lundi 7 mai 2007

Nouvelle victoire à la Star Ac

C’est donc Nico qui l’a emporté au terme d’un suspense palpitant qui aura tenu la France en haleine durant des mois. Quatre candidats au titre avaient été sélectionnés par toutes les chaînes de télé : Nicolas, l’énervé au parler vrai ; Ségolène, la bourgeoise rigide mais exaltée ; François, le paysan cul-(béni)-entre-deux-chaises ; et Jean-Marie, l’éructeur d’un autre âge. Depuis le début, les médias avaient fait leur choix, les huit autres n’étaient là que pour la figuration et pour profiter de leur quart d’heure de médiatisation.
Quand Nicolas, au lendemain de l’annonce officielle de sa candidature à la Star Ac, s’est promené dans les ruelles du Mont-Saint-Michel, il n’y a croisé que quelques touristes japonais surpris. Mais il a entraîné dans son sillage des dizaines de journalistes, photographes et cameramen, soucieux de témoigner de la démarche altière et de la vision large de l’homme d’Etat qui déjà pointait sous Napoléon. Jean-Marie, autrefois évité par la presse qui refusait de tendre ses micros à un ennemi déclaré de la démocratie, s’est cette fois complu sur les plateaux de télévisions trop heureuses d’accueillir ce tribun dont le néo-fascisme pèse peu face à son "médiatisme". Ségolène fut vite fascinante dans son rôle de Jeanne de Poitiers contre les éléphants, même si (et sans doute parce que) elle agit précisément comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, s’asseyant sur le programme de son parti et sur la notion même de gauche. François fut la surprise, sortant de son rôle de provincial coincé et déclarant à tout journaliste qui voulait l’entendre qu’il incarnait le renouveau du centre, tout ministre de droite qu’il fut.
Si ces candidats font des voix, c’est qu’ils font aussi de l’audience. Et réciproquement. Bref, tout le monde s’y retrouve.

Nico l’a fait savoir rapidement : pas de débat. C’est qu’il s’agit d’avoir l’air ce qu’on entend paraître. Allez savoir pourquoi, les médias se sont inclinés : au premier tour, il n’y eut donc pas de débat. Trop risqué. Il aurait pu écorner les images fabriquées par les plans de com’ des candidats. Les débats sont ringards, ils ont le désavantage d’obliger les participants à sortir de textes bien huilés et de se confronter à d’autres points de vue, à l’inattendu parfois.
Ce fut quand même le cas lors du seul débat, celui – obligé – du second tour, quand la madone sortit de ses gonds pour une « saine colère » contre le candidat énervé soudain devenu zen.

Le remarquable documentaire de Serge Moati « La prise de l ‘Elysée » (diffusé ce lundi par France 3) témoigne de la prédominance de la com’ dans nos systèmes politiques, met en lumière les calculs, les bassesses, les cynismes, la morgue.
Et aussi la ferveur des militants et des électeurs pour ces stars (ou tsars ?) fabriquées. Mais pourquoi donc les hommes et les femmes ont-ils tant besoin de dieux vivants, de ces dieux malades d’eux-mêmes, d’exaltation, de suffisance, de prétention ?

lundi 16 avril 2007

Etre de droite, est-ce inné?

Sur les ahurissantes déclarations de Nicolas Sarkozy sur l'inné, lire le portrait de Sarko par Michel Onfray (qui fut, par son interview pour Philosophie Magazine, à l'origine de ces déclarations): "Le cerveau d'un homme de droite" - http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com
(le texte est également consultable sur www.prochoix.org)
Et aussi l'édito de Philippe Val dans Charlie Hebdo du 11 avril: "Sarkozy Ier, roi de la génétique".

Le Pen comme alternative?

