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samedi 25 avril 2020

Responsabilité masquée

Les pouvoirs publics ne sont visiblement "pas là pour nous protéger", dénonce l'expéditeur d'un message invitant à lire un article laissant entendre que le remède au Covid-19 serait assez aisément trouvable puisqu'on a maintenant compris le rôle que joue une bactérie intestinale sur la transmission du virus. Il faudrait que le personnel soignant ait connaissance de cet article, ajoute cette personne. Bref, on croit devoir comprendre de ce message (qui se refuse - évidemment - de participer à tout complotisme) que ceux qui devraient nous protéger ne le font pas, puisque cette puissante analyse est tue. Partout dans le monde, les chercheurs cherchent et font chaque jour de nouvelles découvertes sur ce virus. Mais certains analystes ont tout compris. Si on ne prend pas les mesures évidentes pour lutter contre le coronavirus, c'est que le premier intérêt des pouvoirs publics serait de nous enfermer chez nous, non pour nous protéger du coronavirus, mais pour nous habituer à la soumission et à l'obéissance.

Qui peut nous protéger de ce satané virus qui peut se transmettre en parlant? Les Etats et toutes leurs composantes effectivement. Mais d'abord nous-mêmes et tous ceux qui nous entourent, ceux que nous cotoyons quotidiennement. Alors, quand on tombe sur des commerçants alimentaires qui ne portent pas de masque, allez savoir pourquoi, on ne se sent pas protégé. Oui, mais c'est gênant, dit l'un. Oui, mais je n'ai pas de masque, dit l'autre. Oui, mais je suis à un mètre cinquante de vous, nous ne risquons rien. Oui, mais je porte des gants. Oui, mais c'est vraiment trop bizarre. On a tous de bonnes raisons d'agir de manière irresponsable. Les seuls responsables ne peuvent être que les politiques, jamais nous.
Suite à l'affaire Dutroux, il y a vingt-cinq ans, le quotidien La Dernière Heure avait publié et diffusé un autocollant qui disait simplement "Protégez nos enfants!". Non pas "Protégeons", mais "Protégez". L'appel s'adressait visiblement aux pouvoirs publics. Nous, pauvres innocents, n'y pouvions rien. Protéger nos enfants? Que pouvions-nous y faire? Un journal avait publié une photo d'une voiture roulant sur un passage pour piétons sur lequel traversaient des enfants. Sur sa vitre arrière, on pouvait lire "Protégez nos enfants!".
Que peuvent les pouvoirs publics quand les citoyens se lavent les mains de toute responsabilité?

mercredi 25 mars 2020

Les temps sains

Nous aimerions passer des temps assassins aux temps assainis. Plus et mieux qu'assainis: renouvelés. Nous voulons des temps nouveaux.

L'écrivain voyageur Sylvain Tesson constate (1) que nous sommes passés, en quelques jours à peine, de cette période où "tout doit fluctuer, se mêler sans répit, sans entraves, donc sans frontières" à ce moment de confinement que nous vivons. "L'ultra-mondialisation cyber-mercantile sera considérée par les historiens futurs comme un épisode éphémère", pense-t-il. On veut le croire avec lui. Il voit dans la chute du mur de Berlin, et la fin de l'Histoire prophétisée alors par certains, le début du règne du matérialisme global dont le dogme principal est le mouvement. "Circuler est bon. Demeurer est mal. Plus rien ne doit se prétendre de quelque part puisque tout peut être de partout. Qui s'opposera intellectuellement à la religion du flux est un chien." 
Puis arrive brutalement ce grain de sable nommé virus qui profite de ce monde où tout circule - touristes, conteneurs, informations, affaires, messages - pour se répandre. "Il est comme le tweet: toxique et rapide. La mondialisation devait être heureuse. Elle est une dame aux camélias: infectée." Et le mouvement s'arrête d'un coup ou presque. Nous voilà forcés de nous tenir éloignés des autres, si nombreux, avec qui nous vivions quotidiennement et de nous enfermer dans nos logements. " La mondialisation aura été le mouvement d'organisation planétaire menant en trois décennies des confins au confinement. Du No Borders au Restez chez vous. Il est probable que la globalisation absolue n'était pas une bonne option. L'évènement majeur de cette crise de la quarantaine sera la manière dont les hommes reconsidèreront l'option choisie, une fois calmé le pangolingate."

