mardi 13 mars 2007

Blasphème ?

La Libre Belgique de ce 13 mars 2007 publie une excellente carte blanche de Patrice Dartevelle, Président de la Ligue pour l'abolition des lois réprimant le blasphème et le droit de s'exprimer librement et Vice-président du Centre d'Action Laïque: il s'inquiète d'un projet de loi réprimant le blasphème. Le Gouvernement belge a déposé devant la Chambre, le 26 octobre 2006, un projet de loi tendant à lutter contre certaines formes de discrimination. "Le but de la loi est louable en soi, estime-t-il: lutter contre toutes les formes de discrimination, qu'elles touchent à la race, à la nationalité, au sexe ou aux opinions religieuses, philosophiques ou politiques. (...) Tout autre chose est ce que prévoient les articles 22 et 38 (qui modifie l'article 453 bis du Code pénal) du projet de loi. Le premier punit l'incitation à la haine à l'égard d'une personne pour l'ensemble des critères de discrimination et donc "la conviction religieuse et philosophique, la conviction politique (article 3) et ce dans tout domaine, même hors du champ d'application de la loi". L'article 453 bis modifié vise pour sa part la question des injures, ce qui est exactement le chef d'accusation utilisé par les adversaires de Charlie Hebdo (...)." "Religions, convictions philosophiques ou convictions politiques relèvent résolument de l'opinion, dit-il, et les protéger va totalement à l'encontre de la liberté d'expression."
Je partage pleinement son analyse et vous invite à la lire (www.lalibre.be)
Le débat politique au sens large - donc le débat d'idées - est le fondement de toute société démocratique, de toute société qui avance. Pour certains croyants, le blasphème est simplement la remise en question de leurs dogmes. Condamner le blasphème reviendrait à mettre les religions hors jeu dans le débat d'idées. On pourrait donc rire de tout, mais pas des religions? On pourrait discuter de tout, mais pas de l'existence de dieu(x)? La législation tente aujourd'hui de protéger les citoyens des nuisances des sectes, mais leur interdirait la critique de la religion? Les religions, comme disait je ne sais plus qui, sont des sectes qui ont (bien) réussi...
Aujourd'hui, on entend de plus en plus des intégristes, tant chrétiens que musulmans, remettre en question le darwinisme et l'évolution des espèces pour imposer les vues créationnistes. Contester le créationnisme sera-t-il considéré comme un blasphème? Considérera-t-on que sous prétexte de respecter les dogmes et les croyances le créationnisme ne peut être critiqué? "Si la critique de la religion devient répréhensible, cela signifie que sur le territoire de la République, lorsque des hommes dénieront des droits aux femmes, comme celui se s'habiller comme elles le veulent, d'aller et de venir et de fréquenter qui elles veulent, on ne pourra plus intervenir. Lorsqu'un macho bafouera les droits fondamentaux des femmes, on laissera faire puisqu'il le fait au nom de la religion" (Philippe Val, Charlie Hebdo, 07.02.07).
Le "sacré" ne l'est que pour celui qui le considère comme tel. De la même façon que le blasphème n'est un péché que pour les croyants. Interdire légalement le blasphème reviendrait à reconnaître légalement le péché. Le blasphème, comme la caricature, comme la critique, est un droit inhérent à la démocratie.
Et les croyants doivent avoir une foi bien fragile pour avoir besoin de la faire protéger de toute remise en question. Dans son intervention au procès de Charlie Hebdo, François Bayrou a rappelé sa foi catholique, mais a mis au-dessus le droit de critiquer les dogmes quels qu'ils soient. Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, y a fait la différence entre la critique de la religion et le racisme. Abdelwahab Meddeb y a exposé les nécessités pour les religions d'encaisser les critiques et l'humour (cités par Ph. Val dans Charlie Hebdo, 14.02.07).
Le projet de loi du gouvernement belge (très "laïc", comme le rappelle P. Dartevelle), en ses articles 22 et 38, est plus qu'inquiétant, ses répercussions pourraient être désastreuses pour la liberté de pensée et d'expression et pour le débat d'idées.
J'espère que tous les démocrates s'y sont opposés et s'y opposeront avec vigueur, sans tomber dans le piège du politiquement correct qui voudrait que les religions (et certaine en particulier...) bénéficient d'un traitement divin plutôt qu'humain.

