Affichage des articles dont le libellé est Ukraine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ukraine. Afficher tous les articles

mercredi 19 février 2025

Sauver l'Ukraine

La conjuration des crapules aura la peau de l'Ukraine. Cette infection contagieuse qu'on appelle Trump se prépare à livrer le pays à son ami Poutine en prélevant au passage sa part de gâteau.
Tout ça pour ça. Tant d'héroïsme de la part du peuple ukrainien, tant de courage et de détermination chez son président, tant de morts, de blessés, de destructions, de terreur, pour, au bout du compte, voir l'infect président américain injurier tout le monde et affirmer, avec sa bêtise et sa suffisance habituelles et en multipliant les mensonges, qu'avec lui tout se serait bien passé.
Cet homme inculte et grossier n'a jamais rien eu et n'aura jamais rien d'un héros. Le pire est son royaume. S'il arrive, si l'Ukraine est vraiment livrée à la mafia russe, il faudra que l'Union européenne et tous les pays qui croient encore en la justice et la démocratie coupent les ponts avec les Etats-Unis. La Russie est boycottée depuis le début de son agression de l'Ukraine. Il faudra faire de même avec les Ponce Pilate qui livrent l'agressé à son agresseur. 
D'ici là, on attend des positions fortes et fermes vis-à-vis de Trump de la part des représentants de l'UE et de ses chefs d'Etat. On en attend autant de la part de l'ONU, des élus américains, de l'opinion publique américaine et un peu partout dans le monde. Abandonner l'Ukraine, c'est dérouler le tapis rouge à Poutine, c'est mettre en danger l'indépendance de quantité de pays, c'est se coucher devant les dictateurs. Il n'est plus temps de se dire sidéré.  

https://www.lemonde.fr/international/live/2025/02/19/en-direct-guerre-en-ukraine-le-pays-n-est-pas-a-vendre-dit-volodymyr-zelensky-aux-etats-unis_6549023_3210.html

jeudi 13 février 2025

Un monde encrapulé

Le club des crapules (comme l'appelle le Sunday Times -1) s'est considérablement élargi. A Poutine, Xi Jinping, Khamenei et Kim Jong-un s'ajoutent maintenant Trump et sa bande de cowboys qui jouent au shérif. On peut y ajouter Netanyahou et on a une sacrée brochette de gangsters sans foi (sinon celle que chacun a en lui-même) ni loi (sinon celle qu'ils imposent violemment aux autres). A voir la montée en puissance des populistes et des extrémistes de droite, le club risque de s'élargir beaucoup plus encore dans les années à venir.

Ubu Trump a l'intention de s'approprier la bande de Gaza et de la transformer en un immense temple de la consommation. Il avait déjà, lors de son premier mandat, le même projet pour la Corée du Nord. Ce président n'est qu'un vulgaire promoteur immobilier des années '60. "A l'époque, il avait fait miroiter la perspective d'une Corée du Nord prospère, en sécurité, riche en investissements occidentaux et en stations balnéaires, en échange d'un désarmement nucléaire de la péninsule", rappelle The Sunday Times (1) Il poursuit aujourd'hui le même rêve à Gaza. Les Gazaouis n'ont qu'à aller se faire voir ailleurs, en Egypte et en Jordanie par exemple. Et qu'on ne demande pas à Trump de se soucier de l'avis de la population nord-coréenne ou gazaouie. Il n'a que mépris pour elles. Il en autant pour les Ukrainiens.
Voilà qu'il négocie directement avec le tueur en série Poutine sur le dos des Ukrainiens. Il n'a jamais caché son admiration pour le tsar de la mafia russe et discute avec l'agresseur sans faire de même avec l'agressé. John Bolton, un de ses anciens  conseillers, affirme (2) que "le président Trump s'est rendu à Poutine, avant même que les négociations n'aient commencé". Il se dit convaincu que "Poutine ne veut pas du tout négocier avec Zelensky. Il veut négocier avec Trump parce qu'il pense qu'il peut obtenir davantage de résultats avec lui. Et il a raison." Il sait que pour Trump peu importe la justice, ses intérêts priment. "Honte à l'administration Trump!", dit encore Bolton.

Le monde est aujourd'hui sous la coupe de brutes qui imposent leurs vues, qui négocient entre eux, se partagent le monde, sacrifient sans états d'âme des populations. Les crapules mènent le monde. L'hiver pourrait être long.  

(1) Roger Boyes, "Le Club des crapules prévoit le crépuscule américain", The Sunday Times (Londres), 29.10.2024, in Le Courrier international, 21.11.2024.
(2) site de La Libre, 13.2.2025.

jeudi 5 octobre 2023

Russie, hors d'Ukraine !

 Un texte que je partage entièrement (dans tous les sens du terme).

