mercredi 23 mars 2022

Nostra culpa

L'homme occidental reste profondément imprégné de judéo-christianisme, marqué à jamais par le péché originel. Tout drame qui arrive à autrui nous est (au moins partiellement) imputable. Il en va ainsi de l'islamisme : si des crimes sont commis au nom du Prophète, c'est évidemment du fait de notre passé colonial et de notre racisme. Bref, de notre islamophobie.
Et il en va ainsi aujourd'hui de la brutalité de Poutine et de ses troupes en Ukraine : nous l'avons provoquée par notre prétention, notre légèreté, notre incapacité à écouter la douleur d'un chef d'Etat qui souffre de ne pas être empereur.
C'est là être sourd et aveugle à l'Histoire, autant récente qu'ancienne. « Poutine, l’agresseur de l’Ukraine, n’est pas le produit de l’extension de l’OTAN ni des humiliations de l’Occident », explique Alain Frachon dans un éditorial du Monde (1). 

Les Occidentaux sont coupables d'avoir « abandonné » la Russie depuis la chute de l'URSS, puis n’ont cessé de l' « humilier », affirme l’historienne Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française. "Dans sa folie guerrière, le président Poutine serait l’enfant de cet environnement : un affectif blessé", écrit Alain Frachon.
Il invite à se pencher sur l'Histoire récente : "Sous la pression des Etats-Unis, la Russie entre en 1992 au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale : elle obtient des dizaines de milliards de dollars de prêts continus dans les années qui suivent. Elle rejoint le Conseil de l’Europe en 1996, puis le G7 en 1997 (qui devient G8) (...). Moscou bénéficie du soutien de Washington lors de la crise du rouble en 1998 et d’une assistance financière d’urgence de Bruxelles. Sans compter le partenariat Russie-OTAN mis en place, au moins formellement, dès 1991. Un traitement offensant ? Du mépris et de l’arrogance, il y eut, certes – notamment de la part des Etats-Unis durant les guerres des Balkans. Mais la balance ne penche pas du côté de l’humiliation".

Alain Frachon examine aussi l’explication de la guerre actuelle par l’extension de l’OTAN. "C’est la thèse officielle entendue à Moscou, mais aussi ailleurs. Stratège avisé et prévoyant, Poutine met la main sur l’Ukraine parce qu’elle pourrait un jour rejoindre l’OTAN et, forte de cette appartenance, partir à la reconquête de la Crimée et du Donbass (...). Si l’OTAN a admis en 2008 que Kiev avait vocation à la rejoindre, l’Alliance se refuse toujours à ouvrir la procédure d’adhésion."
Autre explication concomitante qu'examine Alain Frachon : aux Etats-Unis, l’école néoréaliste en politique étrangère estime que "l’histoire, la géographie et la culture font que la Russie a inévitablement droit à une ceinture de sécurité autour d’elle et, dans cette zone, les Etats et les peuples concernés doivent savoir que leur souveraineté est limitée. La situation de l’Ukraine détermine son destin politique : une forme de vassalité. La classe politique ukrainienne aurait dû intégrer cette dimension, dit l’école néoréaliste occidentale, sauf à risquer un conflit avec le Kremlin. Un néoréaliste aussi brillant que John Mearsheimer, grand professeur à l’université de Chicago, invoque la nécessaire prise en compte des intérêts de sécurité de la Russie – pas de ceux de ses voisins". (...) "Le problème avec l’école néoréaliste, c’est qu’elle pense que Poutine pense comme elle – en termes de (sage) raison d’Etat. Une part de la réalité « réelle » échappe aux néoréalistes : ils sous-estiment toujours la force de l’idéologie. Convaincu qu’une majorité d’Ukrainiens partage son opinion, le président russe a dit et écrit que l’Ukraine n’existe pas : elle fait partie de la Russie." Et tant pis si la volonté des Etats et des peuples à disposer d'eux-mêmes est écrasée sous les bottes de Poutine.

Il y a une autre explication : celle du despotisme : "enfermé dans sa bulle de mensonges, l’autocrate, convaincu de sa supériorité intellectuelle, n’écoute plus que ses fantasmes. Il sera le tsar des temps modernes, celui qui va « restaurer la Russie dans son intégralité historique ». Tel est le Poutine que décrit l’agence officielle Novosti dans un article célébrant un peu vite, fin février, la conquête de l’Ukraine par les troupes russes – l’article a, depuis, été retiré."
"La réalité, la vraie, échappe au missionnaire Vladimir Poutine, écrit encore Alain Frachon, comme la réalité irakienne, la vraie, avait échappé aux néoconservateurs américains entourant George W. Bush en 2003. Le président russe n’est pas sur la défensive en Ukraine contre une éventuelle et improbable adhésion de ce pays à l’OTAN. Il est à l’offensive au service de la restauration de la Grande Russie, comme dit Novosti, son agence de presse. Sur le site du New Yorker toujours (le 3 mars), Stephen Kotkin, éminent spécialiste américain de la Russie, situe Poutine dans une continuité russe ininterrompue. L’agresseur de l’Ukraine « n’est pas le produit de l’extension de l’OTAN » ou des humiliations que l’Occident aurait infligées à la Russie, dit Kotkin. Cette guerre relève d’une « permanence historique russe » – cette insatiable et mystérieuse « volonté d’expansion » d’un pays qui est pourtant le plus vaste Etat de la planète et potentiellement l’un des plus riches."

