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lundi 18 juin 2012

Lendemain de veille

Les résultats des législatives françaises offrent de quoi se réjouir et de quoi s'inquiéter. Commençons par nous réjouir. C'est une occasion qu'il ne faut jamais laisser de côté. Quand on est réveillé, même à cinq heures du matin, par un coucou, un vrai, il est bon de se réjouir. On fait de même quand on retrouve un billet de 50 euros (ou même de 20) au fond d'une poche d'un pantalon oublié ou quand on reçoit un message d'un vieil ami tout aussi oublié. Et plus encore d'une vieille.
On se réjouit donc de la courte défaite (les plus courtes sont les meilleures, dit-on) de la Le Pen du nord. Elle déposera plainte, elle est sûre qu'on lui a volé sa victoire. C'est de vilaine guerre, elle est comme cela, on le sait, elle ne peut pas perdre. Les autres ont toujours tort alors qu'elle a raison contre le monde entier. C'est de famille. On se réjouit aussi de la défaite des lécheurs du cul du FN (qu'il a lourd): les Guéant, les Morano, les Lefebvre, les Raoult, ces "caricatures de la Sarkozye" (1) sont battus et tout à coup c'est l'été, malgré la pluie et la fraîcheur.
Mais on s'inquiète aussi. De constater que la victoire de la Le Pen du sud (celle de la troisième - qu'on espère être la dernière - génération) a été largement favorisée par le maintien au second tour d'une candidate socialiste qui a refusé de se retirer pour lui faire barrage, son ego ne pouvant l'imaginer. On s'inquiète aussi d'une trop large victoire du PS. De sa condamnation de ses dissidents, ces candidats qui ont eu l'outrecuidance de s'opposer aux ukases du parti qui entendait bien parachuter un candidat vedette adoubé par l'état-major.  Pour bien connaître, depuis un certain temps, celui de Wallonie, on sait combien un PS triomphant est capable de se voir tout-puissant et de penser que les règle sont faites pour les autres. On l'a vu dans le Pas de Calais où un PS débordant et sans limite a fait le nid de l'extrême droite. Il est parfois bon d'avoir la victoire modeste et de se rappeler qu'il n'y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Bref, qu'il faut toujours se méfier de soi-même. 

(1) http://www.rue89.com/rue89-politique/2012/06/17/
legislatives-ce-quil-faut-retenir-du-second-tour-233103

lundi 11 juin 2012

Culot (du) monstre

Chez nous, et sans doute chez vous, on dit "il vaut mieux entendre cela que d'être sourd" quand on entend une phrase ahurissante. C'est ce qu'on pouvait se dire en entendant, il y a quelques instants, Marine Le Pen déclarer que "la haine est mauvaise conseillère" (1). Elle parlait de la défaite de Jean-Luc Mélenchon. Venant de la présidente d'un parti qui a fait de la haine des autres son fonds de commerce, l'expression est effectivement ahurissante. La faussaire, celle qui est capable de produire de faux tracts et de les assumer goguenarde, triomphe avec 42 % des voix. Un habitant de Hénin-Beaumont trouve normal que Mélenchon soit battu: "qu'est qu'i vient fout' ici?", s'interroge-t-il (2), sans se demander ce qu'est venue y faire, il y a quelques années à peine, la déjà-fille-de-son-papa-mais-pas-encore-présidente-du-F.Haine (qui est, on le sait, mauvaise conseillère).
Un constat à établir en ce lendemain de premier tour des législatives françaises: c'est dans l'éducation que doit investir prioritairement l'Etat français. Rendre les citoyens critiques. Et donc faire barrage à  ces discours simplistes, qui pourraient être risibles tant ils sont stupides s'ils ne recueillaient autant d'adhésion.


"Le nationalisme d’extrême droite se caractérise par une exaltation de la nation dont les ingrédients majeurs sont la phobie de l’altérité et la peur de la décadence. Ces phobies définissent sans doute un ennemi – l’étranger – et désignent des maux à combattre – l’insécurité, le désordre, la dislocation de la famille, la baisse de la natalité, etc. -, mais ne circonscrivent pas en soi des politiques concrètes.
Pour ce faire, le nationalisme se nourrit de plusieurs ferments dont principalement le racisme et le sexisme."
Bérengère Marques-Pereira : Le désarroi démocratique – L’extrême droite en Belgique

"L’extrême droite exalte une conception de la famille basée sur une logique d’exclusion et de rejet de l’universalisme. Face à la libération des mœurs (…), dans ce domaine comme dans les autres, l’extrême droite veut apparaître comme une alternative capable de conjurer les peurs du lendemain. La bataille contre l’extrême droite est tout à la fois politique, idéologique et culturelle. On ne peut ignorer aucune de ces dimensions."
Hugues Le Paige : Le désarroi démocratique – L’extrême droite en Belgique


(1) JT de France 3 Nord Pas de Calais, 11 juin 2012, 19h.
(2) JT de France 2, 11 juin 2012, 20h.

lundi 7 mai 2012

L'échec de la Star Ac

Il était 20h ce dimanche soir quand on entendu un bruit étrange, mais pas vraiment inattendu, qui semblait venir de France. Un son qui ressemblait à "bling-blong". Quelque chose s'était cassé.
Le résultat de l'élection présidentielle est moins la victoire de François Hollande que la défaite de Nicolas Sarkozy. "La droite a totalement investi dans le nombril d'un narcisse, explique Jean-François Khan (1). Quand le narcisse tombe, la droite s'effondre."
Ce que célèbrent les Français (et une partie de l'Europe), c'est avant tout la chute d'un président arrogant, dépassé par son ego. "Nicolas Sarkozy était censé dépoussiérer la présidence, il l'a dévaluée, estime Hervé Gattegno (Le Point, RMC) (2). Ce qui a marqué son mandat, ce sont ses écarts de langage et de conduite. Un certain relâchement des mœurs présidentielles, une fascination décomplexée de l'argent, jusqu'à la provocation. Et puis, la surexposition des émotions, des sentiments, des bonheurs et des déboires conjugaux. Il est devenu un Président de téléréalité, un mélange bizarre d'homme ordinaire et de vedette médiatique, dont la vie quotidienne serait un spectacle permanent. Il ne faut pas s'étonner si, à la fin, le public l'élimine comme un vulgaire candidat de la Star Ac."
Jean Quatremer (Libération) estimait, il y a peu, que "rares sont ceux qui, à Bruxelles, mais aussi dans la plupart des capitales européennes, regretteront Nicolas Sarkozy. En cinq ans, sa volonté de marginaliser les institutions communautaires au profit des Etats, son mépris des petits pays, mais aussi son agressivité lui a attiré beaucoup d'ennemis, même si chacun salue son engagement dans le sauvetage de l'euro" (3). 
Quelqu'un qui doit particulièrement se réjouir de la défaite de Sarkozy, c'est Patrick Rambaud. Le voilà dégagé de sa série "Chronique du règne de Nicolas Ier". Il entamait la dernière en date, la cinquième, par une "adresse à notre déprimante majesté afin qu'elle prenne ses dispositions et la porte". Voici cette adresse, aujourd'hui entendue: "Incommensurable Seigneur, voyez avec clarté les choses comme elles sont, jusqu'à quels excès, quels malheurs, quels périls vous ont poussé votre penchant naturel, la satisfaction de vous-même. Gémissez-en utilement, courageusement, et sauvez votre Etat en embrassant, par une pénitence également juste, le remède unique à tant de calamités présentes et à venir: dégagez, Sire" (4).
Hier soir sur les plateaux de télé, les Sarkozystes estimaient que c'est la crise qui a eu raison de leur président. Ils ont raison, sauf que ce n'était pas la crise, mais son état de crise permanente.