A lire:
"Traité d'athéologie", Michel Onfray, Grasset 2005
"La tentation obscurantiste", Caroline Fourest, Grasset 2005
"Traité de savoir-survivre par temps obscurs", Philippe Val, Grasset 2007
"Contre-prêches", Abdelwahab Meddeb, Seuil
www.prochoix.org

Mauvaise nouvelle : la révolution n’est pas pour demain !

La liste du Ps pour le Sénat n’annonce pas une avancée du progressisme, malgré la présence en son sein de quelques personnalités étiquetées de ce côté de l'échiquier politique Ce ralliement indique surtout le nouveau succès annoncé du Ps. Et signifie donc que le parti social-démocrate ne changera rien à ses pratiques : nominations politiques, cumul des mandats, choix partisans, hiatus entre discours et pratiques, etc. Pourquoi le ferait-il puisqu’il ne cesse d’attirer à lui de nouveaux soutiens et donc de renforcer sa reconnaissance ? La lumière ne cessera jamais d’attirer les papillons.
Le parti qui a tout pouvoir côté francophone va tout doucement virer au parti unique, du centre-droit à la gauche de la gauche.
On sait que le Ps a voulu avoir la peau d’Ecolo, ne supportant pas qu’un parti puisse exister sur sa gauche. Ce « combat »-là, il l’a gagné en bonne partie : Ecolo s’est fait laminer en 2003 et 2004 et prend depuis lors des positions plus tièdes. Pas sûr que la société y ait gagné grand'chose... Le paradoxe, c’est le vide aujourd’hui créé à gauche par les sociaux-démocrates. Y a quelqu’un ???

dimanche 11 mars 2007

Une matinée éolienne

LES GRANDS MESSES EVENTEES DE LA WALLONIE PICARDE

Le vent soufflait fort sur la Wallonie picarde, ce samedi 2 mars. Peut-être a-t-il retenu chez eux les soutiens au projet de région ? Aussi peu suivie que celles des églises, cette grand messe avait plutôt des allures de messe basse, vu le public présent: une petite centaine de personnes plutôt que les deux cents espérés. Aucun représentant politique n’y a participé (à l’exception de deux conseillers provinciaux et de notre Rudy Demotte régional et national arrivé une demi-heure avant la fin) ; deux associations seulement y étaient représentées, mais aucune n’était invitée aux trois tables rondes dans lesquelles se sont exprimés des fonctionnaires, des techniciens et des chefs d’entreprise. En fait, c'était « les technocrates parlent aux entrepreneurs » et vice-versa, et « on-vit-dans-une-belle-région-qui-a-tout-pour-plaire ».
Heureusement qu'il y eut des interventions d'Eric Domb (directeur de Paradisio et président de l’Union Wallonne des Entreprises) et d'Engelbert Petre (directeur de la Maison Culturelle d’Ath et administrateur-délégué de l’Agence Culturelle du Hainaut Occidental) pour apporter quelques réflexions de fond dans ce nouveau salon où l’on cause.
Eric Domb a affirmé que ce serait une « fumisterie » d’imaginer qu’un territoire sans autonomie économique et surtout fiscale puisse monter un projet de développement propre. Il a stigmatisé le saupoudrage sous-régional et le gaspillage des subsides d’Objectif 1 en Hainaut, constatant que les sites touristiques qui en ont bénéficié sont tous déficitaires et ne créent pas d’emploi, contrairement au but poursuivi. Sur le plan international, il a appelé de ses vœux un contre-pouvoir à la compétition mondiale qui amène de plus en plus d’entreprises à se déplacer.
Engelbert Petre a rappelé combien la culture peut apporter du sens aux projets et à une région, tout en constatant la difficulté de la Communauté française à mener des politiques liées à un territoire. Il a appelé à la lutte contre le courant dominant d’une politique de consommation culturelle et a réaffirmé l’importance d’une réelle politique d’éducation permanente avec les populations les plus défavorisées.
De nombreux invités ont fait des efforts visibles pour dire "Wallonie picarde" plutôt que "Hainaut Occidental". Heureusement, car c’était apparemment là un des objectifs de ce forum : imposer le nouveau nom choisi par nos « pilotes ». Il y eut aussi ceux qui continuent à parler de Hainaut Occidental, comme s’ils restaient sourds à l’appel du modernisme !
Il fut beaucoup question de recherche de consensus. Un consensus qui semble peu se différencier de la pensée unique : on ne sort quasiment pas du modèle capitaliste de développement, avec des entreprises classiques, un appel aux investisseurs (parmi lesquels Pétrofina fut cité par Philippe Mettens, patron de la politique scientifique) et le développement des zonings. Tout cela vous faisait comme un bain de jouvence : on se serait cru dans les années ’60.
Bref, autant de vent à l’intérieur qu’à l’extérieur...

mercredi 28 février 2007

Elio et Ecolo sont dans un bateau

Faut-il 1/ en rire ou 2/ en pleurer ? Tapez 1 !

