Les protestations contre la folie brutale de Poutine le restent cependant, dans l'Union européenne, mais aussi en Russie et en Biélorussie. On ne parle pas des Biélorusses qui disent cependant avoir vaincu la peur et osent à nouveau descendre dans la rue pour la première fois depuis un an pour protester contre la guerre et contre l'envoi des troupes biélorusses en guerre. Ils appellent (un ami biélorusse a répercuté sur sa page Facebook un texte de mobilisation des opposants) à arrêter la désinformation, invitant les travailleurs à expliquer à leurs collègues qui est l'agresseur et comment leur pays est un peu plus englouti par cette guerre. Ils appellent à se retrouver dans les gares, à bloquer la circulation, à saboter le travail, à convaincre les conscrits de fuir l'armée. Ils espèrent pouvoir épuiser l'économie de leur pays devenu vassal de la Russie qui en fait un outil de sa sale guerre. Il faudrait que Poutine tombe pour entraîner le dictateur Loukachenko dans sa chute. Mais qui pourra le renverser ?
mercredi 2 mars 2022
Gare au gorille
mercredi 29 décembre 2021
Que se taisent les morts
La veille, lundi, la Justice russe avait condamné l'historien du goulag Iouri Dmitriev à 15 ans de détention. "Pour de nombreuses ONG, relève Le Monde (2), M. Dmitriev paye pour ses recherches sur l’ampleur des répressions staliniennes, une page de l’histoire dont le Kremlin s’efforce de minimiser l’importance car en contradiction avec le discours officiel sur l’héroïsme et la grandeur de la Russie, héritière de l’URSS. M. Dmitriev a passé des décennies à localiser des charniers et à exhumer les restes de victimes. Sous Vladimir Poutine – qui est un ancien officier du KGB, l’organisation héritière des polices politiques de Lénine et Staline –, l’accès aux archives d’Etat concernant ces sujets a été considérablement réduit et les identités des exécutants des purges, classées secrètes. "
(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/29/en-russie-la-dissolution-de-l-ong-memorial-marque-l-ampleur-du-recul-democratique-de-l-ere-poutine_6107571_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2021/12/27/en-russie-l-historien-du-goulag-iouri-dmitriev-condamne-a-quinze-ans-de-prison_6107414_3210.html
(3) https://geoculture.blog/2021/11/25/regler-son-compte-a-sandormokh/#more-11978
Il reste possible de continuer à soutenir Memorial, notamment via Memorial France:
http://memorial-france.org/about-us/
lundi 9 novembre 2020
Aveuglement
Nombreux sont les intellectuels occidentaux qui, inlassablement, après chaque attentat commis chez nous, nous invitent à battre notre coulpe: nous devons respecter les musulmans dans leurs croyances et leurs règles. S'ils condamnent les crimes terroristes, ils nous invitent cependant à cesser ce qu'ils nomment "des provocations". Il nous faut, disent-ils, une laïcité, plus ouverte, plus tolérante, plus inclusive. Il en est même (1) qui affirment que "nous sommes victimes de l'aveuglement des Lumières". A se mettre la tête dans le sable, leur répond-on, on ne peut voir clair. L'Autriche a connu, voilà quelques jours, un attentat islamiste qui a tué quatre personnes et en a blessé plusieurs autres. Or, aucune caricature du Prophète n'a été publiée dans ce pays qui n'est pas laïc. A Kaboul tout récemment, vingt-deux étudiants ont été tués par des talibans. Leur grand tort: visiter le Salon du livre iranien. Comme le dit Abnousse Shalmani (2), essayiste d'origine iranienne, "dans un pays à 99% musulman, le problème n'est pas le salon du livre iranien ou algérien ou tunisien. Le problème, c'est le salon du livre tout court. Parce que c'est un livre, une foi, et tous ceux qui refusent cela sont condamnés à mourir. Une semaine avant cet attentat, au nord-ouest de Kaboul, un autre attentat a tué vingt-quatre étudiants. Ça ne s'arrêtera jamais. Dès qu'on ouvre un autre livre que le Coran, qu'on se permet de douter, même pas d'ouvrir un autre livre, on est condamné à mourir de la main de ces talibans qui sont en train de négocier pour revenir au pouvoir". Mais les bonnes âmes qui veulent que la laïcité fasse un pas de côté face à l'islamisme ignorent ce qu'il se passe dans les pays musulmans et veulent à tout prix que nos pays s'adaptent pour accompagner cette régression des esprits et des corps que veut imposer l'islamisme.
