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mercredi 31 janvier 2024

Arriérés

Le Rassemblement-Front national ne s'est pas dédiabolisé. Plutôt banalisé. De plus en plus de Français envisagent de voter pour le parti de la famille Le Pen. Il est en phase avec l'état d'esprit de la population. Mais peut-être est-ce lui qui l'a pollué ?
Dans les manifestations des agriculteurs, l'un de ces derniers se balade avec un panneau affichant ce délicat slogan : "Va faire la soupe salope" (sic). Il est, nous dit-on (1), adressé à deux élues écologistes. Trois élus d'extrême droite se sont fait photographier devant lui, très fièrement et le pouce en l'air. 
D'après une étude récente, le sexisme revient en force, notamment chez les jeunes. Il est sûrement l'un des fondements, une des valeurs sûres de l'extrême droite. Le R-FN, en ne changeant pas, se retrouve en phase avec l'évolution rétrograde de la société.
Ce slogan qui traite de la sorte les femmes et les renvoie à la cuisine ne dit rien sur elles, mais beaucoup sur ceux qui l'expriment ou le partagent. Les hommes des cavernes devaient être plus délicats et plus évolués que les élus du R-FN.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/ces-deputes-rn-assument-ce-slogan-misogyne-visant-sandrine-rousseau-et-marine-tondelier_228958.html

dimanche 22 janvier 2023

Dieu, orphelin de naissance

Quand j'étais enfant, en cours de religion, au catéchisme, on m'a assuré que "Dieu est amour". Très vite, les cours d'histoire se sont opposés à ce (trop) beau principe. Combien de guerres au nom d'un dieu quelconque ? Combien de centaines de millions d'êtres humains molestés, emprisonnés, torturés, violés au nom d'un dieu ou l'autre ?
Pourquoi tous ces représentants de Dieu ont-ils des pratiques diaboliques ? Pourquoi sont-ils si violents ? Pourquoi aujourd'hui tous ces ayatollahs et ces mollahs emprisonnent-ils, violent-ils, massacrent-ils leur propre peuple ? Leur dieu n'est que haine.
Pourquoi tous ces névrosés haïssent-ils les femmes ?
Le régime théocratique iranien n'est qu'une forme de fascisme qui empêche la liberté de pensée et d'expression, qui nie les droits humains et déteste les femmes et fait usage des pires formes de violences contre ses opposants. 

Au début de la prétendue révolution iranienne en 1979, une délégation féministe française, présidée par Simone de Beauvoir, a été se rendre compte de ce qu'était cette révolution qui portait l'espoir de certains intellectuels occidentaux qui se sont brillamment fourvoyés (Sartre et Foucault notamment). Tout à coup, pour eux, la religion n'était plus l'opium, mais l'espoir du peuple.
La journaliste Sylvie Caster faisait partie de cette délégation, elle y était pour Charlie Hebdo. Dans les articles qu'elle a écrits sur cette visite - qui leur a notamment permis de rencontrer durant cinq minutes, à condition de porter un voile sur la tête, un vieux barbu nommé Khomeiny - elle rappelle que la sourate IV, verset 38 du Coran indique que "les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter leurs femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises. Elles conservent soigneusement pendant l'absence de leur mari ce que Dieu a ordonné de conserver intact. Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre l'inobéissance ; vous les relèguerez dans des lits à part, vous les battrez. Mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand." Magnifique dieu capable de tant de mansuétude pour la femme obéissante !
Voilà pourquoi "L'Islam est beau", ont entendu un peu partout Sylvie Caster et ses consœurs. "Les femmes islamiques nous chantaient la complémentarité des sexes. Le mérite selon les actions et pas selon le sexe. Et c'était vraiment à croire qu'on n'avait pas lu le même livre. Elles nous agitaient l'Occident pourri. Synonyme des vices. Brandi comme l'épouvantail des fois vertueuses. La polygamie moins laide que les tapins de France. La femme voilée plus libre que l'Occidentale, unique objet sexuel."
"C'était le rigolard dialogue  carmélites - sourdedingues. Car si on employait les mêmes mots (liberté, droits des femmes, objet sexuel), ils n'avaient pas du tout le même sens. Comment dire que devoir se voiler le corps, les cheveux pour arriver à être un peu considérée comme un être humain, c'est n'être rien d'autre que de la bidoche néfaste, tentatrice diabolique. Rien de moins qu'un être humain qui doit se cacher tout entier. Alors que l'Occident, avec ses vulves béantes, sa porno sinistre, ses dragueurs, ses violeurs, sa triste chaire, lui aussi, est notre Occident. Et qu'il ne semble effectivement guère mieux avec sa viande à l'étal." (1)
Depuis lors, une écrivaine comme Chadortt Djavann a montré combien le tchador était lié à la pornographie, combien il ne fait qu'exacerber le désir masculin de voir ce qu'il cache. "La sécurité des femmes n'a jamais été aussi en péril que depuis que les dogmes islamiques font office de loi dans ce pays. Dès qu'une femme cherche une rue, a l'air perdue, paraît hésitante, flâneuse, rêveuse, pensive, gaie, souriante ou même triste, dès qu'elle a une démarche élégante, une paire de chaussures voyantes, un voile glissant, un jean moulant, un manteau un peu court, dès qu'elle est maquillée, jeune, belle ou laide..., elle est abordée par des mâles, à pied ou en voiture, à l'affût de proies." (2)
En Iran, on tue des femmes pour un voile glissant. Au nom de Dieu. Quel est donc ce dieu masculiniste qui méprise les femmes, crache sur elles, les enferme, les bat, les viole, les tue ? Dieu devrait consulter un psychanalyste. Son absence de mère explique sans doute son rejet maladif des femmes.

