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samedi 20 septembre 2025

Fini de rire

Ce monde est de plus en plus difficile à comprendre. Voilà qu'on n'a plus le droit de rire des bouffons. Donald Trump est risible. On ne peut s'empêcher d'en rire quand on le voit dans sa position habituelle, l'air rogue, penché vers l'avant, les mains pendantes entre les genoux. Il a toujours l'air de ne pas partager ou même de ne pas comprendre ce que dit son interlocuteur. Quand il sort d'un avion ou qu'il entre dans une pièce, quand il prend la parole, c'est avec l'air le plus mauvais qu'il puisse se donner. On dirait un dogue prêt à attaquer. Mais le bouffon qui ne rit jamais interdit qu'on rit de lui ou qu'on le critique. C'est peut-être son côté soviétique. En tout cas il s'affirme de plus en plus comme un autocrate.

Récemment, Jimmy Kimmel, l’animateur d’un late-night show sur ABC a été suspendu par sa chaîne pour avoir reproché à la sphère MAGA d’exploiter politiquement le meurtre de l’influenceur conservateur Charlie Kirk. "C'est une excellent nouvelle pour l'Amérique, a aussitôt commenté le petit président Trump. Félicitations à ABC d'avoir finalement eu le courage de faire ce qui devait être fait." Auparavant, c'est CBS qui avait décidé l'arrêt de l'émission de Steven Colbert, animateur jugé trop critique, lui aussi, du Père Ubu américain. Seuls ceux qui se sentent peu sûrs d'eux-mêmes jouent ainsi les censeurs et abusent des menaces contre la liberté d'expression et la liberté de la presse. Trump vient de porter plainte contre le NewYork Times pour diffamation, il réclame 15 milliards de dollars. Il estime qu'il a contre lui 97% de la presse et annonce qu'il compte suspendre les licences des chaînes télé qui le critiquent. Le bouffon est décidément de moins en moins drôle.

C'est Le Monde qui l'écrit (1) : "l’administration de Donald Trump s’est lancée dans une nouvelle croisade contre la presse. Dans un e-mail envoyé aux médias, le Pentagone exige des journalistes qu’ils s’engagent à ne pas recueillir ni publier d’informations sans autorisation préalable, a révélé The Washington Post, vendredi 19 septembre. Le département de la défense américain avertit qu’il révoquera les accréditations de presse de ceux qui ne se conforment pas à cette mesure, s’il considère qu’il y a une menace pour la sécurité nationale."
Trump et sa clique (qui est aussi sa claque) ont le droit de tout dire, même les informations les plus fausses. Mais leur parole est sacrée. La critiquer, c'est désormais blasphémer. Blasphémons ! Blasphémons !

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/20/le-pentagone-veut-imposer-aux-journalistes-son-autorisation-avant-la-publication-d-une-information_6641927_3210.html

mercredi 8 février 2023

Tristes artistes

Les débats et les prises de position qu'ont suscités ce qu'on appelle l'affaire Vivès renvoient à la question de la liberté artistique. Un artiste peut tout dire, estiment certains, parce que son rôle est de nous bousculer, de nous amener à nous interroger notamment sur les normes. Parlons-en des normes précisément : à quel moment sort-on de la création ? En quoi les récits autobiographiques de Gabriel Matzneff relatant ses relations sexuelles avec des enfants ou des adolescents (récits en leur temps encensés par une certaine intelligentsia) sont-ils de la création ? Transgresser, est-ce créer ? Hurler sa haine et appeler à la violence, est-ce créatif ? Ou au contraire destructif ?
On repense à ces rappeurs qui dans des chansons avaient, l'un (Nekfeu), appelé à "un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo", l'autre (le bien nommé Disiz la Peste), annoncé aux membres de l'équipe de Charlie Hebdo : "je vous couperai les mains" (1). Quel rôle de tels appels ont-ils pu avoir sur les esprits dérangés des sombres crétins qui ont massacré l'équipe de Charlie ?
Certains ne méritent pas le nom d'artiste.

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/01/la-question-des-limites.html

vendredi 3 février 2023

Savonarole, le retour

Dans quels temps obscurs (et stupides) sommes-nous tombés pour que l'art soit l'objet d'autant d'attaques ? Des activistes pour le climat s'en prennent à des tableaux dans les musées plutôt qu'aux bagnoles, aux avions ou aux pesticides. D'autres, au nom de leur morale, veulent faire interdire des œuvres, empêcher des artistes de s'exprimer, parce qu'ils ne pensent pas comme eux. Comme si ces flics de la pensée, ces censeurs, ces inquisiteurs ne comprenaient pas la différence qui existe entre expression artistique et réalité. Invitons les à regarder le tableau Ceci n'est pas une pipe  de René Magritte. C'est un tableau, une représentation d'une pipe, mais pas une pipe, on ne peut la tenir en main, la bourrer de tabac, l'allumer, ni la fumer.  Représenter, c'est mettre à distance et ainsi permettre de réfléchir.
Une rétrospective de l’artiste américain Philip Guston (1913-1980) a été reportée de 2020 à 2022 par trois musées américains et par la Tate Modern de Londres, explique Le Monde (1), parce que certaines toiles représentant le Ku Klux Klan, quoique dénonçant le suprémacisme blanc, pourraient heurter les Noirs. "Guston est blanc et le public ne fait plus la différence entre montrer, adhérer ou dénoncer. Ces deux années ont surtout permis de « reprofiler » une exposition dont la première étape, à Boston fin 2022, a vu cinq toiles sur le KKK retirées sur les quinze prévues."
Il y a surtout dans cette attitude des musées à la fois une peur des activistes et un mépris pour le public considéré comme incapable de comprendre, de prendre une distance.

Lors de sa séance de vœux récemment, la Ministre française de la Culture, Rima Abdul Malak, a annoncé qu'elle entend « lutter contre les assignations identitaires et la cancel culture ». "Elle redoute, écrit Le Monde (1), de voir la France prendre le chemin américain de la censure de livres, films, tableaux. Par l’extrême gauche dans le champ intellectuel au nom des minorités ; par l’extrême droite politique, au nom de la majorité blanche. Elle est sur la ligne du philosophe Ruwen Ogien, distinguant l’offense du préjudice : un créateur peut offenser mais ne pas nuire. En Amérique du Nord, offenser est devenu blasphème. Les conséquences sont vertigineuses."

Pour certains activistes identitaires, seul un homosexuel devrait pouvoir jouer un rôle d'homo dans un film ou un spectacle, idem pour les non-binaires, les minorisés, les racisés ou tous ceux et toutes celles qui se sentant différents se sentent aussi ostracisés. Ce qui a amené Tom Hanks, oscarisé pour son rôle d’homosexuel atteint du sida dans Philadelphia (en 1993), à déclarer qu'aujourd’hui il refuserait le rôle, parlant de « l’inauthenticité d’un hétéro jouant un gay ». L’acteur français Vincent Dedienne fait justement remarquer que si Tom Hanks n’est pas gay, Denzel Washington, son avocat dans le film, n’est pas avocat dans la vie. Et il ajoute : « Il fait sale temps pour les acteurs. » (1)
En Belgique, au printemps dernier, la journaliste Safia Kessas a dû être mise sous protection policière. Son crime : avoir interviewé Angela Davis alors qu'elle n'est pas noire. Elle est pourtant, rappelle Marianne (2), "une intellectuelle engagée sur les questions coloniales et qui se définit comme intersectionnelle". Le communiqué des plaignants est un salmigondis de reproches ostracisants de la part des ostracisés. Angela Davis a affirmé n’être nullement opposée au choix de Safia Kessas comme interlocutrice, qu'il s'agit là d'une « mauvaise question », que le « focus sur les identités » entraîne des raccourcis et elle a estimé que la « cancel culture » est  « perturbante ».
Faudrait-il donc être femme pour interviewer une femme ? Islamiste pour interviewer un islamiste ? Homme pour jouer un homme ? Pédophile pour jouer un pédophile ? Con pour jouer un con ? La bêtise atteint des sommets et elle est effrayante. Chacun dans sa niche ou pire dans sa cage.  

