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mardi 13 janvier 2026

L'étranger

Seuls les Palestiniens ont droit à la solidarité mondiale. Un peu partout à travers la planète, des manifestations ont eu lieu, nombreuses, pour défendre - à raison - le droit des Palestiniens à vivre en paix.
Les massacres d'Iraniens par le Gouvernement d'Iran laissent le monde indifférent. On laisse Donald le Dingue faire semblant (?) de s'en occuper. Pour ensuite, si c'est le cas, le fustiger. De quoi se mêle-t-il ? Faut-il comprendre que ceci ne nous regarde pas ? Que nous sommes incapables de nous en prendre à un gouvernement qui tue son propre peuple qui veut simplement manger à sa faim et vivre libre ?
Pour le gouvernement iranien, les manifestations sont provoquées par l'étranger. C'est toujours le cas pour les régimes autocratiques : toute protestation populaire est forcément activée en sous-main par des agents venus d'ailleurs. Ce qui témoigne d'un immense mépris pour ce peuple qui serait incapable d'agir de manière autonome. En fait, ce sont ces gouvernements qui sont étrangers à leur propre peuple, incapables de comprendre, d'admettre ses aspirations. Seule compte leur idéologie brutale. 
Voilà quarante-sept ans que le régime théocratique iranien asservit son peuple au nom de Dieu, empêche les femmes de vivre normalement, l'ensemble des Iraniens de penser par eux-mêmes, d'être libres. Aujourd'hui, ce gouvernement islamiste, totalement corrompu et incompétent, massacre son peuple. Et, nom de Dieu !, nous regardons ailleurs. Les Iraniens nous sont-ils étrangers ?

mercredi 10 avril 2024

Souverainement égoïstes

Les êtres souverains, on vient de les découvrir à l'occasion d'une video ahurissante (1) et on ne sait comment les qualifier. Celles et ceux qui se présentent comme tels affirment ne rien avoir affaire avec la société. Ils ne reconnaissent pas l'autorité de la police ou de la justice, refusent de payer impôts ou amendes, ne "contractent" pas avec les autorités publiques et leurs lois. A leurs yeux, les Etats sont illégitimes, juste des sociétés privées "enregistrées à Washington". Dans la video de ce couple de Drômois contrôlés par la police à Dunkerque, on les entend refuser de donner leurs papiers aux gendarmes qui les contrôlent. Ils leur donnent oralement un nom - "Pierre de la famille Legrand par ouï-dire" -, à écrire "en minuscule s’il vous plaît, car nous ne sommes pas des entreprises".
"Je n'appartiens plus à l'entreprise République française Présidence. C'est une société depuis 1947. Et vous, vous êtes aussi enregistrés à la secte Washington DC sous un numéro, ce qui fait de vous des mercenaires sur le sol français." Voilà ce qu'affirme, péremptoire, le conducteur, avant de voir la vitre de sa voiture éclatée par le gendarme qui ne trouve pas d'autre moyen de le faire sortir de son véhicule. Sa femme, qui ne cessait de répéter "on ne contracte pas", hurle : "vous n'avez pas le droit !". Les non contractés ne sont pas décontractés.

Quand on tape "êtres souverains" sur un moteur de recherche, on effectue une plongée vertigineuse dans un monde halluciné : celui de gens, de personnes, d'êtres humains - on ne sait plus comment les qualifier selon leurs règles (l'un se présente comme "homme naturel vivant" !)  - centrés sur eux-mêmes, qui relèvent visiblement de la psychiatrie. "C'est ma personne, mais ce n'est pas moi", déclare l'un d'eux à un policier qui vient lui déposer une citation à comparaître au tribunal (2).  Il nage en pleine schizophrénie.
Etre souverains et refuser d'appartenir à leur Etat ne les dispense pas visiblement pas de rouler sur des routes, de circuler dans des espaces publics aménagés, entretenus et éclairés par les pouvoirs publics. Ils devraient les éviter s'ils allaient jusqu'au bout de leur logique, ne pas utiliser de transports publics, ne pas fréquenter les hôpitaux publics, ne pas accepter la moindre pension ou aide publique, ne pas faire appel à la police ou aux services de secours en cas de problème. Que font-ils si leur maison brûle ? 

