Affichage des articles dont le libellé est agressivité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est agressivité. Afficher tous les articles

samedi 2 mai 2026

Auto-suffisants

Tout automobiliste devrait être aussi cycliste. L'obtention du permis voiture devrait être conditionnée à la pratique préalable du vélo. Sans doute, sûrement, y aurait-il moins d'attitudes agressives des automobilistes vis-à-vis des cyclistes. Tout cycliste régulier a, un jour ou l'autre, été confronté à des comportements malveillants ou des insultes de conducteurs de voitures qui ne supportent pas de devoir ralentir ou patienter à cause d'un vélo. Parfois, la confrontation vire au drame. Ce fut encore le cas hier du côté de Châteauroux où un jeune conducteur a tué un cycliste qui lui reprochait d'avoir grillé un stop. Le cycliste a été traîné sur plusieurs dizaines de mètres par la voiture. Il est mort des suites de ses blessures (1).
A Paris en octobre 2024, un automobiliste avait « percuté volontairement avec son véhicule » Paul Varry, un cycliste de 27 ans, « en lui roulant sur le corps et en l’écrasant à l’aide de son véhicule ». Il devrait être jugé pour meurtre aux assises (2).
Plus encore que les hommes, les femmes cyclistes sont victimes, en sus, de propos sexistes, grossiers, méprisants (3).
Qui sont-ils donc ces hommes que leur voiture rend aussi stupides qu'agressifs ? Il se voient puissants, ne sont que des êtres vulgaires. De vulgaires possesseurs d'une voiture. L'obtention du permis de conduire une voiture devrait aussi être conditionnée à des cours de respect et de sociabilité.

(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/mort-du-cycliste-paul-varry-a-paris-en-2024-proces-requis-pour-meurtre-contre-l-automobiliste_6683973_3224.html?search-type=classic&ise_click_rank=2
(3) https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/02/il-m-a-empoignee-par-le-cou-ces-violences-faites-aux-femmes-cyclistes_6684838_4497916.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

dimanche 15 décembre 2019

La grande forme d'Anastasie

"Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît", faisait dire Michel Audiard au personnage incarné par Lino Ventura dans "Les Tontons flingueurs". Hier, une cinquantaine de cons a tout osé à Toulouse. A osé s'en prendre de manière très agressive à une crèche vivante, aux personnes, des enfants notamment, qui y figuraient. Ils se sont présentés, en hurlant, comme "anti-capitalistes" et en criant "stop aux fachos" (1). Les cons, ça ne sait pas que ça peut être soi-même facho. Apparemment, être anti-capitaliste, c'est aussi, pour eux en tout cas, être anti-intelligence, anti-respect, anti-tolérance, anti-nuance. Devant les menaces des fachos qui sont anti (ou l'inverse, on s'y perd), les récitals de chœurs ont été annulés et la ferme solidaire, qui fait de la réinsertion socio-professionnelle, est repartie avec ses moutons qu'elle avait prêtés pour l'occasion. En quoi cette crèche était-elle capitaliste et fasciste? On ne le sait. Mais les cons, ça n'a pas à donner d'explications.

Dans le même temps, d'autres cons, supporters de foot ceux-ci, s'en prenaient virulemment à la Ministre des Sports Roxana Maracineanu, venue assister tranquillement, et à titre privé, à un match de troisième division (2). Le milieu du foot n'a jamais été le plus raffiné qui soit. Mais l'extrême aggressivité et la vulgarité adressées à la Ministre indiquent combien on a là affaire à des cons sans limites. Ils lui ont hurlé: "Prends ta voiture et va-t-en!", "T'as rien à faire là" et de pires trivialités encore. La Ministre a été forcée de fuir sous les jets de bière tandis que les cons scandaient "Tout le monde déteste la ministre". C'est un signe qui ne trompe pas sur leur identité: les cons, ça pense que tout le monde pense comme eux. 

Les cons, ça ose déchirer des livres et interdire une conférence. Il y a un mois, c'est François Hollande et une librairie indépendante qui en ont fait les frais (3). Les cons étaient cette fois étudiants, quelques centaines, venus interdire à l'ancien président de la République de s'exprimer à la faculté de droit de Lille. Ils réagissaient au suicide récent d'un étudiant de Lyon qui témoignait ainsi de sa précarité. "Hollande assassin!", hurlaient-ils. On ne sait quel rôle ils lui attribuent dans ce drame, mais ils ont détruit tous ses livres. L'Inquisition et les nazis en faisaient autant. Les cons, ça ne connaît pas l'Histoire.