L’Observatoire français de la liberté de création déplore une « vague inédite de déprogrammations dans tous les champs de l’art et de la culture ». Selon l’Observatoire, on assiste à une confusion des rôles : il revient aux programmateurs de montrer des œuvres et de créer le débat si elles sont problématiques, mais c'est au juge de les interdire ou non au nom de la loi. "Marqué à gauche, indique Le Monde (1), cet observatoire déplore que « d’autres types de censure » voient le jour, encouragés par des groupes antiracistes ou féministes."
Récemment, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême a déprogrammé une exposition consacrée à Bastien Vivès accusé de faire dans ses livres l'apologie de la pédopornographie. Le dessinateur Enki Bilal condamne (3) "les grosses conneries qu’il (Vivès) a proférées sur les réseaux sociaux quand il était plus jeune", mais défend le droit à la provocation. "Si on veut faire de la provoc, on doit pouvoir le faire. Dans l’art, c’est même souhaitable. Mais il faut rester dans le domaine du fantasme, du décalage du réel. Il faut faire preuve, même dans les plus grands délires, d’une certaine nuance – mot qui semble avoir perdu tout son sens dans le monde binaire d’aujourd’hui. Le déferlement de haine sur les réseaux sociaux le prouve, avec la désagréable impression que le wokisme – ce maccarthysme à l’envers – y prend sa part. Que cette idéologie provienne de la gauche est atterrant."

Avec une quarantaine d'autres personnalités du monde de la culture, Enki Bilal a signé une tribune s'alarmant d’« un climat de peur menaçant la liberté de création » (4). Ils rappellent " qu’interroger ou contester le travail d’un auteur est légitime, mais que le bâillonner ne l’est pas. Comment un artiste pourrait-il encore prendre des risques, interroger sa part d’ombre (et la nôtre), chercher à bousculer, à remuer les passions humaines, à questionner notre condition commune – parfois sombre – en se demandant, à chacune de ses productions, si son prochain habit ne sera pas fait de goudron et de plumes ? Aucun auteur ne peut créer en tremblant." Si ce sont les censeurs qui décident ce qui est publiable ou exposable, "quel sens aura encore l’activité artistique ? Qu’est-ce donc que cela, si ce n’est la réintroduction, par une fraction de la société, d’un délit d’outrage aux bonnes mœurs qui avait valu à Flaubert d’être poursuivi en 1857, car l’art, disait-on, devait poursuivre un but moral et contribuer à  épurer les mœurs".
"Autour de nous, écrivent-ils encore, beaucoup sont tétanisés par le climat ambiant mais peu osent parler, ayant légitimement peur pour leur carrière et leur réputation. Quand une société en arrive là, elle est au bord de l’obscurantisme."

Un des slogans de mai 68 était "Il est interdit d'interdire". C'était il y a 55 ans. Une éternité. Depuis, nous sommes devenus timorés. Il y a treize ans, le livret de Stéphane Hessel Indignez-vous ! connaissait un succès enthousiasmant. Aujourd'hui, certains prennent l'injonction au pied de la lettre, s'enflammant à la moindre contrariété, au moindre propos contraire à leur vision non pas du monde mais d'eux-mêmes ; ils mènent une chasse en meute, sans prendre le temps de s'informer, de débattre, de réfléchir. Haro sur qui ne pense pas comme moi (qui ne pense pas).

Nous vivons une époque de censure dans laquelle bien des gens, particulièrement des jeunes, en sont venus à estimer qu'il faut limiter la liberté d'expression. L'idée selon laquelle heurter les sentiments d'autrui, offenser leur sensibilité, c'est aller trop loin est aujourd'hui largement répandue, et lorsque j'entends de braves gens tenir de tels propos, je me dis que la vision religieuse du monde est en train de renaître dans le monde laïque, que le vieux dispositif religieux de blasphème, d'inquisition, d'anathémisation, et tout le reste, pourrait bien être en train de faire son retour. 
Je peux affirmer, et je le fais volontiers, qu'une société ouverte doit autoriser l'expression d'opinions que certains de ses membres peuvent trouver désagréables, sinon, nous acceptons de censurer les opinions qui dérangent, nous nous retrouvons confrontés à la question de savoir qui doit détenir le pouvoir de censure. 
Quis custodiet ipsos custodes ?, comme on disait en latin. Qui nous protègera de nos gardiens? 
Salman Rushdie, "L'instinct de liberté" (5)

(2) https://www.marianne.net/societe/trop-blanche-pour-interviewer-angela-davis-une-journaliste-belge-sous-protection-policiere
(3) https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/01/26/enki-bilal-dessinateur-c-est-une-dictature-en-marche-je-serai-toujours-du-cote-des-artistes_6159344_3246.html
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/02/01/affaire-bastien-vives-interroger-ou-contester-le-travail-d-un-auteur-est-legitime-le-baillonner-ne-l-est-pas_6160127_3232.html
(5) in "Langages de vérité", Actes Sud, 2022.

mardi 16 août 2022

Comment dit-on hypocrisie en persan ?

L'Etat iranien a la mémoire qui flanche. Il n'a rien à voir, affirme-t-il, avec l'agression au couteau dont a été victime Salman Rushdie. « Dans cette attaque, seuls Salman Rushdie et ses partisans mériteraient d’être blâmés et même condamnés », a affirmé le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères (1). On est peu de choses en Iran. Voilà ce brave ayatollah Khomeini tombé dans les oubliettes de l'histoire. Le si sympathique « chef spirituel suprême » de l'Iran de 1979 à 1989 avait, peu avant sa mort, appelé, via une fatwa, à tuer l'écrivain Salman Rushdie accusé de blasphème contre le prophète Mahomet dans son roman "Les Versets sataniques".

"Aussi paradoxal que cela paraisse, écrit l’écrivain franco-turc Nedim Gürsel (2), (lui-même poursuivi pour blasphème), ce roman, qui a fait couler beaucoup d’encre et pas mal de sang, dont celui de son auteur (...), n’est pas à proprement parler un roman sur Mahomet, ni sur l’islam. Le Prophète est certes l’un de ses personnages sous le nom de Mahound, mais le récit a plusieurs axes, une trame complexe et une forme narrative que l’on peut qualifier de postmoderne. Voire de comédie burlesque." Mais, on le sait, les religieux raides n'ont aucun sens de l'humour pas plus que de la création. "Il n'y a pas de création sans liberté, affirme Nedim Gürsel. Au nom de celle-ci et en tant que romancier, et notamment en tant qu’auteur des Filles d’Allah, qui a été poursuivi en justice pour blasphème et soutenu par Rushdie, je défendrai le recours à la fiction pour parler notamment du Prophète de l’islam sans me soucier du fait que le considérer comme un personnage de roman le désacraliserait." (...) "Il faut admettre qu’un romancier, en puisant dans les récits historiques ou religieux, a le droit de créer des personnages, y compris des prophètes pour en faire des protagonistes d’une parodie, voire d’une farce burlesque. C’est ce qu’a fait Salman Rushdie et rien d’autre." 