(1) Sylvie Caster, "Dieu est grand mais petite est sa liberté", Charlie Hebdo, 5.4.1979, in Charlie Hebdo, 4.1.2023.
(2) Chadortt Djavann, "Les putes voilées n'iront jamais au paradis !", 2016, Le Livre de poche 34637.

mardi 9 novembre 2021

L'Europe du sexisme

"La liberté, c'est l'esclavage" proclame un des slogans du régime totalitaire de 1984, le terrifiant roman de George Orwell. Aujourd'hui, c'est le Conseil de l'Europe (1) qui affirme que la liberté, c'est la soumission. Des affiches présentent des jeunes femmes souriantes dont la moitié de la tête est voilée et l'autre pas. "Beauty is in diversity as freeedom is in hijab", nous dit-on, ajoutant que le monde serait sacrément ennuyeux si tout le monde se ressemblait et nous invitant à célébrer la diversité et à respecter le hijab. Oui, à respecter le hijab. Avec tout le mépris qu'on peut imaginer derrière ce slogan pour toutes les femmes qui, dans des pays islamiques, sont sommées de porter ce voile sous peine de prison, de violence ou même de mort. Pour elles, le hijab est l'exact contraire de la liberté. Vêtement politique (le dira-t-on jamais assez ?), il marque la soumission de la femme aux lois du Coran et à l'homme. Il indique une société patriarcale dans laquelle la femme doit tenir son rang qui ne sera jamais le premier. Il y a une bonne quinzaine d'années, j'avais reçu de l'imam de Ronse/Renaix un fascicule (que j'aurais dû conserver) de promotion du voile. Ce dernier était présenté comme un moyen de protéger, même contre son gré, cette perle qu'est la femme.
Le Conseil de l'Europe explique que ces visuels diffusés par tweets ont été réalisés par les participants d’un atelier "contre les discours de haine anti-musulmans" qui s’est tenu en ligne fin septembre, qu'ils ont fait "usage de leur liberté d’exprimer leur identité et leurs points de vue ", mais que leurs affiches ne représentent pas la position du Conseil de l’Europe ou de sa Secrétaire Générale". C'est pourquoi elles ont été retirées suite aux réactions indignées qu'elles ont suscitées principalement en France. 

