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jeudi 13 février 2020

Rallumons les Lumières

Il n'y a pas d'âge pour jouer les inquisiteurs, pour dire la loi, les règles et mettre à l'index qui ne les respecte pas. Deux groupements d'étudiants de l'ULB veulent faire interdire un débat sur la liberté d'expression qui se tient ce soir dans leur université (1). Ils refusent qu'y participent "des réactionnaires" que sont, selon eux, deux membres de Charlie Hebdo invités pour l'occasion. Ces jeunes philistins ont-ils lu un jour l'hebdomadaire qu'ils condamnent? L'ont-ils compris? Ils lui reprochent une prétendue "islamophobie", ce terme qui ne signifie rien d'autre qu'une interdiction de critiquer la religion musulmane (2). Et ils fustigent la laïcité défendue par Charlie. Savent-ils, ces censeurs, sur quelles valeurs a été fondée l'Université Libre de Bruxelles? La simple lecture de Wikipedia leur rappellera qu'elle a fondée par des libres penseurs qui entendaient combattre "l'intolérance et les préjugés" en répandant la philosophie des Lumières. Ces jeunes juges autoproclamés seront-ils capables de s'attaquer à leurs propres préjugés? Peut-on leur rappeler ce qu'est un débat? Un moment où des points de vue se confrontent. S'opposer à un débat sur la liberté d'expression dans l'Université Libre devrait pousser à leur excommunication. 

Note: ce n'est hélas pas la première fois que l'ULB est confrontée à la censure de débats.
(Re)lire sur ce blog "Faiblesses d'esprit", 8.2.2012 et "Egalité bla bla", 8.2.2013.

(1) https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/pas-de-reacs-sur-notre-campus-des-militants-etudiants-veulent-empecher-un-debat-avec-charlie-hebdo-a-l-ulb-5e450bad9978e276b671a62d
(2) Dans Charlie Hebdo de ce 12 février, un lecteur qui se présente comme "musulman pratiquant depuis trente ans" et "lecteur assidu de Charlie" remercie l'hebdomadaire pour son soutien à Mila (voir billet précédent) et manifeste à celle-ci le sien. Eh, les étudiants censeurs, vous expliquez ça comment qu'un journal islamophobe soit apprécié par des musulmans?
Post-scriptum: Réaction de Caroline Fourest:
https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/la-polemiste-caroline-fourest-reagit-a-la-volonte-estudiantine-d-empecher-la-venue-de-charlie-hebdo-sur-le-campus-de-l-ulb-5e456c77d8ad582fb05924b8

jeudi 7 novembre 2019

Et à la fin c'est l'islamisme qui gagne

Je voudrais remercier ici R.T. Erdogan. Sans la plainte qu'il a récemment déposée contre l'hebomadaire Le Point, (1) jamais je n'aurais lu ce magazine de droite. Or, j'y découvre que Kamel Daoud y écrit. Et bien. Kamel Daoud, journaliste algérien, connaît mieux que d'autres le danger islamiste. Il a été l'objet de la part d'un imam excité d'une fatwa pour apostasie. Mais aussi de la part de bonnes âmes européeennes de France pour avoir vu l'islamisme derrière les agressions dont ont été victimes de nombreuses femmes lors du réveillon de nouvel-an 2016 à Cologne (2).

Il y a quelques semaines, un élu d'extrême droite a voulu faire sortir de l'assemblée une femme voilée qui accompagnait des enfants venus assister aux débats du Conseil régional de Bourgogne - Franche-Comté.
"Je suis en colère et fasciné", écrit Kamel Daoud (3): voilà que l'on découvre que ce pays est ennemi de ses musulmans parce qu'un élu halluciné a agressé verbalement une voilée? L'avenir en France se décide donc entre deux extrêmes?"
Plus récemment, un fou furieux a agressé et gravement blessé deux musulmans à côté de la mosquée de Bayonne. Il n'est pas plus loup solitaire que les islamistes, même isolés, qui agressent et tuent les mécréants. Il y a Zemmour, il y a la famille Le Pen et son parti, il y a tous ces gens qui se jettent sur le moindre délit commis par quelqu'un à la peau basanée pour fustiger les musulmans.  L'agresseur de Bayonne a été candidat du Front National. Peut-on être vraiment surpris de voir des excités transformer en actes odieux les imprécations et les idées agressives qui se diffusent aujourd'hui librement? Même en direct à la télé.