Aujourd'hui, les partis populistes ont le vent en poupe. Ils se présentent le plus souvent comme souverainistes, veulent prendre leurs distances avec l'Union européenne, avec l'OTAN, avec toutes les instances internationales. Leur Etat doit se gérer seul. Ils n'ont pas plus peur de leurs contradictions que les êtres souverains. Ce sont souvent les mêmes partis qui se disent souverainistes et se montrent très tolérants à l'égard de la Russie qui fait la guerre à l'Ukraine pour la conquérir et ainsi mettre fin à sa souveraineté. Que feront-ils ces souverainistes si demain la souveraineté de leur Etat est attaquée alors qu'ils se seront retirés d'instances internationales basées sur la solidarité entre leurs membres ?
La présidente du Conseil italien, la souverainiste Giorgia Meloni, a dû faire machine arrière sur ses principes, comprenant à quel point son pays a besoin de l'Union européenne pour faire face aux vagues migratoires.
A ce propos, que pensent les êtres souverains de l'immigration ? Si personne n'appartient un Etat, tout le monde a le droit de s'installer où il l'entend. Allez savoir pourquoi, on n'est pas sûr qu'ils soient d'accord avec cette logique. Avec leur logique, si ce mot a un sens pour eux.

(1) https://www.youtube.com/watch?v=0Le5LJtW7RU
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/04/07/je-ne-contracte-pas-les-etres-souverains-ces-complotistes-qui-nient-l-autorite-des-etats_6226391_4355770.html
(2) https://www.youtube.com/watch?v=mYrgI1-vZuM



dimanche 23 avril 2023

De drôles de paroissiens

Nouveau face-à-face hier à Bélâbre entre pro- et anti-CADA. Les opposants entendaient organiser "la plus grande manifestation" contre le projet d'ouverture d'un centre d'accueil pour réfugiés dans leur village. Ils étaient 120 selon la presse. Difficile d'en juger quand on est dans le camp adverse avec la vue barrée par un alignement de combis de gendarmerie qui ferme la rue.
On ne voyait d'eux que leurs panneaux affichant des slogans stupides et agressifs qui ciblaient essentiellement l'association Viltaïs qui gèrera le centre d'accueil pour réfugiés. "Viltaïs = trafic d'êtres humains", "Vitaïs Profits Invasion délinquance", "Viltaïs officine néo-colonialiste". Un autre traitait l'association d'esclavagiste. Faut-il en rire ou en pleurer ? On a du mal à comprendre en quoi héberger dans des conditions dignes des gens qui survivent dans la rue s'apparente à de l'esclavagisme ou du néo-colonialisme, mais les grincheux ont une logique et une compréhension du monde qui leur sont propres.
"Pourquoi le chaos à Bélâbre ?", demande un autre de leurs panneaux. De quel chaos parlent-ils, sinon de celui qu'ils génèrent dans leurs têtes ?
Parmi les opposants, de fervents catholiques dont on ne cesse de se demander ce qu'ils ont compris - ou non - de la doctrine chrétienne. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" leur a enjoint leur Jésus. Ils le détestent, ce prochain. Faut-il croire qu'ils se haïssent eux-mêmes ? Jésus est né dans une étable parce que ses parents, migrants, se sont vus claquer la porte au nez par de braves gens qui les ont rejetés. « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli », a dit Jésus (Mt 25,35). « Dans la Bible, l’accueil de l’étranger est une exigence éthique qui vérifie notre conversion à la fraternité humaine », rappelait en 2018 Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France (1). 