(1) JT de la RTBF, 6 mai 2012.
(2) cité par LLB, 5 mai 2012.
(3) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/04/
bruxelles-ne-regrettera-pas-nicolas-sarkozy.html
(4) Patrick Rambaud: "Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier", Grasset 2012

dimanche 6 mai 2012

Vroum, vroum

Près de quatre mille personnes sont mortes sur les routes françaises en 2011. En ce mois d'avril 2012, le nombre de morts a cependant régressé de 22% par rapport à avril 2011 (1). Les causes: le mauvais temps et le prix des carburants qui incitent à lever le pied. Vivement le litre d'essence à deux euros!
Tous les spécialistes s'accordent aussi à reconnaître que le système du permis à points a fait baisser le nombre d'infractions et, dès lors, le nombre d'accidents de la route.
Ce qui n'empêche pas le Front National d'en réclamer la suppression: le permis à points est pour Marine Le Pen le symbole d'une "chasse à l'automobiliste et aux Français qui utilisent leur véhicule pour travailler" (2). Elle veut supprimer les radars aussi. Ce qui lui amène des supporteurs. Tel Bernard, ancien chirurgien: " Je suis automobiliste, et vraiment le gouvernement nous prend pour des vaches à lait. Il y en a marre des radars" (3).
On voit par là qu'un parti peut être virulent vis-à-vis des terroristes politiques, mais très conciliant avec les terroristes de la route. Qu'on peut lutter contre une certaine insécurité tout en en augmentant une autre. Le populisme n'a pas de prix. La bêtise pas de limite.

(1) JT de France 2, 20h, 5 mai 2012
(2) Libération, 10 avril 2012
(3) in "Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée", Claire Checcaglini, éditions Jacob-Duvernet, 2012

jeudi 3 mai 2012

Vrai de vrai

Où est la vérité? On se le demande. On la cherche. Elle est au fond du puits, nous dit le proverbe. On y descend, on n'y trouve que de l'eau. Elle nous file entre les doigts. 
Lors du débat d'hier soir en France, les deux candidats ont accumulé les mensonges, nous dit-on. Un veritometre remet les pendules à l'heure. Des journalistes, en direct, vérifient et surtout corrigent les déclarations des candidats. Il n'est pas exact, je dirais même plus: il est faux, d'affirmer qu'un fonctionnaire sur deux est un enseignant. Il y en a un sur six précise le veritometre. Le chiffre est sans doute correct et il est sûrement important, voire indispensable, de le rétablir. Mais on fait dire ce que l'on veut à des chiffres pas aussi stables, loin s'en faut, qu'on peut le penser. Le JT de France 2 (1) constate que les candidats sortent des chiffres très éloignés sur le nombre de chômeurs en France. Tous les deux ont raison, nous dit-on, puisque l'un se base sur ceux de Pôle Emploi, l'autre sur ceux du Bureau International du Travail.
Si, régulièrement, on compare d'une année à l'autre (2), en Belgique, des chiffres - par exemple -  de l'immigration, des délits, des accidents de la route, du chômage, on se rend compte qu'aucun n'est fixé. Ainsi, un chiffre de 2008 est d'autant en 2010, mais n'est plus le même si on veut vérifier les mêmes statistiques l'année suivante. Il a changé, dans un sens ou dans un autre, pour des raisons qui nous échappent. 
On voit par là qu'il n'est pas de vérité vraie et immuable. Qu'il est bien sûr facile de crier haro sur les politiques qui manipulent les chiffres, mais que l'administration, la police, les journalistes, les bloggeurs si malins, personne n'a prise sur une vérité qui n'existe pas. Et qu'il faut se méfier des gens qui affirment la détenir.

(1) 3 mai 2012
(2) ce que je fais - ou tente de faire - chaque année, pour mettre à jour les tableaux de chiffres vrais utilisés dans le spectacle "Elise et nous"