Le crime dont a été victime Salman Rushdie trente-trois ans après le lancement de la fatwa appelant à son assassinat a ravivé l'intérêt pour son roman auprès de personnes qui n'en avaient jamais entendu parler. Les ventes sont en hausse (3). Son agresseur et l'Etat iranien auront aidé à faire découvrir cette œuvre qu'ils veulent interdire.

"Et maintenant, Mahound arrive en triomphateur ; et, en fin de compte, je vais perdre la vie. Maintenant son pouvoir est devenu trop grand pour que je puisse le défaire."
Baal lui demanda : "Pourquoi es-tu si sûr qu'il va te tuer ?"
Salman le Persan répondit : "C'est sa Parole contre la mienne."
(Salman Rushdie, "Les Versets sataniques", Pocket Plon 1999, p. 479)


(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/les-versets-sataniques-qui-ont-fait-couler-beaucoup-d-encre-et-pas-mal-de-sang-ne-sont-pas-a-proprement-parler-un-roman-sur-mahomet-ni-sur-l-islam_6138036_3232.html
(3) https://www.lalibre.be/culture/livres-bd/2022/08/13/les-ventes-des-versets-sataniques-en-hausse-apres-lattaque-contre-salman-rushdie-FRNHEXHRXBA6LHFCWCH4QCTJAU/

mardi 11 juin 2019

Autocensure

Ce silence-là fait à peine du bruit. Le New York Times, l'un des plus grands quotidiens au monde, vient de décider de ne plus publier de dessin de presse dans son édition internationale, alors qu'il n'y en a déjà plus depuis longtemps dans son édition nationale. C'est qu'un dessin récent a été jugé antisémite: on y voit un Donald Trump aveugle coiffé d'une kippa tenir en laisse un Benjamin Netanyahu représenté en chien avec une étoile de David accrochée à son collier. C'est ce qu'on appelle une caricature. Et comme toute caricature, elle évoque une situation réelle, souvent pire, bien pire que ce que le dessin montre. On pense à "Ceci n'est pas une pipe" de Magritte. Le dessin n'est qu'un dessin. Il caricature une réalité. Qui est autre chose. Le président américain, incapable de voir quoi que ce soit, se laisse mener par le premier ministre israélien. On a le droit de le penser. Et même de le dire. En quoi ce dessin est-il antisémite? On ne sait, mais peu importe. Le dessin a déplu à certains, les reproches ont plu et le le responsable d'édition a été sanctionné. Les réseaux dits sociaux font la loi. Et interdisent qu'on se moque de leur camp ou de leurs héros. Car se moquer, c'est "méchant", comme pourrait dire le Donald. Dès lors, plus question de choquer qui que ce soit. Voici venu le temps des Tartuffe imprécateurs, des indignés moralisateurs qui hurlent à la moindre critique. Si un journal de la taille du NYT s'écrase devant "une foule en colère", selon l'expression de Patrick Chappatte, dessinateur vedette du quotidien, on peut sérieusement s'inquiéter pour la liberté d'expression et d'opinion. D'ailleurs, ça fait un bon moment qu'on s'inquiète. Après le dessin, les mots? 

samedi 16 juin 2018

Les djihadistes de la liberté d'expression

Elle a bon dos, la liberté d'expression. Il est particulièrement souple et flexible, son dos. On l'invoque pour défendre ces rappeurs qui appellent à "crucifier les laïcs" (1), à couper les mains des dessinateurs de Charlie Hebdo, à "un autodafé contre ces chiens de Charlie Hebdo", à "couper le pénis" des "pédés" et autres pratiques réjouissantes (2).
Mais osez critiquer les règles que certains islamistes veulent imposer à la société, osez critiquer la religion ou simplement vous moquer d'elle et vous voilà traité d'islamophobe. Et même sauvagement assassiné comme ce fut le cas de l'équipe de Charlie Hebdo. Ses membres n'ont pourtant jamais appelé à agresser qui que ce soit. Tout à coup la liberté d'expression est priée de s'effacer devant le respect des croyants et de leur religion. Ou devant les propos agressifs et haineux de rappeurs qui confondent écriture et appel au meurtre.
Ce sont les mêmes ou leurs camarades qui souhaitent qu'existent des lois condamnant le blasphème. Le pire blasphème n'est-il d'appeler à tuer ou mutiler d'autres hommes sous prétexte qu'ils n'ont pas la même façon de vivre, les mêmes idées que vous? La haine a-t-elle le droit de s'exprimer librement ? Des lois condamnent - et tant mieux - les propos et écrits racistes, sexistes, homophobes, négationnistes, antisémites. Mais on aurait le droit d'appeler dans une chanson à tuer ou agresser les autres, sous prétexte que la liberté d'expression doit être pleine et entière? Ne s'arrête-t-elle pas au respect de la vie des autres?
Qu'est-ce qu'être non croyant? Il y a des non croyants bien plus croyants que les soi-disant croyants. Croire en un dieu exclut-il de croire en l'homme, en la vie? Celle-ci compte-t-elle moins que l'idée qu'on se fait de dieu? Trop de croyants ne croient qu'en leurs petites idées vieillotes et rabougries, en leur nombril et en la mort.

(1) Voire la dernière polémique en France concernant le rappeur djihadiste qui se fait appeler Médine:
https://www.marianne.net/societe/face-face-b-lu-et-ecoute-presque-tout-medine-voici-ce-qu-il-dit-vraiment?_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ==
https://www.marianne.net/debattons/editos/medine-ou-le-syndrome-du-bataclan
(2) Re)lire sur ce  blog:
"Une belle Saint-Valentin", 14.2.2018;  "J'irai danser sur vos tombes", 6.5.2016; "La question des limites", 9.1.2015; "Le monde comme il essaie d'aller", 4.12.2013;   "Dé-rap-age", 27.11.2013.

samedi 6 janvier 2018

Tu t'es vu sans Cabu?