" Dès qu’un attentat a lieu au nom d’une idéologie ayant pris en otage une religion, des gens, souvent bardés de diplômes, s’empressent d’absoudre l’islamisme, et de nier ses responsabilités intrinsèques. Ils préfèrent chercher des coupables dans les pays visés, aussi différents soient-ils", écrit Jack Dion (3). Et de citer différentes tribunes publiées dans Le Monde, sur Mediapart, dans L'Humanité, de sociologues qui veulent à toute force que la laïcité se remette en question. L'un d'eux, constate-t-il " fustige « la réponse répressive, souvent stigmatisante et dénonce la laïcité frileuse, crispée qui se mue en religion civile. A Kaboul aussi ?", demande Jack Dion. Voir L'Humanité, organe du Parti communiste, s'attaquer à la laïcité pour défendre une religion, c'est constater combien l'obscurantisme a gagné un terrain inattendu. Marx, reviens! Ils sont devenus fous!
L'imam de Drancy, en région parisienne, Hassen Chalghoumi, est l'objet de milliers de messages de haine et de menaces (4). Il n'ose plus circuler librement. Il n'a pas publié de caricatures, mais a le grand tort d'avoir pris position contre l'intégrisme et de défendre les valeurs de la République.
En commentaire de mon billet sur Samuel Paty (5), Bernard De Backer, sociologue bruxellois, citait un extrait d'une récente tribune de Gilles Kepel dans Le Monde où celui-ci retraçait brièvement l'historique de l'islamisme en France: "Le terme de séparatisme a suscité beaucoup de débats. mais quel que soit le vocable qui sera retenu, la racine du problème tient à une expression arabe à laquelle les Frères musulmans, salafistes et djihadistes s'efforcent de réduire la dogmatique islamique, et qui est l'objet d'un intense prosélytisme, depuis ces cours de récréation où il ne fait plus bon se dire athée, surtout quand on est musulman de faciès, jusqu'aux sermons du vendredi, en passant par Facebook et Twitter et les innombrables sites qui lui sont dédiés sur la Toile: al wala'wa-l bara'a. Le syntagme signifie allégeance et rupture - le second terme étant fréquemment rendu, dans la novlange salafiste, comme désaveu. L'impératif de tout bon musulman, selon ces doctrinaires, consiste à se désavouer d'avec tout ce qui ne constitue pas le dogme dans son acception la plus rigide - y compris l'islam mystique, confrérique, etc., stigmatisé comme hérésie (chirk) ou apostasie (ridda) - et donc de mettre en œuvre un séparatisme radical par rapport aux infidèles. Ce dernier terme (...) désigne tout non ou mauvais musulman n'ayant pas fait allégeance totale et exclusive. Mais il est grave, car la sanction (...) est la mise à mort." Commentaire de Bernard De Backer: "Ce que nous vivons de manière de plus en plus intense et diffuse en Europe, et plus particulièrement en France, c'est que les islamistes veulent s'y établir, voire y régner (en commençant par les populations musulmanes immigrées et leurs descendants), ceci en s'emparant des institutions musulmanes (ou en en créant de nouvelles) et en instrumentalisant les lois démocratiques. C'est ce qu'écrivait déjà, rappelle-t-il, en 1964, Sayyid Qut'b, l'idéologue des Frères musulmans créés par le grand-père de Tariq Ramadan en 1928, qui avaient pour objectif de lutter contre l'emprise laïque occidentale et l'imitation aveugle du modèle européen en terre d'islam. Une forme de pensée décoloniale, en somme. Sauf que, pour Qut'b (le Lénine des Frères musulmans), la terre d'islam était la terre entière". Et de citer cet extrait de "Jalons sur la route de l'islam (1964): "Une autre direction de l'humanité s'impose! La direction de l'humanité par l'Occident touche à sa fin, non parce que la civilisation occidentale a fait faillite sur le plan matériel (...) mais parce que le monde occidental a rempli son rôle et épuisé son fonds de valeur qui lui permettait d'assurer le direction de l'humanité. (...) L'islam seul est pourvu de ces valeurs et de cette ligne de conduite."