Elio Di Rupo vient de découvrir, en février 2007, l’écologie. Le président du PS a tenu à préciser que ce n’est pas le parti Ecolo qui lui a permis de faire cette découverte. Depuis vingt-cinq ans, il n’a vu ni entendu les Ecolos, Greenpeace, le WWF, Inter-Environnement, les environnementalistes et les scientifiques. Non, tel Paul Claudel découvrant Dieu derrière un pilier de la cathédrale de Paris, c’est en regardant Ushuaïa que Di Rupo a eu la révélation.
Il raconte lui-même sa conversion :
« J’étais assis tranquillement dans mon salon vert, près du second pilier à l’entrée du vestibule, à droite du côté de la cuisine. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie.
En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’urgence d’une écologie à visage humain, une révélation ineffable. » (1)
Le président du PS, du gouvernement wallon et de la ville de Mons s’est empressé de courir à Paris rencontrer Nicolas Hulot. Il en est revenu transfiguré et a aussitôt réuni ses 111 bourgmestres pour leur remettre les tables de la loi.
Désormais, chaque commune socialiste à visage humain réduira la consommation énergétique de son administration communale, ne construira plus de nouveaux bâtiments « énergivores », offrira des conseils pratiques à ses citoyens relatifs aux économie d’énergie, etc. Bref, quelques mesures totalement révolutionnaires que jamais au grand jamais aucun écologiste d’aucun pays n’aurait bien sûr songé à proposer et, encore moins, à appliquer.
La foi soulève les montagnes…

Michel Guilbert, écologiste à visage inhumain
(1) d'après Paul Claudel

mardi 19 décembre 2006

"La Belgique est un plaisir et doit le rester!" *

Qui oserait encore prétendre que les Belges sont les rois de l’autodérision ?
« On ne peut rire de tout », « on ne se moque pas de nos institutions », a-t-on entendu de la bouche de « responsables » politiques au lendemain de la diffusion de l’émission « Bye-bye, Belgium » de Philippe Dutilleul.
Une fois de plus, c’est l’émotion qui l’emporte. Et une peur irraisonnée. Comme ces journées hystériques (à ne pas confondre avec « historiques ») de juillet 1993 après la mort de Baudouin.
Le roi est mort ? Nous voilà orphelins ! La Belgique n’existe plus ? Nous voilà à la rue !
A quoi faut-il attribuer une telle émotion : à de la naïveté, à une perte d’identité ?

Les politiques, comme cela devient une habitude chez eux ces derniers temps, courent derrière l’opinion publique. Haro sur la RTBF qui a joué les croquemitaines et effrayé tous ces braves gens qui se préparaient à passer gentiment les fêtes.

On notera cependant des effets positifs à cette émission: de nombreux jeunes (et moins jeunes) qui affirmeraient en d’autres occasions ne pas s’intéresser à la politique se sont sentis perdus, en quête d’identité, de boussole. « On est dans la merde : y a plus de Belgique », ai-je entendu. C’est donc que, même inconsciemment, leur identité les questionne.
En fait, pourquoi tant de francophones se sont-ils sentis effrayés par la (fausse) déclaration d’indépendance de la Flandre ? Parce que la Belgique rassure ? Le francophone, c’est l’homme qui se lève le matin et se rend compte que sa femme l’a quitté. Il se demande qui fera ses tartines, la vaisselle et les courses désormais.
L’émission (qui pose question sur le plan de la déontologie, j’en conviens) aura au moins eu le mérite de nous amener à nous questionner sur le sens de la vie commune (ou communautaire…)

Enfin, la manière dont l’émission a été lue, indique – une fois encore - la nécessité de l’éducation aux médias (tout, dans les premières images, indiquait que c’était faux). Ce vœu-là, une fois retombée l’émotion, restera-t-il également pieux ?


* les Snuls

lundi 27 novembre 2006

Ps: comment en finir?

