(3) https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/02/il-m-a-empoignee-par-le-cou-ces-violences-faites-aux-femmes-cyclistes_6684838_4497916.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
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samedi 2 mai 2026
Auto-suffisants
Tout automobiliste devrait être aussi cycliste. L'obtention du permis voiture devrait être conditionnée à la pratique préalable du vélo. Sans doute, sûrement, y aurait-il moins d'attitudes agressives des automobilistes vis-à-vis des cyclistes. Tout cycliste régulier a, un jour ou l'autre, été confronté à des comportements malveillants ou des insultes de conducteurs de voitures qui ne supportent pas de devoir ralentir ou patienter à cause d'un vélo. Parfois, la confrontation vire au drame. Ce fut encore le cas hier du côté de Châteauroux où un jeune conducteur a tué un cycliste qui lui reprochait d'avoir grillé un stop. Le cycliste a été traîné sur plusieurs dizaines de mètres par la voiture. Il est mort des suites de ses blessures (1).
A Paris en octobre 2024, un automobiliste avait « percuté volontairement avec son véhicule » Paul Varry, un cycliste de 27 ans, « en lui roulant sur le corps et en l’écrasant à l’aide de son véhicule ». Il devrait être jugé pour meurtre aux assises (2).
Plus encore que les hommes, les femmes cyclistes sont victimes, en sus, de propos sexistes, grossiers, méprisants (3).
Qui sont-ils donc ces hommes que leur voiture rend aussi stupides qu'agressifs ? Il se voient puissants, ne sont que des êtres vulgaires. De vulgaires possesseurs d'une voiture. L'obtention du permis de conduire une voiture devrait aussi être conditionnée à des cours de respect et de sociabilité.
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/28/mort-du-cycliste-paul-varry-a-paris-en-2024-proces-requis-pour-meurtre-contre-l-automobiliste_6683973_3224.html?search-type=classic&ise_click_rank=2(3) https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/02/il-m-a-empoignee-par-le-cou-ces-violences-faites-aux-femmes-cyclistes_6684838_4497916.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
lundi 1 mai 2023
L'ère du PVC
J'ai été critique ici (1) sur le projet d'autoroute A69 Castres - Toulouse. J'ai eu tort. J'entends l'argument de ses défenseurs : désenclaver Castres. Ils ont raison : en cas d'incendies (qui seront de plus en plus nombreux à cause du réchauffement climatique), les habitants de la région pourront fuir plus rapidement grâce à l'autoroute. Mais fuir vers où ? Pas vers les Pyrénées orientales qui ont oublié ce qu'est la pluie : plus une goutte d'eau depuis douze mois et des incendies dès le printemps. Pas vers l'Espagne qui connaît la canicule dès avril et dont les deux-tiers du territoire risquent, à court terme, de se transformer en désert.
Et puis, il s'agit d'un gain de temps appréciable : vingt minutes sur 62 km, voilà qui permettra aux automobilistes de trouver du temps pour consommer autre chose que des kilomètres.
Ces projets d'autoroute sont totalement anachroniques, l'époque des grands projets routiers est finie. Leurs promoteurs ont beau nous annoncer (sans rire) des autoroutes quasiment écolos, ils restent coincés dans la culture des années '60 et dans le culte de la déesse bagnole.
Quatre cents hectares de terres agricoles, de forêts, de zones humides vont être artificialisés. La France interdira la moindre artificialisation des sols à partir de 2030, mais persiste d'ici là dans ces pratiques d'un autre âge, comme un fumeur qui se dépêcherait de finir son paquet de cigarettes avant d'arrêter de fumer.
Ce système destructeur du toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin n'est pas remis en question.
Il ya une semaine, neuf pays (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni et Norvège) annonçaient leur projet d'installer en Mer du Nord de gigantesques parcs éoliens d'une capacité de production d'au moins 300 gigawatts à l’horizon 2050. C'est qu'il faut produire "vert" mais toujours plus d'énergie pour "répondre à la demande" tant des producteurs que des consommateurs. Nos pays restent coincés dans l'ère du PVC : Produire-Vendre-Consommer.
Le Ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé sa volonté de dissoudre le mouvement Les Soulèvements de la Terre qui s'oppose à ce projet d'autoroute A69 comme à d'autres types de projets destructeurs de biodiversité et générateurs de gaz à effet de serre. Casser le thermomètre n'a jamais fait tomber la fièvre.
