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mardi 27 février 2024

Influenceur toi-même

C'est un métier nouveau, nous dit-on : influenceuse ou influenceur. Ces personnes ont des goûts personnels qu'elles étalent sur Internet et qui sont copiés par celles et ceux qui les suivent. Elles vivent de cet étalage, payées pour en parler. On pourrait donc les appeler vendeurs ou vendeuses. Mais ce serait sans doute trop trivialement dit. Et pourtant leurs followers ne font que suivre leurs conseils : ils s'habillent comme eux, achètent les mêmes produits qu'eux, vont aux mêmes endroits en vacances, font les mêmes photos. 

Ne sommes-nous pas tous influenceurs ? Ce que nous disons, ce que nous pensons, ce que nous faisons a forcément un impact, positif ou négatif, sur notre entourage. Nous sommes tous influencés les uns par les autre. Sans en faire tout un plat ou une profession. Sauf que qui dit influenceur dit pognon. Influenceur, une nouvelle profession du système consumériste. 


lundi 1 mai 2023

L'ère du PVC

J'ai été critique ici (1) sur le projet d'autoroute A69 Castres - Toulouse. J'ai eu tort. J'entends l'argument de ses défenseurs : désenclaver Castres. Ils ont raison : en cas d'incendies (qui seront de plus en plus nombreux à cause du réchauffement climatique), les habitants de la région pourront fuir plus rapidement grâce à l'autoroute. Mais fuir vers où ? Pas vers les Pyrénées orientales qui ont oublié ce qu'est la pluie : plus une goutte d'eau depuis douze mois et des incendies dès le printemps. Pas vers l'Espagne qui connaît la canicule dès avril et dont les deux-tiers du territoire risquent, à court terme, de se transformer en désert.  
Et puis, il s'agit d'un gain de temps appréciable : vingt minutes sur 62 km, voilà qui permettra aux automobilistes de trouver du temps pour consommer autre chose que des kilomètres.

Ces projets d'autoroute sont totalement anachroniques, l'époque des grands projets routiers est finie. Leurs promoteurs ont beau nous annoncer (sans rire) des autoroutes quasiment écolos, ils restent coincés dans la culture des années '60 et dans le culte de la déesse bagnole.
Quatre cents hectares de terres agricoles, de forêts, de zones humides vont être artificialisés. La France interdira la moindre artificialisation des sols à partir de 2030, mais persiste d'ici là dans ces pratiques d'un autre âge, comme un fumeur qui se dépêcherait de finir son paquet de cigarettes avant d'arrêter de fumer.
Ce système destructeur du toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin n'est pas remis en question.
Il ya une semaine, neuf pays (Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni et Norvège) annonçaient leur projet d'installer en Mer du Nord de gigantesques parcs éoliens d'une capacité de production d'au moins 300 gigawatts à l’horizon 2050. C'est qu'il faut produire "vert" mais toujours plus d'énergie pour "répondre à la demande" tant des producteurs que des consommateurs. Nos pays restent coincés dans l'ère du PVC : Produire-Vendre-Consommer.

Le Ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé sa volonté de dissoudre le mouvement Les Soulèvements de la Terre qui s'oppose à ce projet  d'autoroute A69 comme à d'autres types de projets destructeurs de biodiversité et générateurs de gaz à effet de serre. Casser le thermomètre n'a jamais fait tomber la fièvre.

"Dans les manuels d'histoire, on la nomme l'époque PVC, comme on dit l'antiquité ou la renaissance. En réalité, une époque particulièrement obscure, le monde et la planète ont mis des siècles à s'en remettre. C'était un temps où tout, absolument tout, des édifices au plus petit animal ou végétal avaient été élaborés en PVC. Qu'est-ce que le PVC ? Produire-Vendre-Consommer."