Aujourd'hui, certaines personnalités politiques, en France et ailleurs en Europe, feignent de s'étonner : le Poutine 2022 n'est pas celui qu'ils ont connu. La brute épaisse qui massacre les Ukrainiens aurait donc remplacé un démocrate qui a mis la Tchétchénie à feu et à sang, terrorisé la Syrie en soutenant ce brave Assad ? Comme le disait de manière cinglante Sophia Aram récemment, "la seule véritable surprise c’est qu’il aura fallu qu’il massacre l’Ukraine pour comprendre ce qu’il avait déjà réalisé en Tchétchénie et en Syrie. Parce que la surprise, ce serait quoi ? Qu'un dictateur qui a passé ses vingt-deux premières années de pouvoir à éliminer ses opposants, envahir et annexer ses voisins, tuer des centaines de milliers de civils et bombarder des centaines d’hôpitaux, d’écoles, de maternités, de musées, de mosquées et d’églises puisse continuer à le faire … en Ukraine ? C'était quoi l'idée, qu'il allait se lasser ? Qu'avec l'âge et les amphétamines il allait oublier ce qu'il avait dit qu'il continuerait à faire ? A ce niveau de naïveté on peut commencer à parler de connerie, voire de complicité non ?" 

Arrêtons de nous flageller et de trouver des excuses à ce criminel de guerre. De guerres.

Post-scriptum : Alexis Corbière, député de La France insoumise, estime que Poutine a changé. Celui d'aujourd'hui est différent de ce qu'il était il y a quelques mois encore. Peut-on inviter Corbière à discuter avec les Tchétchènes, les Géorgiens, les Syriens, les opposants russes ? Dans quelle bulle vivait Corbière ces vingt-deux dernières années ?
https://www.huffingtonpost.fr/entry/pour-alexis-corbiere-le-poutine-daujourdhui-nest-pas-le-meme-quil-y-a-quelques-mois_fr_623c3671e4b009ab930253db

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/17/poutine-l-agresseur-de-l-ukraine-n-est-pas-le-produit-de-l-extension-de-l-otan-ou-des-humiliations-de-l-occident_6117934_3232.html
(2) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-14-mars-2022

A voir : "Rozy / Donbass" par le groupe ukrainien Dack Daughters (2013) :  
https://www.youtube.com/watch?v=6wCgZh-nczY

lundi 21 mars 2022

Dieu de sang

Dieu est amour, dit-on. On a du mal à y croire, tant l'Histoire a connu de guerres, de massacres, de tortures perpétrés au nom d'un dieu ou l'autre. L'Eglise orthodoxe russe est du côté de la guerre. Son dieu est de sang et de feu. Dernièrement, le patriarche Kirill de Moscou soutenait la guerre brutale que mène son pays en Ukraine. Elle place la Russie "du côté de la lumière, du côté de la vérité de Dieu, du côté des commandements divins". (1) Kirill a une vision de la lumière, très particulière, il ne doit pas exister de lumière plus noire. La Russie, selon lui, a raison face à un Occident "décadent" et "pécheur". Cette guerre dépasse la politique. "Il s'agit du Salut de l'homme, de la place qu'il occupera à droite ou à gauche de Dieu". Si Kirill respecte l'injonction christique "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", c'est qu'il se hait.

Ces déclarations ne sont surprenantes, affirme la philosophe Veronica Cibotaru (2), "que si l'on méconnaît l’idéologie anti-occidentale que les hiérarques de l’Eglise russe tâchent de propager depuis de nombreuses années en Russie, dans son espace canonique mais aussi dans le monde occidental. Pour cela l’Eglise russe dispose d’importants moyens médiatiques, tels que de nombreux réseaux sociaux et des émissions de télévision qui sont retransmises sur YouTube, et souvent aussi traduites."
Quelques jours avant le début de la guerre, le métropolite Hilarion (président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou) déclarait que les Russes devaient être protégés de la propagande des « valeurs » occidentales, valeurs qui selon lui résideraient dans un libéralisme sexuel immoral car opposées à l’ordre divin. Il est curieux, constate Veronica Cibotaru, "que les hiérarques de l’Eglise russe aient une approche somme toute si réductrice de la question de la moralité, axée de façon presque obsessionnelle sur la sexualité, et notamment sur les formes de sexualité considérées comme étant déviantes. Ce qui ressort en tout cas de leur discours, ce n’est pas uniquement une dénonciation de ces pseudo-valeurs, mais une véritable posture défensive : l’Eglise russe se doit de défendre la Russie ainsi que son espace canonique de cette destruction de l’ordre moral".
La philosophe estime qu'on n'a pas assez insisté sur la dimension défensive et donc guerrière de cette idéologie. "Cette dimension est particulièrement dangereuse si l’on prend en compte les rapports étroits qui unissent l’Eglise russe et le pouvoir russe actuel." Elle note cependant que de nombreux prêtres et hiérarques, orthodoxes et catholiques, se sont exprimés depuis le début de la guerre en faveur de la paix, en appelant les fidèles à la prière.
Le pape François, lui, dénonce une "inacceptable agression armée" et qualifie de "barbare" le "massacre d'enfants et d'innocents". Il appelle à la fin de la violence. "Au nom de Dieu, que les cris de ceux qui souffrent soient entendus et que les bombardements et les attaques cessent."