Ce texte a été publié en page « Opinion » dans La Libre Belgique du 27 novembre 2006


Devinette :
Que reste-t-il de rouge au Parti Socialiste ?
Réponse :
Les cravates

Aux dernières élections communales et provinciales, la défaite du Ps fut finalement limitée. Seuls quelques bastions où les abus de pouvoir furent trop évidents se sont fortement lézardés.
Dans beaucoup de communes, la cote du Ps est à la hausse. Malgré « les affaires » récurrentes que connaît le parti.
Il est effrayant de constater à quel point l’opinion publique peut exprimer son dégoût de la manière dont la politique est menée, et de voir se maintenir, et même progresser à nouveau, un parti dans l’ADN duquel on sait que l’éthique n’est certainement pas le gène dominant.

LE TRIOMPHE DE LA COM
Mais en politique, aujourd’hui, il importe plus d’avoir l’air et de dire que d’être et de faire.
En cette ère de « Star Ac » et de « Nouvelle Star », on peut difficilement s’étonner de voir quantité de citoyens - et même plus d’un journaliste - tomber dans le panneau de la « com ». Les images ont la vie belle. Je suis ce que je dis. Il suffit donc de se déclarer rénovateur pour l’être, d’annoncer une grande rénovation pour que l’opinion publique croie à sa réalité. Même si cette dernière est bien différente… Trop d’électeurs (et parfois de journalistes) n’examinent pas la cohérence qui existe ou non entre déclarations et pratiques. Nombre d’entre eux tiennent pour acquise et indiscutable la volonté du président Di Rupo et de son équipe de rénover le parti de fond en comble. Et les autres partis, espérant pouvoir partager une part de pouvoir avec un Ps qui reste tout puissant, font ou ont fait semblant d’y croire. La rénovation du Ps semblait un fait acquis. Seuls y avaient échappé, ici ou là, de rares dinosaures.
Aujourd’hui, le doute s’installe et s’exprime. Il apparaît de plus en plus que l’opération rénovation s’apparentait plutôt à la peinture rose du bâtiment du boulevard de l’Empereur : du « façadisme ». Tout le monde a d’ailleurs oublié le nom du chargé de rénovation du Ps présenté à la presse voici un an. L’important n’était pas que tout change, mais de dire que tout allait changer.
Peut-on ne pas voir que les Van Cau, les Cariat, les Despi, les Anselme , les De Clercq, les Rovillard (et avant eux, les Spitaels, les Coeme, les Mathot, les Carlier - et oublions les autres) ne sont pas des exceptions dans leur parti, mais la partie émergée de l’iceberg ?
Peut-on ne pas voir que le clientélisme, le favoritisme, le cumul des mandats, les petits arrangements entre amis sont inscrits au cœur même de la culture du Ps ? Et que celles et ceux que la presse classe parmi les rénovateurs peuvent aussi être imprégnés de cette culture et, même s’ils s’en défendent, la pratiquer quotidiennement ? Parce qu’elle est le fondement du succès électoral du Ps.


UN Ps TRES AFRICAIN
Il y a quelques années, un ambassadeur de Belgique dans un pays d’Afrique me disait toute sa fascination – que je partage - pour ce continent. « Quand on y est attentif, me disait-il, on se rend compte que l’Afrique est un miroir grossissant de ce qui se passe chez nous ». La vision est à double sens. Les Africains sont au moins aussi joviaux que les Wallons (on se souvient cependant de ce bourgmestre du Borinage qui déplorait, dans un documentaire, que ses pauvres ne soient pas aussi souriants que ceux d’Afrique), mais l’autre face de la médaille n’est guère plus reluisante chez nous que chez eux.