Entendu ce matin au Journal Parlé de la RTBF, un électeur de Le Pen expliquer que s'il vote pour le vieux facho (il ne l'a pas dit comme cela), c'est parce qu'il est opposé au permis à points: on empêche de rouler d'honnêtes gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler, alors qu'on laisse courir les délinquants!
La veille, au JT de la RTBF, un ancien mineur du Nord expliquait que s'il va voter Le Pen c'est parce que la droite a créé une situation sociale déplorable. La gauche? On l'a déjà eue, c'était pas mieux. Reste l'alternative Le Pen. Ruquier fait des dégâts avec son émission "On a tout essayé". Mais, quand les français auront tout essayé, que restera-t-il d'eux et de la France? Se le demandent-ils?
Dans son programme, Le Pen place en tête le dossier immigration: les aides sociales et les allocations familiales seront réservées aux seuls français, le regroupement familial sera supprimé, la France sortira de l'espace Schengen. Au hasard (ou presque) des autres dossiers: rétablissement de la peine de mort, construction de nouvelles prisons, présomption de légitime défense pour la police, remise en question de la dépénalisation de l'avortement, refus du mariage homosexuel, sanctuarisation (sic) de l'école (suppression des "heures de vie de classe"), suppression des allocations sociales et famialiales pour les familles d'enfants perturbateurs, rétablissement de l'autorité à l'école et des mérites de la sélection, refus de la coopération policière et judiciaire européenne, libération au maximum des entreprises des contraintes qu'elles subissent, libération du travail et de l'entreprise de l'étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme. Restons-en là. Pétain est encore vivant.
Mais c'est bien Le Pen qui est invité sur toutes les chaînes télé et radio. Le vieux néo-fasciste (comme on l'appelait encore en 2002 et comme on ne l'appelle plus aujourd'hui) peut aujourd'hui développer comme et où il l'entend ses discours de peur, de haine, de rejet de l'autre, de populisme, de poujadisme, de réaction, de nationalisme et de démagogie. Il est loin le temps où sa venue générait des manifestations de protestation. Les médias et l'opinion publique l'ont banalisé (jusqu'à en faire un "candidat érotique"? , comme l'écrit Jean-Baptiste Thoret dans Charlie Hebdo du 11 avril).
Le voilà donc comme une alternative pour les déçus, les beaufs, les râleurs, les individualistes forcenés, les cyniques, les je-m'en-foutistes, les je-les-emmerde-tous.
Aux royaume des aveugles, les borgnes sont rois...
(Et tant pis si ce royaume est - pour l'instant...- une république.)

Skier à Maubray ou surfer sur le réchauffement climatique ?

Le monde court à sa perte et le réchauffement de la planète constitue une grave menace pour des populations et des générations entières. Il est urgentissime de modifier nos modes de vie et de production pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre non pas de 7,5 ou 10% mais de 60 à 80 % d’ici 2100.
Voilà, en substance, ce qu’on peut retirer de la lecture des rapports des experts du Giec réunis à Paris, puis à Bruxelles en ce début 2007.

Rejoignant le discours écologiste, les autres partis se montrent bien décidés à affronter le problème. « Il est temps d’être radical, pour notre climat, pour nos familles, pour notre environnement, pour notre mobilité, pour nos travailleurs, pour nos entreprises, pour nous tous…», déclarait en décembre dernier la présidente du CDH. « Le réchauffement de la planète est devenu un défi majeur. Nous devons absolument favoriser les économies d’énergie, à la fois parce que l’énergie coûte de plus en plus cher à nos concitoyens, mais aussi parce que la lutte contre l’effet de serre est une question de survie. », affirmait le PS en janvier.
Tout le monde est donc d’accord : face au plus grand problème auquel ait dû faire face la planète entière, il faut changer radicalement de manière de vivre. Tout le monde ? Non, à Maubray, petit village de l’entité d’Antoing, un promoteur résiste : le prince de Ligne veut, contre vents et marées (!), produire de la neige et de la glace toute l’année. Augmentant ainsi le réchauffement climatique et faisant ainsi un bras d’honneur aux autres citoyens de la planète.

