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jeudi 28 janvier 2016

Taubira, présidente!

Elle a donc fini par démissionner, par partir la tête haute. Christiane Taubira a pris la seule décision qu'elle pouvait encore prendre: quitter un gouvernement qui, dans trop de positions, semble vouloir plus complaire à la droite que mettre en œuvre ses propres valeurs. Quoi qu'on en dise, rappelait-elle en 2014, ce gouvernement avait plutôt bien commencé: "mariage pour tous et accord sur l'emploi; refondation de l'école et augmentation de la prime de rentrée scolaire; contrat de génération et emplois d'avenir; lutte contre la prostitution et contrôle des loyers; lutte contre les marchands de sommeil et répression de la fraude fiscale" (1).
Mais aujourd'hui, les crétins malfaisants de l'islamisme, même s'ils ne sont pas parvenus à diviser la nation française en dressant les une contres les autres les communautés qui la composent, sont arrivés à provoquer une droitisation de la question de la sécurité, amenant l'Etat à prendre des mesures qui ne serviront à rien, qui risquent de stigmatiser certains de ses ressortissants, mais qui rassureront sans doute une partie de l'opinion publique.
Christiane Taubira, pour l'extrême droite, pour les enragés de la soi-disant "Manif pour tous", pour une partie de la droite dure, a le grand tort d'être à la fois femme, noire et extrêmement brillante. Qui oserait contester son talent oratoire, son art de la rhétorique, sa culture universelle, sa connaissance de la poésie dont elle n'hésitait jamais à illustrer ses discours? Sa pugnacité pour faire adopter le droit au mariage pour les couples homosexuels et sa volonté de réformer la justice pénale en ont fait l'ennemi à abattre. Le petit et mesquin mouvement de la Manif pour tous a laissé s'exprimer en son sein, à son égard, des propos d'un racisme abject et intolérable qui le disqualifie totalement aux yeux de tout démocrate. "Sur les réseaux sociaux, écrit-elle (1), sur Facebook et Twitter, là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l'anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers. Pour ce qui me concerne, bien entendu, ces mots s'échouèrent dans la mer Morte."
Sa réforme pénale (2) n'est pas allée aussi loin qu'elle l'aurait voulu, ce qui ne l'a pas empêchée d'être considérée comme laxiste par la droite et l'extrême droite qui essaient de faire croire à l'opinion publique que la prison, avec les plus longues peines possible, est le seul remède contre tout délit.
A lire l'album "Murs murs, la vie plus forte que les barreaux" (3), ce reportage dessiné que Tignous a réalisé dans plusieurs centres pénitentaires et maisons d'arrêt en France, on se rend compte combien les prisons manquent cruellement de moyens pour mener une politique de réinsertion des détenus, et combien la prison peut être criminogène, modifiant l'attitude de gens qui auraient pu autrement réparer leur faute. Dans la préface de cet album posthume (Tignous a été assassiné le 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo), Christiane Taubira écrit que "les crimes qui nous choquent tous, mais constituent 3% des affaires judiciaires, ne peuvent être la toile d'ajustement de la politique pénale portant sur les 97% d'affaires correctionnelles, dont la moitié de délits routiers. C'est comme ces prisons de haute sécurité, extraordinairement budgétivores, anxiogènes pour le personnel, ajustées au niveau maximal requis pour à peine 1% de la population qui y est emprisonnée. Comme s'il était intimé de ne plus réfléchir, de ne plus penser, de ne plus rien discerner." Ceux qui font la fête suite à la démission de la Garde des Sceaux sont précisément ceux qui ont fait ce choix: ne pas réfléchir, ne pas penser, juste frapper fort en faisant semblant que tout ira mieux et que les braves gens pourront dormir tranquilles.
Une grande dame quitte (pour l'instant?) la scène politique; de très petites gens s'en réjouissent. "Le départ des uns fait le bonheur des cons", disait ce matin Vincent Dedienne sur France Inter (4).

