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mercredi 11 janvier 2023

Nourrir la communauté

Le secteur agro-industriel, on le sait, est devenu fou (furieux) depuis longtemps. Quand il n'a pas asséché et stérilisé les sols, il s'en est détaché.
En Chine, un immeuble abrite sur vingt-six étages 650.000 cochons. Engraissés dans de minuscules stalles, ils sont transportés en ascenseur vers l'abattoir. Ailleurs, les cochons vivent au rez-de-chaussée, sous les poulets élevés au premier étage. Ils sont arrosés par la fiente des poulets et s'en nourrissent. Quand les poulets sont abattus, les cochons ont aussi droit à leurs carcasses. (1)
En Amazonie, des centaines de milliers d'hectares de forêt sont brûlés pour faire place à des pâturages ou à des champs de soja transgénique qui nourriront un bétail dont la viande voyagera à travers le monde. 
Ce modèle industriel qui donne envie de vomir est le seul qui permettra de nourrir l'humanité, nous disent ceux qui produisent dans des conditions qui n'ont absolument rien d'humain. 

Dans nos pays, les terres agricoles continuent à être gorgées de pesticides. Ainsi le veulent les syndicats agricoles les plus puissants, souvent liés à des groupes industriels sans foi ni loi qui contrôlent l'ensemble de la chaîne : graines, engrais, pesticides, herbicides et fongicides, mais aussi financement des investissements des agriculteurs qui leur sont ainsi pieds et poings liés. 
La remarquable (et effrayante) série Jeux d'influence (2) démontre ces collusions ahurissantes et la puissance des lobbys agro-industriels qui parviennent à imposer leurs règles et écrasent les petits paysans que leur système brutal a laissés exsangues.
Vendredi dernier en France, au lendemain de la diffusion des trois premiers épisodes de la saison 2 de Jeux d'influence, on apprenait que, après dix-sept ans d’information judiciaire, les juges d’instruction prononçaient non-lieu dans le dossier du chlordécone en Martinique, un pesticide accusé d'avoir provoqué mort et maladie chez les ouvriers des bananeraies. Le même jour, le Gouvernement français annonçait qu'il prolonge d'un an l'autorisation d'épandage dans les champs de betteraves de néonicotinoïdes, ce pesticide tueur d'abeilles. On comprend que Jeux d'influence est une fiction bien enracinée dans la réalité.
Les pesticides tuent, on le sait, et les premières victimes en sont les travailleurs agricoles. Mais c'est l'ensemble du secteur agricole qui est malade. Malade d'excès, de surproduction, de démesure. 

"Les politiques disent qu'il faut défendre l'agriculture familiale, et à côté de ça, on donne des primes à l'hectare, à la vache, au litre de lait, et on fait tout pour les agrandir. On te donne à condition que tu bouffes ton voisin", déplore un agriculteur (1).
Les exploitants agricoles disparaissent les uns après les autres. Près de trois mille emplois agricoles par an en Belgique (et combien de suicides ?), dans l'indifférence générale. Sans que personne - ou presque - n'ait la volonté de changer ce système assassin à bien des points de vue. 
Les exploitations agricoles deviennent gigantesques, nécessitent pour leur reprise des moyens impayables et tomberont les unes après les autres dans les mains des grands groupes de distribution et de millionnaires dont le seul et unique objectif est le profit. A n'importe quel prix.

Charles Culot est fils d'agriculteurs et comédien. Il joue, dans les théâtres, dans les écoles, dans les fermes, son spectacle Nourrir l'humanité - Acte II (3), qui interroge ce modèle. "Parfois, certains agriculteurs sont froissés, souvent parce qu'ils sont coincés dans un modèle dont ils ont hérité. Notre objectif n'est pas d'opposer les agriculteurs, mais les modèles agricoles. Le message que l'on porte est positif. on leur dit : vous ne vous en sortirez pas tout seul. La transition dépend des pouvoirs publics, des agriculteurs et des consommateurs. Il faut œuvrer ensemble."

Les perturbations du modèle agricole mondialisé qu'a engendrées la guerre d'Ukraine sont une opportunité à saisir. Un exemple d'actualité avec le coût des galettes des rois qui a augmenté : un pâtissier berrichon explique (4) que la caisse de 360 œufs est passée de 40 à 70 €. Dès lors, il se fournit maintenant non plus à Rennes mais dans le Berry auprès d'un éleveur qui nourrit ses 2.800 poules avec des céréales qu'il produit lui-même. Le voilà moins cher que les industriels. Ses œufs n'ont augmenté que d'un centime pièce contre huit pour les industriels. Voilà une solution à laquelle vient de penser le pâtissier : se fournir près de chez lui. 

Charles Culot encore : "Souvent, il y a des doutes qui sont émis : est-ce que les micro-fermes peuvent nourrir le monde ? Mais c'est une fausse question. On s'en fout de nourrir le monde : ce qu'on veut, c'est nourrir la communauté ; ce qu'on veut, c'est nourrir le restaurant du coin ; ce qu'on veut, c'est faire partie d'une coopérative. Il faut arrêter de voir trop large. Avançons une ferme à la fois, une communauté à la fois."