Cette position isole le patriarcat de Moscou: "de nombreuses églises orthodoxes se distancient de lui, inaugurant de nouveaux équilibres au sein de l'orthodoxie mondiale", estime l'historien Jean-Benoît Poulle (1). "Une Eglise peut-elle être fondée sur le rejet de l’autre, que ce soit le rejet d’un groupe de personnes ou d’un espace culturel , interroge Veronica Cibotaru ? Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de développer une théologie orthodoxe de la paix qui puisse nous rendre vigilants face à tout ce qui peut mener vers de telles atrocités."

Récemment, en Biélorussie, des femmes ont été arrêtées pour avoir prié pour la paix dans une église. Si elles avaient prié pour la guerre, seraient-elles libres ?

(1) "Le pape François muscle son discours envers Moscou", La Libre Belgique, 15.3.2022.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/03/20/eglise-orthodoxe-russe-une-ideologie-qui-est-en-partie-responsable-de-la-guerre-qui-sevit-actuellement-en-ukraine_6118318_3232.html

jeudi 17 mars 2022

Contorsionnistes

Ils sont nombreux celles et ceux qui, aux extrémités de l'échiquier politique, voyaient d'un œil bienveillant, voire admiratif, le monstre froid du Kremlin. C'était pour eux le modèle du chef. Aujourd'hui, ils se contorsionnent pour tenter d'expliquer qu'on les a mal compris, rarement pour avouer qu'ils se sont trompés.

L'extrême droite voyait le tsar "comme le symbole d’une autre Europe, écrit Le Monde (1). Une Europe de l’identité chrétienne face au mythe du grand remplacement. Une Europe de la souveraineté nationale face aux technocrates de Bruxelles. Une Europe des valeurs conservatrices et virilistes contre des avancées sociétales honnies." Face à l'indignation qu'a suscitée partout en Europe la brutale intervention russe en Ukraine, face aux milliers de morts qu'elle a déjà causés, Zemmour et Le Pen ont dû changer leur discours. Zorglub avait même pris le pari sur un plateau de télé que jamais Poutine n'envahirait l'Ukraine. Pari perdu. Il aurait dû mettre en jeu sa participation à l'élection présidentielle. Il dévisse néanmoins dans les sondages. Ce qui n'est pas le cas de sa concurrente, la fille à papa Le Pen, si fière d'avoir rencontré son maître. Au point que dans un document de campagne, elle avait publié une photo d'elle avec lui. Document tiré à plus d'un million d'exemplaires qu'elle a fait mettre à la poubelle. A cause d'une faute d'orthographe, assure son parti. Au RN, une faute politique s'appelle faute d'orthographe.
En Grande-Bretagne, Nigel Farage, fondateur de l’ancien parti d’extrême droite Ukip, avait déclaré en 2014 : "Poutine est le leader que j’admire le plus". Il a changé d'avis. 
En Belgique, le Vlaams Belang, "longtemps admiratif du projet politique du dirigeant russe, a hésité à tourner le dos à la Russie, avant de voter une résolution condamnant Moscou". Mais le parti est divisé.
En Hongrie, le premier ministre Orban "navigue difficilement entre sa proximité affichée avec M. Poutine et sa condamnation de l’offensive. S’il soutient les sanctions, il refuse de livrer des armes et n’a autorisé qu’en catimini un déploiement de l’OTAN sur son territoire. Pour justifier cet équilibre précaire, il se présente comme un défenseur du camp de la paix". Quel courage !
"A travers l’Europe, d’autres représentants de ce courant idéologique oscillent entre une position d’équilibre et des condamnations sans réserve, quand ils n’ont pas choisi, plus rarement, mais de manière plus cohérente, de persister dans leur soutien à la Russie." Plusieurs de ces partis ont bénéficié de financements russes. Faudrait-il y voir un lien avec leurs contorsions pathétiques ?

