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jeudi 31 décembre 2020

Une année à virus

Nous voilà enfin au bout de cette année 2020, espérant que la suivante sera moins prodigue en virus. On en a eu son compte. 

Il y a ce satané coronavirus qui nous oblige à nous tenir à distance les uns des autres et à limiter notre non verbal aux regards, qui nous empêche de passer du temps à plusieurs, de nous embrasser, de nous toucher, de nous serrer dans les bras et dans les bars. Ce même virus a fermé les lieux de culture, nous laissant sur notre faim, un peu plus frustrés encore.

Il y a ce virus djihadiste qu'on croyait assoupi et qui est revenu en force cette année, massacrant à tort et à travers, ici et ailleurs, des enseignants et des étudiants, des civils et des militaires, des femmes, des hommes et des enfants.

Il y a le virus de la pureté, du repli sur soi et de l'hystérie identitaire qui s'installe dans les têtes de certains et se répand en gazouillis rageurs comme un poison, faisant la chasse à qui ne pense pas comme il faudrait, interdisant des spectacles, des expos ou des conférences, imposant une vision du monde en noir et blanc.

Il y a ce virus qu'on appelle dérèglement climatique qui mène le monde à sa perte mais semble être aujourd'hui un moindre souci.

A quelque chose malheur étant bon, le coronavirus a créé de la solidarité entre voisins, a (un peu) diminué la production de CO2, a fait revenir la nature dans les agglomérations urbaines, a poussé plus de consommateurs encore vers le bio et les producteurs locaux et nous a obligés à être créatifs. 

N'empêche, qui regrettera 2020? Même pas Ubu Trump. 

A lire: https://www.lemonde.fr/m-le-mag/visuel/2020/12/31/ces-expressions-de-l-annee-2020-qu-on-aimerait-ne-plus-voir-en-2021_6064893_4500055.html


lundi 23 novembre 2020

Contre la mauvaise foi, encore et toujours (et jusque quand?)

Il faut, une fois encore, une fois de plus, répondre aux pécheurs qui gravissent sur les genoux les marches du Golgotha en se fouettant, leur dire que non, l'islamisme n'est pas de leur faute, n'est pas de notre faute, que leur auto-flagellation n'y fera rien, qu'elle n'arrêtera pas la violence des fous-furieux de Dieu. Il y a assez de sang versé. N'y ajoutez pas le vôtre.

Quelques artistes peu inspirés avaient publié un texte peu novateur (1), ressucé de tant d'autres déjà écrits qui encombrent nos poubelles, qui affirmaient un lien entre actions djihadistes et actions militaires occidentales. Des chercheurs leur répondent, dans un texte qu'il faut lire (2), pour réfuter leurs arguments. Où trouvent-ils ce lien? "Historiquement, lorsque la France a été frappée par un terrorisme d’origine moyen-orientale, c’était généralement sans intervention dans les pays concernés", disent les chercheurs. Comment expliquer, si les opérations militaires étaient la cause des attentats, ceux qui ont été commis en Allemagne, en Finlande, en Autriche, en Suède, aux Pays-bas? Comment expliquer que 80% des attentats commis au nom d'Allah ou de son prophète le soient dans des pays où l'islam est majoritaire? Ajoutons que si la France intervient au Mali, c'est à la demande de ce pays, précisément pour protéger la population malienne des exactions djihadistes. Que ça plaise ou non aux fustigeurs, François Hollande y a été bien plus populaire qu'il ne l'a jamais été dans son propre pays. "Faire de ces interventions une cause majeure de terrorisme, c’est inverser la causalité, affirme de groupe de chercheurs. Il n’y aurait pas eu d’intervention significative des Occidentaux en Afghanistan ou en Syrie sans la montée en puissance d’Al-Qaïda et de Daech. La principale opération extérieure conduite actuellement par la France, soutenue par nombre d’autres pays dont beaucoup d’acteurs régionaux, contribue à protéger une population composée à 90 % de sunnites des exactions de groupes armés terroristes. L’intervention au Mali, un Etat membre de l’Organisation de la conférence islamique, a été engagée sur demande de son gouvernement, en pleine conformité avec le droit international. Non seulement il est douteux que les interventions militaires génèrent un « nouveau » terrorisme mais, en l’espèce, elles entendent porter un coup d’arrêt à des franchises islamistes dont les crimes frappent d’abord les communautés musulmanes locales."

Les braves artistes peu au fait de l'actualité ignorent totalement le rôle d'un Bachar el-Assad, "l’un des principaux pourvoyeurs de terroristes en Syrie (...) qui n’hésita pas à libérer des milliers de djihadistes des prisons de Damas pour attiser la guerre civile. Rappelons d’ailleurs que les régimes autoritaires de la région ne sont pas étrangers à l’émergence du terrorisme en leur sein : en l’absence de toute respiration démocratique, ils favorisent l’émergence des formes les plus radicales de contestation et facilitent le passage à la violence." Une fois encore, répétons-le: c'est aux valeurs de la démocratie que veulent s'en prendre les djihadistes. "Les djihadistes sont d’abord et avant tout des ennemis du modèle libéral. La France est bien attaquée pour ce qu’elle est, pas pour ce qu’elle fait. (...) Si le terrorisme djihadiste réagit à quelque chose, c’est bien plus à l’héritage des Lumières qu’aux interventions militaires qui constituent une manière - imparfaite et insuffisante - de réduire la menace."