Patrick Henin-Miris, "Zadigacités", Cactus inébranlable éditions, 2021

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/02/une-question-de-temps.html
(Re)lire sur ce blog : "Machine arriérée", 4 avril 2023.

jeudi 14 juillet 2022

Nos têtes immobiles

On s'était dit qu'on allait changer radicalement et le système et notre façon de vivre et de consommer. C'était il y a moins de deux et demi, au début du premier confinement (1). On s'était dit que cette occasion-là, il ne fallait surtout pas la laisser passer. On était nombreux à croire que le changement nécessaire s'amorçait enfin, qu'on allait sortir de ce fonctionnement suicidaire. On s'était dit : c'est maintenant ou jamais. Ce sera jamais.

Tous les responsables politiques n'ont aujourd'hui qu'un souci : améliorer le pouvoir d'achat. Qui dit pouvoir d'achat dit consommation. Qui dit consommation dit production. Qui dit production dit pollution. Apparemment, personne ou presque ne se soucie de l'impact de la consommation sur l'état de la planète. Les canicules se succèdent autant que les incendies, les inondations et les divers phénomènes qui n'ont plus grand-chose de naturel. Mais l'urgence est d'acheter. Bien sûr, il va de soi que chacun doit pouvoir vivre dans des conditions décentes, payer son logement, acheter des produits de première nécessité, s'habiller, bref, assurer ses besoins basiques. Mais pour autant on ne remet pas en question nos besoins de confort, comme s'ils étaient acquis et devaient à jamais être assouvis.
Les aéroports débordent de vacanciers et les autoroutes de voitures individuelles. C'est que nous avons tant "besoin de soleil" et de "lâcher prise", entend-on un peu partout, alors que le soleil partout nous écrase et qu'on implore la pluie. 
Au moment d'écrire ces lignes, je reçois une publicité d'un supermarché du bricolage : canicule annoncée ? Qu'importe ? : achetez un ventilateur, un climatiseur, une piscine. Autrement dit : pour lutter contre le réchauffement climatique, augmentons-le. L'homme est un triste sire, figé, incapable de changer ses habitudes et qui reportera toujours sur les autres - sur celles et ceux qui gouvernent surtout - la responsabilité de ce qui (lui) arrive.

Quel responsable politique oserait conditionner l'augmentation du pouvoir d'achat à l'obtention de produits neutres en carbone ? Alors qu'on sait - que tout le monde sait - qu'il n'y a pas d'autre issue. Lequel oserait affirmer qu'il ne faut pas augmenter le pouvoir d'achat mais le pouvoir d'agir pour réduire nos consommations ? Nous nous croyons de notre temps, alors que nous restons coincés dans le logiciel des golden sixties.
A partir de 2035, il sera interdit de vendre des voitures thermiques dans l'Union européenne. Ainsi en a décidé le Parlement européen. Très bien, se dit-on. Dès lors, les voitures électriques apparaissent comme la solution. L'est-elle vraiment ? Une telle décision implique un renouvellement total du parc automobile, le fonctionnement d'aciéries, d'usines de plastique et de peintures, la circulation de cargos à travers la planète, avec leur lot - immense - de pollution. La volonté de quitter les énergies fossiles devrait être l'occasion de changer notre rapport à la mobilité. Elle ne l'est pas. La notion même de voiture individuelle est insensée. L'immense majorité des voitures est très peu utilisée. Elles nécessitent des infrastructures énormes et très coûteuses, occupent beaucoup trop de place dans les villes et les bourgs et grèvent lourdement le budget des familles. Nous n'avons pas besoin de voitures électriques, mais de transports en commun nombreux et peu coûteux, d'une politique qui chasse les voitures des villes pour laisser toute la place aux modes de déplacement doux. 

