lundi 21 octobre 2013

De l'indignation

"Il faut savoir contrôler ses nerfs quand on est ministre", voilà ce que dit Florian Philippot, numéro deux du F.N. à Christiane Taubira (1). Une tête de liste frontiste traite la Garde des Sceaux de singe et de sauvage, mais celle-ci doit rester digne et sans doute courber l'échine. Il ne viendrait pas à l'esprit du F.N. et de sa présidente de s'excuser auprès de la ministre. Ce n'est pas le genre de la maison. On a sa dignité. Alors quand la ministre qualifie le parti d'extrême droite de "mortifère", celui-ci riposte en déposant plainte contre elle en justice. Pas question de faire profil bas. L'indignation au F.N. est à géométrie variable. Ce qui est amusant avec lui, c'est que chaque fois qu'il veut démontrer qu'il n'est pas d'extrême droite, il use de méthodes qui prouvent qu'il l'est. Dès qu'il essaie de se composer un visage avenant, il ne peut s'empêcher de laisser s'échapper un rictus. On ne se refait pas.

Sur "l'affaire" Leonarda, qui fait les gorges chaudes de la presse et d'une bonne partie de la gauche, j'ai ressenti, comme beaucoup sans doute, un malaise. Je me suis réjoui qu'en ces temps pollués par la montée de l'extrême droite, les lycéens manifestent leur solidarité avec d'autres jeunes, quelles que soient leur nationalité et leur origine. Mais, découvrant comme tout le monde, que la famille n'aurait pas, loin s'en faut, suivi la voie de l'intégration et que les règles d'expulsion auraient été respectées, je ne peux que m'incliner. Les âmes vertueuses peuvent s'indigner, la main sur le cœur, les règles sont ce qu'elles sont et c'est précisément parce qu'il y a des règles - qui doivent être respectées par toutes les parties - qu'on évitera l'arbitraire. La position qu'a adoptée le président Hollande me paraît humaine. Quel autre choix aurait-il? Laisser revenir une famille qui se moque de la main que la République lui a déjà  tendue?
Sur ce sujet, un point de vue, qui m'apparaît assez équilibré et à contre courant de la "bien-pensance": celui  de Jean Matouk, économiste. Il est publié sur son blog, relayé par rue89:

Le Conseil constitutionnel a refusé le droit aux maires d'invoquer une clause de conscience pour refuser de célébrer un mariage homosexuel. On respire. Quelles auraient été les limites d'une clause de conscience? Aurait-on vu des maires refuser d'enregistrer la naissance d'un enfant parce que ses parents veulent lui donner un prénom qui ne serait pas traditionnellement français? Pas d'Ilan, d'Ibrahim, d'Amel ou de Leïla, mais uniquement des Albert, des Gaston, des Jeanne et des Chantal? Aurait-on vu des maires refuser un permis de bâtir sous prétexte que la maison ne serait pas construite en pierre de pays et selon des méthodes traditionnelles? Il est logique qui si on est incapable d'être de son temps et de respecter les lois de la République, on ne puisse être maire.

(1) JT de France 3, 20 octobre 2013, 19h30.

P.S. Toujours sur ce qu'on appelle "l'affaire Leonarda, ce billet de Daniel Schneidermann:
www.rue89.com/2013/10/22/leonarda-quand-pen-denonce-lepenisation-tele-246832

