Certains veulent changer les mots ou en tout cas les édulcorer (voir le billet d'hier: "De quoi parlent les mots?"), d'autres veulent les interdire. C'est plus simple. Ainsi en Iran le Ministère de la Culture entend-il interdire d'écrire dans tout livre qui sera publié dans le pays les noms d'animaux étrangers, ceux de certains présidents et le mot vin (1).
Peut-on se permettre un conseil au gouvernement iranien?
"Oublie prière et science et loi, cela vaut mieux.
Va trouver quelques frais minois, cela vaut mieux.
Avant que le destin ne verse ton sang, viens,
Verse le sang frais de la vigne et bois, cela vaut mieux."
Ce conseil est signé Omar Khayyâm, poète persan du XIe siècle. Il a donc vécu il y a mille ans dans ce pays devenu, depuis, l'Iran. Khayyâm "appartient, rappelle Gilbert Lazard qui l'a traduit, à la lignée des grands savants qui, du IXe au XIe siècle, firent de l'Orient musulman la terre de prédilection des sciences et de la pensée.(2)" Parfois, on rêve que l'horloge de l'Histoire tourne à l'envers et que la pensée se remette en mouvement.
Pourquoi ces religieux austères doivent-ils toujours imposer aux autres leurs tristes règles? Déjà, lors d'une visite en France il y a plusieurs années, le président iranien de l'époque avait refusé qu'il y ait de l'alcool (des bouteilles de vin) à la table de Jacques Chirac qui le recevait. Le protocole avait transigé: le dîner s'était transformé en goûter.
Un mot encore d'Omar Khaayâm:
"Toi qui ne bois pas de vin, épargne-nous ta censure;
Tu te fais un peu trop vain: trève de cette imposture!
Tu t'abreuves à des sources, ô vertueux contempteur,
Telles que notre liqueur auprès d'elles n'est qu'eau pure!" (2)
Et cette citation de Jim Harrison:
" L'acte physique élémentaire consistant à ouvrir une bouteille de vin a apporté davantage de bonheur à l'humanité que tous les gouvernements dans l'histoire de la planète. Même les religions organisées sont de simples pièges à souris spirituels comparées au pop libérateur du bouchon." (3)
Et enfin, en guise de conclusion, ces mots de Nicolas Boileau:
"Allez, vieux fous, allez apprendre à boire.
On est savant quand on boit bien.
Qui ne sait boire ne sait rien. " (4)
(1)
http://www.huffingtonpost.fr/2016/01/21/iran-vin-interdiction-international_n_9040116.html?utm_hp_ref=france
(2)
Cent et un quatrains, Omar Khayyâm, traduit du persan par Gilbert Lazard, éd. Hermès, collection bilingue.
(3)
Aventures d'un gourmand vagabond, Jim Harrison, trad. de Brice Matthieussent, éd. Christian Bourgois, 2002.
(4) Extrait de
Chanson à boire que je fis au sortir de mon Cours de Philosophie à l'âge de dix-sept ans.