jeudi 26 avril 2012

La gangrène s'étend

La France sent mauvais. Un policier est mis en examen pour "homicide volontaire".  Ses collègues manifestent. Le président-candidat-président les soutient avec la virulence qu'on lui connaît. Il demande au parquet de faire appel. Il est pour la "présomption de légitime défense" des policiers. Le président, qui a vécu, vit et vivra dans des quartiers difficiles (c'est ce qu'on croit comprendre de son discours) (1) estime que les habitants de ces quartiers doivent pouvoir vivre en paix. Il suscite l'enthousiasme chez ses supporteurs qui eux aussi, sûrement, vivent la même situation, à Neuilly ou dans le XVIe, par exemple. Et puis l'homme abattu était un récidiviste, en liberté conditionnelle. Bref, un criminel. Où est le problème? Le Ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, soutient et la police et son président. Même s'il comprend que la magistrature (qui rappelle qu'on ne peut confondre mise en examen et condamnation) s'offusque de ses réactions, il trouve qu'elle a tort. On ne touche pas à la police.
Un des grands principes d'une démocratie est la séparation des pouvoirs. L'exécutif n'a pas à intervenir dans les décisions du judiciaire. Entre ces deux tours des élections, la France de Sarkozy semble être un peu moins démocratique.
Le Sarkozy court derrière La Le Pen. Il l'estime d'ailleurs compatible avec la république. Les vrais vainqueurs du premier tour sont bien les Le Pen, fille et père. L'une sourit, arrondit les angles, s'offusque des propos outranciers de son père: oui, le parti est bien dédiabolisé, entendez normalisé; l'autre rassure la vieille garde facho par ses propos à l'humour plus que douteux et aux références honteuses: oui, le parti reste bien celui du diable.
Marine Le Pen sait que la séduction paye. Son résultat au premier tour n'est guère surprenant. Dans le spectacle-animation "Elise et nous", qui met en scène trois candidats aux élections - dont une représentante du Bloc national, les scores de cette dernière (le public vote en fin de débat) ont énormément progressé depuis que la comédienne joue plus à la Marine: texte inchangé, mais dits plus doucement et avec le sourire. Elle a bondi de 10 à 25%.
Marine Le Pen peut aussi remercier Nicolas Sarkozy qui lui a ouvert une voie royale. En supprimant la police de proximité, remplacée par une police de répression (2), il n'a fait qu'empirer le problème de la sécurité. En supprimant des milliers de postes dans l'éducation, il témoigne de son mépris pour la jeunesse et l'avenir. Moins les électeurs sont instruits, et donc capables de critique, d'analyse et de distance, plus ils vote(ro)nt pour le Front national. En mettant en avant le moindre fait d'insécurité, en courant prendre dans ses bras les victimes, en pointant du doigt les Roms et les sans-papiers, Nicolas Sarkozy a ouvert un boulevard à l'extrême droite. "(Le succès du FN) se résume pour moi en une phrase, explique Manuel Abramowicz (3): c'est l'échec de la copie et la victoire de l'original."
La transformation du FN n'est que leurre. On a ravalé la façade, repeinte en blonde. Mais dès qu'on pousse la porte du F Haine, l'odeur reste la même: mélange d'odeur d'égout et de renfermé. Le programme sent le rance, la nostalgie, le patriotisme anti-dreyfusard est devenu anti-musulman. Les mensonges et les déformations sont devenus des habitudes. Marine Le Pen stigmatise "l'invasion migratoire", "en chiffrant à 6 millions le nombre de titres de séjour accordés à des immigrés en vingt ans, alors que l'INSEE l'évalue autour de 2 millions, sans même tenir compte des immigrés retournés dans leur pays d'origine". (4) Quand Marine Le Pen proclamait haut et fort que la France devait quitter la zone euro pour revenir à ce bon vieux franc (un point de son programme disparu de ses tracts depuis que des commerçants et les PME lui ont fait comprendre que ce projet était ridicule et dangereux), elle estimait que cette sortie de l'euro ne conduirait qu'à une dépréciation nationale de 9,7%, "alors que les économistes les plus favorables à l'abandon de la monnaie européenne évoquent, eux, une dévaluation de 20 à 30% et que les économistes libéraux de l'Institut Montaigne pronostiquent une baise de 50%". (4) Mieux valait donc parler de la viande halal, en manipulant, une fois encore, les chiffres.
Le FN a beau se teindre en blonde, "il reste autoritariste, dirigiste, pour le contrôle sur les libertés, avec juste un zeste de modernité", estime Manuel Abramowicz (3).
En attendant, ce parti de braves patriotes sème ses métastases à droite. "Le patriotisme est l'ultime refuge des canailles", estimait l'écrivain anglais Samuel Johnson (5). C'était au XVIIIe siècle. Celui des Lumières.

(1) Journal parlé, 13h, France Inter, 26 avril 2012
(2) lire sur ce blog "Le regard qui tue", 27 mars 2012
(3) LLB, 24 avril 2012
(4) Marianne, 14 avril 2012
(5) cité par John Irving dans son (excellent) dernier roman: "Dernière nuit à Twister River", (Seuil 2011)

vendredi 20 avril 2012

Retour(s) de campagne 2

"Je parle au cortex, pas aux tripes", déclare Eva Joly (1) qui a bien compris que le choix, aux élections présidentielles surtout, est émotionnel. On demande aux candidats du rêve et de la vibration, pas du rationnel. Eva Joly, aussi respectable, rigoureuse et intéressante soit-elle, ne dégage pas de good vibrations.
"Je me méfie instinctivement des gens qui se donnent pour mission de me faire rêver", écrit Jacques Julliard (2). "Je trouve proprement ineptes les appels permanents à l'irrationnel, sous prétexte que, sans lui, on s'ennuie. Imbéciles, mais c'est vous qui obligez les candidats à promettre sans arrêt, à mentir toujours plus de crainte de vous décevoir", ajoute l'éditorialiste qui soutient François Hollande.

La problématique de l'environnement et donc l'avenir de la planète n'auront pas été au coeur des débats durant cette campagne. Sans doute ne font-ils pas rêver. Mais entre PS et UMP, quelles différences dans ce domaine? C'est toujours la voie d'un développement dépassé qui est privilégiée. "L'environnement, ça commence à bien faire", avait déclaré l'énervé président. Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, chef de groupe PS à l'Assemblée nationale, cité parmi les possibles premiers ministres, défend bec et ongles, son projet d'aéroport du Grand Ouest. Il est prévu depuis 1964, il n'y a aucune raison de ne pas le concrétiser enfin sur près de 1500 hectares (dont 800 de béton). Au mépris de toutes les règles et de tous les problèmes environnementaux et énergétiques actuels. Dans une tribune du Monde, il parlait des opposants comme de "partisans de l'immobilisme" et d'un "modèle social basé sur le refus de toute forme de progrès et le repli sur soi!" (3).
Des militants du Ps belge se sont rendus en car au meeting de François Hollande ce mardi à Lille. Ils chantent l'Internationale. Elle n'avait pas mérité cela. C'est faux, très faux (4). On regrette le temps où les socialistes chantaient "Le chiffon rouge" de Michel Fugain. Cette gentille chanson convenaient mieux au projet révolutionnaire socialiste.

Le journaliste américain Philip Gourevitch ne s'étonne pas que très (très) peu d'Américains sachent que des élections présidentielles se préparent en France, moins encore que personne là-bas ne connaisse le nom de François Hollande. "Cela prouve qu'ils se font finalement une idée très juste de l'élection, écrit-il. Parce qu'au fond il n'y a qu'un candidat dans cette campagne, et c'est le président sortant. Si Hollande l'emporte, ce ne sera pas parce qu'il est désiré, mais parce que Sarkozy est devenu indésirable. (...) Sarkozy est lui-même son unique adversaire." (6)