(1) Christiane Taubira, Paroles de liberté, Flammarion, coll. Café Voltaire, 2014
(2) http://www.liberation.fr/desintox/2016/01/27/taubira-et-le-laxisme-quatre-ans-d-intox-de-la-droite_1429290
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/07/17/01016-20140717ARTFIG00259-ce-que-va-changer-la-reforme-penale-de-christiane-taubira.php
(3) Glénat, 2015.


jeudi 11 décembre 2014

Croisés de la haine

On leur donnerait le bon Dieu sans confession. C'est le cas de le dire, parce qu'ils sont chrétiens. Et c'est visiblement en cette qualité que ces jeunes gens, qui ont l'air parfaitement normal, qu'on pourrait croire bien dans leur temps, ouverts au changement et aux autres, à l'évolution de la société, manifest(ai)ent contre le mariage homosexuel. Violemment. Leur calicot affirme que "La France a besoin d'enfants, pas d'homosexuels" (1). Ils sont membres du mouvement catholique intégriste Civitas. On a connu des centenaires plus ouverts et alertes que ces jeunes vieillards de vingt ans. Ils portent un drapeau "Cœur de Jésus". Ils ont rejoint ce mouvement qui s'est hypocritement baptisé "la manif pour tous", alors que très clairement il est dirigé contre les homosexuels. On a y vu et entendu des slogans haineux, imbéciles et abjects: "Les homos, c'est contre la loi de Dieu", "Non aux pédés, la famille, c'est sacré", "Cette loi contre nature mène la France à sa perte", "Ces saloperies, c'est dommage que Hitler ne les ait pas tous tués" (3). 

Dans le documentaire "Homos, la haine", d'Eric Guéret et Philippe Besson (2), plusieurs homosexuels, hommes et femmes, de 18 à 68 ans, témoignent face caméra. Ce qui revient quasi systématiquement, c'est le rejet, le harcèlement, les vexations, l'humiliation, la violence morale et parfois physique. Elle vient de la famille, "première source de violence pour les jeunes lesbiennes" ou d'inconnus croisés dans la rue.
Bruno, revenu vivant de l'horreur, malgré les pronostics pessimistes des médecins, a été violemment agressé dans la rue par quatre hommes. De manière totalement gratuite, juste parce qu'ils avaient repéré un homo. Ils ont pris sa tête pour un ballon de foot, ont-ils expliqué au procès. Wilfred a, lui aussi, été sauvagement attaqué par deux ou trois hommes. Laurent, comédien, adoré des téléspectateurs de la série "Plus belle la vie", dit avoir vu le regard des gens changer dès les premières manifs anti-mariage homo. Des gens venaient lui dire qu'ils ne l'aimaient pas. Jusqu'à cet homme qui l'a frappé et blessé dans un magasin.
Et puis, il y a  ces jeunes, encore éberlués de l'attitude de leurs parents qui, à défaut de pouvoir changer leur orientation sexuelle, leur ont fait la guerre, moralement et parfois physiquement, jusqu'à les chasser de la maison familiale. La religion, les religions ne les aident pas à admettre que leur enfant ait fait un choix qui n'est pas le leur. "C'est contre la religion d'accepter", ont dit à leur fille les parents d'Amina, la traitant de perverse, de nymphomane, de salope, de folle. La mère d'Emmanuelle, pour que sa fille rencontre un homme, lui a même conseillé de sortir dans des bars, des clubs échangistes ou libertins. Des propositions totalement contraires aux principes enseignés par cette mère très catholique. Samuel, d'un milieu juif orthodoxe, a connu les coups, moraux mais aussi physiques.