L'heure est à l'intelligence, à l'innovation, à l'audace. Sortons de nos vieux schémas, de nos habitudes mortifères, de nos façons de penser et de rouler démodées. Certains s'y sont déjà mis, tel Midipile Mobility (2) et son petit  quadricycle à assistance électrique qui permet des transports en ville de lourdes charges dans de très petits volumes. Ou encore les triporteurs de l'association Skylett à Lorient (3) qui transportent en ville les personnes âgées. L'Ademe (l'Agence française de transition écologique) lance un appel à projet d'objet roulant (4). "Soyons ambitieux, en rupture. Créons une catégorie de véhicules sobres et efficaces, peu coûteux, interopérables au sein d'un écosystème local cohérent. Simples à assembler, utilisant des composants standards, recyclables, optimisés pour chaque usage, ils ouvriront des espaces de créativité aux urbanistes, aux maires, aux aménageurs pour faire évoluer l’espace public. Faisons ainsi émerger de nouvelles industries, de nouveaux métiers." 

Résumons-nous : il est urgent de devenir intelligent.

(2) https://midipile.eu/
(3) https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-lorient-des-velos-triporteurs-pour-aider-gratuitement-les-personnes-agees_fr_62556face4b0be72bfeec942
(4) https://xd.ademe.fr/

A lire : Numéro spécial de Charlie Hebdo : "Voiture électrique - dernière arnaque avant l'apocalypse"

Post-scriptum : à lire aussi : 
https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/07/16/on-trottine-lentement-derriere-un-climat-qui-change-vite_6135018_3244.html

jeudi 2 juin 2022

L'urgence (à partir en vacances)

La planète va mal ? Ben, nous aussi.
Dans un dossier intitulé "Une saison en enfer", le Courrier international de ce jour explique que les tempêtes de sable étouffent les pays du Moyen-Orient, que les Pakistanais meurent de chaleur, que la Sibérie est dévorée par les flammes, que les Etats-Unis connaissent la pire sécheresse depuis douze siècles, que la famine guette la Corne de l'Afrique

Partout, les agriculteurs s'inquiètent des sécheresses qui se répètent. Les nappes d'eau sont beaucoup trop basses pour la saison. Les niveaux des rivières aussi. Vingt-quatre départements de France métropolitaine sont déjà soumis à des restrictions d'eau.
En Belgique (1), un agriculteur dit conventionnel estime que plusieurs de ses cultures sont en péril : haricots, épinards, carottes. Ses céréales s'en sortent, mais avec moins de rendement. Les betteraves poussent mieux. Mais il est obligé de faire des choix dans les arrosages et pense essayer des cultures plus méridionales. Un agriculteur bio dit s'adapter en choisissant des variétés résistantes aux sécheresses et en effectuant des rotations longues pour éviter l'épuisement des sols et casser le cycle des maladies et des mauvaises herbes.

Les sécheresses, les incendies, les tempêtes de sable, les famines, on en connaît la cause : le réchauffement climatique qui progresse sans cesse et sans que nous ne y opposions vraiment. Au contraire.
En France, le secteur du tourisme s'en est réjoui : dix millions de Français se sont offert des vacances durant le week-end de l'Ascension. Les autoroutes étaient bondées. Les compagnies aériennes ont rajouté des vols en urgence tant la demande était importante. Que du bonheur !
Dans Le Monde Guillemette Faure (2) se moque de celles et ceux qui sont bien conscients de la nécessité de changer nos habitudes, qui "ont été parmi les premiers à s’inquiéter du réchauffement climatique, à hurler contre les 4 × 4 en ville, à acheter leurs légumes dans une AMAP, à être capables d’effectuer un détour de 500 mètres pour aller jeter leurs épluchures dans le composteur du quartier", mais qui doivent continuer à prendre l'avion. "Les voyages, c’est leur « petit plaisir », disent-ils comme des végétariens reconnaîtraient craquer occasionnellement pour un burger. Après tout, est-ce si grave de prendre l’avion pour un week-end de trois jours dans une capitale européenne quand on apporte ses sacs en papier et ses bocaux au marché pour éviter les emballages ? " Ils ont bien sûr quantité d'explications et d'excuses : "on va faire autrement bientôt, mais en attendant on s’arrange comme on peut. Il faut que tout le modèle change. On prendrait bien le train, mais les TGV sont trop chers/trop pleins."