Certains des admirateurs du psychopathe du Kremlin tombent carrément dans le ridicule. Matteo Salvini, leader de l'extrême droite italienne et ancien ministre, considérait encore récemment Poutine comme « le plus grand chef d’Etat » du moment. Il soutenait d'ailleurs l'annexion de la Crimée. Plutôt que de se faire discret, le coq milanais s'est rendu dans la petite ville polonaise de Przemysl, à deux pas de la frontière ukrainienne, en compagnie de représentants d'organisations humanitaires. Le maire de la ville lui a offert un tee-shirt blanc à l’effigie du président russe. "Je considère cela (cette visite) comme une insolence de votre part, a-t-il déclaré, aussi ai-je décidé de vous offrir un maillot à l’effigie de votre ami Poutine et de vous inviter à visiter un centre de réfugiés dans lequel se trouvent des milliers de victimes de cette guerre. » Ce t-shirt faisait référence à celui que Salvini avait arboré fièrement sur la Place rouge et au Parlement européen. "Vergogna !",  "Buffone !" Le coq n'a pu que battre en retraite, la crête en berne.
Beppe Grillo, du Mouvement 5 Etoiles, fait moins le fier, se concentrant courageusement sur la défense des animaux, histoire de faire oublier ses positions pro-russes.

Côté gauche radicale, MélenChe porte l'idée du "non-alignement". Il condamne l'intervention russe mais réussit à la trouver compréhensible. « La Russie en porte toute la responsabilité », écrit-il, mais il considère cette guerre comme « un rebondissement d’une de ces guerres sans fin qui, depuis Pierre Le Grand et Catherine II, tenaillent les peuples du secteur ». Si demain un pays de l'Union européenne en agressait un autre, Mélenchon pourrait aisément ressortir le même constat fataliste. Après tout, que sont septante ans de paix dans l'histoire guerrière de l'Europe ?
« Poutine a dû comprendre que la décision [américaine d’intégrer l’Ukraine dans l’Otan] était déjà prise », écrit encore le Che français. Comprenons par là qu'il a dû, comme l'analyse Marc-Olivier Padis (3), "prendre les devants sur une offensive américaine dont il avait annoncé qu’il la considérerait comme une agression, par une action préventive rétablissant par avance un équilibre que le candidat insoumis considère comme légitime. Cette hypothèse sortie de nulle part («tout cela se déduit facilement de l’observation», explique-t-il) ne fait rien d’autre que reprendre à son compte le discours victimaire de Poutine, selon lequel la pression de l’Otan sur les frontières de la Russie désigne son pays comme une victime de l’Occident acculée à une légitime défense : si Poutine envahit l’Ukraine, c’est de la faute de Biden".
"Contrairement à ce que disent les fascinés de Poutine, renchérit l'ancien ministre français Stéphane Le Foll (4), la progression de l’Otan n’est pas la cause de l’intervention russe. Ce n’est pas l’Otan qui a déterminé Poutine, mais l’intérêt grandissant des peuples de l’ancien régime soviétique vers l’Europe et son modèle démocratique." Mais que valent les peuples, méprisés par ceux dont l'anti-américanisme leur tient de seule grille d'analyse ? Les peuples ne peuvent être que manipulés.
"La gauche est profondément divisée, car les positions de Jean-Luc Mélenchon rendent impossible toute union pour l’avenir, conclut Stéphane Le Foll. L’avenir de la gauche ne se trouve ni dans le souverainisme anti-européen ni dans la complaisance envers des régimes autoritaires, en particulier celui de Vladimir Poutine. La gauche doit plus que jamais rester européenne et internationaliste, respectueuse du droit international et de ses institutions. La gauche doit réaffirmer son attachement à lutter contre le nationalisme, à défendre la liberté et à la démocratie."

Non-aligné, n'est-ce pas un synonyme de munichois ?

  (1) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/10/en-europe-l-extreme-droite-s-efforce-d-inflechir-son-discours-sur-la-russie_6116947_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/10/quand-matteo-salvini-tente-de-faire-oublier-son-admiration-pour-vladimir-poutine_6116910_3210.html
https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/guerre-en-ukraine-matteo-salvini-rattrape-par-son-passe-pro-poutine-lors-de-sa-visite-en-pologne_4999824.html
(3) https://tnova.fr/democratie/international-defense/melenchon-poutine-et-lhistoire/
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-positions-de-jean-luc-melenchon-sur-lukraine-rendent-impossible-toute-union-pour-lavenir_fr_62288042e4b0dd8abd5b6308