Tous disent que le débat sur le mariage homosexuel et surtout la rage qui s'est exprimée chez certains opposants ont libéré l'homophobie.
"Dans la société, aucun débat ni mouvement n'existe en soi, estime le sociologue Antoine Idier (3). C'est un lien dynamique: il faut qu'un certain nombre de structures (médias, politiques, intellectuels) légitiment son expression pour que le débat existe. Les partis politiques de gauche comme de droite ont joué un grand rôle dans la violence des débats autour du mariage homosexuel. La droite a instrumentalisé la problématique à des fins politiques: certains de ses élus ont participé à des manifestations; d'autres, comme Nicolas Sarkozy, ont tenu des propos hallucinants. (...) En n'étant pas ferme sur ses convictions, le PS a donné du poids au mouvement conservateur.

En manquant de fermeté, le PS a ainsi laissé entendre que chacun pouvait avoir une opinion, même abjecte, sur la question. En encourageant le mouvement d'opposition, l'UMP a soutenu le rejet et l'exclusion. En courant derrière de sinistres et stupides imprécateurs, des médias ont servi de caisse de résonance à l'irraisonné. Et elle n'attend que cela, la haine, toujours prête à s'engouffrer dans la moindre ouverture de porte. Et à faire le buzz, sur Internet et dans la rue. Surtout, quand elle est portée par des gens qu'on aurait pu qualifier de "gens bien". Emmanuelle, jeune femme souriante qui témoigne dans "Homos, la haine", a constaté que ces attaques viennent très souvent de "gens très propres, très beaux". Des gens des beaux quartiers: "ce sont des gens comme moi, que ma mère apprécie, fréquente."

Ce qui frappe dans ce documentaire, c'est bien sûr la violence dont sont victimes ces personnes à cause de leur orientation sexuelle, mais c'est aussi que, malgré les vexations, malgré le rejet, malgré les coups parfois, elles s'expriment souvent avec le sourire, ont l'air bien dans leur peau. On se dit que pour les agresser il faut, au contraire, être très mal dans sa peau. On se pose des questions: de quelle pathologie souffrent ces gens qui s'opposent aux droits des homosexuels, vont jusqu'à les agresser physiquement? Qu'est-ce qui les amène à délirer autant, à confondre homosexualité et pédophilie, homosexualité et bestialité, homosexualité et polygamie? Comment vivent-ils cette religion qui tout en leur enseignant que "Dieu est amour" les amène à se conduire aussi vulgairement en crachant, en tapant sur d'autres qui ne leur font aucun mal? Pourquoi tant de haine? Qu'y a-t-il dans le "cœur de Jésus" qu'arborent sur leur drapeau ces jeunes chrétiens haineux? 

(1) photo de Kenzo Tribouillard / AFP, dans Télérama, 3 décembre 2014.
(2) diffusé sur France 2 ce mardi 9 - à revoir sur www.france2.fr
(3) "Homophobie, qui ne dit mot consent", Télérama, 3 décembre 2014.

lundi 6 octobre 2014

Largués

On aurait aimé éviter de parler une fois encore de ces retardataires qui encombrent le débat public français en cherchant à tirer la société vers l'arrière. Mais voilà que ces chrétiens d'un autre temps se voient contestés par le Vatican, pourtant habituellement réactionnaire sur les questions de famille et de vie affective et sexuelle.
Les évêques sont actuellement réunis en synode pour se pencher sur le sort des personnes divorcées, des familles recomposées, des couples non mariés. Le pape souhaite trouver "des solutions ouvertes et souples" permettant l'accueil de tous ces cas. Certains évêques plaident même pour un meilleur accueil des homosexuels (1).
On voit par là que si certains reculent d'autres avancent et que les opposants pathologiques au mariage pour tous ont vraiment une guerre de retard. Peut-on leur suggérer de sortir un peu (ailleurs qu'entre eux dans la rue le dimanche), de lire autre chose que l'Ancien Testament, de discuter, de rencontrer des gens qui ne portent pas un chemisier bleu ciel ou un pull bleu marine jeté sur les épaules?
Ils seront peut-être alors capables de mener d'autres combats plus intelligents, plus indispensables, de lutter contre l'exclusion sociale, contre la misère, contre le dérèglement climatique.