Russie hors d’Ukraine !
Alors qu'un ancien président de la République française nous incite à pactiser avec Vladimir Poutine (présumé responsable de crimes de guerre par la Cour Pénale Internationale et sous le coup d’un mandat d’arrêt pour déportation illégale de milliers d’enfants ukrainiens), nous poussant, ce faisant, à pratiquer ce que notre Code pénal qualifie d’intelligence avec l’ennemi, crime puni de trente ans de prison,
Alors que, le pape exhorte de jeunes Russes à retrouver la “Grande”, et “Sainte” “Mère Russie”, “celle de Catherine II”, devenant ainsi le propagandiste de l’exact programme de Vladimir Poutine,
Alors que, la leader actuelle de l’extrême droite française, ancienne et future candidate à la fonction suprême, préconise, par “principe de réalité (…) de se rapprocher du président russe pour ne pas aggraver la guerre” et parce que la Russie “ne va pas déménager”,
Alors que, après avoir furieusement milité pour le refus d’envoi d’armes à l’Ukraine, préconisant ainsi une politique de non-assistance à démocratie en danger, le leader auto-proclamé et manipulateur de la gauche française, multiplie maintenant les déclarations ondoyantes évoquant l’obligation de “ramener Poutine à la table des négociations (…) sans que l’Ukraine perde la guerre”, mais ne veut toujours pas admettre que, face à un tel adversaire, pour ne pas perdre la guerre, l’Ukraine doit la gagner. Et qu’elle ne peut le faire qu’avec l’aide qu’il veut justement qu’on lui refuse,
Alors que le tant espéré président du tant aimé Brésil se range sans équivoque au côté de Poutine,
Alors que des intellectuels de tous bords, prophétisant la défaite inéluctable de l’Ukraine, nous appellent à devenir enfin raisonnables en renonçant à une cause perdue d’avance. Une défaite, disent-ils, d’autant plus inéluctable qu’ils nous prédisent la victoire certaine de Donald Trump l’année prochaine, aux États-Unis,
Alors que des journalistes ne cessent de spéculer sur la lassitude des opinions publiques et l’opposition au soutien de l’Ukraine qui deviendrait, sans aucun doute selon eux, majoritaire cet hiver, 
Alors que cette sinistre petite musique défaitiste, magistralement orchestrée par Moscou et ses valets apeurés ou économiquement intéressés, risque de virer aux vociférations paniquardes capables de noyer toutes les expressions de raison et de juste résistance et d’affoler les opinions jusqu’à les faire marcher au pas de la Grande Russie,
Alors que, Vladimir Poutine, ayant porté sa guerre jusqu’au cœur de l’Europe, use de tout le pouvoir de nuisance propre à une tyrannie pour détruire les fondements de notre vie sociale et démocratique et que le chaos malfaisant et ruineux que, partout dans le monde, il exporte de mille manières, handicape dramatiquement le travail immense qui nous attend depuis trop longtemps : lutter efficacement contre le réchauffement climatique et ses désastres, accélérer le progrès social, s’opposer à la misère et l’obscurantisme et œuvrer pour la désescalade nucléaire et la paix, partout dans le monde, 
Nous, citoyennes et citoyens, adjurons le Président de la République et son gouvernement de maintenir et renforcer la position qu’après tant de tergiversations ils ont enfin adoptée : un soutien sans faille, grandissant et rapide à l’Ukraine tant que celle-ci n’aura pas vu la dernière botte du dernier soldat russe quitter son territoire. Il faut pour cela que l’Ukraine reçoive enfin toutes les armes demandées, chars, missiles à longue portée, avions indispensables à sa victoire. Vite. Elle ne doit plus continuer à se battre, une main liée dans le dos et son ciel désarmé.
Nous adjurons le Président de la République et son gouvernement de prendre dès aujourd’hui les mesures nécessaires pour que l’effort de guerre, bien expliqué à tous, ne pèse pas, cet hiver, sur les plus fragiles des Français, mais que les mieux lotis d’entre nous soient fermement appelés à faire les sacrifices nécessaires pour, de façon déterminante, aider l’Ukraine à chasser l’envahisseur russe de son territoire. Envahisseur qui n’a d’autre dessein depuis vingt ans, que de recoloniser à coups de canons un empire tyrannique et, pour cela, soutenir les pires régimes de la planète, en Syrie, en Birmanie, en Iran, en Afghanistan, en Corée du Nord, en Afrique, etc., et détruire les démocraties qui veulent s’y opposer, c’est-à-dire d’abord l’Europe. L’Europe dont l’Ukraine est actuellement l’héroïque rempart et dont elle défend non seulement les principes, mais aussi les intérêts et la sécurité future.
Quant à nous, citoyennes et citoyens, que sommes-nous donc devenus pour penser que toute action de notre part est inutile ? Comment pouvons-nous laisser commettre cette agression sur le sol européen, sur notre sol, sans manifester dans nos rues notre indignation et nos exigences comme les citoyens américains et nous-même l’avons fait contre la guerre du Viêt Nam, rejoints par presque toute l’humanité, il y a tout juste un demi-siècle ? Sans parler, pour les plus âgés d’entre nous, des immenses cortèges et des actions innombrables contre la guerre d’Algérie.
Sommes-nous voués à suivre, les bras ballants, à la télévision ou sur les réseaux sociaux, les bombardements, les massacres, les horreurs de Marioupol, de Boutcha, les combats, les sacrifices inimaginables, les héros et les morts de la contre-offensive ? Ne sommes-nous devenus bons qu’à être des spectateurs désolés mais immobiles ?
Non ! Nous pouvons agir, nous devons agir, renforcer le courage des opinions publiques et, par nos manifestations, stimuler celui de notre gouvernement et des gouvernements alliés, dont la pusillanimité a coûté, et coûte encore, chaque semaine, des milliers de vies civiles et militaires à l’Ukraine.
Ne trahissons pas l’Ukraine ! Ne nous trahissons pas nous-mêmes !
Nous en appelons à tous les citoyennes et citoyens de France et d’Europe, nous en appelons à toutes les associations pro-ukrainiennes qui agissent déjà et à toutes celles qui, progressistes, défendent d’autres causes mais ne demandent qu’à agir ou agissent déjà en soutien à l’Ukraine, pour leur proposer de rassembler nos forces et d’organiser une mobilisation afin de ne pas laisser la rue, les médias et les réseaux sociaux aux seuls complices, conscients ou inconscients, du régime de Moscou. Pour cela, un seul mot d’ordre :
Russie, hors d’Ukraine !
Galia Ackerman, historienne, directrice de la rédaction de Desk Russie ; Bendak, dessinateur de presse ; Marcel Bozonnet, comédien ; Hélène Cixous, écrivaine ; André Markowicz, poète, traducteur, éditeur ; Bruno Meunier, chef d’entreprise ; Ariane Mnouchkine, metteuse en scène ; Françoise Morvan, éditrice, traductrice, dramaturge ; Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue ; Xavier Tytelman, consultant défense, youtubeur ; Cécile Vaissié, professeure des universités ; Sonia Wieder-Atherton,violoncelliste.


Pétition à signer sur :
https://www.change.org/p/russie-hors-d-ukraine?utm_content=cl_sharecopy_37476402_fr-FR%3A7&recruited_by_id=77d893b0-5dff-11ee-8d1a-d956aab24fe6&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=psf_combo_share_initial&utm_term=share_petition&share_bandit_exp=initial-37476402-en-US
 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/09/27/ne-trahissons-pas-l-ukraine-ne-nous-trahissons-pas-nous-meme_6191206_3232.html 

lundi 25 avril 2022

Les mots qui tuent

C'est un texte (1) qu'on peut croire sorti d'un esprit dément et sans doute est-ce le cas. Le problème, c'est qu'il semble que ce soit sur lui que s'appuie Vladimir Poutine pour justifier sa guerre qui ne veut pas dire son nom. L’écrivain et philosophe Timofeï Sergueïtsev est l’un des principaux idéologues de la « dénazification » de l’Ukraine et l'auteur de ce Mein Kampf russe, une logorrhée hallucinée dont on a envie de rire tant ce texte est délirant, mais dont on ne peut que frémir tant on sait à quelle barbarie il a mené et mènera encore.

Extraits :
" La dénazification est nécessaire lorsqu'une partie importante du peuple - très probablement sa majorité - est maîtrisée et entraînée par le régime nazi dans sa politique. C'est-à-dire lorsque l'hypothèse « le peuple est bon - le gouvernement est mauvais » ne fonctionne pas. La reconnaissance de ce fait est la base de la politique de dénazification, de toutes ses activités, et le fait lui-même constitue son objet. L'Ukraine se trouve dans une telle situation."
" La dénazification est un ensemble de mesures à l'égard de la masse nazie de la population, qui ne peut techniquement pas être directement poursuivie au nom des crimes de guerre. Les nazis qui ont pris les armes doivent être détruits autant que possible sur le champ de bataille. Il ne faut pas faire de distinction significative entre les forces armées ukrainiennes et les forces dites de sécurité nationale, ainsi que les milices de défense territoriale qui ont rejoint ces deux types de formations militaires. Tous sont également engagés dans une cruauté scandaleuse contre les civils, également responsables du génocide du peuple russe, et ils ne respectent pas les lois et coutumes de la guerre. Les criminels de guerre et les nazis actifs doivent être punis de manière exemplaire. Il faut procéder à un nettoyage total. "
"  En plus des hauts gradés, une partie importante des masses populaires qui sont des nazis passifs, des collaborateurs du nazisme, sont également coupables. Ils ont soutenu le gouvernement nazi et se sont montrés indulgents à son égard. Une punition juste pour cette partie de la population n'est possible qu'en supportant les charges inévitables d'une guerre juste contre le système nazi, menée aussi discrètement que possible contre des civils. La dénazification ultérieure de cette masse de la population consiste en une rééducation, qui est réalisée par une répression idéologique (suppression) des attitudes nazies et une censure sévère : non seulement dans la sphère politique, mais nécessairement aussi dans la sphère de la culture et de l'éducation. "
" L'État dénazifiant - la Russie - ne peut pas procéder à une approche libérale de la dénazification. L'idéologie du dénazificateur ne peut être contestée par le coupable en cours de dénazification. (…) La durée de la dénazification ne peut en aucun cas être inférieure à une génération, celle qui va naître, grandir et mûrir dans les conditions de la dénazification. La nazification de l'Ukraine dure depuis plus de 30 ans."
" L'Occident collectif est lui-même le concepteur, la source et le sponsor du nazisme ukrainien, tandis que les cadres occidentaux de Bandera et leur "mémoire historique" ne sont qu'un des outils de la nazification de l'Ukraine. L'ukronazisme n'est pas moins une menace pour la paix et la Russie que le nazisme allemand ne l’était avec Hitler. "

Arrêtons-nous là, tant est grande la nausée que suscite ce long texte qu'on pourrait croire écrit dans les pires heures du stalinisme. Un texte obsessionnel qui cite le mot nazi et dénazification à chaque ligne et justifie l'horreur en partant d'un postulat : l'Ukraine dans son ensemble est nazie, donc les pires actions pour la dénazifier sont d'emblée totalement justifiées. Il suffit de décider que tous les Ukrainiens sont des nazis, responsables du génocide du peuple russe, et la Russie a tous les droits et ne pourra être poursuivie pour crimes de guerre.
Derrière les aspirations à l'indépendance et à une voie européenne se cache, selon l'auteur de ce texte fou, un projet nazi. " L'ukronazisme n'est pas moins une menace pour la paix et la Russie que le nazisme allemand ne l’était avec Hitler. "