S’il devait se réaliser, le « Centre européen de sports de nature et de glisse » (on notera que le terme de nature a été ajouté tardivement, face aux réactions, et ne figure pas dans le projet remis par le promoteur au Gouvernement wallon) s’étendrait sur 350 ha et un périmètre de 19 km ; il accueillerait 1.500.000 personnes/an. La consommation d'eau est estimée à 500.000 m³/an , puisée par un forage dans la nappe du Calcaire Carbonifère (déjà surexploitée dans le Tournaisis).
Ses besoins énergétiques sont de 54 millions de kWh de gaz/an (l'équivalent de la consommation de 2250 ménages), et 31 millions de kWh d'électricité/an (l'équivalent de la consommation de 8940 ménages)
Le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut a calculé que ce projet pharaonique produirait 21.000 tonnes de CO2 par an (sans compter le CO2 produit par les véhicules des clients, attendus dans un rayon de 300 km).

En réaction à ce projet s’est constituée la CIAO (Coordination Internationale des Alpes Occidentales) qui regroupe des écologistes, des naturalistes et des riverains. Face au mutisme du prince qui refuse de communiquer, la CIAO a mis le projet… en ligne: www.c-i-a-o.eu

Si, à l’exception d’Ecolo, les partis politiques soutiennent ce projet, c’est qu’il annonce la création d’emplois: 400 temps pleins, 700 partiels, plus quelques centaines dans l’Horeca et à l’extérieur. Mais aucun élément dans le dossier ne justifie ces chiffres. Pas un mot sur le plan d’entreprise, sur une quelconque étude de marché, ni sur les investisseurs.
Réchauffement climatique ou pas, le Gouvernement wallon croit dans ce projet : dans sa note de présentation du projet (du 27 avril 2006, signée A. Antoine), il se montre enthousiaste pour ce « concept novateur » « de haute qualité environnementale », sans se soucier le moins du monde de son impact en matière d’utilisation d’eau et d’énergie, ou de production de CO2. André Antoine, ministre de l’énergie et de l’aménagement du territoire, vice-président du Gouvernement wallon, était à Tournai récemment. Interpellé par deux membres de la CIAO à la suite d’une intervention au cours de laquelle il a appelé tous les Wallons à économiser l’énergie, il ne s’est pas opposé au projet de centre de sports de glisse, comparant ce projet aux aéroports, eux aussi polluants mais fournisseurs d'emplois… On est loin des appels au changement radical évoqués plus haut !
Le projet est actuellement soumis à une étude d’incidences sur l’environnement.

Egalement interrogé par un membre de la CIAO lors de son passage à Tournai, le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele (Professeur à l’Institut d’Astronomie et de Géophysique G. Lemaître à l’UCL, membre de la Commission fédérale du développement durable, représentant de la Belgique au GIEC) a déclaré : « Nous n’avons pas d’autre choix que de changer radicalement la manière dont l’économie fonctionne. Bien sûr, il faut trouver un équilibre entre l’environnement, l’économie et le social, c’est le défi du développement durable. Mais fabriquer de la neige n’est certainement pas la bonne manière d’économiser l’énergie. Construire des pistes de ski dans un pays qui va devenir chaud touche à l’absurde. »

La CIAO a entamé un vaste travail d’interpellation d’associations et d’organisations, de personnalités scientifiques et médiatiques, des partis politiques à tous les niveaux.
Leurs positions par rapport à ce projet d’un autre âge (celui où « on ne savait pas ») sont et seront publiées sur le site. Jusqu’à présent, seuls parmi douze listes politiques d’Antoing, Brunehaut et Péruwelz Ecolo Brunehaut et Ecolo Péruwelz ont fait part de leur positionnement. Les autres groupes politiques (socialistes, libéraux, listes diverses), courageusement, se taisent.
Le projet de Centre de Glisse constitue, à l’évidence, un beau cas de figure face auquel les partis sont et seront amenés à faire preuve de leur capacité de cohérence et de mise en œuvre de leur volonté de s’attaquer « radicalement » au réchauffement climatique. Au risque de… déraper.