vendredi 18 octobre 2013

Avec un N comme Haine

La vie est difficile pour les militants frontistes aujourd'hui. Leur parti devient le premier de France dans les sondages. Le voilà devenu quasi normal. Mais eux ne peuvent s'exprimer normalement. Ils ne savent plus que dire et que taire. Ils éprouvent quelques difficultés à  faire la part des choses entre ce qu'ils pensent (voire doivent penser)  et ce qu'ils disent (peuvent dire). Ce qui se partage en réunion interne ne peut visiblement pas être exprimé à l'extérieur. Voilà qui est particulièrement complexe pour eux. La tête de liste de Rethel pour les prochaines municipales vient d'en faire les frais. Anne-Sophie Leclere avait comparé Christiane Taubira à un singe. Sur Facebook, elle montre Christiane Taubira "à 18 mois": l'image d'un singe. Et "maintenant": une photo actuelle de la Garde des Sceaux. Elle se défend face aux caméras de France 2 (Envoyé Spécial): "c'est une sauvage" avec "un sourire de diable". Diable! On se demande si la candidate du parti qui essaie de se dédiaboliser a un jour écouté parler Christiane Taubira, reine de la rhétorique à l'intelligence incontestée. On se demande où sont les sauvages, où est la civilisation.
D'autres candidats du F.N. se sont fait allumer aujourd'hui pour la bêtise de leurs propos (1).
Sans doute ne comprennent-ils pas pourquoi ils sont l'objet de ces attaques, voire de ces rejets. A.S. Leclere devra s'expliquer devant le conseil de discipline de son parti. Même ce bas-parleur de Le Pen père fait semblant de s'offusquer des propos de la candidate, lui qui n'est jamais avare d'un jeu de mots lamentable et de propos racistes. Mais explique-t-on la bêtise, surtout quand elle est le ciment entre militants?
Tous ces candidats vont bien finir par comprendre - à leur rythme - que ce qui se dit entre amis ne peut être écrit sur Facebook ou exprimé dans les médias. Même dans un parti normal. "Le mouvement étant soi-disant devenu un parti comme un autre, ne pas aimer les Noirs, les étrangers ou les musulmans est donc devenu une opinion comme les autres", écrit Claire Checcaglini dans "Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée" (2 - p. 218)). Dans ce livre rédigé, comme l'indique son sous-titre, par une journaliste infiltrée au F.N. en fausse militante, on voit combien, de la tête du parti aux plus obscurs militants, les opinions volent bas, entre antisémitisme, racisme, sexisme et homophobie.
Après quelques sorties sur les Juifs, sur les femmes et sur les S.D.F., un secrétaire départemental du F.N. reconnaît: "je suis un vrai salaud en fait, c'est pour ça que j'ai vraiment ma place au Front national (2 - p. 193). Des militants relaient des positions de négationnistes ou de l'ancien leader du Ku Klux Klan (2 - p. 262). D'autres sourient de ce que racontent leurs collègues sur des meurtres d'Arabes ou des abominations sur la négation de la Shoah. (2 - p. 109).
Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du F.N., n'est pas la dernière à rire des blagues de caniveau. Mais elle est de bon conseil  avec ses militants: "je sais que personne ne dit de bêtises. Mais ayez toujours en tête: je suis enregistrée. faites très attention y compris avec des gens que vous connaissez" (2 - p. 254). Les candidats du F.N. aujourd'hui pointés du doigt n'ont pas dit de bêtise, ils ont juste oublié d'être prudents.

La vie est difficile pour les affidés du F.N. aujourd'hui, y compris pour de vieux militants qui croyaient leur heure venue aux municipales. A Brignolles, le FN " a débarqué le candidat local, jugé incompétent pour affronter la presse nationale, a parachuté le Marseillais Laurent Lopez que Marine Le Pen est venue soutenir en personne" (3). "T'as envie de voter pour un type qui fait des salades?", demande un secrétaire départemental du F.N, considérant qu'il serait contre-productif de mettre un maraîcher sur ses listes. (2 - p. 195). "Au racisme antimusulman, s'ajoute donc un racisme social développé au sein même d'un parti prônant depuis  des années le rejet des élites", constate Claire Checcaglini. 
Le F.N., un parti normal?

Si l'on veut voir des fascistes qui s'assument, des hommes, des vrais, au parler franc, agressif et vulgaire, on regardera la vidéo suivante:
www.rue89.com/rue89-culture/zapnet/2013/10/17/proces-neonazi-norvegien-varg-vikernes-ferme-merde-246716
Ames sensible s'abstenir.

