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samedi 23 janvier 2016

"Je préfère le vin d'ici à l'au-delà" (Michel Simon)

Certains veulent changer les mots ou en tout cas les édulcorer  (voir le billet d'hier: "De quoi parlent les mots?"), d'autres veulent les interdire. C'est plus simple. Ainsi en Iran le Ministère de la Culture entend-il interdire d'écrire dans tout livre qui sera publié dans le pays les noms d'animaux étrangers, ceux de certains présidents et le mot vin (1).
Peut-on se permettre un conseil au gouvernement iranien?
"Oublie prière et science et loi, cela vaut mieux.
Va trouver quelques frais minois, cela vaut mieux.
Avant que le destin ne verse ton sang, viens, 
Verse le sang frais de la vigne et bois, cela vaut mieux."
Ce conseil est signé Omar Khayyâm, poète persan du XIe siècle. Il a donc vécu il y a mille ans dans ce pays devenu, depuis, l'Iran. Khayyâm "appartient, rappelle Gilbert Lazard qui l'a traduit, à la lignée des grands savants qui, du IXe au XIe siècle, firent de l'Orient musulman la terre de prédilection des sciences et de la pensée.(2)" Parfois, on rêve que l'horloge de l'Histoire tourne à l'envers et que la pensée se remette en mouvement.
Pourquoi ces religieux austères doivent-ils toujours imposer aux autres leurs tristes règles? Déjà, lors d'une visite en France il y a plusieurs années, le président iranien de l'époque avait refusé qu'il y ait de l'alcool (des bouteilles de vin) à la table de Jacques Chirac qui le recevait. Le protocole avait transigé: le dîner s'était transformé en goûter.
Un mot encore d'Omar Khaayâm:
"Toi qui ne bois pas de vin, épargne-nous ta censure;
Tu te fais un peu trop vain: trève de cette imposture!
Tu t'abreuves à des sources, ô vertueux contempteur,
Telles que notre liqueur auprès d'elles n'est qu'eau pure!" (2)
Et cette citation de Jim Harrison:
" L'acte physique élémentaire consistant à ouvrir une bouteille de vin a apporté davantage de bonheur à l'humanité que tous les gouvernements dans l'histoire de la planète. Même les religions organisées sont de simples pièges à souris spirituels comparées au pop libérateur du bouchon." (3)
Et enfin, en guise de conclusion, ces mots de Nicolas Boileau:
"Allez, vieux fous, allez apprendre à boire.
On est savant quand on boit bien.
Qui ne sait boire ne sait rien. " (4)

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/21/iran-vin-interdiction-international_n_9040116.html?utm_hp_ref=france
(2) Cent et un quatrains, Omar Khayyâm, traduit du persan par Gilbert Lazard, éd. Hermès, collection bilingue.
(3) Aventures d'un gourmand vagabond, Jim Harrison, trad. de Brice Matthieussent, éd. Christian Bourgois, 2002.
(4) Extrait de Chanson à boire que je fis au sortir de mon Cours de Philosophie à l'âge de dix-sept ans.

lundi 4 juin 2012

Un peu de poésie dans ce monde de brutes


Les Islamistes, ces fascistes de ce début de XXIe siècle, marquent des points un peu partout ces derniers temps. Même la Turquie, ce vieil Etat laïque, se couche devant eux. Voilà que le pianiste Fazyl Zay, internationalement reconnu, est accusé de moqueries envers les religieux. Pour avoir osé citer Omar Khayyàm, il comparaîtra devant le tribunal d'Istanbul le 18 octobre prochain. Il ajoute à ce crime d'avoir eu le culot de proclamer son athéisme. Fazyl Zay sera donc jugé pour atteinte aux valeurs religieuses. Il est vrai qu'être athée n'est pas très respectueux des valeurs religieuses. Tout comme l'inverse est tout aussi vrai: être croyant est peu respectueux des valeurs laïques. En 2007, Zay avait été censuré pour son Requiem pour Metin Altiok. Ce poète turc avait été brûlé vif par une foule d'islamistes intégristes (ce qui est un pléonasme). C'était en 1993 (1). Il est mal vu de rendre hommage à quelqu'un qui a été brûlé vif. Il l'avait sûrement bien cherché.

En soutien à Fazyl Zay, ce quatrain d'Omar Khayyàm (XIe siècle):
"Ne suis pas la Sunnat, laisse ses préceptes;
Ne refuse à personne le morceau
Que tu possèdes;
Ne calomnie pas, n'afflige pas un seul cœur:
Je te garantis le monde à venir...
apporte du vin." (2)

Allez, un deuxième, pour le plaisir:
"Jeunes, nous avons quelque temps
Fréquenté un maître,
Quelques temps nous fumes heureux
de nos progrès;
Vois le fond de tout cela: que nous arriva-t-il?
Nous étions venus comme de l'eau,
nous sommes partis comme le vent." (3)

Dans Mariages (4), Jacques A. Bertrand écrit:
"Je ne sais pas si Dieu existe, sous une forme ou sous une autre. Je veux espérer qu'une Intelligence est à l'œuvre dans cet univers. Cependant je n'ignore pas que - ainsi que l'ont affirmé parmi d'autres Ernest Renan et Romain Gary - le principal mouvement spirituel de l'histoire est celui de la Bêtise. Mais certains physiciens croient à la probabilité qu'il y ait d'autres réalités que la nôtre. J'espère bien. Je ne peux pas dire que cette réalité-là me satisfasse. La mienne me paraît très insuffisante, celle de la planète à bien des égards effroyable".

(1) LLB, 4 juin 2012.
(2) Omar Khayyàm: Quatrains, XCI, éditions Mille et Une Nuits, trad. Ch. Grolleau.
(3) idem, CXXI
(3) Julliard, 2010.