De là à affirmer que la France est devenue islamophobe, il y a plus qu'un pas. Que beaucoup ont franchi allègrement.
Il a été (trop) souvent question ici de cette notion floue qu'est l'islamophobie, terme que se plaisent à clamer les barbus qui ne supportent pas d'être contredits. Elle dénonce à la fois le racisme et la critique d'une religion. Aujourd'hui, pour les victimes que se complaisent à être tant de musulmans, soutenus par de bonnes âmes blanches d'une bonne partie d'une gauche qui a perdu la tête, critiquer la religion islamique et ses signes s'apparente à du racisme. Or, comme d'autres pays européens, mais moins que des pays de culture musulmane, la France compte hélas de très, de trop nombreuses morts causées par la folie islamiste. Ces morts n'ont jamais suscité de manifestations de haine et de violence contre les musulmans. Ce qui n'empêche pas nombre d'entre eux de se voir comme des victimes de l'islamophobie.
"Cette folie de la victimisation fascine, écrit Kamel Daoud. Elle remplace à chaque occasion douloureuse, le travail à faire sur soi, l'obligation de lutter contre l'islamisme montant. Ainsi, je vois rarement les miens se mobiliser autant pour penser l'islam dans la France que pour les jongleries d'indignés sur les réseaux, les clowneries au nom de la communauté, qu'on oppose à la moindre réforme, même maladroite. On se retrouve à ne rien faire face à l'islamisme et à s'emporter, en rangs serrés, contre l'islamophobie."
Le journaliste dit "comprendre la mobilisation contre l'exclusion et les tribunaux identitaires, mais je ne peux pas, dit-il, parce que je suis du même bord, ne pas grimacer, sceptique, face à cette soudaine armée qui hurle à l'islamophobie en gommant ses causes. Et si on avait ce même courage pour dénoncer les rentes du halal? Et si on faisait autant face aux clergés autoproclamés? Résistance face aux djihadistes et aux communautarismes faciles?"

Aujourd'hui, en France, la laïcité est, plus que jamais, pointée du doigt. Notamment par les organisateurs d'une manifestation contre l'islamophobie prévue dimanche. Ils n'hésitent pas à traiter de "liberticides" les lois de 1905 sur la laïcité et de 2004 sur l'interdiction des signes religieux ostentatoires à l'école. La plupart des leaders de gauche ont appelé à rejoindre cette manifestation, avant que certains d'entre eux se rendent compte, heureusement assez tôt, qu'ils mettaient les pieds dans un terrain fangeux et nauséabond (4). "La laïcité, c'est la religion de la liberté", affirme Kamel Daoud qui préfére "une laïcité maladroite à une laïcité détruite".
"Forcer ce pays à se justifier sans cesse sur cette loi finira par précipiter sa reddition face au mal. Et, ce jour là, ceux qui jouent aux victimes de la laïcité vivront, pour de vrai, la pendaison aux poteaux des nouvelles croyances." 

(1) sur ce blog: "Comment s'appelle Calimero en Turquie?", 26.10.2019.
(2) sur ce blog: "La nuit des prédateurs", 6.1.2016.
(3) Kamel Daoud, "Une photo, un millaird de mots", Le Point, 24.10.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/islamophobie_fr_5dc2d5d2e4b08b735d63451a?utm_hp_ref=fr-homepage

dimanche 28 janvier 2018

La censure n'a pas d'âge

A quoi se forme-t-on quand on est étudiant? A l'intelligence d'abord. Une série d'étudiants sont déjà recalés (1). Ceux - du syndicat étudiant Solidaires (Solidaires avec qui?) - qui ont demandé à la direction de la faculté Paris Diderot d'annuler la représentation de la pièce de Gérald Dumont inspirée du texte de Charb Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes (2). La section locale de l'UNEF a l'intention, nous dit le Printemps républicain, d'envahir l'amphithéâtre pour empêcher la représentation. Censurer un spectacle fondamentalement laïc, antifasciste et antiraciste, voilà un projet de vieux réacs, mais ici menés par des étudiants. La censure n'a pas d'âge, pas plus que la bêtise.
Rappelons qu'il y a trois ans Charb, directeur de Charlie Hebdo, fut lâchement et sauvagement assassiné, comme nombre de ses camarades et collègues, par de jeunes obscurantistes convaincus que, en tirant à la kalachnikov sur des dessinateurs et des journalistes désarmés, ils avaient "vengé le Prophète". "C'est dur d'être aimé par des cons", avait fait dire Cabu à celui-ci, quelques années avant d'être assassiné. Et il aurait pu ajouter "et par d'immondes crapules".
Que dit Charb dans ce texte que certains esprits obscurs veulent faire taire? Il dit que le terme islamophobie est devenu un outil aux mains de ceux qui veulent empêcher toute critique d'une déviance politique intégriste et violente de l'islam. "Non, vraiment, le terme islamophobie est mal choisi s'il doit désigner la haine que certains tarés ont des musulmans. Il n'est pas seulement mal choisi, il est dangereux. (...) Lutter contre le racisme, c'est lutter contre tous les racismes, alors lutter contre l'islamophobie, c'est lutter contre quoi? Contre la critique d'une religion, ou contre la détestation des gens qui pratiquent cette religion parce qu'ils sont d'origine étrangère?".
Ceux qui sont prompts à dénoncer l'islamophobie ne supportent pas l'humour vis-à-vis de l'islam. "Si on laisse entendre qu'on peut rire de tout, sauf de certains aspects de l'islam parce que les musulmans sont beaucoup plus susceptibles que le reste de la population que fait-on sinon de la discrimination? , s'interrogeait Charb. La deuxième religion de France ne devrait pas être traitée comme la première? Il serait temps d'en finir avec ce paternalisme dégueulasse de l'intellectuel bourgeois blanc de gauche qui cherche à exister auprès de pauvres malheureux sous-éduqués."
Etudiants qui vous sentez solidaires des musulmans, n'assassinez pas Charb une seconde fois. Réfléchissez. Lisez attentivement le titre du texte de Charb, lisez le texte (89 pages en grands caractères, ça devrait aller...) (3). Et rappelez-vous, vous qui avez la chance d'étudier à l'Université Diderot, que ce dernier fut un des grands penseurs des Lumières. Pas de l'obscurantisme que vous soutenez par votre tentative de censure.