Je suis Charlie. Aujourd'hui comme il y a trois ans, comme il y a vingt ans. Etre Charlie, c'est se ranger du côté de la liberté d'expression, de la liberté de critique, de la laïcité. De l'humour aussi, même si on n'est pas obligé de rire de toutes les caricatures et si le sens de l'humour est forcément très  subjectif. Parlons-en des caricatures: aucune ne sera jamais aussi atroce que la réalité qu'elle dénonce. Un dessin n'est jamais que le résultat de l'usage d'un crayon. Pas d'une kalachnikov, d'explosifs ou d'une voiture-bélier. On peut trouver drôle ou non un dessin, jamais un assassinat qui sera toujours un acte ignoble et inhumain. Inacceptable et intolérable. Lâche et répugnant.
Charlie Hebdo, comme le rappelle son rédacteur en chef, n'a jamais abandonné un seul de ses combats: "la lutte contre tous les totalitarismes, la liberté d'expression et de conscience, l'égalité des droits, la laïcité, l'antiracisme et le féminisme universalistes, l'écologie et la protection animale, la liberté sexuelle, l'opposition à toutes les religions - y compris à celle du foot -, aux croyances et élucubrations de toutes sortes, aux manipulations des sectes et de leurs gourous, à tout ce qui relève de l'irrationnel" (1). Et ceux qui traitent Charlie Hebdo de raciste ou d'islamophobe, soit ne l'ont jamais lu, soit sont de mauvaise foi, soit n'y comprennent rien. Soit aussi sont dans ces trois catégories à la fois. 


Depuis trois ans, depuis l'ignoble massacre, l'équipe de Charlie vit contrainte et forcée dans un bunker. La liberté d'expression a ce prix en France, où certains organes de presse inconscients (?) et bien pensants (?) n'hésitent pas à affirmer que leurs confrères mènent une guerre aux musulmans parce qu'ils se battent contre l'obscurantisme (2). Le prix: outre la protection rapprochée par la police dont bénéficient certains membres de la rédaction, entre un million et un million et demi d'euros par an à la charge de l'hebdomadaire, pour payer les équipements et les agents de sécurité qui permettent aux journalistes, aux dessinateurs et autres collaborateurs de Charlie de se réunir et travailler sans risquer de se faire flinguer par de faibles d'esprit, apôtres violents de l'obscurantisme, qui veulent défendre leurs prophètes contre de petits dessins. "Est-il normal pour un journal d'un pays démocratique, demande Riss, directeur de Charlie Hebdo, que plus d'un exemplaire sur deux vendus en kiosque finance la sécurité des locaux et des journalistes qui y travaillent? Quel autre média en France doit investir autant d'argent pour lui permettre d'user de cette liberté fondamentale qu'est la liberté d'expression?" (3)
"Si Charlie Hebdo est aujourd'hui sous protection policière, écrit Gérard Biard, c'est aussi en partie parce que, hier, des politiciens, des éditorialistes, des responsables religieux, des intellectuels, des militants et des experts de tout poil ont considéré - et pour beaucoup considèrent toujours - comme parfaitement logique  que l'équipe de ce journal soit physiquement en danger." (4)

La philosophe Elisabeth Badinter, elle, continue à soutenir Charlie Hebdo: "l'équipe de Charlie ne m'a jamais déçue", dit-elle. "Ce qui me lie à Charlie, c'est que ce journal n'a pas seulement été le premier, mais le seul à défendre jusqu'au bout les caricatures de Mahomet des dessinateurs danois. Ce fut pour moi une bouffée d'oxygène: enfin un journal qui défendait sans concession le droit de critiquer les religions y compris l'islam, alors que les hommes politiques restaient muets. On tuait des centaines de chrétiens au Pakistan, on attaquait des ambassades et Chirac a condamné Charlie. La caricature redevenait sacrilège et le blasphème, un crime. Oublié, le combat voltairien pour la liberté d'expression! C'était le grand saut en arrière, plus de deux siècles auparavant." (5)
Mais, à part Elisabeth Badinter, l'hebdo Marianne, le Printemps républicain, la Licra, le Comité Laïcité République et quelques autres, les soutiens déclarés à Charlie Hebdo sont peu nombreux. Aujourd'hui, les prudents sont légion. Ceux qui ne veulent surtout pas choquer, ceux qui comprennent qu'on se vexe d'un dessin, ceux qui sont "Charlie mais", ceux qui pensent qu'on peut rire de tout sauf de la religion des damnés de la terre (6), ceux qui dénoncent, tel le président Macron, une "radicalisation de la laïcité". Tous ceux-là préfèrent se ranger de facto du côté du totalitarisme islamique plutôt que de la liberté d'expression et de conscience. La laïcité serait-elle radicale? (7) Y a-t-il une seule personne qui ait tué des milliers d'innocents au nom de la laïcité? Y a-t-il une seule personne qui, en son nom, ait massacré une rédaction entière? Y a-t-il une seule personne qui se soit fait exploser dans le métro pour venger le dieu de la laïcité? Y a-t-il une seule personne qui, pour défendre les valeurs de la laïcité, ait tiré à la kalachnikov sur des spectateurs dans un concert ou des consommateurs en terrassse de bistrots?
"La laïcité n'est pas un glaive, écrit Renaud Dély, mais un bouclier, un principe émancipateur qui permet à tous, croyants et non croyants, de vivre en paix dans le respect de l'autre. La laïcité ne saurait pas non plus se réduire à la seule liberté religieuse: elle garantit la liberté de conscience, celle de croire ou de ne pas croire, et dresse une frontière infranchissable entre le spirituel et le temporel, entre ce qui relève de l'intime et de l'individuel et ce qui a trait au public et au collectif." (8)

(1) Gérard Biard, "25 ans en première ligne", Charlie Hebdo, 27.12.2017.
(2) (Re)lire sur ce blog "Non (encore une fois)!",  21.11.2017, et "Non!", 18.11.2017.
(3) Riss, "Liberté d'expression, combien ça coûte?", Charlie Hebdo, 3.1.2018.
(4) Gérard Biard, "Bindé ou plombé il faut choisir", Charlie Hebdo, 3.1.2018.
(5) "En France, Dieu ne gouverne pas la cité", Marianne, 5.1.2018.
(6) Tous les autocrates et théocrates en terres musulmanes (tels les ayatollahs corrompus iraniens - la fortune de Khamenei est évaluée à 95 milliards de dollars) sont-ils des damnés de la terre? Quelle blague! Et pourquoi donc les monarchies pétrolières n'accueillent-elles aucun réfugié musulman qui fuie guerre et oppression?
(7) "Comme l'on voudrait être assez radicalement laïque pour ne pas accorder foi aux représentants des religions!", écrit Guy Konopnicki ("Je n'aime plus les débuts d'année", Marianne, 5.1.2018).
(8) Renaud Dély, "Plus que jamais soyons Charlie", Marianne, 5.1.2018.
A lire: le numéro de Charlie Hebdo de ce 3 janvier 2018 où les journalistes de Charlie, anciens et nouveaux, racontent leurs "trois ans dans une boîte de conserve", leur vie la peur au ventre, les menaces imbéciles dont ils restent l'objet, et aussi, parfois, leurs rires.
Post-scriptum: à propos du rassemblement organisé samedi à Paris en soutien à Charlie Hebdo:
https://www.marianne.net/debattons/billets/toujours-charlie-ce-qui-s-est-vraiment-dit-aux-debats-des-folies-bergere

mardi 21 novembre 2017

Non (encore une fois)!