lundi 14 mars 2022

Néandertal, le retour

Six espèces humaines coexistaient il y a trois cent mille ans, quand homo sapiens a commencé à évoluer. Et peu à peu à s'imposer. "Curieusement, écrit Kate Ravilious dans The New Scientist (1), ce sont peut-être certaines de nos plus grandes vulnérabilités - notre dépendance vis-à-vis des autres, notre aptitude à la compassion et à l'empathie - qui nous ont donné l'avantage." Homo sapiens vivait dans des groupes plus importants que les autres humains et pouvait former des groupes au-delà de son cadre immédiat. Il savait s'adapter aux circonstances. "Notre besoin affectif nous a poussés à entrer en contact avec les autres", estime l'archéologue Penny Spikins. Le sens du groupe nous a rendus plus résistants et "a permis à l'être humain de chasser des animaux dangereux tout en vivant avec les conséquences en matière de risques de blessures. Et cela a allongé la durée de vie, donnant aux grands-parents la possibilité de s'impliquer dans l'éducation des plus jeunes et de leur transmettre leur savoir et leurs compétences."
Peu à peu, homo sapiens a étendu ses réseaux, a multiplié les interactions entre groupes et a ainsi acquis des comportements et des inventions auprès de groupes voisins, ce qui a pu aider à sa survie, affirme le paléoanthropologue Chris Stringer. 
Les néandertaliens, eux, parfois décrits comme ayant l'air de brutes, avaient un mode de vie isolé, ce qui leur a coûté cher. Aujourd'hui, on croit voir néandertal se réincarner en un autocrate brutal qui veut à toute force conquérir un territoire, dût-il en faire un champ de ruines et un cimetière. Qui dira à Vladimir Poutine que néandertal n'a pas d'avenir ?

(1) "Mon ami Sapiens"Kate Ravilious, The New Scientist, 24.11.2021, in Le Courrier international, 10.2.2022.

jeudi 10 mars 2022

Hommage à Lop

Pour éviter les candidats fantaisistes, le système français prévoit que tout candidat à l'élection présidentielle soit présenté par au moins 500 élus (parlementaires, membres de conseils régionaux et départementaux ou maires). Depuis que les signatures sont rendues publiques, beaucoup d'entre eux évitent de faire un choix de peur de choquer leur électorat. Douze candidates et candidats cependant ont obtenu leurs parrainages, Certains in extremis. D'autres ne les ont pas obtenus. Des observateurs s'interrogent : faut-il modifier ce système ? Et si oui, comment ? (1)

Si le système actuel avait été d'application sous la IVe République, Ferdinand Lop n'aurait sans doute pas pu être candidat. C'eût été dommage.
Ce journaliste, dessinateur, écrivain et poète - qui nommait ses adversaires les anti-Lop - fut candidat aux élections de 1945 à 1958. Ses slogans : « Tous pour le Front Lopulaire ! » et « Au char de l’État, il faut la roue d’un Lop ».
Son programme était séduisant : extinction du paupérisme à partir de 22h ; construction d'un pont de trois cents mètres de large pour abriter tous les clochards ; prolongement de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et extension du boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer ; raccourcissement de la grossesse de neuf à sept mois ; octroi d'une pension à la femme du soldat inconnu ; aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ; suppression du wagon de queue du métro ; installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l'air pur (on notera que ce dernier point de son programme a été réalisé par d'autres que lui, bien qu'il soit peu probable que les habitants profitent de l'air pur).
Après les élections législatives d'octobre 1945, Ferdinand Lop remonta le « Boul Mich » dans une voiture décapotable, saluant ses électeurs, ou plutôt son électeur : lui-même.

On dénonce aujourd'hui la vision passéiste de plusieurs candidats à l'élection 2022. Il nous manque des visionnaires tels que Lop. 

(1) Arte, 28 minutes, 21.2.2022

lundi 7 mars 2022

Le suicide russe

C'est un homme qui aime faire peur, qui fait peur et qui a peur. Vladimir Poutine s'est isolé, n'accordant plus sa confiance qu'à une poignée de personnes. "Poutine vit désormais dans une bulle de verre à sa résidence de Novo-Ogaryovo, dans les environs de Moscou", entouré d'une garde rapprochée parfaitement sous contrôle", écrit la journaliste tchèque Petra Prochazkova (1). "Il ne redoute pas seulement une contamination potentielle (au Covid-19), mais aussi plus symboliquement, un monde semblable à une maladie infectieuse, avec lequel il ne s'entend pas." Il y a longtemps, dit-elle, qu'il a perdu contact avec la réalité, la pandémie n'ayant fait "qu'amplifier le gouffre qui le sépare du monde des gens normaux, y compris des politiques, des hommes d'Etat et des journalistes". Il se tient loin des réseaux sociaux et ne se confierait plus à la plupart de ses conseillers. Ce "petit homme à l'ego démesuré" (comme l'a qualifié la journaliste russo-américaine Masha Gessen) surestime ses capacités et celles de son pays, "convaincu que la Grande Russie saura faire face aux sanctions les plus dures". Il est aujourd'hui "l'homme politique le plus seul sur la planète" perçu "comme un menteur et un agresseur", estime le journaliste bulgare Svetoslav Terziev (2).