"Fraternité, solidarité", "Bélâbre, terre d'accueil" répondions-nous à ces apeurés aux têtes chaotiques. Nous étions quelque 150 à soutenir le projet, coincés dans la rue Emile Zola d'où la gendarmerie nous interdisait de bouger. Comme le relevait un ami, nous étions là pour soutenir un projet de l'Etat, interdits par des agents de ce même Etat de tout déplacement pour que les opposants au projet puissent se rendre à la mairie déposer leur pétition. Cherchez l'erreur.

Les opposants - qui regardent trop la télé, certaines télés - restent coincés dans leurs fantasmes et leur vision simpliste du monde, encouragés en cela par le chef de l'Etat et son ministre de l'Intérieur : étranger = danger, immigration = insécurité et violence. "Une étude vient pourtant démontrer qu’il n’en est rien, écrit Le Monde (2). Rendue publique mercredi 19 avril par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), rattaché aux services de la première ministre, elle assure que « les immigrés ne sont pas à l’origine d’une augmentation des taux d’infraction dans les pays d’accueil ». Pour étayer leur propos, les auteurs, les économistes Arnaud Philippe et Jérôme Valette, dressent un état des lieux des travaux de la recherche sur le sujet, dans plusieurs pays. Et constatent qu’« aucune étude ne trouve d’effet de l’immigration sur la délinquance »." Mais ceux qui n'aiment pas les autres rejèteront l'étude, comme ils balaient tout argument objectif qu'on peut leur opposer : pour eux, tout ce qui ne sert pas leurs analyses simplistes et ne nourrit pas leur peur n'est que mensonge et propagande.

(1) https://www.lavie.fr/idees/debats/accueil-de-letranger-que-dit-vraiment-la-biblenbsp-8598.php
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/04/21/immigration-les-etrangers-pas-plus-delinquants-que-les-autres-selon-une-etude_6170487_3224.html

samedi 11 mars 2023

Face à face à Bélâbre

Le village de Bélâbre est fermé à la circulation automobile ce samedi matin, manifestations obligent. Nos visages doivent parler pour nous, les gendarmes ne nous posent pas de question. Des amis croisés un peu plus tard et arrivés par l'autre côté du village nous expliqueront qu'ils leur ont demandé s'ils étaient "pour ou contre", guidant les manifestants vers le groupe de leur choix. Il y a du monde, beaucoup de monde devant la mairie, des gens de toutes générations, femmes, hommes, quelques enfants. On y retrouve des amies et amis, des connaissances. On s'embrasse (moins qu'avant depuis le Covid), se salue, se réjouit de se revoir, d'être aussi nombreux. Sous une pluie fine qui ne cessera pas, le groupe se met en marche, descend la seule rue commerçante du village et se positionne dans le haut de la place, à hauteur du bar-restaurant. Une jeune femme craint de découvrir face à elle des connaissances. On connaîtra maintenant le vrai visage des gens, dit-elle. C'est la question que nous nous posons : qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Mais surtout où sont-ils ? Face à nous, quelques poignées de manifestants épars. Ceux qui sont venus, parfois de loin pense-t-on, dire non à un centre d'accueil de réfugiés, n'ont pas le sens du groupe. Ils ne se connaissent visiblement pas, restent distants les uns des autres. Ce sont surtout des hommes, les femmes sont peu nombreuses. Au fur et à mesure de la matinée, ils seront cependant plus nombreux. Devant eux, se pavane un  tout jeune maire du coin, soutien de Zemmour le haineux, Spike Groen (1), long loden vert, grand chapeau, bottines en cuir et moustaches bien cirées. Il semble vouloir défendre ses manifestants. Régulièrement, il sort sa tablette et photographie celles et ceux qui lui font face. 