"La campagne ne serait donc que le fruit de membres lambda de la société civile désireux de s’engager pour les droits humains ?, se demande l'hebdomadaire Marianne (2). Pas vraiment. Comme l’annonce d’ailleurs très ouvertement le site du Conseil de l’Europe, l’atelier en question a été organisé en collaboration avec le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (Femyso) », une association bien connue pour son lobbying pro-voile. « Le Femyso est la branche jeune d’une organisation réputée proche des Frères musulmans, l’Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE), qui représente le courant fondamentaliste de l’islam en Europe et dont l’objectif est de former une élite musulmane européenne », explique à Marianne Florence Bergeaud Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste des mouvements islamistes. D'autres participantes à l'atelier sont membres de l’European Forum of Muslim Women (EFMW), une émanation féminine de l’UOIE. Bref, des organisations fondamentalistes islamiques se sont bel et bien glissées dans les petits papiers du Conseil de l'Europe en parvenant ici à mener, sous couvert de lutte anti-raciste, une campagne sexiste.  

Naëm Bestandji, essayiste, auteur de Le linceul du féminisme, Caresser l'islamisme dans le sens du voile (Seramis) estime (3) que cette campagne cherche à "assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par la promotion de son étendard sexiste et patriarcal. L’objectif est l’avancée de cette idéologie totalitaire aux antipodes des valeurs défendues par les diverses instances européennes. Comment est-ce possible ? Depuis plusieurs décennies, les Frères musulmans considèrent l’Europe comme un territoire à conquérir. Cela passe d’abord par la réislamisation des musulmans et l’adaptation des pays européens aux demandes islamistes." L'essayiste considère qu'avec le voile, "outil politique de prédilection de l’islamisme," et la rhétorique d’inversion "les islamistes se présentent en défenseurs des droits humains, de la laïcité et de la liberté des femmes et en combattants de la lutte contre le racisme. Comme pour toutes les idéologies totalitaires, la jeunesse est une cible fondamentale." Et un de leurs outils est dès lors le Forum des organisations européennes de jeunes et d'étudiants musulmans (Femyso). "La jeunesse a toujours été une cible privilégiée de l’islamisme politique. Sa vision s’inscrit dans le temps long. Cette idéologie veut influer sur les futurs citoyens pour que, à moyen et long terme, l’islamisme soit mieux accepté. Obsédés sexuels et nostalgiques d’un patriarcat multimillénaire, le sexisme du voile est leur outil politique de prédilection." 

Les islamistes sont doués pour les tours de passe-passe. Ils sont parvenus à tétaniser une bonne partie de cette gauche qui se veut bien pensante et ne craint qu'une chose: passer pour raciste en étant critique par rapport à une injonction de l'islamisme. Résultat: en pensant lutter contre ce qu'elle appelle islamophobie, elle nourrit le sexisme et le machisme. "La femme est considérée comme un objet sexuel tentateur qui doit être caché sous un voile pour ne pas exciter la libido masculine, écrit encore Naëm Bestandji. Il n’existe aucun discours équivalent pour les hommes. Cette campagne s’enfonce dans l’abject lorsqu’elle partage un dessin animé de dix secondes qui met en scène des petites filles voilées avec le slogan unis dans la diversité. Le sexisme, le patriarcat et, ici, la sexualisation des fillettes sont présentés comme des formes de diversités à promouvoir… Le hijab est prescrit par les islamistes afin de cacher la femme pour des raisons sexuelles. Voiler une fillette est la considérer comme désirable (tout en la préparant au sort d'objet sexuel adulte qui l'attend). Cette campagne véhicule les idées les plus rétrogrades de l'islamisme. Elle banalise la pédophilie par la sexualisation des fillettes tentatrices."

Conclusion de l'essayiste: "nos sociétés, certaines plus que d’autres, ont mis des siècles à s’émanciper du poids patriarcal de l’Église catholique. Mais il semble que le patriarcat est comme la nature : il aurait horreur du vide. Ce que nous espérions être une histoire révolue est sur le point d’être remplacé par le patriarcat de l’intégrisme musulman. Le patriarcat a encore de beaux jours devant lui, grâce au soutien d’institutions européennes comme le Conseil de l’Europe, avec les deniers du contribuable, et pour la plus grande joie des islamistes."