Tout lui paraît possible. "Les frontières de la Russie ne s'arrêtent nulle part", a un jour déclaré Poutine (3). Et il est devenu l'incarnation du culot et de la mauvaise foi érigés en valeurs suprêmes et indiscutables. Il compare les sanctions qui frappe la Russie à une "déclaration de guerre". On en rirait si la situation n'était pas aussi dramatique pour l'ensemble de l'Ukraine. Car lui évidement ne mène pas de guerre, juste une opération militaire que refuse de comprendre le monde entier. Il se dit prêt à dialoguer si la partie adverse accepte toutes ses exigences (4). Le Larousse définit le dialogue comme une "discussion visant à trouver un terrain d'entente". Dans la langue poutinienne, dialogue se dit oukase.
Il n'a que mépris pour les peuples. Le sien et ceux des pays qu'il a déjà placés sous son joug. Déjà plus de dix mille Russes ont été arrêtés pour avoir critiqué cette guerre qui n'est pas la leur. Les journalistes sont à présent menacés de quinze ans de prison s'ils qualifient de guerre l'intervention militaire russe en Ukraine.
Les Occidentaux, l'OTAN, l'U.E. ont sans doute manqué de jugement et pêché par arrogance - et par naïveté - vis-à-vis de la Russie après la chute du régime soviétique. Mais si certains pays se tournent vers l'ouest, c'est que leurs populations dans leur grande majorité ne veulent plus de la Russie, n'ont pas oublié l'extrême souffrance que fut pour elles le régime soviétique et savent que la Russie de Poutine n'est pas et ne sera jamais une démocratie. 

Poutine est comme Assad : il sera fier d'une victoire à la Pyrrhus, fier d'être président d'un champ de ruines, voire d'un cimetière.
"Cette tentative de la part de mon Etat – d’une ampleur inouïe, irrationnelle, et qui causera sa propre perte – de détruire l’Etat ukrainien n’a aucun fondement historique, stratégique, ni même pragmatique, sans parler de fondements éthiques ou simplement humains." C'est ce qu'écrit l’écrivain russe Andreï Dmitriev (5) qui a vécu en Ukraine de 2012 à 2020. "Il ne s’agit pas des intérêts de la Russie ou de ses dirigeants, mais d’une démarche suicidaire, d’une prise de risque mortel pour tout le monde. On est prêt à tous les sacrifices, prêt à payer n’importe quel prix… pour quoi ? au nom de quoi ?… Nous avons là un cas stupéfiant d’autosuggestion." Cette guerre s'est bâtie sur le mensonge. "Ayant inventé leur propre méchante bête géopolitique, nos dirigeants, pourtant adultes, se sont mis à croire à la réalité des griffes et des dents d’un Occident imaginaire qui s’apprêterait à anéantir la Russie – sans même se demander pourquoi, s’il en est ainsi, ce même Occident avait, en 1994, demandé à l’Ukraine de faire confiance à la Russie en renonçant à son arsenal nucléaire. Ils se sont mis à croire à l’existence d’un « projet Ukraine » antirusse, en multipliant jour après jour des « preuves » diverses et variées, les unes aussi fausses que les autres. Cette propagande vénéneuse, au début destinée à la population, a fini par les empoisonner. Je ne suis pas le seul à estimer que les auteurs du mensonge en sont arrivés à le prendre eux-mêmes pour la vérité – aujourd’hui, cette hypothèse baroque est presque devenue un lieu commun."
En détruisant l'Ukraine, c'est elle-même que tue la Russie. "Impossible de faire la guerre à l’Ukraine, écrit encore Andreï Dmitriev. Impossible de la vaincre. Même en éradiquant en soi-même les restes d’humanité dans les efforts pour détruire l’Ukraine, on finira par détruire un autre pays et seulement lui : la Russie. En attendant…"
En attendant, ce suicide est et sera un désastre pour la planète.

(1) Petra Prochazkova, "Au Kremlin, un monarque isolé entouré d'une cour de généraux", Denik N (Prague), 25.2.2022, in Le Courrier international, 3.3.2022.
(2) Svetoslav Terziev, "Naissance d'un paria", Le Courrier international, 3.3.2022.
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/098406-000-A/poutine-le-retour-de-l-ours-dans-la-danse/
(4) https://www.lalibre.be/international/europe/2022/03/04/le-dialogue-nest-possible-que-si-toutes-les-exigences-russes-sont-acceptees-avertit-poutine-KJVSHV7ZGZHFFB7G6KXASTNACY/
(5) https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/03/03/andrei-dmitriev-des-annees-de-contreverites-corrosives_6116041_3260.html

vendredi 4 mars 2022

Solidarité

 Rassemblement de solidarité avec le peuple ukrainien devant la mairie de Bélâbre (36), ce 3 mars 2022.

Avec les maires de Lignac, Bélâbre, Saint-Hilaire-sur-Benaize, Chalais et Mauvières.