Marine Le Pen qualifie certains de ses adversaires d' "affreux soixante-huitards attardés" (5). Venant d'une répugnante extrémiste retardée, le compliment vaut son pesant de bêtises.
Le mot de la fin à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, à l'adresse de celles et ceux qui seraient tentés de voter pour la candidate du FN. "Ceux qui souhaitent se défouler peuvent faire du sport. Ceux qui veulent envoyer un message n'ont qu'à militer dans des associations. Voter Front national relève de la facilité. Ce geste aggrave la situation au lieu de résoudre les problèmes. Ceux qui choisissent quand même de voter FN ont une pointe d'infantilisme dans le cœur. Il  faut être un grand enfant pour croire que l'on peut tout avoir: la sécurité d'un Etat fort et payer moins d'impôt, l'immigration zéro et la retraite à 60 ans. En bon parti démagogique, le FN leur promet. Il  faut avoir le courge de leur dire qu'il leur ment. Et qu'ils doivent choisir: vouloir la retraite à 70 ans (sans immigration) ou la retraite plus tôt mais accepter l'immigration. Si nous avons besoin de l'immigration, il faut bien l'intégrer. Mais comment convaincre les nouveaux citoyens de se sentir pleinement citoyens si le FN monte? La xénophobie défait l'intégration, donc la cohésion." (7)

(1) JT de France 2, 19 avril 2012
(2) Marianne, 7 avril 2012
(3) Tribune publiée dans Le Monde du 15 février 2011, citée dans Télérama, 28 mars 2012
(4) JT RTBF, 18 avril 2012
(5) Journal parlé de 13h, France Inter, 20 avril 2012
(6) Télérama, 18 avril 2012
(7) C. Fourest et F. Venner: "Marine Le Pen - biographie", Grasset 2012

voir aussi www.youtube.com/watch?v=BnYmV8WoTFg

mardi 17 avril 2012

Retour(s) de campagne 1

Installons-nous dans la campagne française. Asseyons-nous et observons ce qui s'y passe. Un coucou joue les réveille-matin; il a dû s'installer dans le nid des autres. Un vieux renard se plante devant nous, il nous regarde droit dans les yeux. Puis, brusquement, il fait demi-tour. Un héron nous survole; il pousse des cris. Une grenouille avance à petits sauts; elle semble se croire aussi grosse que le boeuf du pré voisin. Un chevreuil franchit une clôture, insaisissable. Un rapace nous survole; il trace de grands cercles, guettant ses proies. Les moutons sont nombreux; ils paissent tranquillement.

Mais où est cette campagne électorale française, hors des médias audiovisuels? Se promenant dans le centre de la France, entre Creuse et Vienne, on voit des panneaux vides d'affiche. Parfois l'une ou l'autre de Mélenchon. Aucune autre. Sinon une affiche du candidat Sarkozy aveuglé par deux autocollants du Front de Gauche. Sur le marché d'un petit bourg, cinq ou six militants qui soutiennent François Hollande devisent entre eux, se soucient peu des passants. Une militante des Verts parvient à surmonter son pessimisme et, seule, distribue le programme d'Eva Joly. La France profonde est loin de l'Elysée.

La mère Le Pen (qui est aussi la fille) est à la traîne dans les sondages. C’est de leur faute. Un sondeur ne donnant de bons sondages est un mauvais sondeur. Pour chaque pourcentage supplémentaire qu’elle obtiendra (elle en est convaincue), elle demande que les directeurs des instituts de sondage lui versent un mois de leur salaire. Elle reversera ces sommes à des organisations de bienfaisance. Madame a ses pauvres et ses œuvres. Elle ne s’estime pas reconnue à sa juste valeur. Mais peut-on être aimée quand on n’est pas aimable ? Pendant ce temps, quatre militants du FN, dont le secrétaire départemental du FN de la Haute-Vienne, ont été arrêtés pour avoir menacé les consommateurs d’un bar à Limoges. Armés d’une batte de base-ball, d’une matraque et d’un couteau, ils ont insulté les personnes présentes, les ont traités de « sales communistes » et de « petits-bourgeois ». Ils ont une excuse : ils sortaient d’une réunion du Front National (1). Marine Le Pen n’a pas de chance, elle est mal entourée. Elle oscille entre Calimera et Cruella.

Nicolas Sarkozy sera un autre président, un président différent. Il l’affirme la main sur le cœur. « C’est comme dire à sa femme, Je te promets, je vais changer, écrit Sandrine Blanchard dans Le Monde. Sous-entendu : Je ne serai plus le même. Laisse-moi une deuxième chance. J’ai vieilli, je ne cache pas mes cheveux blancs, je me suis apaisé, je te comprends mieux. » (2) Et s’il fut un président bling-bling, ce n’est pas de sa faute, mais celle de son ex-femme, Cécilia, c’est elle qui a organisé la soirée au Fouquet’s, elle qu’il a essayé de reconquérir sur le yacht de Bolloré. Donc, Nicolas Sarkozy a changé. C’est finalement ce qu’il fait de mieux, changer d’avis. « Les élections sont comme une thérapie pour lui, ça lui donne l’occasion de se transformer. Il devrait annoncer dans son prochain meeting : Cette fois-ci, pour changer, je ne changerai pas. », écrit Mathieu Lindon dans Libération (3), « D‘habitude les candidats disent Voilà ce que je ferai, lui en est réduit à dire Voilà ce que je ne ferai plus. Tout le monde veut être l’anti-Sarkozy, même Nicolas Sarkozy. Il va finir par lâcher : On n’en serait pas là si j’avais été président ces dernières années. »
Il a changé, mais continue à gesticuler, "ivre de lui-même" (5). « L’énergie dont il fait preuve dans la dernière ligne droite ressemble à bien des égards à de l’agitation », écrit Paul Quinio (4) "La France est à la recherche de quelqu'un qui mette le pays en mouvement et pas seulement lui-même", écrit Der Spiegel (5).
A dix-huit jours du premier tour, il présente enfin son programme. Si tant est qu'il en ait un. Un jour, il est européen. Le lendemain, il est eurosceptique. Un jour, il soutient les grandes fortunes; le lendemain, il veut les taxer. Il est "le président qui veut être roi", mais qui n'est que "un homme sans vraie conviction politique" (5).

A suivre.

(1) Libération, 4 avril 2012
(2) Le Monde, 12 avril 2012
(3) Libération, 7 avril 2012
(4) Libération, 10 avril 2012
(5) "De president die koning wil zijn", repris dans Knack, 21 mars 2012

samedi 31 mars 2012

Monsieur 10 %

Il aurait aimé qu'on l'appelle Monsieur 5%. Mais il faut bien l'appeler Monsieur 10 %. Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la République, avait promis - c'était en 2007, dans l'émission "A vous de juger" (1) - qu'à la fin de son quinquennat le chômage serait passé sous la barre des 5%. Et s'il y en a 10%?, lui demande Arlette Chabot. "Alors, c'est qu'y a un problème", répond-il. Et s'il n'arrive pas à ces 5%? "Alors, c'est un échec, j'ai échoué. Et c'est aux Français d'en tirer les conséquences", dit-il. Le chômage est aujourd'hui en France à 10%. "La démocratie, faut qu'elle vive", dit-il encore. Elle vit, elle vit, et elle vivra.