On se réjouit, bien sûr, de voir les taux de pollution s'effondrer. Les Chinois, nous dit-on, avaient oublié à quoi ressemble le ciel bleu. Ils l'ont retrouvé. Les habitants de Lima montent chaque matin sur leurs toits pour voir au loin la Cordillère des Andes, depuis si longtemps effacée par une brume si peu naturelle. L'eau de la lagune de Venise est redevenue transparente, les poissons et les cygnes s'y baignent à nouveau.
Les échanges, les coups de main, la solidarité, la bienveillance entre voisins, les achats de produits de proximité sont aussi nombreux que les messages d'humour qui aident à surmonter l'angoisse et la solitude.
François Gemenne, chercheur et membre du GIEC, estime (2) qu'à certains égards et en déplorant évidemment les milliers de morts et les souffrances qu'il aura engendrés, le bilan du Covid 19 pourrait être positif. En Chine, il aura épargné davantage de vies qu'il n'aura tué, grâce à la diminution de la pollution. Un million cent mille personnes y meurent chaque année de maladies développées par une pollution que le coronavirus a enfin rendue contrôlable.
Les effets du ralentissement de la production industrielle et de tous les types de trafic resteront éphémères et la pollution risque, pense François Gemenne, de repartir à la hausse une fois cette crise passée. Les plans de relance de certains pays vont dans ce sens. Ce sont des mesures structurelles fortes et pérennes qui doivent être prises pour lutter contre le réchauffement climatique. "Beaucoup de forces souhaiteront relancer la machine comme avant." A quoi consacrera-t-on les paquets de milliards d'euros ou de dollars que les Etats annoncent? A relancer les énergies fossiles ou à se diriger vers une économie post-carbone? Les conséquences sur notre santé du réchauffement climatique nous semblent lointaines, alors que l'impact du coronavirus sur nos vies est immédiat. Nous acceptons des mesures drastiques, totalement inenvisageables hier encore, pour préserver celles-ci. Serons-nous capables d'en accepter d'autres, proposées depuis quarante ans,  pour nous sauver, nous, les générations qui suivent et la Terre?

Les populistes ne les envisagent pas une seule seconde. Ils montrent, à ceux qui ne l'avaient pas encore compris, leur vrai visage. Le peuple? Il n'en ont pas le moindre souci. C'est moi, moi, moi. Ils témoignent, un peu plus encore, de leur bêtise, de leur haine des sciences, de leur égocentrisme. Un seul objectif: être réélu. Et pour cela, faire tourner l'économie à toute vapeur. Même si cette vapeur tue.
Les vrais attardés mentaux, ce sont eux, eux à qui échappe totalement l'évolution des opinions, des pratiques, du monde même. Ils pensent être à la tête du monde, ils n'en sont qu'à la traîne. Même s'ils ont encore aujourd'hui le pouvoir. Quoi qu'ils pensent d'eux-mêmes, ils resteront dans l'Histoire comme des freins néfastes à l'évolution de l'humanité.
Ubu Trump, l'homme qui a tout compris mieux que quiconque, n'a jamais pris le coronavirus au sérieux: il présente "un risque très faible pour les Américains", déclarait-il en conférence de presse il y a un mois (le 26 février). Il ne voyait derrière ce virus qu'un coup des Démocrates pour le faire perdre. Et puis, lui qui a mis en pièces l'Obamacare, lui qui a toujours été critique vis-à-vis des vaccins responsables de l'autisme (sic), intime maintenant aux chercheurs l'ordre de faire vite, de trouver de toute urgence un vaccin. "Faites-moi une faveur, accélérez, accélérez!", les implore-t-il à genoux. C'est que l'élection de novembre approche à grand pas alors que les bourses dévissent et que l'économie trinque.
Le plus grand pays de la planète ne peut quand même pas s'arrêter de tourner, affirme, péremptoire, son président (3). Il veut absolument faire ses Pâques et a décidé que les Etats-Unis devraient reprendre une activité normale ce jour-là. Les églises seront pleines, annonce le président prophète. Ce serait génial!, dit-il. On a les rêves qu'on peut.
Son collègue brésilien Bolsonaro ne va pas mieux que lui: il serre des mains, se moque de ce virus qu'il appelle grippette, refuse le confinement, avant tout préoccupé par la poursuite de la déforestation de l'Amazonie, signe de bonne santé de l'économie.

