Affichage des articles dont le libellé est médias. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est médias. Afficher tous les articles

mardi 13 juin 2023

La vie béate

Il est temps que la presse cesse de parler de ce qui va mal. Dans les Pyrénées-Orientales, nous dit Le Monde (1), "le secteur du tourisme accuse les médias de faire baisser les réservations des estivants, en rendant compte de la sécheresse. Elle est pourtant bien réelle, et le préfet a réuni, le 6 juin, élus locaux et acteurs économiques pour commencer à envisager des solutions de long terme". Laissons venir les touristes comme si tout était normal. Ils découvriront toujours assez vite les limitations d'eau et auront la chance de recevoir des bouteilles d'eau en plastique pour cuisiner ou se rafraîchir.
Cessons de parler des méfaits du tabac sur la santé. Les buralistes ont le droit de gagner leur vie en détruisant celles des autres. De toute façon, il faut bien mourir de quelque chose.
Arrêtons d'inviter les consommateurs à acheter de manière responsable et respectueuse des droits de l'homme. S'ils achètent des produits plus chers, ils n'auront plus les moyens d'aller en vacances dans les Pyrénées-Orientales.
Sans doute faudrait-il aussi ne plus parler de la guerre d'Ukraine. Tous ces reportages y ont fait baisser drastiquement les investissements.
Cessons de regarder autour de nous, gardons la tête dans le sable. Mais craignons les coups de soleil sur les fesses.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/06/08/chaleur-et-secheresse-sont-de-retour-sur-une-partie-de-la-france_6176663_3244.html


samedi 20 octobre 2018

Merci, Jean-Luc

Les derniers éclats de Jean-Luc MélenChe nous ont (s'il le fallait) ouvert les yeux: aucun homme, aucune femme politique n'est parfait-e. Nos idéaux ne peuvent être incarnés. On savait l'homme explosif, il se révèle caractériel.
Il s'était gentiment - et à raison - moqué de ces candidats (Fillon, Le Pen fille) poursuivis par la justice pour non respect des règles mais qui se posent en victimes. Et voilà qu'il fait de même en hurlant face aux policiers qui opèrent une perquisition chez lui et dans les locaux de son parti. On peut évidemment comprendre qu'il y ait là de quoi s'énerver, mais de là à se présenter comme "La République" intouchable, il y a un pas. Comme si les policiers et le juge qu'il bouscule n'agissaient pas précisément au nom de celle-ci. La République représente un ensemble de principes, de valeurs, de règles. Lesquels incarne encore Jean-Luc Mélenchon ? Quand la justice agit contre ses concurrents, il la soutient. Quand elle s'intéresse de trop près à lui, il lui crache à la figure.
Il fait de même avec les journalistes. Quand il ne sait pas répondre, il agresse. Une journaliste lui demande s'il ne se sent pas en contradiction avec ses propos précédents quand il critiquait les Le Pen et Fillon qui pointaient une justice politique. Incapable de répondre, il choisit la méthode Trump: attaquer, insulter. Il se moque de l'accent de la journaliste : "quesseu-queu ça veut direu?", demande l'élu de Marseille. Et d'ajouter: "quelqu'un a une question formulée en français et à peu près compréhensible? Parce que votre niveau me dépasse, je ne comprends pas". Sait-il que les gens méprisants sont méprisables ?
Aujourd'hui, il poursuit sur sa lancée, traitant les journalistes de France Info (qu'il appelle "radio d'Etat") d' "abrutis" et appelant ses militants à "discréditer" ces "menteurs" et ces "tricheurs". Ils ont eu l'audace d'analyser ses comptes de campagne et de se poser des questions. Il n'y a que des abrutis pour faire cela.

On voit par là qu'il faut cesser de confier notre avenir à de beaux parleurs. Ils peuvent être de laids hurleurs, d'hystériques goujats, d'horribles imprécateurs.
On voit aussi qu'il faut cesser de s'en remettre à des professionnels de la politique. Elu depuis tant d'années, n'ayant jamais vécu que de la politique, Le MélenChe croit que tout lui est permis. Même de se prendre pour ce qu'il n'est pas : un leader maximo au-dessus des lois et des règles de la décence et de la dignité.
On voit enfin - et hélas - que Trump fait école.
Résumons-nous: il faut en finir avec le système représentatif électif. Il est nuisible à l'équilibre mental.