Les cons aujourd'hui, ça empêche toutes celles et tous ceux qui ne pensent pas comme eux de s'exprimer. Les cons, ça empêche (c'était en octobre) la philosophe Sylviane Agacinski de prendre la parole - à l'université de Bordeaux cette fois - parce qu'elle n'a pas les mêmes positions qu'eux sur la PMA et la GPA (4). Les cons, ça empêche aussi des représentations de pièces de théâtre. Par exemple celle des "Suppliantes" d'Eschyle à la Sorbonne (c'était en avril), parce qu'ils y voient ce qu'ils ont envie d'y voir sans comprendre le message (5). Les cons, ça n'aime pas réfléchir.

Toujours à la Sorbonne (c'était en novembre), les cons, ça fait annuler un séminaire sur la déradicalisation auquel participait la Grande Mosquée de Paris, sous prétexte qu'il favorisait l'islamophobie (6). Les cons, c'est incapable de comprendre que l'islamophobie est favorisée par la radicalisation.

"Ce néofascisme où l'on fait l'autodafé des livres vient, non de l'extrême droite, mais de l'extrême gauche et elle a pour théâtre, ce n'est pas tout à fait un hasard, le lieu même où naquirent la disputatio médiévale comme l'esprit critique et l'anti-racisme: l'université. C'est pour l'esprit un scandale qui n'a pas de précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, à l'exception de Mai 68. La confusion de la science et du militantisme politique n'est pas seulement un crime contre les droits de l'homme, c'est un recul de la civilisation." C'est Jacques Julliard qui s'exprime ici (7).
Il fait référence à la moraline de Nietzsche, "cette substance toxique" qui consiste à se servir de la morale pour abattre l'adversaire. "La moraline est fille du populisme, c'est-à-dire du refus des règles de la démocratie formelle, et des règles de la pensée tout court."
C'est au nom d'un prétendu progressisme que s'expriment ainsi certains de ces fanatiques. "Ce progressisme-là résonne comme un bruit de bottes", constate Gérard Biard (6). 

On a le droit de ne pas croire en quelque dieu que ce soit, de considérer que la Bible et les Evangiles, le Coran ou la Torah ne sont que de belles ou moins belles histoires. On a le droit de blasphémer comme d'être scandalisé par les critiques de la religion. On a le droit de ne pas être d'accord avec les positions ou les projets du gouvernement ou de telle ou telle personnalité. On a le droit et même le devoir de défendre les plus défavorisés, de s'opposer au racisme, à l'homophobie et au sexisme. Mais tout cela n'autorise pas à hurler, à censurer, à pratiquer la terreur intellectuelle, à tout oser, à exprimer une telle connerie agressive. On a surtout le devoir d'être (plus) intelligent. Mais on prend alors le risque d'être moins con. Autant le savoir.

(1) https://www.ladepeche.fr/2019/12/14/toulouse-la-creche-vivante-interrompue-par-les-manifestants,8604828.php
(2) https://www.huffingtonpost.fr/entry/roxana-maracineanu-noel-le-graet-supporters_fr_5df4e940e4b03aed50eee947?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) https://www.marianne.net/societe/livres-francois-hollande-universite-lille-2-librairie-meura
(4) https://www.liberation.fr/checknews/2019/10/27/pma-pourquoi-la-conference-de-sylviane-agacinski-a-t-elle-ete-annulee-a-l-universite-de-bordeaux_1759987
(5) https://www.lepoint.fr/culture/eschyle-censure-a-la-sorbonne-27-03-2019-2304080_3.php
(6) Gérard Biard, "Le progressisme en rangers", Charlie Hebdo, 27.11.2019.
(6) https://www.lefigaro.fr/vox/societe/jacques-julliard-contre-la-guerre-civile-20191201
A lire aussi: "Cette haine qui monte", Serge Raffy:
https://www.nouvelobs.com/chroniques/20191113.OBS21033/france-ecoute-cette-haine-qui-monte.html

jeudi 29 août 2019

Une envie de silence

Sidoine Appolinaire, Lyonnais d’origine, fut, au Ve siècle, chef du Sénat, préfet de Rome, évêque d’Auvergne. Et poète aussi. « Le plus grand drame pour moi, disait-il, ce serait d’être entourés d’hommes complètement étrangers à l’étude des Lettres ». C’est pourtant ce qui lui arriva quand l’Auvergne tomba aux mains des Wisigoths qui l’exilèrent à Bordeaux.
Etranger au monde dans lequel il se retrouva plongé, il décida de se taire et inventa pour l’affirmer un verbe : taciturire : avoir envie de se taire. Sidoine Appolinaire créa aussi un autre mot: scripturire : avoir envie d’écrire.
C’est Laurent Nunez qui raconte l’histoire et de cet homme et de ces mots dans son remarquable ouvrage Il nous faudrait des mots nouveaux (1).