Plus que jamais, par les temps et les virus qui courent, nous avons besoin des Etats et d'hommes  et de femmes d'Etat. Trump et Bolsonaro (tout comme la fille à papa Le Pen, Salvini, Orban et consorts) ne sont pas des hommes d'Etat. Juste des egos boursouflés. Des gens assoiffés d'eux-mêmes. Avez-vous remarqué? Ceux qui hier encore plaidaient pour "moins d'Etat" se taisent aujourd'hui. 
"Se rend-on compte de notre chance?, demande Sylvain Tesson (1). Pendant quinze jours, l'Etat assure l'intendance de notre retraite forcée. Il y a un an, une part du pays voulait abattre l'Etat. Soudain, prise de conscience: il est plus agréable de subir une crise en France que dans la Courlande orientale. L'Etat se révèle une providence qui n'exige pas de dévotions. On peut lui cracher dessus, il se portera à votre secours. C'est l'héritage chrétien de la République laïque. (...) Subitement, on a moins envie d'aller brûler les ronds-points, non?".
La majorité des Etats (avec parfois des stratégies différentes et donc discutables) jouent leur rôle de protection de leurs populations. A eux demain de s'engager, au sens premier du terme, dans  des politiques durables de santé publique (notamment en redonnant des moyens aux hôpitaux publics), de justice sociale et d'écologie (en prenant des décisions radicales).

Les temps sains seront ceux des citoyens sereins. Pour cela, à ceux-ci aussi de s'engager. Cette crise devra nous avoir donné des habitudes que nous n'abandonnerons pas, de solidarité, d'économie d'énergie, d'achats responsables, de déplacements non polluants. Pas simple à mettre en œuvre. Mais indispensable. A moins que parmi les effets du coronavirus il n'y ait aussi celui du suicide collectif. Mais cela, c'est à nous de choisir de le subir ou non. 

(1) https://www.lefigaro.fr/vox/societe/sylvain-tesson-que-ferons-nous-de-cette-epreuve-20200319
(2) Emission "28 minutes", Arte, 23.3.2020.
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/25/coronavirus-le-souhait-de-trump-de-lever-les-mesures-de-protection-pour-paques-se-heurte-aux-autorites-locales_6034321_3210.html


lundi 16 mars 2020

Il court, il court, le virus

La crise actuelle est révélatrice de nos sociétés humaines.
Il y a la prétention de ceux qui en sont convaincus: le virus ne passera pas par eux, ils sont en pleine forme, jamais malades, rien ne peut leur arriver. Et ils se pressent sur les marchés, dans les parcs, dans les supermarchés, insouciants du rôle néfaste qu'ils jouent.
Il y a l'égoïsme de ceux qui se dépêchent de faire la fête tant qu'ils le peuvent. On "les" emmerde, disent-ils. Sans qu'on sache qui ils visent avec ce "les". Sans doute ne le savent-ils pas eux-mêmes.
Il y a la bêtise de ceux qui le clament haut et fort: on nous raconte des histoires, il n'y pas lieu de s'inquiéter pour ce qui n'est après tout qu'une mauvaise grippe. Et d'ailleurs ils ne connaissent personne qui soit malade de ce virus soi-disant si dangereux.
Il y a le désarroi de ceux qui seront privés de leur bistrot habituel. Tel ce Bruxellois perdu apprenant la fermeture des cafés: "Ça va être très embêtant pour tout le monde! Les gens, y vont aller où?" (1).
Il y a l'ignorance de tant de gens qui aujourd'hui encore avouent ne pas bien connaître et encore moins comprendre le problème, faute de s'informer à bonne source.
Il y a le profit à tirer d'une situation de peur en jouant sur la crédibilité de gogos prêts à tout pour se protéger. Tel ce télé-évangéliste américain qui appelle ceux qui le regardent à poser une main sur l'écran de télé où il apparaît, leur promettant en retour l'immunité et les appellant à lui verser de l'argent. Ou cet homme qui vend son dentifrice barrière au coronavirus. 
Et il y a aussi, heureusement, tous ceux qui ont compris la dramatique diffusion que peut connaître ce foutu virus et s'en protégent au maximum en suivant les consignes des spécialistes, de manière à protéger aussi les autres.
Le coronavirus nous amène aussi à ce constat: on ne savait pas qu'il y avait autant de scientifiques autour de nous. C'est fou le nombre de personnes qui savent mieux que les médecins ce qu'il faut faire, ne pas faire, qui nous conseillent des trucs qui garantissent la non diffusion du virus. Tout est bon pour se rassurer en envoyant des messages avec des conseils qui n'ont, de l'avis des scientifiques, aucun sens.