S’indigne-t-on de ces petits ou grands chefs, de ces caporaux qui se proclament empereurs ou présidents, qui se servent dans la caisse, favorisent leur famille, leur village et leur ethnie, installent leur capitale dans leur village natal ?
Il suffit de regarder ce qui se passe dans notre profonde Wallonie, Dès qu’un parti est dominant, il se laisse aller à des dérives africanistes.
Ici, c’est un président de société de logement social qui se constitue une cave à vin, un bourgmestre qui se paie de luxueux voyages, tous deux avec l’argent public. Là, c’est un ministre de la culture qui privilégie sa commune et les villages voisins dans un excès de subventions ; un autre qui défend la nomination dans l’administration d’affiliés de son parti, sous le prétexte que celui-ci est puissant. Là encore, c’est un Collège qui s’octroie la gestion d’un parc de logements sociaux, se réservant le choix des locataires et la détermination du montant de leurs loyers (au mépris affiché de toute politique de lutte contre les négriers du logement). Ailleurs, c’est un bourgmestre qui multiplie les marchés avec l’entreprise de sa compagne ; un autre qui nomme, sans appel public à candidature, sa belle-fille comme coordinatrice de l’accueil extrascolaire ; un troisième qui aurait signé un faux certificat au registre des étrangers d’un joueur du club de foot qu’il préside. Ou c’est un député régional qui fait envoyer à son bureau, par l’administration communale dont il fut le patron, les chômeurs à la recherche d’un emploi. Ailleurs encore, c’est une famille à qui l’on n’accorde un logement social qu’à la condition qu’elle retire ses enfants de l’école catholique pour les placer dans l’enseignement communal.
Certaines de ces pratiques sont illégales (et la justice en jugera), d’autres ne le sont sans doute pas, mais ne sont pas éthiquement acceptables.
Tous ces exemples sont récents, et, plus d’une fois, le fait de mandataires présentés comme « rénovateurs » au sein du Ps, comme totalement étrangers aux attitudes dénoncées chez leurs camarades carolos ou namurois.

La base de la politique clientéliste du Ps, c’est la culture du « protégé », celui ou celle pour qui on envoie des lettres de « recommandation », à qui on promet un logement social, un emploi, une promotion, un marché ou la lune. Comment un parti qui se prétend socialiste peut-il avoir des protégés, et maintenir ainsi un système de servitude digne des patrons catholiques du XIXè siècle ? La raison en est simple : les obligés ont la mémoire des urnes, les valeurs soi-disant défendues par ce parti dussent-elles en souffrir. On est là à mille lieues d’une politique de libération, d’autonomisation des individus que prône la gauche.

« DORMEUR, REVEILLE-TOI ! »
Il y a quelques années, le Ps a modifié son logo. Oubliée la rose, ce n’était plus l’important. L’important, c’était le S de socialiste. Le P de Parti étant censé s’effacer au service des Valeurs. Mais l’arbre n’a pas caché longtemps la forêt. Le gros S n’a pas réussi à cacher un P en réalité hypertrophié. Hyper trop fier de son pouvoir, de ses mainmises, de ses réseaux. On pouvait penser qu’il y aurait une morale à cette histoire, que la « com » avait ses limites et que les faits démontraient qu’elle ne peut tout déguiser.
Aujourd’hui, les faits apparaissent les uns après les autres au grand jour, mais les récents résultats électoraux doivent rassurer les responsables du parti. Le populisme continue à payer.

En dehors de ses affiliés et de ses sympathisants et électeurs (qui sont très nombreux, il est vrai), le Ps ne semble pas se rendre compte de la véritable haine qu’il est en train de développer contre lui. Et du tort qu’il cause à l’ensemble de la région wallonne, et en particulier aux plus démunis qu’il est censé défendre.
Aujourd’hui, ce n’est pas d’une rénovation qu’a besoin le Ps, c’est d’une refondation. Et celle-ci ne pourra s’opérer que par une cure d’opposition.
Aux électeurs wallons de prendre leur sort en main dès 2007 ! Il n’est plus temps de s’indigner, de protester mollement. Nous avons un pouvoir : celui des urnes. Qu’en faisons-nous ? Il est temps que tant de citoyens (re)trouvent un rôle actif, sortent de l’état d’assistés dans lequel certains se plaisent à les maintenir. Sans se tourner vers une extrême droite nauséabonde qui traîne bien plus de casseroles encore et prône des valeurs qui n’en sont pas, de rejet et de haine. Mais, à créer des assistés et des ignorants, on crée, hélas !, des dégoûtés qui peuvent se tourner, demain, vers le premier prophète de mauvais augure venu…

Michel Guilbert,
au nom des valeurs socialistes
inscrites au cœur de l’écologie politique


« on a sauvé la façade depuis le manifeste
gardé les initiales et bazardé le reste
on a sauvé la façade et cravaté nos vestes
le marché a marché, le parti est parti
aux marchands à présent, faut vivre avec son temps. »
Claude Semal : la Façade

mardi 21 novembre 2006

De la schizophrénie...