(1)http://www.youtube.com/watch?v=ZcgQvZZeBVU&feature=player_embedded

vendredi 30 mars 2012

Atomiser le gaspillage

L'idée de François Hollande de réduire la part de l'énergie nucléaire est "folle", selon le candidat président Sarkozy. La France est le pays le plus nucléarisé qui soit. Au cœur de la récente vague de froid, le 7 février très exactement, le record de consommation électrique y a été dépassé. La France a ainsi dû acheter de l'électricité à l'étranger. Le nucléaire ne serait donc pas la panacée? Et s'il était la cause de ce gaspillage? L'électricité d'origine nucléaire entraîne une culture de la consommation effrénée. Quantité de maisons en France sont équipées du chauffage électrique, plutôt que d'un chauffage ayant recours aux énergies renouvelables. Des études l'ont indiqué: plus la part du nucléaire est importante, plus on est dans une habitude de gaspillage. "Notre modèle énergétique est fondé sur une production censée augmenter indéfiniment pour satisfaire une consommation en croissance permanente, explique Thierry Salomon, un des promoteurs en France du concept de négaWatt (1). On a construit cinquante-huit réacteurs en s'assurant que la consommation serait au rendez-vous, quitte à la stimuler par les moyens les plus absurdes, comme la promotion du chauffage électrique dans des logements mal isolés, ce qui fait de nous une exception en Europe!"
La révolution énergétique n'est pas pour demain en France où le lobby nucléaire entretient la confusion entre électricité et énergie. Le nucléaire n'y représente pas 80% de l'énergie mais 80% de l'électricité et seulement 20% de l'énergie totale consommée.
Mais le nucléaire, c'est l'autonomie énergétique, clament ses thuriféraires qui semblent (?) oublier que la totalité du minerai brut d'uranium est importé du Kazakhstan, du Canada et du Niger qui ne nous semblent être ni des DOM ni des TOM.

En Belgique, une étude (2) estime que la diminution de notre consommation d'énergie permettrait la fermeture d'un, voire de deux des trois plus anciens réacteurs nucléaires (Doel 1 et 2). L'objectif d'une diminution de 4 TWh (5% de la consommation électrique) ou même de 6 TWh est raisonnable, selon Greenpeace et le Bond Beter Leefmilieu. Il faudrait pour cela que tous les nouveaux bâtiments publics respectent les normes de construction passive et que soient améliorées les performances en matière d'efficacité énergétique.
Pour diminuer les consommations, Thierry Salomon pointe deux approches: "l'investissement dans l'efficacité des appareils électriques, qui permet une baisse de la consommation à service rendu égal, mais aussi une politique de sobriété, qui consiste à traquer les gaspillages - et qui a l'avantage d'être gratuite! En combinant les deux, dit-il, on diminue de 45% notre consommation d'énergie" (1).

"Est-ce qu'on a besoin d'autant d'électricité?, se demande Hideo Furukawa, l'un des plus importants auteurs contemporains japonais (3). L'été dernier, à Tokyo, avec l'arrêt d'un certain nombre de réacteurs, il y a eu des consignes pour économiser l'énergie. Résultat: la consommation a diminué de 15% . Et tout le monde a vécu normalement."

Pendant ce temps-là, le président Sarko, celui qui marche sur l'eau, ne jure que par le nucléaire.
C'est le nucléaire ou la bougie, dit-il, tel un millénaro-catastrophiste. Les Japonais ont les deux en même temps. Mais il n'est de pire sourd que celui qui veut se faire réélire contre le cours de l'histoire.

(1) "Révolution énergétique, c'est pour aujourd'hui ou pour demain?", Télérama, 1er février 2012.
(2) réalisée par Climact à la demande de Greenpeace et du Bond Beter Leefmilieu (voir LLB, 28 février 2012).
(3) Charlie Hebdo, 21 mars 2012

mardi 27 mars 2012

Le regard qui tue

Le rictus et le regard de Nicolas Sarkozy sont ceux d'un tueur. On ne sait à qui d'autre les associer. Cette image date de l'époque où l'hyperkinétique président était ministre de l'Intérieur. On l'a vue (ou revue) ce mardi soir dans un documentaire diffusé sur Arte: "Bunker Cities".
Nicolas Sarkozy respire la suffisance, provoque les policiers, toise longuement du regard certains d'entre eux. Face aux caméras, il les nargue, visiblement il est venu pour les humilier. Il leur explique que leur rôle n'est pas social, qu'il sont là pour l'investigation et l'action. C'est à ce moment-là qu'il a annoncé la fin de la police de proximité et supprimé des milliers d'emplois. Résultat: la délinquance qui a chuté dans les quartiers réputés difficiles est remontée en flèche. Quel est son but?, se demande-t-on. Sans doute ouvrir la voie à une police privée, suggère un ancien responsable de la police, écœuré, qui estime que "il y aura alors une police pour les riches et une pour les pauvres".
C'est le même Sarkozy qui, depuis, a supprimé des postes par milliers dans l'éducation et se plaint d'une montée de la violence, d'un irrespect des règles. C'est toujours le même, candidat à sa succession, qui sort de son chapeau, quelques heures après la mort de Mohammed Merah, une batterie de mesures qui laisse pantois, le même qui envoie à ses compatriotes de l'étranger (même ceux qui tentent de se désabonner de ses courriers qu'ils n'ont jamais demandés) un message dans lequel il défend son "projet d'une France forte dans une Europe forte, de la production et de l'emploi" (1). On voit par là que la cohérence n'est pas la première de ses qualités. Si tant est qu'il en eût.