(suite des billets "Non!", 18 novembre, et "Gourouphilie", 14 novembre 2017)

Il ne faut jamais tenter de tourner les autres en ridicule. On y tombe alors soi-même facilement. C'est ce qui vient d'arriver à l'humoriste Guillaume Meurice. Il vient de publier un billet se moquant du conflit qui oppose Charlie Hebdo à Mediapart, le présentant comme "un clash à deux balles", une querelle de gamins dans une cour de récré. Gnagnagna, fait-il dire aux protagonistes, c'est pas moi qui ai commencé, gnagnagna, c'est lui (1). Et d'inviter les deux médias de gauche à se consacrer à ce qui est vraiment important: la lutte contre le pouvoir de l'argent, le vivre ensemble (2).
L'importance du conflit échappe visiblement à l'humoriste qui le ridiculise sans avoir compris (ou sans vouloir comprendre) les enjeux. "Ce n'est pas une simple querelle d'ego ou un règlement de comptes dans la gauche qui ne concerneraient qu'un petit milieu parisien, comme on l'entend parfois, estime le chercheur en théorie politique Laurent Bouvet (3). Des principes fondamentaux sont en jeu (...). Et ce, dans un contexte très particulier qui ne doit jamais être oublié: celui des attentats islamistes que l'on connaît depuis près de trois ans (et même un peu plus si l'on y ajoute ceux de Merah en 2012)."
Et Laurent Bouvet de pointer trois dimensions dans l'emballement pour cette opposition entre deux médias: "la plus immédiate est celle qu'il faut bien appeler par son nom: l'indécence et l'ignominie des propos d'Edwy Plenel. Riss a entièrement raison quand il dit que Plenel condamne à mort la rédaction de Charlie Hebdo lorqu'il affirme que celle-ci et ses soutiens mèneraient une guerre aux musulmans. C'est d'une gravité extrême, après ce qui a eu lieu le 7 janvier 2015 et quand on voit les menaces de mort qui se sont multipliées contre Charlie ces dernières semaines. L'équipe de Charlie vit sous protection policière permanente simplement parce qu'elle veut continuer à faire son travail. Une liberté d'expression sous protection policière, il ne faut jamais l'oublier quand on aborde le débat actuel."
La deuxième dimension pour le professeur en sciences politiques tient aux soutiens dont bénéficient Plenel et Mediapart: "l'aveuglement ou la complaisance face aux propos de Plenel sont là encore totalement sidérants". Tout comme, dit-il, le renvoi dos-à-dos des deux médias. Ce qui en dit long, selon lui, "sur le point de non-retour où l'on en est arrivé dans la société actuelle, tant en termes de déontologie journalistique que de compréhension, dans des milieux pourtant informés et éduqués, des enjeux qui la traversent."
La troisième dimension, il la situe sur le long terme, entre deux gauches irréconciliables, sur le rapport à la République, à l'Etat, à la laïcité, à l'islam.

"La rhétorique de Mediapart, écrit Thierry Keller dans Usbek & Rica (4), serait complètement insignifiante si autant d'individus de bonne volonté ne tombaient pas dans le panneau, sous l'œil paniqué de politiques qui, pour une fois, n'ouvrent pas leur caquet. Pourtant elle est facile à démonter:  être musulman et a fortiori intégriste n'est pas un état biologique ni ethnique. C'est une conviction, un choix de l'esprit. De plus, ceux qui vivent sous le joug des islamistes, ceux qui meurent sous leurs bombes, ce sont les musulmans eux-mêmes, en très large majorité. L'islam politique est donc une idéologie que l'on peut et doit combattre. (...) Mais non: en essentialisant et en dépolitisant le débat, bref, en jouant sur notre culpabilité à tous (de blancs, d'occidentaux, de harkis, les chefs d'accusation sont sans limite), Plenel décourage la lutte pour la liberté, abandonne les musulmans à la menace permanente des salafistes et autres Frères musulmans, il s'arroge le droit de parler au nom de tous les musulmans laïcs, libéraux, ou défroqués qui aimeraient pourtant qu'on leur foute la paix (...)."

C'est précisément ce que réclame l'un d'eux, Hamid Zanaz, journaliste et essayiste qui dit à Plenel: "ne parlez pas à ma place!" (5). "Je suis de culture islamique et universelle, algérien résidant en France depuis plus d'une vingtaine d'années. En vous lisant et en vous écoutant depuis un certain temps sur le sujet de l'islam et des musulmans en France, je me demande, Monsieur Plenel, si nous vivons dans le même pays!". Le journaliste algérien s'insurge virulemment contre les propos réducteurs de Plenel, "avocat autoproclamé des pauvres musulmans" présentés comme "des victimes passives d'un racisme inhérent à la société française". Il lui reproche son "incitation insidieuse à la haine", son "discours essentialiste", ses "messages dangereux et irresponsables". "Sachez, Monsieur le défenseur d'une cause fictive, que je ne me reconnais absolument pas dans votre discours de victimisation, alors que je ne vous ai rien demandé. Ne me défendez pas, je n'ai pas besoin de vous ni d'aucun autre tuteur. Le temps du paternalisme est révolu".

On est en droit de se le demander: quelle vision de la société et des rapports humains a Mediapart, quel type de régime soutient-il? On ne peut défendre à la fois la démocratie et la théocratie, le pouvoir du peuple et celui des barbus, même ceux qui pérorent en costume-cravate. A s'opposer de manière aussi irresponsable à ceux qui défendent la liberté de penser, la liberté d'expression, le droit d'être critique, Mediapart semble avoir basculé du côté sombre de la pensée, risquant d'entraîner dans sa dérive des jeunes (ou moins jeunes d'ailleurs) naïfs et, sous prétexte de lutter contre le racisme, d'augmenter celui-ci (puisque Mediapart confond sciemment musulmans et islamistes) et de faire le jeu de l'extrême droite et du populisme. Et pourtant, comme le dit Thierry Keller, en (quasi) conclusion de son article (4), "Humanisme, laïcité, universalisme. Ce camp-là n'est pas si difficile à choisir, si? Vous verrez, on se sent mieux après".

(1) http://speech.konbini.com/news/dans-une-courte-tribune-guillaume-meurice-fait-passer-la-polemique-charlie-hebdoplenel-pour-du-pipi-de-chat/
(2) En enjoignant à Charlie Hebdo et à Mediapart de parler de la défiscalisation et de l'optimisation fiscale plutôt que de l'islamisme, Guillaume Meurice, toujours prompt à dénoncer la langue de bois des politiques, tombe dans le même piège, utilise les mêmes vieilles techniques de diversion: "vous ne parlez pas de ce qui intéresse les gens, de ce qui est important. Moi, je sais ce qui est important". En plus, ils en parlent tous les deux... Il ne semble pas se rendre compte que c'est la liberté d'expression, de critique qui est en jeu. Et donc la sienne. Il a perdu une occasion de se taire.
(3) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/17/31003-20171117ARTFIG00116-l-impasse-de-la-gauche.php
(4) https://usbeketrica.com/article/charlie-il-n-y-a-plus-de-mais
(5) http://www.lalibre.be/debats/opinions/monsieur-edwy-plenel-ne-me-defendez-pas-opinion-5a130b7acd707514e8d68649


