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samedi 23 août 2025

Gauche trumpiste

Marine Tondelier, cheffe des écologistes français, plaide pour l'union de la gauche. Mais quelle gauche ? Ou plutôt quelles gauches ? Minées par le communautarisme et le populisme, les gauches françaises sont en triste état. On les voit aujourd'hui courir derrière les auto-confineurs du 10 septembre (lire le billet précédent) quand d'autres, à gauche aussi, restent plus prudents.
Ce mouvement est "encore totalement nébuleux et sur les modes d'action et sur les revendications", estimait hier matin sur France Inter Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. "Les modes d'action sont flous et puis, du côté des initiateurs, il y a une pluralité de points de vue. On est très vigilants sur les tentatives de noyautage et d'instrumentalisation de l'extrême droite qui, à certains endroits, essaie de développer des discours anti-syndicaux". Une réflexion cependant étonnante quand on sait que les initiateurs de ce mouvement flou viennent de l'extrême droite. C'est plutôt l'extrême gauche qui tente de récupérer l'appel au bloquage du pays.

Le mouvement La France Insoumise est actuellement réuni en université d'été. Mais le journaliste du Monde Olivier Pérou y est interdit d'accès (1). Il a commis un crime de lèse-majesté : avoir écrit un livre qui dénonce les méthodes autoritaires du gourou Mélenchon. Au pays des culs-bénits, Saint Jean-Luc est inattaquable et tout blasphémateur doit être excommunié. En refusant l'accès à ce journaliste, le MélenChe lui donne raison : il agit bel et bien comme un gourou qu'on ne peut critiquer. Règle n°1 : le Chef a toujours raison. Trump agit de la même manière en refusant l'accès à la Maison Blanche à tout journaliste qui lui pose des questions méchantes
Si on ajoute à cette attitude anti-démocratique, les positions ouvertement antisémites de nombre de ses élus, on ne peut qu'espérer que l'union de la gauche ne se fera pas. Au nom de la démocratie, du respect et de la liberté de la presse. Ou qu'elle se fasse sans cette gauche totalitaire et antisémite aux relents staliniens.

"Ceux qui ont toléré et encouragé l'antisémitisme depuis le 7 octobre sont la honte de notre pays. Ils n'ont rien à faire à gauche. Ce sont eux qui ouvrent un boulevard à l'extrême droite. Pas ceux qui les dénoncent. Les accommodements auxquels on assiste depuis le 7 octobre sont une défaite collective."
Joann Sfar, "Que faire des juifs ?", Les Arènes BD, 2025.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/08/21/a-nos-lecteurs_6633128_823448.html
https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2025/08/22/de-nombreuses-societes-de-journalistes-denoncent-le-refus-de-la-france-insoumise-d-accrediter-un-journaliste-du-monde-a-ses-universites-d-ete_6633534_3236.html

mercredi 5 mars 2025

Insoumis à la solidarité

Les moments de grande crise sont des révélateurs. La gauche française, nous explique Le Monde (1), se déchire sur l'Ukraine. Elle est divisée depuis longtemps sur de nombreux points. Cette fois, c'est - est-ce une surprise ? - sur le soutien à l'Ukraine.
Les écologistes appellent à « un engagement militaire et financier renforcé », qui passerait notamment par « la fourniture des équipements de défense avancés » ou « le renforcement de la présence de troupes européennes dans les pays frontaliers de l’Ukraine ». Tandis que les socialistes affirment leur volonté de  « financer ce soutien militaire à l’Ukraine », de saisir « les 210 milliards d’euros d’avoirs russes gelés dans nos banques » et d’arrêter de laisser « transiter par nos ports, avec la complicité de nos entreprises, son gaz naturel liquéfié ». Enfin, ils appellent à un « grand emprunt commun de 500 milliards », seule façon de « sauver la paix et la sécurité en Europe ». Pas question cependant de financer le réarmement de l'Ukraine pour les communistes et les insoumis (à la solidarité ?). Un élu communiste veut que Macron aille négocier avec Poutine (ce qu'il a déjà tenté et on sait le tsar sourd) et un élu LFI estime que « notre sécurité n’est pas en cause dans l’immédiat ». La sécurité des Ukrainiens et de leurs voisins n'a donc pas d'importance, seule compte la nôtre, pour ces élus de partis qui se sont longtemps présentés comme internationalistes et ne sont finalement que des partis souverainistes comme ceux de l'extrême droite qui prennent comme ils peuvent de timides distances avec leurs idoles Trump et Poutine.