(1) qui n'a rien à voir avec l'Union européenne.
(2) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/derriere-la-campagne-pro-voile-du-conseil-de-leurope-la-galaxie-des-freres-musulmans
(3) https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/pub-pro-voile-du-conseil-de-leurope-une-strategie-victimaire-centrale-pour-lislamisme

vendredi 3 novembre 2017

Les chiens aboient

Ils sont les gardiens des vieux vieux temps, ceux où l'homme, marchant encore à quatre pattes, traînait sa compagne par les cheveux avant de la prendre par derrière comme une bête. Les hommes de Neandertal sont des bêtes. Ce qui les amène aujourd'hui à se déchaîner contre la journaliste Nadia Daam. Elle a eu le culot de s'en prendre, sur Europe 1, aux auteurs d'attaques contre la ligne téléphonique "anti-relous" dont l'objectif était de décourager les harceleurs sexuels. La ligne n'aura pas tenu trois jours. Les attaques dont elle a été victime viennent d'un pseudo forum que la journaliste a qualifié de "poubelle à déchets non recyclables", estimant que les commentateurs concernés devraient "léguer leur cerveau à la science pour qu'on sache un jour comment il est possible de rester en vie en étant aussi con". Le directeur du site Internet duquel sont parties toutes ces attaques considère qu'il s'agit là d' "expression de la jeunesse". Les jeunes apprécieront d'être ainsi considérés comme des hommes préhistoriques. Alors ces hommes, pour donner raison à Nadia Daam, se manifestent. Comme ils peuvent. Comme des chiens. Ils courent en meute, ils jappent, ils aboient, ils montrent les dents, ils tentent de mordre. Ils ne sont que chiens. Les commentaires haineux se multiplient contre elle, avec appel au viol, injures porno, menaces de mort, menaces sur son enfant, tentatives d'intrusion à son domicile.
Une pétition de soutien à Nadia Daam circule, signée par de nombreuses personnalités et des rédactions. Elle ne suffira sûrement pas à calmer tous ces hommes effrayés de voir des femmes réclamer l'égalité des droits et (tenter de) les remettre à leur place. Dans leur niche, ils auront peut-être moins peur. Couchés!

http://www.lalibre.be/actu/international/harcelement-sexuel-nadia-daam-denonce-les-trolls-sexistes-de-jeuxvideo-com-et-se-fait-lyncher-59fae3cacd705114f0126f20
http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/03/europe-1-porte-plainte-apres-les-menaces-de-jeuxvideo-com-contre-sa-journaliste-nadia-daam_a_23265677/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/blabla-18-25-ans-un-forum-de-jeuxvideo-com-peu-a-peu-noyaute-par-des-trolls_1957448.html

samedi 21 octobre 2017

Les hommes vampires

Le mutisme encore. Le silence. Dans la société bavarde qui est la nôtre, où chacun ne cesse de s'exprimer sur tout et sur rien urbi et orbi, il est pourtant des sujets que l'on tait (voir aussi le billet précédent).
Que tant de femmes n'aient pas osé parler, on peut le comprendre, à cause d'un sentiment de honte, par peur de perdre leur emploi ou de ne pas décrocher le poste espéré, parce qu'il est si difficile en matière de harcèlement et de viol d'apporter les preuves de ce qu'on avance par rapport à des faits qui se passent quasi toujours en tête-à-tête, parce que tant de policiers un peu partout dans le monde se montrent goguenards face à une plaignante. Mais pourquoi tant de témoins, femmes ou hommes, ont-ils laissé faire? Comme l'écrit Gérard Biard (1), "les affaires de harcèlement sexuel et de viol, c'est généralement le contraire des affaires de terrorisme. Là, personne ne semble étonné". Parce que tout le monde savait ou s'en doutait ou avait relevé des attitudes, des propos, des actes au moins troubles, équivoques, glauques, malsains. "Et tout le monde la fermait. Par peur, par habitude, par complicité passive, par je-m'en-foutisme, par respect des traditions ou des conventions."
Aujourd'hui, à partir du cas du producteur Harvey Weinstein, les tabous tombent, des femmes, nombreuses, osent enfin parler, dénoncer leurs harceleurs, pire, leurs violeurs. Et on en trouve dans tous les milieux: culture, entreprises, sports, politique, religions, familles. On s'y est tellement habitué que les Américains, pourtant si pudibonds, ont même élu comme président un harceleur sexuel en toute connaissance de cause.
Quelle société y échappe? Ça se passe à Hollywood, ça se passe à Washington, en Belgique, en France, en Allemagne, en Iran (2), au Maroc, en Egypte. Ça se passe partout, quelles que soient les cultures. L'homme harceleur est sûr de son droit, le confondant souvent avec son pouvoir, de père, de patron ou d'employeur potentiel, de prédicateur, de ministre, de vedette.
Quelles que soient les cultures ou les religions, la femme ne s'appartient pas, elle est objet pour l'homme. Objet qu'on met à genoux, qu'on couche, qu'on cache, qu'on voile, qu'on dévoile au gré de ses humeurs et de ses pulsions de mâle. Qu'on jette ensuite avec mépris.