Post-scriptum: lire, à ce sujet, les pages 2 et 3 de Charlie Hebdo de ce 31 janvier: "Charb n'est plus là, mais ses livres sont encore de trop". Riss y souligne notamment que "demander l'interdiction de la lecture des textes de Charb est une insulte à la mémoire d'un homme qui a payé de sa vie le courage de dire une réalité qu'ils (les étudiants qui se croient antiracistes) fuient lâchement". Gérard Biard y rappelle notamment que "Charb considérait les musulmans et les musulmanes comme des adultes émancipés et des citoyens à part entière. Il combattait autant la haine qu'on leur porte à l'extrême droite que la condescendance méprisante qu'on leur porte à l'extrême gauche".

(1) Comme ceux de l'Université Libre de Bruxelles qui, avec des cris stupides et incompréhensibles, avaient en 2012 empêché un débat sur l'extrême droite. (Re)lire sur ce blog "Faiblesses d'esprit", 8.2.2012.
(2) Ce mercredi 31 janvier à 18h dans les locaux de l'université, amphi Buffon, 15 rue Hélène Brion, Paris 13e.
(3) Charb, Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, éditions Les Echappés, 2015.

mercredi 24 février 2016

Les fils des Joseph (Staline et McCarty)

Le terrorisme gagne chaque jour du terrain. Par les kalachnikovs et par les mots. La violence qu'il exerce se diffuse par certains intellectuels. Soit des gens qui sont censés aider les autres à réfléchir, mais qui font tout pour les en empêcher dès qu'il est question d'un dieu. Surtout celui des musulmans.
Voilà que de sombres crétins dans les médias de l'Etat iranien réitèrent l'appel au meurtre de Salman Rushdie (1). Avec 600.000 dollars de récompense pour le lâche qui ira assassiner un écrivain. Quand Khomeiny, le fou de Dieu, avait lancé le premier appel en 1989 il avait provoqué une réprobation générale. Aujourd'hui, la relance de cette fatwa ne suscite quasiment aucune réaction. Les appels scandaleux et meurtriers se sont aussi banalisés que les relations avec l'Iran se sont normalisées. Ainsi va ce monde.
Ceux qui flinguent au nom de leur dieu se sont trouvés d'utiles complices parmi les intellectuels occidentaux devenus de staliniens maccartystes qui veulent empêcher tout débat. Il n'est plus question ni de raison, ni d'esprit critique. Dieu semble s'être imposé comme la meilleure idée qui soit. Incontestable.
L'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud vient encore d'en faire les frais. Il a eu le culot d'affirmer que "le sexe est la plus grande misère dans le monde d'Allah" et de critiquer la manière dont sont traitées les femmes dans cette même culture. Un groupe d'universitaires lui est tombé sur le dos, à bras raccourcis. L'accusant (2) "d'alimenter les fantasmes islamophobes". Comme s'il n'y avait pas lieu de craindre des fanatiques qui, au nom d'une religion, font la guerre aux femmes et à tous ceux qui ne pensent pas comme eux. "Nous vivons une époque de sommations", déplore Kamel Daoud. Que savent, que peuvent savoir ces sociologues, ces historiens, ces philosophes de ce que vit et a vécu quelqu'un comme lui menacé de mort par les islamistes parce qu'il s'exprime librement ? Kamel Daoud dénonce les préjugés de spécialistes : "je sermonne un indigène parce que je parle mieux que lui des intérêts des autres indigènes et post-colonisés". A se vouloir à toute force anti-raciste, on se conduit comme les pires des colons, ceux qui ont choisi de maintenir des populations entières dans l'obscurantisme et la peur. Kamel Daoud annonce qu'il abandonne le journalisme. Qu'ont gagné les censeurs?
L'écrivain algérien a - heureusement - reçu le soutien de nombreux autres intellectuels (3). L'intelligence a toujours survécu à tous les dieux, à tous les inquisiteurs et à toutes les polices de la pensée. "Quand cette guerre contre l'islamisme sera terminée, écrit Riss (4), il faudra faire les comptes de toutes les lâchetés, les complaisances, les trahisons des intellos et des journalistes qui auront tout fait pour intimider et faire taire les voix contestataires."

Pour tous ces censeurs, cet extrait des "Versets sataniques" de Salman Rushdie. Et qu'ils se grattent où ça les démange!
Parmi les palmiers de l'oasis, Gibreel apparut au Prophète et se retrouva en train de débiter des règles, des règles, des règles, jusqu'à ce que les fidèles puissent à peine supporter l'idée d'une autre révélation, dit Salman, des règles sur la moindre chose, si un homme pète, il doit se tourner vers le vent, une règle sur la main à utiliser pour se nettoyer le derrière. Comme si aucun aspect de l'existence humaine n'était laissé sans règlement, libre. La révélation - la "récitation" - indiquait aux fidèles la quantité de nourriture à manger, la profondeur du sommeil, et les positions sexuelles qui avaient reçu l'autorisation divine, et ils apprirent ainsi que la sodomie et la position du missionnaire étaient approuvées par l'Archange, tandis que la loi interdisait toutes les positions où la femme était au-dessus. Gibreel dressa en plus la liste des sujets de conversation permis et interdits, et indiqua les parties du corps qu'on ne pouvait pas gratter quelle que soit la démangeaison.