La guerre que mène Poutine à l'Ukraine provoque des manifestations même dans des pays qui le soutiennent. Ce fut le cas à Téhéran le 26 février. En Biélorussie, des manifestants scandaient : " Gloire à l'Ukraine" et "Gloire aux héros".  A Moscou, des citoyens ont déposé des fleurs là où a été assassiné il y a sept ans l'opposant Boris Nemtsov qui avait pris position contre la guerre dans le Donbass. Mais en Russie, la répression des opposants se fait de plus en plus féroce.


mercredi 2 mars 2022

Gare au gorille

Depuis six jours, nous suivons, angoissés, heure par heure, la guerre que mène la Russie à l'Ukraine. Dans l'ensemble de l'Europe, semble-t-il, le sentiment d'empathie avec les Ukrainiens est très fort. Même si nous ne connaissons rien de ce pays complexe. On lira utilement, pour tenter de le comprendre, l'article que Bernard De Backer avait rédigé à son propos en 2006 pour La Revue Nouvelle :  

Dans cet article, Bernard De Backer y cite Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde et le potager la Russie ». On se dit que si Poutine savait cultiver son jardin plutôt que ses muscles, le monde en serait plus beau. Moins effrayant en tout cas. Un dessin de Riss en une de Charlie Hebdo de cette semaine représente le sinistre personnage en monstrueux gorille prêt à appuyer avec son sexe minuscule sur le bouton nucléaire. Le même Riss conclue son éditorial, "Guerre au réel", par cette phrase : "Le monde n'est plus divisé entre l'Est et l'Ouest, mais entre, d'un côté, le déni et la paranoïa et, de l'autre, la raison et le dialogue, censés être incarnés par un droit international souvent mal conçu et manifestement incapable d'éviter les guerres". Mais quelles règles peuvent empêcher les fous furieux de mener leurs projets barbares ? Et que leur opposer d'autre que la menace d'une riposte pire que leurs actes ? On regrette de ne plus pouvoir se dire pacifiste.

Les protestations contre la folie brutale de Poutine le restent cependant, dans l'Union européenne, mais aussi en Russie et en Biélorussie. On ne parle pas des Biélorusses qui disent cependant avoir vaincu la peur et osent à nouveau descendre dans la rue pour la première fois depuis un an pour protester contre la guerre et contre l'envoi des troupes biélorusses en guerre. Ils appellent (un ami biélorusse a répercuté sur sa page Facebook un texte de mobilisation des opposants) à arrêter la désinformation, invitant les travailleurs à expliquer à leurs collègues qui est l'agresseur et comment leur pays est un peu plus englouti par cette guerre. Ils appellent à se retrouver dans les gares, à bloquer la circulation, à saboter le travail, à convaincre les conscrits de fuir l'armée. Ils espèrent pouvoir épuiser l'économie de leur pays devenu vassal de la Russie qui en fait un outil de sa sale guerre. Il faudrait que Poutine tombe pour entraîner le dictateur Loukachenko dans sa chute. Mais qui pourra le renverser ?

lundi 28 février 2022

Intelligent, vraiment ?

Qu'est-ce que l'intelligence ? Qu'est-ce qui caractérise un bon chef de guerre ? Notamment sa capacité à prévoir les effets des actions qu'il mène, ce qui signifie douter, envisager les effets collatéraux de ses actes et les réactions qu'ils pourraient entraîner et qui peuvent parfois aboutir à l'exact contraire ce qui était visé.

Visiblement ce serpent venimeux de Poutine était trop sûr de son coup, pensait ne faire qu'une bouchée de l'Ukraine en une guerre éclair. Que pensait-il ? Que son sifflement allait hypnotiser son pays et même la terre entière ? La Russie trouve peu de soutiens affirmés. Juste l'Iran, la Corée du Nord, la Syrie, la Birmanie, le Venezuela et la Tchétchénie. Rien que des Etats parias. La Chine, elle, a pris ses distances et de nombreux Etats dansent d'un pied sur l'autre ou restent prudemment muets.
La résistance des forces ukrainiennes s'avère plus importante que Poutine ne l'avait imaginé et Volodymyr Zelinsky, ancien humoriste devenu président de l'Ukraine, est à la hauteur de son rôle de chef de la résistance. Des Ukrainiens de l'étranger reviennent au pays défendre leur patrie au péril de leur vie. De nombreux Ukrainiens ont pris les armes. D'autres, nombreux, ne craignent pas de s’interposer devant des chars ou des militaires russes, ce qui contredit le discours du président russe qui parle de l'armée russe « libératrice » du « peuple frère » ukrainien.
Poutine ne s'attendait sans doute pas non plus à l'unanimité de réaction d'une Union européenne qu'il jugeait faible et divisée et sans capacité d'attitude voire d'action commune. Voilà qu'elle se montre enfin capable de donner priorité à ses principes démocratiques et solidaires plutôt qu'à des intérêts économiques ou particuliers. Même la Suisse est sortie de sa neutralité pour suivre les mesures financières prises par l'U.E. Le président russe ne s'attendait sûrement pas à ce que, pour la première fois de son histoire, l'U.E. décide d'armer un pays en guerre.
Poutine refuse que l'Ukraine soit membre de l'U.E. et de l'OTAN, mais sa guerre ne fait que renforcer l'envie des Ukrainiens d'en être et le vite possible. D'autres pays - la Suède, la Finlande - se posent la question de s'affilier à une OTAN dont tout le monde se demandait encore il y a peu si elle avait une quelconque utilité.