"On comprend mieux, écrit la rédaction des Humanités, media alter-actif, en lisant cette tribune « autorisée » - et cela fait froid dans le dos - ce que Poutine veut dire lorsqu’il affirme qu’il n’acceptera de « négocier » qu’une fois acceptées toutes ses conditions. Ce n’est donc pas une négociation mais une reddition. (...) La tribune de Timofeï Sergueïtsev exprime pour la première fois, d’une façon on ne peut plus claire, que la guerre menée par Poutine ne s’attaque pas seulement à l’Ukraine, mais à l’ensemble des valeurs européennes et occidentales. Dans la vision de Sergueïtsev, l’Europe et l’Occident sont responsables d’un effondrement civilisationnel, contre lequel la Russie doit faire rempart. La guerre en Ukraine, loin de n’être qu’une guerre territoriale, est donc, pour l’un des idéologues les plus proches de Poutine, une guerre de civilisation. CQFD. Suprême paradoxe : ce texte qui prétend combattre le nazisme peut être lu comme le Mein Kampf de Vladimir Poutine."

Les valeurs de "l'Europe historique", selon ce texte, ont été abandonnées par l'Occident et ne peuvent plus être protégées et préservées que par la Russie. Donc les valeurs occidentales sont nazies et doivent être combattues et "la Russie suivra sa propre voie, sans se soucier du sort de l'Occident, en s'appuyant sur une autre partie de son héritage : le leadership dans le processus de décolonisation mondiale." On est dans le roman 1984 de George Orwell : pour décoloniser, il faut coloniser. Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage. Mais qui est l'enragé ?

dimanche 17 avril 2022

mercredi 23 mars 2022

Nostra culpa

L'homme occidental reste profondément imprégné de judéo-christianisme, marqué à jamais par le péché originel. Tout drame qui arrive à autrui nous est (au moins partiellement) imputable. Il en va ainsi de l'islamisme : si des crimes sont commis au nom du Prophète, c'est évidemment du fait de notre passé colonial et de notre racisme. Bref, de notre islamophobie.
Et il en va ainsi aujourd'hui de la brutalité de Poutine et de ses troupes en Ukraine : nous l'avons provoquée par notre prétention, notre légèreté, notre incapacité à écouter la douleur d'un chef d'Etat qui souffre de ne pas être empereur.
C'est là être sourd et aveugle à l'Histoire, autant récente qu'ancienne. « Poutine, l’agresseur de l’Ukraine, n’est pas le produit de l’extension de l’OTAN ni des humiliations de l’Occident », explique Alain Frachon dans un éditorial du Monde (1). 

Les Occidentaux sont coupables d'avoir « abandonné » la Russie depuis la chute de l'URSS, puis n’ont cessé de l' « humilier », affirme l’historienne Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française. "Dans sa folie guerrière, le président Poutine serait l’enfant de cet environnement : un affectif blessé", écrit Alain Frachon.
Il invite à se pencher sur l'Histoire récente : "Sous la pression des Etats-Unis, la Russie entre en 1992 au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale : elle obtient des dizaines de milliards de dollars de prêts continus dans les années qui suivent. Elle rejoint le Conseil de l’Europe en 1996, puis le G7 en 1997 (qui devient G8) (...). Moscou bénéficie du soutien de Washington lors de la crise du rouble en 1998 et d’une assistance financière d’urgence de Bruxelles. Sans compter le partenariat Russie-OTAN mis en place, au moins formellement, dès 1991. Un traitement offensant ? Du mépris et de l’arrogance, il y eut, certes – notamment de la part des Etats-Unis durant les guerres des Balkans. Mais la balance ne penche pas du côté de l’humiliation".

Alain Frachon examine aussi l’explication de la guerre actuelle par l’extension de l’OTAN. "C’est la thèse officielle entendue à Moscou, mais aussi ailleurs. Stratège avisé et prévoyant, Poutine met la main sur l’Ukraine parce qu’elle pourrait un jour rejoindre l’OTAN et, forte de cette appartenance, partir à la reconquête de la Crimée et du Donbass (...). Si l’OTAN a admis en 2008 que Kiev avait vocation à la rejoindre, l’Alliance se refuse toujours à ouvrir la procédure d’adhésion."
Autre explication concomitante qu'examine Alain Frachon : aux Etats-Unis, l’école néoréaliste en politique étrangère estime que "l’histoire, la géographie et la culture font que la Russie a inévitablement droit à une ceinture de sécurité autour d’elle et, dans cette zone, les Etats et les peuples concernés doivent savoir que leur souveraineté est limitée. La situation de l’Ukraine détermine son destin politique : une forme de vassalité. La classe politique ukrainienne aurait dû intégrer cette dimension, dit l’école néoréaliste occidentale, sauf à risquer un conflit avec le Kremlin. Un néoréaliste aussi brillant que John Mearsheimer, grand professeur à l’université de Chicago, invoque la nécessaire prise en compte des intérêts de sécurité de la Russie – pas de ceux de ses voisins". (...) "Le problème avec l’école néoréaliste, c’est qu’elle pense que Poutine pense comme elle – en termes de (sage) raison d’Etat. Une part de la réalité « réelle » échappe aux néoréalistes : ils sous-estiment toujours la force de l’idéologie. Convaincu qu’une majorité d’Ukrainiens partage son opinion, le président russe a dit et écrit que l’Ukraine n’existe pas : elle fait partie de la Russie." Et tant pis si la volonté des Etats et des peuples à disposer d'eux-mêmes est écrasée sous les bottes de Poutine.

Il y a une autre explication : celle du despotisme : "enfermé dans sa bulle de mensonges, l’autocrate, convaincu de sa supériorité intellectuelle, n’écoute plus que ses fantasmes. Il sera le tsar des temps modernes, celui qui va « restaurer la Russie dans son intégralité historique ». Tel est le Poutine que décrit l’agence officielle Novosti dans un article célébrant un peu vite, fin février, la conquête de l’Ukraine par les troupes russes – l’article a, depuis, été retiré."
"La réalité, la vraie, échappe au missionnaire Vladimir Poutine, écrit encore Alain Frachon, comme la réalité irakienne, la vraie, avait échappé aux néoconservateurs américains entourant George W. Bush en 2003. Le président russe n’est pas sur la défensive en Ukraine contre une éventuelle et improbable adhésion de ce pays à l’OTAN. Il est à l’offensive au service de la restauration de la Grande Russie, comme dit Novosti, son agence de presse. Sur le site du New Yorker toujours (le 3 mars), Stephen Kotkin, éminent spécialiste américain de la Russie, situe Poutine dans une continuité russe ininterrompue. L’agresseur de l’Ukraine « n’est pas le produit de l’extension de l’OTAN » ou des humiliations que l’Occident aurait infligées à la Russie, dit Kotkin. Cette guerre relève d’une « permanence historique russe » – cette insatiable et mystérieuse « volonté d’expansion » d’un pays qui est pourtant le plus vaste Etat de la planète et potentiellement l’un des plus riches."

Aujourd'hui, certaines personnalités politiques, en France et ailleurs en Europe, feignent de s'étonner : le Poutine 2022 n'est pas celui qu'ils ont connu. La brute épaisse qui massacre les Ukrainiens aurait donc remplacé un démocrate qui a mis la Tchétchénie à feu et à sang, terrorisé la Syrie en soutenant ce brave Assad ? Comme le disait de manière cinglante Sophia Aram récemment, "la seule véritable surprise c’est qu’il aura fallu qu’il massacre l’Ukraine pour comprendre ce qu’il avait déjà réalisé en Tchétchénie et en Syrie. Parce que la surprise, ce serait quoi ? Qu'un dictateur qui a passé ses vingt-deux premières années de pouvoir à éliminer ses opposants, envahir et annexer ses voisins, tuer des centaines de milliers de civils et bombarder des centaines d’hôpitaux, d’écoles, de maternités, de musées, de mosquées et d’églises puisse continuer à le faire … en Ukraine ? C'était quoi l'idée, qu'il allait se lasser ? Qu'avec l'âge et les amphétamines il allait oublier ce qu'il avait dit qu'il continuerait à faire ? A ce niveau de naïveté on peut commencer à parler de connerie, voire de complicité non ?" 

