mardi 26 août 2008

L’équipe du Centre de Glisse engage le Docteur Coué de la politique

Anne Fourcade, l’architecte visionnaire (1), promotrice en cheffe du projet de Centre européen des Sports de Glisse, a agrandi son équipe, ralliant à sa cause le député-bourgmestre de Brunehaut. Pierre Wacquier ajoute désormais à ses mandats celui de VRP du Centre.

Dans Nord-Eclair du 18 juillet 2008, il s’engage clairement, choisissant son camp : celui des promoteurs. Et fustigeant les détracteurs, dénonçant « le théâtre des talentueux bonimenteurs ». Selon lui, « une solution a été trouvée pour le volet environnement » et « le développement durable (harmonie, équilibre entre le social, l’économique et l’environnement) est parfaitement respecté dans ce projet nouvelle mouture ». Il affirme que « concrètement, c’est un projet qui promotionne l’emploi, accorde à la collectivité des bénéfices importants, préserve l’environnement et la biodiversité ».
Il se garde bien de préciser en quoi ce projet gaspilleur de nature, d’eau et d’énergie et producteur de CO2, « accorde des bénéfices importants à la collectivité ». Quant à sa conviction que l’environnement et la biodiversité sont préservés, elle semble ne s’appuyer que sur les arguments des promoteurs. S’il avait lu les avis du Parc Naturel des Plaines de l’Escaut, le résultat de l’étude d’incidences sur l’environnement (EIE), l’avis de la CRAT, la position d’Inter-Environnement Wallonie, celle de la CIAO, les courriers de la Région Nord – Pas de Calais, il constaterait que la quatrième version du projet ne règle en rien les problèmes suivants (liste non exhaustive !):
- Dans son avis remis en octobre 2007 devant le Conseil de Développement de Wallonie picarde, le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut (PNPE) estime le projet n’est pas compatible avec son plan de gestion ni avec la charte du Parc Naturel Régional Scarpe-Escaut.
- Il considère que la réorientation du projet n’est que spatiale et semble marginale dans la mesure où le dimensionnement même du projet n’a pas été revu ; celui-ci reste difficilement compatible avec le site même et son environnement.
- Le PNPE constate que les forêts seront « lacérées » par 19 km de chemins de promenade éclairés et ainsi « transformées en un vulgaire espace vert de type parc urbain ».
- Il estime que les plans d’eau seront « dénaturés », que la fermeture complète du site créera une coupure pour la forêt de Flines et pour le territoire du PNPE, que les prélèvements d’eau seront très importants, alors que la préservation des eaux de surface et souterraines constitue un enjeu majeur.
- Le PNPE parle d’un « choc de culture sur la conception de la nature et de l’écosystème, de contresens scientifiques » et estime que ce projet est « en totale contradiction avec les principes du tourisme durable et du développement local ».
- La CRAT (Commission régionale de l’Aménagement du Territoire) constate (juillet 2007) que dans son EIE l’auteur de l’étude souligne que « Tant dans le projet initial que dans ses variantes, l’impact sur la faune et la flore reste important. (…) L’avant-projet ne préservait pas une série de sites pourtant d’un intérêt écologique très élevé. (…) De nombreux milieux (Bois du Fouage et Bois de Péronnes) subiraient des incidences importantes.
Dans l’avant-projet ou dans sa variante, la faune serait perturbée par la destruction d’une partie de son habitat et par la fréquentation du site. Même dans le meilleur des cas, c’est-à-dire la variante, les incidences seraient très fortes.
L’auteur de l’étude résume ainsi les perturbations : « L’inscription de zones de loisirs autour du Grand Large affectera de manière significative les biotopes présents dont l’intérêt est important à l’échelle locale, régionale et européenne » (partie D de la deuxième phase de l’étude d’incidences, page 113, juillet 2007).
- La CRAT souligne également que l’assainissement des eaux usées (6000 équivalents-habitants) nécessitera une augmentation de la capacité de la future station d’épuration de Hollain. Le coût de l’assainissement reste à évaluer. La section s’interroge également quant à la faisabilité technique du raccordement du projet, la station étant située au-delà de l’Escaut.
- La CRAT constate le caractère extrêmement énergivore du projet qui rejetterait de 9.535 à 11.868 tonnes de CO2 par an, ce qui représente 0,023 % du total wallon alors que la région s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effets de serre.
Par ailleurs, la mobilité que le projet va accroître contribue également à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.
- Elle se pose de nombreuses questions quant aux modes de déplacements et aux cheminements à l’intérieur même du projet.
- La CRAT attire l’attention sur la problématique des compensations.
Selon elle , il y a confusion entre les compensations alternatives et des charges urbanistiques liées au permis d’urbanisme. Elle insiste sur la nécessité pour le Gouvernement de fixer un cadre juridique aux compensations alternatives afin d’une part d’éviter tout arbitraire et d’autre part, de régler les problèmes de plus et de moins-values foncières.
La liste des critiques pourrait être bien plus longue encore, mais elle suffit déjà à démontrer que, contrairement à ce qu’affirme le docteur Coué de la politique, le développement durable n’est pas « parfaitement respecté »… Dans le Courrier de l’Escaut du 18 juillet, Pierre Wacquier affirme que « les promoteurs ont à chaque fois apporté des solutions aux problèmes qui étaient soulevés ». On ne peut que l’inviter à soumettre la liste ci-dessus à ses amis promoteurs. Qui feraient bien d’y répondre, sous peine de passer pour de piètres « boni-menteurs »…