Comme trop souvent, les bonnes âmes qui nous invitent au repentir sont très euro-centrées. Ce sont, souvent, les mêmes, qui, sous couvert de position décoloniale, nous fustigent, nous Occidentaux, hommes blancs, hétéros et patriarcaux, pour notre vision qui serait réduite à nous-mêmes ,et qui ignorent superbement la violence djihadiste subie par les populations musulmanes. On a envie de les inviter à écouter les démocrates du monde musulman qui appellent l'islam à se remettre en question,  les inviter à sortir de leur vision nombriliste et à se débarrasser de la culpabilité judéo-chrétienne. Qu'ils arrêtent de se faire souffrir et de tenter de justifier l'injustifiable.

(1) https://www.nouvelobs.com/idees/20201114.OBS36086/guerres-et-terrorisme-sortir-du-deni.htm

(2) https://www.nouvelobs.com/idees/20201121.OBS36387/guerres-et-terrorisme-ne-pas-se-tromper-de-cible.html

lundi 9 novembre 2020

Aveuglement

Nombreux sont les intellectuels occidentaux qui, inlassablement, après chaque attentat commis chez nous, nous invitent à battre notre coulpe: nous devons respecter les musulmans dans leurs croyances et leurs règles. S'ils condamnent les crimes terroristes, ils nous invitent cependant à cesser ce qu'ils nomment "des provocations". Il nous faut, disent-ils, une laïcité, plus ouverte, plus tolérante, plus inclusive. Il en est même (1) qui affirment que "nous sommes victimes de l'aveuglement des Lumières". A se mettre la tête dans le sable, leur répond-on, on ne peut voir clair. L'Autriche a connu, voilà quelques jours, un attentat islamiste qui a tué quatre personnes et en a blessé plusieurs autres. Or, aucune caricature du Prophète n'a été publiée dans ce pays qui n'est pas laïc. A Kaboul tout récemment, vingt-deux étudiants ont été tués par des talibans. Leur grand tort: visiter le Salon du livre iranien. Comme le dit Abnousse Shalmani (2), essayiste d'origine iranienne, "dans un pays à 99% musulman, le problème n'est pas le salon du livre iranien ou algérien ou tunisien. Le problème, c'est le salon du livre tout court. Parce que c'est un livre, une foi, et tous ceux qui refusent cela sont condamnés à mourir. Une semaine avant cet attentat, au nord-ouest de Kaboul, un autre attentat a tué vingt-quatre étudiants. Ça ne s'arrêtera jamais. Dès qu'on ouvre un autre livre que le Coran, qu'on se permet de douter, même pas d'ouvrir un autre livre, on est condamné à mourir de la main de ces talibans qui sont en train de négocier pour revenir au pouvoir". Mais les bonnes âmes qui veulent que la laïcité fasse un pas de côté face à l'islamisme ignorent ce qu'il se passe dans les pays musulmans et veulent à tout prix que nos pays s'adaptent pour accompagner cette régression des esprits et des corps que veut imposer l'islamisme.

" Dès qu’un attentat a lieu au nom d’une idéologie ayant pris en otage une religion, des gens, souvent bardés de diplômes, s’empressent d’absoudre l’islamisme, et de nier ses responsabilités intrinsèques. Ils préfèrent chercher des coupables dans les pays visés, aussi différents soient-ils", écrit Jack Dion (3). Et de citer différentes tribunes publiées dans Le Monde, sur Mediapart, dans L'Humanité, de sociologues qui veulent à toute force que la laïcité se remette en question. L'un d'eux, constate-t-il " fustige « la réponse répressive, souvent stigmatisante et dénonce la laïcité frileuse, crispée qui se mue en religion civile. A Kaboul aussi ?", demande Jack Dion. Voir L'Humanité, organe du Parti communiste, s'attaquer à la laïcité pour défendre une religion, c'est constater combien l'obscurantisme a gagné un terrain inattendu. Marx, reviens! Ils sont devenus fous!

L'imam de Drancy, en région parisienne, Hassen Chalghoumi, est l'objet de milliers de messages de haine et de menaces (4). Il n'ose plus circuler librement. Il n'a pas publié de caricatures, mais a le grand tort d'avoir pris position contre l'intégrisme et de défendre les valeurs de la République.