Arrêtons de nous flageller et de trouver des excuses à ce criminel de guerre. De guerres.

Post-scriptum : Alexis Corbière, député de La France insoumise, estime que Poutine a changé. Celui d'aujourd'hui est différent de ce qu'il était il y a quelques mois encore. Peut-on inviter Corbière à discuter avec les Tchétchènes, les Géorgiens, les Syriens, les opposants russes ? Dans quelle bulle vivait Corbière ces vingt-deux dernières années ?
https://www.huffingtonpost.fr/entry/pour-alexis-corbiere-le-poutine-daujourdhui-nest-pas-le-meme-quil-y-a-quelques-mois_fr_623c3671e4b009ab930253db

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/17/poutine-l-agresseur-de-l-ukraine-n-est-pas-le-produit-de-l-extension-de-l-otan-ou-des-humiliations-de-l-occident_6117934_3232.html
(2) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-14-mars-2022

A voir : "Rozy / Donbass" par le groupe ukrainien Dack Daughters (2013) :  
https://www.youtube.com/watch?v=6wCgZh-nczY

lundi 21 mars 2022

Dieu de sang

Dieu est amour, dit-on. On a du mal à y croire, tant l'Histoire a connu de guerres, de massacres, de tortures perpétrés au nom d'un dieu ou l'autre. L'Eglise orthodoxe russe est du côté de la guerre. Son dieu est de sang et de feu. Dernièrement, le patriarche Kirill de Moscou soutenait la guerre brutale que mène son pays en Ukraine. Elle place la Russie "du côté de la lumière, du côté de la vérité de Dieu, du côté des commandements divins". (1) Kirill a une vision de la lumière, très particulière, il ne doit pas exister de lumière plus noire. La Russie, selon lui, a raison face à un Occident "décadent" et "pécheur". Cette guerre dépasse la politique. "Il s'agit du Salut de l'homme, de la place qu'il occupera à droite ou à gauche de Dieu". Si Kirill respecte l'injonction christique "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", c'est qu'il se hait.

Ces déclarations ne sont surprenantes, affirme la philosophe Veronica Cibotaru (2), "que si l'on méconnaît l’idéologie anti-occidentale que les hiérarques de l’Eglise russe tâchent de propager depuis de nombreuses années en Russie, dans son espace canonique mais aussi dans le monde occidental. Pour cela l’Eglise russe dispose d’importants moyens médiatiques, tels que de nombreux réseaux sociaux et des émissions de télévision qui sont retransmises sur YouTube, et souvent aussi traduites."
Quelques jours avant le début de la guerre, le métropolite Hilarion (président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou) déclarait que les Russes devaient être protégés de la propagande des « valeurs » occidentales, valeurs qui selon lui résideraient dans un libéralisme sexuel immoral car opposées à l’ordre divin. Il est curieux, constate Veronica Cibotaru, "que les hiérarques de l’Eglise russe aient une approche somme toute si réductrice de la question de la moralité, axée de façon presque obsessionnelle sur la sexualité, et notamment sur les formes de sexualité considérées comme étant déviantes. Ce qui ressort en tout cas de leur discours, ce n’est pas uniquement une dénonciation de ces pseudo-valeurs, mais une véritable posture défensive : l’Eglise russe se doit de défendre la Russie ainsi que son espace canonique de cette destruction de l’ordre moral".
La philosophe estime qu'on n'a pas assez insisté sur la dimension défensive et donc guerrière de cette idéologie. "Cette dimension est particulièrement dangereuse si l’on prend en compte les rapports étroits qui unissent l’Eglise russe et le pouvoir russe actuel." Elle note cependant que de nombreux prêtres et hiérarques, orthodoxes et catholiques, se sont exprimés depuis le début de la guerre en faveur de la paix, en appelant les fidèles à la prière.
Le pape François, lui, dénonce une "inacceptable agression armée" et qualifie de "barbare" le "massacre d'enfants et d'innocents". Il appelle à la fin de la violence. "Au nom de Dieu, que les cris de ceux qui souffrent soient entendus et que les bombardements et les attaques cessent."

Cette position isole le patriarcat de Moscou: "de nombreuses églises orthodoxes se distancient de lui, inaugurant de nouveaux équilibres au sein de l'orthodoxie mondiale", estime l'historien Jean-Benoît Poulle (1). "Une Eglise peut-elle être fondée sur le rejet de l’autre, que ce soit le rejet d’un groupe de personnes ou d’un espace culturel , interroge Veronica Cibotaru ? Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de développer une théologie orthodoxe de la paix qui puisse nous rendre vigilants face à tout ce qui peut mener vers de telles atrocités."

Récemment, en Biélorussie, des femmes ont été arrêtées pour avoir prié pour la paix dans une église. Si elles avaient prié pour la guerre, seraient-elles libres ?

(1) "Le pape François muscle son discours envers Moscou", La Libre Belgique, 15.3.2022.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/20/eglise-orthodoxe-russe-une-ideologie-qui-est-en-partie-responsable-de-la-guerre-qui-sevit-actuellement-en-ukraine_6118318_3232.html

jeudi 17 mars 2022

Contorsionnistes

Ils sont nombreux celles et ceux qui, aux extrémités de l'échiquier politique, voyaient d'un œil bienveillant, voire admiratif, le monstre froid du Kremlin. C'était pour eux le modèle du chef. Aujourd'hui, ils se contorsionnent pour tenter d'expliquer qu'on les a mal compris, rarement pour avouer qu'ils se sont trompés.

L'extrême droite voyait le tsar "comme le symbole d’une autre Europe, écrit Le Monde (1). Une Europe de l’identité chrétienne face au mythe du grand remplacement. Une Europe de la souveraineté nationale face aux technocrates de Bruxelles. Une Europe des valeurs conservatrices et virilistes contre des avancées sociétales honnies." Face à l'indignation qu'a suscitée partout en Europe la brutale intervention russe en Ukraine, face aux milliers de morts qu'elle a déjà causés, Zemmour et Le Pen ont dû changer leur discours. Zorglub avait même pris le pari sur un plateau de télé que jamais Poutine n'envahirait l'Ukraine. Pari perdu. Il aurait dû mettre en jeu sa participation à l'élection présidentielle. Il dévisse néanmoins dans les sondages. Ce qui n'est pas le cas de sa concurrente, la fille à papa Le Pen, si fière d'avoir rencontré son maître. Au point que dans un document de campagne, elle avait publié une photo d'elle avec lui. Document tiré à plus d'un million d'exemplaires qu'elle a fait mettre à la poubelle. A cause d'une faute d'orthographe, assure son parti. Au RN, une faute politique s'appelle faute d'orthographe.
En Grande-Bretagne, Nigel Farage, fondateur de l’ancien parti d’extrême droite Ukip, avait déclaré en 2014 : "Poutine est le leader que j’admire le plus". Il a changé d'avis. 
En Belgique, le Vlaams Belang, "longtemps admiratif du projet politique du dirigeant russe, a hésité à tourner le dos à la Russie, avant de voter une résolution condamnant Moscou". Mais le parti est divisé.
En Hongrie, le premier ministre Orban "navigue difficilement entre sa proximité affichée avec M. Poutine et sa condamnation de l’offensive. S’il soutient les sanctions, il refuse de livrer des armes et n’a autorisé qu’en catimini un déploiement de l’OTAN sur son territoire. Pour justifier cet équilibre précaire, il se présente comme un défenseur du camp de la paix". Quel courage !
"A travers l’Europe, d’autres représentants de ce courant idéologique oscillent entre une position d’équilibre et des condamnations sans réserve, quand ils n’ont pas choisi, plus rarement, mais de manière plus cohérente, de persister dans leur soutien à la Russie." Plusieurs de ces partis ont bénéficié de financements russes. Faudrait-il y voir un lien avec leurs contorsions pathétiques ?