(1) on notera que ce projet est pour le moins flou rien que d'un point de vue syntaxique.

dimanche 25 mars 2012

L'art de savoir se taire

Le meurtrier de Toulouse - Montauban était un con. Bien sûr, on peut ajouter d'autres qualificatifs. Un con barbare, un con fou furieux, un con violent, un con salaud, un con lâche, un con narcissique. Mais c'était avant tout un con. Prétendant venger des musulmans, il a pris le risque de retourner contre eux la haine d'autres cons, faisant ainsi le jeu de l'extrême droite, exacerbant la haine contre les musulmans qui, eux, condamnent fermement et unanimement son attitude, ses propos et ses actes. "Tuer une seule personne, c'est tuer toute l'humanité", disait avec raison un représentant de la communauté musulmane (1).
Au début de l'enquête, Marine Le Pen, nous dit la presse, s'est tue, craignant qu'il s'agisse d'un militant d'extrême droite. Elle s'est laissée aller ensuite, pensant que le tueur n'en était pas. Ce en quoi elle se trompait. Al Qaida (dont il se revendiquait) et le Front National sont les deux facettes d'une extrême droite qui prône le rejet de l'autre, juste parce qu'il est autre. Quelle différence y a-t-il entre Anders Brevnik et Mohammed Merah? Des jeunes partis en vrille dans une idéologie violente qui leur fait croire qu'ils peuvent être des héros en abattant ceux qui ne pensent pas, ne sont pas comme eux. Les autres. Le problème, c'est qu'on est toujours l'autre de quelqu'un. On ne sait alors où s'arrêter. On est toujours un étranger. Tous ceux qui ont un jour bâti leur programme politique sur le rejet de l'autre ferait bien aujourd'hui de ne rien dire.
Ce qui nous ramène, aussi, à l'omniprésent et omniparlant président français qui trouve qu'il y a trop d'étrangers en France. Qui sont les étrangers les plus présents en France? Une étude du Gouvernement français nous indique que ce sont les Portugais. En 2007, ils étaient 491.000 en France. Si Sarkozy les mettait dehors, il y aurait ainsi 491.000 étrangers en moins. C'est peut-être une solution. Mais on ne sait à quoi. Peut-être préfèrerait-il expulser les 475.000 Algériens? Ou les 452.000 Marocains? Ou les Irakiens et les Afghans qui ont fui la guerre? N'y eut-il pas, à une époque, trop de Hongrois en France? En Belgique, les étrangers les plus nombreux sont les Italiens, puis les Français. Si notre premier ministre était pris d'une lubie xénophobe, les éjecterait-il? Pierre Desproges avait raison: il y a trop d'étrangers dans le monde.
Pendant ce temps, aux Etats-Unis un vigile abat un adolescent noir et reste impuni. La même logique de l'autre.
Ce début de printemps a des allures estivales. Allez savoir pourquoi il fait si froid.

(1) JT de 20h, France 2, 21 mars 2012
(2) www.immigration.gouv.fr/spip.php?page=dossiers_det_res&numrubrique=232&numarticle=2475

jeudi 15 mars 2012

Les vrais problèmes des vraies gens

On ne s'en était pas rendu compte, mais la question écologique a visiblement été réglée. Ce n'était qu'une question de volonté. Certains ont tenté de nous affoler avec un problème qui a rapidement trouvé sa solution. C'est ce qu'on se dit en suivant la campagne présidentielle française. Qui parle de l'écologie? Qui s'y intéresse? La candidate des Verts n'a pas droit à la parole, ou si peu. Quand on s'adresse à elle, c'est pour lui demander de réagir aux phrases chocs des autres candidats ou à leurs attaques (1) : elle n'est pas française, elle a un accent, elle n'est pas jolie, elle porte des lunettes rouges. Presque jamais pour lui demander d'exposer son programme. Et d'ailleurs ce programme est-il clinquant? Fait-il rêver? La presse doit craindre que ce ne soit pas le cas, préfère les forts en gueule et les prestidigitateurs et ne pose pas de question aux candidats sur ce sujet qui ennuie.
Nicolas Sarkozy a laissé loin derrière lui son Grenelle de l'Environnement (c'était en octobre 2007, il y a une éternité) où il invitait les Français à "une révolution dans nos façons de penser, dans nos façons de décider". Depuis, il trouve que "toutes ces questions d'environnement, ça commence à bien faire". Business is business quand même. Si les candidats ne parlent pas d'écologie, les journalistes ne pensent pas à leur poser de questions sur ce sujet brutalement devenu ringard. "Et quand, ô miracle, Jean-Luc Mélenchon aborde de lui-même la question verte - à trois reprises, écrit Weronika Zarachowicz (2), aucun journaliste ne le relance. (...) A croire que pour l'establishment médiatique, poursuit-elle, la lutte contre le changement climatique, l'étalement urbain, la transition énergétique, les transports collectifs, les déchets nucléaires, la destruction du tissu paysan... ne sont pas d'actualité."

Dans le même temps, voilà que la Banque asiatique de développement (Bad), qui à première vue ne semble pas être une organisation écologiste radicale, estime que ces deux dernières années les catastrophes - typhons, sécheresse, inondations - liées à des événements climatiques ont entraîné le déplacement de 42 millions de personnes en Asie-Pacifique (2). Soit l'équivalent de deux tiers des Français. Dans les années à venir, à cause du dérèglement climatique, les catastrophes et en conséquence les réfugiés climatiques seront bien plus nombreux encore, estime la Bad. Des réfugiés auquel le candidat Sarkozy, engagé dans une surenchère avec la candidate Le Pen, entend fermer la porte de son pays.

Les Français vont-ils voter pour des autruches?
Les Vertes de rage ont lancé un appel: "Résistez, affirmez et exigez que l'écologie politique participe au débat!" (4)
A part cela, on aura eu une belle journée aujourd'hui, très printanière.

(1) France 5, 22 janvier 2012
(2) "La campagne manque de vert", in Télérama, 14 mars 2012
(3) LLB, 14 mars 2012
(4) voir notamment
www.zegreenweb.com/sinformer/les-vertes-de-rage-s’adressent
-aux-candidats-a-l’election-presidentielle,50756