Pour financer le réarmement de l'Ukraine, certains proposent d'utiliser les liquidités que la Banque centrale de Russie avait placées dans des établissements financiers étrangers : 300 milliards d'euros dans le monde, 209 rien qu'en Europe. Jusqu'à présent, les intérêts - un peu moins de 3 milliards par an - profitent aux Ukrainiens, mais le capital reste gelé. L'Union européenne a toujours refusé d'y toucher, par respect du droit international. Un droit dont le régime russe se moque chaque jour. Mais l'envie de puiser là de quoi financer l'aide à l'Ukraine fait son chemin. Une proposition dans ce sens sera soumise au vote du Parlement européen la semaine prochaine. Et en France, Gabriel Attal réclame maintenant la saisie de ces avoirs. De même que les socialistes et les écologistes. Le gouvernement, lui, y reste opposé, toujours au nom du droit international. "C’est aussi ce que disent les Insoumis, qu’on a connu plus offensifs contre la finance…", constatait ce matin l'éditorialiste de France Inter Patrick Cohen. "Alors, formellement, ils ont raison : le principe d’immunité souveraine protège les Etats et leurs biens. Mais dans le chaos actuel, l’argument fait doucement rigoler l’avocat spécialisé que j’ai interrogé hier. Parce que le droit international, il dit en premier qu’on ne doit pas envahir son voisin. Et que les agressions donnent lieu à des réparations. L’Irak a payé pendant plus de 30 ans pour l’invasion du Koweït, quelque 52 milliards. L’Europe pourrait donc bien faire payer la Russie tout de suite. Ou utiliser ses avoirs comme garantie. Et puis le droit, Poutine s’assied dessus, il ne respecte rien, ni le droit de la guerre, ni aucun autre. La quasi-totalité des actifs européens et américains en Russie ont déjà été confisqués. Qui imagine Poutine saisir la Cour internationale de justice, l’organe judiciaire de l’ONU, pour récupérer son argent ?"
Autre argument pour s'opposer à cette prise de guerre : l’idée du « précédent économique » qui pourrait effrayer les investisseurs. "Argument partagé là encore par le gouvernement et par les Insoumis." Ici encore,  les Insoumis se montrent tout à coup très soumis aux marchés et aux investisseurs. A moins qu'ils ne le soient au régime russe ? Conclusion de Patrick Cohen : "Contrairement à ce que l’exécutif voudrait faire croire, le sujet des avoirs russes est bien plus politique que juridique. Question d’astuce et de volonté. Pour aider l’Ukraine et gratter des roubles, il n’est pas interdit d’être un peu roublard".

Pétition à signer sur Avaaz :

Post-scriptum : 
Me revient cette chanson qu'on chantait dans les manifs fin des années '70 - début des 80.
Prenez l'argent où il est / Dans les banques, dans les banques / Prenez l'argent où il est / Dans les coffres des banquiers.
Mélenchon a dû la chanter. Il a bien changé.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/03/04/la-gauche-se-fracture-sur-l-aide-a-l-ukraine_6576306_823448.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mercredi-05-mars-2025-8009881