Les gendarmes, à l'affût, restent sur les côtés, visiblement prêts à intervenir en cas de heurts ou même de provocation entre les deux groupes.
Du nôtre, les cris fusent, repris en chœur : "Oui au CADA, non à la haine", "Bélâbre, solidarité", "Pas de Zemmour, plus d'amour", "Liberté, égalité, fraternité". Eux réclament "des commerçants, pas des migrants". On a les valeurs qu'on peut. Des jeunes anti-CADA déploient une banderole Reconquête 41. Les rires fusent : "vous vous trompez", "rentrez chez vous", "vous êtes dans le 36". Les anti se rendent-ils compte qu'ils sont récupérés par les zemmouriens ? Ils prennent en otage l'église, du parvis de laquelle ils tiennent leurs discours perturbés par les cris et les sifflets que nous leur adressons. 
Dans notre dos fusent des applaudissements. Le maire et son équipe viennent nous retrouver. Ils sont longuement et chaleureusement applaudis. Merci, tenez bon, bravo, leur crie-t-on. Le maire est ému face à cette foule nombreuse et bienveillante. Il assure qu'il tiendra malgré les menaces, réconforté par ce soutien.
La journée pourrait se poursuivre longtemps ainsi, avec deux groupes qui s'invectivent. Le nôtre remonte vers la mairie, soutenir une dernière fois (avant la prochaine ?) l'équipe municipale, heureux d'avoir été en nombre du côté de la vie et de la lumière. De cette solidarité qui fait tant de bien. Comment leur expliquer, à eux qui ont décidé de voir l'avenir en noir ?

Post-scriptum :
- La Nouvelle République nous apprend (2) que "les opposants au CADA se sont fait couper le sifflet". Un câble de leur sonorisation a été sectionné. La faute à pas de chance sûrement.
- Dans le reportage que France 3 Centre Val de Loire a consacré à ce sujet, on entend un homme déclarer "On est bien chez nous. On n'a pas envie d'avoir ici les étrangers qui vont promener dans la rue, qui sont agressifs, qui sont shootés, qui sont tout simplement dangereux". Est-ce du second degré ? Cet homme s'exprimait avec un fort accent étranger. Il est agressif, c'est vrai, vis-à-vis des autres étrangers. Est-il shooté ? Dangereux ?

vendredi 4 mars 2022

Solidarité

 Rassemblement de solidarité avec le peuple ukrainien devant la mairie de Bélâbre (36), ce 3 mars 2022.

Avec les maires de Lignac, Bélâbre, Saint-Hilaire-sur-Benaize, Chalais et Mauvières.


La guerre que mène Poutine à l'Ukraine provoque des manifestations même dans des pays qui le soutiennent. Ce fut le cas à Téhéran le 26 février. En Biélorussie, des manifestants scandaient : " Gloire à l'Ukraine" et "Gloire aux héros".  A Moscou, des citoyens ont déposé des fleurs là où a été assassiné il y a sept ans l'opposant Boris Nemtsov qui avait pris position contre la guerre dans le Donbass. Mais en Russie, la répression des opposants se fait de plus en plus féroce.


vendredi 27 mars 2020

Tout un monde

Les moments de crise, souvent, témoignent de la diversité humaine.
Il y a en cette période tous ces gestes de solidarité. Il y a ces applaudissements chaque soir en soutien aux soignants. Mais aussi ces restaurateurs au chômage forcé qui fournissent gratuitement des plats au personnel soignant, des garagistes qui mettent des véhicules à disposition des mêmes soignants qui seraient en manque de voiture, des prêts gratuits de logements à celles et ceux d'entre eux  qui voudraient se rapprocher de leur lieu de travail. On voit des hôteliers accueillir des sans-abri, des personnes âgées refuser du matériel de protection, préférant qu'il soit mis à disposition des soignants ou de personnes plus jeunes, des bénévoles faire les courses pour des gens âgés, isolés ou incapables de se déplacer, des échanges de coups de main, de services, des encouragements en musique. On a vu aussi ces fleuristes de Montoire-sur-le-Loir qui, plutôt que de jeter toutes les giroflées qu'ils ne peuvent vendre, ont été fleurir toutes les tombes de trois cimetières autour de chez eux.
Et puis il y a ces rapaces humains qui se font passer pour des gendarmes en civil, contrôlent des véhicules et établissent des PV en empochant l'argent d'une prétendue sanction. Et ceux qui  pénètrent chez des personnes âgées sous le prétexte de vérifier qu'elles vont bien et les volent.
Il y a ceux qui fabriquent de faux masques, de faux gels hydroalcooliques et des médicaments de contrefaçon et ceux qui les vendent (1). Le cornavirus dégage une odeur d'argent.
On a entendu aussi sur la Côte d'Azur (2) des infirmières et des médecins à qui certains de leurs voisins demandent d'aller vivre ailleurs parce qu'ils pourraient diffuser le virus via les poignées de portes de l'immeuble ou les boutons de l'ascenseur. Ceux qui ont trouvé un papier sur leur pare-brise leur demandant d'aller se garer ailleurs pour ne pas risquer de polluer les véhicules proches. Et ce médecin  à qui des voisins, de manière toujours courageusement anonyme, ont demandé de fermer  son cabinet le temps de la crise pour éviter des malades dans leur quartier. Mais quel médecin nous délivrera du virus de l'égoïsme, de la cupidité et de la stupidité? L'abjection se soigne-t-elle?

