samedi 2 mars 2013

Ne comptez pas sur moi

Je reconnais que j'ai toujours eu du mal à assumer mes responsabilités, mais, pour couper court - avant qu'elle ne naisse - à toute rumeur, je tiens à affirmer clairement que je ne suis pas candidat à la succession de Benoît XVI. Je n'ai pas pour prétention de me rebaptiser en Léon-Pie XIII, Innocent XIV, Marcel III ou Ben 17. Je suis moi aussi à la recherche de la sérénité (1). D'ailleurs, je me prépare à me retirer, moi aussi, dans mon Castel Gandolfo (qu'il serait plus juste d'appeler Château Gandolfe).
Non, n'insistez pas!

(1) voir billet précédent.

vendredi 1 mars 2013

A la recherche de la sérénité

C'est le propre de l'homme de ne vouloir rien que sa tranquillité, de ne vouloir ni crèche dans sa rue, ni éolienne dans sa vue.
En France, les automobilistes ne veulent pas de radars. Nous ne sommes pas des vaches à lait, disent certains d'entre eux (1). D'autres estiment que le budget consacré aux radars serait plus utile aux soins de santé. Pour soigner les accidentés de la route, par exemple? On connaît un moyen bien simple de ne pas craindre les radars: respecter les limitations de vitesse. Visiblement, certains n'y ont pas pensé.
En Wallonie, l'association "Vent de raison" ne veut pas du plan éolien wallon. Les éoliennes sont inutiles, affirme son porte-parole (2). D'ailleurs elles ne tournent pas plus de cinq ou six jours par mois. On a du mal à entendre l'argument. Les sept éoliennes de Saint-Maur tournent quasiment tous les jours. On n'est même pas sûr qu'elles soient à l'arrêt cinq ou six jours par mois. On doit avoir mal compris le nom de l'association. Il doit s'agir de "Vent d'émotion".
A Néchin, on veut bien accueillir toute la richesse de France. Mais pas un peu de sa misère sociale. Chacun à sa place. On veut bien d'un acteur qui a le lourd handicap d'être l'ami de Kadyrov (3). Mais on ne veut pas d'un centre d'accueil pour handicapés (4). Il seront septante-cinq patients, personnes à mobilité réduite, autistes, malades atteints du syndrome de Korsakoff (5), à être hébergés dans ce centre fermé. Mais les riverains ont peur pour leur sécurité et leur sérénité, nous dit-on. A quoi doit-on d'être serein? On se le demande.

(1) JT de France 3 Nord Pas-de-Calais, 19h, 28 février 2013.
(2) entendu dans Matin Première au début de cette semaine.
(3) lire sur ce blog "L'insoutenable légégéreté de l'être", 10 janvier 2013, et "Réfugié pathétique", 15 décembre 2012.
(4) L'Avenir - Le Courrier de l'Escaut, 28 février 2013.
(5) trouble neurologique qui se manifeste notamment au niveau cognitif (oublis), souvent dû à l'abus d'alcool ou des formes de sévères malnutritions (Wikipedia).

mercredi 27 février 2013

Qu'est-ce qu'un homme révolté? *

Pour lui, "l'indifférence (est) la pire des attitudes". Il rappelait que "Sartre nous a appris à nous dire: vous êtes responsables en tant qu'individus. C'était un message libertaire. La responsabilité de l'homme qui ne peut s'en remettre ni à un pouvoir ni à un dieu. Au contraire, il faut s'engager au nom de sa responsabilité de personne humaine." 
Stéphane Hessel vient de mourir. Il avait 95 ans et l'indignation de ses 20 ans.
Il disait aux jeunes: "regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation - le traitement fait aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez!".
Il n'est même pas besoin de chercher pour trouver. Le quotidien est fait de motifs d'indignation et d'engagement.

extraits de "Indignez-vous!", de Stéphane Hessel, éditions Indigène

* Qu'est-ce qu'un homme révolté? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas.
 Albert Camus

Ouverture des soldes

Le projet de communauté de communes du Val de Dendre (1) fait des vagues. Il intéresse certains bourgmestres. Il en fait fulminer d'autres. Qui n'hésitent pas à parler d'escobarderie (2). Ils témoignent ainsi à la fois de leur culture générale et de leur fureur. Un escobar est "un casuiste, un hypocrite qui résout adroitement et au mieux de ses intérêts les cas de conscience les plus délicats" (3). Le mot est tiré du nom du jésuite Escobar y Mendoza (XVIIe siècle).
Une escobarderie serait ainsi un adroit mensonge, un subterfuge, une tartuferie, pire: une fourberie.
L'accusation d'escobarderie à l'égard des assaillants de la Wallonie picarde (car c'est de cela qu'il s'agit) sous-entend que cette dernière n'est, elle, évidemment en rien une tartuferie. C'est une grande avancée pour le wallon picard.
En fait, le projet de Val de Dendre pourrait tout aussi bien être qualifié d'"escaut braderie".