"Dans les manuels d'histoire, on la nomme l'époque PVC, comme on dit l'antiquité ou la renaissance. En réalité, une époque particulièrement obscure, le monde et la planète ont mis des siècles à s'en remettre. C'était un temps où tout, absolument tout, des édifices au plus petit animal ou végétal avaient été élaborés en PVC. Qu'est-ce que le PVC ? Produire-Vendre-Consommer."
Patrick Henin-Miris, "Zadigacités", Cactus inébranlable éditions, 2021
(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/02/une-question-de-temps.html
(Re)lire sur ce blog : "Machine arriérée", 4 avril 2023.
mercredi 28 décembre 2022
Gare au gorille
Un chantier vous oblige à un détour de plusieurs kilomètres par des routes très étroites à travers la campagne. Face à vous, à la sortie d'un virage, débouche une voiture. Vous avez juste le temps de vous mettre sur l'accotement. La conductrice, elle, y parvient moins bien et vos deux rétroviseurs se heurtent. Vous vous arrêtez et constatez que les dégâts sont limités : visiblement seul le miroir de votre rétro a été brisé. La conductrice s'est arrêtée elle aussi et fait marche arrière pour vous venir voir. Elle pense avoir légèrement dérapé dans la boue de l'accotement. De commun accord, vous décidez de ne pas faire un constat pour si peu. Vous ferez réparer votre rétro au garage et lui enverrez la note qui sera sûrement peu élevée. Vous échangez vos coordonnées et repartez en vous saluant courtoisement après cet échange entre personnes civilisées et respectueuses.
Trois quarts d'heure plus tard, votre téléphone sonne. Et le ton n'est plus le même. C'est le mari de la conductrice. Que comptez-vous faire ?, demande-t-il d'une voix agressive, aller au garage ? Il vous assure haut et fort que sa femme ne roulait pas à 110 km/h (sic), que ces routes sont pourries, que son rétro "où il y a de l'électronique" a été touché, que vous n'étiez pas sur l'accotement. Vous vous étonnez d'une telle assurance, lui demandez où il était au moment de la rencontre pour en savoir autant. Il répète sa question : allez-vous aller au garage ? Ne croyez pas que ça passera comme vous le pensez ! Après deux-trois minutes, vous comprenez qu'il est hors de question pour lui de dépenser le moindre centime pour votre rétro et que tout dialogue est impossible avec cet homme qui sait ce qu'il s'est passé même s'il n'était pas présent. Il est l'homme qui sait. A l'entendre, à défaut de pouvoir l'écouter, vous vient l'image d'un gorille debout sur ses pattes arrières se frappant la poitrine en grondant. Vous raccrochez. Vous vous dites que sans les mâles dominants le monde serait plus apaisé.
Résumons-nous : les mâles dominants sont très rétro.
lundi 25 mai 2020
L'heure du vélo
La voiture arrive à très grande vitesse sur cette petite route de campagne, entre Haute-Vienne et Creuse. Elle dépasse celle qui est derrière nous, mais reste collée à notre pare-chocs, à cause de véhicules qui arrivent en face, à cause d'une ligne blanche, d'un stop. Son conducteur porte un grand chapeau de chasseur, son gilet jaune fièrement posé sur le tableau de bord. Enfin, il peut nous dépasser. Il tapote ostensiblement son index sur sa tempe. Pour nous indiquer que nous sommes fous de ne rouler qu'à 80 km/h, suppose-on. Il disparaît très vite au loin. On est toujours le fou d'un autre. Ce type de conduite automobile nous apparaît comme une pratique d'un autre âge. Du temps d'avant.
Avant la pandémie qui a fait chuter drastiquement le trafic automobile, l'utilisation de la voiture était déjà en baisse en Belgique (1), au contraire de celle de la bicyclette et des transports en commun et de la pratique de la marche à pied. Même si la voiture reste le moyen de transport principal. Mais les tendances étaient encourageantes et le sont plus que jamais.
En France, l'usage du vélo a augmenté de 44% la première semaine du déconfinement.