(1) https://www.lesoir.be/290434/article/2020-03-27/coronavirus-europol-prevoit-une-augmentation-rapide-des-cas-de-fraude
(2) France 3, Journal de 19h30, 26.3.2020.

samedi 8 décembre 2018

Haut les cœurs

Marche pour le climat à Châteauroux ce samedi. Dix minutes avant l'heure annoncée du début de la marche, nous sommes vingt tout au plus sur la place Sainte-Hélène. Nous serons finalement quatre-vingt, guère plus, à défiler dans des rues le plus souvent vides. Il pleut. C'est déjà ça.
Au moment où la marche conclut sa boucle, apparaît au bout de la place la manif des Gilets jaunes.
Ils sont, semble-t-il, trois à quatre fois plus nombreux. Ils scandent: "Macron, t'es foutu, les Français sont dans la rue!". On attend en vain des revendications ou des propositions. Au moins leur marche est-elle aussi tranquille que la précédente. 
Certaines amies m'assurent que les revendications sont identiques. Mais pourquoi alors les Gilets jaunes n'ont-ils pas participé à la marche pour le climat? On aurait pu crier: "climat foutu, humanité perdue!"
Dans la Nouvelle République, on peut lire que le Gilet jaune de l'Indre interviewé récemment sur France Inter s'est fait huer et enfariner sur un rond-point par ses camarades. Personne n'a le droit de les représenter, aucune tête ne doit dépasser.
Retour en voiture (en co-voiturage, bien sûr). Toujours sous la pluie. C'est déjà ça. Ce qui manque aux Gilets jaunes, c'est le sens du "commun", constate un commentateur invité sur France Inter. Il relève d'ailleurs qu'aucun Gilet jaune n'a réclamé la libération de ses camarades arrêtés. Un des grands slogans de '68 était "libérez nos camarades". Au moins ont-ils l'air content d'être ensemble. C'est déjà ça.
Résumons-nous: y a pas que Macron qui est foutu. 