"Le mode de temporalité qui domine à l’intérieur de nos sociétés contredit le souci écologique non seulement parce que le temps y détient le monopole de la contrainte psychique légitime, mais aussi parce qu’en parlant d’urgence écologique, on pense en homologie avec ce que l’on condamne. L’urgence met sous pression. On agit en urgence devant la violence et la mort. L’urgence s’adapte donc parfaitement à la destructivité soft du consumérisme. Elle nous grise, mais ne rend pas le monde habitable." Voilà ce qu'écrit dans Libération Hélène L’Heuillet, psychanalyste et professeure de philosophie à l’université Paris-Sorbonne (3) L’idéologie fonctionnelle nous prive aussi de notre horizon mental, en rendant attractif un mode de vie seulement machinal. Elle s’oppose à toute évaluation normative des attentes à l’égard de l’existence personnelle et collective. La seule norme comportementale devient, dans ce contexte, de «bien fonctionner». La marginalité n’est plus tant déviance que dysfonctionnement. Dans cette logique de problem solving, l’écologie n’est qu’un «problème à résoudre» ; et c’est précisément ce qui empêche sa résolution. Un monde habitable n’est pas un monde fonctionnel, mais un monde où la vie vaut la peine d’être vécue." Il faudrait parvenir à "sortir de la culture de la consommation, qui avale tout", dit-elle encore.

Et pendant ce temps, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, respecte une de ses promesses de campagne des élections régionales : il achète les anti-éoliens. La région a accordé 170.000 euros à l'association Stop Eoliennes Hauts-de-France (4). Cette somme sera utilisée pour acter en justice contre des projets éoliens. Autant en emporte le vent.  L’opposition de gauche dénonce le caractère opaque de l’association et ses accointances climatosceptiques. Le jour de la délibération, constate Le Monde, la page Facebook de Stop Eoliennes Hauts-de-France relayait une vidéo intitulée « Le GIEC vous ment ». Bertrand, lui, comme tant d'élus et tant de citoyens, se moque de la planète. Après lui les mouches. S'il en reste.

vendredi 29 novembre 2019

Coincés dans ce foutu vieux temps

Qu'y avait-il de bon dans ce vieux temps que tant de gens regrettent?
La mortalité infantile? Le nombre de morts sur les routes? La faim dans le monde? La misère? Le nombre de crimes? Le nazisme, le fascisme et le stalinisme? L'inconscience de la pollution? 
C'était le temps où on produisait, on consommait et on polluait dans la joie et l'insouciance. C'est dans le bon vieux temps qu'on a préparé ce que nous vivons aujourd'hui, qu'on a brûlé tant et plus de pétrole, de gaz et de charbon, qu'on a fabriqué tous ces gaz à effet de serre qui menacent maintenant l'humanité.
Bien sûr, les temps actuels ne sont guère réjouissants, avec précisément la pollution qui atteint des niveaux inouïs et le dérèglement climatique, avec l'érection de murs, avec l'arrivée au pouvoir de fous furieux et haineux. Ce sont ceux-là mêmes qui essaient de nous faire croire que leurs murs, le rejet des étrangers, l'entre-soi nous ramèneront à ce bon vieux temps qui n'a jamais été aussi positif qu'on a envie de le croire. Qui n'est donc qu'un vieux temps qu'il est illusoire - et qu'il serait sans doute suicidaire - de vouloir retrouver. Puisqu'on ne revient jamais en arrière, il faut bien aller de l'avant. Et être inventifs. Plus que jamais.
"La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", titrait la semaine dernière Le Courrier international. La Terre devient invivable et il va bien falloir que nous changions de mode de vie si nous voulons survivre.
"Alors que le doute et le déni autour du dérèglement climatique ont reculé, écrit Rachel Riederer, ils ont été remplacés par des sentiments - tout aussi paralysants - comme la panique, l'angoisse et la résignation." (1)
Mais la peur est utile, estime le journaliste américain David Wallace-Wells (2). C'est le principe de la destruction mutuelle assurée qui a encouragé les dirigeants mondiaux à mettre fin à la guerre froide. Et la peur du cancer, rappelle-t-il, incite bien des fumeurs à cesser de fumer.
"Nous devons accepter que notre de vie n'est plus viable, affirme la psychologue Renee Lertzman, et que nous devons maintenant nous montrer à la hauteur du problème. Ce qui fonctionne vraiment bien, c'est quand les gens se sentent invités et encouragés à participer à quelque chose de constructif, tout en ayant conscience de la gravité de la situation."
Un de ses collègues estime que le seul remède à l'angoisse climatique est l'engagement. Et une autre que ce qui est bon pour le climat - sous forme de participation à un effort collectif - est également bon pour le mental.
Résumons-nous: laissons le prétendu bon vieux temps là où il est: dans le passé et dépêchons-nous de construire les temps nouveaux. Il y a urgence. Mais bon... il faut bien constater qu'une majorité de gens (on n'oserait dire citoyens) continuent à vivre comme dans leur insouciant vieux temps. Même si nombreux sont les appels à consommer moins et de manière plus responsable, on peut craindre qu'en cette journée de grande fête du commerce le friday soit effectivement assez black pour la planète. Le vieux temps dure longtemps.