« Arrêtons de diaboliser et stigmatiser ce projet avant même qu’il n’ait vu le jour », exhorte Pierre Wacquier. Là, c’est le VRP qui s’exprime, oubliant que le bourgmestre qu’il est aussi vient de s’opposer à un projet de quelques éoliennes avant qu’elles ne puissent être plantées… Ce n’est en tout cas pas le député wallon qui pourrait refuser que l’on critique un projet avant qu’il devienne réalité, puisque la Région wallonne a – très logiquement - prévu une procédure d’étude d’incidences sur l’environnement pour des projets de ce type. Suivie d’une procédure d’avis de diverses instances. Et c’est précisément sur les résultats de cette EIE que s’appuient la CRAT, les deux parcs naturels, Inter-Environnement Wallonie, la CIAO, Climat et Justice Sociale, etc. pour critiquer ce projet. La logique wacquiérienne voudrait-elle donc qu’on ne puisse critiquer un projet qu’une fois qu’il est devenu réalité ? C’est-à-dire quand il est trop tard ? Curieuse conception de la démocratie ! Et de la logique tout court : doit-on, selon lui, agir, puis réfléchir… ? Considère-t-il que la nouvelle étude d’incidences demandée par le Gouvernement wallon est inutile ?

« Soyons pragmatiques et rationnels », demande-t-il (2). Mais c’est précisément sur des éléments rationnels que s’appuient, pragmatiquement, tous ceux qui critiquent ce projet : l’analyse effectuée par les techniciens du Parc Naturel, les résultats de l’EIE et l’avis de la CRAT.
Mais on sera rassuré d’apprendre que le bourgmestre de Brunehaut sera « attentif au rôle que tiendra le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut » (3). Comprenne qui pourra…

Dans « La politique de l’escargot », Paul Ariès, écrit que « La déconstruction du sarkozysme réellement existant suppose une rupture d’avec ce qui caractérise la dimension anthropologique de l’humain au sein des sociétés capitalistes et productivistes. Les gauches ont trop longtemps considéré qu’elles pouvaient faire l’impasse sur ces grands invariants de notre époque. En défendant le « plein emploi », elles évitaient ainsi de s’interroger sur ce que l’on continuait à produire. En revendiquant le droit à la consommation, elles ne remettaient pas en cause le mode de vie capitaliste. Nous avons payé beaucoup trop cher cet aveuglement pour ne pas être attentifs aux multiples résistances de ceux qui aspirent à une vie meilleure et déjà à une plus grande compréhension de ce qui nous tue. » (in Le Sarkophage, 12.07.2008)
Dans le même journal, l’économiste Geneviève Azam estime que « l’abondance de discours et de postures (à propos de la crise écologique) cache mal la vacuité des mesures prises par les instances politiques actuellement en place et l’absence de projets politiques alternatifs. Avec, en prime, une banalisation à force de formules creuses et une fuite en avant dans les politiques néolibérales qui se nourrissent des situations de panique qu’elles ont elles-mêmes créées ». Elle poursuit sa réflexion avec ces « questions politiques fondamentales: que produisons-nous, pour qui, comment le produisons-nous, comment répartissons-nous la richesse produite, quelles sont les instances de décision, quelle coopération internationale ? ».