La réponse des journalistes de France Info à Jean-Luc Mélenchon:

Les « abrutis » de France Info à Mr Mélenchon…

Monsieur Mélenchon,

Hier, vendredi 19 octobre, vous avez dans une vidéo violemment attaqué le travail des journalistes de la cellule investigation de Radio France. Critiquer, contester, démentir le contenu d’une enquête journalistique est votre droit le plus strict. Votre collègue, député de la France Insoumise, Adrien Quatennens, invité de la matinale de France Info vendredi matin ne s’en est pas privé. Vous êtes le bienvenu pour le faire sur toutes les chaînes de Radio France, mais  vous refusez systématiquement les invitations qui vous sont lancées. Car selon vous, les radios de Radio France ne sont pas des chaines de service public, mais des radios d’Etat. Étonnant concept que voilà, des radios d’Etat qui invitent les plus farouches opposants au pouvoir en place… Dans votre vidéo, vos affirmations sont autant haineuses qu’imprécises et erronées. Tout d’abord, vous réservez vos insultes aux seuls journalistes de France Info, sachez que la cellule investigation de Radio France est une entité transversale, il y a donc des « abrutis » dans toutes les rédactions de Radio France. Entité transversale qui depuis sa création fait un travail salué par tous et qui, Mr Mélenchon, s’intéresse autant aux comptes de campagne de la France Insoumise qu’à ceux de La République en Marche. Entité transversale qui se doit de coordonner la publication de ses enquêtes sur plusieurs chaînes, c’est pourquoi, contrairement à ce que vous affirmez, il n’a jamais été question de diffuser ces reportages mardi dernier, mais, comme chaque semaine vendredi, sur France Inter et France Info dans une version allégée, puis samedi, dans de formats plus larges sur France Info et dans l’émission « Secrets d’info » sur France Inter.

Plus loin dans votre intervention, vous invitez vos soutiens à nous « pourrir » et nous « discréditer », car, parlant des journalistes de France Info (vous oubliez tous les autres), vous poursuivez : “Ils ont l’air de ce qu’ils sont, c’est-à-dire d’abrutis. Je demande à ceux qui nous suivent de relayer nos arguments, de montrer pourquoi France Info ment et de discréditer les journalistes qui s’y trouvent”.” Relayez, relayez sans arrêt. Pourrissez-les partout où vous pouvez. Parce qu’il faut qu’on obtienne au moins un résultat […] il faut qu’à la fin il y ait des milliers de gens qui se disent ‘Les journalistes de France Info sont des menteurs, des tricheurs’.”

Que répondre à tels propos ? Mardi vous assuriez que votre personne était « sacrée ». Alors voilà, Mr Mélenchon, ce qui est « sacré » pour nous : L’information. Oui, ça peut paraître désuet dit comme ça, mais sachez que les journalistes de Radio France ont chevillée au corps la conviction que dans leurs radios de service public (et toutes les enquêtes de satisfaction du public le confirment) le traitement de l’information ne fait l’objet d’aucune approche partisane, de censure ni d’autocensure. Et la Société des Journalistes qui s’adresse à vous ici effectue chaque jour un travail de veille et de vigie sur le traitement de l’information à Radio France qui donne lieu à des débats permanents, car oui, Mr Mélenchon, il est des journalistes qui se remettent en question.

Vos propos sont blessants, ils pourraient être drôles. Quand vous affirmez que certains d’entre nous « vendent des barquettes de frites dans les supermarchés pour 1000 euros de l’heure », nous pourrions en rire. Mais après de telles atteintes à notre intégrité, non, franchement, nous n’avons pas ri. Car voyez-vous, Mr Mélenchon, vous qui déclariez en mars dernier que « la haine des médias était juste et saine », vous allez tellement loin que nous nous demandons quelles pourraient être les conséquences de tels propos. Si demain un ou une journaliste de Radio France se faisait physiquement agresser par une personne habitée d’une « haine juste et saine » et qui aurait mal interprété votre appel à « pourrir » des « abrutis », quelle serait alors votre réaction ?

« La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat ». Hannah Arendt.