dimanche 17 mars 2024

Ces pacifistes qui aiment la guerre

Ils sont admirables, ces pacifistes. Ceux qui osent dire non à la guerre d'Ukraine. Il ne peut être question d'envisager de se retrouver dans une situation de guerre avec la Russie. "Le meilleur moyen d'affaiblir Poutine, c'est d'arrêter cette guerre", a clamé Mathilde Panot, chef de groupe à l'Assemblée nationale de la France soumise à la Paix à tout prix. Comment arrêter cette guerre ? En laissant à Poutine les territoires ukrainiens qu'il a envahis, ce qui revient à lui reconnaître la victoire et l'inviter à aller au-delà. Et tant pis si Poutine a affirmé clairement qu'il ne négocierait jamais, qu'il veut détruire l'Ukraine pour l'annexer définitivement à la Russie.
Que font les gentils pacifistes pour que cesse cette guerre ? Rien. Ils laissent faire et regardent ailleurs. Ils se contentent de dire "non à la guerre". Ils font penser à ces braves gens qui, il y a une trentaine d'années, avaient apposé à l'arrière de leur voiture un autocollant disant "non à la drogue". Comme si les toxicomanes allaient abandonner leur assuétude en les voyant. 
Les conditions de la paix, selon Poutine (il l'a répété le 14 décembre dernier) : "dénazification, démilitarisation et un statut de neutralité pour l’Ukraine".  Gérard Grunberg, politologue, directeur de recherche émérite au CNRS, constate (1) qu'il n'existe, pour Poutine, ni Ukraine ni nation ukrainienne. Ce pays fait partie de l’Empire russe : « La Russie est le seul garant de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. » (...) « S’ils veulent négocier, qu’ils le fassent. Mais nous ne le ferons que sur la base de nos intérêts. » 
"Chacun ou presque, écrit encore Gérard Grunberg, a désormais compris que le dessein du despote russe est de liquider purement et simplement l’Ukraine comme nation, comme pays, comme culture. Ses voisins, baltes, polonais, moldaves, géorgiens, finlandais, norvégiens sont profondément inquiets et la Finlande et la Suède, vieux pays neutres, ont fini par adhérer à l’OTAN face à l’envahisseur russe."

La position claire et ferme du dictateur russe n'empêche pas Manuel Bompard, coordinateur de cette France dite Insoumise, de plaider, malgré tout, pour une négociation avec lui. Pourquoi ? Hypothèse de Grunberg : "Lui et son parti ne considèrent pas l’enjeu ukrainien comme très important. Que le peuple ukrainien soit réintégré de force à la Russie – et on peut imaginer facilement ce que cela signifie – ne représenterait pas pour eux une catastrophe géo-politico-stratégique. Deux arguments peuvent soutenir cette hypothèse. Le premier est que Jean-Luc Mélenchon a appelé depuis longtemps la France à quitter l’OTAN et que, jusqu’à une date récente, il défendait l’idée d’un partenariat stratégique avec Moscou, estimant que notre pays serait mieux protégé par la Russie que par les États-Unis. Le second est que LFI s’oppose depuis l’invasion Russe à la fourniture d’armes offensives à l’Ukraine alors qu’elle ne peut ignorer que, dans la phase actuelle de la guerre, sans ces armes l’Ukraine risque fort d’être à terme détruite par la Russie. Ces positions laissent ainsi penser que les Insoumis ne sont pas disposés à empêcher à tout prix la défaite de l’Ukraine, préférant même une Ukraine dans le giron russe que dans l’Alliance atlantique. (...) Le pacifisme est toujours naturellement populaire. Il cache parfois cependant de plus sombres desseins."

De l'autre côté de l'échiquier politique, le Front du Rassemblement national, qui apparaît depuis longtemps comme un porte-voix du Kremlin, s'est abstenu récemment lors d'un vote à l'Assemblée nationale sur le soutien à l'Ukraine. Etrange attitude de la part d'un parti souverainiste qui est très critique par rapport à l'Union européenne qui empêcherait les nations de décider de leur sort et qui soutient de facto la Russie qui entend s'approprier par la guerre un pays voisin. Pour l'extrême droite comme pour l'extrême gauche, le sort de l'Ukraine et de ses habitants est sans valeur. Circulez, il n'y a rien à faire.

On voit par là que les pacifistes sont parfois d'hypocrites va-t-en-guerre.