lundi 16 mai 2016

J'irai danser sur vos tombes

Appelons-le le miracle de la Pentecôte: un chanteur qui traitait dans ses chansons les Français de mécréants (kouffars) se découvre français; il ne s'appelle plus Black M, mais Alpha Diallo; il devait chanter lors de la commémoration de la bataille de Verdun et se réjouissait de ce "spectacle pour s'éclater" et dit maintenant "avoir ressenti une immense fierté lorqu'on a fait appel à (lui) pour participer à un concert en marge de la commémoration de la bataille de Verdun". Et voilà qu'il nous apprend, en plus, qu'il avait un grand-père tirailleur sénégalais, donc ce concert avait beaucoup de sens pour lui.
Avant de chanter en solo sous le pseudonyme de Black M, il faisait partie d'un petit groupe si sympa du délicat nom de Sexion d'Assaut. Dans ses chansons, il lui est arrivé de dire "je me sens coupable quand je vois ce que vous a fait ce pays de kouffars", ou "je crois qu'il est temps que les pédés périssent, coupe-leur le pénis, laisse-les morts, retrouvés sur le périphérique", ou encore "les youpins s'éclatent et font les magasins" (1). Pas franchement des paroles pacificatrices qu'on pourrait espérer entendre dans un concert commémorant une boucherie qui fit plus de sept cent mille morts.
Bref, ce jeune homme n'était pas le meilleur artiste dont on puisse rêver pour cette commémoration.
Voilà qui n'a pas échappé à l'extrême droite qui a crié haro sur le baudet et les organisateurs.
Comme l'écrit Jack Dion dans Marianne (2), on assiste à "la défaite morale de Verdun": la majeure partie de la classe politique française ne cesse de dire qu'il faut lutter contre le FN et fait tout ce qu'il faut pour lui donner des occasions de s'indigner. Quel est le génial responsable politique qui a eu l'heureuse idée d'organiser un concert festif pour commémorer la bataille de Verdun et, en plus, de faire appel à un chanteur si peu en phase avec les valeurs républicaines? De la mairie au ministère des anciens combattants, tout le monde se renvoie la balle, la culture de l'irresponsabilité se porte bien et le seul responsable de tout ce fatras est le FN, coupable d'avoir utilisé le bâton qu'on lui tendait si complaisamment.
Car la situation s'est retournée. L'homophe antisémite est victime de racisme, l'offenseur est offensé. Son grand-père lui sert de caution et il ne dit rien de ses textes. Les bonnes âmes font ce qu'elles savent faire de mieux: elles s'indignent la main sur le cœur. Non pas des paroles haineuses, mais du rejet de celui qui les chante (3). C'est parce qu'il est noir qu'on ne veut pas de lui. Le chanteur haineux est une victime et la liberté d'expression permet de tout dire. On entend même des indignés affirmer qu'il faut interpréter ses textes comme des images, ne surtout pas les prendre au premier degré.
L'équipe de Charlie Hebdo a dû être victime de gens un peu bêtes qui n'ont pas compris le second degré qu'il y a dans des chansons de Nekfeu ou de Disiz la Peste. L'un appelait à "un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo" (4), l'autre disait "même si vous étiez muets je vous couperai la parole, vous voulez savoir comment je ferai, eh bien je vous couperai les mains" (5).
On voit par là que dans ce monde de brutes l'intelligence serait plus utile que l'indignation, surtout quand celle-ci est sélective. Et qu'il vaut mieux laisser les morts reposer en paix plutôt que de transformer leurs tombes en terrain de bataille entre haineux et en perchoirs pour couards. Ils ne méritent certainement pas cela.

A partir d'idées partagées avec DL

(1) Oui, mais celle-là, il n'en est pas l'auteur, nous dit-on, ce n'est qu'une reprise de Doc Gynéco. Faut-il alors comprendre de cette excuse qu'il n'a pas compris les paroles qu'il interprète ou qu'il a été forcé de les chanter? Pauvre garçon!
(2) http://www.marianne.net/concert-black-m-annule-verdun-indignation-selective-gauche-100242920.html
(3) http://www.marianne.net/invitation-du-rappeur-black-m-defaite-morale-verdun-100242780.html
(4) sur ce blog: "Dé-rap-age", 27.11.2013.
(5) sur ce blog: "Le monde comme il essaie d'aller", 4.12.2013.
P.S.: à lire aussi: http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/05/16/31001-20160516ARTFIG00063-verdun-2016-la-victoire-des-identitaires.php
http://www.huffingtonpost.fr/alain-jakubowicz/black-m-verdun_b_10041858.html?utm_hp_ref=france

mercredi 25 février 2015

Charlie, le retour

Les mercredis ne sont plus ce qu'ils étaient. Celui-ci n'est cependant pas comme les autres: Charlie Hebdo paraît à nouveau. Mais avec l'absence de tous ceux qui ont été massacrés à cause de traits de crayon et d'humour inaccepté. Et la blessure de celles et ceux qui doivent vivre avec ce massacre et ce manque des camarades.
On sait que ces assassins, stupides comme seuls des assassins peuvent l'être, ont raté leur projet: non, Charlie n'a pas été tué et quatre millions de personnes en France et ailleurs dans le monde se sont levées pour défendre la liberté d'expression.
Mais les mêmes assassins ont aussi gagné: comment continuer à faire vivre un journal qui s'est donné pour rôle de se moquer de tous les pouvoirs si ses journalistes et dessinateurs doivent vivre en permanence sous haute protection policière?
"Malgré les flots d'encouragement et de soutiens, écrit Riss dans son édito, on est cependant en droit de se demander qui a réellement le courage de mener ce combat. Car, franchement, qui a réellement envie de se battre pour le blasphème, qui a envie de défier le religieux, si c'est pour finir protégé par dix policiers 24 heures sur 24? Personne! Tout le monde a soutenu Charlie: "allez-y les gars, on est derrière vous!" Mais combien oseront dessiner et publier un dessin blasphématoire? Si peu. La foule soutient Charlie comme elle soutient le taureau dans l'arène. Car qui sait, un jour peut-être Charlie mourra, épuisé par les banderilles, sous les applaudissements admiratifs de la foule."
Philippe Lançon écrit de sa chambre d'hôpital, où il vit depuis un mois et demi, sous protection policière lui aussi. Il parle des assassins: "Je n'ai pas vu leurs visages ce jour-là, je n'ai même pas senti les balles qui me touchaient. Ils sont entrés chez mes amis, chez moi, sans y être invités, et ils ont tout cassé en installant leur folie au cœur de nos discussions, de notre amitié, de nos rires".

Quel lien ont-ils avec l'humanité ces humains qui massacrent pour des dessins qu'ils n'ont sans doute jamais vus, sûrement pas compris ou voulu comprendre? "Ils vont chercher leurs idéaux du côté de la religion au lieu d'aller les chercher du côté de l'humain", estime le psychanalyste Gérard Bonnet.
"L'islam ne progressera pas tant qu'il n'aura pas fait sa place à l'individu à part entière", estime un autre psychanalyste, Malek Chebel, "c'est-à-dire l'individu qui outrage, l'individu qui est outragé, l'individu qui blasphème, l'individu qui veut être agnostique, ou athée... Le jour où il reconnaîtra l'individu à part entière, créatif, inventif, désobéissant, l'islam aura fait un grand progrès dans la modernité. Ce qui l'en empêche, ce sont les religieux qui ont décidé de l'orientation doctrinale, philosophique, morale, spirituelle, de l'ensemble de la planète musulmane: ils ont peur de l'individu, car il représente un contre-pouvoir, qui pourrait entraîner la dissolution de leur pouvoir obscur."
Pour y arriver, il faut "revenir à la réalité de luttes sociopolitiques et culturelles", écrit la sociologue et écrivaine Chahia Chafiq, "qui, ici et là, soulèvent le problème du rapport religieux-politique au regard des idéaux démocratiques. Fondée sur la reconnaissance de l'autonomie des individus égaux et libres, destinataires et auteurs des lois, la démocratie, loin de n'être qu'un appel aux urnes, est un projet politique dont l'approfondissement  nécessite une collectivité affranchie de tout pouvoir sacré, intouchable".