(1)http://www.rtbf.be/info/medias/detail_des-medias-iraniens-renouvellent-la-fatwa-de-mort-contre-l-ecrivain-salman-rushdie?id=9219925
(2)  http://www.huffingtonpost.fr/ahmed-charai/islam-radical-kamel-daoud_b_9290366.html
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2016/02/21/kamel-daoud-accuse-islamophobie-quitte-journalisme_n_9284162.html?utm_hp_ref=france
http://www.huffingtonpost.fr/sophie-belaich/kamel-daoud-islam-femmes-islamophobie_b_9299096.html?utm_hp_ref=france
http://www.huffingtonpost.fr/ruth-grosrichard/kamel-daoud-entre-deux-fatwas_b_9296290.html?utm_hp_ref=france

(4) "Celui croyait au logiciel, celui qui n'y croyait pas", Charlie Hebdon, 24 février 2016.
http://www.marianne.net/pourquoi-monsieur-antiracisme-valls-refuse-parler-islamophobie-100240479.html

samedi 9 janvier 2016

Dieu existe, Charlie Hebdo l'a rencontré

Il va falloir se rendre à l'évidence: Dieu existe. Tout le monde l'a reconnu à la une de Charlie Hebdo de cette semaine. Certains y voient le dieu des Chrétiens, d'autres Allah ou Yaveh ou Jehovah. Même des athées l'ont reconnu, lui qui n'est, nous dit-on, qu'esprit. C'est dire si c'est bien lui ou en tout cas l'un de ceux-là. Mais peut-être ne voient-ils pas que c'est le même.
A nouveau, le dessin fait débat et pas ce qu'il indique. Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. Ce dessin est l'arbre qui cache la forêt des dieux au nom desquels il est légitime de faire la guerre et d'agresser ceux qui n'y croient pas. Cette sombre forêt où opèrent les islamistes et leurs idiots utiles (et dangereux) de la gauche anti-colonialiste (et bien plus raciste qu'elle ne le pense).
Dans un coup de gueule pleinement justifié (1), Mohamed Sifaoui explique que oui, hélas, l'assassin court toujours. Depuis des années, le journaliste algérien, menacé de mort depuis longtemps par les islamistes, ne cesse de nous mettre en garde contre ce fléau. En 2007 déjà, dans "Combattre le terrorisme islamiste", il affirmait que (2) "une certaine gauche sert non seulement les intérêts d'islamistes en herbe, qui tentent d'exciter les jeunes des quartiers difficiles, mais aussi ceux d'idéologues salafistes aguerris ayant mis en application une stratégie visant à faire accepter l'islamisme en Europe, et enfin ceux des émules de Ben Laden dont les actions ont considérablement bouleversé les habitudes des sociétés occidentales".
Aujourd'hui, il tempête, avec force, contre tous ceux qui continuent à minimiser le danger ou, pire, à le renforcer. "On oublie, le plus souvent, de parler de la matrice idéologique qui ne cesse d'expliquer, par la voix de prêcheurs et de prédicateurs, en France ou à l'étranger, à travers les réseaux sociaux et les chaînes satellitaires, que le fait de massacrer à la kalachnikov un journaliste blasphémateur est un acte qui plaît à Dieu." Et ce sont aujourd'hui celles et ceux qui défendent la liberté d'expression et s'engagent, au péril de leur vie, contre le totalitarisme islamiste qui se font traiter de terroristes. "Ce cheptel de haineux est toujours là, sous nos fenêtres." (...) Et, dit-il, ils nous demandent "de rester silencieux, y compris devant ces crimes barbares, au nom du pas de stigmatisation. (...) Cette volonté d'anasthésier le débat montre que l'assassin court toujours."