Post-scriptum : Sophia Aram ce lundi 18 sur le même sujet, avec le talent et la verve qu'on lui connaît :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-18-mars-2024-5510991

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/03/12/debat-sur-l-ukraine-au-parlement-jordan-bardella-annonce-que-le-rn-s-abstiendra-ses-opposants-denoncent-son-ambiguite_6221559_823448.html

vendredi 17 février 2023

Fête du bruit

Il fut un temps où les Belges étaient fascinés par les capacités oratoires des élus français. Les débats, qui pouvaient être vifs, semblaient voler haut et les mots et les formules qui les portaient apparaissaient ciselés. Où sont les neiges d'antan ? Ces derniers jours, à l'Assemblée nationale française, les députés de LFI ont des talents de supporteurs de foot. D'ultras même. Leur objectif ne semble pas être que leur équipe gagne, mais d'envoyer un maximum d'injures et que leur adversaire perde.
Voilà trois jours, ils poussaient des cris de joie et entonnaient dans l'enceinte de l'assemblée une chanson pour avoir réussi, avec la droite et l'extrême droite, à empêcher un index des seniors dans les entreprises (1). Une mesure pourtant soutenue par les syndicats. Mais les députés LFI s'en moquent, leur seul objectif est de faire barrage au gouvernement. Qui gagne, qui perd à ce jeu idiot ? Tout le monde. On entendra demain les mêmes élus, pas gênés, pointer du doigt les entreprises qui n'embauchent pas de seniors. Comment s'étonner que les syndicats prennent leurs distances avec l'attitude de nombreux élus incapables d'être dans le débat, seulement dans le combat ? Un combat qui semble n'avoir plus de règles. On a vu un député LFI poser en photo le pied sur un ballon figurant la tête coupée du ministre du travail. Un autre traiter le même ministre d'assassin et les membres du gouvernement de monstres. On assiste, comme le disait un intervenant hier dans l'émission 28 minutes,  à une brutalisation du débat dans une ambiance populiste. Un élu communiste a invité ses collègues à opposer des arguments, pas à lancer des insultes. Les injures et les attitudes grossières avaient jusqu'à présent, constatent les historiens, plutôt été le fait d'élus d'extrême droite. Mais la culture  (ou l'inculture) des réseaux dits sociaux et de l'émission d'Hanouna le cuistre semblent avoir déteint sur de nombreux élus de la Nupes. Le bruit médiatique et les formules à l'emporte-pièce censées faire le buzz l'emporte sur l'échange d'arguments.

La réforme des retraite - que le déséquilibre démographique et le déficit public considérablement augmenté par la crise de la Covid et la guerre d'Ukraine rendent indispensable sous une forme ou une autre - méritent des débats d'une autre tenue.
"Dans la conjoncture actuelle, écrit Le Monde (2), le mauvais spectacle donné par LFI est contre-productif à tous égards. Il alimente la défiance vis-à-vis des institutions au moment où le Parlement, longtemps marginalisé, cherche, au contraire, à redorer son blason. Il renforce, par contraste, la notabilisation des 88 élus du Rassemblement national (RN) qui jouent, derrière Marine Le Pen, les députés modèles. Il contrarie la stratégie de l’intersyndicale qui mène, depuis le 19 janvier, dans la rue, une action de contestation puissante et pacifique. Il donne enfin des arguments au gouvernement qui, en accusant LFI d’actionner « le chaos et la violence », cherche à se débarrasser de l’accusation originelle d’avoir voulu brider le débat, ce qui est au demeurant contesté."
Mais visiblement le gourou MelenChe persiste et signe. Le bruit, la fureur et la "bordélisation" appartiennent à sa stratégie (3). On a connu plus visionnaire.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/02/15/reforme-des-retraites-le-gouvernement-subit-son-premier-revers-a-l-assemblee-nationale-qui-rejette-l-index-seniors-dans-les-entreprises_6161840_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/02/15/reforme-des-retraites-le-jeu-dangereux-de-lfi_6161885_3232.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/02/15/au-fil-des-debats-sur-la-reforme-des-retraites-la-france-insoumise-au-defi-de-depasser-sa-culture-de-l-outrance_6161855_823448.html


dimanche 15 mai 2022

Vieilles pratiques et faux espoirs

La France insoumise veut révolutionner la pratique de la politique. Très bien. Quand elle sera au pouvoir seulement ? Parce que, pour le moment, elle pratique plutôt la politique de papa avec des attitudes clientélistes et des  parachutages de candidats sans lien avec la circonscription dans laquelle ils se présentent. D'où la grogne compréhensible  (1) de certains candidats évincés dans le cadre de la répartition des candidatures (mal) négociée par EELV, le PS et le PCF avec LFI. *