En Colombie (2), la bicyclette est plus utilisée que jamais. Un médecin de Medellin, ville habituée aux pics de pollution, circule à vélo trouvant la qualité de l'air différente grâce à la forte diminution du trafic causée par le coronavirus. Une piste cyclable temporaire a été aménagée par la ville, d'une longueur d'une vingtaine de kilomètres qui s'ajoutent aux 120 déjà existants. Dans l'est de la ville, une rue a été réduite de moitié pour donner de la place aux vélos tout autant qu'aux voitures. Un cuisinier s'en réjouit: à vélo, grâce à ces pistes, il met maintenant deux fois moins de temps qu'avant pour parcourir les 15 km qui sépare sa maison de son lieu de travail
Madrid a interdit le week-end le trafic de voitures sur ses principaux axes de circulation.
A Barcelone (3), les rues ont été réorganisées pour faire la part belle aux piétons et aux cyclistes. Dans l'urgence, mais avec des perspectives de pérennité et même d'améliorations.
Quarante-quatre rues sont devenues provisoirement piétonnes, des trottoirs ont été élargis pour que les piétons puissent se croiser sans se toucher et 21 km de pistes cyclables supplémentaires ont été créés.
"Cela fait plusieurs années que nous avons un plan de transformation de l'espace public pour que les citoyens puissent se le réapproprier, c'est leur droit", explique l'architecte de la mairie. "C'est un bon moment pour accélérer la transformation de l'espace public vers cette nouvelle mobilité. Cela nous pousse aussi à repenser l'espace public, à prendre des mesures pour que la voiture individuelle ne soit pas la première option pour se déplacer. C'est pour cela qu'on donne plus d'espace aux piétons et aux cyclistes et qu'on va moderniser les transports en commun" Avec une circulation automobile quasi nulle pendant les deux mois de confinement, la pollution a chuté de 60% à Barcelone.
"Barcelone est une ville qui a été conçue pour la voiture, déplore un responsable de Greenpeace, et la répartition de l'espace est injuste: 40% des déplacements se font à pied ou à vélo, 40% en transports en commun et seulement 20% ou moins en voiture ou à moto. Ce qui signifie qu'on offre tout l'espace public au mode de mobilité le moins utilisé par les habitants, alors que la voiture reste la première source de gaz à effet de serre et qu'on est en pleine urgence climatique."
Le patronat catalan, lui, a demandé à la mairie de faciliter l'accès des voitures individuelles au centre-ville. "C'est absurde d'exclure les voitures pour des raisons purement idéologiques", affirme un responsable de l'association Foment del Trebal qui estime que la population âgée a besoin de sa voiture. Le climat fait-il de l'idéologie?
Il faudra bien qu'un jour prochain on change nos critères d'évaluation, qu'on mesure la bonne santé d'une société au nombre de ses cyclistes, de ses trotinetteurs et ses marcheurs et non aux ventes de voitures neuves. Ce jour-là, on aura avancé...
Post-scriptum du 27 mai.
Ne crions pas victoire trop vite. La Ville de Marseille vient de fermer une piste cyclable qu'elle venait d'ouvrir il y a cinq jours. Oui, 5 jours. Motif : pas assez de fréquentation. Les cyclistes pointent du doigt le lobby automobile qui ne supporte pas de devoir faire de la place à d'autres moyens de mobilité. (France Inter, Journal de 13h, ce jour)
Post-scriptum du 27 mai.
Ne crions pas victoire trop vite. La Ville de Marseille vient de fermer une piste cyclable qu'elle venait d'ouvrir il y a cinq jours. Oui, 5 jours. Motif : pas assez de fréquentation. Les cyclistes pointent du doigt le lobby automobile qui ne supporte pas de devoir faire de la place à d'autres moyens de mobilité. (France Inter, Journal de 13h, ce jour)
lundi 15 juillet 2019
La fleur au fusil
Les algues vertes prolifèrent en Bretagne plus que jamais et l'usine qui les traitait vient de fermer ses portes. En cause: des odeurs pestitentielles et des risques exrêmement graves pour la santé des travailleurs et des riverains (1). Le H2S, le gaz qui émane de ces algues, peut s'avérer mortel. Un jeune ostréiculteur de la baie de Morlaix en serait mort samedi dernier. Les causes de ces algues vertes sont multiples: agricultures et élevage intensifs, surpêche et réchauffement climatique.