En mars dernier, quittant sa fonction d'administrateur général de la FGTB wallonne, Jean-Claude Vandemeeren estimait que "il y a un problème de la gauche dans toute l'Europe, qui dès l'instant où elle s'inscrit dans la logique du système capitaliste dominant, a du mal à assumer ses choix. Le socialisme n'ose plus véritablement contester le système. Il se contente d'une ligne défensive, tente de limiter les dégâts dans une Europe capitaliste. (...) Au niveau wallon, ajoute-t-il, c'est encore plus grave. On est dans une situation économique assez catastrophique. On a donc besoin d'un capitalisme dynamique. Et dès lors, le PS a peur de le gêner, il lui fait confiance, lui accorde des cadeaux. »

Le projet de « centre de glisse » participe pleinement de ces politiques néolibérales avaleuses de l’air du temps qui arrivent d’autant plus facilement à faire passer des vessies pour des lanternes qu’elles trouvent non seulement bien peu d’opposants à leur développement, mais aussi beaucoup de thuriféraires de leurs projets, y compris dans des partis qui s’affirment de gauche.
Il est urgent que le politique (re)prenne la main sur l’économique plutôt que d’en jouer les porteurs de valise.

(1) un visionnaire, c’est quelqu’un qui a des visions…
(2) réveillant ainsi un vieux slogan du Ps : « Soyons positifs et concrets », un slogan qui résonne curieusement par rapport aux réflexions reproduites dans ce texte.
(3) Le Courrier de l’Escaut, 18.07.2008

lundi 18 août 2008

Immuable Wallonie!

Ainsi donc, « ils » l’ont fait ! Ainsi donc, ils l’ont « eue » ! Le Gouvernement wallon s’est débarrassé de Danielle Sarlet, sa directrice générale en charge de l’Aménagement du Territoire, du Logement, du Patrimoine et de l’Energie (la DGATLP).
C’est que depuis longtemps, cette directrice hérissait ces messieurs du Gouvernement et du Parlement.
Elle avait le grand tort de ne pas être aux ordres, de se conduire de manière critique et indépendante, de faire appliquer les règles, de rechercher la cohérence. Une « erreur » d’attitude qui ne colle pas avec la culture wallonne de l’arrangement à la petite semaine, du clientélisme, de l’embrouille et du double langage.
Son éviction, malgré vingt-deux années d’excellents et loyaux services, malgré la réussite d’épreuves organisée par le Selor, est une suite logique de toutes les attaques dont elle fut l’objet. En Commission parlementaire de l’Aménagement du Territoire, je me souviens des critiques acerbes à son égard, frisant l’insulte, de collègues parlementaires des trois familles traditionnelles. C’est que ces députés-municipalistes (1) estiment que les règles sont faites pour être contournées et ne peuvent en tout cas pas les empêcher de satisfaire leurs électeurs-clients.
André Antoine, grand défenseur de la cohérence de l’aménagement du territoire quand il était dans l’opposition, s’est mué en ministre laxiste, plus libéral que les Réformateurs. Membre du gouvernement, il a d’emblée créé SA « Cellule de Développement territorial », chargée de piloter les projets jugés prioritaires en matière d’aménagement du territoire : tronçons autoroutiers, aéroports régionaux, circuit moto, pistes de ski… Des projets d’une autre époque qu’il soustrayait ainsi à l’analyse critique de l’administration. Mais cette mise sur la touche de Danielle Sarlet ne lui suffisait visiblement pas : il s’en est maintenant débarrassée officiellement avec la complicité de l’ensemble du Gouvernement wallon.
Décidément, la compétence et l’intelligence dérangent en Wallonie… Qui oserait encore affirmer que celle-ci est vraiment entrée dans le XXIe siècle?
Personnellement, je ne me suis jamais senti wallon. Plus que jamais, je me sens apatride dans ma propre région.

Voir le site de soutien à Danielle Sarlet : www.vieillechaussette.be

(1) En juin 2004, un député wallon sur deux était aussi bourgmestre ou échevin. « Une proportion jamais vue » (La Libre Belgique, 27.07.04)

mercredi 28 mai 2008

Une pétition à signer - Nous sommes tous des crapules

Suite à la triste actualité récente des sans-papiers (répression de manif, liste noire Brussels Airlines....), une belle initiative de la Revue Nouvelle.