On se le demande: comment et pourquoi dans une société aussi avancée que la société française les femmes mariées perdent-elles leur nom de naissance pour adopter, pour accepter d'adopter, de se laisser imposer celui de leur mari? S'appartenir, plutôt qu'appartenir à l'homme, commence par conserver son nom. Exister par soi-même face aux crocodiles (3).

Vierge aux abois
Va et viens
Défais-moi donc ce lit à baldaquin
Qu'en deux temps trois mouvements
L'on badine

Sonnez l'hallali
Sonnez ma mise à mort 
Sonnez l'hallali
Sonnez ma mort 
Claire Diterzi, "Tableau de chasse"

(1) "Silence, on viole", Charlie Hebdo, 18 octobre 2017.
(2) A lire: le (faux) roman, glaçant, de Chadortt Djavann "Les putes voilées n'iront jamais au paradis", Le Livre de poche 34637.
(3) (Re)lire sur ce blog "Des larmes de crocodile", 26 novembre 2014.
Post-scriptum: à lire, cette chronique de Vincent Engel:
http://www.lesoir.be/120343/article/2017-10-21/affaire-weinstein-la-loi-des-porcs-garder-les-yeux-grands-fermes
Post-scriptum bis: ce billet de Caroline Fourest,"Ni porc, ni dinde", 24 octobre 2017: https://carolinefourest.wordpress.com
Post-scriptum bis, excellent billet de Nicolas Bedos sur la chasse au croustillant ouverte par l'affaire Weinstein: http://www.huffingtonpost.fr/nicolas-bedos/un-seul-nom-me-suffira-quand-la-liberation-de-la-parole-vire-a-la-guerre-des-sexes_a_23262930/?utm_hp_ref=fr-homepage