Le gourou de LFI a abandonné au beau milieu de son mandat, en 2017, son siège de député européen. Il voulait alors devenir président de la République ou, à défaut, député. Il est vrai que l'Union européenne ne le passionnait guère. Lors de son mandat précédent, en 2013, Jean-Luc Mélenchon avait été classé (par le site VoteWatch.com) au 727e rang des parlementaires européens sur 751, derrière Jean-Marie Le Pen (716e) et juste devant Marine Le Pen (734e). Comme lors de son passage au Sénat, il n'y a rédigé aucun rapport. Pour les législatives de juin 2022, il vient de désigner son dauphin : Manuel Bompard, son bras droit, se présentera dans la circonscription du MélenChe à Marseille. Il est actuellement député européen depuis 2019. Son mandat court donc jusqu'en 2024. Mais il le laissera tomber puisqu'il a visiblement mieux à faire lui aussi. Ses électeurs apprécieront ce mépris pour la fonction pour laquelle ils l'ont élu pour cinq ans. 

Jean-Luc Mélenchon est une incarnation de ce qu'on appelle la classe politique, si souvent décriée par LFI. Il a exercé quasiment tous les mandats depuis 1985, d'adjoint au maire à ministre en passant par directeur de cabinet d'un maire, président de conseil général, député français, sénateur et député européen. Toute sa carrière, il aura vécu de la politique. Récemment, une candidate LFI expliquait (1) combien des candidatures insoumises pouvaient bousculer tous ces candidats de terrain qui sont là depuis trop longtemps, selon elle. "Les électeurs veulent un renouvellement des visages, ils en ont assez du paysage politique sclérosé, on n’a pas besoin d’avoir quelqu’un du sérail », affirme cette candidate du parti vertical créé pour servir un homme politique qui multiplie les mandats depuis trente-sept ans et se voit déjà premier ministre à défaut d'avoir pu être président de la République, deux fonctions qui manquent à son palmarès.

A celles et ceux qui s'étonnent de voir l'hebdomadaire qu'il dirige être aussi critique vis-à-vis de LFI,  Riss explique dans Charlie Hebdo (2) que l'équipe de Charlie ne peut oublier. "Lors de l'enterrement de Charb (directeur de Charlie, assassiné par des islamistes le 7 janvier 2015), le leader actuel de LFI avait prononcé un discours que les témoins présents jugèrent à la hauteur des évènements qui venaient de nous frapper. Avant d'être assassiné avec ses copains par des terroristes islamistes, Charb venait d'achever son opuscule Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, qui dénonçait ceux qui jetaient de l'huile sur le feu, en excitant le ressentiment des musulmans après la publication des caricatures de Mahomet." Riss rappelle qu'il n'aura fallu que quatre ans pour que Mélenchon vire de bord et défile dans une manifestation contre l'islamophobie à deux pas de barbus qui criaient Allahou akbar. "Ce jour-là, Charb venait d'être enterré une seconde fois, enseveli par des considérations politiciennes et électoralistes contre lesquelles rien ne pouvait faire le poids. L'appât du gain électoraliste était visiblement trop grand. Aux naïfs que nous avions été, la réalité nous rappelait qu'en politique la mort d'un homme, ça ne vaut rien." Mélenchon a marché sur le cadavre de son camarade Charb. "Mais passons sur ce détail", dit Riss.