On pouvait penser que ceux qui ne veulent pas voir auraient enfin compris où est le danger et auraient accepté de regarder en face la sinistre réalité, mais non, le monde musulman continue à se mettre la tête dans le sable et à pleurnicher qu'il est mal-aimé et les islamo-gauchistes à prendre le parti des fascistes qui ont pris l'islam en otage.
Grâce à tous ceux-là, l'islamisme continue à gagner du terrain, de manière parfois plus rampante, comme dans les universités ou les hôpitaux. Dans les universités, ces vénérables institutions d'apprentissage des sciences, les lieux de prière et les signes religieux se multiplient  et des cours de biologie sont régulièrement contestés par des créationnistes (3). Dans les hôpitaux, il devient courant "que des musulmans intégristes accompagnent des femmes entièrement voilées et refusent qu'elles soient examinées par des hommes" et que "des patientes refusent l'entrée d'un homme, même médecin, dans leur chambre d'hôpital" (4). Et celles et ceux qui s'opposent à ces pratiques et attitudes intégristes se font traiter d'islamophobes, si pas de racistes, par les obscurantistes de toutes obédiences. "Ainsi, pour la gauche de la gauche, écrit Richard Malka, la laïcité consiste-t-elle dorénavant à accepter des accomodements raisonnables de la République aux religions plutôt que de réclamer des accomodements raisonnables des religions à la République." (5).
Voilà pourquoi, à force de crier à l'islamophobie, elle se répand. Comment ne pas craindre une religion qui veut, par la force, imposer ses règles dans l'ensemble de la société? "J'ai peur des religions, dit encore Richard Malka, parce qu'elles portent un absolutisme qui menace mes libertés et mon libre-arbitre, et je ne vois pas pourquoi on aurait le droit de craindre le christianisme, le judaïsme et pas l'islam. Le simple fait de l'écrire crée un malaise, car la peur, justement, a gagné les esprits. Pas la peur des terroristes, mais celle que nous font ressentir les chasseurs professionnels d'islamophobes. (...) Nous devrions pouvoir exprimer les mêmes analyses critiques à l'égard de toutes les religions parce que nous considérons égaux en esprit critique tous les croyants. Renoncer à cette exigence au nom d'une posture, c'est cela le racisme."
Finalement, devrons-nous nous revendiquer comme islamophobes pour apparaître comme anti-racistes et défendre la laïcité? "Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe", affirme Elisabeth Badinter (6), "qui a été pendant pas mal d'années le stop absolu, l'interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité. A partir du monent où les gens auront compris que c'est une arme contre la laïcité, peut-être qu'ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses."

Le jour où la souffrance ne sera plus vue comme une obscénité et que la violence ne sera plus vue comme une toute-puissance fascinante là où elle n'est que le témoignage d'une impuissance, alors se profilera l'horizon de la liberté.
Elsa Cayat, psychanalyste, membre de l'équipe de Charlie Hebdo, lâchement assassinée le 7 janvier 2015 (citée dans Charlie Hebdo du 6 janvier 2016).

(1) http://www.huffingtonpost.fr/mohamed-sifaoui/oui--lassassin-du-7-janvier-court-toujours_b_8929136.html
(2) Grasset, 2007.
(3) Jacques Littauer: L'université a les foies, Charlie Hebdo, 6 janvier 2016.
(4) Patrick Pelloux: Les djihadistes sur le front de la santé, Charlie Hebdo, 6 janvier 2016.
(5) Richard Malka: Avec ma laïcité de métèque..., Charlie Hebdo, 6 janvier 2016.
(6) sur France Inter, 6 janvier 2016, 8h20
http://www.marianne.net/elisabeth-badinter-il-ne-faut-pas-avoir-peur-se-faire-traiter-islamophobe-100239221.html

lundi 19 janvier 2015

Comment l'islam crée lui-même l'islamophobie

Naïvement, à lire le titre de l'article du Monde (1), j'ai été - un instant - juste un instant seulement - un peu rassuré. Lisant que "Les futurs imams vident leur sac", j'ai pensé que les futurs "cadres de l'islam", en formation à la grande mosquée de Paris, pleuraient sur le sort que font à l'islam les islamistes, sur les morts atroces commises en son nom.
Et c'est l'inverse. C'est pas eux, ils n'ont rien à voir là-dedans. Le Mahomet dessiné par Luz en couverture du dernier Charlie est plus empathique qu'eux. Eux n'expriment pas un regret, pas une excuse pour les crimes commis au nom du même dieu. Au contraire, ils crachent sur les morts, en n'hésitant pas à relayer les théories du complot. Un homme voit "un scénario préparé d'avance". Là, on est d'accord, mais les comploteurs ne seraient pas ceux que l'on pense selon lui, puisqu'on n'a jamais vu le visage des tueurs, ils étaient cagoulés. On voit qu'on a affaire à un fin limier. Il devrait "faire" policier, pas imam. Une femme va plus loin encore, laissant entendre que c'était là l'occasion pour le journal de se refaire une santé. Des explications qui donnent envie de vomir. D'autres ne veulent pas voir la différence entre antisémitisme et islamophobie, comme si, pour eux, ce qu'on pense était inhérent à ce qu'on est. Ils sont, selon l'expression de Sophia Aram ce matin (2), "ceux qui ne font que croire ce qu'ils pensent". Un homme voit même dans le dessin de la dernière couverture des sexes cachés. Il connaît mal l'hebdomadaire: quand dans Charlie on dessine une bite, c'est une bite. Elle n'est pas cachée, elle ose se montrer. Mais des esprits tordus en voient partout et sont donc incapables de voir "la tendresse et l'intelligence"(3) que traduit le dessin de Luz.
J'ai été formateur durant des années. Mon ambition essentielle était d'aider mes étudiants à réfléchir, de les rendre plus intelligents, plus capables de comprendre et d'agir. Pas d'en faire des autruches qui éructent avec la tête dans le sable, relaient des rumeurs stupides et injurieuses, sortent des monstruosités. Comment ces futurs imams et ceux qui les forment ne comprennent-ils pas que des propos aussi idiots et infâmes sont dommageables pour l'ensemble des musulmans? Ce ne sont pas les caricaturistes qui donnent une mauvaise image de l'islam, disait Cabu, mais ceux qui tuent en son nom. Ceux qui crachent en son nom ternissent un peu plus cette image.
Comment ne pas comprendre que cet islam-là fait peur, qu'il crée une vraie phobie? Qu'il est aussi dangereux pour les musulmans que les attaques et les raccourcis répugnants de l'extrême droite et des identitaires?
Est-ce ainsi qu'Allah est grand?