Face au vent d'hiver que fait souffler le F.N., les manifestations des lycéens en soutien aux jeunes expulsés sont rafraichissantes et printanières.

(1) voir le Grand Journal sur Canal + ce jour.
(2) éditions Jacob-Duvernet, 2012.
(3) Le Monde, 15 octobre 2013.

mardi 15 octobre 2013

Triomphe du café du commerce

Il est de bon ton de dire qu'on ne l'aime pas, qu'il déçoit. Ou plutôt qu'il a déçu. On en parle déjà au passé. François Hollande ne fait plus illusion, si tant est qu'il l'ait fait. Ce fut, en mai 2012, un choix par défaut dont aujourd'hui la plupart des électeurs français se défaussent. Ils ne voulaient plus du "teigneux monarque" (1) qu'était Nicolas Sarkozy, de son attitude rogue et suffisante, de sa vulgarité. Aujourd'hui, de  quoi rêvent-ils? D'un chef, un vrai, un fort un gueule? En tout cas pas d'un président trop normal, voire bonhomme. Avec Sarkozy, c'était "Au théâtre ce soir" tous les jours, le spectacle était permanent. Avec Hollande, c'est "Faut pas rêver".
Hollande perd des points dans les sondages chaque jour. Et les sondages mènent la France. Ils font la part belle à la fille à papa Le Pen.
Opinion publique (?) et médias s'accordent à dire que ce président est mou, que rien ne change, sauf l'espoir qui se désespère. Les Français sont grincheux et on ne le sait pas assez. Au point que le Journal télévisé de France 2 se sent obligé de leur donner la parole: "on va les écouter, cette France qui en a ras le bol, qui s'exprime. On ne les entend pas toujours", disait Laurent Delahousse le 22 septembre dernier dans le "13h15" (2). Et de donner la parole à  des réacs qui font le café du commerce à domicile. Dans son édition de demain, Charlie Hebdo exprime son "ras l'bol de la France qui en a ras l'bol". Ils râlent sur les impôts, sur l'insécurité, sur les jeunes, sur les Roms, sur les autres, sur le temps qu'il fait ou qu'il va faire. 
Et pourtant, même si on n'est pas hollandiste, on peut reconnaître au président normal et à son équipe quelques belles avancées. Le droit au mariage pour les couples homosexuels, malgré la résistance de réactionnaires particulièrement excités; la réforme annoncée du système pénitentiaire, qui tente de remplacer pour les peines les plus légères, la prison criminogène par une réparation qui ferait plus sens; les contrats de génération; les emplois d'avenir (des "emplois aidés" par les pouvoirs publics, critique l'opposition de droite, qui ne veut pas voir que c'est presque la seule solution en ces temps où le capitalisme, qu'elle défend, les supprime par milliers); le départ à la retraite facilité pour les carrières longues ou pénibles; l'interdiction du cumul des mandats; la création de huit mille nouveaux postes dans l'éducation (au déficit du secteur de la Défense qui perdra autant d'emplois); la garantie universelle des loyers. Bien sûr, il reste des motifs d'insatisfaction: une politique environnementale et énergétique à la traîne, le report sine die du droit de vote des étrangers, le redressement de l'économie, des projets aberrants comme celui de l'aéroport nantais...
Mais les avancées du gouvernement sont passées au bleu et le président est présenté comme inactif. Plantu, en première page du Monde de ce jour, le montre dormant sur ses dossiers. Une analyse populiste en quelques traits qui renforcent l'image. Car on est ici dans l'image, et presque uniquement dans l'image.
"La question principale, estime Denis Pingaud, conseil en stratégie d'opinion et de communication, auteur du livre L'homme sans com' (Seuil), est que les Français, particulièrement défiants vis-à-vis de leurs élites politiques, se mobilisent aujourd'hui autour de ceux qui leur paraissent les plus proches de leurs préoccupations par-delà même la pertinence de leurs propositions." (3) Derrière "ceux, il faut surtout voir "celle" qui  "paraît" ne pas appartenir à une élite qu'elle dénonce, elle qui est née avec une cuillère d'argent dans la bouche et qui sait, mieux que beaucoup d'autres, profiter d'un système qu'elle dénonce.
La politique est art du compromis et du dépassement de la complexité. Pour trop d'électeurs, elle est simple, voire simpliste, dans une société qui veut des réponses immédiates aux effets directement vérifiables. "Pour le gouvernement, dit Denis Pingaud, l'enjeu est désormais de faire comprendre le lien qui existe entre des décisions apparemment lointaines, macroéconomiques, souvent peu compréhensibles, et un quotidien proche marqué par l'angoisse du chômage et la peur du déclassement. C'est un exercice difficile qui suppose de quitter le seul registre de l'explication et de la pédagogie pour aborder celui de l'écoute et de la relation."