(1) www.liberation.fr/societe/2014/10/05/vatican-le-pape-convoque-un-synode-sur-la-famille-dans-une-ambiance-tendue_1115166


jeudi 7 novembre 2013

Obscurantisme

On ne le sait pas assez, mais il existe des lois naturelles et il faut s'y soumettre sous peine de bouleversement épouvantable. Ainsi, il existe "un loi naturelle, supérieure aux lois humaines" qui veut que deux personnes homosexuelles "radicalement incapables de procréer un être humain" sont incapables "de l'éduquer à titre de parents". Cette" loi naturelle" est invoquée par le maire de Fongombault (village du sud-ouest de l'Indre): lui, ses adjoints et sept de ses conseillers municipaux ont adopté le 24 octobre une délibération annonçant leur refus de célébrer un mariage entre deux personnes du même sexe (1). Je ne sais quelle est la tendance de l'équipe au pouvoir à Fongombault, mais la référence à des lois naturelles est un leitmotiv de l'extrême droite.
La bêtise et l'homophobie du maire, de ses adjoints et de ses conseillers (seul l'un d'entre eux s'est opposé et deux se sont abstenus) sont-elles naturelles? En tout cas, ils annoncent que s'ils devaient être contraints de procéder à un tel mariage, ils démissionneraient. On espère maintenant qu'un couple homo aura le courage de faire appel à eux pour son mariage. Histoire de débarrasser les habitants de Fongombault de cette équipe discriminante et totalement dépassée par les réalités d'aujourd'hui, en un mot attardée. Et que tous les couples hétéros iront convoler en justes noces en des communes plus accueillantes et moins stupides. Brûle-t-on encore des sorcières à Fongombault? Y coupe-t-on la main aux voleurs? En chasse-t-on les étrangers?
En septembre 2012, en plein débat sur le mariage pour tous, Jacques Tissier, le peu poli maire, avait déjà déclaré qu'il était "hors de question de marier des pédés!". La nature l'a visiblement fait ainsi, Jacques Tissier: éructant et excluant. C'est qu'il est très croyant, c'est sa nature. En Dieu, pas en l'homme. Au point de réciter un "Notre Père" et un "Je vous salue Marie" lors d'une séance officielle de voeux à la mairie.
On se demande pourquoi cet homme est maire, comment il ose voter des règlements communaux, alors que Dieu seul devrait être aux commandes de Fongombault.
Heureusement, des habitants se manifestent, expriment leur dégout de la position de l'équipe dirigeante et se constituent en collectif. Une réaction saine et... culturelle. 

(1) "Les indignés de Fongombault", La Nouvelle République, 7 novembre 2013.

lundi 21 octobre 2013

De l'indignation

"Il faut savoir contrôler ses nerfs quand on est ministre", voilà ce que dit Florian Philippot, numéro deux du F.N. à Christiane Taubira (1). Une tête de liste frontiste traite la Garde des Sceaux de singe et de sauvage, mais celle-ci doit rester digne et sans doute courber l'échine. Il ne viendrait pas à l'esprit du F.N. et de sa présidente de s'excuser auprès de la ministre. Ce n'est pas le genre de la maison. On a sa dignité. Alors quand la ministre qualifie le parti d'extrême droite de "mortifère", celui-ci riposte en déposant plainte contre elle en justice. Pas question de faire profil bas. L'indignation au F.N. est à géométrie variable. Ce qui est amusant avec lui, c'est que chaque fois qu'il veut démontrer qu'il n'est pas d'extrême droite, il use de méthodes qui prouvent qu'il l'est. Dès qu'il essaie de se composer un visage avenant, il ne peut s'empêcher de laisser s'échapper un rictus. On ne se refait pas.