Le dimanche 27 mai en matinée, la CIAO organise une mobilisation, sous forme de balades à pied et à vélo autour du site concerné. Des naturalistes feront découvrir les richesses naturelles de la zone.
(info sur www.c-i-a-o.eu ou au 069 34 42 11)

Embrassons-nous, Folleville!

Le 21 avril, on se fait un câlin à Namur. Le mouvement Free Hugs, parti d’Australie en 2004, se décline aujourd’hui dans toutes les langues : Câlins gratuits – Gratis Knuffels – Objeti zdarma – Ilmaisia haleja – Pelukan Percuma – Abracci gratis - etc. (1) Le terme de « mouvement » est approprié : il vous porte vers un(e) inconnu(e) avec qui, pendant quelques brèves secondes, vous échangez un peu de tendresse. Les Sick Puppies en ont fait un clip plein de charme où l’on voit des passants tomber dans les bras l’un de l’autre.
Chaque jour, dans plusieurs endroits dans le monde, des anonymes s’étreignent juste pour le plaisir du geste et le bien qu’il apporte.
Ce samedi 21 avril à partir de 14h, ce sera sur les grands axes de Namur.
Dans ce monde de brutes, voilà une information très printannière et revigorante.

Et pendant ce temps-là, des barbus névrosés ne trouvent rien de mieux que de lancer une fatwa contre une ministre, exigeant sa démission parce qu’on l’a vue faire l’accolade à son instructeur après un saut en parachute ! Au Pakistan, un tribunal islamique (heureusement illégal, il ne manquerait plus que cela !) considère que la Ministre du Tourisme a posé « de manière obscène » sur des photos avec des parachutistes français. Il y a une bonne nouvelle dans celle-ci : c’est que les islamistes, refusant qu’hommes et femmes s’approchent, ne se reproduiront pas… (2)

(1) Je me rends compte, à cette occasion, que le mot « gratis » est commun à de très nombreuses langues. C’est plutôt une bonne nouvelle dans ce monde où tout se paie !
voir www.freehugscampaign.org et www.calins-gratuits.com
(2) On peut rêver…