(1) Catherine Makereel, "La culture bêche l'agriculture pour ouvrir le champ des possibles", Le Soir, 10.12.2022.
(2) A voir sur Arte : https://www.arte.tv/fr/videos/RC-021142/jeux-d-influence/
(3) https://adoc-compagnie.be/
(4) "Galettes : les boulangers pâtissent de l'inflation", La Nouvelle République - Indre, 4.1.2022.


vendredi 23 avril 2021

Une Bretagne corse

La liberté de la presse n'est jamais acquise. Même dans un pays démocratique comme la France. Récemment, la voiture de la journaliste Morgan Large a été sabotée, devant chez elle, dans les Côtes d'Armor. Une roue de sa voiture a été partiellement déboulonnée et elle a roulé ainsi pendant quelques jours sans le savoir, au risque de sa vie et de celle de ses enfants. Cette agression n'est qu'une ixième intimidation, après de nombreux appels téléphoniques nocturnes, des menaces sur les réseaux sociaux où sa photo a été diffusée, une intrusion nocturne dans les locaux de Radio Kreiz Breizh où elle travaille, ou chez elle, où son chien a été empoisonné. Elle n'est pas la seule à subir des menaces. "Depuis plusieurs années, écrit Le Monde (1), les journalistes installés en Bretagne alertent sur la 'loi du silence' qui leur est imposée autour de l’industrie agroalimentaire. La journaliste indépendante Inès Léraud, coautrice de l’enquête en bande dessinée Algues vertes - l’histoire interdite (2), en a particulièrement fait les frais. Entre autres choses, Inès Léraud est régulièrement ciblée par des plaintes en diffamation de groupes industriels, plaintes parfois retirées quelques jours avant l’audience, et qui ne visent qu’à inquiéter, à épuiser financièrement et psychologiquement la journaliste. Et in fine à imposer le silence."

L'agro-industrie dicte sa loi jusque dans les rédactions: "des articles en rade sur le bureau d'un rédacteur en chef, explique Natacha Devanda dans Charlie Hebdo (3), une couverture médiatique complaisante envers les grosses coopératives agricoles, des gendarmes zélés qui viennent contrôler les enregistrements d'une reporter allemande...". Des pressions telles qu'en 2020 cinq cents journalistes bretons, appuyés par une pétition signée par 40.000 personnes, ont adressé une lettre ouverte au Conseil régional de Bretagne, dénonçant les difficultés rencontrées quotidiennement pour enquêter sur le secteur agricole. "L'agro-industrie fait sa loi en Bretagne et n'accepte pas la contestation", confirme le syndicaliste Serge Le Quéau (3). La coopérative agricole Ereden - formée de l'union de D'aucy et Triskalia - pèse 3,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. "Un Etat dans l'Etat", selon Serge Le Quéau. Il a défendu, il y a dix ans, les salariés de Nutréa, une filiale de Triskalia, victimes du dichlorvos, un pesticide produit par Bayer. Par souci d'économies, la coopérative avait coupé la ventilation dans les bâtiments où étaient stockés des milliers de tonnes de céréales. Résultat: la fermentation a favorisé l'arrivée de charançons que Triskalia s'est empressée d'arroser avec l'insecticide Nuvan Total, interdit depuis 2007. "Autour des bâtiments, c'était Tchernobyl, raconte Serge Le Quéau. Les gars ont développé des tas de maladies invalidantes, ils se réveillaient parfois en pissant le sang." 

La Bretagne est "considérée comme la plus belle région de France", affirme le site bretagne.com. Qui le croit encore? Il y a quelque chose de pourri au royaume de Bretagne avec cette agro-industrie toute puissante qui s'autorise les pires exactions: "haies arrachées, zones humides réduites en bouillie, sites de stockage de pesticides toujours plus grands, pollution de l'air et des rivières", dénonce un collègue de Morgan Large. Même si, ajoute-t-il, "chez les agriculteurs qui participent au système dominant, tous ne sont pas d'accord avec la FNSEA. Mais les voix dominantes sont accusées de trahir les autres. " Reste à déterminer qui trahit qui et quoi. Cette agro-industrie sans foi ni loi et ce syndicat qui défend l'argent au mépris de ses adhérents trahissent cette terre et ceux qui l'habitent. 

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/11/deboulonner-une-roue-de-la-voiture-de-la-journaliste-morgan-large-n-est-pas-un-geste-d-intimidation-mais-une-tentative-de-blesser-ou-de-tuer_6076344_3232.html

(2) Delcourt/La Revue dessinée, 2019.