Les sapins des Vosges sont en train de mourir de soif.
Un peu partout, des sources se tarissent. Des étangs et des lacs se vident. Les rivières s'assèchent. Les poissons meurent, tout comme de nombreuses espèces qui perdent là leur environnement indispensable.
Pendant ce temps, la justice autorise la création d'une zone d'aménagement sur des terres agricoles au nord de Paris pour la création d'Europa City (2), "nouveau quartier de loisirs", ses pistes de ski, ses boutiques de luxe, ses jardins de cueillette, ses manèges, ses hôtels, ses fast food, ses restaurants bio, ses magasins innombrables, ses auberges de jeunesse, ses salles de spectacle, son parc aquatique. Le temps ne passe pas, nous restons coincés dans les années '60. Tout reste possible. Même les plus stupides et mortifères des projets.
Pendant ce temps, le gouvernement, si soucieux de préserver la biodiversité, envisage de relever les quotas de chasse de deux oiseaux: la tourterelle des bois, classée comme "vulnérable", et le coulis cendré, classé comme "presque menacé" (3).
Pendant ce temps, les Français achètent toujours plus de voitures. Le parc automobile français n'a jamais été aussi important: il compte aujourd'hui 34 millions de véhicules particuliers, 7 de plus qu'il y a vingt ans. 86% des ménages en sont équipés (4). Et il y a toujours plus de bouchons sur les routes des vacances. Toujours plus de vols d'avions aussi vers des destinations de rêve. Toujours plus de projets qui transforment la planète en cauchemar.
Post-scriptum: https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/16/contre-la-pollution-de-l-air-l-anses-recommande-surtout-la-reduction-du-trafic-automobile_5489775_3244.html
Post-scriptum: https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/16/contre-la-pollution-de-l-air-l-anses-recommande-surtout-la-reduction-du-trafic-automobile_5489775_3244.html
(1) https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/lantic-usine-traitement-algues-vertes-fermee-urgence-1695500.html
(2) https://www.la-croix.com/Economie/Europacity-justice-valide-appel-creation-zone-amenagement-2019-07-11-1301034813
(3) https://www.liberation.fr/planete/2019/07/14/deux-especes-d-oiseaux-menacees-peut-etre-bientot-chassees_1739608
(4) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/07/02/jamais-les-francais-n-ont-possede-autant-de-voitures_5484295_3234.html
samedi 27 octobre 2018
Sacro-sainte bagnole
Que fait l'homme en cet automne qui n'en est pas un? Il se plaint. L'automobiliste trouve le prix du carburant trop cher. Et le paysan se désole de voir que ses champs ne produisent rien du fait de la sécheresse. Voilà les deux sujets qui ouvraient, l'un après l'autre, le journal de France 3 Centre - Val de Loire hier soir. Sans qu'il y ait de lien entre eux.
La colère gronde, nous dit-on, chez les automobilistes qui se voient pressés comme des citrons par le gouvernement. Ils contestent les taxes imposées sur le carburant. Même si la hausse des prix est moins le fait d'une augmentation des taxes que de celle du dollar et du prix du pétrole (1).
Bien sûr, les gouvernements français successifs ont décidé d'augmenter les taxes sur le gasoil pour décourager l'usage de véhicules extrêmement polluants en particules fines. Et ça marche: les ventes de ces véhicules équipés de moteurs diesel s'effondrent. Mais les automobilistes sont en train de se mobiliser pour bloquer les routes et les stations-services. Bref, ils vont se mettre en grève. Espérons qu'elle dure longtemps.
On comprend mieux le désespoir des paysans face à leurs prairies et leurs champs asséchés. Les éleveurs sont obligés depuis des semaines de nourrir leur bétail avec du fourrage, faute d'herbe dans les prairies. Leurs réserves fondent à vue d'œil. Et les agriculteurs ne voient et ne verront sans doute pas pousser les céréales qu'ils ont plantées il y a des semaines. Il faut s'attendre à voir, dans les mois et même les années qui viennent, les prix agricoles flamber et les ressources des paysans diminuer.
Mais d'où vient cette sécheresse (ces sécheresses) sinon du dérèglement climatique? Lui-même dû à nos consommations excessives et notamment à la pollution engendrées par les moteurs thermiques.