vendredi 22 septembre 2017

La chasse est ouverte

En Belgique, Théo Francken, Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, s'est récemment réjoui du "nettoyage" de migrants effectué dans le parc Maximilien à Bruxelles.
Dimanche dernier, il a reçu une délégation soudanaise venue en Belgique identifier des compatriotes "en situation illégale". Elle était composée d'agents des services secrets soudanais. "Vous invitez la police soudanaise, aux ordres du tyran, à identifier des gens qui le fuient!", s'est indigné un député Ecolo (1).
Aujourd'hui, Francken réclame des excuses d'Ecolo pour avoir été caricaturé en soldat nazi par la section jeunesse du parti vert qui dénonce "les rafles planifiées, collectives et avec quotas" et "les confiscation et pillage des effets personnels" (2).
Cette caricature est excessive (on ne banalise pas le nazisme), mais, comme souvent, la situation qu'elle dénonce est autrement plus choquante. C'est la banalisation de l'inhumanité qui est inacceptable. C'est Francken qui devrait présenter ses excuses pour l'attitude intolérable des forces "de l'ordre" vis-à-vis de gens qui, pour la plupart, ont fui guerres et dictatures. Lui qui devrait présenter ses excuses pour inhumanité avérée.
Témoignage (3) d'une Bruxelloise qui, parmi d'autres, tente de venir en aide aux candidats réfugiés et s'indigne des méthodes insupportables utilisées pour les chasser, comme on chasse un chien de son jardin: 
"Un matin, lors d'une rafle (pour pas changer), nouvel ordre: des sacs à dos sont saisis pour être envoyés aux "objets trouvés". Nous essayons de protester et d'expliquer que ces sacs contiennent leurs affaires personnelles (gsm, papiers, photos de famille, chargeur, produits de soin, vêtements...). Mais ils s'en balancent et refusent qu'on les prenne... Mes larmes ont coulé... Et ça a continué... 
Jusqu'à hier, le 11 septembre (date tellement marquée pour certains...), où les forces de l'ordre ont dépassé les limites en raflant les "migrants" qui faisaient la file, depuis environ 6h du matin, pour recevoir de quoi déjeuner. Ils ont pu atteindre leur quota. Même Théo Franken l'a publié sur sa page, tout fier de sa politique néo-nazie! Rafler les plus faibles, au lever du soleil, en mode zombie complètement crevés et à bout de tout! On sait qu'on ne pourra rien faire, que, quand ils sont là, on ne peut pas leur dire d'arrêter et de ne pas les embarquer, les menotter à l'aide de colsons... Mais on essaye, on crie, on hurle, on leur dit que ce qu'ils font est inhumain, honteux, qu'ils reproduisent des scénarios qu'on commémore aujourd'hui... (...)
Plus les heures passent et plus le car se remplit. On compte environ 25 arrestations dont une femme et des mineurs. Théo en a compté 21, dont 15 majeurs, dont 9 détenus (donc 6 mineurs!). On s'en va, très mal psychologiquement.
Le lendemain, aujourd'hui 12/09, le parc est vide, la gare est vide. On ne compte, en tout, qu'une quinzaine d'hommes (alors qu'il y a quelques jours seulement on pouvait en compter 400). Les rafles fonctionnent bien. Certains sont en centre fermé en vue d'être renvoyés dans leur pays d'origine ou dans un autre pays d'Europe, d'autres seront relâchés (?)." 

La solidarité, heureusement, continue à s'exprimer: de 150 à 200 migrants ont été hébergés la nuit par des citoyens scandalisés par l'attitude brutale de la police et du gouvernement (4). La plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, à l'origine de cet accueil, rappelle que "la Belgique s'est engagée à accueillir plus de 3.800 demandeurs d'asile en provenance de Grèce et d'Italie et qu'elle a seulement accepté quelque 900 personnes". La plateforme demande aussi à la Belgique "d'activer la clause de souveraineté contenue dans les accords de Dublin afin de ne plus renvoyer les demandeurs d'asile concernés en Italie et d'examiner leur situation en Belgique". Comment s'étonner que l'Union européenne soit tant conspuée? Elle est si souvent utilisée par des Etats membres pour se dédouaner de leurs responsabilités, voire pour justifier leurs attitudes inhumaines.

En Allemagne, beaucoup de jeunes s'apprêtent à voter dimanche pour Angela Merkel parce qu'elle a su mener une politique très volontariste d'accueil des candidats réfugiés. Ce qu'on appelle là-bas la Willkommenskultur. Elle n'est pas exempte de problèmes et les manifestations de haine vis-à-vis des étrangers nouvellement arrivés ont, hélas,  été nombreux en Allemagne aussi. Mais l'affirmation claire de la chancelière de vouloir ouvrir largement les portes de son pays à ceux qui en ont besoin permet de se sentir fier de son propre pays (5). Ce n'est pas le cas partout.