Post-scriptum: les manifestations contre les caricatures de Charlie Hebdo organisées un peu partout dans le monde musulman (comme, par exemple, en Tchétchénie) sont des caricatures de manifestations (4). De véritables insultes à la démocratie. Qui se lèvera contre elles?

(1) www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/17/a-la-grande-mosquee-de-paris-les-futurs-imams-vident-leur-sac_4558443_3224.html
(2) www.franceinter.fr, ce 19 janvier 2015, 8h55. Excellent billet sur les rumeurs et les complots!
(3) www.liberation.fr/societe/2015/01/14/aujourd-hui-le-prophete-est-aussi-charlie_1180802
(4) France Inter, Journal, 19 janvier, 13h.

mardi 13 janvier 2015

Qui est donc responsable?

L'enquête devra déterminer qui a armé, et éventuellement mandaté, les assassins de Charlie Hebdo. Mais il y a aussi une autre question: qu'est-ce qui a poussé certains à considérer que Charlie Hebdo devait être éradiqué, certains à aller jusqu'à commettre cet acte odieux et d'autres encore à se réjouir que ce soit chose faite? Il y a eu des appels de rappeurs à autodafé et à agression (1). Il y a cette idée, érigée par certains en principe, qu'on ne peut représenter le Prophète et moins encore s'en moquer. Que le faire serait preuve d'islamophobie. Et qu'il n'est que logique que les islamophobes paient un jour pour leur faute. Mais de quelle faute parle-t-on?
Je l'ai écrit souvent (2), il est temps d'en finir avec ce terme pervers d'islamophobie. Une invention de barbus qui est censé interdire qu'on les critique, eux et leurs pratiques. Ce terme n'existe pas pour qualifier des attaques contre d'autres religions. On ne parle pas de christianophobie, alors même que les pratiquants de cette religion sont aujourd'hui les plus menacés dans le monde. On ne parle pas de charliphobie, alors que les appels à agression se sont multipliés (le plus souvent dans l'indifférence générale). On ne parle pas d'écolophobie, alors que des militants écolos se font insulter - et parfois tuer - un peu partout. Il y a toute cette gauche européenne bien pensante qui se dépêche de traiter d'islamophobes tous ceux, de gauche comme de droite, qui ont l'outrecuidance d'être critiques par rapport à l'islam et ses pratiques. Donc, supprimons ce terme d'islamophobie de notre vocabulaire. Car de deux choses l'une: soit il s'agit de racisme, d'agressions, d'attentats (quant on s'attaque à des croyants en fonction de ce qu'ils pensent, à leurs mosquées, leurs églises, leurs synagogues, etc.) et ces faits sont condamnables par la loi, soit il s'agit de critique d'une religion et de ses pratiques et on entre alors simplement dans le jeu démocratique du débat d'idées. Pour l'instant, le terme d'islamophobie entretient - à dessein - la confusion. 

Il est évident que la grande majorité des musulmans ne voulait pas voir des assassins agir au nom de l'islam et tout aussi évident qu'il faut éviter les amalgames. Mais l'islam doit admettre qu'elle  (voir note en bas de page) a une face sombre, qu'une de ses composantes est aujourd'hui extrêmement violente. Quand on a la tête dans le sable, il est difficile d'avancer. "Il y a aujourd'hui une lepénisation de l'islam, estime le réalisateur Romain Goupil (3), même si les musulmans en sont les principales victimes."
Dans sa remarquable "lettre ouverte au monde musulman" (4),  parlant du "démon" DAESH, le philosophe Abdennour Bidar estime qu'il est évidemment indispensable que le monde musulman proclame qu'il dénonce la barbarie commise en son nom, mais que c'est insuffisant, qu'il ne peut se réfugier dans l'autodéfense "sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l'autocritique". Au-delà de l'indignation, dit-il, c'est le moment d'une remise en question. "Le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps." De nombreuses voix s'élèvent, dit-il, au sein de la communauté musulmane pour amener l'islam à effectuer son aggiornamento, mais elles ne sont pas encore assez nombreuses, assez entendues. "Tu as choisi, dit-il au monde musulman, de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu' il n'y a pas de contrainte en religion." Il appelle à instituer la "liberté spirituelle à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens!". Il invite à ouvrir les esprits. "Il y a tant de ces familles, tant de ces sociétés musulmanes où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne de près ou de loin la religion reste ainsi quelque chose qui ne se discute pas."
Comment s'étonner alors que, lors de débats dans des écoles, ces derniers jours, des collégiens et des lycéens affirment que les dessinateurs de Charlie l'ont bien cherché, qu'on peut tout faire sauf se moquer du Prophète et que ces assassinats sont donc logiques? Comment s'étonner que lors de ces débats certains de ces jeunes de 14-15 ans aient découvert le mot athéisme, aient découvert, effarés, que certains ne se reconnaissent aucun dieu et en nient même l'existence (5)? "Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants", poursuit Abdennour Bidar. Il faut, selon lui, que l'islam entame une profonde réforme dans le sens de la liberté de conscience, de l'émancipation des femmes, de l'égalité des sexes, la démocratie, la tolérance, la réflexion et la culture critique du religieux. 
Sa critique est sévère, il le reconnaît, mais, dit-il, "tous ceux qui ne sont pas assez sévères avec toi - qui te trouvent toujours des excuses, qui veulent faire de toi une victime, ou qui ne voient pas ta responsabilité dans ce qui t'arrive - tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service".