(3) "Agro-industrie - La Bretagne veut en finir avec la loi du silence", Charlie Hebdo, 14.4.2021.

mercredi 26 février 2020

Une autre agriculture

Les agriculteurs se plaignent: ils sont victimes, disent-ils, d'agribashing, de critiques systématiques de leur métier. C'est que - allez savoir pourquoi - à chaque crise alimentaire causée par une agro-industrie hors-sol, uniquement soucieuse de rentabilité (vin à l'antigel, vache folle, bœuf aux hormones, poulet à la dioxine, grippe aviaire, lasagne à la viande de cheval, poissons nourris aux farines animales, etc.), les consommateurs deviennent plus méfiants, plus exigeants, plus soucieux de la qualité de leur alimentation. Et du bien-être animal, qui existait peu il y a vingt ans. Les dégâts des pesticides sur la santé des agriculteurs comme des riverains et leur impact négatif sur la biodiversité et la qualité de l'air, des sols et des eaux, tant de surface que souterraines, sont de plus en plus patents et laissent espérer qu'un jour proche on finira bien par les interdire (1).
Comment s'étonner du désarroi des paysans qui, le plus souvent très endettés, travaillent durement pour un revenu de misère, se font gruger par la grande distribution et critiquer pour leurs pratiques polluantes ? Les syndicats majoritaires, en Belgique comme en France, ne les aident guère à remettre en question leurs pratiques. Au contraire. En France, la FNSEA a réussi à pousser le Ministre de l'Agriculture à créer une section antibashing au sein de la gendarmerie. Elle a été baptisée Demeter, comme la déesse grecque de la fertilité et comme le label bio. Comme pour faire un bras d'honneur à toutes celles et tous ceux qui conspuent l'agro-industrie. Et pour fliquer ceux qui en dénoncent les dérives. Certains groupes "Coquelicots" en ont fait l'expérience. L'agro-industrie est sacralisée. La critiquer, c'est blasphémer.
Surtout ne rien changer, continuer droit dans le mur, c'est ce que semble se dire un milieu décidément très perturbé.

Toutes ces critiques, justifiées par tant d'abus, ne visent pourtant pas les agriculteurs, mais le saccage de la nature et de la vie animale provoqué par la prise en otage de l'agriculture par le secteur chimique qui entend produire de l'alimentation comme on fabrique de l'essence ou des produits corrosifs. Sans se soucier de leur impact sur l'environnement.
Les agriculteurs dits conventionnels se laissent persuader qu'aucune autre voie n'est possible. "Si tout le monde se met au bio, y aura pas à manger pour tout le monde", veut croire l'un d'eux au Salon de l'agriculture à Paris (2).



Il est temps pourtant que les agriculteurs se regardent en face et remettent en question des pratiques destructrices. En premier lieu pour eux-mêmes. La dénonciation de l'agribashing par la FNSEA est, selon l'agronome Marc Dufumier (3), "un discours bêtement tactique, car cela ne correspond pas à l'opinion des Français, qui considèrent que les agriculteurs sont eux aussi victimes d'un système. Ils savent qu'il y a parmi eux un taux de suicide supérieur à la moyenne, qu'ils sont lourdement endettés, toujours poussés à s'agrandir, et les premiers malades de l'exposition aux pesticides". L'agronome rappelle que l'agriculture industrielle et ses engrais sont responsables de 20 à 25 % des gaz à effet de serre, tout comme de la disparition des abeilles et des coccinelles.
Les solutions existent, on les connaît, explique Marc Dufumier. "Ce n'est pas avec un blé à 90 quintaux à l'hectare, très coûteux en engrais azotés de synthèse, en pesticides et en carburant qu'on accroît la valeur ajoutée pour le paysan et le revenu national net de la France. Il serait beaucoup plus rentable de produire un blé à 50 quintaux, fertilisé par une légumineuse comme la luzerne, qui fixe l'azote dans le sol. Nous cesserions alors d'importer du gaz naturel russe pour fabriquer des engrais azotés de synthèse, mais aussi des tourteaux de soja brésiliens pour nourrir nos vaches, qui mangeraient de la luzerne. Nous cesserions aussi d'exporter du blé subventionné. Car le système actuel ne tient qu'à coups de subventions, sans lesquelles il s'écroulerait."
Marc Dufumier prône la diversification, qui produit le plus de valeur ajoutée. Même si, plus artisanale, elle demande davantage de travail. C'est pourquoi il estime que la transition agro-écologique doit s'accompagner "du paiement aux agriculteurs de leurs services environnementaux". Ce qui diminuerait aussi le coût des produits bio. "On rémunèrerait les agriculteurs qui séquestrent du carbone dans le sol par des pratiques vertueuses, et qui contribuent donc à la lutte contre le réchauffement climatique, fabriquent de l'humus, empêchent l'érosion, préviennent les inondations dans les vallées, pratiquent les rotations de cultures en semant des légumineuses, trèfle, sainfoin, luzerne, qui se substituent aux tourteaux de soja importés."
Il constate que dans les pays latins "on pense à rémunérer les services environnementaux, à sortir de l'endettement par une agriculture diversifiée". Mais la transition sera lente. En France, "elle se heurte avant tout aux lobbies de quatre ou cinq grands secteurs et, assez curieusement, d'un syndicat majoritaire, la FNSEA, très forte pour dégager à chaque crise agricole des subventions à court terme, mais qui ne veut rien changer au système."
Marc Dufumier propose aussi de "transférer une partie du financement de la politique agricole commune pour subventionner les municipalités qui passent au bio, dans la restauration collective, en particulier les cantines scolaires, et garantissent aux agriculteurs de proximité l'achat de leur production à des prix rémunérateurs". 