Les prix du carburant ne sont pas trop chers. Ils devraient être multipliés par trois ou quatre pour que nous changions enfin nos modes de vie. Combien n'en voit-on pas de ces personnes qui, quotidiennement, prennent leur voiture pour faire quelques centaines de mètres parfois, un ou deux kilomètres tout au plus pour aller acheter leur journal ou leur baguette ou conduire leurs enfants à l'école? Combien encombrent les centres des villes, après avoir cherché un quart d'heure à se garer, avec des voitures-ventouses qui ne bougeront pas huit heures d'affilée? Combien laissent tourner leur moteur cinq, dix, quinze minutes, le temps de discuter avec des connaissances croisées dans la rue ou sur la place? Visiblement, le prix de l'essence n'est pas trop cher pour ces gens-là.
Il existe divers moyens de lutter contre la hausse des prix des carburants. C'est de rouler moins vite et plus souplement par souci tant économique qu'écologique. C'est aussi et surtout de prendre sa voiture individuelle de manière plus réfléchie - uniquement quand elle est indispensable (elle ne l'est pas souvent) - et de lui préférer, chaque fois que c'est possible, la marche, le vélo, les transports en commun, le co-voiturage. Encore faut-il, c'est vrai, que les pouvoirs publics mènent une politique cohérente en la matière, en rouvrant des voies, des arrêts, des lignes de bus, de tram et de chemin de fer, plutôt que d'en fermer comme c'est le cas aujourd'hui, tant en Belgique qu'en France.
A Argenton-sur-Creuse, la SNCF supprime des trains. En Wallonie, les TEC ont supprimé les bus du dimanche sur diverses lignes. Comment comprendre d'aussi stupides décisions?
De plus en plus de villes se ferment et se fermeront aux moteurs les plus polluants. Comment faire autrement maintenant que la coupe est pleine? Mais il faudra bien aller plus loin.
Il y a quarante-cinq ans, c'était la première crise pétrolière. Les prix du pétrole avaient flambé et nos gouvernements avaient décrété les dimanches sans voiture. C'était l'heureux temps où les réseaux dits sociaux n'existaient pas et où les grognons se fédéraient plus difficilement. N'empêche qu'il y eut beaucoup de mécontents, fâchés de ne pouvoir aller en voiture à la pêche ou manger chez maman le dimanche midi. Mais il y eut aussi d'innombrables bienheureux, profitant du silence retrouvé le temps d'une journée et des espaces disponibles pour les tricycles, les vélos et les chevaux. Il faudra bien réfléchir, d'urgence, à des mesures de ce type si on veut éviter la catastrophe. Ou en tout cas l'amoindrir.
Vouloir un pétrole, une essence, un diesel bon marché est non seulement un "combat" d'arrière-garde, mais bien plus une attitude suicidaire. On sait depuis longtemps que les prix du pétrole, qui ont fait du yoyo un moment, sont appelés à s'élever inexorablement. Et notre planète ne peut souffrir plus longtemps des excès qui sont les nôtres. On sait que les véhicules individuels à moteur thermique sont condamnés à brève échéance. Et quoi qu'en pensent la Le Pen et le Dupont-Aignant (qui retrouvent une raison d'exister en soutenant les râleurs), ce sont des mesures fortes de lutte contre tous les facteurs qui participent au dérèglement climatique qui devraient être prises. Elles ne seront sans doute pas populaires. C'est pourquoi aucun élu, s'il veut le rester, n'ose les prendre. Mais nous n'y échapperons pas, un jour à l'autre, parce que le mur s'approche. Celui contre lequel nous buterons tous si nous n'acceptons pas de sortir de ce confort égoïste et destructeur dans lequel nous baignons encore. Mais plus pour bien longtemps.
Un climat rééquilibré sera tout bénéfice pour l'environnement, pour l'agriculture et donc pour nous-mêmes.