En commentaire de mon billet sur Samuel Paty (5), Bernard De Backer, sociologue bruxellois, citait un extrait d'une récente tribune de Gilles Kepel dans Le Monde où celui-ci retraçait brièvement l'historique de l'islamisme en France: "Le terme de séparatisme a suscité beaucoup de débats. mais quel que soit le vocable qui sera retenu, la racine du problème tient à une expression arabe à laquelle les Frères musulmans, salafistes et djihadistes s'efforcent de réduire la dogmatique islamique, et qui est l'objet d'un intense prosélytisme, depuis ces cours de récréation où il ne fait plus bon se dire athée, surtout quand on est musulman de faciès, jusqu'aux sermons du vendredi, en passant par Facebook et Twitter et les innombrables sites qui lui sont dédiés sur la Toile: al wala'wa-l bara'a. Le syntagme signifie allégeance et rupture  - le second terme étant fréquemment rendu, dans la novlange salafiste, comme désaveu. L'impératif de tout bon musulman, selon ces doctrinaires, consiste à se désavouer d'avec tout ce qui ne constitue pas le dogme dans son acception la plus rigide - y compris l'islam mystique, confrérique, etc., stigmatisé comme hérésie (chirk) ou apostasie (ridda) - et donc de mettre en œuvre un séparatisme  radical par rapport aux infidèles. Ce dernier terme (...) désigne tout non ou mauvais musulman n'ayant pas fait allégeance totale et exclusive. Mais il est grave, car la sanction (...) est la mise à mort." Commentaire de Bernard De Backer: "Ce que nous vivons de manière de plus en plus intense et diffuse en Europe, et plus particulièrement en France, c'est que les islamistes veulent s'y établir, voire y régner (en commençant par les populations musulmanes immigrées et leurs descendants), ceci en s'emparant des institutions musulmanes (ou en en créant de nouvelles) et en instrumentalisant les lois démocratiques. C'est ce qu'écrivait déjà, rappelle-t-il, en 1964, Sayyid Qut'b, l'idéologue des Frères musulmans créés par le grand-père de Tariq Ramadan en 1928, qui avaient pour objectif de lutter contre l'emprise laïque occidentale et l'imitation aveugle du modèle européen en terre d'islam. Une forme de pensée décoloniale, en somme. Sauf que, pour Qut'b (le Lénine des Frères musulmans), la terre d'islam était la terre entière". Et de citer cet extrait de "Jalons sur la route de l'islam (1964): "Une autre direction de l'humanité s'impose! La direction de l'humanité par l'Occident touche à sa fin, non parce que la civilisation occidentale a fait faillite sur le plan matériel (...) mais parce que le monde occidental a rempli son rôle et épuisé son fonds de valeur qui lui permettait d'assurer le direction de l'humanité. (...) L'islam seul est pourvu de ces valeurs et de cette ligne de conduite." 

On peut toujours s'aveugler, accompagner la régression, demander de baisser les Lumières, il y a urgence à sortir d'une vision franco- (ou belgo-) centrée du phénomène islamiste (et d'une réaction judéo-chrétienne de culpabilisation) et à comprendre dans quel jeu mondial l'islamisme veut nous enferrer. Urgence à entrer, avec les musulmans qui veulent vivre tranquillement leur religion, dans la résistance à ce projet totalitaire. Urgence pour cette gauche qui a perdu la tête à cesser de jouer les collabos.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/09/caricatures-de-mahomet-nous-sommes-victimes-de-ce-qu-il-faut-bien-appeler-l-aveuglement-des-lumieres_6059037_3232.html

(2) https://www.arte.tv/fr/videos/097407-055-A/28-minutes/    

(3) https://www.marianne.net/lislamisme-pour-les-nuls   

(4) https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-imam-chalghoumi-fait-l-objet-de-milliers-de-menaces-depuis-la-mort-de-samuel-paty-20201108

(5) 18.10.2020.

lundi 26 mars 2018

Un homme debout

Ils expriment les deux facettes de l'être humain. L'un est un assassin, l'autre un héros. C'est la lâcheté et c'est le courage.
Et pourtant, il est des assassins qui passent pour des héros d'une idéologie totalitaire. Comment un Mohamed Merah qui exécuta de sang froid des enfants parce qu'ils avaient le malheur d'être juifs, des militaires parce qu'ils servaient l'Etat français, comment ce personnage abject peut-il fasciner des esprits faibles? Les djihadistes sont les révélateurs de la face sombre de l'humanité.
Un héros est celui qui n'hésite pas à risquer sa vie pour sauver celle des autres et non pour les tuer. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame sera à jamais un homme debout, associé aux notions de courage, de devoir, de compassion. Son nom restera dans les mémoires. Contrairement à ceux de ces hommes qui tuent lâchement et aveuglément. Ils ne seront que sinistres individus ensevelis dans des tombes anonymes.

Le jour se lève à peine
Et nous suivons à pied
La voiture qui t'emmène
Vers ta nouvelle maison 
Dit-on

On nous a prévenus
Que dessus
Il n'y aura pas ton nom

Et dans ce matin d'hiver
Où pleuvent les corbeaux
De personne 
Tu ne fus le héros

Babx, "Le déserteur" ("Une chanson inspirée par les trois lignes consacrées à l'enterrement de l'un des jeunes assassins du Bataclan, enterré dans une sépulture anonyme au cimetière de la Courneuve. Plein hiver. Cinq heures du matin. Sa mère ou son enfant lui parle.")
(extrait du superbe album Ascensions)

A lire à ce sujet: le communiqué du Printemps républicain:
https://www.facebook.com/PrintempsRepublicain/posts/875850889261166

mercredi 23 août 2017

Padam padam (air - trop - connu)