Certains des admirateurs du psychopathe du Kremlin tombent carrément dans le ridicule. Matteo Salvini, leader de l'extrême droite italienne et ancien ministre, considérait encore récemment Poutine comme « le plus grand chef d’Etat » du moment. Il soutenait d'ailleurs l'annexion de la Crimée. Plutôt que de se faire discret, le coq milanais s'est rendu dans la petite ville polonaise de Przemysl, à deux pas de la frontière ukrainienne, en compagnie de représentants d'organisations humanitaires. Le maire de la ville lui a offert un tee-shirt blanc à l’effigie du président russe. "Je considère cela (cette visite) comme une insolence de votre part, a-t-il déclaré, aussi ai-je décidé de vous offrir un maillot à l’effigie de votre ami Poutine et de vous inviter à visiter un centre de réfugiés dans lequel se trouvent des milliers de victimes de cette guerre. » Ce t-shirt faisait référence à celui que Salvini avait arboré fièrement sur la Place rouge et au Parlement européen. "Vergogna !",  "Buffone !" Le coq n'a pu que battre en retraite, la crête en berne.
Beppe Grillo, du Mouvement 5 Etoiles, fait moins le fier, se concentrant courageusement sur la défense des animaux, histoire de faire oublier ses positions pro-russes.

Côté gauche radicale, MélenChe porte l'idée du "non-alignement". Il condamne l'intervention russe mais réussit à la trouver compréhensible. « La Russie en porte toute la responsabilité », écrit-il, mais il considère cette guerre comme « un rebondissement d’une de ces guerres sans fin qui, depuis Pierre Le Grand et Catherine II, tenaillent les peuples du secteur ». Si demain un pays de l'Union européenne en agressait un autre, Mélenchon pourrait aisément ressortir le même constat fataliste. Après tout, que sont septante ans de paix dans l'histoire guerrière de l'Europe ?
« Poutine a dû comprendre que la décision [américaine d’intégrer l’Ukraine dans l’Otan] était déjà prise », écrit encore le Che français. Comprenons par là qu'il a dû, comme l'analyse Marc-Olivier Padis (3), "prendre les devants sur une offensive américaine dont il avait annoncé qu’il la considérerait comme une agression, par une action préventive rétablissant par avance un équilibre que le candidat insoumis considère comme légitime. Cette hypothèse sortie de nulle part («tout cela se déduit facilement de l’observation», explique-t-il) ne fait rien d’autre que reprendre à son compte le discours victimaire de Poutine, selon lequel la pression de l’Otan sur les frontières de la Russie désigne son pays comme une victime de l’Occident acculée à une légitime défense : si Poutine envahit l’Ukraine, c’est de la faute de Biden".
"Contrairement à ce que disent les fascinés de Poutine, renchérit l'ancien ministre français Stéphane Le Foll (4), la progression de l’Otan n’est pas la cause de l’intervention russe. Ce n’est pas l’Otan qui a déterminé Poutine, mais l’intérêt grandissant des peuples de l’ancien régime soviétique vers l’Europe et son modèle démocratique." Mais que valent les peuples, méprisés par ceux dont l'anti-américanisme leur tient de seule grille d'analyse ? Les peuples ne peuvent être que manipulés.
"La gauche est profondément divisée, car les positions de Jean-Luc Mélenchon rendent impossible toute union pour l’avenir, conclut Stéphane Le Foll. L’avenir de la gauche ne se trouve ni dans le souverainisme anti-européen ni dans la complaisance envers des régimes autoritaires, en particulier celui de Vladimir Poutine. La gauche doit plus que jamais rester européenne et internationaliste, respectueuse du droit international et de ses institutions. La gauche doit réaffirmer son attachement à lutter contre le nationalisme, à défendre la liberté et à la démocratie."

Non-aligné, n'est-ce pas un synonyme de munichois ?

  (1) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/10/en-europe-l-extreme-droite-s-efforce-d-inflechir-son-discours-sur-la-russie_6116947_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/10/quand-matteo-salvini-tente-de-faire-oublier-son-admiration-pour-vladimir-poutine_6116910_3210.html
https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/guerre-en-ukraine-matteo-salvini-rattrape-par-son-passe-pro-poutine-lors-de-sa-visite-en-pologne_4999824.html
(3) https://tnova.fr/democratie/international-defense/melenchon-poutine-et-lhistoire/
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-positions-de-jean-luc-melenchon-sur-lukraine-rendent-impossible-toute-union-pour-lavenir_fr_62288042e4b0dd8abd5b6308

lundi 7 mars 2022

Le suicide russe

C'est un homme qui aime faire peur, qui fait peur et qui a peur. Vladimir Poutine s'est isolé, n'accordant plus sa confiance qu'à une poignée de personnes. "Poutine vit désormais dans une bulle de verre à sa résidence de Novo-Ogaryovo, dans les environs de Moscou", entouré d'une garde rapprochée parfaitement sous contrôle", écrit la journaliste tchèque Petra Prochazkova (1). "Il ne redoute pas seulement une contamination potentielle (au Covid-19), mais aussi plus symboliquement, un monde semblable à une maladie infectieuse, avec lequel il ne s'entend pas." Il y a longtemps, dit-elle, qu'il a perdu contact avec la réalité, la pandémie n'ayant fait "qu'amplifier le gouffre qui le sépare du monde des gens normaux, y compris des politiques, des hommes d'Etat et des journalistes". Il se tient loin des réseaux sociaux et ne se confierait plus à la plupart de ses conseillers. Ce "petit homme à l'ego démesuré" (comme l'a qualifié la journaliste russo-américaine Masha Gessen) surestime ses capacités et celles de son pays, "convaincu que la Grande Russie saura faire face aux sanctions les plus dures". Il est aujourd'hui "l'homme politique le plus seul sur la planète" perçu "comme un menteur et un agresseur", estime le journaliste bulgare Svetoslav Terziev (2).

Tout lui paraît possible. "Les frontières de la Russie ne s'arrêtent nulle part", a un jour déclaré Poutine (3). Et il est devenu l'incarnation du culot et de la mauvaise foi érigés en valeurs suprêmes et indiscutables. Il compare les sanctions qui frappe la Russie à une "déclaration de guerre". On en rirait si la situation n'était pas aussi dramatique pour l'ensemble de l'Ukraine. Car lui évidement ne mène pas de guerre, juste une opération militaire que refuse de comprendre le monde entier. Il se dit prêt à dialoguer si la partie adverse accepte toutes ses exigences (4). Le Larousse définit le dialogue comme une "discussion visant à trouver un terrain d'entente". Dans la langue poutinienne, dialogue se dit oukase.
Il n'a que mépris pour les peuples. Le sien et ceux des pays qu'il a déjà placés sous son joug. Déjà plus de dix mille Russes ont été arrêtés pour avoir critiqué cette guerre qui n'est pas la leur. Les journalistes sont à présent menacés de quinze ans de prison s'ils qualifient de guerre l'intervention militaire russe en Ukraine.
Les Occidentaux, l'OTAN, l'U.E. ont sans doute manqué de jugement et pêché par arrogance - et par naïveté - vis-à-vis de la Russie après la chute du régime soviétique. Mais si certains pays se tournent vers l'ouest, c'est que leurs populations dans leur grande majorité ne veulent plus de la Russie, n'ont pas oublié l'extrême souffrance que fut pour elles le régime soviétique et savent que la Russie de Poutine n'est pas et ne sera jamais une démocratie. 