(1) expression de Patrick Rambaud dans "Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV", Grasset, 2013.
(2) cité par Luz, dans Charlie Hebdo, 2 octobre 2013.
(3) La Nouvelle République, 15 octobre 2013.

samedi 12 octobre 2013

Ravages du temps

A quoi reconnaît-on un grand homme? A ses réflexions. Alain Delon, cet Immense Acteur que les moins de trente ans ne doivent pas connaître, a fait savoir qu'il approuve et comprend fort bien la place très importante du FN en France. "Il faut vivre avec son temps", a-t-il affirmé. Faut-il en comprendre que si le temps est à la haine, il faut en prendre son... parti? Il a toujours été à droite, voilà qu'il a fait un pas de côté.
Son fils Anthony a trouvé "consternantes" les déclarations de son père. Ce à quoi celui-ci, témoignant de son incroyable capacité à argumenter et assurant ainsi que sa place est bien dans un parti d'extrême droite qui ne tolère pas la critique, a répliqué que "il ferait mieux de la fermer". Quel talent!

jeudi 10 octobre 2013

Ne dites pas extrême droite, dites droite extrême

Qu'y a-t-il à droite de la droite? Le premier quidam venu pense que c'est l'extrême droite. Pas Marine Le Pen à qui on ne la fait pas. Elle interdit à quiconque et aux journalistes en particulier de classer le Front National à l'extrême droite. Elle menace de procès. Une forme de terrorisme intellectuel typique de l'extrême droite. "Le FN surfe sur le trop-plein de politiquement correct, estime Jean-Yves Camus. Et il voudrait faire encadrer par les tribunaux ce qu'on a le droit de dire? Quelle blague!" (1).
Qu'est-ce donc que le Front National? Un rassemblement d'ultra-conservateurs, de jamais contents, d'égoïstes, de perdus, de vieux et néo-nazis, de racistes et d'antisémites qui ne peuvent plus dire qu'ils le sont mais n'en pensent pas moins, d'homophobes, de catholiques intégristes, de "braves" gens qui ont peur de leur ombre, de populistes et on en oublie sûrement. 
Tous ces gens-là savent-ils que leur cheffe bien aimée est étrangère? Etrangère aux valeurs républicaines d'accueil et de fraternité, à la diversité, au progrès, à la solidarité, à la foi en l'homme. Au-delà du positionnement, que le F.N. soit "sur Mars ou totalement à l'ouest", écrit Jean-Yves Camus, "l'important n'est pas d'où on parle, mais ce qu'on dit". Et de rappeler le programme du F.N.: octroi des aides sociales aux seuls citoyens français, priorité aux Français dans l'emploi et le logement, arrêt de l'immigration, rétablissement de la peine de mort, sortie de l'Europe. Avec le F.N., c'est la fuite en arrière.
"Le F.N. ne se veut ni de gauche ni droite", écrit J.Y. Camus, et voudrait faire du référendum permanent son mode de gouvernement. "Et là, dit-il, on est bien loin de l'extrême droite, mais on aboutit toujours au totalitarisme, au culte du chef et au Parti-Etat".
Ceci dit, lutter contre cette extrême droite qui essaie de faire un pas de côté vers la droite extrême ne suffit pas. Reste aux partis républicains à se distancer du virus F.N., à faire preuve d'imagination, de détermination et d'audace.
Heureusement, il y a Christiane Taubira. On en rêve comme présidente.