Une fois encore, les culs bénis sont choqués. Sans doute ou peut-être (on l'espère en tout cas) déplorent-ils les morts et les blessés des attentats islamistes qu'a connus l'Espagne ces derniers jours, mais ils sont surtout révoltés par la une de Charlie Hebdo ce jour. Un dessin de Juin (1) y montre deux personnes mortes, couchées sur la route,  tandis qu'une camionnette s'éloigne. Au-dessus d'eux, cette phrase: "Islam, religion de paix... éternelle". Les culs bénis trouvent que Charlie Hebdo fait preuve, "une fois de plus", d'islamophobie (2), un terme inventé pour interdire toute critique de l'islam. On n'aurait donc pas le droit de dénoncer et de condamner le rôle de l'islam dans cette folie furieuse qui transforme tant de jeunes en assassins?
Dans son édito dans le Charlie de ce jour (3), Riss constate que "les débats et les interrogations sur le rôle de la religion, et plus particulièrement de l'islam, dans ces attentats ont complètement disparu".
Les culs bénis dénonce les amalgames entre terrorisme et islam. Mais qui fait ces amalgames, sinon ces terroristes qui tuent (le plus souvent sans même savoir précisément pourquoi) au nom de l'islam? Qui fait ces amalgames, sinon des imams qui prêchent la haine plutôt que la paix (l'un d'eux est considéré comme le cerveau du réseau des djihadistes qui ont tué en Espagne)? Combien de mosquées ont dû être fermées dans nos pays parce qu'elles étaient des nids de djihadisme? D'où vient la violence? D'un dessin? De Charlie Hebdo? Que les culs bénis réfléchissent un peu, s'ils en sont capables. Cette violence vient d'un dévoiement inacceptable d'une religion qui, oui, se présente comme les autres comme une religion de paix, mais est devenue, pour certains de ses "fidèles", arme de guerre.
"Pour épargner aux musulmans modérés l'affront de relier leur foi à la violence djihadiste, écrit encore Riss, on a méthodiquement dissocié islam et islamisme. Pourtant, l'islamisme fait partie de l'islam. Lorsqu'on critique l'Inquisition et ses crimes, on ne détache pas cette mouvance fanatique du reste de l'église catholique." Mais les culs bénis, quand on les a frappés sur la joue droite, n'aiment rien tant que tendre la joue gauche aux terroristes qui croient servir Allah et Mahomet en massacrant aveuglément.
Dans la Nouvelle République (4), Ouzah Bouregaya, musulman de Châteauroux, en appelle à une réaction des siens: "ce que j'aimerais voir, c'est un soulèvement de notre communauté afin de dénoncer cette violence qui ne correspond pas du tout aux préceptes de l'islam". Il déplore que des dizaines de milliers de personnes soient capables de descendre dans les rues pour un match de football opposant France et Algérie, mais que ces attentats "ne suscitent pas cette même ferveur".
Mais les culs bénis se scandalisent des appels lancés aux musulmans à protester contre la prise en otage de leur religion par des névrosés de tous âges. 

(1) https://charliehebdo.fr
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/08/22/charlie-hebdo-taxe-dislamophobie-avec-sa-une-sur-les-attentats-en-espagne_a_23157786/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) "Les autruches en vacances", Charlie Hebdon, 23 août 2017.
(4) "Attentats: j'aimerais voir un soulèvement", La Nouvelle République - Indre, 22.8.2017.
A (re)lire sur ce blog:
- "Padam, Padam, Algam", 25 mars 2016;
- "Répugnante manifestation et saine colère", 28 mars 2016.

Post-scriptum: sur le même sujet:
https://www.marianne.net/politique/les-anti-charlie-hebdo-lancent-leur-charge-de-rentree

dimanche 25 septembre 2016

Rien à voir

Un écrivain jordanien vient d'être assassiné. Il avait eu le grand tort de publier sur son compte Facebook une caricature se moquant des djihadistes de l'Etat islamique. Pour cette immense faute, il avait été traduit devant le tribunal d'Amman pour "insulte envers l'islam". Pas d'amalgame, ne cessent de nous dire les âmes bien nées (et surtout bien (dé)formées): les djihadistes n'ont rien à voir avec l'islam. Mais alors pourquoi s'attaquent-t-elles, ces bonnes âmes, au nom de l'islam, à des gens qui se moquent des djihadistes? Qui pratique allègrement l'amalgame, sinon ces musulmans qui se sentent insultés dès qu'on s'en prend à ceux-avec-lesquels-ils-n'ont-rien-à-voir?


L'assassin de Nahed Hattar - qui l'a tué à sa sortie du tribunal - a été arrêté. On peut penser qu'il ne risque pas grand-chose, puisque l'écrivain était "controversé". C'est ce qu'affirment, d'une seule voix et sans explication, tous les organes de presse (1). Un écrivain controversé doit bien s'attendre à être tué un jour ou l'autre, non?
La journaliste Djemila Benhabib, elle, passera demain devant le tribunal de Montréal. Elle est poursuivie par les Ecoles musulmanes de Montréal: "j'ai dénoncé le fait qu'on fait réciter à des petits enfants des versets coraniques appelant à l'extermination des mécréants. A leur âge, on m'ordonnait de répéter des phrases entières réclamant la destruction des juifs et la lapidation des femmes adultères." (2). Comme l'écrit Martine Gozlan dans Marianne, on pourra difficilement s'étonner de voir des jeunes "éduqués" dans cette culture de la violence par ces "centres d'intoxication" passer à l'acte. C'est-à-dire devenir djihadistes. Mais surtout pas d'amalgame.