... des électeurs comme des téléspectateurs

Les chiffres sont tellement subjectifs et "le" citoyen si plein de contradictions... (j'en suis une preuve vivante, comme chacun d'entre vous, je suppose - ceci dit, j'espère quand même que nous le sommes moins que d'autres).
Dans Charlie Hebdo de cette semaine, Philippe Val fait référence à un sondage récent en France, qui fait apparaître que 60% des Français pensent que les hommes politiques sont malhonnêtes, mais seulement 24% jugent que c'est scandaleux (il serait intéressant d'effectuer le même sondage chez nous).
Fin octobre, Télérama publiait un sondage sur le rapport des Français avec leurs télévisions. En réponse à la question "parmi les chaînes suivantes, quelle est celle qui correspond le plus à ce que vous attendez de la télé?", Arte se classe 2e (derrière TF1, il est vrai).
Mais quand on regarde les chiffres d'audience, on voit que Arte se situe en queue de liste.
Il y a loin de la conscience à la pratique! Ce qui est réjouissant par rapport à l'espèce humaine, c'est de voir qu'elle est capable d'être consciente. Ce qui est désolant, c'est de constater que cela ne sert à rien (ou à si peu).
On peut effectivement enregistrer que 50% des belges estiment que le réchauffement climatique constitue la première préoccupation en matière environnementale et que 80 % pensent que l'environnemental doit peser autant que l'économique dans la décision politique, mais qu'a contrario seuls 10% soutiennent le parti écologiste belge francophone (on ne parle pas ici des Flamands ou des Français).
Mais pourquoi faudrait-il être honnête, respectueux de l'environnement, s'emmerder à prendre moins sa voiture, voter pour des gens qui vous disent que demain on ne rasera pas gratis et qu'il faut faire des efforts, alors qu'on ne cesse d'en faire des efforts pour essayer d'avoir une vie qui ressemble à ce qu'on espère que soit une vie qui vaille la peine d'être vécue? Alors que d'autres vous disent que tout va bien, qu'ils ont la situation bien en main, que demain il fera beau, qu'on peut dormir et rouler tranquille. Ou qui vous disent - même si on les a surnommés Baby Thatcher et qu'ils sont des militants du libéralisme - que les licenciements chez VW sont une honte.
Il y a une chose que j'ai comprise le 18 mai 2003, c'est que le citoyen pense selon sa conscience et que l'électeur vote selon son intérêt.
Docteur Ponchau, comment traite-t-on la schizophrénie?

lundi 9 janvier 2006

Quand les voeux sont au vert, on avance...

Vœux envoyés autour de moi en janvier 2006

Les voeux passent au vert, je me lance. Dans le désordre le plus total. Ce qui me semble être déjà un bon début.

Que cette année 2006 soit politiquement incorrecte, impertinente et pleine d'humour,
que le monde se mette tout doucement à réfléchir à son avenir et change radicalement de cap,
que certains (ir)responsables politiques sortent de leur régionalisme étriqué pour apprendre les langues étrangères,
que les électeurs soient cohérents avec leurs positions de citoyens,
que le logement social le soit,
que les religions qui sont à l'origine de tant d'affrontements cessent de faire le malin,
que le bon belge cesse de regarder avec les yeux de Chimène son bon roi et toute sa (coûteuse) smala ("tous les hommes naissent libres et égaux etc."),
que certains journaux et magazines dits d'information sentent moins le cirage de bottes (ou le brushing de nœud papillon),
que les moteurs hurlants de F1 cessent une bonne fois pour toutes de polluer notre attention,
que le Paris-Dakar s'arrête à Paris,
que le futur premier ministre israélien soit un homme de paix,
que les Essais de Montaigne se retrouvent en tête des meilleures ventes,
que Charlie Hebdo soit distribué gratuitement (plutôt que Métro),
que George Bush et Nicolas Sarkozy apprennent à réfléchir avant de parler,
que le président iranien apprenne à se taire,
que les femmes deviennent présidentes de républiques,
que l'exemple de l'Amérique du Sud basculant à gauche fasse tâche d'huile,
que l'Afrique nous empêche de dormir,
que les débats reprennent,
que la télé tombe en panne plus souvent
qu'on se retrouve bientôt autour d'une bonne bouteille de vin, non pas pour se consoler de ce monde qui va de mal en pis, mais pour célébrer son réveil.