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/la-collaboration-entre-theo-francken-et-le-soudan-cree-la-polemique-59c15df7cd70fc627d9e3339
(2) http://www.lesoir.be/115198/article/2017-09-20/theo-francken-exige-des-excuses-apres-une-publication-des-jeunes-ecolo
(3) publié sur Facebook.
(4)http://www.levif.be/actualite/belgique/pres-de-200-citoyens-hebergent-des-migrants-pour-les-proteger-des-rafles-a-bruxelles/article-normal-726905.html
(5) https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/ellwangen-les-hotes-sintallent-dans-la-routine

lundi 7 septembre 2015

Humanité et son contraire

La mobilisation de citoyens un peu partout en Europe en soutien aux candidats réfugiés est réjouissante. Les réseaux sociaux, réels et virtuels, jouent leur rôle. Des associations humanitaires assurent l'accueil, proposent de l'aide, des formations. D'autres viennent de se créer pour l'occasion. Des citoyens se sont rassemblés sur des places publiques, par milliers parfois, pour manifester leur volonté d'ouverture des frontières aux hommes, femmes et enfants qui fuient la guerre. Des personnes qui disposent d'une chambre libre, d'une résidence secondaire la mettent à disposition de réfugiés. Des footballeurs, des artistes manifestent aussi leur solidarité, notamment en offrant un de leurs cachets aux associations d'accueil.
Autant d'attitudes qui soulignent, dans le même temps, l'étroitesse d'esprit et la mesquinerie d'esprits peu éclairés et des partis politiques qui font commerce de la haine et de l'exclusion. Tel le leader de l'Ukip, parti anglais populiste: Nigel Farage ne veut pas de réfugiés en Grande-Bretagne, il estime qu'il suffit d'empêcher les bateaux de partir. Va-t-il proposer de les torpiller? Marine Le Pen n'est pas en reste: elle n'a visiblement pas appris grand chose à "l'université d'été" de son parti. Elle parle de clandestins plutôt que de réfugiés et estime qu'il faut "restreindre considérablement le droit d'asile". Son discours exprime bien que ce parti reste, quoi qu'essaie de faire croire son état major, un parti d'extrême droite. Sans doute Marine Le Pen ne voit-elle pas les raisons pour lesquelles des millions de Syriens fuient le régime sanguinaire d'Al-Assad, ce président qu'elle se refuse à condamner. Les militants du FN ont scandé ad libitum leur slogan préféré "On est chez nous". Florian Philipot veut bien d'un quota de réfugiés par pays "à condition que ce soit un quota zéro". On se demande pourquoi on a dû assister à une telle querelle de famille si c'est pour entendre le FN tenir les mêmes propos haineux que celui de son répugnant fondateur. 
Comment s'étonner dès lors que les réseaux informatiques soient aussi, trop souvent, bien plus asociaux que sociaux? S'y déversent des torrents de boue, de haine, de méchanceté, de bêtise.
De nombreux pays ont fermé leurs portes. Le problème des réfugiés n'est pas le leur. L'Arabie saoudite accueille les pélérins de la Mecque, mais pas les réfugiés, notamment musulmans, en détresse. La foi a ses limites. On se le demande: qu'est-ce qu'une terre sainte? La Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie ne veulent pas d'étrangers, en tout cas pas musulmans. La Slovaquie ne veut accueillir que des chrétiens, tout comme le maire de Roanne en France. Les non chrétiens, même touristes, savent à présent quels pays et quelles villes ils doivent éviter.
Mais tous ces esprits racrapautés n'y pourront rien: les réfugiés arrivent et arriveront, tant que leur vie sera en danger. Reste ensuite non seulement à les accueillir, mais aussi à leur permettre de s'intégrer.