Post-scriptum:lire le billet "Soutien à Djemila Benhabi" de Caroline Fourest (26.09.2016) sur https://carolinefourest.wordpress.com

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/un-ecrivain-jordanien-assassine-apres-une-caricature-jugee-anti-islam-57e77f74cd706759d5342e7f
http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/25/nahed-hattar-caricature-jordanie_n_12178334.html?utm_hp_ref=france
http://www.lesoir.be/1325875/article/actualite/monde/2016-09-25/un-ecrivain-jordanien-assassine-apres-une-caricature-jugee-anti-islam
http://www.levif.be/actualite/international/assassinat-d-un-ecrivain-jordanien-pour-une-caricature-jugee-anti-islam/article-normal-554801.html
(2) "Le djihad tente d'imposer sa loi aux tribunaux", Marianne, 23 septembre 2016.

mardi 16 août 2016

C'est pas moi, c'est les autres

Les crimes commis au nom de l'islam ont beau se multiplier sans qu'on en comprenne bien la cause, ils se trouvent toujours aujourd'hui encore de bonnes âmes pour dédouaner la religion de Mahomet de toute responsabilité. Oseraient-ils affirmer que les croisades, l'Inquisition, le massacre de la Saint-Barthélémy, les conversions forcées n'avaient rien à voir avec la religion chrétienne? Les fous furieux qui commettent ces ignobles attentats le font, qu'on le veuille ou non, au nom d'Allah. Et se mettre la tête dans le sable ne règlera pas le problème. Il faut appeler le terrorisme par son nom: islamiste. Sans doute ces assasins sont-ils déments à leur façon, mais ils savent aussi s'organiser et préparer leurs crimes immondes. Il n'est de loups solitaires que pour ceux qui veulent les voir comme tels. L'islam - on est fatigué (et écœuré) de le dire - doit regarder en face le monstre protéiforme qu'il a engendré. Et ni les musulmans, ni les responsables (?) politiques n'ont intérêt à maquiller la réalité (1).
Certains vont plus loin, emportés peut-être par leur vieux fonds judéo-chrétien: mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, ne cessent-ils de répéter. Tous les arguments sont bons pour excuser les actes terroristes. Ce sont le capitalisme et le postcolonialisme qui en sont les causes. "C'est le système qui est coupable", selon des intellectuels aux analyses simples (voire simplistes) (2). Dans leur emportement, ils témoignent d'une vision européo-centrée (tels des colons!), oubliant que Daech et ses fous furieux s'en prennent aveuglément à toute personne, où que ce soit à travers le monde, qui ne pense pas comme eux (oubliant aussi qu'il est par ailleurs très difficile de savoir ce qu'ils pensent). Si on suit ces pseudo-intellectuels d'une certaine gauche, tendance auto-flagellation, on doit comprendre pourquoi les talibans se sont attaqués violemment à Malalah, coupable d'aller à l'école, pourquoi Boko Haram a enlevé et mis en esclavage des centaines de jeunes filles qui ont l'outrecuidance de se former, pourquoi de courageux djihadistes ont fait récemment 70 morts dans un hôpital au Pakistan, d'autres 90 morts sur un marché à Bagdad. Quelle responsabilité dans le colonialisme, quel rôle dans le capitalisme peuvent bien avoir les enfants, les femmes, les vieillards, les hommes lâchement assassinés un peu partout à travers la planète? Cette culture de l'excuse et de l'irresponsabilité est inexcusable et répugnante. Elle transforme les victimes en coupables et pardonne aux criminels.
Les socialistes ont commencé par exposer leur théorie. On sait en quoi elle consiste: le crime est une protestation contre un ordre social mal organisé - rien de plus. Quand ils ont dit cela, ils ont tout dit; ils n'admettent pas d'autre cause des actes criminels; pour eux, l'homme est poussé au crime par l'influence irrésistible du milieu et par elle seule. C'est leur phrase favorite. C'est Fédor Dostoïevski qui écrivait ces lignes, dans "Crime et châtiment". C'était en 1866, il y a tout juste cent cinquante ans. Ou était-ce hier?

(1) Lire http://www.marianne.net/face-au-terrorisme-islamiste-les-deni-oui-oui-100244624.html
http://www.lalibre.be/debats/opinions/l-excuse-sociale-du-terrorisme-on-se-fout-de-qui-57ac36ef35704fe6c1d57e53


dimanche 24 juillet 2016

L'internationale mortifère

Après Madrid, Londres, Abidjan, Paris, Bagdad, Boston, Ankara, Bruxelles, Orlando, Karachi, Bamako, Ouagadougou, Nice et tant d'autres villes, c'est encore une fois le tour de Kaboul d'être touché par un attentat ignoble et aveugle. L'assassinat de neuf personnes à Munich ne serait pas un acte terroriste, nous dit-on, mais le fait d'un jeune perturbé, fasciné par les tueries de masse. Qu'est-ce que le terrorisme, sinon le fait de répandre la terreur aveuglément? Et qui sont les terroristes sinon des gens perturbés mentalement? Le terrorisme, qu'il soit islamiste ou plus rarement sans référence idéologique, est parti en vrille, hors de contrôle. L'internationale des connards violents est active et le sera pendant un "moment" encore. Chaque acte "inspire" de nouvelles vocations.
"Debout les cinglés de la terre" pourrait être l'hymne de Daech, écrit l'avocat et essayiste Daniel Soulez-Larivière (2). Les motivations de ces psychopathes sont mystérieuses. Pour eux-mêmes aussi sans doute. Ils n'ont aucune revendication, ne réclament ni des droits, ni l'indépendance de leur région, ni la libération de leurs camarades (ils n'en ont pas). Ils veulent juste semer la terreur. C'est apparemment le seul moyen qu'ils aient trouvé pour exister. Jusqu'à ce que mort s'en suive. Celle des autres et la leur. Ils ont choisi leur camp: la barbarie plutôt que l'humanité, la mort plutôt que la vie. Y a-t-il bêtise plus triste et abjecte? 
La bêtise ne se combat pas par des lance-roquettes, mais par l'éducation et la culture. Mais elles ne peuvent être le seul fait des enseignants, des artistes et des animateurs socioculturels. Comme le dit Daniel Soulez-Larivière (2), la régulation sociale peut aussi venir des citoyens. Les parents, les proches, les voisins peuvent intervenir, d'une manière ou d'une autre, pour éviter à ces jeunes de se laisser manipuler par une idéologie barbare et les extraire de cette voie sans issue où sévissent la bêtise et la mort.