Bon, on peut rêver…
Bonne année. Ceci dit, la bouteille, je l'ai. C'est quand vous voulez.

samedi 11 juin 2005

Tennis-Fisc: 6-0 / 6-0

Ce texte a été publié en rubrique « Carte blanche » dans Le Soir du 11 juin 2005

Selon que vous serez puissants ou misérables…

Ainsi donc le choix de Justine Henin de s’installer à Monaco pour échapper à l’impôt est considéré comme un choix parfaitement respectable. « Un choix privé », estimait dans la presse notre Ministre des Finances. Echapper à l’impôt est donc un choix privé ! Que chacun en tire les leçons qu’il est en capacité de tirer…
Le Prince Philippe, Guy Verhofstadt, Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Joëlle Milquet, Elio Di Rupo, Claude Eerdekens se bousculaient dans les gradins de Roland-Garros pour applaudir la plus célèbre des belges inciviques.

Quel message ce gouvernement de centre mou est-il en train d’adresser à ses citoyens ? D’un côté, avec son opération d’amnistie fiscale (pudiquement baptisée Déclaration Libératoire Unique), il tente de récupérer l’argent planqué au Luxembourg, en passant l’éponge sur les « amnésies » de certains contribuables. De l’autre, il court applaudir les nouveaux riches qui planquent leur fortune dans des paradis fiscaux. Nos sportifs « de haut niveau » (dans tous les sens du terme), qui se tapent des fortunes considérables à la force du mollet ou du poignet, ont donc des droits que n’ont pas nos maçons, nos enseignants ou nos boulangers, qui gagnent tout aussi durement mais plus discrètement et plus modestement leur vie, mais dont aucun gain n’échappera au fisc.

L’impôt a une valeur sonnante et trébuchante très comptable, mais aussi une valeur symbolique fondamentale : il est, par essence, la traduction du rapport de solidarité entre les citoyens. Les plus favorisés apportent ce que les plus déshérités n’ont pas, permettant à l’Etat de jouer son rôle de redistributeur. Ce sont ces contributions qui alimentent les budgets sociaux, ceux de la culture, de l’enseignement, de la santé, de la coopération au développement, du logement social. Du sport aussi... A l’heure où la culture ne cesse, dans des Etats Généraux peu généreux, de clamer ses besoins d’augmentation de budgets, où le trou de la sécu atteint de véritables abîmes, où les travailleurs du non-marchand demandent un salaire simplement décent, où l’Afrique se meurt faute de solidarité, à cette même heure, nos gouvernants se pâment d’admiration pour des vedettes qui leur font des bras d’honneur. L’important est de voir flotter le drapeau belge, ou de voir triompher une championne wallonne ! Belle leçon de politique !

C’est peut-être le moment de lancer un large débat de société sur l’impôt ! De dépasser en cette matière le silence socialiste (le PS s’en fait décidément une politique : ne plus rien dire sur rien) et le populisme libéral: « nous réfléchissons toujours à la réduction de la fiscalité liée au travail », déclarait à Roland-Garros Didier Reynders, président d’un parti qui refuse tout débat sur les grandes fortunes. Le parti du Premier ministre, lui, veut en arriver à un taux unique (inique ?) d’impôt. Peut-on, de manière cohérente, tenir ce discours, diminuer les ressources de l’Etat et, dans le même temps, promettre plus d’argent pour tous les secteurs sinistrés de la société ?

A l’heure où certaines opinions publiques réclament moins d’Europe, c’est une autre Europe qui s’avère indispensable : une Europe plus harmonieuse dans les politiques fiscales, une Europe qui mette fin à ces paradis indécents que constituent ces Etats d’opérette bâtis sur l’argent planqué. Vous avez remarqué ? Certains refusent d’accueillir « toute la misère du monde », mais ne rechignent pas à accepter, les yeux fermés, toute la richesse du monde. C’est d’urgence que nous devons mettre en œuvre, au niveau européen, une taxe sur la spéculation financière, de type Tobin – Spahn, qui alimentera un fonds pour la coopération vers les pays du Sud, que nous devons abolir les paradis fiscaux qui permettent de créer deux types de citoyens européens : ceux qui paient leurs impôts et ceux, aussi talentueux soient-ils, qui y échappent en toute impunité parce qu’ils ont… de l’argent.

La société du spectacle est aujourd’hui triomphante, hommes et femmes politiques, sportifs et sportives en sont quelques-uns des princes et princesses. Les premiers savent qu’ils ont tout à gagner à soutenir les seconds, en laissant de côté quelques-uns de leurs derniers principes. Pour ne garder que le plus ancien : « du pain et des jeux ! ». Après tout, que demande le peuple ?


Michel Guilbert,
ancien parlementaire Ecolo,
indigné chronique

vendredi 12 novembre 2004

HO ou WP?

Texte rédigé à l'automne 2004

A chaud ou WéPé ?