mercredi 30 août 2017

La fabrique d'islamophobie

On reçoit d'un ami (qui nous veut du bien) une invitation à jeter un œil averti sur le blog d'un certain Issa Hamad. On y lit son billet intitulé "La femme diplômée et ses cornes diaboliques" (1). Dès les premières lignes, on pense à un gag, à une provocation qui va rapidement se dévoiler comme telle. Mais non, il faut se rendre à l'évidence (à défaut de se rendre à la raison): c'est très sérieusement que cet " auteur musulman maghrébin engagé" écrit que les filles "n'ont pas l'intelligence de comprendre quoi que ce soit", que "leur raison d'être" est de "devenir des épouses soumises et des mères aimantes", que "la jeune femme diplômée n'est qu'une petite idiote prétentieuse" et un fatras de bêtises du même tonneau. On se dit que ce texte doit dater du bas Moyen-Age, mais non, il est daté du 7 juillet de cette année. Nous sommes donc bien dans d'obscures années.
Un autre de ses billets s'intitule "La femme est un grand vide". Et il s'explique: "un vide sidéral qui ne désire cependant qu'à être rempli, être comblé. Ça tombe bien, l'homme est un remplisseur dans l'âme. Seulement voilà: le vide féminin engloutit toujours ce dont on le remplit." Ce qui est étonnant avec cet "auteur", c'est qu'il dénonce du haut de sa grandeur et de sa suffisance masculines la prétention féminine. A-t-il une mère, ce grand penseur, des sœurs, une compagne, des filles? N'a-t-il donc que mépris pour elles? Les considère-t-il comme stupides? A-t-il déjà discuté avec une femme, quelle qu'elle soit? A-t-il ne serait-ce que quelques notions de biologie? Croit-il, pour comparer "la femme" à "un grand vide", que seuls l'homme et ses petits spermatozoïdes créent la vie?
Algérien d'origine, habitant en région parisienne, Issa Hamad se donne des allures de Christ. Il s'est fait photographier en contre-plongée, les cheveux au vent. Visiblement assez jeune, il ne supporte pas "la modernité" (2) et est fier de se présenter comme un autodidacte sur les plans religieux et intellectuel. Apparemment, il n'a pas encore lu Charles Darwin, Simone de Beauvoir ou Mohammed Iqbal. Il doit évidemment détester Abdennour Bidar qu'il doit classer comme beaucoup d'autres intellectuels contemporains parmi les traîtres. On pense à celui-ci cependant quand il dit que "beaucoup de nos concitoyens de culture musulmane cherchent à élaborer un rapport libre à leur religion  - et non pas à être sempiternellement encadrés par des clercs, même éclairés. Ils en ont assez des prêchi-prêcha! Ils cherchent une relation intelligente, instruite, contemporaine, à leur foi et à la civilisation islamique mais ils ne trouvent presque rien... ou plutôt si hélas! Ils trouvent sur internet des textes de prêcheurs qui se font passer pour des penseurs." (3)

Ce n'est guère une surprise, Issa le prêcheur croit non seulement en son dieu mais aussi qu'existe un "Système mondialiste" qui oppresse le "musulman maghrébin éveillé de France" et qui promeut le métissage (que lui abhorre). Il a écrit un livre, "à la radicalité assumée", pour sauvegarder l'identité des musulmans de France.
Au-delà des bêtises d'un autre âge qu'il exprime sur son blog (il faut le reconnaître, avec un certain talent), l'homme s'avère dangereux, appelant clairement à la violence. Dans un billet intitulé "CHIRK, le crime impardonnable" (4), il affirme que "si le Prophète était avec nous en ce moment, ce sont ces nouvelles idoles (il cite notamment la République, BNP Paribas et le FC Barcelone) qu'il détruirait sans ménagement. Il bombarderait Wall Street et la City, les stades, les parlements, et toutes sortes de tours de Babel modernes, symboles de l'orgueil et des sacrilèges de notre temps. Il raserait tout ce qui usurperait la moindre parcelle de l'autorité divine. Il n'est plus avec nous. C'est donc à nous de le faire!".
Y aura-t-il quelqu'un pour faire taire ce fou de Dieu qui prétend prendre la place du Prophète? (Et d'ailleurs n'est-ce pas blasphémer que vouloir prendre cette place?) Au nom de la liberté d'expression a-t-on le droit de mépriser publiquement à ce point les femmes et, pire encore, d'appeler aux attentats? Combien sont-ils sur internet à distiller leur fiel, à répandre leurs "analyses" perverses, à appeler à la violence contre la société, à vomir leur haine des femmes, de la modernité, de l'Occident, du monde, de tous ceux qui ne pensent pas comme eux? Que font-ils de positif de leur vie? Qu'ont-ils reçu de la société? Que lui rendent-ils? De quoi vivent-ils? On aimerait avoir des réponses à tant de questions. Et à celle-ci aussi: savent-ils qu'ils sont, ces sinistres prophètes, les premiers fabricants de l'islamophobie?