Vous pouvez retrouver le texte ci-dessous et la pétition et signer en ligne sur :

http://www.revuenouvelle.be/article.php3?id_article=913

Nous sommes des crapules…

"Certes, ce n'est pas de gaieté de cœur que nous avons recours à ce langage peu châtié, mais nous nous sentons tout à fait à notre place dans la confrérie des insultés inaugurée lors de la manifestation des sans-papiers, à Bruxelles, le 29 avril, alors qu'un avocat qui s'inquiétait du droit des étrangers s'est vu traité de crapule qui défend des crapules par un représentant de la police. Ce serait un honneur, vraiment, d'y figurer.

Comme ce serait un privilège également, de faire partie de la liste noire établie par Brussels Airlines, aux côtés de Serge Ngajui Fosso, qui a mérité cette place après s'être insurgé contre l'expulsion violente d'un non-Belge (si l'on veut bien considérer qu'essayer d'étouffer un expulsé récalcitrant pour le refouler tranquillement n'est pas de la plus extrême douceur, merci)."

La suite de cet excellent texte de Véronique Wautier sur le site cité ci-dessus. La pétition s'y trouve aussi.

Un vrai beau projet pour la Wallonie picarde!

On ne sait plus, aujourd'hui, où donner de la tête! Tant les projets d'activités sportives, touristiques et de délassement se bousculent en Hainaut Occidental - Wallonie Picarde. On sait depuis quelques années que la région la plus plate de Wallonie mise sur la neige artificielle: on pratique le ski à Comines depuis près de dix ans et, bientôt, on pourra faire de même à Lessines. Et sans doute aussi à Maubray (Antoing).
Voilà à présent que l'on apprend que les projets de terrains de golf se multiplient eux aussi: à Maubray, à Molenbaix, à Rumillies.
La Wallonie picarde est à peine fondée qu'elle a déjà trouvé sa vocation: celle de terrain de jeux entre Lille et Bruxelles.
On peut imaginer que le grand rassembleur qu'est Rudy Demotte va, dans un élan consensuel dont il a le secret, tenter - c'est à la mode - de créer des synergies entre tous ces projets.
Je me permets de lui faire cette suggestion d'un projet rassembleur: transformons la Wallonie picarde en un grand et unique parc d'attraction, Picardialand, qui s'étendrait de Comines à Enghien, de Flobecq à Bernissart. Son slogan: "Picardialand, le plaisir à l'état pur". Le Ministre fédéral du Climat et de l'Energie n'a-t-il pas déclaré récemment - à propos du projet de centre des sports de glisse de Maubray - que le "principe de plaisir doit pouvoir autoriser certaines formes"?
Les formes, les voici.
Les clôtures seront placées tout autour du Hainaut Occidental, les visiteurs n'auront qu'à payer une seule fois leur entrée sur le territoire de notre beau pays. Une fois à l'intérieur, ils ne sauront où donner de la tête, tant les attractions seront multiples.
A Aubechies, c'est une plongée dans la préhistoire qui est déjà proposée aux visiteurs; à Tournai, Lessines et Ath, dans l'histoire; à FuturX à Mouscron dans l'avenir. A Cambron-Casteau, Paradisio permet de découvrir la faune de tous les coins de la planète. Mais tous ces sites ne sont rien face aux projets à développer!
Outre celles de Comines, de Maubray et de Lessines, des pistes de ski seront créées à Mouscron, Saint-Léger, Pecq, Pottes, Mont de l'Enclus, Velaines, Mont Saint-Aubert, Ere, Bruyelle, Baugnies, Pipaix, Grandmetz, Mainvault et Papignies. De la sorte, les skieurs - sans jamais devoir déchausser - pourront traverser de part en part l'ensemble de la Wallonie picarde qui deviendrait un domaine skiable sans équivalent au monde.
Les greens de Molenbaix, Rumillies et Maubray seraient eux aussi joints pour créer le plus vaste terrain de golf de la planète.
La plongée et le ski nautique pourront être pratiqués dans et sur les innombrables plans d'eau que sont devenues les carrières abandonnées en Tournaisis, dans le Pays blanc et dans la région de Lessines. Les jet-skis circuleront sur les marais d'Harchies. On fera du rafting sur le canal de l'Espierre. Du quad et du 4x4 dans le Pays des Collines.
A Bernissart - où sera créé un gigantesque Picarsic Park - les visiteurs pourront s'essayer au maniement d'excavatrices pour fouiller le sol à la recherche de squelettes d'iguanodons. Au château d'Antoing, ce sont des pièces d'or que pourront rechercher les joyeux vacanciers (avec obligation, cela va sans dire - mais mieux en le disant - de remettre les éventuels trésors découverts au maître incontesté des lieux, sa majesté des Neiges).
Dans les bois d'Howardries et de Ligne, dans les forêts de Bonsecours et de Beloeil seront construites des cabanes par centaines et on les appellera cottages. Les touristes y passeront la nuit en pleine nature. A Laplaigne, on fera la chasse au canard. A Lesdain, on pourra cueillir des fraises (et même les sucrer!).
Les habitants du Hainaut Occidental seront baptisés Indiens ou Gaulois. Nerviens, peut-être? Assis devant leurs chaumières, ils vendront des produits de leur terroir aux visiteurs venus de tous les coins d'Europe: bières Bush, pralines au boudin, galettes de betterave...
Dans le pays des Collines, toutes les femmes seront habillées en sorcières et les hommes devront avoir l'air de vrais paysans. A Comines, Lessines et Maubray, les hommes seront moniteurs de ski, bronzés et dragueurs. A Thimougies, on reconstruira le moulin et les hommes se promèneront couverts de farine.
De vastes estaminets seront ouverts dans chaque brasserie: à Templeuve, à Brunehaut, à Pipaix, à Tourpes, à Blaton, à Silly, à Ellezelles... A Fontenoy, c'est un grand pub irlandais qui s'ouvrira.