(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/26/les-taxes-ne-sont-pas-la-premiere-cause-de-la-flambee-du-prix-de-l-essence-et-du-diesel_5375162_4355770.html
jeudi 11 octobre 2018
Jusqu'au bout
Le GIEC vient de publier son nouveau rapport: le réchauffement climatique va atteindre 1,5°C en 2030. Au-delà, les risques sont nombreux - on les connaît déjà, mais ils seront pires encore: canicules, extinctions d'espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans, etc. Si on en reste aux accords de Paris de 2015, la hausse des températures atteindra allègrement les 3°C à la fin du siècle. Et ce sera une vraie catastrophe. On ne donne pas cher de la survie de quantité d'espèces, dont l'humaine. Il faut dès lors, dit le Giec, engager des transformations "rapides et sans précédent".
Que fait l'homme par rapport à ces menaces? Il garde son sang froid. Il reste mobile.
Il prend l'avion et le prendra de plus en plus, avec l'aide notamment de Ryanair qui envisage l'ouverture de nombreuses lignes nouvelles. A Bruxelles, par exemple, il en annonce six et une augmentation du nombre de vols sur d'autres lignes déjà ouvertes.
L'homme part aussi en croisière sur les mers et les grands fleuves sur des paquebots qui transportent 3 ou 4.000 voyageurs et émettent autant de particules fines qu'un million de voitures.
L'homme va aussi tranquillement au salon de l'auto à Paris où il rêve de s'acheter un SUV. Il n'en a pas besoin, mais ce type de véhicule lui donne une allure d'aventurier urbain. "En 2009, écrit Fabrice Nicolino (1), les SUV ne représentaient que 6% des ventes de voitures neuves en France. On en est à un tiers. (...) Au plan mondial, cela donne 5 millions de SUV vendus chaque année en 2000, 20 en 2015, et 42 d'ici à une douzaine d'années." Comment s'étonner que les émissions de CO2 des voitures neuves repartent à la hausse depuis 2016? Ces monstres de la route prennent tellement de place que les rues des villes sont trop étroites pour les accueillir. Aux Etats-Unis, on détruit des parkings pour en construire de plus larges. En Suisse, on envisage d'élargir d'un demi-mètre au moins les voiries pour permettre la circulation des SUV.
On voit par là que l'homme a le sens des priorités. Un sens particulier.
(1) "Salon de la bagnole, Trucage et enfumage", Charlie Hebdo, 26.9.2018.
dimanche 1 juillet 2018
Voici venir juillet au pied léger
En ce jour de la Saint-Thierry, c'est l'été et les premiers départs en vacances. Les températures sont caniculaires et les humeurs colériques. Quantité de Français partent moroses, voire grognons. C'est qu'ils ne peuvent désormais rouler sur les routes secondaires à plus de 80 km/h plutôt que 90. Ils ont peur de s'ennuyer et d'arriver trop tard à leur lieu de villégiature. Ils sont convaincus que cette mesure ne servira à rien. Même pas à diminuer le nombre de morts sur les routes, objectif poursuivi par le Gouvernement Philippe. La finesse des arguments de ceux qui s'opposent à cette mesure laisse pantois: "c'est juste pour emmerder les gens!" ou "c'est juste pour remplir les caisses de l'Etat". Les piliers du Café du Commerce n'en pensent pas moins.
Quand on circule sur les routes françaises en respectant la limitation à 90 km/h, on est sans cesse dépassé par des conducteurs qui roulent, au moins, entre 95 et 100 km/h. Avec une vitesse limitée à 80, on peut imaginer qu'ils rouleront plutôt à 90. Imposer une limitation à 80 pourrait donc être vu comme une manière de tenter de faire respecter la limitation à 90.
Moins de morts en baissant les vitesses, quelle blague!, disent ceux qui roulent et pensent avec leur pied et contestent les études des experts. Au volant, chacun est un expert et sait mieux qu'un spécialiste ce qu'il faut faire. Ainsi, cet homme qui défendait devant moi la liberté de rouler à la vitesse que l'on veut. "Je n'ai jamais eu d'accident", se vantait-il. Je lui avais dit que j'avais remarqué qu'avant leur premier accident, beaucoup d'automobilistes n'en avaient jamais eu. Depuis, il en a eu un, dont il s'est sorti assez miraculeusement.
"Ma voiture, c'est ma liberté", voilà un vieux slogan totalement obsolète. Les routes, les villes, les villages même sont de plus en plus embouteillés et les riverains suffoquent sous les gaz d'échappement. Ma liberté s'arrête au pare-choc de la voiture qui me précède.