samedi 24 mars 2007

Ce que veulent dire les mots

La rénovation a atteint sa vitesse de croisière
On le pressentait : le pétard était mouillé et la découverte de « l’écologie humaine » par le Ps risquait fort de n’avoir que des conséquences superficielles. En fait, il faut comprendre que dans l’appellation « écologie humaine » il y a « écologie » d’un côté, et « humaine » de l’autre.
Traduction : à Antoing, le bourgmestre vient d’annoncer qu’il fera éteindre l’éclairage des monuments publics la nuit. Voilà pour l’écologie. Dans le même temps, il s’est déclaré favorable au projet de centre de sports de glisse porté par le prince de Ligne, projet qui – s’il devait voir le jour - gaspillerait annuellement 54 millions de kWh de gaz, 31 millions de kWh d'électricité et 500.000 m3 d'eau et produirait 21 000 tonnes de CO2, mais qui annonce des création d’emplois. Voilà pour l’humain. Donc, l’écologie oui, mais oui aussi à son contraire. On ne peut que conseiller au bourgmestre d’Antoing et à tant de ses collègues de sortir de leur chère Wallonie pour constater comment une politique soucieuse de l’environnement a été bénéfique également à l’économie et combien d’emplois une véritable politique écologique a pu créer en Allemagne, en Autriche, dans les pays scandinaves, en Espagne, etc.
Mais certains hérauts (à ne pas confondre avec héros) de la Wallonie ont mieux à faire quand ils voyagent. On a appris cette semaine que José Happart et quelques-uns de ses commensaux auraient été chasser en Bielorussie grâce à une caisse noire de la ville de Charleroi alimentée notamment par des fonds européens. Certains avaient cru voir dans le hérisson fouronnais un Astérix wallon se battant avec opiniâtreté et humour contre l’envahisseur. En fait, on a pu constater depuis longtemps qu’il n’était qu’un Abraracourcix même pas drôle, un chef de village qui tombe régulièrement de son pavois. (Luc Delfosse en a tracé un portrait féroce et drôle dans le Soir du 23 mars sous le titre « Mort d’une icône ».) José Happart se soucie, comme de sa première cartouche, de cette caisse noire carolo : « quand je suis invité, je ne me soucie pas de savoir qui règle la facture », a-t-il déclaré. Dans la « Semaine infernale » de ce samedi 24 mars, Pierre Kroll a répliqué qu’il s’en soucie, lui, « pour savoir qui remercier »…
En attendant à Charleroi, toutes les nouvelles révélations ne sont que normales, nous assure Elio Di Rupo : quand on ouvre des placards, il ne faut pas s’étonner d’y trouver des cadavres rances. Donc, tout ce qui arrive et arrivera n’est que normal. Circulez, y a rien à voir.
La rénovation du Ps, elle, suit son cours : le chef de cabinet de Laurette Onkelinx pourrait bien remplacer Georges Dumortier (aujourd’hui inculpé pour des malversations financières) à la direction du Botanique. Même si le C.A. du Bota juge inutile son remplacement à une fonction qui était, jusqu’il y a peu, bicéphale. Henri Simons, ex-échevin bruxellois, a perdu son siège aux dernières élections communales. Son siège mais pas ses ambitions. Transfuge d’Ecolo, le voilà aujourd’hui sur la liste sénatoriale du Ps et peut-être demain président du Bota. Pour le Ps, par « rénovation », il faut entendre « changement de têtes ». (lire l’article « Les copains d’abord » d’Elisabeth Mertens dans le Vif du 23 mars)
Mais il ne s’agit pas de changer toutes les têtes, parfois une même tête peut servir de manière multiple : Philippe Reynaert, l’homme aux lunettes blanches, présentateur à la RTBF et directeur de Wallimage, va désormais cumuler, en plus, un mandat d’administrateur à la RTBF avec la présidence de Télé MB. Deux fonctions incompatibles, mais Reynaert remet en question le décret de la Communauté française du 27 février 2003 sur l’audiovisuel : son cumul serait bénéfique aux deux institutions audiovisuelles (le Soir du 24 mars). Bon sang, mais c'est bien sûr!
Si le Ps se cherche un hymne, il a le choix entre la chanson des Poppys « Non, non, rien n’a changé » et celle de Dalida « Paroles, paroles, paroles ».


Louis Michel, entre Europe et Ego
Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, a mis à son programme l’éradication de l’extrême pauvreté, la lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria, l’amélioration de l’accès aux soins sociaux de base, la promotion des droits de l’homme et de la démocratie et d’autres causes tout aussi nobles et urgentes. A de nombreuses reprises, il a eu l’occasion d’expliquer combien il croyait à cette mission. Mais voilà que soudain il a entendu l’appel des urnes : il « poussera » la liste MR du Sénat. On comprend facilement son choix : au MR, loin de l’Afrique qui meurt ou se bat, « le bonheur est au programme » ! « Si le signal de l’électeur est assez fort, j’en tirerai les conclusions », dit-il, ajoutant « je veux d’abord voir quel est mon degré de soutien et de popularité » . Bref, il rêve visiblement - tout en s’en défendant parfois - d’être premier ministre et tous les beaux combats qu’il entendait mener sont peu de choses face au besoin de vérifier combien on l’aime. Si on le comprend bien, s’il recueille beaucoup de voix et que son parti reste dans la majorité, il espère accéder à la plus haute marche du gouvernement ; s’il n’a pas le succès qu’il espère, tout laisse entendre qu’il retournera à l’Europe. L’Europe et la lutte contre l’extrême pauvreté, un pis-aller… A l’heure de la fête pour le cinquantenaire de l’Europe, voilà un message bien éloigné de celui des signataires du Traité de Rome.