(1) lire "Vu du donjon", 22 février 2013.
(2) www.rtbf.be/info/regions/detail_la-wallonie-picarde-a-t-elle-du-plomb-dans-l-aile?id=7934713
(3) Le Petit Robert

lundi 25 février 2013

Parasite du langage

La promiscuité et le bruit qu'elle engendre font le malheur de l'homme moderne. "Je vous signale que je me lève de bonheur", écrit une personne à l'intention de ses voisins bruyants et noctambules (1). On voit par là qu'une bonne orthographe peut aider à se faire comprendre. Il faudra que je le dise à mes étudiants. 

(1) JT de 20h de France 2, 25 février 2013.

vendredi 22 février 2013

Vu du donjon

Il était une fois un marquisat où la vie était bien tranquille. Le marquis qui le régentait en avait pris, sans devoir batailler, le fief principal. Les bourgeois en chemise lui en avaient remis les clés dès qu'il s'était présenté aux portes de la ville. Les échevins et les prévôts étendaient au sol leur cape sur son passage pour lui éviter les passages boueux et les ornières pavées. Il avait imposé la paix des braves dans l'ensemble du marquisat. Les années s'annonçaient ronronnantes. Les sujets étaient presque réjouis.
Or voici qu'un baronnet nouveau qui aimait en découdre voulut faire de sa ville nouvellement conquise le fief de sa baronnie, celle du Val de Dendre. "Ralliez-vous à mon panache jaune et mauve", clama-t-il, "le marquisat nous ignore, nous les petits, nous les obscurs, nous les sans-grade". Le chevalier d'une bourgade campagnarde le soutint aussitôt. Il avait été l'écuyer du Marquis et l'écuage lui avait été pénible. Aussi ne dédaignait-il pas de lui tailler des croupières, en divisant en deux son marquisat.
Le Grand Sénéchal s'offusqua, en appelant à l'union sacrée du marquisat. "Il faut le garder en l'Etat, disait-il, sous la coupe de notre seul suzerain. Je serai plutôt de Motte que de Val. Le marquis est notre petit prince. Nous ne voulons pas de baronnies."
Mais d'autres chevaliers déjà prenaient fait et cause pour le baronnet.
Le feu couvait.

voir
www.rtl.be/info/belgique/societe/982526/le-bourgmestre-d-ath-met-le-feu-au-ps-en-wallonie-picarde
www.lavenir.net/article/detail.aspxarticleid=DMF20130221_00272084&postcode=7800

jeudi 21 février 2013

Fastoche

Quarante mille personnes ont défilé aujourd'hui dans les rues de Bruxelles pour réclamer le maintien de l'emploi et protester contre les mesures d'austérité. La manifestation a fait écho au Parlement. Interpellé, le premier ministre, Elio Di Rupo, juge aisées les attaques dont il est l'objet de la part d'élus verts. "C'est facile de marcher dans la rue avec les syndicats, dit-il. Tout le monde peut le faire." (1) Il sait de quoi il parle. Combien de fois l'a-t-il fait? Cinquante fois? Cent? Cent cinquante? 
Son successeur à la tête du Ps défend le gouvernement Di Rupo: "la Belgique a le gouvernement le plus social d'Europe" (1), affirme Paul Magnette. Les politiques adorent déclarer que leur pays est le plus ceci, le plus cela. C'est facile à dire, ça ne coûte pas grand chose et ça fait plaisir à entendre. C'est difficile à démontrer (mais qui le leur demande?), mais aussi difficile à démonter. C'est au moins aussi facile que de marcher dans la rue avec les syndicats.