"Ma voiture, c'est ma liberté", voilà un vieux slogan totalement obsolète. Les routes, les villes, les villages même sont de plus en plus embouteillés et les riverains suffoquent sous les gaz d'échappement. Ma liberté s'arrête au pare-choc de la voiture qui me précède.
Qu'on le veuille ou non, les réductions de vitesse deviendront de plus en plus la règle. De nombreuses villes ont déjà imposé les 30 km/h maximum en leur centre. Certaines y ont même interdit totalement ou partiellement les voitures. Les places de parking se font et se feront plus rares. La limitation à 80 km/h sur les routes secondaires procède de la même tendance inéluctable. Chacun veut prendre sa voiture pour le moindre déplacement et tout le monde se plaint qu'il y a trop de véhicules sur les routes. Tout le monde se plaint de la sécheresse, des inondations, de la perte de biodiversité, des divers effets du dérèglement climatique et aussi de l'augmentation du prix du carburant. Et tout le monde rêve d'une vie plus sereine, de courir moins, de dépenser moins, de prendre le temps. Mais rouler plus léger, moins stressé, consommer moins, polluer moins, provoquer moins d'accidents semble être la moindre des envies d'une majorité d'automobilistes. Cherchez l'erreur. Slow food, oui. Slow drive, non.
Le lobby automobile multiplie les arguments de mauvaise foi pour tenter de nous convaincre que rouler moins vite ne sert à rien. Ce lobby semble avoir des adeptes et des relais dans chaque véhicule. Et même à la tête de certains départements. Ainsi la présidente (LR) du Conseil départemental de la Creuse qui a sorti l'argument le plus sidérant des "anti-80": cette réduction de vitesse va "contribuer à l'enclavement de son département" (2) (*). On ne sait d'où vient Valérie Simonet, mais elle ne semble pas bien connaître son département: une route express (la RN145), non concernée par la limitation à 80 km/h, dessert La Souterraine, Saint-Vaury et Guéret. Et qui voudrait parcourir à 90 km/h les routes secondaires, très sinueuses, de la Creuse serait totalement suicidaire. Son président de parti, Laurent Wauquiez, parle de la nouvelle règle comme d'une "absurdité, coupée des Français". Visiblement, la présidente du Conseil départemental de la Creuse est très coupée des réalités de terrain, elle connaît mal la topographie de son département et voudrait envoyer au fossé ses habitants. Une étude de l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière indique d'ailleurs que les départements ayant la proportion la plus importante de tués sur les routes secondaires sont précisément - qui peut s'en étonner, sinon elle? - des départements ruraux. La Creuse fait partie de ces quelques départements où plus de 70% des tués sur les routes le sont sur des routes secondaires.
Le lobby automobile multiplie les arguments de mauvaise foi pour tenter de nous convaincre que rouler moins vite ne sert à rien. Ce lobby semble avoir des adeptes et des relais dans chaque véhicule. Et même à la tête de certains départements. Ainsi la présidente (LR) du Conseil départemental de la Creuse qui a sorti l'argument le plus sidérant des "anti-80": cette réduction de vitesse va "contribuer à l'enclavement de son département" (2) (*). On ne sait d'où vient Valérie Simonet, mais elle ne semble pas bien connaître son département: une route express (la RN145), non concernée par la limitation à 80 km/h, dessert La Souterraine, Saint-Vaury et Guéret. Et qui voudrait parcourir à 90 km/h les routes secondaires, très sinueuses, de la Creuse serait totalement suicidaire. Son président de parti, Laurent Wauquiez, parle de la nouvelle règle comme d'une "absurdité, coupée des Français". Visiblement, la présidente du Conseil départemental de la Creuse est très coupée des réalités de terrain, elle connaît mal la topographie de son département et voudrait envoyer au fossé ses habitants. Une étude de l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière indique d'ailleurs que les départements ayant la proportion la plus importante de tués sur les routes secondaires sont précisément - qui peut s'en étonner, sinon elle? - des départements ruraux. La Creuse fait partie de ces quelques départements où plus de 70% des tués sur les routes le sont sur des routes secondaires.
On aimerait entendre le lobby automobile et ceux qui se font ses chantres se manifester par rapport aux tricheries que ce même lobby a honteusement pratiquées pour maquiller les chiffres des émissions de gaz et de particules produites par ses voitures.