Lorsque sans parti pris
On établit le bilan d' l'humanité d'aujourd'hui
I d'vient limpide comme un clair de lune 

et lumineux comme un clerc de notaire
Qu' c'est pas d' sitôt qu'les hommes s'ront frères
Et qu' malheureusement au contraire
Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d' ses affluents

C'est triste et déprimant !
Y a de la haine partout
Y a d' l
a haine tout autour de nous
Surtout partout où
Tout se passe par en d'ssous
De mémoire de grincheux
Jamais dans les yeux
On n' vit tant d'regards haineux

Ah y en a-t-y, y en a-t-y
De cette haine qui
Saoule les esprits qui
Perdent le sens d'la fraterni-
-té et ainsi
Çui d' l'altruisme aussi

(extrait de "Tyrolienne haineuse", Pierre Dac)

(1) http://www.issahamad.net/la-femme-diplomee-et-ses-cornes/#comment-132
(2) l'usage d'un blog, c'est moderne, non?
(3) "Plaidoyer pour la fraternité", Abdennour Bidar, Albin Michel, 2015.
(4) 11 juillet 2017.



lundi 25 janvier 2016

Le club international des sangliers

On l'a dit et écrit (1), les agressions sexuelles qu'ont subies un millier de femmes - si pas plus encore (2) - en Allemagne le soir du nouvel-an sont totalement inacceptables, les responsables de ces actes doivent être poursuivis et aucune excuse d'ordre culturel n'est tolérable. C'est pourtant ce que s'évertue à faire une série de personnalités, y compris dans les rangs féministes. Avec parfois des arguments qui laissent sans voix. Comme ce tweet de Clémentine Autain: "entre avril et sept. 1945, environ 2 millions d'Allemandes ont été violées par des soldats. la faute à l'islam?". Que cherche donc à démontrer cette élue du Front de Gauche? Que l'Armée rouge a fait bien pire que les agresseurs du 31 décembre? En quoi cela les excuserait-il? Caroline De Haas, fondatrice d'Osez le féminisme s'en est pris, elle, à ceux qui déversent "leur merde raciste". Comme s'il ne s'était rien passé à Cologne et ailleurs, comme si elles refusaient de prêter la moindre attention aux victimes, à toutes ces femmes qui se sont fait agresser. "Que les jeunes femmes qui témoignent au quotidien de leur difficulté à marcher dans certains quartiers vêtus d'une jupe courte ou d'un pantalon moulant se le tiennent pour dit: leur souffrance est raciste. Qu'elles passent leur chemin, et de préférence en talons plats", écrit Anne Rosencher dans Marianne (3). Et elle cite l'essayiste Djemila Benhabib qui dénonce "le prisme différentialiste et culturaliste" de ces néoféministes: "elles définissent la victime uniquement en fonction d'une origine: à savoir les musulmans, forcément victimes de la violence et du racisme de l'Occident. Le problème, à Cologne, c'est qu'on a eu affaire à des mauvaises victimes! Et à des mauvais coupables! (...) Elles ont largué le droit des femmes au passage. C'est cela qui est impardonnable."
Ce n'est pas aux victimes qu'il faut donner des leçons, lui répond en écho Elisabeth Badinter (4), mais à leurs agresseurs: "oui, il va falloir trouver le moyen d'exposer clairement à des personnes qui ne sont pas de culture européenne ce que l'on peut faire ou ne pas faire dans nos pays, notamment vis-à-vis des femmes". La philosophe rappelle que "le féminisme, depuis une dizaine d'années, a pour principal objet, pour leitmotiv même, la lutte contre les violences faites aux femmes, ici, en France" et elle constate que les agresseurs de Cologne, "ces voyous qui ont violenté des femmes", ont porté "un coup de couteau dans le dos des réfugiés".
"Jusque dans la hiérarchie du politiquement correct, les droits des femmes se situent au bas de l'échelle, constate Gérard Biard (5) qui affirme par ailleurs - et qui pourrait le contester ? - que "l'islam a un sérieux problème avec les femmes, et il est criminel de s'entêter à le nier, sous couvert de particularisme culturel ou de droit à la différence. De là à dire qu'il est le seul..." Et le rédacteur en chef de Charlie Hebdo de rappeler les viols collectifs en Inde, au Caire et ailleurs. "Le machisme, le mépris social des femmes et l'indulgence pour les violences qui leur sont faites sont les choses les mieux partagées au monde."