(1) Charlie Hebdo, 9 octobre 2013.

mercredi 25 septembre 2013

Vieille France

Que serait le monde sans la France? On se le demande. La civilisation ne serait peut-être pas encore à notre porte. Nous circulerions toujours en diligence, nous passerions des veillées avec nos voisins, nous nous soignerions avec des plantes. Et surtout nous ne connaîtrions pas la radioactivité. Il faut connaître la radioactivité pour apprécier la vie, c'est en tout cas ce que pensent les riverains de Tchernobyl.
Heureusement, il y eut la France. Dans une vidéo grandiloquente, le Ministère du Redressement productif (1) affirme que "la France se réinvente" et que "la France industrielle a donné au monde" la locomotive à vapeur, l'automobile, le deux-roues motorisé, l'aviation, le cinéma, la médecine moderne et la radioactivité. C'est oublier la baguette, le camembert, le pull breton et le béret basque. Que serait le monde sans le béret basque? C'est aussi oublier, souligne Xavier de Jarcy dans Télérama (2), le Britannique Richard Trevitchick, inventeur de la locomotive, les Américains Orville et Wilbur Wright, qui ne furent pas pour rien dans l'invention de l'aviation, et l'Allemand Carl Benz qui créa le premier véhicule à moteur autonome.
Mais ce sont là broutilles et ergotages qui n'altèrent en rien le génie français.
Dès lors, on se demande à quel moment la France s'est arrêtée de tourner. Elle semble aujourd'hui installée dans le conservatisme, loin derrière la plupart de ses voisins et de bien d'autres pays à travers le monde.
La France est peuplée de vieux qui s'ignorent.
Pour qui s'y installe venant d'un autre pays européen, la France ne manque d'offrir chaque jour son lot de surprises. Patrimoine et tradition priment sur toute innovation. 

Les paiements s'y règlent de préférence en chèques. Ne cherchez pas de numéro de compte sur une facture: le Français est convaincu que ce numéro est strictement confidentiel et que le divulguer risquerait de permettre à qui le connaît de vider ce compte.  Sur les factures, les relevés de banque et les tickets de caisse, les sommes en euros sont toujours converties en francs français, près de douze ans après le passage à l'euro.

Mais là n'est pas le pire. En France, l'euthanasie reste un sujet tabou. La consommation de cannabis pourrait pousser certains au rétablissement de la peine de mort. Le vote des étrangers, promesse de François Hollande,  est reporté aux calendes grecques.

La femme française n'est toujours pas l'avenir de l'homme. Elle est plutôt son chien fidèle. Quand on lui demande son nom, une femme mariée est priée de donner le nom de son mari. Le sien, c'est celui "de jeune fille", il n'est qu'accessoire.
Les noms de fonction ne sont toujours pas - contrairement à une vieille pratique en Belgique, en Suisse et au Québec - féminisés: en France, on parle d'un juge, d'un maire, d'un écrivain, même si c'est Madame. Madame le, surtout pas Madame la.

L'hystérie qui a gagné de nombreux Français face au projet de mariage pour tous, c'est-à-dire celui  des homosexuels, participe de cette France accrochée à ses traditions et son conservatisme. C'est la France des Racines sans Ailes. 
Mais le mariage homo devrait logiquement mettre fin au sexisme et à la phallocratie qui règnent dans l'administration. On ne baptisera pas d'autorité un membre d'un couple homo du nom de son conjoint, ce serait absurde. On peut donc espérer que le mariage homo fera avancer la cause et le droit des femmes et entrer la France dans le XXIe siècle.  