Sur "l'affaire" Leonarda, qui fait les gorges chaudes de la presse et d'une bonne partie de la gauche, j'ai ressenti, comme beaucoup sans doute, un malaise. Je me suis réjoui qu'en ces temps pollués par la montée de l'extrême droite, les lycéens manifestent leur solidarité avec d'autres jeunes, quelles que soient leur nationalité et leur origine. Mais, découvrant comme tout le monde, que la famille n'aurait pas, loin s'en faut, suivi la voie de l'intégration et que les règles d'expulsion auraient été respectées, je ne peux que m'incliner. Les âmes vertueuses peuvent s'indigner, la main sur le cœur, les règles sont ce qu'elles sont et c'est précisément parce qu'il y a des règles - qui doivent être respectées par toutes les parties - qu'on évitera l'arbitraire. La position qu'a adoptée le président Hollande me paraît humaine. Quel autre choix aurait-il? Laisser revenir une famille qui se moque de la main que la République lui a déjà  tendue?
Sur ce sujet, un point de vue, qui m'apparaît assez équilibré et à contre courant de la "bien-pensance": celui  de Jean Matouk, économiste. Il est publié sur son blog, relayé par rue89:

Le Conseil constitutionnel a refusé le droit aux maires d'invoquer une clause de conscience pour refuser de célébrer un mariage homosexuel. On respire. Quelles auraient été les limites d'une clause de conscience? Aurait-on vu des maires refuser d'enregistrer la naissance d'un enfant parce que ses parents veulent lui donner un prénom qui ne serait pas traditionnellement français? Pas d'Ilan, d'Ibrahim, d'Amel ou de Leïla, mais uniquement des Albert, des Gaston, des Jeanne et des Chantal? Aurait-on vu des maires refuser un permis de bâtir sous prétexte que la maison ne serait pas construite en pierre de pays et selon des méthodes traditionnelles? Il est logique qui si on est incapable d'être de son temps et de respecter les lois de la République, on ne puisse être maire.

(1) JT de France 3, 20 octobre 2013, 19h30.

P.S. Toujours sur ce qu'on appelle "l'affaire Leonarda, ce billet de Daniel Schneidermann:
www.rue89.com/2013/10/22/leonarda-quand-pen-denonce-lepenisation-tele-246832

mercredi 25 septembre 2013

Vieille France

Que serait le monde sans la France? On se le demande. La civilisation ne serait peut-être pas encore à notre porte. Nous circulerions toujours en diligence, nous passerions des veillées avec nos voisins, nous nous soignerions avec des plantes. Et surtout nous ne connaîtrions pas la radioactivité. Il faut connaître la radioactivité pour apprécier la vie, c'est en tout cas ce que pensent les riverains de Tchernobyl.
Heureusement, il y eut la France. Dans une vidéo grandiloquente, le Ministère du Redressement productif (1) affirme que "la France se réinvente" et que "la France industrielle a donné au monde" la locomotive à vapeur, l'automobile, le deux-roues motorisé, l'aviation, le cinéma, la médecine moderne et la radioactivité. C'est oublier la baguette, le camembert, le pull breton et le béret basque. Que serait le monde sans le béret basque? C'est aussi oublier, souligne Xavier de Jarcy dans Télérama (2), le Britannique Richard Trevitchick, inventeur de la locomotive, les Américains Orville et Wilbur Wright, qui ne furent pas pour rien dans l'invention de l'aviation, et l'Allemand Carl Benz qui créa le premier véhicule à moteur autonome.
Mais ce sont là broutilles et ergotages qui n'altèrent en rien le génie français.
Dès lors, on se demande à quel moment la France s'est arrêtée de tourner. Elle semble aujourd'hui installée dans le conservatisme, loin derrière la plupart de ses voisins et de bien d'autres pays à travers le monde.
La France est peuplée de vieux qui s'ignorent.
Pour qui s'y installe venant d'un autre pays européen, la France ne manque d'offrir chaque jour son lot de surprises. Patrimoine et tradition priment sur toute innovation. 

Les paiements s'y règlent de préférence en chèques. Ne cherchez pas de numéro de compte sur une facture: le Français est convaincu que ce numéro est strictement confidentiel et que le divulguer risquerait de permettre à qui le connaît de vider ce compte.  Sur les factures, les relevés de banque et les tickets de caisse, les sommes en euros sont toujours converties en francs français, près de douze ans après le passage à l'euro.