Voilà pourquoi il faut que Charlie Hebdo continue à vivre: pour nous aider à rire du monde dans lequel nous vivons, à rire de nous-mêmes, à réfléchir, à montrer qu'on peut penser librement, sans fusil sur la tempe. A être des individus à part entière.
Vivement mercredi prochain!

(note: toutes les citations sont extraites de Charlie Hebdo de ce 25 février 2015. L'appel à s'abonner vient du blog de Tom Goldschmidt: http://tom-goldschmidt.blogspot.fr/)

mercredi 7 janvier 2015

Nous nous appelons tous Charlie




Il ne doit pas cesser de se retourner dans sa tombe, le Prophète. Il faut dire que le voilà arrosé de sang, si c'est bien pour le "venger" comme ils le clamaient que des barbares ont lâchement assassiné l'équipe de Charlie Hebdo. La bête immonde est donc partout, de moins en moins tapie dans l'ombre. Elle sort du bois, attaque, frappe, viole, blesse, tue. Ici, c'est à la liberté de pensée et d'expression qu'elle s'en est pris, croyant qu'il suffit de décimer une rédaction pour achever cette liberté. Charlie Hebdo ne s'en remettra, hélas, sans doute jamais, comme le pense l'un des siens, Antonio Fischetti (1). Mais, quoi que croient ceux qui ne savent pas ce qu'est penser, cette liberté survit à tout. Même au pire. On peut tuer un symbole de la liberté, mais pas la liberté. En attendant, on pleure la mort de Charb, de Wolinski, de Tignous, de Bernard Maris (Oncle Bernard), de Cabu et de qui d'autre encore? Cabu! Ils ont tué Cabu! Cet homme magnifique, cet amateur de jazz, ce chantre de Trénet, ce caricaturiste sans égal! Je ne connaissais personnellement aucun des journalistes et caricaturistes de Charlie, mais ce sont autant de proches que j'ai perdus aujourd'hui. On peut parier que ces bêtes humaines qui les ont tués ne savaient même pas quels esprits libres et talentueux elles avaient en face d'elles. En massacrant aussi lâchement des gens intelligents, drôles, courageux, armés de leurs seules plumes, ces monstres font non seulement preuve d'une violence terrifiante mais aussi d'une bêtise et d'une veulerie abyssales. En agissant avec une telle sauvagerie pour s'attaquer à des idées, à des dessins, ces fascistes font le lit des racistes et d'une autre extrême droite. Comme le lui faisait dire Cabu en couverture de Charlie Hebdo du 8 février 2006, sous le titre Mahomet débordé par les intégristes, le Prophète doit une fois de plus sangloter en se disant que "c'est dur d'être aimé par des cons". Et il pourrait ajouter "et d'immondes assassins".



(1) www.liberation.fr/societe/2015/01/07/antonio-fischetti-charlie-hebdo-ces-derniers-temps-la-vigilance-s-etait-relachee_1175422
A voir l'émission "28 minutes" de ce soir sur Arte: www.arte-tv.com
A lire le billet d'Axel Kahn:
http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/07/axel-kahn-humanite-est-niee-massacree-256954
et aussi, un peu partout, tant d'appels à la solidarité, à rester debout, à continuer à rire malgré les loups et les hyènes (qui visiblement ricanent sur Internet).


mercredi 28 mai 2014

Les désespérants partis du désespoir

Le Parlement européen voit donc déferler en son sein une vague. Elle est assez brune et malodorante.
Ce sont des votes de protestation qui y amènent des élus d'extrême droite et de partis populistes, nous dit-on. Les Français avaient le choix entre 25 listes, mais, pour eux, seule celle de la famille Le Pen incarnerait donc cette protestation. On a du mal à le croire. C'est bien d'un vote d'adhésion qu'il s'agit. Dans le village où j'habite, peuplé de quelque 650 habitants, 38% d'entre eux ont voté pour le FN. Les 62 autres % ne comprennent pas. Pourquoi choisir le parti de la haine, du rejet des autres, de la peur, du repli sur soi? Comment confier son avenir au père Le Pen, "milliardaire ancien député poujadiste, ancien compagnon de route de l'OAS, ancien thuriféraire de Vichy, faiseur de bons mots sur les fours crématoires" (1) ? Comment faire confiance à un parti qui a promis de faire la chasse aux journalistes, de les "attaquer à mort", de leur "marcher dessus" ? C'est le directeur de cabinet de Marine Le Pen qui parle là de "tous ces connards de journalistes institutionnels" (2). Il faut dire qu'Apolline de Malherbe, éditorialiste politique à BFMTV avait eu l'outrecuidance de poser, dans son émission, à la fille à papa Le Pen des questions que celle-ci ne lui avait pas demandé de poser. Ce qui ne se fait pas. Au FN, on n'aime que la presse qui pose de gentilles questions et se couche où on lui dit de se coucher.
Comment croire que le FN va investir dans l'aide sociale ? A Fréjus, dirigé depuis peu par le FN, trois structures sociales voient leurs moyens diminuer de 46 à 65%, une décision - sans concertation - de la Ville (3).
"Le vote FN est un suicide", affirme Bernard Maris (1). Le désespoir est-il donc si profond en France ?

Il l'est ailleurs aussi visiblement. L'Ukip britannique fait une entrée en force au Parlement européen, "un parti qui parle le langage des comédies populaires télévisées, bourdes racistes comprises" (4). Son leader, Nigel Farage, est charismatique, même si ses électeurs sont censés savoir à qui ils ont affaire : "un ancien banquier, gavé de subventions (il aurait abusé des aides européennes en 2013) qui a été éduqué dans l'enseignement privé. (...) Le fait qu'il retire un salaire confortable de son travail politique, qu'il ne crache sur aucun financement européen payé par le contribuable et qu'il emploie comme secrétaire sa femme n'a pas pénalisé Farage. (...) Farage passe pour un brave filou, en fait, c'est un voyou" (4).
Le dessinateur David Ziggy Greene relate (5) quelques déclarations publiques de candidats du Ukip :
- "les récentes inondations sont une punition pour le mariage gay."
- "les victimes de viol sont en partie à blâmer." 
- "les femmes qui ne nettoient pas derrière le réfrigérateur sont des salopes."
- "les musulmans se reproduisent dix fois plus vite que les chrétiens."
On voit par là qu'on a affaire à un parti au programme très nuancé et réfléchi.