A voir: Sophia Aram et François Morel dans un duo inattendu:
http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-sophia-aram-oh-putain-la-famille
A lire:
http://www.lalibre.be/actu/international/pourquoi-l-ue-est-elle-divisee-en-deux-sur-la-question-des-refugies-55e9e1ee35709767897d96f6
http://www.liberation.fr/monde/2015/09/05/a-nickelsdorf-distribution-d-amour-pour-les-milliers-de-refugies-arrives_1376385

jeudi 8 janvier 2015

Des questions

Qu'est-ce qui peut donc bien se passer dans la tête de sombres crétins pour qu'ils décident un jour d'aller massacrer l'équipe de Charlie Hebdo? Que gagnent-ils, qui gagne quoi à faire disparaître des journalistes et des dessinateurs dont tout le travail se concentrait sur la lutte contre le racisme, contre la violence, contre la bêtise? "Charlie s'est toujours battu contre toutes les formes d'extrémisme, contre la connerie", rappelait ce matin entre ses larmes Patrick Pelloux sur France Inter. Quel soutien, à part celui de quelques hyènes, espéraient-ils recevoir après un acte aussi lâche et ignoble? Quand ils mourront, ce n'est pas face à 70 vierges que se trouveront ces assassins, mais devant 70 pages vierges sur lesquelles ils devront écrire ce qu'ils ont fait de positif dans leur vie. Ils pourront y décrire la société idéale dont ils rêvaient et pourront s'inspirer pour cela des textes de Bernard Maris qu'ils ont tué. Oncle Bernard, un des trop rares économistes capables d'expliquer pourquoi et comment une autre économie est possible (1). Et ces imbéciles l'ont assassiné froidement. 
Oui, mais Charlie Hebdo était contre l'islam, disent des âmes bien croyantes et mal pensantes. Charlie n'aimait pas les religions, toutes les religions, comme il n'aimait pas le racisme et la connerie, comme il démontait les manipulations et rabotait les langues de bois. Pour tout cela, il reste indispensable.
Ils croyaient avoir tué Charlie, mais Charlie sera toujours en kiosques mercredi prochain. La solidarité le sauvera. Pourvu qu'elle perdure au-delà de l'émotion. 
En attendant, on découvre d'autres noms dans la liste des morts (2). A ceux de Charb, Cabu, Oncle Bernard, Wolinski, Tignous, s'ajoutent ceux du dessinateur Honoré, de la psychanalyste Elsa Cayat, de Michel Renaud, organisateur du festival Carnets de voyage à Clermont-Ferrand, de Frédéric Boisseau, agent d'entretien, de deux policiers Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro. Celui aussi de Moustapha Ourrad, correcteur à Charlie à qui un membre de l'équipe (c'était Cavanna, je pense) avait rendu un bel hommage il y a plusieurs mois, louant notamment sa parfaite maîtrise de la langue française. Douze morts pour quoi? Est-il permis de l'espérer? Pour qu'il y ait plus de solidarité au sein de la société française? Plus d'affirmation de la liberté d'expression? Moins de place pour la violence et la bêtise crasse? En tout cas, comme le dit Patrick Pelloux, "c'est pas la connerie qui va gagner".

Une grande manifestation se prépare à Paris ce dimanche, rassemblant toutes les composantes de la société. Le FN aurait évidemment le culot d'en être, lui qui a multiplié les procès à l'encontre de Charlie qu'il haïssait. Par respect pour la mémoire des disparus de Charlie, le FN devrait se contenter d'aller à la messe ce jour-là. Et même à confesse, tant qu'à faire.

A voir des dessins d'hommage de différents dessinateurs à travers le monde:
http://www.lemonde.fr/grands-formats/visuel/2015/01/08/dessinateurs-du-monde-entier-tous-charlie_4551870_4497053.html#xtor=RSS-3208

(1) www.huffingtonpost.fr/jacques-sapir/bernard-maris-mort_b_6429820.html?utm_hp_ref=france
(2) www.huffingtonpost.fr/2015/01/08/victimes-charlie-hebdo_n_6434150.html?utm_hp_ref=france
www.rtbf.be/info/societe/detail_charlie-hebdo-des-journalistes-tues-mais-aussi-des-victimes-collaterales?id=8733608