Dira-t-on bientôt « l’Exexcel » ?
Bardaf ! C’est l’embardée ! Le château de cartes mouscronnois vient de s’effondrer d’un seul coup. Cent vingt policiers ont emmené des tonnes de documents de l’administration communale, de l‘intercommunale de développement économique, du club de foot, de la société de logement social et d’autres organismes. A Mouscron, l’étonnement tient surtout au fait qu’il ait fallu si longtemps pour que la Justice intervienne. Il y est de notoriété publique depuis longtemps que l’ancien bourgmestre Jean-Pierre Detremmerie (CDH) avait fait passer les intérêts du club de foot l’Excelsior avant tous les autres et que les combines étaient devenues affaires courantes. L’IEG, Intercommunale d’Etudes et de Gestion, aurait dû être baptisée PFF, « pompe à fric du foot ». Le roi de la confusion des genres est aujourd’hui… bien confus.

Bref, encore une bien belle semaine et no s’ton fir’ d’iess’ wallon !

mardi 13 mars 2007

Blasphème ?

La Libre Belgique de ce 13 mars 2007 publie une excellente carte blanche de Patrice Dartevelle, Président de la Ligue pour l'abolition des lois réprimant le blasphème et le droit de s'exprimer librement et Vice-président du Centre d'Action Laïque: il s'inquiète d'un projet de loi réprimant le blasphème. Le Gouvernement belge a déposé devant la Chambre, le 26 octobre 2006, un projet de loi tendant à lutter contre certaines formes de discrimination. "Le but de la loi est louable en soi, estime-t-il: lutter contre toutes les formes de discrimination, qu'elles touchent à la race, à la nationalité, au sexe ou aux opinions religieuses, philosophiques ou politiques. (...) Tout autre chose est ce que prévoient les articles 22 et 38 (qui modifie l'article 453 bis du Code pénal) du projet de loi. Le premier punit l'incitation à la haine à l'égard d'une personne pour l'ensemble des critères de discrimination et donc "la conviction religieuse et philosophique, la conviction politique (article 3) et ce dans tout domaine, même hors du champ d'application de la loi". L'article 453 bis modifié vise pour sa part la question des injures, ce qui est exactement le chef d'accusation utilisé par les adversaires de Charlie Hebdo (...)." "Religions, convictions philosophiques ou convictions politiques relèvent résolument de l'opinion, dit-il, et les protéger va totalement à l'encontre de la liberté d'expression."
Je partage pleinement son analyse et vous invite à la lire (www.lalibre.be)
Le débat politique au sens large - donc le débat d'idées - est le fondement de toute société démocratique, de toute société qui avance. Pour certains croyants, le blasphème est simplement la remise en question de leurs dogmes. Condamner le blasphème reviendrait à mettre les religions hors jeu dans le débat d'idées. On pourrait donc rire de tout, mais pas des religions? On pourrait discuter de tout, mais pas de l'existence de dieu(x)? La législation tente aujourd'hui de protéger les citoyens des nuisances des sectes, mais leur interdirait la critique de la religion? Les religions, comme disait je ne sais plus qui, sont des sectes qui ont (bien) réussi...
Aujourd'hui, on entend de plus en plus des intégristes, tant chrétiens que musulmans, remettre en question le darwinisme et l'évolution des espèces pour imposer les vues créationnistes. Contester le créationnisme sera-t-il considéré comme un blasphème? Considérera-t-on que sous prétexte de respecter les dogmes et les croyances le créationnisme ne peut être critiqué? "Si la critique de la religion devient répréhensible, cela signifie que sur le territoire de la République, lorsque des hommes dénieront des droits aux femmes, comme celui se s'habiller comme elles le veulent, d'aller et de venir et de fréquenter qui elles veulent, on ne pourra plus intervenir. Lorsqu'un macho bafouera les droits fondamentaux des femmes, on laissera faire puisqu'il le fait au nom de la religion" (Philippe Val, Charlie Hebdo, 07.02.07).
Le "sacré" ne l'est que pour celui qui le considère comme tel. De la même façon que le blasphème n'est un péché que pour les croyants. Interdire légalement le blasphème reviendrait à reconnaître légalement le péché. Le blasphème, comme la caricature, comme la critique, est un droit inhérent à la démocratie.
Et les croyants doivent avoir une foi bien fragile pour avoir besoin de la faire protéger de toute remise en question. Dans son intervention au procès de Charlie Hebdo, François Bayrou a rappelé sa foi catholique, mais a mis au-dessus le droit de critiquer les dogmes quels qu'ils soient. Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, y a fait la différence entre la critique de la religion et le racisme. Abdelwahab Meddeb y a exposé les nécessités pour les religions d'encaisser les critiques et l'humour (cités par Ph. Val dans Charlie Hebdo, 14.02.07).
Le projet de loi du gouvernement belge (très "laïc", comme le rappelle P. Dartevelle), en ses articles 22 et 38, est plus qu'inquiétant, ses répercussions pourraient être désastreuses pour la liberté de pensée et d'expression et pour le débat d'idées.
J'espère que tous les démocrates s'y sont opposés et s'y opposeront avec vigueur, sans tomber dans le piège du politiquement correct qui voudrait que les religions (et certaine en particulier...) bénéficient d'un traitement divin plutôt qu'humain.