Ce beau projet s'inscrit - c'est une évidence! - dans une perspective de développement durable.
Car c'est bien ce concept qui est le ciment de la Wallonie Picarde. Comme la neige. Et le golf. Et tout ce que vous voulez. Tout fait farine au moulin, comme on dit à Thimougies.

mardi 29 avril 2008

L'anonymat d'Internet

Il y a peu, je me plaignais ici-même (je sais, c'est ce que je fais le mieux, inutile de me l'écrire, j'en suis bien conscient), dans un texte intitulé "Les roquets d'Internet", de ces "courageux anonymes" qui pullulent sur Internet où ils ont mille déclarations à faire, toutes plus intéressantes les unes que les autres bien sûr, mais sans jamais les signer de leur nom. Et je déplorais cette pleutrerie. Ce 23 avril, dans Charlie Hebdo, je me découvre une "alliée" de renom et de grand talent, en la personne d"Amélie Nothomb. Sous le titre "Habeas Corpus", elle écrit notamment ceci: "Signer un texte, un article, un message de son nom, c'est produire son corps comme garantie de ce que l'on écrit. On n'a pas le droit d'écrire n'importe quoi, pour ce motif que l'on porte un nom, et que ce nom représente notre corps. Sur Internet, le corps est le grand absent. Il n'y a pas de plus vertigineuse impunité potentielle que l'absence du corps. L'anonymat n'est rien d'autre que la représentation verbale de l'absence du corps. Tout texte courageux et juste comporte une signature. (...) Il n'est pas question ici de la totalité d'Internet, poursuit Amélie Nothomb, mais de l'univers des blogs et assimilés. En attendant que ce juriste ou que cet internaute de génie trouve une solution, on ne peut rien faire d'autre qu'inciter les explorateurs d'Internet à la plus grande vigilance vis-à-vis de cet habeas corpus à échelle lexicale : la signature. Un message qui ne comporte pas de signature digne de ce nom doit être tenu pour inexistant."
J'imagine que, comme tout personnage public, Amélie Nothomb a reçu et reçoit des lettres de "courageux anonymes". Personnellement, comme présentateur télé d'abord, comme parlementaire ensuite, j'ai reçu de nombreuses lettres d'injures, toujours anonymes évidemment. Parfois, l'auteur du courrier tient à apposer des initiales qui ne permettent évidemment pas de l'identifier, mais qui - sans doute - le mettent en paix avec sa conscience. La plupart du temps, dès que je me rends compte qu'un courrier n'est pas signé, qu'il soit injurieux ou non, je le jette à la poubelle, sans le lire plus avant. J'agis de même sur Internet. Qu'il s'agisse de réactions sur ce blog ou de messages lus sur d'autres sites, le moindre "Zorglub", "Capitaine Haddock" et autre "Ornicar" m'invite à cliquer outre...
Michel Guilbert