Et puis, il y a l'attente du sauveur. Le président, le chef du gouvernement doit tout régler, avoir tout prévu, même au cœur de l'imprévisible. Même si nous sommes dans une situation où chacun d'entre nous apprend à chaque instant. Du citoyen le plus lambda au président de la république.
Le virus court partout et vite. Très vite. Et chacun doit adapter son comportement tout aussi vite, se convaincre que la fin de la propagation viendra de l'attitude de chacun d'entre nous et non d'un sauveur de la nation ou d'un deus ex machina qui règlera le problème. A nous d'être juste assez intelligents (et assez humbles sur notre condition d'humains) pour accepter que toutes les décisions ne peuvent être prises en même temps  et qu'une décision prise un jour peut être modifiée quelques heures plus tard, au vu de l'évolution de la situation. Quand on est menacé par un incendie, on appelle les pompiers, on sort l'extincteur, on sauve qui et ce qu'on peut. On ne prend pas le temps de critiquer le maire qui ne nous a pas prévenus avant.
Nous n'en sortirons qu'avec le sens de la responsabilité, individuelle et collective. En cessant de croire en Dieu, au père Noël, à Superman.
Ou en Ubu Trump, plus roi de l'esbrouffe et du galimatias que jamais.
Témoins, ses tweets sur le coronavirus, en traduction littérale, reçus d'une amie américaine profondément désolée.

January 22: “We have it totally under control. It’s one person coming in from China. It’s going to be just fine.

De vraies citations de Trump.

Janvier 22 : " Nous l'avons totalement sous contrôle. C'est une personne qui vient de Chine. Ça va être très bien."

Février 2 : " Nous l'avons presque fermé en venant de Chine."

Février 24 : " Le Coronavirus est très sous contrôle aux États-Unis... Le marché boursier commence à me paraître très bien !"

Février 25 : " CDC et mon administration font un excellent travail de manutention de Coronavirus."

Février 25 : " Je pense que c'est un problème qui va s'en aller... Ils l'ont étudié. Ils savent beaucoup. En fait, nous sommes très proches d'un vaccin."

Février 26 : " Les 15 (cas aux États-Unis) d'ici quelques jours vont être à près de zéro."

Février 26 : " On descend très substantiellement, pas en haut."

Février 27 : " Un jour c'est comme un miracle, il disparaîtra."

Février 28 : " Nous commandons beaucoup de fournitures. Nous commandons beaucoup d'éléments que franchement nous ne commandons pas à moins que ce soit quelque chose comme ça. Mais nous commandons beaucoup d'éléments différents de médicaux."

Mars 2 : " Vous prenez un vaccin contre la grippe solide, vous ne pensez pas que cela pourrait avoir un impact, ou beaucoup d'impact, sur la corona ?"

Mars 2 : " Beaucoup de choses se passent, beaucoup de choses très excitantes se passent et elles se passent très rapidement."

Mars 4 : " Si nous avons des milliers ou des centaines de milliers de personnes qui s'améliorent, vous savez, assis et même aller travailler - certaines d'entre elles vont au travail, mais elles s'améliorent."

Mars 5 : " Je n'ai jamais dit que les gens qui se sentent malades devraient aller au travail."

Mars 5 : " Les États-Unis... a, à partir de maintenant, seulement 129 cas... et 11 morts. Nous travaillons très fort pour garder ces chiffres le plus bas possible !"