Mais là n'est pas le pire. En France, l'euthanasie reste un sujet tabou. La consommation de cannabis pourrait pousser certains au rétablissement de la peine de mort. Le vote des étrangers, promesse de François Hollande,  est reporté aux calendes grecques.

La femme française n'est toujours pas l'avenir de l'homme. Elle est plutôt son chien fidèle. Quand on lui demande son nom, une femme mariée est priée de donner le nom de son mari. Le sien, c'est celui "de jeune fille", il n'est qu'accessoire.
Les noms de fonction ne sont toujours pas - contrairement à une vieille pratique en Belgique, en Suisse et au Québec - féminisés: en France, on parle d'un juge, d'un maire, d'un écrivain, même si c'est Madame. Madame le, surtout pas Madame la.

L'hystérie qui a gagné de nombreux Français face au projet de mariage pour tous, c'est-à-dire celui  des homosexuels, participe de cette France accrochée à ses traditions et son conservatisme. C'est la France des Racines sans Ailes. 
Mais le mariage homo devrait logiquement mettre fin au sexisme et à la phallocratie qui règnent dans l'administration. On ne baptisera pas d'autorité un membre d'un couple homo du nom de son conjoint, ce serait absurde. On peut donc espérer que le mariage homo fera avancer la cause et le droit des femmes et entrer la France dans le XXIe siècle.  



(1) www.redressement-productif.gouv.fr/
(2) "Qui c'est les plus forts?", Télérama, 25 septembre 2013.

mardi 21 mai 2013

Maires de

La France est un pays de tradition. Sa définition veut qu'elle soit assez peu muable. Des maires s'y accrochent, refusant d'être de leur temps.
Le président français a promulgué la loi sur le mariage pour tous, elle pourra être appliquée en juin. Mais des maires l'annoncent: jamais, au grand jamais, ils ne célèbreront un mariage homosexuel. Leur conscience s'y oppose. Ils se présentent en objecteurs, même si la liberté de conscience ne peut exister chez les maires qui n'ont d'autre choix que d'appliquer la loi. "Ca fait trente-six ans que je célèbre des mariages, dit l'un d'eux (1), et que j'ai en face de moi un homme et une femme, et parfois des enfants"." Qu'apprend-on? Il accepte donc de marier des couples qui ont eu des enfants sans être mariés? Ce maire n'a donc aucune morale. 
Ce maire de Cro-Magnon reste-t-il fidèle aux règles respectées par ses prédécesseurs d'avant 1944? Ne réserve-t-il le droit de vote qu'aux seuls hommes?  On voit par là que des lois aujourd'hui rétrogrades ont bien convenu à certains maires qu'on peut qualifier pareillement et que des lois progressistes les amènent à utiliser des arguments stupides. On voit aussi qu'il n'est pas si simple de justifier, sans se rendre ridicule, une conscience homophobe. Et que rester maire trente-six ans vous ancre dans de mauvaises habitudes. Il faut savoir céder sa place.

(1) JT de France 2, 20 mai 2013, 20h.

vendredi 19 avril 2013

Distinction

La droite française fait ce qu'il faut pour rester fidèle à sa réputation. La nuit dernière, à l'Assemblée, des élus de droite ont failli agresser physiquement des représentants du Gouvernement. L'un de leurs collaborateurs auraient esquissé un sourire, alors que l'heure était grave. Le débat portait alors sur le mariage des homosexuels. Donc sur l'avenir de l'humanité. On ne (sou)rit pas avec ces choses-là.
Dans le même temps, le parlement néo-zélandais votait la même loi dans la liesse. Elus de gauche et de droite tombaient dans les bras les uns des autres, tandis que des Maoris interprétaient des chants traditionnels pour célébrer l'heureux événement (1).
On voit par là que la droite française reste bien la plus bête du monde. On applaudit.