Si on accepte que des gens originaires de tel ou tel pays agressent sexuellement des femmes sous prétexte qu'ils ont été élevés dans le mépris de la femme et qu'il s'agit donc d'un héritage culturel, on pourrait alors imaginer aussi qu'on trouve normal que des élus politiques français traitent de dinde une actrice canadienne parce qu'elle a le toupet de s'attaquer à cette magnifique tradition culturelle française qu'est le gavage des oies et des canards.
Parce qu'elle s'était rendue, à l'invitation d'une députée verte, à l'Assemblée nationale pour y défendre une proposition de loi interdisant le gavage des oies, Pamela Anderson, végétalienne et visiblement très impliquée depuis longtemps dans la défense des droits des animaux (sa fondation œuvre dans la protection de l'environnement), s'est fait copieusement insulter par la fine fleur des élus (6) et a suscité, affirme Myriam Weil (7), "un déluge de réactions négatives, notamment sur Twitter. Des réactions consternantes de sexisme pour la plupart."
Frédéric Nihous, président du parti "Chasse, Pêche, Nature et Charcuterie" (ou quelque chose du genre), assume ses initiales avec ce tweet délicat: "Une dinde gavée au silicone parade à l'assemblée contre le gavage des oies... Quelle farce! Qui en sera le dindon?"
Un conseiller régional d'Aquitaine est tout aussi précieux: "oui au gavage des canards et des oies à la purée de maïs. Non au gavage des lèvres et des seins au botox".
Et Patrick Ollier, député LR, émet les mêmes grognements de vieux sangliers gaulois: "Pamela n'y connaît rien. Pas de silicone dans le foie gras."
On voit par là que tous ces coqs ont de solides arguments pour défendre la torture des oies et des canards. Cette tradition culturelle française mérite bien qu'on s'asseye lourdement sur celles de la galanterie et de l'art de l'argumentation.
Résumons-nous: les traditions culturelles sont rarement à l'avantage des femmes et des animaux.

(1) voir sur ce blog: "La sociologie de l'autruche", 16 janvier 2016,
et "La nuit des prédateurs", 6 janvier 2016.
(2) http://www.lalibre.be/actu/international/allemagne-les-agressions-du-nouvel-an-encore-plus-etendues-qu-initialement-annonce-56a3ac7b3570ed3895459be6
(3) "La trahison des néoféministes", Marianne, 22 janvier 2016.
(4) "Cologne - Ne détournons pas le regard", Marianne, 22 janvier 2016.
(5) "Main au cul et modernité", Charlie Hebdo, 20 janvier 2016.
(6) http://www.meltybuzz.fr/pamela-anderson-des-propos-sexistes-sur-twitter-apres-son-passage-a-l-assemblee-nationale-a492619.html
(7) rédactrice en chef de l'émission "Le grand 8" sur D8, dans "L'Instant M", sur France Inter, 21 janvier 2016: http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1223247
A lire aussi:  http://www.huffingtonpost.fr/marlene-schiappa-bruguiere/cologne-ou-legarement-feministe_b_9049756.html?utm_hp_ref=france

vendredi 10 octobre 2014

Le coq qui ne fait pas son âge

Le député UMP Julien Aubert ne fait pas son âge. On lui donnerait 35 ou 40 ans, alors qu'il est visiblement du début du XXe siècle, d'une époque où les fonctions présidentielles étaient occupées par les seuls hommes. A l'Assemblée, il refuse obstinément de s'adresser à la présidente de séance en l'appelant "Madame la présidente". Il lui donne du "Madame le président", se réfugiant derrière les règles de l'Académie française et estimant que "Madame la présidente" désigne l'épouse du président (1). Le message caché derrière son refus de respecter les règles de l'Assemblée est le suivant: "Femmes, à la maison!".
Imaginons un instant que Julien Aubert ne soit président d'aucune instance, mais que son épouse le soit. On devrait, selon sa logique, l'appeler, lui, Monsieur la présidente. Allez, Julien à la maison!

(1) http://rue89.nouvelobs.com/rue69/zapnet/2014/10/07/madame-president-insiste-depute-ump-resultat-rappele-a-lordre-comme-ado-255328

A lire sur ce blog: "Il ou elle", 28 août 2014.
Lire aussi: http://rue89.nouvelobs.com/2014/09/26/sexisme-mariee-jai-bataille-a-banque-conserver-nom-254998