(1)
http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/lutte-terrorisme-islamique-daech_b_11128764.html?utm_hp_ref=france

vendredi 22 juillet 2016

Les gros malins

C'est fou le nombre de gros malins qu'il y a aujourd'hui en France. Tous ceux qui savent - et se répandent dans la presse et sur Internet pour l'affirmer - ce qu'il fallait faire pour éviter le carnage de Nice. Mettre des blocs de béton ici, des barrières de sécurité là, plus de gendarmes encore, de policiers, de militaires, de surveillance, de fichage, de filage. Comme s'ils savaient ce qui allait arriver, comme s'ils avaient imaginé qu'un camion conduit par un fou furieux difficilement décelable allait foncer dans la foule.
La veille du massacre de Nice, je me baladais dans un vide-greniers dans une petite ville du centre de la France. Ni barrières, ni blocs de béton, ni policiers, ni gendarmes, les étals de vendeurs suffisaient à faire comprendre aux automobilistes que l'accès à la ville leur était fermé. Ce qui n'a pas empêché l'une d'entre eux de pénétrer au pas dans une ruelle pour une raison inconnue. Elle n'avait visiblement rien à faire là et n'a heureusement, à ma connaissance, causé aucun dégât, mais qui imagine que certains citoyens (se) conduisent comme des abrutis? Il faut maintenant vivre avec l'idée que le pire est possible partout, sous toutes les formes et que la prévention de la violence a d'énormes limites. Faut-il désormais mettre des blocs de béton devant tout rassemblement, tout établissement public, faut-il interdire la vente et l'usage de marteaux, de hâches, de foreuses, de tronçonneuses?  Après le prochain atttentat, que nous diront-ils qu'il aurait fallu faire, les gros malins?

Les gros malins ont les solutions: emprisonner tous ceux qui sont fichés, renvoyer les étrangers, fermer les mosquées salafistes, expulser les musulmans, fermer les frontières. Et tant pis si toutes ces solutions ne sont pas réellement applicables (1), il n'yaka tempêter pour faire croire que toute situation complexe a des solutions simples.
Les gros malins, adeptes du yaka, fustigent les autorités qui n'auraient pas pris les mesures nécessaires à Nice et celles-ci se montrent du doigt, s'insultent, se renvoient la responsabilité. Pendant ce temps, les gros cons rigolent. Ils ont réussi à créer la zizanie et préparent leur prochain coup. Qui viendra là où on ne l'attend pas, dans une foire agricole, une fête de village, une piscine de plein air, une rue commerçante ou un restaurant bondé. Et les agresseurs useront de moyens auxquels on n'avait pas pensé. Ils savent qu'on ne peut mettre un flic derrière chaque citoyen, qu'on ne peut fouiller tous les sacs ni tous les véhicules, que la barbarie ne se détecte pas au faciès.

Ceux qui appellent à fermer les frontières sont de dangeeux illusionnistes. Les agresseurs ne viennent pas de l'étranger. Les assassins sont parmi nous et c'est ce qui fait leur force. "Les attentats se préparent dans l'esprit de gens dont les intentions restent impossibles à déceler jusqu'à ce que les balles se mettent à siffler", écrit Max Fisher dans le New York Times (2). "Il est possible d'améliorer la sécurité, dit-il encore, avec des barrages, des détecteurs de métaux et des programmes des surveillance, mais pas de la garantir absolument. Les gouvernements devraient plutôt s'attaquer à l'idéologie qui appelle à commettre de telles violences." Max Fisher pointe aussi d'autres causes: "des Etats autoritaires souvent violents, des institutions religieuses généralement complices, des économies étranglées qui n'offrent que peu d'espoir aux jeunes et des conflits sans fin qui encouragent le tribalisme et l'extrémisme".
Dans The Guardian (3), Simon Jenkins estime que les dispositifs policiers et militaires montrent aujourd'hui leurs limites, que "aucune force de sécurité au monde ne peut défendre une foule contre un déséquilibré au volant d'un camion et que ce sont "10 000 psychologues ou 10 000 historiens spécialistes de l'islam" qu'il faudrait déployer en France. "Nous vivons dans un monde où règne le désastre mental", écrit Philippe Lançon dans Charlie Hebdo cette semaine. Il conclut son article (4) en constatant que "désormais, l'asile est partout et les fous sont armés".

(1) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/07/21/petit-manuel-pour-lutter-contre-les-pensees-simplistes-apres-les-attentats_4972776_4355770.html#dcdr_carte15
(2) "Le nouveau visage du terrorisme", New York Times, 16 juillet 2016, in Le Courrier international,  21 juillet 2016.
(3) "Une riposte militaire serait la pire des réponses", The Guradian, 15 juillet 2016, in Le Courrier international,  21 juillet 2016.
"(4) Salade niçoise", Charlie Hebdo, 20 juillet 2016.