Ce n'est pas une cellule de gendarmerie qui combattra la critique de l'agro-industrie. Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui y arriveront en tournant le dos à celle-ci pour faire le choix d'une autre agriculture, plus vertueuse, plus respectueuse de l'environnement, des consommateurs, des paysans et des animaux. Reste aux Etats et à l'Union européenne à les encourager dans cette voie.



A voir ce jeudi 27 février à 23 h sur France 3: "La vie est dans le pré", documentaire d'Eric Guéret consacré à Paul François. Ce paysan charentais, intoxiqué par le pesticide Lasso, a gagné à force d'opiniatreté, son combat juridique contre Monsanto (*). Le documentaire le suit alors qu'il lance la conversion de ses 240 hectares de céréales en bio. "Le film tout entier rend hommage à l'incroyable force vitale de Paul François, qui poursuit la bataille malgré la maladie, le décès de son épouse et le déni de Monsanto, qui tente de l'épuiser par de multiples recours. (...) Ce film est aussi un appel urgent au sursaut politique." (Marie-Hélène Soenen, Télérama, 19.2.2020 - TT) Visible jusqu'au 28 mars sur france.tv
(*) (Re)lire sur ce blog "Nouveau coup de David à Goliath" (12.4.2019).

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/02/18/des-pesticides-suspectes-d-etre-des-perturbateurs-endocriniens-ou-cancerogenes-dans-l-air_6029930_3244.html
(2) reportage de Coco, "Salon de l'agribashing: nos terroirs ont du talent!", Charlie Hebdo, 26.2.2020.
(3) Vincent Rémy, "Humez-moi cet humus!", Télérama, 3.7.2019.

jeudi 10 octobre 2019

Avant qu'il ne soit trop tard

Les agriculteurs dits "traditionnels" ou conventionnels" (comme si c'était la tradition ou une convention communément admise qui les poussait à utiliser la chimie pour faire pousser leurs plantes) en ont assez de ce qu'on appelle aujourd'hui "l'agribashing". Assez d'être critiqués et malmenés de toute part.
Personne ne niera qu'il s'agit là d'une profession parmi les plus difficiles qui soient. Mais personne ne contestera non plus que l'agro-industrie s'est embarquée - et a embarqué les siens - dans une voie aujourd'hui intenable. Elle a fait le choix d'une agriculture de plus en plus folle, qui coûte cher à la terre (avec ou sans majuscule).

On peut évidemment rejoindre les agriculteurs dans leurs critiques des traités internationaux qui font voyager à travers la planète céréales, légumes, viandes et produits laitiers. C'est localement qu'il faut acheter et consommer, en particulier les aliments. Ce qui implique la fin des importations. Et donc aussi des exportations. Ça fonctionne dans les deux sens.
Ce n'est cependant pas pour leur opposition aux importations qu'ils sont aujourd'hui critiqués. Mais surtout pour leur usage des pesticides qui empoisonnent la vie. La leur en premier lieu, celle des riverains aussi, de la terre, des insectes, des oiseaux, des rongeurs, de l'eau, de l'air. Les pesticides sont par définition des poisons. Dont on peut se passer. L'agriculture biologique le démontre.
Mais les agriculteurs dits traditionnels sont prisonniers de plusieurs décennies de conditionnement. Ils sont dans "la servitude volontaire", malgré les appels et les mises en garde qui se multiplient depuis si longtemps. Les pesticides leur facilitent la vie, ils réduisent leur travail et sont par-fai-te-ment-in-o-ffen-sifs, leur ont toujours juré les vendeurs de chimie, appuyés par le principal syndicat agricole français, la FNSEA. De pères en fils se refilaient les mêmes méthodes, les mêmes marques, la même fuite en avant. Jusqu'à ce que de plus en plus de professionnels du sol en deviennent malades ou, pis, en meurent.
Mais ceux-là, la FNSEA ne les connaît pas. Ou plus.
Christiane Lambert, présidente du syndicat agricole, déplore l'agribashing. Elle demande "que les gens se respectent" (1). Entendez par là qu'on cesse de critiquer les agriculteurs pour leur usage des pesticides et qu'on ne les empêche pas de travailler en épandant des pesticides là où ils le veulent.
"Je comprends les craintes quand elles sont fondées", dit-elle. Mais elle s'étonne qu'on ait trouvé des traces de glyphosate dans l'urine d'opposants alors qu'aucune analyse n'en a relevé chez des agriculteurs, pas plus chez elle. Elle ignore sciemment - et ce faisant les méprise - tous les agriculteurs qui souffrent de graves problèmes de santé dus à un contact avec ces poisons que sont les pesticides (2). "Il y a eu beaucoup d'exagérations sur le sujet", selon elle, même si elle affirme comprendre l'inquiétude. "Il y a eu une polémisation avec la distance de 150 mètres. Mais aucune donnée scientifique ne dit que c'est la bonne distance." De nombreuses analyses scientifiques mettent pourtant en garde sur les graves dangers que font courir les pesticides. Ceux-ci sont d'ailleurs interdits les uns après les autres. Et aussitôt remplacés par de nouveaux dont on n'a pas encore pu démontrer la nocivité.
"Depuis 2015, dit encore Christiane Lambert, nous mettons en œuvre des mesures pour protéger les publics sensibles. La solution n'est pas dans des distances, mais dans des équipements, des horaires et des dispositions adaptés." On peut donc lire entre les lignes que les pesticides constituent, pour elle aussi, un problème. Même si elle n'est pas prête à une vraie remise en question de ces pratiques.