Les moteurs à explosion "crachent près du quart des émissions mondiales de CO2 et font environ 1,3 million de morts par an", rappelle Cotten Seiler dans The Guardian (1). Il constate que les automobilistes londoniens ont perdu, en 2017, l'équivalent de trois jours dans les embouteillages; que ceux de Los Angeles ont passé cent deux heures dans les bouchons (4,25 jours). Mais il relève aussi que les jeunes un peu partout se désintéressent de la voiture individuelle. En 1984, 92% des jeunes Américains possédaient un permis de conduire. Ils ne sont plus que 77% aujourd'hui. On observe la même tendance au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. A Amsterdam, "sept habitants sur dix voudraient bouter la voiture hors du centre ville".
Certains esprits avisés font remarquer que les efforts que nous pouvons fournir ici pour diminuer la pollution seront anéantis par celle qu'engendrent et engendreront les Chinois, de plus en plus nombreux à s'équiper de voitures. Ces esprits-là sont mal avisés. "En fait, après être tombées dans le piège du tout-voiture en transformant les rues en autoroutes (à partir des années 1990), les municipalités chinoises commencent à se rendre compte que la ville doit offrir un cadre de vie agréable à ses habitants. Cette prise de conscience a débouché sur un mouvement concerté vers un aménagement urbain qui remet la personne au cœur de la ville." (3) Aujourd'hui, la Chine mise sur les bus express et le vélo. "En 2014, l'empire du Milieu comptait plus de 200 millions de vélos électriques, qui sont devenus le premier moyen de déplacement pour beaucoup de foyers. En mai 2015, plus de 10 millions de vélos étaient à la disposition des usagers en Chine, proposés par des services de VLS (vélos en libre-service) qui ont séduit plus de 100 millions d'abonnés, pour un total de plus de 1 milliard de trajets. Avec à la clé une réduction notable des émissions de gaz carbonique, se félicitent les entreprises du secteur et l'Etat."
Certains analystes estiment qu'à un terme relativement court, la possession d'une voiture individuelle disparaîtra. La voiture intelligente sera à la disposition de qui en a besoin sans qu'il doive en être le possesseur et l'utilisateur n'aura aucunement le choix de régler la vitesse de ces voitures sans chauffeur. Ces véhicules seront dès lors moins nombreux et, en dehors de la nuit, n'auront pas besoin d'être garés. Actuellement, on estime que les voitures passent 95% de leur temps à l'arrêt, donc non utilisées. Il va falloir accepter de quitter notre religion de la voiture. Oui, même si cela semble incroyable, on va pouvoir vivre sans avoir sa propre voiture garée devant chez soi et, oui, on va devoir circuler à des vitesses dites raisonnables. O the times, they are a changin'.
On voit par là que ceux qui continuent à défendre l'usage de la voiture, des vitesses élevées et des places de parking en ville et devant chez eux mènent des combats d'arrière-garde. C'est sans doute difficile à admettre: les années '60 sont finies et aucune nostalgie ne nous les ramènera. Il faut passer à autre chose. Les années 2020. Par exemple.
(*) Finalement, les "anti-80" et la présidente creusoise sont du même niveau que Pierre Billon quand il chantait "Même si je n'atteins jamais la Creuse". Un sommet. Dans le genre:
Même si je n'atteins jamais la Creuse
Il serait bon que l'on se creuse
Pour faire comprendre à certains
Que même si je n'atteins jamais la Creuse
Je courrai toujours la gueuse
Ma guitare nouée à mes mains
etc.
http://www.ina.fr/video/I07117141
Voir le dossier du Courrier international de cette semaine (n° 1443, 28.6.2018): "Ciao la voiture!"
(1) Cotten Seiler, "Sommes-nous proches du divorce?", The Guardian, 1.3.2018, in Le Courrier international, 28.6.2018.
(2) https://www.nouvelobs.com/societe/20180629.OBS8965/vitesse-a-80-km-h-7-questions-sur-la-nouvelle-limitation-qui-fait-polemique.html
(3) Liu Shaokun, "Les villes chinoises misent sur l'innovation", Chinadialogue, 14.5.2018, in Le Courrier international, 28.6.2018.
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