A Châteauroux, ce dimanche après-midi, les organisateurs du rassemblement en hommage à Charlie avaient invité les représentants des religions à s'exprimer.  Le premier à le faire, de manière très (trop) véhémente, fut celui des musulmans. Il condamna les assassinats, mais pour, aussitôt après, estimer qu'il faudrait "des garde-fous à la liberté d'expression" (6). Quelques sifflets lui répondirent. Dimanche soir, sur France 2 (3), le représentant de "Reporters sans frontières" a annoncé qu'il comptait inviter les représentants des différentes religions à signer une charte d'engagement à ne pas vouloir imposer le sacré aux autres. Pour lui, "la liberté d'expression n'a pas de religion".

Parmi les responsables présumés de l'état d'esprit actuel, de cette montée de la violence, il  y a ceux-là mêmes qui se sont fabriqués sur le sentiment d'insécurité et la peur, ces partis politiques d'extrême droite qui ont fait du rejet de l'autre leur fonds de commerce, ces pseudo intellectuels qui pensent avec le regard dans le rétroviseur, nostalgiques d'un temps où les peuples étaient, pensent-ils, plus homogènes, sans ces immigrés qui ont envahi l'Europe. "Il faut rejeter les professeurs de désespérance, disait récemment Abdennour Bidar (7), les sirènes de la haine et du rejet. Le temps de la fraternité doit venir."
On ne demande qu'à y croire.

(1) sur ce blog, : "La question des limites", 9 janvier 2015.
(2) sur ce blog:
- "Faut-il enfiler une burqa pour parler de l'islamisme - (1) 6 septembre 2010 - (2)  9 septembre 2010.
- "Islamofolies", 19 avril 2013.`
(3) Emission d'hommage à Charlie Hebdo, France 2, France Inter, etc., soirée du 11 janvier 2015.
(4)
www.huffpostmaghreb.com/abdennour-bidar/lettre-ouverte-au-monde-m_1_b_6443610.html
(5) témoignage d'une enseignante, France Musique, 13 janvier 2015, vers 8h15.
(6) www.lanouvellerepublique.fr/Indre/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2015/01/12/Une-confusion-d-emotions-2182414
(7) dans l'émission "28 minutes", Arte, la semaine dernière.
Note: me relisant, je constate que j'ai automatiquement féminisé l'islam, alors que c'est plutôt une affaire mâle...
A propos d'Abdennour Bidar, lire aussi sur ce blog "Modérons-nous", 3 novembre 2011.

mercredi 27 novembre 2013

Dé-rap-age

Se moquer des gens, les critiquer pour ce qu'ils sont, pour la couleur de leur peau, leur âge, leurs origines, leur sexe, c'est du racisme et c'est inacceptable et condamnable. Se moquer des idées ne l'est pas. On conviendra qu'il est plutôt sain de se moquer des idées, que la critique fait réfléchir et avancer et qu'une société qui l'interdirait se recroquevillerait sur elle-même et serait de type dictatorial, de celles qui refusent à leurs sujets le droit de penser.
Aujourd'hui, on a donné un nom à la critique de l'islam: on parle d'islamophobie et on la confond allègrement avec le racisme. Certains montent aux rideaux - et surtout aux créneaux - à la moindre plaisanterie, à la moindre critique de l'islam. Or, l'islam, comme toutes les autres religions, est - et n'est que - une idée, et est donc à ce titre critiquable.
Ceux qui s'indignent de ce qu'ils nomment islamophobie estiment que celle-ci témoigne d'une attitude colonialiste. Non seulement l'analyse est pour le moins expéditive et simpliste, mais elle oublie en outre combien les religions ont été et restent de gigantesques entreprises de colonisation des esprits et comment certains les utilisent à des fins violentes.
Au nom de la lutte contre l'islamophobie (c'est ce qu'on peut supposer), voilà qu'un rappeur appelle à "un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo".
Bien sûr, on n'a affaire ici ni à un grand sociologue, économiste ou écrivain ("quel est le vrai danger: le terrorisme ou le Taylorisme?", demande-t-il), mais à un politologue amateur assez dangereux. Et on comprend vite que Nekfeu se range dans le camp de l'Inquisition ou du nazisme. Le sait-il? Ce sont ces régimes-là qui initièrent et pratiquèrent ces incendies contre les hérétiques qui avaient l'outrecuidance de ne pas penser comme eux. Nekfeu, qui dans sa chanson condamne le racisme, sait-il qu'il appelle à brûler un journal fondamentalement antiraciste (1)? 
Nekfeu n'aime pas Charlie, cet hebdo d'esprits libres. L'a-t-il lu un jour? Tous ceux qui comme lui appellent à la violence se placent du côté de l'extrême droite et de l'obscurantisme.
Le plus affligeant, c'est que la chanson dans laquelle le rappeur en question interprète ce couplet (2) est liée au film "La Marche", même s'il n'est - heureusement - pas repris dans sa bande originale. Le film de Nabil Ben Yadir (réalisateur de l'excellent film "Les Barons") a tout son sens aujourd'hui encore. Il retrace la "Marche pour l'égalité et contre le racisme", organisée en 1983 par Toumi Djaidja et ses amis pour protester contre les violences policières. "Un film clairement antiraciste, qui rend hommage à un événement majeur dans l'histoire de la lutte pour l'égalité des droits", estime l'équipe de Charlie, effarée par la violence de ce "chant religieux communautariste".
La chanson "La Marche" réunit treize rappeurs, chacun apportant son propre texte. Dommage que celui de l'un d'entre eux, véritable outrage à l'intelligence, fasse le jeu de l'extrême droite, tant musulmane que franco-française.
Peut-on faire une suggestion à Nekfeu: qu'il rejoigne une "chorale de râleurs". Elles sont très à la mode, paraît-il (3), mais s'expriment dans le second degré. Un peu de recul devrait lui faire le plus grand bien.