L'industrie chimique, elle, s'adapte, contrainte et forcée. Et si elle se voit obligée d'abandonner certains produits jugés toxiques, elle n'a aucun scrupule à continuer à les vendre jusqu'au bout. En témoigne la publicité ci-dessous qui, "avant qu'il ne soit trop tard", invite les agriculteurs à se fournir en époxiconazole, un fongicide très bientôt interdit, parce que soupçonné par l'ANSES (l'Agence  nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation), d'être un perturbateur endocrinien" pour l'être humain et les organismes non-cibles", de présenter "un niveau de danger préoccupant pour l'Homme et l'environnement", d'être "susceptible de nuire à la fertilité" et "susceptible de provoquer le cancer".
Récemment, on entendait des agriculteurs affirmer que les pesticides sont des médicaments pour les plantes. On conviendra que mieux vaut éviter les médicaments qui provoquent le cancer.

Les agriculteurs le savent: pour mettre fin à l'agribashing, il faudra en passer par l'agrichanging.

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/on-n-arrete-pas-l-eco, émission du 5.10.2019.
(2) voir www.phyto-victimes.fr

CONSEIL D'EXPERT 


Arthur : expert
                                                phyto
Arthur, Expert phyto 

Phytosanitaire Fongicide : Anticipez vos achats avant qu'il ne soit trop tard !
" Cette année de nombreuses molécules vont être retirées du marché et il faudra être prévoyant pour concevoir son programme phytosanitaire. L'époxiconazole est l'une d'elle. Elle sera retirée de la distribution le 30/11/2019, mais un délai de grâce permettra de l'utiliser jusqu'au 30/07/2020.
Il parait donc important d'anticiper ses achats au plus tôt sur des produits composés de cette molécule : " 

dimanche 18 août 2019

Soutenir Daniel Cueff

La planète se meurt. Les scientifiques hurlent à sa mort. Mais, on l'a trop dit ici, l'immense majorité des élus restent de marbre.
Il en est un, parmi quelques autres, qui prend ses responsabilités, mais se fait aussitôt taper sur les doigts par ses autorités. Daniel Cueff est maire de Langouët en Bretagne. En 1999 déjà, il avait interdit l'usage des pesticides sur la voie publique. Depuis, il a décidé que la cantine de l'école du village ne servirait que des produits bio. Aujourd'hui, il interdit l'épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. "Cet arrêté, dit-il, ce n'était pas possible de ne pas le prendre, dans la mesure où l'Etat retarde sans cesse l'interdiction des pesticides de synthèse". Des analyses ont constaté dans l'urine des Langoëtiens des taux de glyphosate de quatre à trente fois supérieurs aux normes admises dans l'eau de distribution.
Mais ces arguments ne comptent pas pour la préfète d'Ille-et-Vilaine qui a cassé l'arrêté municipal. L'opiniâtreté du maire l'amène devant le tribunal administratif de Rennes où il est convoqué jeudi prochain, 22 août. Il est possible de lui témoigner sa solidarité sur le site de "Agir pour l'environnement" (1).

Les pesticides nous submergent. Ils sont partout. Dans l'air, dans l'eau, dans nos organismes. 
Un rapport de l'agence de l'eau Loire - Bretagne de 2018 révèle qu'on a trouvé, dans les eaux du bassin versant de la Goulaine (un affluent de la Loire, non loin de Nantes),  deux cent cinq pesticides différents (oui, 205). Trente-neuf d'entre eux atteignent individuellement le niveau à partir duquel une eau ne peut être utilisée pour être potabilisée. La norme maximale est de 2 microgrammes par litre pour un pesticide et de 5 si on additionne tous les pesticides concentrés dans l'eau. Certains pesticides atteignent les 32 microgrammes par litre. L'un d'entre eux, la carbendazime, est interdit en Europe depuis quasiment dix ans. Les risques pour la santé humaine de tous ces pesticides sont dénoncés par le même rapport: l'un est "susceptible de provoquer le cancer", un autre de "nuire au fœtus", un troisième présente "un risque d'effets graves pour les organes à la suite d'expositions répétées ou d'une exposition prolongée".
La majorité de ces pesticides viennent de la viticulture intensive et du maraîchage, en particulier de la culture du muguet et de la mâche, grandes spécialités de Loire-Atlantique. La main d'œuvre est de plus en plus recrutée à l'étranger, en Roumanie notamment. Le maraîchage intensif exporte les effets de ses pesticides.
Et les riverains de l'agriculture chimique prendront, eux aussi, leur part de pollution, parce que l'économie, même dans ses pires folies, a toujours raison.