samedi 12 avril 2008

Magnette et le plaisir

Gardons au plaisir ses droits! C'est en substance ce qu'a déclaré notre sémillant Ministre fédéral du Climat et de l'Energie, interrogé cette semaine à la Chambre sur sa position vis-à-vis du projet de centre de glisse de Maubray.
Le député Jean-Luc Crucke (MR) interpellait cette semaine le "ministre garant du caractère durable des choses, de l'Énergie mais aussi de la protection quant aux dégâts futurs sur le climat". "Ce type de mégaprojet, lui demandait-il, a-t-il un sens lorsque l'on parle de développement durable? Répond-il à ces critères?"
Le Ministre Magnette, prudentissime, a affirmé que "les meilleurs compromis possibles doivent être trouvés" en matière de développement durable, renvoyant la balle vers ses ex- et brefs collègues du Gouvernement wallon.
Pressé par Crucke à s'engager plus, le ministre a reconnu qu' "il y a dans l'idée même de ce type d'infrastructure quelque chose de choquant. La reproduction d'un climat de type tropical ou de microclimats contraires à notre propre climat et le bilan énergétique et carbone de ce type de projet présentent des éléments choquants. Néanmoins, a-t-il ajouté, je me pose la question de principe: devons-nous, dans notre effort de développement durable aller jusqu'à une forme de jansénisme en interdisant ou refusant tout ce qui serait contraire? De même, lorsqu'on mange et qu'on essaie d'avoir une alimentation équilibrée, cela ne peut empêcher certains jours de se taper "un bon vieux satcho andalouse". Le principe de plaisir doit, à certains moments, pouvoir autoriser certaines formes sans oublier les retombées économiques."
La messe était ainsi dite. Le droit au plaisir et le soutien au (à un certain type de) développement économique doivent primer. (On notera au passage que cette nouvelle figure du PS a rapidement intégré les valeurs premières de son parti!) Comme si n'existaient pas des formes de plaisir respectueuses des principes du développement durable. Comme si le plaisir devait "fatalement" en passer par des consommations gigantesques d'eau, d'énergie, d'espaces naturels. Comme s'il n'était de plaisir que consommatoire.
La grand messe du Printemps de l'Environnement, que le même ministre entend lancer dès la semaine prochaine, apparaît, un peu plus, comme une belle opération de communication, déjà vide de toute volonté politique. Ce Printemps s'annonce très éolien: il ne produira que du vent. Les participants potentiels feraient mieux d'aller skier ou nager en piscine tropicale, bref, prendre du plaisir. De facto, avec ses propos, le ministre en a ôté toute crédibilité. Au moins, fera-t-il ainsi de substantielles économies d'énergie (gesticulatoire notamment)...

samedi 5 avril 2008

Au royaume d'Ubu, le MET est roi

Sensibiliser les citoyens à leurs responsabilités en matière d'épandage de déchets est un acte inadmissible selon l'incompréhensible raisonnement du MET (l'inénarrable Ministère de l'Equipement et des Transports en Région wallonne, qui a toujours fonctionné selon une logique et des règles qui lui sont propres).
La section Ecolo de Beloeil avait planté à un carrefour de la localité un arbre à déchets: les détritus trouvés sur place avaient été accrochés aux branches pour matérialiser l'attitude scandaleuse et polluante de bon nombre d'automobilistes, de cyclistes et autres piétons qui préférent jeter leurs déchets là où ils passent plutôt que de les mettre à la poubelle ou, mieux, de les trier et de les recycler. L'action visait clairement à responsabiliser chacun.
Mais le MET a dû se sentir visé et s'est gratté là où ça le chatouille: il a adressé un procès-verbal à Ecolo, lui enjoignant de s'acquitter d'une amende de 33,31 euros pour l'enlèvement des déchets. On a bien compris que les déchets se trouvaient déjà sur place et que l'action ne visait qu'à les rendre plus visibles.
Moralité, selon la logique du MET: continuez à jeter vos déchets par les fenêtres de vos voitures, mais faites le discrètement. Après les décisions du MET on se pose la même question qu'après les déclarations de son ministre de tutelle: faut-il pleurer, faut-il en rire?