A lire:
"Traité d'athéologie", Michel Onfray, Grasset 2005
"La tentation obscurantiste", Caroline Fourest, Grasset 2005
"Traité de savoir-survivre par temps obscurs", Philippe Val, Grasset 2007
"Contre-prêches", Abdelwahab Meddeb, Seuil
www.prochoix.org

Mauvaise nouvelle : la révolution n’est pas pour demain !

La liste du Ps pour le Sénat n’annonce pas une avancée du progressisme, malgré la présence en son sein de quelques personnalités étiquetées de ce côté de l'échiquier politique Ce ralliement indique surtout le nouveau succès annoncé du Ps. Et signifie donc que le parti social-démocrate ne changera rien à ses pratiques : nominations politiques, cumul des mandats, choix partisans, hiatus entre discours et pratiques, etc. Pourquoi le ferait-il puisqu’il ne cesse d’attirer à lui de nouveaux soutiens et donc de renforcer sa reconnaissance ? La lumière ne cessera jamais d’attirer les papillons.
Le parti qui a tout pouvoir côté francophone va tout doucement virer au parti unique, du centre-droit à la gauche de la gauche.
On sait que le Ps a voulu avoir la peau d’Ecolo, ne supportant pas qu’un parti puisse exister sur sa gauche. Ce « combat »-là, il l’a gagné en bonne partie : Ecolo s’est fait laminer en 2003 et 2004 et prend depuis lors des positions plus tièdes. Pas sûr que la société y ait gagné grand'chose... Le paradoxe, c’est le vide aujourd’hui créé à gauche par les sociaux-démocrates. Y a quelqu’un ???