Des détails insignifiants, Riss en relève d'autres. Les injures de membres de LFI contre Charlie. Le rejet par LFI de la loi sur le séparatisme ("le communautarisme est plus rentable que la lutte pour la laïcité et contre le séparatisme", écrit Riss). L'absence du terme islamisme dans le programme de La France insoumise, alors que cette France a payé un tribut très cher à cette idéologie mortifère et totalitaire ("il faut dire que le totalitarisme ne semble pas être la préoccupation majeure de cette formation politique qui réclame une VIe République plus démocratique, mais qui n'a jamais rien dit de vraiment hostile à l'égard de la Chine ou de la Russie, pour ne citer que ces deux grandes démocraties participatives. Mais passons sur ces détails").  
"Durant les négociations entre les différentes formations de gauche, l'amnésie a été marchandée contre quelques sièges à l'Assemblée."
Allez savoir pourquoi, on n'a pas le sentiment que les pratiques seraient renouvelées avec l'arrivée au pouvoir de cette gauche-là. Au contraire.

(1) https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/05/13/en-dordogne-la-dissidence-a-gauche-fleurit-sur-l-humiliation_6125903_6104324.html
(2) "En politique, que vaut la mort d'un homme ?", Charlie Hebdo, 11.5.2022.

samedi 7 mai 2022

Une gauche suicidaire

On ne peut pas dire que la gauche française a perdu la tête. Au contraire. Elle l'a trouvée. C'est celle du Chon, version française du Che. Sur la page d'accueil du site de la France insoumise figure sept photos de Jean-Luc Mélenchon et aucune de qui que ce soit d'autre (1). Au championnat français de la prétention et de l'arrogance, on se bouscule sur la première marche du podium. Le MélenChe à lui seul incarne l'Union populaire. Il est le Peuple, le Sauveur, le Rédempteur. Ne serait-ce pas du populisme ? La France insoumise, parti créé à son service, fonctionne de manière verticale. Comment un parti comme EELV, parti établi sur une base horizontale, peut-il s'associer à LFI ? 

Je devrais me réjouir de l'union de la gauche - des gauches - pour les législatives françaises, mais je n'y arrive pas. Voir les Verts, le PS et le PCF se ranger aussi rapidement sous la bannière du Grand timonier Mélenchon ne laisse rien augurer de bon. Cette union ressemble plutôt à un contrat faustien, où les trois "petits" partis (le PS au niveau régional, départemental et municipal est pourtant nettement plus puissant que LFI qui ne représente rien) ont vendu leur âme au diable par intérêt électoral.
Les question internationales - sur lesquelles ces partis ont des positions parfois diamétralement opposées - ont été mises sous le tapis ou laissées dans le flou.

Mélenchon n'aime pas l'Union européenne. Ces décisions ne lui conviennent pas. Il faut dire qu'elles sont issues de longues négociations et de compromis, ce qui ne plaît pas à cet homme de rupture et de conflit. Il aurait pu participer à l'amélioration des textes quand il était député européen, mais il avait visiblement mieux à faire puisqu'il a brillé par son absence au Parlement européen et a quitté sa fonction à mi-mandat pour briguer le poste de président de la République française. On appréciera le respect qu'il a pour ses électeurs.
Les Insoumis et leurs désormais affidés annoncent qu'ils prendront à la carte les directives de l'Union européenne. Le menu ne leur plaît pas. Si on les suit, on comprend qu'ils appliqueraient uniquement les règles quand elles leur conviennent. Si tout le monde agissait de même, plus aucune institution, aucune entreprise, aucune association, aucun club ne serait gérable.  Chacun n'appliquerait que les règles qui lui plaisent. Des maires de droite auraient alors, par exemple, le droit de refuser de célébrer un mariage homosexuel, de ne pas créer d'aire d'accueil des gens du voyage, de ne pas se conformer au nombre prescrit de logements sociaux dans leur commune. Chacun pourrait ainsi agir selon ses valeurs, sa sensibilité, ses objectifs électoraux. Une attitude très... libérale.
Les Insoumis, on l'entend bien, n'aiment pas l'UE, responsable de tant de maux. Comment expliquent-ils que tant de pays frappent à sa porte ? Pleure pas la bouche pleine, a-t-on envie de leur dire.