Aujourd’hui, nous ne vivons pas au milieu des Wisigoths, mais des Philistins, de personnages grossiers, étrangers aux arts et aux lettres, bouffis de leur prétention. Ils débordent de partout et doivent faire connaître urbi et orbi la haine qu’ils vouent à ceux qui ne leur ressemblent pas. Pour beaucoup, Twitter n’est ni parler, ni écrire. C’est jacasser, jargonner, cracher, vomir, éructer, provoquer. C’est remplir de vent un néant. Et nous nous laissons aspirés dans ces bavardages vides, dans ces propos venteux, souvent tempétueux, qui semblent diffusés sans même avoir été pensés.
On aimerait tant que les Trump, les Bolsonaro, les Salvini, les Johnson, tous ces hommes méprisants (et donc méprisables) commencent à réfléchir, puis à agir pour le bien commun, plutôt que de passer leur temps à s’auto-encenser et à agresser les autres.
On aimerait tant que les médias cessent de se faire l’écho de ces fatras de bêtises proférés quotidiennement par des (ir)responsables politiques, par des gens de télé qui jouent les paons, par tous ces mâles buzzeurs.
Si tout le temps qu’ils gaspillent à tweeter, ils le passaient à planter des arbres, le monde s’en trouverait plus apaisé. S’ils apprenaient à se taire.


(1) Les éditions du Cerf, 2018.

vendredi 20 janvier 2017

O tempora, o mores

60% des espèces de primates sont menacées d'extinction. On a du mal à y croire à l'heure où Trump devient président des Etats-Unis.

Donald Trump est bien l'homme de son époque. Elle est à la grossièreté, à l'agressivité, aux analyses et aux solutions simplistes. Totalement ego-centré, le nouveau président américain est donc en phase avec son temps. 
On peut les lire (si on arrive à décoder leurs propos, si on veut prendre le temps d'essayer de les comprendre) sur Internet, sur Facebook, sur les forums, tous ceux qui détiennent LA vérité, qui ont tout compris, qui ne doutent pas une seconde de l'intelligence de leurs positions.
Certains vont plus loin, tel ce jeune homme qui a giflé Manuel Valls ce mardi en Bretagne. Curieuse façon de débattre, comme s'il manquait de mots, d'idées, de capacité de verbalisation. Le lendemain matin, le "gifleur" était soutenu par un auditeur de France Inter qui s'adressait à Manuel Valls, invité ce matin-là sur la chaîne publique: "c'était juste trop bon, sans déconner. (...) C'était juste génial". Qualifier de "géniale" une gifle témoigne d'un cruel manque d'imagination et de culture. Et l'auditeur d'affirmer que "on était 66 millions à vouloir te la mettre la claque". Car il est bien entendu que ce qu'il pense lui, la France entière le pense. Que la France entière ne pense qu'à gifler son ancien premier ministre. On a les élus qu'on mérite, dit-on. Avec des citoyens qui pensent qu'il faut frapper plutôt que débattre, faut-il s'étonner du succès des Trump, des Poutine, des Erdogan, des Le Pen?


dimanche 11 novembre 2012

I'm a neandertal man *

Il est des promeneurs qu'il faudrait éviter de rencontrer. Des promeneurs déplaisants et visiblement guère heureux qui cherchent à croiser votre regard pour aussitôt le trouver mauvais ou provocateur. Il ne leur en faut pas plus pour qu'ils cherchent et le plus souvent provoquent la bagarre. Ils ne vous saluent pas, ils vous frappent. Les nuits de week-ends, la place Saint-Pierre à Tournai semble (de l'avis de certains noctambules) fréquentée par nombre de ces promeneurs qui visiblement ne s'y baladent que dans ce seul projet. Les comprenne qui pourra. L'Homme de Néandertal devait être plus civilisé qu'eux.
Si vous ne pouvez croiser leur regard, ces promeneurs sont tout aussi agressifs. Ainsi, ce jeune aveugle qui, circulant tout récemment le long d'une chaussée tournaisienne, a entendu de l'autre côté de la rue qu'on s'adressait à lui de la sorte": "Hé, mongol, t'as vu comment tu marches! Une vraie démarche de mongol". Comment expliquer tant d'agressivité et de bêtise? On reste confondu par la capacité de régression de la race humaine.
Dans sa série "La vie secrète des jeunes", publiée dans Charlie Hebdo, Riad Sattouf dessine des scènes qu'il a observées dans des lieux publics (le plus souvent parisiens): rues, transports en commun, cafés, etc. On y retrouve, parfois, des scènes tendres ou drôles, le plus souvent des situations navrantes de bêtise. On voit par là qu'il faut investir, plus que jamais, dans l'éducation et la culture.


* titre d'un morceau du groupe Hotlegs, en 1970. Musique et paroles étaient assez primaires, mais elles invitaient à faire l'amour (même s'il était néandertalien) plutôt que la guerre.