(1) "La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", Le Courrier international, .11.2019.
(2) auteur de "The Doomed Earth Catalog" - "La Terre inhabitable".

vendredi 18 janvier 2019

Sobriété

Les Gilets jaunes exigent une amélioration du pouvoir d'achat. Qui ne le souhaiterait? Mais pour acheter quoi?
Bien sûr, il y a trop de familles dans le besoin, trop d'isolés qui ne s'en sortent pas, trop de gens pour qui les fins de mois tombent le 15. Mais il y a aussi des besoins nouveaux qui nous coûtent cher.
"Il a vraiment augmenté le pouvoir d'achat? Non, peut-être" (1). Ainsi l'économiste belge Philippe Defeyt, de l'Institut pour un Développement durable, titre-t-il une note du 6 janvier dernier. Dans laquelle il constate que la consommation a, elle en tout cas, "augmenté qualitativement et quantitativement" depuis le début du siècle.
Il constate que le nombre de voyages en avion pour des vacances d'au moins quatre jours a doublé de 2000 à 2017. Dans le même temps, le parc automobile a augmenté de 20% et le nombre moyen de véhicules par ménage de 15%. La mobilité routière en voiture a progressé de 16% (alors que la distance moyenne parcourue par habitant est revenue à son niveau de 2000). Le pourcentage de ménages propriétaires d'au moins un téléphone mobile est passé de 45 à 98%. La proportion de ménages équipés d'un lave-vaisselle est passé de 41 à 62%. Les exemples se suivent et montrent que si nous avons parfois des fins de mois difficiles c'est aussi parce que nous dépensons plus. Nos frais en communication (Internet, appareils divers, abonnements aux différentes formes de télé, etc.), nos déplacements, y compris pour nos loisirs, notre équipement en appareils électroménagers ont fortement progressé, parce que nous avons rendu toutes ces dépenses indispensables dans nos vies.

Certains voudraient voir une similitude entre le mouvement des Gilets jaunes et celui de mai '68. Ils se trompent sur bien des points. Mai '68 dénonçait notamment la société de consommation. Novembre '18 indique plutôt une volonté de consommer plus.
Le grand débat qui débute en France devrait être l'occasion de repenser les taxes en même temps que notre consommation. On peut effectivement imaginer de taxer moins les produits de première nécessité, pour autant qu'ils répondent aux critères des circuits courts et d'une alimentation de qualité, respectueuse, dans ses modes de production, de l'environnement.
Et on peut donc, à l'inverse, envisager de taxer plus les produits qui ne répondent pas à ces critères, de taxer plus les produits de luxe, les produits polluants, de taxer les marchandises aux kilomètres parcourus. De taxer - enfin! - le kérosène, les billets d'avion, les voyages en navires de croisière.
Pour cela, il est indispensable de modifier les règles internationales, de quitter le principe de la libre concurrence entre les produits. Ils ne se valent pas tous, ils n'occasionnent pas tous les mêmes dégâts à la planète. Pour cela, il nous faut plus d'Europe, certainement pas moins. Pour cela, nous avons à lutter contre cette publicité qui pollue nos écrans, nos esprits et nos portefeuilles. Pour cela, il nous  faut accepter de consommer moins, avoir envie d'être plus sobres.