D'autres partis populistes, d'extrême droite, europhobes, racistes et autres seront largement représentés au Parlement européen. Notamment le Parti populaire danois, le FPO autrichien, le PVV néerlandais (qui a heureusement fait de moins de voix que prévu). Ces partis, par définition, ne s'apprécient pas toujours entre eux. Le FN considère l'Aube dorée grecque comme un parti nazi, mais le FN est lui-même vu par l'Ukip comme antisémite.
Quoi qu'il en soit, les positions radicales de ces partis forts en gueule mais faibles en contenus risquent fort de polluer les débats et de tirer plus à droite encore de nombreux conservateurs et même des sociaux-démocrates. "Par son poids électoral, il (le FN) a d'ores et déjà modifié la façon dont la France gère l'immigration et les immigrés. (...) Il pourrait étendre bien plus loin son influence, notamment en matière de politique européenne" (6). Restent aux partis de gauche à reprendre la main, à redonner espoir, avec des positions fortes, des idées nouvelles, des visions d'avenir. Y a du boulot.

(1) "Sombre dimanche", Bernard Maris - Charlie Hebdo, 28 mai 2014.
(2) http://www.liberation.fr/politiques/2014/05/27/le-fn-veut-attaquer-a-mort-les-journalistes_1027958
http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/28/fichier-fn-journalistes-sil-existe-na-ete-declare-a-cnil-252535
(3) Charlie Hebdo, 21 mai 2014.
(4) "Nigel Farage, l'escroc bien-aimé", Laurie Penny - New Statesman (Londres), 30 avril 2014 (in Le Courrier international, 22 mai 2014).
(5) "The great debate", David Ziggy Greene - Charlie Hebdo, 21 mai 2014.
(6) "Le FN, un faux séisme", David Bell - Financial Time, 14 mai 2014 (in Le Courrier international, 22 mai 2014).
A lire aussi:
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere/2014/05/26/noel-mamere-bienvenue-au-pays-des-schtroumpfs-en-bleu-marine-232978
Et parce que mieux vaut en rire (quoique...):
http://www.legorafi.fr/2014/05/26/marine-le-pen-je-tiens-a-remercier-les-francais-les-plus-faibles-psychologiquement-davoir-vote-pour-nous/

mercredi 8 janvier 2014

Nausée

Un pavé (belge) dans la mare (française). Voilà ce qu'était ce billet d'humeur qu'a bien voulu publier rue89. Je l'ai repris dans la figure. Certains diront sans doute que je l'ai bien cherché. 
Intitulé "Ma vie (de Belge) en pays grognon (la France)", je l'avais écrit encouragé par quelques amis belges, effarés comme moi de l'ambiance qui règne en France ces derniers temps. Je peux me réjouir qu'il ait été lu par quelques dizaines de milliers de personnes et commenté par près de trois cents d'entre eux.
Des commentaires sont argumentés, ils me soutiennent ou s'opposent à ma vision des choses, mais expliquent leurs points de vue. C'est ce qu'on peut attendre d'un forum de discussion. D'autres sont assez abscons, on a l'impression que leur auteur se comprend lui-même sans chercher à se faire comprendre. D'autres contributions ne contribuent à rien d'autre qu'à faire savoir que leurs auteurs n'ont rien à dire, mais tiennent à être présents dans la discussion.
Le problème, c'est non seulement de lire cette masse de commentaires et de comprendre ce que veulent dire certains intervenants et à qui ils s'adressent, mais c'est surtout la virulence de certains "commentarteurs". Ce sont des commentaires qui ne le sont pas, des messages assassins, des exécutions sommaires. On est dans le rejet brutal, dans l'invective, dans l'insulte, dans le racisme même. Pourquoi faut-il exprimer tant d'agressivité pour dire que non, vraiment non, on n'est pas grincheux?
Dans mon billet, je n'attaque personne nommément. Mais moi, en revanche, que ce soit sur mon blog ou sur rue89, j'en prends personnellement plein la figure.
J'ai pris le temps de rédiger ce billet ("Ma vie etc."), de solliciter l'avis de proches, de le nourrir, de le nuancer. Et dès qu'il est publié, bardaf, c'est l'embardée, c'est l'assaut, c'est l'hallali. De l'autre côté de l'écran, des locuteurs (à ne pas confondre avec interlocuteurs) tirent leurs salves sans prendre le temps d'arriver au bout de leur réflexion (s'il y en a une).
On est loin d'une expression assertive, d'une capacité à dire les choses clairement, fermement s'il le faut, mais en respectant ses interlocuteurs. On n'est plus dans la communication, on est dans la boxe.
Tous ces commentaires me viennent de parfaits inconnus, tous masqués par un pseudonyme. J'ai l'impression de croiser des gens en burqa qui savent qui je suis, m'identifient, sans que je ne sache rien d'eux. La relation est pervertie, elle est malsaine.

Parlementaire, journaliste, présentateur télé, j'ai reçu parfois des lettres d'insulte et, plus rarement, des menaces.  C'était, à l'époque, des courriers papier, toujours anonymes. Chaque fois, c'est difficile à vivre, mais ils furent très peu nombreux.
Avec Internet, on a changé d'échelle. Les forums ne sont plus seulement des espaces de rencontre, mais aussi des rings où tous les coups semblent permis, et arrivent en rafales via quelques mots à peine réfléchis. Je l'ai écrit souvent sur ce blog: l'anonymat que permet Internet normalise la parole "déchaînée". On confond liberté d'expression et liberté d'agression. La pensée régresse au profit d'une parole vomie.
Aucun site, visiblement, n'est épargné. On pouvait espérer qu'un site d'information de gauche, participatif, comme rue89 aurait un public plus policé, plus assertif. Il n'en est hélas rien et je ne suis pas le premier à le constater (1). Je n'ose imaginer ce qui s'écrit sur le site de Minute.
Un "commentateur" de mon blog m'a, un jour, demandé, de quelle maladie mentale je souffrais pour ne pas supporter l'anonymat. Qui est le malade? Celui qui s'exprime à visage découvert ou celui qui ne peut parler que masqué?
En Belgique, le groupe de presse Roularta a décidé, en octobre 2012, d'obliger ses interlocuteurs à s'identifier par leur vrai nom sur ses forums en ligne. Résultat immédiat: une perte de la moitié des réactions aux articles, mais "des réactions plus intéressantes et de bien meilleure qualité", selon le rédacteur en chef adjoint de la rédaction web de Roularta (1).

Internet peut être et est un formidable outil de communication et de mobilisation. C'est aussi un inquiétant vecteur d'agressivité, de populisme et de lâcheté.
Je sais faire la part des choses et constater que, par rapport aux dizaines de milliers de lecteurs de mon billet et aux quelques centaines de commentaires, les attaques violentes dont j'ai été l'objet sont peu nombreuses. Mais elles le sont trop en même temps et leur brutalité est difficile à  vivre.
Sincèrement désolé pour les commentateurs respectueux et intéressants qui se sont manifestés, je me refuse à jeter encore un œil sur les commentaires à mon billet. Une question de protection et d'équilibre personnel.
La contribution qui fut la mienne aura été la première et la dernière sur un autre site que mon blog où je sais me protéger.

En guise de conclusion qui n'a rien à voir (quoique...), cette jolie phrase d'une boulangère entendue hier sur le JT de France3, Région Centre: "on a le printemps à 500 mètres de chez nous". Elle est boulangère à Bourges.

(1) Sur ce blog: "Vomir, dit-elle", 18 mars 2013.
Et puis aussi:
- "Le grand complot", 10 mai 2011.
- "L'anonymat d'Internet", 29 avril 2008.
- "Les roquets d'Internet", 5 janvier 2008.