Jean-Luc Tito Mélenchon se présente comme non aligné par rapport à la guerre d'Ukraine, refusant qu'une aide militaire soit apportée à ce pays pour se défendre, quand le PS et EELV sont pour. La France insoumise dit vouloir privilégier la diplomatie. Qui ne le voudrait pas ? Mais elle ne fonctionne pas avec un autocrate brutal et menteur comme Poutine et peut-on laisser les Ukrainiens se faire massacrer ? Mélenchon, s'il voit dans la rue un homme au sol tabassé par quatre autres, ne va pas appeler les secours, il va se contenter de les inviter à s'expliquer et, devant le refus des agresseurs, il passera son chemin. Cet homme est l'incarnation de la responsabilité et du courage. Un véritable humaniste !

LFI est-il un parti démocratique ? On a le droit d'en douter quand on lit qu'une de ses élues, Clémentine Autain, estime que "si ça ne se passe pas comme prévu, il faudra aller chercher la victoire dans la rue" (2). On ne peut que comprendre Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre socialiste, quand il claque la porte de son parti passé sous les fourches caudines de cette France aussi insoumise à l'OTAN.
« L’indépendance de la nation n’a jamais signifié, écrit-il, la rupture de ses alliances militaires ni l’accommodement avec des régimes autoritaires ou des dictatures, sur notre continent ou sur d’autres » (...) « la réorientation des politiques de l’Union ne saurait se traduire par la destruction du projet européen qui permettrait à d’autres de décider, à notre place, de notre destin » (3). 

"Je souhaite bonne chance à ce qu'il reste de socialistes et de Verts dans leurs aventure législatives avec les Insoumis, écrit Philippe Lançon. Il est difficile de s'entendre avec Merluchon et la plupart de ses amis, lorsqu'on n'est pas d'accord à 101% avec eux, lorsqu'on ne rit pas exclusivement des mêmes cibles qu'eux. Bref, lorsqu'on n'est pas prêt à se soumettre à eux. Insoumis ne rime pas avec compromis." (4)
Cette gauche, à se trouver une tête, l'a perdue.

Post-scriptum : à lire :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/08/olivier-costa-on-peut-s-etonner-de-voir-le-ps-et-les-ecologistes-s-aligner-sur-un-programme-eurosceptique_6125219_3232.html
Et aussi : https://www.huffingtonpost.fr/entry/laccord-eelv-lfi-qui-cree-la-nupes-est-une-escroquerie-pour-ces-personnalites-ecolos_fr_62778ed5e4b00fbab62f63a0

(1) consultée le 6 mai 2022 à 7h25.
(2) Télématin, 27.4.2022.
(3) https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/05/04/bernard-cazeneuve-annonce-qu-il-quitte-le-parti-socialiste-a-la-suite-de-l-accord-passe-avec-la-france-insoumise_6124779_6104324.html
(4) "Proust et Charlie", Charlie Hebdo, 4.5.2022.
A lire: https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/05/04/legislatives-2022-a-gauche-des-divergences-programmatiques-releguees-a-l-arriere-plan-des-negociations_6124703_823448.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/06/le-profil-culturel-de-jean-luc-melenchon-indigne-certains-au-ps-et-inquiete-nombre-de-responsables-du-secteur-artistique_6124948_3232.html
(Re)lire sur ce blog "A mes amies et amis mélenchonistes", 27.3.2022.

lundi 31 janvier 2022

On s'y perd

Ne pas faire le jeu de l'extrême droite. Voilà qui semble être l'un des soucis majeurs d'une partie importante de la gauche et de l'extrême gauche. Pour ce faire, on les voit minimiser, voire nier l'impact de l'islamisme sur certains quartiers et surtout sur celles et ceux qui y habitent, qu'ils et elles soient musulmans ou non. Ces braves âmes n'ont rien à reprocher aux dérives autoritaires d'hommes tout puissants qui veulent imposer à tous et surtout à toutes les règles réelles ou inventées de leur religion. En refusant d'entendre ce que vivent douloureusement certains habitants et en mettant la poussière sous le tapis, cette gauche fait le jeu de l'extrême droite.