lundi 27 février 2012

Difficultés de la filiation

Le Front National français s'est dédiabolisé, et même banalisé. Il faut mettre cette phrase au conditionnel. Ou au futur espéré. C'était le projet de sa présidente, Madame Fille. Elle voulait mettre une distance avec celui qui est son père mais dont elle est si fière d'être la digne (?) héritière. Visiblement, on n'échappe pas si facilement à son père et aux fondamentaux de son parti. Autour d'elle, les militants se lâchent bien plus qu'elle.
"Vive Marine, vive la France, mort aux rats!" (1), écrit l'une d'entre eux, Sophie Doutch, candidate du FN aux législatives de juin prochain." A une femme d'origine arabe, elle déclare ceci: "On te parle pas parce que t'es conne et ça risque de t'instruire déjà enlève ta cape à moins qu'avec ça tu t'envoles plus vite dans ton pays, maintenant dégages!!!". On voit par là qu'il ne suffit pas d'être français pour maîtriser la langue française. C'est une première leçon qu'on peut retirer. Parlant d'Eva Joly, elle dit: "Ho la sale gueule". Une deuxième leçon, c'est que le niveau du débat est proche de zéro. En dessous de zéro, s'il fallait le préciser.
Marine Le Pen veut éviter toute attitude raciste. Elle se retient donc. Se bride. Ce qui la fait souffrir. "Si je dis que l'islam n'est pas fréquentable et que c'est la pire des choses, les Français me traiteront de raciste et ne voteront pas pour moi. Donc, je fais en sorte de les flatter. En attendant, le Front ne rentre pas dans le lard de l'islam, et moi ça s'emmerde." Voilà ce qu'est capable de déclarer Le Pen fille, selon la journaliste Claire Checcaglini qui s'est infiltrée au F.N. et en témoigne dans un livre (2).
Philippe Chevrier, compagnon de la vice-présidente du FN, Marie-Christine Arnautu, donne, lui, libre cours à ses fantasmes: "quand est-ce qu'on se l'emmène la Fourest? On la met à poil, on l'attache à un arbre, on se la prend, on met des cagoules, on va à la forêt de Rambouillet et on la laisse" (3). On voit par là que Caroline Fourest dérange autant l'extrême droite que les islamo-gauchistes et que si le Front National veut un jour changer de nom, il peut très pertinemment se rebaptiser Ku Klux Klan.
Tout ceci n'empêche pas Marine Le Pen d'être invitée par une presse audiovisuelle plus soucieuse d'audience que de démocratie et d'éthique. "Entre janvier et mai 2011, le FN est intervenu 716 fois dans les journaux de France 3 (nationaux ou régionaux). Par comparaison, en 2006, Nicolas Sarkozy était passé 538 fois à la télévision, toutes chaînes confondues! Sur un an!" C'est Jean-François Téaldi, ancien secrétaire général du syndicat SNJ-CGT de France Télévisions qui s'indigne de ces chiffres (4). "Il savent que je fais de l'audience", se réjouit Madame Fille.
Madame Fille, loin de France, peut enfin se laisser aller - il faut bien vivre normalement de temps en temps: "Marine Le Pen a été invitée le 27 janvier dernier à un bal. Un bal en Autriche. Un bal en Autriche organisé par une corporation d'extrême droite qui n'accepte pas de Juifs dans ses rangs. Un bal en Autriche organisé par une corporation d'extrême droite qui n'accepte pas de Juifs dans ses rangs et qui avait lieu le jour commémorant la libération du camp d'Auschwitz. Rien d'extraordinaire donc. " (5). Elle y est allée à "ce bal pour nostalgiques du IIIe Reich" (4). Elle ne voit pas où est le problème. Son père non plus: Jean-Marie Le Pen, parlant de ce bal, a déclaré qu'il s'agissait juste de "Strauss sans Khan". Comprenez: de la musique de valse sans Juifs. C'est ça l'humour à papa. "C'est une plaisanterie, un trait d'humour", a déclaré Marine qui veut tellement prendre ses distances avec son père.
Pendant ce temps-là, beaucoup d'électeurs français, aidés par une presse complaisante qui aime cette bonne cliente, pensent que Marine Le Pen et le Front National ne sont pas le diable. Juste une candidate bien plus anti-système que le président sortant (et bientôt sorti?). Ces électeurs-là feraient bien d'admettre que Marine est bien la fille de son père.

(1) "L'oeil du cyclone", in LLB, 25 février 2012
(2) "Bienvenue au Front National - Journal d'une infiltrée" - éditions Jacob-Duvernet (cité dans LLB, 24 février 2012
(3) "Le FN sans cagoule", sur carolinefourest.wordpresse.com - 22 février 2012
(4) in Télérama, 15 février 2012: "Comment monter au Front?"
(5) Charb, "Le FN, gross rigolade!", in Charlie Hebdo, 8 février 2012

mercredi 15 février 2012

Echos de campagne

Marine a de la peine. La pauvre a une grande crainte: celle de ne pas réunir ses cinq cents signatures de maires pour pouvoir se présenter aux élections présidentielles. Mais où est la démocratie?, demande-t-elle. C'est la démocratie, lui rétorque-t-on. Chaque élu local a le droit de choisir (ou de refuser de choisir) qui il soutient. Elle a toujours rencontré certaines difficultés à comprendre comment fonctionne la démocratie. Il est vrai qu'elle est compliquée à comprendre. La Démocratie. Pas la Le Pen. Elle, on la comprend facilement. Elle utilise les techniques de papa. Se faire plaindre, se poser en victime. La télé court derrière elle et ses affidés qui chassent les signatures comme ils chasseraient la palombe. Mais qui a envie de voter pour une victime pleurnichante et menaçante?

François Hollande, lui, a été clair. Il n'a qu'un et un seul adversaire: la finance. C'est ce qu'il a déclaré dans son discours français. Dans son discours anglais, il est plus nuancé: au Guardian, il rappelle que la gauche au pouvoir en France durant quinze ans a toujours respecté la logique de marché. Que le marché ne doit pas s'inquiéter. Qu'il est gentil, lui, Hollande, pas le marché. Enfin, oui, si, qu'on ne se méprenne pas, le marché n'est pas méchant. Qu'il doit juste être un petit peu régulé. Si ça ne le dérange pas trop. On pense à Lionel Jospin qui déclarait qu'il ne tenait pas un discours de gauche. Juste un discours de rassembleur. Mais rassembler le vent n'est pas une sinécure.

En Belgique, les politologues, les journalistes ne cessent de nous convaincre que, depuis des temps immémoriaux, nous sommes plus, beaucoup plus, passionnés par la politique française que par la politique belge. On comprend pourquoi. D'un côté, on entend des pleurnicheries, de l'autre, on entend dire "ne me faites pas dire ce que j'ai dit". Motivant et passionnant en effet. Et puis, on apprend aussi qu'aujourd'hui sera un grand jour: le non candidat ne le sera plus. Magnifique. Tout arrive.

lundi 13 février 2012

Consommations nationalistes

"Il faut acheter français." Et l'économie française sera sauvée. C'est ce que dit le Front National, jamais à court d'un slogan simple, voire simpliste. Le FN a des solutions à tout. François Bayrou, l'incarnation du bon sens paysan, reprend la même idée. Entre le slogan et son application, il y a cependant un fossé.
Le Français qui veut acheter une automobile, doit-il choisir une Renault? Voiture qui sera désormais fabriquée au Maroc et qui l'est déjà en Roumanie et ailleurs. Ou alors une Toyota, voiture japonaise fabriquée près de Valenciennes? Entre l'emploi et la marque, il faut choisir.
François Bayrou, qui habite Pau, doit-il acheter des légumes du Nord - Pas de Calais, qui feront mille kilomètres pour lui parvenir, plutôt que des produits d'Aragon, à deux pas de chez lui, de l'autre côté de la frontière espagnole? Si on prend en compte le critère écologique, on voit où est la solution.
Patrick Pelloux, médecin urgentiste, imagine que dans son service seuls seraient utilisés des produits français (1). Seuls l'ambulance et les draps seraient fabriqués en France. Le matelas est espagnol, la couverture de survie chinoise, le matériel et les produits de perfusion sont respectivement américain et allemands, les écrans de contrôle sont japonais. Si seul du matériel français était utilisé aux urgences, les morts y seraient nombreux.
On voit par là qu'il faut se méfier du bon sens. Il n'est pas aussi bon qu'il tend à le faire croire.