(1) JT de la RTBF, 21 février 2013, 19h30.

lundi 18 février 2013

Autant savoir

Mieux vaut savoir où l'on met les pieds, à qui l'on confie sa carte de crédit. Même si c'est pour acheter un livre antifasciste. Un reportage allemand, relayé par la RTBF (1), affirme que la société Amazon en Allemagne fait surveiller ses 5.000 travailleurs étrangers par une firme qui a pour nom Hess Security. Ce Hess a un prénom: Herman. La firme a donc adopté une claire et sombre référence. Ses agents, vêtus de noir, véritable milice privée, contrôlent les travailleurs: rangent-ils leur chambre? consomment-ils de l'alcool? Il semble important pour Amazon de le savoir.

Mieux vaut savoir avec qui on vole. Ryanair devient le numéro un (ou first ou uno ou eeerst) du ciel européen. Le low cost triomphe. A n'importe quel prix. Au prix des conditions de travail des pilotes et des hôtesses qui jouent aussi les agents d'entretien. Un pilote dénonce une pression constante. Une hôtesse rappelle qu'elle paie son uniforme 30 euros par mois. "Le low cost triomphe", affirme Michaël O'Leary, leur patron (2). Lui triomphe. Et le consommateur peut-être, même s'il paie tous les frais annexes (trois euros la bouteille d'eau, par exemple, et combien pour utiliser les toilettes bientôt?) et s'il ne voit que son intérêt immédiat.  Le CO2 triomphe aussi. Et la suffisance. (3)

Mieux vaut savoir avec qui l'on vit. Mattéo, un gamin de 13 ans, s'est suicidé. Il ne supportait plus les vexations qu'il subissait de ses "camarades" de ce collège de Bourg Saint-Maurice, parce qu'il avait le tort d'être roux (2). On voit par là que la bêtise n'a pas d'âge, pas d'époque. Les poils de carotte continuent à déranger, pour d'incompréhensibles raisons, les gens qui se sentent normaux.
"Je suis roux. Le roux est un homme à part. Il attire les uns et répugne aux autres pour des raisons qui me sont jusqu'à présent restées mystérieuses. J'ai connu des gens pour qui la couleur particulière de mes cheveux provoquait une antipathie subite. On m'aime ou on me hait, sans tarder. (...) Ainsi à cause de cette chevelure couleur de chaudron, mes rapports avec les hommes ont quelque chose de singulier." Julien Green, Moïra) (3)

L'homme apprend-il de lui-même?

(1) RTBF,  JT de 19h30, 17 février 2013.
(2) France 2, JT de 20h, 18 février 2013.
(3) Lire sur ce blog le billet "Il y a vol et vol", 12 juin 2011.
(4) cité en exergue de "Roux et rousses, un éclat très particulier", Xavier Fauche, Découvertes Gallimard 338.

samedi 16 février 2013

L'odeur désagréable de l'argent

Un chômeur nantais vient de se suicider, il s'est immolé par le feu devant l'agence de Pôle Emploi. Il avait travaillé 720 heures plutôt que les 600 autorisées. Il devait rembourser les allocations perçues en trop. Il n'en avait pas les moyens (1). 

Carlos Ghosn, le patron de Renault, fait un geste: bon prince, il est disposé à reporter à fin 2016 30% de la rémunération variable à laquelle il a droit. Dans le même temps, Renault supprimera 2.860 emplois, mais sans licenciement ni fermeture de site. Pour autant que les travailleurs acceptent un gel des salaires en 2013, un allongement de leur temps de travail et une plus grande mobilité. En 2011, la rémunération variable qu'a touchée Ghosn était de 1,59 million d'euros; la part fixe de 1,23 million (1). Son salaire est de 12 millions d'euros (2). Sans compter ce qu'il gagne en qualité de patron de Nissan.

Le footballeur David Beckham, engagé pour quelques mois pour faire parler du PSG, sera logé dans une suite d'un grand hôtel parisien. Il en coûtera à son club provisoire 17.500 euros la nuit.

On voit par là que l'argent est assez mal réparti et qu'on a du mal à comprendre ceux qui s'offusquent de la taxation à 75% de la tranche des revenus supérieurs à un million d'euros par an. On a aussi du mal à comprendre ces supporters qui dépensent une part non négligeable de leur salaire pour aller encourager des nababs en short.

(1) La Nouvelle République, 15 février 2013.
(2) France Inter, 16 février 2013, 9h30.