Post-scriptum:
https://plus.lesoir.be/201499/article/2019-01-19/le-kroll-du-jour-sur-le-salon-de-lauto
"j'étais peut-être un bourgeois moi aussi mais je n'étais pas écoresponsable, je roulais en 4x4 diesel - je n'aurais peut-être pas fait grand-chose de bien dans ma vie, mais au moins j'aurais contribué à détruire la planète",
"c'est un petit être impulsif le consommateur, bien plus impulsif que le bœuf",
Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019.

(1) "Non, peut-être" est la manière bruxelloise (et tellement belge) de dire "oui, bien sûr". 


vendredi 2 novembre 2018

Si dispensables plastiques

Avons-nous besoin d'une paille (qu'elle soit en plastique ou en papier) pour boire (1)?
Avons-nous besoin de prendre l'avion pour aller passer un week-end à l'autre bout de l'Europe ou deux semaines au soleil des Antilles?
Avons-nous besoin de regarder des films dans un avion (et, en plus, sur des écrans individuels)?
Avons-nous besoin de pansements qui deviennent électroluminescents quand ils détectent des infections dont on peut suivre l'évolution grâce à son smartphone (oui, ça existe)?
Avons-nous besoin de baskets avec des lumières clignotantes?
Avons-nous besoin d'un téléphone individuel?
Avons-nous besoin de deux ou même d'une seule voiture individuelle dans une famille?
Avons-nous besoin de rasoirs, de stylos ou de gobelets jetables?
Avons-nous besoin d'eau en bouteille?
Avons-nous besoin de tant d'emballages pour nos biscuits, nos pizzas, nos salades ou nos fromages?
Avons-nous besoin d'emballages plastiques autour de marchandises posées sur une palette?
Avons-nous besoin de viandes, de vins ou de pommes qui viennent de l'autre bout du monde?
Avons-nous besoin de viande tout court?
Avons-nous besoin de participer, par notre consommation de biens qui ne nous sont pas indispensables mais qu'on nous vend comme tels, à une telle surproduction, à un tel gaspillage et à une telle production de déchets?
La réponse va de soi: non. Evidemment, non. Mais, allez savoir pourquoi, nous achetons quotidiennement tout cela. Parce que tout cela participe à notre confort, même si celui-ci concourt à notre perte.

Dimanche dernier, un représentant du lobby du plastique était l'invité de l'émission Vox Pop sur Arte (2). Interpellé par la journaliste sur les océans qui meurent des déchets plastiques, il ne répond à aucune question. C'est, d'après lui, aux consommateurs de se responsabiliser et aux pouvoirs publics d'assurer un meilleur recyclage. Il doit être assez aisé d'agir de manière plus responsable qu'un producteur de plastique. 

Chaque minute, 80 à 120 tonnes de déchets, en majorité en plastique, partent à la mer. Parfois de très loin. Les rivières ont d'importants pouvoirs de transport. Les petits ruisseaux font les grands gyres. Les gyres sont ces continents flottants faits de déchets. Ils se multiplient. Le plus vaste se situe dans l'Atlantique nord, il est trois fois plus grand que la superficie de la France. Sachant que le plastique a une durée de vie moyenne de 600 ans, calculez quand les océans cesseront de respirer.
Le navigateur Yvan Bourgnon et sa société Sea Cleaners est en train de construire un bateau dévoreur de plastique, le Manta (3), grand comme un terrain de football, qui a pour ambition de ramasser 10.000 tonnes de déchets plastiques par an. Il faudrait mille bateaux de ce type pour rammaser tous les déchets que nous avons envoyés en mer. D'ici 2022, l'équipe espère mettre son premier Manta à l'eau et peut-être dans les vingt ans à venir une trentaine de bateaux qui seront autonomes en énergie. Un quart du financement seulement d'un premier bateau est acquis. Si les producteurs de plastique étaient un tout petit peu responsables, ils sauraient où investir leurs gigantesques bénéfices. 