Récemment, la chaîne de télévision M6 diffusait, dans le cadre de son émission Zone interdite, un reportage dénonçant l'emprise islamiste sur des quartiers de certaines villes françaises. "Le reportage, explique l'hebdomadaire Marianne (1), documente l'installation d'un islam fondamentaliste à Marseille, Roubaix, Lyon. Sont exposés : écoles illégales dissimulées, fillettes de 7 ans voilées, mosquées radicales à l'enseignement salafiste… Des pratiques qui n'ont rien à voir avec l'islam pratiqué par l'immense majorité des citoyens français musulmans, mais qui relèvent d'une dérive bien connue : le fréro-salafisme." Mais cette réalité, insupportable à vivre dans un pays laïc et démocratique, doit être cachée. Avant même la diffusion de l'émission, des militants de la France insoumise appelait à son boycott pour cause d'islamophobie.

Certains arguments sont proprement ahurissants : David Guiraud, porte-parole jeunesse de la France insoumise, a écrit le message suivant : "Je ne vois pas pourquoi les musulmans n’auraient pas le droit de faire comme les écoles Saint Pie X et séparer les garçons et filles". En arrière toute et vive les traditionalistes ! On a connu partis plus progressistes et plus soucieux de l'égalité des sexes et de la liberté de pensée. Marianne rappelle que la Fraternité Saint-Pie X est sous haute surveillance des services de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en raison de son caractère sectaire.
Autre argument confondant d'un militant de LFI : voiler une fillette de 7 ans n'a rien de bien différent que de l'inscrire à des cours d'équitation, il s'agit simplement de "la préparer à l'avenir". Quel est donc cet avenir ? Celui de femme soumise, ce qu'indique le voile ? Et se soumettre à la religion et cacher du regard concupiscent des hommes son corps honteux s'apparenterait donc à la pratique de l'équitation ? Ne serait-ce pas du racisme de trouver normal de voiler des petites filles ? Il faut donc, selon ce militant, préparer une enfant de 7 ans à son destin inéluctable : celui de femme soumise. La France insoumise a une très curieuse conception de l'insoumission. LFI pourrait se rebaptiser LFISI (La France Insoumise Sauf à l'Islamisme).
Pour ne pas faire le jeu de l'extrême droite, certains en arrivent à prendre des positions qui ressemblent fort à celle de la pire extrême droite qui entend formater les enfants. 

La journaliste de M6 qui présente l'émission est aujourd'hui menacée de mort et placée sous protection policière. Mais, constate Sophia Aram, "il n’y a plus personne pour dire que ces menaces font sans doute un peu le jeu de l’extrême droite (2). 
"Devant la complaisance du principal parti de gauche à la présidentielle, écrit Marianne, l'extrême droite a tout un boulevard devant elle pour occuper le terrain. Et tant pis pour les personnalités engagées dans ce combat qui n'appellent ni à la haine, ni à l'anathème, comme Amine Elbahi (un militant politique roubaisien engagé dans la lutte contre l'islamisme après la radicalisation de sa grande sœur, qui s'est rendue en Syrie). Ou comme l'imam franco-tunisien Hassen Chalgoumi, interrogé dans le reportage de Zone Interdite. « L'islamisme est la maladie de l'islam », a répété celui qui est encore imam à Drancy. Le prédicateur, qui s'est toujours exprimé contre les tueries djihadistes et l'enracinement de l'islam fréro-salafiste, vit aujourd'hui sous protection policière quotidienne. Sa femme et ses cinq enfants ont été contraints de quitter le pays. À vouloir défendre ces courants islamistes coûte que coûte, les militants bien intentionnés comme David Guiraud semblent oublier que les victimes de ces fondamentalismes sont aussi musulmans."

Post-scriptum: l'éditorial du Monde ce 1er février:

(1) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/zone-interdite-montre-lislamisme-des-militants-de-la-france-insoumise-denoncent-lislamophobie?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20220124&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ%3D%3D
(2) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-31-janvier-2022