Poutine est comme Assad : il sera fier d'une victoire à la Pyrrhus, fier d'être président d'un champ de ruines, voire d'un cimetière.
"Cette tentative de la part de mon Etat – d’une ampleur inouïe, irrationnelle, et qui causera sa propre perte – de détruire l’Etat ukrainien n’a aucun fondement historique, stratégique, ni même pragmatique, sans parler de fondements éthiques ou simplement humains." C'est ce qu'écrit l’écrivain russe Andreï Dmitriev (5) qui a vécu en Ukraine de 2012 à 2020. "Il ne s’agit pas des intérêts de la Russie ou de ses dirigeants, mais d’une démarche suicidaire, d’une prise de risque mortel pour tout le monde. On est prêt à tous les sacrifices, prêt à payer n’importe quel prix… pour quoi ? au nom de quoi ?… Nous avons là un cas stupéfiant d’autosuggestion." Cette guerre s'est bâtie sur le mensonge. "Ayant inventé leur propre méchante bête géopolitique, nos dirigeants, pourtant adultes, se sont mis à croire à la réalité des griffes et des dents d’un Occident imaginaire qui s’apprêterait à anéantir la Russie – sans même se demander pourquoi, s’il en est ainsi, ce même Occident avait, en 1994, demandé à l’Ukraine de faire confiance à la Russie en renonçant à son arsenal nucléaire. Ils se sont mis à croire à l’existence d’un « projet Ukraine » antirusse, en multipliant jour après jour des « preuves » diverses et variées, les unes aussi fausses que les autres. Cette propagande vénéneuse, au début destinée à la population, a fini par les empoisonner. Je ne suis pas le seul à estimer que les auteurs du mensonge en sont arrivés à le prendre eux-mêmes pour la vérité – aujourd’hui, cette hypothèse baroque est presque devenue un lieu commun."
En détruisant l'Ukraine, c'est elle-même que tue la Russie. "Impossible de faire la guerre à l’Ukraine, écrit encore Andreï Dmitriev. Impossible de la vaincre. Même en éradiquant en soi-même les restes d’humanité dans les efforts pour détruire l’Ukraine, on finira par détruire un autre pays et seulement lui : la Russie. En attendant…"
En attendant, ce suicide est et sera un désastre pour la planète.

(1) Petra Prochazkova, "Au Kremlin, un monarque isolé entouré d'une cour de généraux", Denik N (Prague), 25.2.2022, in Le Courrier international, 3.3.2022.
(2) Svetoslav Terziev, "Naissance d'un paria", Le Courrier international, 3.3.2022.
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/098406-000-A/poutine-le-retour-de-l-ours-dans-la-danse/
(4) https://www.lalibre.be/international/europe/2022/03/04/le-dialogue-nest-possible-que-si-toutes-les-exigences-russes-sont-acceptees-avertit-poutine-KJVSHV7ZGZHFFB7G6KXASTNACY/
(5) https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/03/03/andrei-dmitriev-des-annees-de-contreverites-corrosives_6116041_3260.html

vendredi 4 mars 2022

Solidarité

 Rassemblement de solidarité avec le peuple ukrainien devant la mairie de Bélâbre (36), ce 3 mars 2022.

Avec les maires de Lignac, Bélâbre, Saint-Hilaire-sur-Benaize, Chalais et Mauvières.


La guerre que mène Poutine à l'Ukraine provoque des manifestations même dans des pays qui le soutiennent. Ce fut le cas à Téhéran le 26 février. En Biélorussie, des manifestants scandaient : " Gloire à l'Ukraine" et "Gloire aux héros".  A Moscou, des citoyens ont déposé des fleurs là où a été assassiné il y a sept ans l'opposant Boris Nemtsov qui avait pris position contre la guerre dans le Donbass. Mais en Russie, la répression des opposants se fait de plus en plus féroce.


mercredi 2 mars 2022

Gare au gorille

Depuis six jours, nous suivons, angoissés, heure par heure, la guerre que mène la Russie à l'Ukraine. Dans l'ensemble de l'Europe, semble-t-il, le sentiment d'empathie avec les Ukrainiens est très fort. Même si nous ne connaissons rien de ce pays complexe. On lira utilement, pour tenter de le comprendre, l'article que Bernard De Backer avait rédigé à son propos en 2006 pour La Revue Nouvelle :  

Dans cet article, Bernard De Backer y cite Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde et le potager la Russie ». On se dit que si Poutine savait cultiver son jardin plutôt que ses muscles, le monde en serait plus beau. Moins effrayant en tout cas. Un dessin de Riss en une de Charlie Hebdo de cette semaine représente le sinistre personnage en monstrueux gorille prêt à appuyer avec son sexe minuscule sur le bouton nucléaire. Le même Riss conclue son éditorial, "Guerre au réel", par cette phrase : "Le monde n'est plus divisé entre l'Est et l'Ouest, mais entre, d'un côté, le déni et la paranoïa et, de l'autre, la raison et le dialogue, censés être incarnés par un droit international souvent mal conçu et manifestement incapable d'éviter les guerres". Mais quelles règles peuvent empêcher les fous furieux de mener leurs projets barbares ? Et que leur opposer d'autre que la menace d'une riposte pire que leurs actes ? On regrette de ne plus pouvoir se dire pacifiste.

Les protestations contre la folie brutale de Poutine le restent cependant, dans l'Union européenne, mais aussi en Russie et en Biélorussie. On ne parle pas des Biélorusses qui disent cependant avoir vaincu la peur et osent à nouveau descendre dans la rue pour la première fois depuis un an pour protester contre la guerre et contre l'envoi des troupes biélorusses en guerre. Ils appellent (un ami biélorusse a répercuté sur sa page Facebook un texte de mobilisation des opposants) à arrêter la désinformation, invitant les travailleurs à expliquer à leurs collègues qui est l'agresseur et comment leur pays est un peu plus englouti par cette guerre. Ils appellent à se retrouver dans les gares, à bloquer la circulation, à saboter le travail, à convaincre les conscrits de fuir l'armée. Ils espèrent pouvoir épuiser l'économie de leur pays devenu vassal de la Russie qui en fait un outil de sa sale guerre. Il faudrait que Poutine tombe pour entraîner le dictateur Loukachenko dans sa chute. Mais qui pourra le renverser ?

lundi 28 février 2022

Intelligent, vraiment ?

Qu'est-ce que l'intelligence ? Qu'est-ce qui caractérise un bon chef de guerre ? Notamment sa capacité à prévoir les effets des actions qu'il mène, ce qui signifie douter, envisager les effets collatéraux de ses actes et les réactions qu'ils pourraient entraîner et qui peuvent parfois aboutir à l'exact contraire ce qui était visé.

Visiblement ce serpent venimeux de Poutine était trop sûr de son coup, pensait ne faire qu'une bouchée de l'Ukraine en une guerre éclair. Que pensait-il ? Que son sifflement allait hypnotiser son pays et même la terre entière ? La Russie trouve peu de soutiens affirmés. Juste l'Iran, la Corée du Nord, la Syrie, la Birmanie, le Venezuela et la Tchétchénie. Rien que des Etats parias. La Chine, elle, a pris ses distances et de nombreux Etats dansent d'un pied sur l'autre ou restent prudemment muets.
La résistance des forces ukrainiennes s'avère plus importante que Poutine ne l'avait imaginé et Volodymyr Zelinsky, ancien humoriste devenu président de l'Ukraine, est à la hauteur de son rôle de chef de la résistance. Des Ukrainiens de l'étranger reviennent au pays défendre leur patrie au péril de leur vie. De nombreux Ukrainiens ont pris les armes. D'autres, nombreux, ne craignent pas de s’interposer devant des chars ou des militaires russes, ce qui contredit le discours du président russe qui parle de l'armée russe « libératrice » du « peuple frère » ukrainien.
Poutine ne s'attendait sans doute pas non plus à l'unanimité de réaction d'une Union européenne qu'il jugeait faible et divisée et sans capacité d'attitude voire d'action commune. Voilà qu'elle se montre enfin capable de donner priorité à ses principes démocratiques et solidaires plutôt qu'à des intérêts économiques ou particuliers. Même la Suisse est sortie de sa neutralité pour suivre les mesures financières prises par l'U.E. Le président russe ne s'attendait sûrement pas à ce que, pour la première fois de son histoire, l'U.E. décide d'armer un pays en guerre.
Poutine refuse que l'Ukraine soit membre de l'U.E. et de l'OTAN, mais sa guerre ne fait que renforcer l'envie des Ukrainiens d'en être et le vite possible. D'autres pays - la Suède, la Finlande - se posent la question de s'affilier à une OTAN dont tout le monde se demandait encore il y a peu si elle avait une quelconque utilité.