(1) Les pailles en plastique sont interdites. Un fabricant ingénieux en crée en papier. Mais qui donc a besoin d'une paille pour boire? Les consommateurs de nourriture fast food. On les voit boire à la paille leurs sodas dans des gobelets en carton. Mais qui donc a besoin de gobelets jetables, même en carton? 
(2) Vox Pop, Arte, 28.10.2018: https://www.arte.tv/fr/videos/078527-031-A/vox-pop/
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-30-octobre-2018




dimanche 27 novembre 2016

Consommez!

Décidément, le progrès est inarrêtable. Il s'introduit partout, se glisse sous nos portes, entre dans nos salles de bain, dans nos chambres à coucher, nos garde-manger.
Désormais, quand un produit que nous consommons vient à nous manquer, il nous suffira de pousser sur un bouton et hop! nous en recevrons rapidement un nouveau par la poste et le coût en sera automatiquement débité de notre compte bancaire (1). Et ça, c'est vraiment chouette! Plus besoin de sortir faire ses courses, plus besoin de se poser la question de la marque que l'on souhaite, plus jamais de manque. Les plus grandes marques industrielles, les plus beaux fleurons de la mondialisation auront leur rond de serviette à notre table. La société de l'éternelle satisfaction et de l'abondance s'ouvre à nous.
Bientôt plus de café? Pas grave! Il suffit de pousser sur la pastille qu'on a collée sur la porte de l'armoire de la cuisine. Bientôt plus de poudre à lessiver? Pas grave! Il suffit de pousser sur la pastille qu'on a collée sur le lave-linge. Bientôt plus de dentifrice? Pas grave! Il suffit de pousser sur la pastille qu'on a collée sur le miroir de la salle de bain. 
C'est la si sympathique multinationale Amazon qui est à l'origine de cette innovation qui nous permettra de ne jamais manquer de produits Kraft, Gilette, Tide, Lipton, Nivea et de tant d'autres entreprises tellement mondialisées qu'elles s'installent maintenant de manière permanente dans nos salons. Ce qui est rassurant, c'est que nous ne manquerons jamais de Kleenex pour pleurer sur la bêtise humaine et le capitalisme hautainement triomphant.
On n'arrête pas le progrès. mais lui risque bien de nous arrêter. Il y a un mur au bout de cette course folle à la surproduction et à la consommation. Et nous courons tous nous y fracasser. Comme l'écrit Paul Jorion (2), "Le dernier qui s'en va éteint la lumière"? Mais qu'il ne se trompe pas, qu'il ne pousse pas sur la pastille.

(1) https://mrmondialisation.org/lhyper-consumerisme-au-bout-de-ton-doigt/?utm_source=actus_lilo
(2) Fayard, 2016.

mardi 24 mai 2011

Le droit au gaspillage

En Flandre (ce doit être à Termonde), un homme a été condamné tout récemment à six mois de prison. Son crime: avoir récupéré des denrées alimentaires dans les poubelles d'une grande surface. Le secteur de la grande distribution se défend: il en va de la santé des "récupérateurs", ils pourraient être malades en consommant des produits périmés, ils sont donc condamnés pour leur bien. Deux jours plus tard, dans un journal télévisé, une séquence était consacrée à la surpêche. Nos océans se vident. La situation devient extrêmement alarmante. Et chaque jour, tous les supermarchés mettent à la poubelle, par paquets entiers, des poissons et crustacés invendus. On voit par là que le monde a la pêche.