un abonné de Charlie Hebdo

(1) lire la tribune "Non, Charlie Hebdo n'est pas raciste"
www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2013/11/25/charlie-hebdo-effare-de-la-violence-de-la-bo-du-film-la-marche-a-son-encontre_3519910_3236.html
(2) http://rapgenius.com/La-marche-marche-lyrics#note-2468925
(3) Arte Journal, 26 novembre 2013.


(re)lire sur ce blog:
- "Islamofolies", 19.04.2013.
- "Renvoi de censeurs", 02.11.2011.

vendredi 8 février 2013

Egalité bla bla

Il est des positions qui nous prouvent que la terre est ronde. Voici un parti bruxellois, "Egalité", dont on nous dit qu'il se situerait à l'extrême gauche et qui tient des propos et a des attitudes dignes d'un ayattolah, c'est-à-dire à l'extrême droite.
"Egalité" revendique le "chahut" qu'il a organisé à l'ULB il y a un an (1) pour empêcher Caroline Fourest de s'exprimer sur les dérives que l'on peut qualifier de fascisantes de faux dévots, dangereux pour la démocratie. Tout leur discours se résumait à un incompréhensible slogan: "burqa bla bala". Tout le monde a parlé de ce chahut, se réjouit Nordine Saïdi, l'un des perturbateurs. Ceux-ci ont fait le buzz, ils en sont aussi fiers que des candidats à une vulgaire émission de télé-réalité. Mais cette réalité-ci est bien triste: ce faux chahut n'était rien d'autre qu'une vraie censure. Saïdi feint de s'étonner des suites données à l'affaire. Voilà les censeurs qui se posent en victimes, une de leurs poses préférées. 
Une pose d'autant moins crédible que Nordine Saïdi a placé sur son profil Facebook une vidéo intitulée "Breivik: le terroriste préféré de l'islamophobe Caroline Fourest". Courageusement, il affirme n'être ni l'auteur ni (de manière assez incompréhensible) le diffuseur de cette vidéo qui on l'imagine ne connaît pas les nuances et met dans le même sac une démocrate pourfendeuse de tous les intégrismes et partisane de la diversité culturelle et un assassin malade de pureté culturelle. Avec cette vidéo, la bêtise le dispute à l'abjection. 
Caroline Fourest, logiquement, a déposé plainte contre Nordine Saïdi. Celui-ci se récrie: cette plainte "est une tentative d'intimidation à son égard", dit-il dans un communiqué (2). On a du mal à le suivre: il agresse et s'étonne d'être poursuivi. D'agresseur, le voilà à nouveau victime, le pauvre homme. Il affirme se réjouir du procès qui lui est fait: il s'en servira "pour exposer à la justice pourquoi il considère Mme Fourest comme coutumière de propos islamophes".
Nous y (re)voilà: l'islamophobie, ce terme inventé par les intégristes islamistes pour interdire qu'on les critique. "Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles: l'islamophobie", écrit Salman Rushdie (qui sait de quoi il parle!) dans sa remarquable autobiographie "Joseph Anton" (3). "Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine, poursuit-il, était considéré comme du fanatisme. Une personne phobique avait des positions extrêmes et irrationnelles, c'était donc elle qui était fautive et non pas le système religieux qui revendiquait plus d'un milliard d'adeptes à travers le monde. (...) Une religion n'était pas une race. C'était une idée, et les idées résistaient (ou s'effondraient) parce qu'elles étaient assez fortes (ou trop faibles) pour supporter la critique, non parce qu'elles en étaient protégées. Les idées fortes accueillaient volontiers les opinions contraires."
On attend impatiemment de comprendre quelles mouches ont piqué des militants dits d'extrême gauche qui se rangent du côté de bigots obscurantistes. La terre est ronde. Mais peut-être le contestent-ils.

(1) lire sur ce blog "Faiblesses d'esprit", 8 février 2012.
(2) LLB, 6 février 2013.
(3) Plon, 2012, p. 400.