(Re)lire sur ce blog:
"Le cynisme a un nom", 22.7.2019;
"Histoires romantiques", 13.6.2019;
"Nouveau coup de David à Goliath", 12.4.2019;

(2) Fabrice Nicolino, "Au beau pays de la mâche et du muguet", Charlie Hebdo, 17.7.2019.

jeudi 13 juin 2019

Histoires romantiques

Les pesticides sont partout. Même là où on ne les attend pas. On a beau manger le plus sainement possible, vivre dans un environnement qui semble encore assez naturel, on en ingère tous les jours à notre insu.
En Indre, soixante-neuf personnes, de trente à quatre-vingts ans, ont fait analyser leurs urines. Et les résultats sont inquiétants: tous sont contaminés au glyphosate. Alors que le taux maximal de glyphosate autorisé dans l'eau potable est de 0,1 ng/ml, on constate des taux moyens de 0,809 ng chez les femmes (avec des taux qui atteignent 2,274) et de 0,868 ng chez les hommes (taux maximal: 2,190). Le collectif "Campagne glyphosate 36", à l'origine de ces tests, compte déposer plainte pour atteinte à l'environnement, tromperie aggravée et mise en danger de la vie d'autrui contre les fabricants de glyphosate, l'Union européenne et l'institut allemand de l'évaluation des risques qui a autorisé la mise sur le marché de l'herbicide (1).

En Bretagne, un maire a pris des mesures pout tenter de minimiser l'impact des pesticides sur sa population: il a interdit les épandages à moins de 150 mètres de toute parcelle comprenant une habitation. Cette mesure qu'on peut considérer comme légère et simplement logique est jugée excessive par la préfète d'Ille-et-Vilaine qui considère que le maire de Langouët n'a tout simplement pas le droit de prendre une telle décision. Elle lui demande de retirer son arrêté, considérant que les circonstances particulières locales ou le cas de péril imminent ne sont pas avérés (2).

Faudra-t-il attendre des drames comme en connaît quotidiennement le Paraguay pour que les maires puissent enfin agir? Là-bas, les habitants ne comptent pas, moins, beaucoup moins en tout cas que les intérêts économiques de l'agro-industrie. Coincés au milieu de milliers d'hectares de soja arrosés de pesticides par d'immenses tracteurs et des avions, ils développent - leurs enfants surtout - de nombreuses maladies. Certains en meurent. Dans le documentaire "Vert de rage" (3), un homme raconte la mort de ses deux fillettes de six mois et trois ans, à quelques heures d'intervalle, après vingt-quatre heures non stop d'épandage. "Nous sommes les oubliés du pays", déplore une femme dont le fils souffre de crises incessantes de toux et de diarrhée. Une autre a une fille qui souffre d'hydrocéphalie. "Les malformations congénitales constituent la deuxième cause de mortalité néonatale", constate une pédiatre. Une étude a démontré que 46% de l'ADN d'enfants exposés directement aux pesticides sont endommagés.
La production de soja transgénique a explosé au Paraguay depuis vingt ans et s'étend maintenant sur cinq millions d'hectares. La quasi totalité est destinée à l'exportation, un tiers vers l'Europe. La vie des habitants de ce qui reste de campagne ne vaut rien face à la valeur du soja: plus de trois cents dollars la tonne. Et ce n'est pas le ministre de l'Agriculture qui les défendra: "il s'agit d'économie, pas de romantisme", se borne dit-il à déclarer. Se soucier de la vie humaine serait donc romantique. Comment qualifier le souci de l'économie? De cynique? D'assassin?




(1) "Les soupçons se confirment: tous contaminés au glyphosate", L'Echo - La Marseillaise, 7.6.2019.
(2) https://www.ouest-france.fr/bretagne/langouet-35630/langouet-l-arrete-contre-les-pesticides-considere-comme-illegal-6392181
(3) "Vert de rage", diffusé sur France 5, le 5.6.2019 à 20h55 - "Les horreurs de l'or vert", Etienne Labrunie, Télérama, 29.5.2019.

dimanche 7 octobre 2018

La peste soit des pesticides

La campagne "Nous voulons des coquelicots" (1) a pris corps ce vendredi soir un peu partout en France. Des citoyens se sont réunis pour dire non aux pesticides. Ici, pour cette première, nous étions onze à nous retrouver sur la place du village pour envisager ce que nous pouvons faire pour arriver à nous débarrasser de ces poisons qui nous menacent tous.