(1) www.redressement-productif.gouv.fr/
(2) "Qui c'est les plus forts?", Télérama, 25 septembre 2013.

vendredi 20 septembre 2013

Le loup et l'agneau

"Certains moutons s'interrogent: vaut-il mieux choisir l'homme ou le loup? Choisissons le moins sectaire." François Morel a consacré son billet de ce vendredi à l'avancée du loup en France. "Si l'on n'y prend garde, le loup sera le prochain maire." 
A écouter et faire écouter, pour ne pas se laisser glacer par le hurlement des loups dans les campagnes et les banlieues françaises: sur www.franceinter.fr, dans les émissions de ce vendredi 20 septembre, le billet de François Morel à 8h55.

lundi 16 septembre 2013

Bon sens ne peut mentir

Les braqués qui tirent sur les braqueurs sont des héros qui devraient être décorés. Il faut encourager les citoyens à faire justice eux-mêmes, pour lutter contre "l'ensauvagement de la France". C'est ce qui ressort des réflexions menées par les élus et les militants du Front national lors de leur université d'été (1). Ce qui nous amène à nous demander ce qu'est une université. Robert (le petit) affirme qu'il s'agit d' "un établissement d'enseignement supérieur constitué par un ensemble d'unités de formation et de recherche, d'instituts, de centres et de laboratoires de recherche". Ainsi donc les analyses scientifiques menées par les chercheurs du Front national les amènent à produire des réflexions que n'importe quel Texan ras de front est capable de formuler: il faut toujours tirer le premier. L'université d'été du Front national explore le bon sens. C'est le bon sens qui affirme que seule la violence peut combattre la violence et qu'il est parfois prudent de tirer dans le dos. 
Le bon sens n'est évidemment pas du sectarisme. C'est pourquoi François Fillon qui a les pieds sur  terre n'est pas sectaire. Son parti, l'UMP, n'appellera à voter, lors de seconds tours dont il ne serait pas, que pour le parti le moins sectaire, le FN ou un autre parti. 
En 2002, le PS avait appelé à voter pour Jacques Chirac au second tour des présidentielles pour faire barrage à l'inquiétant et éructant Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui, Fillon n'hésite pas à tirer dans le dos du PS. Ainsi le veut le bon sens.
Quant à l'UDI de Jean-Louis Borloo, il refusera d'appeler à voter tant pour l'extrême droite que pour l'extrême gauche, entre lesquels il ne fait aucune différence. Suggérons aux militants de l'extrême centre et à François Fillon de lire "Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée" de Claire Checcaglini (2). On y découvre la stupidité abyssale de militants et de responsables du F.N., leur haine des Juifs, des Arabes, des Roumains, des homosexuels et toute personne qui n'est pas comme eux. Mais n'y voyons aucun sectarisme. Juste du bon sens. 


(1)
www.rue89.com/2013/09/15/bijoutier-nice-doit-etre-decore-quand-fn-celebre-les-citoyens-flics-245709
(2) éditions Jacob-Duvernet, 2012.