Même si une majorité de ses concitoyens suit le président russe dans ses délires dangereux, manipulée par les médias d'Etat, une minorité se dresse courageusement contre cette guerre qu'elle n'accepte pas. Un mouvement antiguerre qu'il n'attendait sans doute pas tente de s'organiser, même si les arrestations d'opposants pacifiques se multiplient : plus de six mille actuellement. Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde, un collectif de 664 chercheurs et journalistes scientifiques russes dénonce l’entière responsabilité de la Russie dans le déclenchement du conflit. Par cet acte, affirment-ils, « la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale et à un destin de pays paria ».

Paria, la Russie l'est aussi dans le sport. Le monde du sport, d'habitude si frileux à tout positionnement, prend fermement ses distances avec la Russie et appelle à annuler des compétitions en Russie ou avec des équipes russes. Déjà, la Russie est exclue de la prochaine coupe du monde de football.
Des organismes culturels annulent des tournées d'artistes russes et les démissions de directeurs occidentaux dans des institutions culturelles russes se succèdent.

Reste qu'au-delà de toutes ces réactions on se demande comment arrêter la folie de ce va-t-en-guerre, comment mettre fin à cette brutalité, à cette barbarie. Qui peut encore accorder la moindre confiance à Poutine, croire cet homme ? Il est aussi crédible qu'il est souriant. Il promet de ne pas s'attaquer aux civils ukrainiens pendant que ses troupes bombardent des immeubles d'habitation. Il menace d'utiliser l'arme nucléaire. Est-il devenu à ce point ivre de sa puissance pour être capable de l'utiliser ?

vendredi 25 février 2022

Lettre aux ambassadeurs russes

Voici le courrier que je viens d'envoyer aux ambassadeurs russes de Belgique et de France.
Et voici leurs adresses :  amrusbel@skynet.be - ambrusfrance@mid.ru
Je me doute bien que cette lettre est peu de choses par rapport à cette guerre insensée, mais nous nous trouvons tellement désemparés face à un telle folie...

Voir l'appel d'Avaaz :
https://secure.avaaz.org/campaign/fr/stop_the_war_loc/?baluBfb&signup=1&cl=19125523496&v=138329&_checksum=7103eb5f3c7c59580bdc76eddf1fd33d240953751f110d097141bb5e4d50c416
Et celui d'Amnesty International : 
https://www.amnesty.fr/actualites/ukraine-guerre-russie-la-protection-des-civils-doit-etre-la-priorite-absolue?utm_source=newshebdo&utm_medium=email

Monsieur l’Ambassadeur,

Comme l’immense majorité des citoyens européens, je suis scandalisé par l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe.
Votre pays viole de manière flagrante le droit international, usant de mensonges qui ne trompent personne pour justifier cette action totalement inacceptable.
Je me doute que ce courrier ne recevra pas de réponse, mais je ne peux rester muet face à cette guerre que vous menez à un Etat de droit, à son gouvernement et à ses citoyens.
Combien d’innocents ont déjà payé et vont payer de leur vie votre volonté de puissance ?
L’usage de la violence est toujours un aveu de faiblesse. La diplomatie et le dialogue sont les seules voies de résolution de tout conflit. 
Vous êtes aujourd’hui les plus forts grâce à votre armée et ses moyens, mais votre président et votre pays paieront devant l’Histoire cet acte de guerre.
Si votre pays a perdu de sa grandeur, c’est à cause des guerres de conquête qu’il mène. Elles sont indignes du grand peuple russe.
Cette guerre, vous pouvez la gagner physiquement, mais vous l’avez déjà perdue moralement aux yeux du monde. L’agresseur est toujours le perdant.

Monsieur l’Ambassadeur, l’avenir de notre planète était déjà sombre, vous l’obscurcissez plus encore. 
Je vous en conjure : mettez tout en œuvre pour que cesse au plus vite ce conflit inutile et insensé. 

Au nom du sentiment d’humanité qui doit tous nous guider, 

Michel Guilbert,
Ancien Sénateur (Belgique)

Post-scriptum : une autre lettre, adressée à Poutine celle-ci et signée Laurent De Sutter :
https://www.rtbf.be/article/laurent-de-sutter-cher-vladimir-poutine-vous-avez-choisi-de-foutre-en-lair-la-vie-de-milliers-de-personnes-10943348:
Ecrivons, écrivons !

jeudi 24 février 2022

Monstrueux

Il est passé à l'acte. L'armée russe attaque et frappe violemment l'Ukraine qu'elle a envahie. Le monstre froid qu'est Poutine se fait menaçant vis-à-vis de qui aurait l'outrecuidance de se mettre en travers de sa route. "(Ceux) qui tenteraient d’interférer avec nous (...) doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences que vous n’avez encore jamais connues”. Récemment, il rappelait froidement que son pays est une grande puissance nucléaire. On le sent, on le sait capable du pire.

On le décrit comme paranoïaque, comme seul, incapable d'écouter, de dialoguer. Au pouvoir depuis vingt-deux ans, il a perdu le sens des réalités, disent certains analystes. Sa seule réalité, c'est son rêve de reconstruction de l'empire russe. Quoi qu'il en coûte tant au peuple russe qu'au peuple ukrainien (et géorgien, tchétchène et tant d'autres). Et à l'équilibre du monde.
"Ce n'est pas une guerre, c'est une opération miliaire", affirme en novlange poutienne l'ambassadeur russe à l'ONU. Tous les arguments sont bons pour justifier cette guerre : "dénazifier" l'Ukraine, mettre fin à un "génocide", faire tomber "la junte au pouvoir à Kiev". Il est bien le seul à voir une Ukraine nazifiée, un génocide dans le Donbass, une junte. Il est bien le seul, mais personne ne peut l'arrêter et c'est ce qui est le plus inquiétant. Il est prêt à mettre la planète à feu et à sang pour sa folie. Pierre le Grand pourrait être Néron. 

Certains le présentent comme un homme intelligent. ll le fut peut-être, mais ne l'est plus. Il n'a rien compris aux leçons de l'Histoire ou s'en moque. Aucun empire n'a réussi à s'installer durablement et la roue de l'Histoire ne tourne pas en arrière. Toute aventure guerrière est coûteuse en vies humaines (mais comptent-elles à ses yeux ?), en matériel, en argent, et extrêmement polluante. Sa priorité, comme celle de tout homme d'Etat, devrait être la lutte contre le réchauffement climatique, pour sauver l'humanité. Lui se lance à corps perdu dans un désastre. Cet homme n'a aucun souci pour l'humanité.


L'ONG MEMORIAL exige l'arrêt des combats en Ukraine.
" La guerre déclenchée par le régime de Poutine contre l’Ukraine est un crime contre la paix et l’Humanité. Cette guerre restera à jamais une page honteuse de l’histoire russe. Nous sommes contre la guerre avec l’Ukraine et exigeons une cessation immédiate de cette agression."
Déclaration conjointe de Memorial International et du Centre des droits Humains « Mémorial » du 24 février 2022.
"Ce soir, rendez-vous à 19h Salle Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan à Paris 2e où nous pourrons, après la projection du film, parler de Mémorial et débattre de l'absurdité de cette guerre et de la falsification de l'histoire faite par les autorités russes pour justifier l'injustifiable."

mercredi 23 février 2022

L'homme froid

Il entend recréer l'empire russe avec des méthodes soviétiques. Vladimir Poutine appelle "mission de maintien de la paix" une intervention de son armée dans les républiques séparatistes de Donetsk et de Louhansk en Ukraine. Et tant pis s'il s'agit là d'une violation flagrante du droit international. La novlange poutinienne a des accents du passé, celui du KG dont il fut un agent. Il servait un régime qui justifiait les pires exactions par l'affirmation de sa volonté de protection du bien collectif. Chaque phrase veut dire le contraire de ce qu'elle avance. On pense à 1984 d'Orwell: "La guerre, c'est la paix". On repense à la Hongrie de 1956, à la Tchécoslovaquie de 1968, où les interventions soviétiques ont eu lieu pour le bien du peuple.
Mais le tsar est aussi un homme de son temps, celui du mensonge, de la réécriture de l'Histoire, du mépris, de l'agressivité, du virilisme. Donald T. ne s'y trompe pas, lui qui vient de dire toute son admiration pour ce "coup de génie", signé de son quasi ami.