Post-scriptum: à lire aussi: l'excellent billet de Guillaume Erner dans Charlie Hebdo de cette semaine, "Message à l'intention des futurs djihadistes", où il exprime son écœurement par rapport à ces crétins, juste capables de "sadisme imbécile". Et dans la même logique que cet article, une pétition appelant à l'anonymat des terroristes dans les médias. Une manière de leur dire: vous n'avez jamais existé, vous n'existez pas, vous n'existez plus! Vous n'êtes rien. Nuls, juste nuls!
https://www.change.org/p/csaudiovisuel-pour-l-anonymat-des-terroristes-dans-les-médias/sponsors/new

lundi 18 juillet 2016

Ecœurement

Que dire, qu'écrire encore après ce nouveau massacre, cette folie furieuse, imbécile, abjecte, incompréhensible qui a tué et blessé des centaines d'innocents? Dire l'écœurement, la colère, la tristesse, la compassion, le dégoût. Répéter que, quoi que disent des (ir)responsables politiques indignes et indécents, enfermés dans le yaka (1), on ne pourra mettre un policier derrière chaque habitant, pas plus qu'on ne pourra faire passer devant un psychiatre chaque Français, chaque Belge, chaque Tunisien, chaque Tchétchène, chaque Américain, chaque Marocain. Qu'il est criminel d'ajouter de la haine à la haine, de la bêtise à la bêtise. Une psychologue appelait ce matin sur France Inter à cesser les stigmatisations des jeunes d'origine musulmane, c'est appeler un peu plus à la violence ceux qui se sentent déjà rejetés. S'il est inévitable et indispensable de renforcer la sécurité des citoyens, il l'est au tout autant de renforcer les moyens et les actions dans la culture et dans l'éducation. Comment de jeunes hommes peuvent-ils croire non seulement qu'il existe un paradis mais qu'en plus ils y arriveront plus vite en massacrant aveuglément et qu'ils pourront racheter, par leur violence, les péchés de septante de leurs proches au Jugement dernier (2)? La raison doit l'emporter. Elle passe par l'apprentissage de l'esprit critique, par le développement de l'intelligence sous toutes ses formes, pour éviter à des esprits fragiles de tomber dans les filets de cette secte millénariste et barbare qu'est le djihadisme. 

(1) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/07/18/apres-nice-nicolas-sarkozy-est-entre-intox-et-postures-martiales_4971261_4355770.html
Et l'insupportable petite-fille à papy Le Pen qui joue à "moi, présidente":
https://www.youtube.com/watch?v=3_Gxp6Q-J-M
(2) http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/07/17/une-radicalisation-tres-rapide-cela-sappelle-une-conversion/
A lire aussi:
http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/15/attentat-nice-democratie-ouverte-intellectuels_n_11010264.html?utm_hp_ref=france
http://plus.lesoir.be/50916/article/2016-07-17/alain-grignard-sur-lattentat-de-nice-daesh-ou-pas-daesh-quelle-importance

vendredi 15 avril 2016

Voir

Ils sont nombreux à gauche ceux qui continuent à analyser le terrorisme avec la tête dans le sable. Les rien-à-voiristes, comme les appelle Jean Birnbaun, ceux qui, tel Olivier Roy, nous expliquent doctement que l'islam n'est que le vernis des motivations des djihadistes. Le journaliste sénégalais Souleymane Elgas dénonce (1) leur "maternalisme envers l'islam", leur "quête inextinguible d'orphelins à materner". Une telle analyse, dit-il, est "un voile douillet" pour "prolonger le sommeil et doper les gages moraux de la gauche". Il leur reproche de ne mener leurs analyses qu'à partir des djihadistes qui ont mené des attentats sur le sol européen et il cite les travaux de David Thomson qui a recueilli la parole de candidats djihadistes qui "ne font pas mystère de leur attachement à la foi". Il constate que "leur dénominateur commun, quelle que soit leur origine sociale, c'est leur assentiment à des valeurs et des principes communs d'un certain islam autour d'un corpus scripturaire on ne peut plus irréfutable".
Souleymane Elgas cite aussi Sophie Bessis qui retrace l'histoire de l'islam rigoriste "dont l'emprise, dit-il, a donné en partie le sein au terrorime d'aujourd'hui". Il rappelle l'importance, dans l'analyse à mener, du (vieux) conflit chiites - sunnites. Et s'il souligne la responsabilité des Etats occidentaux qui ont soutenu pour des raisons économiques des régimes dictatoriaux, il estime cependant que "seuls les acteurs moyen-orientaux décideront de leur sort". Il déplore le manque de véritables études "sans inclinations partisanes" entre les fantasmes de l'invasion chers à l'extrême droite et le rien-à-voirisme
Derrière le djihadisme, dit-il, "avance à l'ombre un islamisme quiétiste, dont la régence des mœurs et une volonté d'affirmation sont les moteurs".
"La terreur a des objectifs, dit-il encore, ceux de contraindre et de servir une vision politico-religieuse." En conclusion, répondant à Olivier Roy, il affirme que "l'islam n'est pas le vernis, mais l'aimant du terrorisme".