(1) JT de la RTBF, 19 avril 2013, 19h30.
http://www.rue89.com/zapnet/2013/04/19/nouvelle-zelande-chant-maori-salue-ladoption-mariage-gay-241626

P.S.:
- voir le dessin de Kroll dans le Soir du 20 avril:
http://portfolio.lesoir.be/v/le_kroll/593IMAGE.jpg.html
- lire le billet de Noël Mamère:
http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/04/22/la-haine-homophobe-et-le-silence-de-lump-230181

lundi 15 avril 2013

La vieillesse n'attend pas le nombre des années

A regarder ces jeunes individuellement, on pourrait les croire intelligents. On pourrait imaginer qu'ils participent à l'évolution de leur société, qu'ils la feront aller de l'avant, qu'ils en feront une société où chacun a sa place. Mais l'effet de groupe et on ne sait quel (ou on craint de le savoir) positionnement idéologique les tirent vers l'arrière, les amènent à mener un combat réactionnaire, stupide et méchant.
L'opposition au mariage pour tous en France prend chaque jour des proportions plus ahurissantes. La bêtise est dans les rues, sur les quais de gare, dans les amphis.
Voilà que de jeunes manifestants s'en sont pris à Caroline Fourest venue à Nantes débattre d'un islam moderne (1). Après avoir scandé durant un moment "liberté d'expression", sans qu'on comprenne ni pourquoi ni pour qui, ils ont hué la journaliste qui est sortie du train sous la protection de gendarmes. La question de l'islam n'est pas ici en cause, il s'agit pour eux de manifester leur hostilité à une militante homosexuelle.
On peut faire des efforts, on ne parvient pas à comprendre pourquoi ils s'opposent au mariage pour tous, pourquoi ils manifestent (pour tous) tant de hargne, tant d'agressivité. Tant de bêtise. Pourquoi ces jeunes sont-ils plus vieux que bien des octogénaires?
La folle furieuse qui s'est posée comme gueulophone, comme éructrice de l'opposition au mariage pour tous (2) a participé, nous dit-on, à un congrès salafiste. Preuve que tous les intégristes se retrouvent dans ce combat aussi idiot que réactionnaire pour une société fermée, formatée et rétrograde. Pétain n'est pas mort. Que de vieux cathos intégristes mènent ce combat n'a rien de surprenant; ce qui l'est, c'est que des jeunes les rejoignent, se trompant totalement de colère et de combat. Comme le disait un auditeur de France Inter (3), quelle perte d'énergie! Dommage, disait-il que toute cette énergie ne soit pas utilisée, par exemple, pour soutenir les travailleurs de Florange et toutes les victimes d'un système économique impitoyable.
On aimerait les voir lutter contre le racisme, contre le sexisme, contre l'homophobie. On les voit haineux, répandant leur mauvaise haleine sur une France qui sent le rance.


(1) http://www.rue89.com/zapnet/2013/04/14/caroline-fourest-violemment-accueillie-anti-mariage-tous-241443
http://carolinefourest.wordpress.com: "Les homophobes sont allés trop loin à Nantes", 14 avril 2013.
(2) au JT de France 2 ce soir, F. Barjot (celle qui dit avec l'élégance qui est la sienne que "Hollande veut du sang, il en aura!") déclarait que "il y a tant de sujets dont il faut s'occuper", suggérant par là que le Gouvernement devrait avoir d'autres projets que le mariage pour tous. Peut-on suggérer à Mrs Barjot de s'occuper d'améliorer le sort des Roms, de s'opposer  au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, de militer à ATD Quart-Monde?
(3) dans l'émission "Là-bas si j'y suis" de ce jour.

P.S.: cette diffusion de la haine génère de la violence. Qui en aurait douté? De plus en plus de couples homos se font agresser. La barbarie a fait son nid chez les anti-mariage pour tous.
Voir
http://www.rue89.com/2013/04/08/wilfred-olivier-agresses-a-paris-voici-visage-lhomophobie-241278