On peut toujours s'aveugler, accompagner la régression, demander de baisser les Lumières, il y a urgence à sortir d'une vision franco- (ou belgo-) centrée du phénomène islamiste (et d'une réaction judéo-chrétienne de culpabilisation) et à comprendre dans quel jeu mondial l'islamisme veut nous enferrer. Urgence à entrer, avec les musulmans qui veulent vivre tranquillement leur religion, dans la résistance à ce projet totalitaire. Urgence pour cette gauche qui a perdu la tête à cesser de jouer les collabos.
(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/09/caricatures-de-mahomet-nous-sommes-victimes-de-ce-qu-il-faut-bien-appeler-l-aveuglement-des-lumieres_6059037_3232.html
(2) https://www.arte.tv/fr/videos/097407-055-A/28-minutes/
(3) https://www.marianne.net/lislamisme-pour-les-nuls
(4) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-imam-chalghoumi-fait-l-objet-de-milliers-de-menaces-depuis-la-mort-de-samuel-paty-20201108
(5) 18.10.2020.
lundi 23 mars 2020
Des fenêtres à ouvrir
Voici le moment de vous proposer quelques blogs à suivre, qui apportent - chacun dans son style - d'intéressantes réflexions socio-politiques.
Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, je signale mon second blog, Aux Petits Plaisirs. Depuis hier et jusqu'à la fin de la période du confinement, j'y publie chaque jour une photo de nature prise le jour-même dans le jardin.
https://michelguilbert.blogspot.fr
mardi 21 mai 2019
Ma plus grande patrie *
Oh, les terres de convulsion...
Tant d'événements,
D'agitations,
Tant de destins avalés...
Et vous trouvez que nous vivons dans une période troublée ?
Mais quelle génération a connu plus de calme et moins de dangers ?
Les deux siècles qui nous précèdent ne sont que courses, fièvres, assauts et révolutions.
Les siècles qui nous précèdent sont des ogres qui ont avalé le courage et le génie par vies entières.
Et nous sommes là,
Nous,
Avec ces mots qui nous ont été légués: "Nation", "Egalité", "Liberté",
Que nous contemplons avec fatigue.
Depuis si longtemps nous sommes citoyens de l'ennui.
Jeunesse!
Jeunesse!
Il nous faut ton sursaut."
Laurent Gaudé, "Nous, l'Europe - banquet des peuples".
A lire:
- Bernard De Backer, "Europe, le taureau par les cornes",
https://geoculture.blog/2019/05/14/europe-le-taureau-par-les-cornes/#more-3361
Un texte très documenté qui rappelle l'histoire institutionnelle de l'U.E., ce qui la caractérise, son unité dans sa diversité qui constitue à la fois sa force et sa faiblesse.
- Laurent Gaudé, "Nous, l'Europe - banquet des peuples", Actes Sud, 2019: remarquable texte qui retrace l'épopée européenne et appelle à l'ardeur.
A (re)lire sur ce blog:
- "Des histoires de portes", 15.4.2017;
- "Vive l'Europe (quand même)!"15.3.2017.
* Albert Camus