(1) https://printempsrepublicain.fr/non-olivier-roy-l-islam-n-est-pas-le-vernis-du-terrorisme-32ce76e8d4ec#.tmr6s5iej

vendredi 25 mars 2016

Padam Padam Algam

Les ignobles attentats de Bruxelles, comme tous ceux qui les ont précédés ailleurs, sont imbéciles à plus d'un titre. D'abord et avant tout pour leurs conséquences directes sur des vies humaines innocentes, ensuite parce qu'ils attisent la haine contre les étrangers, musulmans en particulier, et enfin parce qu'ils continuent à susciter chez les gentils un malaise qui les amène à s'indigner parfois plus des propos révoltés que ces actes provoquent que des actes eux-mêmes. (1)
En Belgique, des déclarations de Bart De Wever font scandale. Il a la rage, dit-il parlant des assassins, "que de tels gens nés ici agissent de la sorte, des gens qu'on a choyés toute leur vie, bien plus qu'ils ne l'auraient été partout ailleurs dans le monde". Il est furieux de constater que les suspects "continuent souvent à bénéficier de soutien au sein de leur propre communauté" (2).
Qu'y a-t-il là d'inacceptable? N'est-il pas légitime de s'indigner de voir certains de nos jeunes, éduqués dans nos écoles, massacrer aveuglément les leurs sans même que qui que ce soit n'en comprenne la raison? N'est-il pas normal de se fâcher de les voir ainsi tomber dans une folie meurtrière? Que faut-il faire? Se flageller? Les excuser? En faire des victimes et s'en prendre aux morts et aux blessés coupables d'être ce qu'ils sont (c'est-à-dire des gens de toutes  nationalités, de toutes origines et de toutes confessions qui, on peut le penser, vivaient dans le respect des autres)?
Il y a quelques jours, peu après l'arrestation de Salah Abdeslam, j'entendais un expert (était-ce sur France Inter? Sur Arte?) affirmer que oui, il y a une certaine omerta qui règne, que c'est tout simplement humain, qu'on ne balance pas ceux de sa communauté. Et c'est vrai que c'est ainsi partout et pas seulement chez les Corses, c'est ainsi chez les bourgeois, chez les cathos (voir ce qui passe dans l'église catholique avec les faits de pédophilie), chez les Gitans, sans doute chez les expat dans n'importe quel pays, entre les membres d'un même parti politique ou d'une même entreprise. Est-ce une honte de dire qu'on a tendance si pas à protéger  les siens, du moins à ne pas les dénoncer?
Hier, Tahar Ben Jelloun, qui n'a pas grand-chose d'un nationaliste flamand, dénoncait la responsabilité des parents des jeunes djihadistes (3). Les responsabilités sont partagées, dit-il, entre les pays où sont nés ces enfants de la troisième génération et leurs parents qui n'ont pas pu ou pas su leur transmettre des valeurs et une culture qui auraient été le barrage contre la barbarie". Il ne leur jette pas la pierre, les plaint, mais fait un constat, dit-il. Trop de parents "laissent faire la rue" et il rappelle que les assassins sont souvent d'abord des délinquants, "de la mauvaise graine" qui s'est laissé séduire par les discours pervers du djihadisme. "Les musulmans devraient prendre les choses en mains et réagir plus", estime-t-il. Va-t-il, lui aussi, se faire traiter d'islamophobe? Il y a, dans une certaine gauche (et je suis fatigué de le dire) (4) une volonté d'omerta qui dessert en fin de compte les musulmans. A quoi et à qui servent ces silences gênés qui sous prétexte d'éviter tout amalgame trouvent des justifications à l'islamo-fascisme? Ils font le lit de l'autre extrême droite.
Tout le monde doit se mobiliser, dit encore Tahar Ben Jelloun. Il faut une prise de conscience générale. Il en appelle à un travail pédagogique dans les écoles: "il faut enseigner la haine de la violence, la haine de la haine, arrêter d'en vouloir à l'Europe et aux musulmans paisibles".

A lire: deux billets intéressants sur le même sujet:
http://www.lalibre.be/debats/opinions/il-est-temps-d-arreter-la-complaisance-aveugle-envers-la-communaute-musulmane-56f5496a35708ea2d3e794ce
http://www.lalibre.be/debats/opinions/hamid-benichou-nos-responsables-politiques-avertis-par-mes-cris-et-mes-coleres-n-ont-pas-reagi-56f5582235708ea2d3e7b848

Post-scriptum (qui n'a strictement rien à voir mais peut faire sourire en ces jours noirs):
"je l'avais choisi parce que je n'avais pas trop le choix". Un vrai et beau commentaire d'un joueur de foot français à propos du numéro de son maillot qui est le même que celui de Johan Cruyff. (France Inter, journal de 8h, ce matin)

(1) Et j'ajoute qu'ils sont aussi imbéciles parce qu'ils m'amènent à faire ce que je n'aurais jamais imaginé faire un jour: défendre des propos de Bart De Wever, que j'ai tellement critiqué ici.
(2) http://www.lalibre.be/actu/belgique/de-wever-furieux-que-des-jeunes-choyes-en-belgique-ont-pu-commettre-ces-attentats-56f2ab2f35708ea2d3d73239
(3) France Inter, Journal de 13h, 24 mars 2016: http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1259143
(4) voir tout le débat qu'ont suscité récemment les propos de Kamel Daoud; (re)lire sur ce blog "Les fils des Joseph", 24 février 2016, et "Les fils des Joseph (suite)", 29 février 2016, et leurs commentaires.