(Re)lire sur ce blog:
- "Jean-Luc Iznogoud", 10.5.2018.
- "Le triste temps des suffisants", 27.8.2018

A lire:
https://www.nouvelobs.com/medias/20181018.OBS4134/ce-que-montre-la-sequence-de-melenchon-imitant-l-accent-d-une-journaliste.html
https://www.marianne.net/debattons/billets/perquisitions-pourquoi-l-attitude-de-melenchon-est-une-faute
https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/17/melenchon-se-moque-de-laccent-du-sud-dune-journaliste_a_23563909/?utm_hp_ref=fr-homepage
https://www.lesoir.be/185681/article/2018-10-20/melenchon-appelle-pourrir-les-journalistes-de-france-info-des-propos-extrements
https://www.marianne.net/politique/conference-de-presse-post-perquisitions-jean-luc-melenchon-ou-le-retour-fracassant-de-la
https://www.marianne.net/politique/jesuisunabruti-chronique-d-une-nouvelle-guerre-entre-melenchon-et-les-medias

Post-scriptum: excellent billet de François Morel sur cette question ce 26 octobre:
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel

lundi 4 juillet 2016

Journaux télévidés

Journal de France 3 vendredi soir: un sujet sur l'interdiction de circulation en semaine à Paris des  voitures antérieures à 1998. Un moyen parmi d'autres de lutter contre une pollution qui asphyxie la ville et tue lentement mais sûrement. Le sujet suivant constitue "une bonne nouvelle" selon la journaliste: les immatriculations de voitures neuves sont en hausse très sensible en France. On peut évidemment se réjouir que des véhicules moins polluants circulent, mais s'ils sont plus nombreux, la pollution restera toujours aussi importante. Mais c'est ainsi: dans les journaux télévisés, les sujets se succèdent sans lien entre eux et on peut enchaîner un reportage sur le travail des enfants dans les entreprises textiles et un autre sur les soldes où chacun est censé se précipiter sans se poser la moindre question. Ou un reportage sur des attentats terroristes et l'heureuse nouvelle que constituent des commandes d'armes à nos pays par des gouvernements réputés proches de factions islamistes. L'argent n'a pas d'odeur et une économie florissante n'a pas de conscience. Si ce monde n'a ni queue ni tête, c'est aussi parce que de très nombreux médias ne nous aident pas à le remettre sur ses pattes.

samedi 11 juin 2016

Footfootfootfootfootfootfootfootfootfoot

Comme tous les deux ans, les médias deviennent complètement foot. L'Euro de football prend toute la place dans l'actualité, comme en témoigne avec la justesse qui le caractérise François Morel (1) Hier, au moins les vingt premières minutes (après vingt minutes, j'ai coupé la radio) du Journal de 13h de France Inter lui furent consacrées. Y compris pour nous parler d'une bagarre entre un supporteur français et un supporter anglais. Une bagarre comme il y en a chaque week-end entre mecs bourrés. Mais ici, dans le cadre de l'Euro de foot, il fallait en parler. Ce matin, dans "On n'arrête pas l'éco" (sur France Inter aussi), il était question des coûts et bénéfices (?) de cette manifestation sportive qui échappe aux taxes. Et pas au dopage. Dans l'édifiant documentaire "Plus vite, plus haut, plus dopés" (2), il apparaît que, lors de la Coupe du Monde 1998, la FIFA a fait disparaître tous les échantillons de prélèvements effectués dans le cadre de la lutte anti-dopage. Et, de toute façon, c'est elle-même qui gère ces contrôles... "C'est comme si on constituait un jury d'assises avec des membres de la famille de l'accusé", estime un intervenant. Il est avéré que lors de la Coupe du Monde 1986 l'équipe allemande prenait des anabolisants. Diverses équipes, à diverses époques en France, en Allemagne et ailleurs, ont été lourdement soupçonnées de dopage. Déclaration d'un supporteur allemand: "pour le Tour de France, on peut s'interroger. Mais pour nous, fans de foot, c'est pas le sujet". C'est vrai, après tout, que demande le peuple, sinon de vibrer?

Post-scriptum:
Questions (faussement) naïves en voyant les images de bagarres entre supporteurs de foot à Marseille: pourquoi refuse-t-on les réfugiés et accepte-t-on les supporteurs de foot? Pourquoi le foot génère-t-il tant de sauvagerie? Personne ne se souvient du Heysel 1985?