Dans "Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture" (2), le journaliste Fabrice Nicolino, à l'origine de cette campagne, s'adresse à Raymond, un paysan imaginaire, victime comme tant d'autres de la machine agro-industrielle qui a broyé les agriculteurs, asséché les sols, pompé les nappes phréatiques, vidé les campagnes, empoisonné les terres, l'eau et l'air. Il parle du "grand projet de maîtrise totale (de la Terre, cette rebelle à mater) par l'industrie humaine". Dans ce grand projet, les pesticides sont un outil parmi d'autres. Aux conséquences incalculées et incalculables.

Les paysans eux-mêmes sont les premières victimes de ces poisons dont ils ont abusé pour leurs champs. Cas parmi tant d'autres: Yannick Chenet est mort d'une leucémie en 2011, reconnue maladie professionnelle sept ans auparavant. Après sa mort, Caroline Chenet-Lis, sa veuve, s'est rendu compte qu'il avait utilisé 300 pesticides différents pendant sa carrière. Il avait 46 ans. "Personne ne se posait la question autour de nous. Et les coopératives et les marchands qui nous livraient à la ferme ont bien sûr complètement oublié de nous dire que leurs produits étaient dangereux." Ses confrères sont nombreux à être dans le déni: "Yannick était un homme en colère. Cela ne l'a pas empêché de très vite chercher à convaincre les agriculteurs qui autour de nous utilisaient des pesticides sans se protéger suffisamment. Il s'est alors heurté au refus de certains de reconnaître que ces produits étaient la cause de son cancer et en a été blessé." (3) Mais il a rencontré d'autres agriculteurs, eux aussi gravement malades. Ensemble, ils ont créé l'association Phyto-Victimes (4).
Et puis, il y a les autres, tous les autres, les familles, les voisins, les enfants des écoles, tous ceux qui respirent cet air empoisonné par ce qui est nous cyniquement présenté comme indispensable à notre nourriture. Ce qui nourrit nous tue.
Le nombre d'enfants nés sans mains ou sans bras dans l'Ain, en Bretagne et en Loire-Atlantique interpelle. Des "malformations congénitales graves" qui ne sont probablement pas dues au hasard, selon l'Agence Santé publique France. Toutes ces naissances ont eu lieu en milieu rural, là où on pourrait naïvement penser que notre santé ne peut qu'être préservée. L'enquête menée par l'Agence n'a identifié aucune cause et a été stoppée. L'épidémiologiste Emmanuelle Amar évoque, elle, "l'hypothèse, plausible à son sens, d'une exposition des mères à des pesticides ou des produits phytosanitaires, les sept cas recensés dans le département (de l'Ain) correspondant à des mères vivant dans un rayon de 17 kilomètres d'une zone agricole avec des champs de maïs ou de tournesols". (5)

Il y a urgence à en finir avec ce monde-là, avec cette industrialisation de la terre, de l'air, de l'eau, de la nature. Urgence à aider les agriculteurs à sortir du piège dans lequel ils se sont laissés enfermer par l'agro-industrie et son bras armé qu'est la FNSEA, le seul syndicat (à ma connaissance) à envoyer consciemment ses affiliés au cimetière.
L'agro-industrie, du haut de sa prétention, affirme être la seule à être capable de nourrir la planète. Elle parvient juste à la tuer. 
Alors qu'une solution existe - et existait bien avant l'agro-industrie: l'agroécologie. "Les preuves scientifiques actuelles, affirme Olivier De Schutter, qui fut rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation (6), démontrent que les méthodes agroécologiques sont plus efficaces que le recours au engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim." L'agroécologie peut doubler la production alimentaire mondiale en dix ans. "A ce jour, les projets agroécologiques menés dans 57 pays en développement ont entraîné une augmentation de rendement moyenne de 80 % pour les récoltes, avec un gain moyen de 116 % pour tous les projets menés en Afrique." 
Fabrice Nicolino cite le rapport d'un colloque de la FAO en 2007 sur le thème "Agriculture biologique et sécurité alimentaire". Il en ressort, écrit-il, que cette agriculture est bonne pour la sécurité alimentaire, l'eau, les sols, la biodiversité. "Une conversion planétaire à l'agriculture biologique, dit le rapport, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d'engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l'ordre de 2 640 à 4 380 kilocalories par personne et par jour." Largement de quoi nourrir la planète et même au-delà, en conclut Nicolino. Alors, qu'est-ce qu'on attend?

En attendant, précisément, on peut signer l'appel "Nous voulons des coquelicots" sur https://nousvoulonsdescoquelicots.org
Nous sommes à ce jour 264 000 à l'avoir fait. Si chacun d'entre nous convainc cinq de ses connaissances d'en faire autant, qui elles-mêmes en feront autant, l'objectif de 5 millions de signatures sera vite atteint. Ce faisant, nous rendrons chacun conscient et responsable de ses actes et nous changerons tous nos pratiques. Parce qu'il y a urgence. Parce que notre vie et celles de nos enfants nous appartiennent.