Ces dernières semaines, Poutine a répété que si ses troupes se massaient à la frontière ukrainienne, c'était uniquement dans le cadre d'exercices. Pourtant, dès décembre, on pouvait lire dans un article du Ministère russe des Affaires étrangères que "L'implication de l'Ukraine dans les jeux géopolitiques des Etats-Unis et le déploiement militaire de l'Otan à proximité immédiate de nos frontières auront de lourdes conséquences et nous contraindront à prendre des mesures de rétorsion afin de rétablir l'équilibre militaire et stratégique" (1). Il était clair qu'il passerait à l'acte. Mais que faire face à des propos qui se présentent comme rassurants, même si on ne peut y croire ?
Poutine ne considère pas comme légitime l'existence de l'Etat ukrainien. Il en méprise la douloureuse histoire, dont l'Holodomor, cette famine provoquée par le régime stalinien qui fit des millions de morts dans les années 1932-1933 et que le Parlement européen considère comme un « crime contre le peuple ukrainien et contre l'humanité ».

Poutine est plus nostalgique de l'empire russe que de l'URSS, dit de lui Andreï Gratchev, politologue et ancien porte-parole de Gorbatchev (2). Il aime faire peur, constate un autre expert. Ce que confirme Harald Malgrem, ancien conseiller des présidents Kennedy, Johnson, Nixon et Ford : "En Russie, lui a dit un jour Poutine, les litiges sont généralement résolus de façon pratique. Si un litige porte sur une forte somme d'argent ou un bien important, les deux parties vont envoyer des représentants qui se retrouvent pour dîner. Toutes les personnes présentes sont armées. Face à la possibilité d'un résultat fatal, sanglant, les deux parties trouvent toujours une solution mutuellement acceptable. La peur est le catalyseur du bon sens." (3)
Il est d'une "brutalité prudente", affirme un analyste, tous ses coups sont calculés, mais personne ne sait lequel il va jouer. Témoin cet incroyable échange entre le tsar et son chef du Service des renseignements extérieurs, Sergueï Evguenievitch Narychkin (4). Ce dernier ne parvient pas à comprendre ce que Poutine veut lui faire dire et n'est qu'une marionnette bafouillante qui répète péniblement les propos que lui souffle son président.

Dans quelle sinistre aventure s'embarque, nous embarque celui qui s'imagine être l'incarnation de Pierre le Grand mais qui pourrait être celle d'Ivan le Terrible ? Le sait-il lui-même ? L'homme le plus froid de la planète sait qu'il fait peur. Sous son masque de cire, il en jouit sans doute.

 (1) "De l'Union des soviets à l'union des voisins", Kommersant (Moscou), 20.12.2021, in Le courrier international, 27.1.2022.
(2)  France Inter, Journal de 13h, 22.2.2022.
(3) "L'homme qui voulait être Pierre le Grand", Unherd (Londres), 13.1.2022, in Le courrier international, 27.1.2022.
(4) https://www.lalibre.be/international/europe/2022/02/22/le-lapsus-ahurissant-du-chef-du-service-des-renseignements-russes-lors-de-son-dialogue-avec-poutine-SZNXD6GPPFFYVLZQ64O5X27LUQ/

mercredi 4 décembre 2013

Le monde comme il essaie d'aller

L'Europe engendre décidément des sentiments contrastés. Les Britanniques s'y sentent mal, nous dit un récent sondage. Les Français mettent sur le dos de "Bruxelles" la responsabilité de la plupart des problèmes qu'ils rencontrent, comme s'il s'agissait d'un être suprême sur lequel ils n'ont aucun pouvoir. Votent-ils? Et si oui, pour qui? Certains veulent payer moins de taxes, mais recevoir plus de subventions d'une Europe qu'ils exècrent. Tous les partis nationalistes européens la vomissent, promettent de la quitter s'ils sont un jour au pouvoir (ce qu'à Dieu - s'il existe - ne plaise).
Pendant ce temps, une bonne partie des Ukrainiens se battent pour entrer dans cette même Union européenne. 
Le FN français pense qu'il faut abandonner l'euro pour retrouver ce bon vieux franc. Les billets d'euros sont illustrés par des ponts. Tout un symbole. Les billets en francs seraient-ils illustrés par des murs, par des grilles cadenassées?

Scandale dans les milieux politiquement corrects (américains du moins): une journaliste de Elle s'est déguisée en chanteuse afro. La voilà traitée de raciste, au point d'être obligée de s'excuser. "Désormais, il existe une police de la fête qui devrait faire passer l'envie de rire avec les perruques et autres grimages", écrit Marianne (1).
Déjà le Père Fouettard est critiqué aux Pays-Bas où certains le voient comme une rémanence du colonialisme. Pour ne heurter aucune susceptibilité, devra-t-on interdire tout déguisement? Faudra-t-il supprimer les carnavals. A celui de Dunkerque, les hommes s'habillent en femmes. Sont-ils sexistes?
Une suggestion aux Tartuffe de tous poils: déguisez-vous en Belges. Vous apprendrez l'auto-dérision.

Suite du feuilleton du couplet lamentable de Nekfeu appelant à "un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo": où on apprend que le gamin n'est pas seul à tenir ce genre de langage. Un certain Disiz la Peste (qui se doit sans doute de tenir des propos à la hauteur de son nom) menace lui aussi Charlie: "même si vous étiez muets je vous couperai la parole, vous voulez savoir comment je ferai. Et bien je vous couperai les mains". On voit par là que la musique n'adoucit pas les mœurs et que n'est pas poète qui veut. Il faut découvrir dans l'édition d'aujourd'hui de Charlie Hebdo comment un certain Zobi le Glouk lui répond par un rap "humoristique et outrancier comme t'aimes, ma loute!". Zineb El Rhazoui rappelle le triste sort que réservent les pays islamistes aux rappeurs et Rachid Taha répond aux rappeurs "analphabètes" à sa manière: carrée et pleine d'humour.

(1) 30 novembre 2013.

jeudi 31 mai 2012

C'est footu

J'aurais dû faire footballeur. Je regrette et je crains qu'il ne soit un peu tard.
Je me serais appelé Paradis Coïncidence, par exemple. J'aurais été le meilleur joueur du championnat français. Puis, j'aurais été acheté par un grand club anglais. J'aurais gagné 550.000 euros nets par mois, dix millions (bruts?) par an. Ce qui est quand même beaucoup moins que Lionel Messi qui en gagne trente-trois millions. Mais qui me permet de snober Barak Obama qui n'en gagne annuellement  que 310.000 ou Elio Di Rupo réduit à quelque 222.000 (1).
Peut-être que j'aurais eu la chance de jouer la Coupe d'Europe en Ukraine devant des supporteurs ukrainiens qui tabassent, sous le nez d'une police impassible, certains des leurs qui ont le malheur d'être d'origine asiatique. Qui poussent des cris de singe quand ils voient des joueurs noirs. Et qui font le salut nazi pour accueillir leurs joueurs (1).
Mais jamais je n'aurais participé à des matches truqués, comme c'est visiblement le cas du capitaine de la Lazio Roma qui, avec dix-huit autres personnes, a été arrêté pour "association de malfaiteurs à des fins de tricherie et de fraude sportive". Je n'aurais pratiqué le sport que pour le sport, bien sûr.
J'aurais bien aimé être un pro du football, ce sport d'équipe, qui vous donne le sens de l'effort, qui vous fait apprécier la beauté du geste, qui vous enseigne le fair play, qui vous apprend la solidarité.


(1) JT de la RTBF, 29 mai 2012, 19h30.
(2) LLB, 29 mai 2012.