dimanche 30 mars 2008

L'économie a toujours raison 2

Pourquoi il faut absolument s'opposer au projet de centre de glisse et à tout autre projet de ce type, totalement contraire au développement durable*:

- parce que ce sont les mêmes qui entendent s'approprier la terre pour en faire de l'argent, que ce soit ici ou dans la forêt amazonienne;
- parce que seul compte pour eux le profit, même s'ils le déguisent sous de vertueuses mais fallacieuses volontés de créer de l'emploi ou de respecter l'environnement;
- parce qu'ils n'ont que mépris pour les populations concernées, l'avenir de la planète, les économies d'énergie et tout ce qui pourrait freiner leur voracité;
- parce que ce type de projet est non seulement anti-naturel, mais surtout anti-culturel, dépourvu de "sens" et destructeur de territoires autant que de liens sociaux;
- parce qu'il est basé sur une conception d'exploitation et d'enfermement d'un territoire plutôt que sur des notions d'ouverture, de respect et de mise en valeur;
- parce que les politiques concernés (certains "responsables" politiques du moins) n'ont aucun courage politique et surtout pas l'audace de s'opposer à ces investisseurs aux dents longues et s'avèrent incapables de la moindre créativité et de la plus petite once d'imagination;
- parce que ce sont les mêmes politiques qui sont capables de rendre hommage à Che Guevara et de faire des courbettes devant ces pontes d'un capitalisme plus suffisant que jamais, yesmen constamment en quête du consensus mou, de l'assise entre deux chaises;
- parce qu'il faut bien être d'autant plus critique qu'eux ne le sont pas;
- parce que les promoteurs de ce projet de centre de glisse sont incapables de débattre, se contentant d'attaques ad hominem plutôt que de discuter d'idées: "vous êtes venus en voiture, donc ne nous reprochez pas un projet qui se base sur l'utilisation de la voiture individuelle" - "vous n'êtes pas de Clochermerle, donc vous n'avez pas à donner votre avis sur ce projet "européen". Pauvres arguments de débatteurs impuissants, incapables de développer une argumentation de fond, d'opposer des concepts à d'autres, de répondre à une analyse scientifique.

Dans la Libre Belgique de ce 29 mars, Jean-Claude Vandemeeren, qui quitte ses fonctions d'administrateur général de la FGTB wallonne, estime que "il y a un problème de la gauche dans toute l'Europe, qui dès l'instant où elle s'inscrit dans la logique du système capitaliste dominant, a du mal à assumer ses choix. Le socialisme n'ose plus véritablement contester le système. Il se contente d'une ligne défensive, tente de limiter les dégâts dans une Europe capitaliste. (...) Au niveau wallon, ajoute-t-il, c'est encore plus grave. On est dans une situation économique assez catastrophique. On a donc besoin d'un capitalisme dynamique. Et dès lors, le PS a peur de le gêner, il lui fait confiance, lui accorde des cadeaux."

Dans le quatrième et dernier tome de "Son combat ordinaire" ("Planter des clous"), Manu Larcenet fait dire à un de ses personnages: "si la loi autorise les patrons à aller planter des usines dans le tiers-monde, il faut être un sacré hypocrite - ou un socialiste - pour s'offusquer qu'ils le fassent dans les faits".
Ce sont les mêmes patrons qui délocalisent pour remplir un peu plus les poches de leurs actionnaires et s'offrir des parachutes dorés et qui "localisent", chez nous ou ailleurs, des parcs fondés sur un concept dépassé de profit, de luxe et de gaspillage.
"Planter des clous" (Dargaud) évoque le temps des désillusions, du désenchantement, celui du triomphe des cyniques, des je-m'en-foutistes, des ultralibéraux. Heureusement, il y a les enfants, les nôtres, les autres, à qui on promet qu'on fera tout ce qu'on peut encore pour qu'il y ait toujours des hirondelles et des écureuils.