(1) Charlie Hebdo, 8 février 2012

jeudi 26 janvier 2012

Vox populi

On devrait supprimer les bureaux de vote. Arrêter de perdre son temps à faire la file à leur entrée. On pourrait faire la grasse matinée le dimanche matin. On voterait par Internet. J'aime ou je n'aime pas, indiquerait-on face aux noms des candidats. On tiendrait compte pour cela de leurs avis à nos propositions. Pourquoi leur parti et eux perdent-ils leur temps à réfléchir à un programme, alors que l'ensemble des citoyens a des idées? Et qu'elles sont si intéressantes.
Le site propx.fr recueille les propositions des citoyens. Elles tombent à tout instant. On oserait même dire qu'elles s'accumulent. Ce jeudi à 21h, elles étaient déjà 10.858. Les candidats à l'élection présidentielle française ont l'occasion d'y réagir. Ces réactions sont calibrées: ils ont le choix entre "trop compliqué, trop cher", "intéressant, je vais y réfléchir", "ne comptez pas sur moi", "excellent, je vais le faire" ou encore "lol". Ils ne doivent pas encombrer le site avec leurs commentaires. Le site n'aime pas les nuances, pas plus que l'argumentation. Il déteste le débat de fond, privilégie les positions tranchées. Il aime la brièveté et la réactivité. Elles sont de son époque.
Les propositions des internautes vont dans tous les sens. On y trouve tout et - évidemment - son contraire. Il faut taxer moins. Il faut taxer plus. Il faut donner la priorité aux Français. Il faut accorder plus de place aux étrangers. On y trouve des idées sensées: soutenir l'agriculture bio, mieux intégrer les handicapés, mener de la prévention en matière de santé, plafonner les revenus des élus cumulards, désengorger les prisons par des peines alternatives, investir plus dans l'éducation et moins dans l'armée.
Mais on y est aussi branché en permanence sur le Café du Commerce. Il faut "virer un maximum de bureaucrates des hôpitaux", dit un citoyen. Un autre estime qu'il faut "pousser les jeune ayant des capacitée a reussir et les motiver car si certain sont turbulan c'est parcequ'il s'ennuie en cour, donc demotiver" (sic). "Napoléon" a une proposition originale: "changer de président!!!".
On rencontre parfois quelques difficultés à comprendre où se situe la proposition. "Moins il y aura de Sécu, plus nombreux seront les lits d'hôpitaux et meilleurs seront les soins médicaux", estime un citoyen qui gagnerait à se faire comprendre. Tout comme celui qui affirme que "dans une démocatie le président est représantent et non dirigeant telle les écrits dans les dictionnaires" (re-sic). On en reste sans voix. On est content de ne pas être candidat.
On voit par là que la démocatie reste un exercice difficile. On ne sait comment faire la part de choses entre bloggeurs et blagueurs. Involontaires parfois.

lire "Chouette, cochez!" (rubrique "Le meilleur et le pire du Web", Télérama, 11 janvier 2012

lundi 7 mai 2007

Nouvelle victoire à la Star Ac

C’est donc Nico qui l’a emporté au terme d’un suspense palpitant qui aura tenu la France en haleine durant des mois. Quatre candidats au titre avaient été sélectionnés par toutes les chaînes de télé : Nicolas, l’énervé au parler vrai ; Ségolène, la bourgeoise rigide mais exaltée ; François, le paysan cul-(béni)-entre-deux-chaises ; et Jean-Marie, l’éructeur d’un autre âge. Depuis le début, les médias avaient fait leur choix, les huit autres n’étaient là que pour la figuration et pour profiter de leur quart d’heure de médiatisation.
Quand Nicolas, au lendemain de l’annonce officielle de sa candidature à la Star Ac, s’est promené dans les ruelles du Mont-Saint-Michel, il n’y a croisé que quelques touristes japonais surpris. Mais il a entraîné dans son sillage des dizaines de journalistes, photographes et cameramen, soucieux de témoigner de la démarche altière et de la vision large de l’homme d’Etat qui déjà pointait sous Napoléon. Jean-Marie, autrefois évité par la presse qui refusait de tendre ses micros à un ennemi déclaré de la démocratie, s’est cette fois complu sur les plateaux de télévisions trop heureuses d’accueillir ce tribun dont le néo-fascisme pèse peu face à son "médiatisme". Ségolène fut vite fascinante dans son rôle de Jeanne de Poitiers contre les éléphants, même si (et sans doute parce que) elle agit précisément comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, s’asseyant sur le programme de son parti et sur la notion même de gauche. François fut la surprise, sortant de son rôle de provincial coincé et déclarant à tout journaliste qui voulait l’entendre qu’il incarnait le renouveau du centre, tout ministre de droite qu’il fut.
Si ces candidats font des voix, c’est qu’ils font aussi de l’audience. Et réciproquement. Bref, tout le monde s’y retrouve.

Nico l’a fait savoir rapidement : pas de débat. C’est qu’il s’agit d’avoir l’air ce qu’on entend paraître. Allez savoir pourquoi, les médias se sont inclinés : au premier tour, il n’y eut donc pas de débat. Trop risqué. Il aurait pu écorner les images fabriquées par les plans de com’ des candidats. Les débats sont ringards, ils ont le désavantage d’obliger les participants à sortir de textes bien huilés et de se confronter à d’autres points de vue, à l’inattendu parfois.
Ce fut quand même le cas lors du seul débat, celui – obligé – du second tour, quand la madone sortit de ses gonds pour une « saine colère » contre le candidat énervé soudain devenu zen.

Le remarquable documentaire de Serge Moati « La prise de l ‘Elysée » (diffusé ce lundi par France 3) témoigne de la prédominance de la com’ dans nos systèmes politiques, met en lumière les calculs, les bassesses, les cynismes, la morgue.
Et aussi la ferveur des militants et des électeurs pour ces stars (ou tsars ?) fabriquées. Mais pourquoi donc les hommes et les femmes ont-ils tant besoin de dieux vivants, de ces dieux malades d’eux-mêmes, d’exaltation, de suffisance, de prétention ?