Voilà une petite vingtaine d’années mourait la SIDEHO, la Société Intercommunale de Développement Economique du Hainaut Occidental. Les barons locaux de Tournai et de Mouscron et sa politisation exacerbée l’avaient achevée.
Il en est resté cette appellation de Hainaut Occidental que certains qualifient aujourd’hui d’appellation par défaut. Si elle l’était sans doute au début, malgré sa cohérence géographique (les communes concernées sont effectivement à l’ouest du Hainaut, tout comme le département du Nord se situe effectivement au nord de la France), il faut bien constater qu’au fil des années, de nombreux organismes, instituts, fédérations ont donné une identité à cette région tout en y trouvant la leur.
No Télé parmi les premiers, devenant la télévision « du Hainaut Occidental » et intitulant son journal télévisé du samedi « 7 jours H.0. ». Le CHOQ a bâti son nom à partir de celui de sa région : Contribuons à un Hainaut Occidental de Qualité. A la fin des années ’90, à leur constitution, de hautes écoles se basaient sur le nom de leur région pour se créer une identité : la HELHO (Haute Ecole Libre du Hainaut Occidental) et la HEPHO (Haute Ecole Provinciale du Hainaut Occidental). Plus récemment s’est créée l’ACHO : l’Agence Culturelle du Hainaut Occidental ; son bulletin a pour titre « Culture à chaud ». On peut également citer l’ARAHO (Association des Architectes du Hainaut Occidental), la CCIHO (la Chambre de Commerce et d’Industrie du Hainaut Occidental), HOCCINVEST (l’Invest public du Hainaut Occidental). Toutes ces appellations et bien d’autres encore témoignent à suffisance que le « défaut » a été comblé depuis longtemps.
Et voilà qu’un ministre également président d’intercommunale décide ex abrupto de changer ce nom d’abord en Picardie wallonne, aujourd’hui en Wallonie picarde. Et peut-être demain en Bantoustan wallon ?
Déjà José Happart et Jean-Claude Van Cauwenberghe, qui avaient un genou au sol, relèvent la tête : grâce à leur camarade Demotte, le combat wallon porte ses fruits et ils ont des noms fleuris.
Si l’appellation aujourd’hui imposée ( ?) par le ministre devait être appliqué, le JT de No Télé s’appellerait « 7 jours WéPé », le CHOQ deviendrait CWPQ, la HELHO serait rebaptisée HELWP, la HEPHO s’appellerait HEPWP, l’ARAHO se transformerait en ARAWP. L’ACHO pourrait s’appeler ACWP et son bulletin « Culture WéPé ».
HOCCINVEST poserait plus de problèmes : s’il était rebaptisé WALLINVEST, il semblerait concerner l’ensemble de la Wallonie, PICINVEST ferait croire qu’il agit en Picardie française. Resterait donc WALPICINVEST. Il faut bien mettre les moyens, même en nombre de lettres, à la hauteur de ses ambitions.
On le voit, la Wallonie sied bien à nos organismes…
Au-delà de la plaisanterie, on imagine difficilement que tous ces organismes modifient leur nom pour la simple raison qu’un chef a rêvé d’imposer ses rêves visionnaires. Et on risque ainsi, demain, de donner une vision floue de notre sous-région partagée entre deux appellations : celle de Hainaut Occidental aujourd’hui intégrée par la population et utilisée par une série d’institutions, et celle de Wallonie picarde, imposée au chausse-pied. (On y ajoutera celle de Picardie wallone que certaines filiales de la famille sociale-démocrate se sont dépêchées d'intéger, tels le PAC ou le GSARA qui ont très vite ajouté à leur nom "Picardie wallonne"...)
Quelle mouche a donc piqué notre ministre-de-la-santé-publique-député-régional-empêché-
député-fédéral-empêché-bourgmestre-empêché-président-d’intercommunale-mais-plus-
maintenant-mais-demain-à-nouveau-quand-la-Wallonie-picarde-sera-une-réalité?
Tout simplement, le besoin d’affirmer, pour ceux qui en douteraient encore, son statut de chef de la sous-région. Même – et surtout - si la grippe aviaire lui laisse peu de temps pour assumer cette fonction.
Et si on discutait projet et gestion démocratique de cette région ? Cette annonce de nouveau nom n’est-elle pas un écran de fumée destiné à masquer l’inanité de certaines politiques ?

José Picard,
citoyen en quête d'identité