dimanche 11 mars 2007

Une matinée éolienne

LES GRANDS MESSES EVENTEES DE LA WALLONIE PICARDE

Le vent soufflait fort sur la Wallonie picarde, ce samedi 2 mars. Peut-être a-t-il retenu chez eux les soutiens au projet de région ? Aussi peu suivie que celles des églises, cette grand messe avait plutôt des allures de messe basse, vu le public présent: une petite centaine de personnes plutôt que les deux cents espérés. Aucun représentant politique n’y a participé (à l’exception de deux conseillers provinciaux et de notre Rudy Demotte régional et national arrivé une demi-heure avant la fin) ; deux associations seulement y étaient représentées, mais aucune n’était invitée aux trois tables rondes dans lesquelles se sont exprimés des fonctionnaires, des techniciens et des chefs d’entreprise. En fait, c'était « les technocrates parlent aux entrepreneurs » et vice-versa, et « on-vit-dans-une-belle-région-qui-a-tout-pour-plaire ».
Heureusement qu'il y eut des interventions d'Eric Domb (directeur de Paradisio et président de l’Union Wallonne des Entreprises) et d'Engelbert Petre (directeur de la Maison Culturelle d’Ath et administrateur-délégué de l’Agence Culturelle du Hainaut Occidental) pour apporter quelques réflexions de fond dans ce nouveau salon où l’on cause.
Eric Domb a affirmé que ce serait une « fumisterie » d’imaginer qu’un territoire sans autonomie économique et surtout fiscale puisse monter un projet de développement propre. Il a stigmatisé le saupoudrage sous-régional et le gaspillage des subsides d’Objectif 1 en Hainaut, constatant que les sites touristiques qui en ont bénéficié sont tous déficitaires et ne créent pas d’emploi, contrairement au but poursuivi. Sur le plan international, il a appelé de ses vœux un contre-pouvoir à la compétition mondiale qui amène de plus en plus d’entreprises à se déplacer.
Engelbert Petre a rappelé combien la culture peut apporter du sens aux projets et à une région, tout en constatant la difficulté de la Communauté française à mener des politiques liées à un territoire. Il a appelé à la lutte contre le courant dominant d’une politique de consommation culturelle et a réaffirmé l’importance d’une réelle politique d’éducation permanente avec les populations les plus défavorisées.
De nombreux invités ont fait des efforts visibles pour dire "Wallonie picarde" plutôt que "Hainaut Occidental". Heureusement, car c’était apparemment là un des objectifs de ce forum : imposer le nouveau nom choisi par nos « pilotes ». Il y eut aussi ceux qui continuent à parler de Hainaut Occidental, comme s’ils restaient sourds à l’appel du modernisme !
Il fut beaucoup question de recherche de consensus. Un consensus qui semble peu se différencier de la pensée unique : on ne sort quasiment pas du modèle capitaliste de développement, avec des entreprises classiques, un appel aux investisseurs (parmi lesquels Pétrofina fut cité par Philippe Mettens, patron de la politique scientifique) et le développement des zonings. Tout cela vous faisait comme un bain de jouvence : on se serait cru dans les années ’60.
Bref, autant de vent à l’intérieur qu’à l’extérieur...

mercredi 28 février 2007

Elio et Ecolo sont dans un bateau

Faut-il 1/ en rire ou 2/ en pleurer ? Tapez 1 !

Elio Di Rupo vient de découvrir, en février 2007, l’écologie. Le président du PS a tenu à préciser que ce n’est pas le parti Ecolo qui lui a permis de faire cette découverte. Depuis vingt-cinq ans, il n’a vu ni entendu les Ecolos, Greenpeace, le WWF, Inter-Environnement, les environnementalistes et les scientifiques. Non, tel Paul Claudel découvrant Dieu derrière un pilier de la cathédrale de Paris, c’est en regardant Ushuaïa que Di Rupo a eu la révélation.
Il raconte lui-même sa conversion :
« J’étais assis tranquillement dans mon salon vert, près du second pilier à l’entrée du vestibule, à droite du côté de la cuisine. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie.
En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’urgence d’une écologie à visage humain, une révélation ineffable. » (1)
Le président du PS, du gouvernement wallon et de la ville de Mons s’est empressé de courir à Paris rencontrer Nicolas Hulot. Il en est revenu transfiguré et a aussitôt réuni ses 111 bourgmestres pour leur remettre les tables de la loi.
Désormais, chaque commune socialiste à visage humain réduira la consommation énergétique de son administration communale, ne construira plus de nouveaux bâtiments « énergivores », offrira des conseils pratiques à ses citoyens relatifs aux économie d’énergie, etc. Bref, quelques mesures totalement révolutionnaires que jamais au grand jamais aucun écologiste d’aucun pays n’aurait bien sûr songé à proposer et, encore moins, à appliquer.
La foi soulève les montagnes…

Michel Guilbert, écologiste à visage inhumain
(1) d'après Paul Claudel