Même si une majorité de ses concitoyens suit le président russe dans ses délires dangereux, manipulée par les médias d'Etat, une minorité se dresse courageusement contre cette guerre qu'elle n'accepte pas. Un mouvement antiguerre qu'il n'attendait sans doute pas tente de s'organiser, même si les arrestations d'opposants pacifiques se multiplient : plus de six mille actuellement. Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde, un collectif de 664 chercheurs et journalistes scientifiques russes dénonce l’entière responsabilité de la Russie dans le déclenchement du conflit. Par cet acte, affirment-ils, « la Russie s’est condamnée à l’isolement sur la scène internationale et à un destin de pays paria ».

Paria, la Russie l'est aussi dans le sport. Le monde du sport, d'habitude si frileux à tout positionnement, prend fermement ses distances avec la Russie et appelle à annuler des compétitions en Russie ou avec des équipes russes. Déjà, la Russie est exclue de la prochaine coupe du monde de football.
Des organismes culturels annulent des tournées d'artistes russes et les démissions de directeurs occidentaux dans des institutions culturelles russes se succèdent.

Reste qu'au-delà de toutes ces réactions on se demande comment arrêter la folie de ce va-t-en-guerre, comment mettre fin à cette brutalité, à cette barbarie. Qui peut encore accorder la moindre confiance à Poutine, croire cet homme ? Il est aussi crédible qu'il est souriant. Il promet de ne pas s'attaquer aux civils ukrainiens pendant que ses troupes bombardent des immeubles d'habitation. Il menace d'utiliser l'arme nucléaire. Est-il devenu à ce point ivre de sa puissance pour être capable de l'utiliser ?

vendredi 25 février 2022

Lettre aux ambassadeurs russes

Voici le courrier que je viens d'envoyer aux ambassadeurs russes de Belgique et de France.
Et voici leurs adresses :  amrusbel@skynet.be - ambrusfrance@mid.ru
Je me doute bien que cette lettre est peu de choses par rapport à cette guerre insensée, mais nous nous trouvons tellement désemparés face à un telle folie...

Voir l'appel d'Avaaz :
https://secure.avaaz.org/campaign/fr/stop_the_war_loc/?baluBfb&signup=1&cl=19125523496&v=138329&_checksum=7103eb5f3c7c59580bdc76eddf1fd33d240953751f110d097141bb5e4d50c416
Et celui d'Amnesty International : 
https://www.amnesty.fr/actualites/ukraine-guerre-russie-la-protection-des-civils-doit-etre-la-priorite-absolue?utm_source=newshebdo&utm_medium=email

Monsieur l’Ambassadeur,

Comme l’immense majorité des citoyens européens, je suis scandalisé par l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe.
Votre pays viole de manière flagrante le droit international, usant de mensonges qui ne trompent personne pour justifier cette action totalement inacceptable.
Je me doute que ce courrier ne recevra pas de réponse, mais je ne peux rester muet face à cette guerre que vous menez à un Etat de droit, à son gouvernement et à ses citoyens.
Combien d’innocents ont déjà payé et vont payer de leur vie votre volonté de puissance ?
L’usage de la violence est toujours un aveu de faiblesse. La diplomatie et le dialogue sont les seules voies de résolution de tout conflit. 
Vous êtes aujourd’hui les plus forts grâce à votre armée et ses moyens, mais votre président et votre pays paieront devant l’Histoire cet acte de guerre.
Si votre pays a perdu de sa grandeur, c’est à cause des guerres de conquête qu’il mène. Elles sont indignes du grand peuple russe.
Cette guerre, vous pouvez la gagner physiquement, mais vous l’avez déjà perdue moralement aux yeux du monde. L’agresseur est toujours le perdant.

Monsieur l’Ambassadeur, l’avenir de notre planète était déjà sombre, vous l’obscurcissez plus encore. 
Je vous en conjure : mettez tout en œuvre pour que cesse au plus vite ce conflit inutile et insensé. 

Au nom du sentiment d’humanité qui doit tous nous guider, 

Michel Guilbert,
Ancien Sénateur (Belgique)

Post-scriptum : une autre lettre, adressée à Poutine celle-ci et signée Laurent De Sutter :
https://www.rtbf.be/article/laurent-de-sutter-cher-vladimir-poutine-vous-avez-choisi-de-foutre-en-lair-la-vie-de-milliers-de-personnes-10943348:
Ecrivons, écrivons !