Mars 6 : " Je pense que nous faisons un très bon travail dans ce pays pour le garder en bas... un travail énorme pour le garder en bas."

Mars 6 : Quelqu'un en ce moment, et hier, tous ceux qui ont besoin d'un test fait un test. Ils sont là. Et les tests sont magnifiques.... les tests sont tous parfaits comme la lettre était parfaite. La transcription était parfaite. N'est-ce pas ? Ce n'était pas aussi parfait que ça mais pas mal."

Mars 6 : " J'aime ça. J'ai vraiment compris. Les gens sont surpris que je le comprenne... Chacun de ces médecins a dit : " Comment en savez-vous autant à ce sujet ? " Peut-être que j'ai une capacité naturelle. Peut-être que j'aurais dû faire ça au lieu de courir pour le président."

Mars 6 : " Je n'ai pas besoin d'avoir les numéros doubles à cause d'un navire qui n'était pas de notre faute."

Mars 7 : " Nous tiendrons d'énormes rassemblements... Je ne suis pas inquiet du tout."

Mars 8 : " Nous avons un plan parfaitement coordonné et affiné à la Maison Blanche pour notre attaque contre le coronavirus."

Mars 9 : " Cela a aveuglé le monde."


Plus qu'aveuglés, nous sommes éblouis.

(1) France Inter, Journal de 13h, 13.3.2020.

mercredi 11 mars 2020

De l'irresponsabilité des bravaches

Le monde est rempli de Superman et Superwoman. C'est ce que nous révèle la crise du coronavirus. Même pas peur, rien ne peut nous arriver, disent-ils, s'apprêtant à braver les interdictions de manifestations collectives. Ils et elles sont plus forts que tous les virus présents et à venir. Dommage qu'ils soient si jeunes. Ils auraient vaincu à l'époque la peste, le choléra et la lèpre. 

Il y a ceux qui n'y croient pas ou en tout cas qui veulent croire qu'ils ne doivent rien changer à leur mode de vie. Ceux-là ne lisent pas les avis et les mises en garde des spécialistes. Ils sont plus malins qu'eux.
Donald De Wever, burgemeester d'Antwerpen, avait, dans un premier temps, annoncé ne pas vouloir suivre l'avis du Gouvernement fédéral et interdire d'événements dans sa ville, l'économie ne pouvant souffrir de limitations (1). 
Des Milanais ont fui dès l'annonce, par le Gouvernement italien, du confinement d'une bonne partie du nord du pays. Ils sont partis en catastrophe se réfugier dans le sud. Qui sera sans doute bientôt contaminé par certains d'entre eux, irresponsables porteurs du virus. La plupart, plus sages, ont compris comment une pandémie se déclenche et restent, résignés, chez eux. Les autorités publiques ne pourront rien maîtriser si chaque citoyen ne prend pas ses responsabilités.
A Tournai, le bourgmestre  a pris une décision inévitable: annuler le carnaval qui devait avoir lieu du 20 au 22 mars.  Le virus se répand presque deux fois plus que la grippe saisonnière, de manière exponentielle. S'il reste le plus souvent sans effet grave, il a de fortes chances cependant d'être létal pour les personnes très âgées et/ou fragiles. Et chacun de nous est aujourd'hui un vecteur potentiel du virus, capable de le transmettre à autrui sans forcément en être affecté. En outre, les urgences hospitalières sont déjà débordées par le coronavirus. Inutile, estime le bourgmestre - qui est là dans son rôle - d'éviter de les encombrer davantage avec des personnes alcoolisées ou blessées suite à des bagarres. Mais des confréries proclament déjà, bravaches, qu'elles n'ont "même pas peur" et feront carnaval quand même (2). Leur plaisir a la priorité. Ou l'irresponsabilité érigée en drapeau.
Ce sont souvent les mêmes qui avouent s'informer peu. On s'amuse à nous faire peur, parviennnent-ils à dire, ignorants et insouciants. Ils n'ont pas peur. Ils font peur.

(1) https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/bart-de-wever-demande-le-declenchement-du-plan-catastrophe-5e68dbdf9978e201d8b554fd
(2) on notera qu'une responsable de l'asbl Carnaval de Tournai a lancé un appel intelligent et sensible au respect de cette interdiction.