(1) Lire sur ce blog "Nous voulons des coquelicots", 15.9.2018, et voir le site https://nousvoulonsdescoquelicots.org
(2) éditions Les Echappés, 2015.
(3) https://reporterre.net/Danger-des-pesticides-la-veuve-d
(4) www.phyto-victimes.fr
(5) http://www.francesoir.fr/societe-environnement/bebes-sans-bras-la-piste-des-pesticides-est-elle-credible
https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/le-mystere-des-enfants-sans-main-1538631911
(6) cité par Fabrice Nicolino dans (2).

P.S.: https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/08/bebes-nes-sans-mains-yannick-jadot-accuse-les-pesticides-et-denonce-la-complaisance-des-autorites_a_23553991/?utm_hp_ref=fr-homepage
P.S.2: dans des vins du Bordelais, on a retrouvé jusqu'à 15 molécules différentes de pesticides par bouteille. La viticulture, qui représente 3% des terres cultivées en France, consomme 20 % des pesticides utilisés dans le pays (France 3, Journal, 8.10.2018, 19h30).

(Re)lire sur ce blog:
- "Ma terre dolorosa", 13.2.2018;
- "Perseverare diabolicum", 2.3.2016;
- "Adieu, veaux, vaches, cochons", 21.9.2015.





dimanche 25 octobre 2015

Poison subventionné

Certains d'entre eux aiment se présenter comme les premiers écologistes. Mais un prophète affirmait que les premiers seraient les derniers. En ce qui concerne la majeure partie des agriculteurs, il semble avoir eu raison. On sait (1) combien la terre et les animaux sont devenus, pour trop d'entre eux, des matières traitées comme si elles étaient déjà mortes. Les méfaits de l'agriculture intensive ne paraissent pas les préoccuper et leur fuite en avant se poursuit. Ferme des 1000 vaches, ferme des 1400 veaux, ferme des 1000 truies ne sont que quelques exemples des délires industriels dans lesquels continue à s'engouffrer une agro-industrie qui a visiblement perdu tout sens commun et veut ignorer superbement les dégâts qu'elle engendre.
Parmi les lois qui régissent l'agriculture, il en est une qui impose aux éleveurs de déclarer tous les "flux d'azote produits, importés ou exportés" sur les exploitations agricoles. Les dépassements de flux peuvent entraîner des sanctions. Mais voilà que les quatre chambres d'agriculture bretonnes, établissements publics financés par l'impôt et gérés par le tout-puissant syndicat agricole FNSEA, appellent leurs adhérents à ne pas respecter cette règle. "Nous ne pouvons accepter ces mesures qui auraient pour impact économique une baisse d'environ 3% de l'excédent brut d'exploitation pour une ferme moyenne", affirment les chambres d'agriculture qui demandent à leurs membres de "ne pas remplir la déclaration de flux d'azote 2014-2015".
"Or, rappelle Fabrice Nicolino qui dénonce cette attitude (2), l'azote est à l'origine des nitrates. Or les nitrates polluent massivement les eaux douces avant de provoquer dans les estuaires et les plages de somptueuses bouillies vertes qu'il faut évacuer avant qu'elles se changent en hydrogène sulfuré, gaz mortel. Question mille fois posée: d'où vient ce foutu azote? Réponse itou: pour l'essentiel, de la merde des animaux prisonniers, comme les porcs, et des engrais azotés qu'on balance pour faire pousser le maïs industriel. Quand elle n'est pas contaminée, l'eau ne contient des nitrates que la trace: disons 0,1 mg par litre d'eau. Grâce à l'agriculture industrielle, elle compte maintenant en Bretagne 0,35 mg en moyenne avec des pointes à 200. Dès qu'une eau - celle des rivières ou des nappes - atteint 100 mg par litre, on n'a même plus le droit de la traiter pour en faire une eau potable."
La devise de la FNSEA doit être "après nous les mouches (s'il en reste)". Que nous reste-t-il à faire, face à une attitude aussi méprisante pour l'environnement, pour les voisins, pour les touristes, pour la société? Eviter les produits agricoles bretons qui ne soient pas certifiés bio? Ne plus se rendre en vacances en Bretagne?
Qui tue l'environnement? Qui tue la Bretagne? Qui tue l'agriculture? Sinon la FNSEA, premier syndicat agricole de France qui, depuis des décennies, entraîne ses adhérents dans une agro-industrie mortifère qui les pousse à s'endetter jusqu'au cou et à polluer sans sourciller. Elle donne raison au titre de l'ouvrage récent de Fabrice Nicolino dans lequel il s'attaque à "ce vaste merdier qu'est devenue l'agriculture".
Qui a encore envie de défendre cette industrie scandaleuse? Et quel gouvernement, quels politiques oseront, enfin, supprimer toute subvention à cette activité d'empoisonneurs?

(1) (re)lire sur ce blog:
- "Adieux veaux, vaches, cochons", 21 septembre 2015;
- "Les usines de l'agriculture", 3 mars 2015.
(2) "Les nitrates et les marées vertes, ils s'en cognent", Charlie Hebdo, 21 octobre 2015.
Le blog de Fabrice Nicolino: http://fabrice-nicolino.com