beaucoup d'automobilistes). 1 km/h en moins, c'est 4% de morts en moins, rappelle la responsable d'une association de victimes de la route.
Comme de très (trop) nombreux automobilistes ont pris l'habitude de rouler systématiquement 10 km/h au-dessus de la limite autorisée, se disant que de toute façon ils ne seraient pas sanctionnés, si on limite à la vitesse à 80 km/h, finalement ils devraient rouler à 90.
Une automobiliste interviewée sur le projet gouvernemental explique que son mari est tout le temps sur les routes et qu'il y passera plus de temps encore puisqu'il y aura plus d'embouteillages si la vitesse est réduite. Il y a surtout moins d'embouteillages quand il y a moins d'accidents et moins de voitures sur les routes et dans les villes.
On repense à ce dessin du Chat de Philippe Geluck qui, face au cercueil d'Ayrton Senna descendant dans la tombe, déclare: "Jusqu'au bout la devise d'Ayrton Senna aura été A fond la caisse.
On repense à Jean-Marie Happart qui, lors de débats sur les nouvelles règles de sécurité routière en commission du Sénat en Belgique, expliquait très sérieusement qu'il n'avait, vu son emploi du temps, absolument pas le temps de respecter les limitations de vitesse. Jean-Marie est le digne frère jumeau de José. On repense à leur propos à une célèbre phrase de Michel Audiard...
On repense aussi à cette voiture brûlant la priorité à des enfants qui s'apprêtaient à traverser sur un passage pour piétons. Sur sa vitre arrière, un autocollant: "Protégez nos enfants". Effectivement.
Comme pratiquement tout le monde dans nos pays, je suis automobiliste, mais aussi piéton, cycliste, père, riverain, citoyen. Une voiture qui roule moins vite, c'est plus de sécurité routière et moins de pollution. Les associations d'automobilistes devraient se rebaptiser en associations de l'accélérateur. Celui-là même qui nous mène dans le mur.
(1) France 3, Journal, 2.11.2017, 19h30.