* je sais, c'est un peu obsessionnel chez moi, mais j'assume! Pour en savoir plus, voir www.c-i-a-o.eu

vendredi 21 mars 2008

Drucker, modèle du Ps

Deux pages d'interview d'Elio Di Rupo dans la Libre Belgique de ce jour. Question: "Le PS est dans la majorité depuis 1992. N'aurait-il pas eu besoin d'une cure d'opposition pour se réformer ?"
Réponse du président du Ps: "On peut très bien assurer des responsabilités et se régénerer. Il y a des gens de grande qualité qui durent. Voyez Michel Drucker..."
Voilà donc l'animateur télé (assurant on ne sait quelles responsabilités...) pris pour modèle. C'est sûr en Belgique, en Wallonie, en Communauté française, les projets du siècle passé ont encore de beaux jours devant eux! Je ne sais si Di Rupo a assisté à l'émission belge de celui qui est passé de statut de gendre idéal à celui de gentil tonton, en tout cas il n'en a pas lu les critiques. Qui ne furent pas tendres! Jean-Claude Vantroyen dans le Soir (du 18 mars) parle de "regard passéiste" sur la Belgique: "comment peut-on avoir une idée aussi trompeuse et ringarde de ce qu'est la musique en Belgique francophone", demande-t-il?
Dans Vers l'Avenir (le même jour), Géry Eykerman imaginait justement Michel Drucker, "l'inoxydable Petzi du PAF", en formateur du gouvernement belge. Avec lui, dit-il, "plus besoin de compromis à la belge. On passerait à l'étage supérieur, celui du consensus mou."
Il faut bien admettre que les Frédéric François, Frank Michaël, Plastic Bertrand, Annie Cordy, Jean Vallée et autres Adamo ne représentent pas vraiment la modernité et l'avenir (l'émission aura au moins eu le mérite de nous apprendre que certains d'entre eux sont toujours vivants!).
Mais comme le fait remarquer Vantroyen, s'intéresser à ce qui fait bouger la scène musicale aujourd'hui "c'eût été prendre trop de risques..." Ce qui n'est sans doute le plus sûr moyen de faire de l'audience ou... des voix. Et donc, là, on comprend pourquoi, finalement, le modèle est pertinent.

mercredi 19 mars 2008

L'économie a toujours raison!

Il est frappant de constater à quel point, dans l'opinion publique, l'entrepreneur (l'homme d'affaires, le chef d'entreprise, etc.) a toujours bonne presse. Je le constate régulièrement dans des exercices sur les clichés et stéréotypes que je fais effectuer lors de formations, aussi bien d'étudiants que d'enseignants. Le chef d'entreprise apparaît toujours comme un homme dynamique, responsable, volontaire, battant... Les qualificatifs positifs sont légion, les négatifs quasi inexistants. L'homme politique, a contrario, apparaît comme menteur, corrompu, retors, séducteur, etc. Pour lui, la colonne des qualifications négatives l'emporte toujours sur celle du positif. Or, si le politique est corrompu, c'est qu'existent quelque part des corrupteurs... En général, on les trouve chez les entrepreneurs, dont l'image n'est cependant jamais écornée.
Comme si, parce qu'il développe une activité économique et crée de l'emploi, l'homme d'affaires avait toujours raison. Et même les politiques le défendent si, d'aventure, des opposants se manifestent.
Témoin, cette conversation houleuse hier soir avec deux bourgmestres, à l'issue de la séance d'information-débat organisée par les promoteurs du projet de "centre de glisse" à Antoing. L'un d'eux n'accepte pas les critiques des riverains, des naturalistes et des écologistes contre un projet qui, bien qu'il lui pose question, annonce des emplois par centaines. Et de nous reprocher de nous opposer sans proposer un autre projet économique. Ce n'est évidemment pas le rôle des riverains de monter un tel projet (ils n'en ont ni les compétences ni les moyens). Mais, en démocratie, c'est leur devoir de citoyens responsables de tirer les signaux d'alarme. Par contre, c'est le devoir des promoteurs d'adapter leur projet aux nécessités de l'époque et aux politiques menées localement et régionalement (développement rural, parc naturel, lutte contre le réchauffement climatique, diminution du trafic automobile, etc.). Et c'est justement aux politiques d'y contraindre les hommes d'affaires. Le silence des bourgmestres, pourtant interpellés par l'assistance, était - hélas - éloquent et témoigne de la difficulté, et de la peur sans doute, du politique de remettre l'économique à sa place.