(1) sur France Inter ce vendredi 10, à 8h55: http://www.franceinter.fr/player/reecouter#
(2) de Xavier Deleu, diffusé sur Arte le 7 juin 2016. A revoir sur Arte+7.

mercredi 23 septembre 2009

Mettre fin à l'hénystérie!

Alleluia! Hossana au plus haut des cieux! Le Christ est revenu et s'est fait femme. Plus forte que Rocky Balboa. La Wallonie revit et qu'importe si le circuit de Francorchamps voit son permis d'exploiter suspendu, ce sont les plus grands courts de tennis du monde qui nous sont ouverts. Le chômage s'effondre en Wallonie et toutes les sociétés wallonnes côtées en bourse ont vu le cours (court?) de leurs actions s'envoler.
Franchement, que Justine Hénin, la plus jeune retraitée de Belgique, reprenne le chemin du travail, je suppose que, pour elle, c'est une bonne chose. Mais que les médias francophones belges tombent dans une telle hystérie et multiplient les éditions spéciales sur "l'événement" a de quoi inquiéter. La grande machine à crétiniser tourne à plein régime.

lundi 7 mai 2007

Nouvelle victoire à la Star Ac

C’est donc Nico qui l’a emporté au terme d’un suspense palpitant qui aura tenu la France en haleine durant des mois. Quatre candidats au titre avaient été sélectionnés par toutes les chaînes de télé : Nicolas, l’énervé au parler vrai ; Ségolène, la bourgeoise rigide mais exaltée ; François, le paysan cul-(béni)-entre-deux-chaises ; et Jean-Marie, l’éructeur d’un autre âge. Depuis le début, les médias avaient fait leur choix, les huit autres n’étaient là que pour la figuration et pour profiter de leur quart d’heure de médiatisation.
Quand Nicolas, au lendemain de l’annonce officielle de sa candidature à la Star Ac, s’est promené dans les ruelles du Mont-Saint-Michel, il n’y a croisé que quelques touristes japonais surpris. Mais il a entraîné dans son sillage des dizaines de journalistes, photographes et cameramen, soucieux de témoigner de la démarche altière et de la vision large de l’homme d’Etat qui déjà pointait sous Napoléon. Jean-Marie, autrefois évité par la presse qui refusait de tendre ses micros à un ennemi déclaré de la démocratie, s’est cette fois complu sur les plateaux de télévisions trop heureuses d’accueillir ce tribun dont le néo-fascisme pèse peu face à son "médiatisme". Ségolène fut vite fascinante dans son rôle de Jeanne de Poitiers contre les éléphants, même si (et sans doute parce que) elle agit précisément comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, s’asseyant sur le programme de son parti et sur la notion même de gauche. François fut la surprise, sortant de son rôle de provincial coincé et déclarant à tout journaliste qui voulait l’entendre qu’il incarnait le renouveau du centre, tout ministre de droite qu’il fut.
Si ces candidats font des voix, c’est qu’ils font aussi de l’audience. Et réciproquement. Bref, tout le monde s’y retrouve.

Nico l’a fait savoir rapidement : pas de débat. C’est qu’il s’agit d’avoir l’air ce qu’on entend paraître. Allez savoir pourquoi, les médias se sont inclinés : au premier tour, il n’y eut donc pas de débat. Trop risqué. Il aurait pu écorner les images fabriquées par les plans de com’ des candidats. Les débats sont ringards, ils ont le désavantage d’obliger les participants à sortir de textes bien huilés et de se confronter à d’autres points de vue, à l’inattendu parfois.
Ce fut quand même le cas lors du seul débat, celui – obligé – du second tour, quand la madone sortit de ses gonds pour une « saine colère » contre le candidat énervé soudain devenu zen.

Le remarquable documentaire de Serge Moati « La prise de l ‘Elysée » (diffusé ce lundi par France 3) témoigne de la prédominance de la com’ dans nos systèmes politiques, met en lumière les calculs, les bassesses, les cynismes, la morgue.
Et aussi la ferveur des militants et des électeurs pour ces stars (ou tsars ?) fabriquées. Mais pourquoi donc les hommes et les femmes ont-ils tant besoin de dieux vivants, de ces dieux malades d’eux-mêmes, d’exaltation, de suffisance, de prétention ?