lundi 9 septembre 2013

Comprend qui peut

La France comique s'est souvent incarnée dans des duos: Roger Pierre et Jean-Marc Thibaut, les Frères Ennemis, Grosso et Modo, Chevalier et Laspallès. Elle a aujourd'hui Eric Ciotti et Christian Estrosi. Ils  sont sans conteste de type français. Ils sont eux aussi les fils spirituels de Louis Figuier qui écrivait en 1878 que "au point de vue intellectuel, le Français se distingue par une promptitude et une activité de conception vraiment hors ligne. Il comprend vite et bien. Une nuance de sentiment vient s'ajouter à son activité intellectuelle. A cet ensemble de qualités de l'esprit et du cœur, joignez une dose très prononcée de raison, un jugement solide et une véritable passion pour l'ordre et la méthode, et vous aurez le type français." (1)
Eric Ciotti et Christian Estrosi, tous deux élus UMP, se sont publiquement scandalisés que, en ouverture des Jeux de la Francophonie samedi dernier dans leur bonne ville de Nice, le rappeur Kery James ait été invité à chanter "Banlieusards" (2). "Une chanson scandaleuse et inappropriée qui appelle à la révolution dans les banlieues", estiment-ils. Leur dose très prononcée de raison, leur jugement solide et surtout leur véritable passion pour l'ordre et la méthode leur ont permis de voir clair. On ne la leur fait pas, à eux. Jésus a dit "lève-toi et marche!", ils appliquent cet ordre tous les jours au saut du lit. Mais quand Kery James prononce la même phrase, ce ne peut être que pour mettre les banlieues à feu et à sang. Quand Kery James serine en refrain que "on n'est pas condamnés à l'échec", ils comprennent qu'il invite les jeunes à mettre les banlieues à feu et à sang. Quand Kery James dit qu'il ne veut pas brûler des voitures, mais en construire et en vendre, ils comprennent qu'il appelle à mettre les banlieues à feu et à sang. Cette chanson, presque trop gentille, positive et volontariste, qui "rêve d'une France unifiée", qui incite les jeunes à refuser la fatalité, à se bouger, pour sortir d'une culture de l'échec, à "apprendre, comprendre, entreprendre", Estrosi et Ciotti la voient comme une menace. Ce en quoi ils ont raison: "si le savoir est une arme, dit Kery James, soyons armés, car nous sommes désarmés". Si les jeunes des banlieues devenaient tous armés, c'est-à-dire cultivés, critiques et actifs, s'ils connaissaient la réussite, que resterait-il du type français? Il serait condamné à l'échec.

(1) lire "Le type français", su ce blog, 24 août 2013.
(2) www.rue89.com/rue89-culture/zapnet/2013/09/08/chanson-kery-james-agace-eric-ciotti-245522

samedi 7 septembre 2013

Miroir, dis-moi qui est la plus belle

La communication est décidément bien difficile entre les politiques et les journalistes. Les premiers reprochent aux seconds de déformer leurs propos, de les sortir de leur contexte, de rechercher le scoop à tout prix.
Dernier exemple en date: Ségolène Royal. L'hebdomadaire Le Point publie une interview d'elle sur deux pages. La dame à l'ego royal y dit combien le rôle de présidente de l'Assemblée nationale était taillé pour elle: "ça n'aurait pas été mauvais pour le pouvoir que ce soit moi la présidente de l'Assemblée". Mais elle sait qu'on la redoute: "j'ai du charisme, de l'aura, du poids. Au gouvernement, je leur ferais de l'ombre", dit-elle.  Elle s'aime bien, se voit en "personnage sécurisant" et n'aime pas les autres: Martine Aubry, Claude Bartolone, Delphine Batho en prennent pour leur grade. Et c'est normal, puisque les autres lui piquent ses idées. Et ils ne s'en rendent même pas compte. Elle en rit, mais elle ne leur fera pas la guerre, puisqu'elle ne veut pas "remugler (sic) le passé".
La journaliste du Point rapporte dans son magazine toutes ces hautes réflexions dont il eût été dommage que nous n'eussions pas connaissance. Il faut croire qu'à leur lecture ou aux coups de fil qu'elle a reçus, Ségolène Royal a compris qu'elle avait émis quelques bêtises. La voilà qui se plaint de l'incompétence de la journaliste, incapable de retranscrire ses propos. D'ailleurs, affirme-t-elle, "je n'ai donné aucune interview au Point ni en ai sollicité une". On la croit volontiers,  on ne l'imagine pas une seule  seconde rechercher une interview. La modestie de S'Ego ne le souffrirait pas.

lire
- "Royal dénonce les propos que lui fait tenir Le Point", La Nouvelle République, 6 septembre 2013. 
- www.lepoint.fr/politique/segolene-royal-au-gouvernement-je-leur-ferais-de-l-ombre-04-09-2013-1720978_20.php