mardi 26 novembre 2019

Distribution de cadeaux

Qui interdira tous ces cadeaux que des organisations humanitaires nous offrent alors que nous n'avons rien demandé? Qui mettra fin à ces pratiques scandaleuses qui voient des organismes gaspiller une part non négligeable de leur budget non pas à leur objet premier mais à des démarchages pour le moins pernicieux?
En quelques jours, l'Unicef, Action Enfance, Médecins sans frontières, l'Institut Curie, Handicap International et d'autres encore nous ont offert cartes de vœux, carnets de notes, stylos, cartes du monde, post-it, étiquettes personnalisées, etc. Attendant, bien entendu, un retour financier de notre part. 
Si je donne de l'argent à une association, c'est pour qu'elle mène des actions directes sur le terrain qui est le sien, certainement pas pour payer des gadgets et des courriers.

vendredi 22 novembre 2019

Donnez-nous un sauveur

On l'a écrit déjà: en France, le président de la République est responsable de tout. Surtout de ce qui ne va pas. Si un bureau de poste ferme, c'est de sa faute. Si les trains arrivent en retard, c'est de sa faute. S'il y a trop d'échecs scolaires, c'est de sa faute. Si une entreprise ferme, c'est encore et toujours de sa faute.
La principale revendication des Gilets jaunes semble être la démission du président Macron. Il est reponsable de leurs divers malaises, aussi disparates soient-ils.
En 2017, le candidat Macron avait promis aux travailleurs de l'entreprise américaine Whirlpool à Amiens, alors en grande difficulté, que celle-ci trouverait un repreneur. Il y en eut un, largement aidé par l'Etat qui apporta 2,5 millions d'euros, mais son projet vira rapidement à l'échec. Il devait sauver 186 emplois. Mais seuls 44 travailleurs sont encore actifs sur le site, employés par une autre entreprise qui a repris une partie de l'ancienne. Le projet de production de chargeurs de batterie et d'armoires équipées de condensateurs destinés à produire de l'énergie propre s'est cassé la figure, "faute de débouchés commerciaux", nous dit Le Monde. Peut-être le projet manquait-il de sérieux et de réflexion, peut-être le repreneur a-t-il profité abusivement de cette reprise, mais pour les travailleurs, les syndicats et François Ruffin, le vrai fautif, c'est le président Macron (1).
Il y a huit jours, une forte tempête de neige s'abattait sur la Drôme. Le poids de la neige tombée en abondance sur les arbres qui ont encore leurs feuilles et sur les lignes électriques a fait tomber de nombreux pylones et cassé un peu partout câbles et branches. Résultat: des milliers de foyers privés d'électricité. Ce matin encore, ils étaient un millier. Hier soir, au JT de France 3, une maire appelait l'Etat, donc son président, à agir. Le problème - bien réel - concerne Enedis, chargé de la gestion du réseau électrique et qui a multiplié les équipes sur le terrain. Mais c'est, une fois encore, du président qu'on attend la solution.
Curieux pays au fonctionnement pyramidal si peu remis en question. Il y a quelques années, le journaliste de France Inter Thomas Legrand écrivait un ouvrage intitulé "Arrêtons d'élire des présidents". Il semble être le seul à le souhaiter. C'est tellement pratique d'avoir un bouc émissaire dont on attend qu'il soit un sauveur en toutes circonstances. Un ancien maire m'expliquait qu'il est impossible d'envisager de supprimer, voire de modifier la fonction présidentielle telle qu'elle est conçue en France: les Français ont le sentiment que l'élection présidentielle est le summum de l'exercice de la démocratie. En fait, ils adorent élire leur roi et le guillotiner le lendemain.

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/11/22/bouscule-lors-de-son-retour-sur-le-site-de-whirlpool-macron-assure-avoir-dit-la-verite_6020126_3234.html
https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-whirlpool-a-quoi-setait-vraiment-engage-macron-devant-les-salaries_fr_5dd693bde4b0e29d727ff4ac?utm_hp_ref=fr-homepage

jeudi 21 novembre 2019

Les recettes de Gargamel

Vous souffrez d'un sentiment d'oppression? Vous vous sentez mis de côté? Prenez du Murus berlinensis, un médicament homéopathique des laboratoires Hélios. Ses pilules sont "aspergées avec une solution de mur de Berlin". Rassurez-vous : s'il n'y a aujourd'hui presque plus de morceaux du mur de Berlin, on pourra en prélever en Israël, aux Etats-Unis ou en Hongrie. Un jour sans doute.
Vous voulez vous prémunir des effets nuisibles d'un traitement par radiothérapie ? Prenez du Rayon X 9CH des laboratoires Boiron. Ses pilules sont faites d'une "solution diluée de rayons X". Oui, même si les profanes que nous sommes l'ignoraient, les rayons X sont diluables.  
Vous souffrez de rhumatismes ? Une solution : le Luesinum, "préparé à partir de prélèvements sur des chancres syphilitiques". Il suffit de savoir ce que contiennent ces gélules pour n'avoir plus mal nulle part. 
Et si vous craignez la grippe, prenez bien sûr de l'Oscillococcinum, fabriqué à partir d'une "macération de cœur et de foie de canards de Barbarie". 
C'est Antonio Fischetti, journaliste scientifique à Charlie Hebdo, qui fait part de ses découvertes (1) suite à la lecture du livre "Connaissez-vous l'homéopathie ? Idéologie, médias, sciences", de Thomas C. Durand (2), docteur en biologie. 
Durand explique que l'Oscillococcinum est en fait "issu de la deux centième eau de rinçage du récipient où ont macéré quarante jours durant un foie et un cœur de canard".
On a poussé des cris d'orfraie quand le gouvernement français a annoncé que les médicaments homéopathiques ne seraient plus remboursés, parce que leur efficacité n'a jamais été démontrée scientifiquement. Il faut bien constater que l'homéopathie est une étrange science, pour le moins occulte. 
Mais après tout, chacun est libre d'y croire ou pas. Et croire fait parfois du bien, paraît-il. On est libre de croire que Dieu existe, qu'il est à l'origine de tout. Même de l'homéopathie.

(1) "Homéopathie et pensées magiques - Les petits dessous des granules", Charlie Hebdo, 13.11.2019.
(2) Editions matériologiques.

jeudi 7 novembre 2019

Et à la fin c'est l'islamisme qui gagne

Je voudrais remercier ici R.T. Erdogan. Sans la plainte qu'il a récemment déposée contre l'hebomadaire Le Point, (1) jamais je n'aurais lu ce magazine de droite. Or, j'y découvre que Kamel Daoud y écrit. Et bien. Kamel Daoud, journaliste algérien, connaît mieux que d'autres le danger islamiste. Il a été l'objet de la part d'un imam excité d'une fatwa pour apostasie. Mais aussi de la part de bonnes âmes européeennes de France pour avoir vu l'islamisme derrière les agressions dont ont été victimes de nombreuses femmes lors du réveillon de nouvel-an 2016 à Cologne (2).

Il y a quelques semaines, un élu d'extrême droite a voulu faire sortir de l'assemblée une femme voilée qui accompagnait des enfants venus assister aux débats du Conseil régional de Bourgogne - Franche-Comté.
"Je suis en colère et fasciné", écrit Kamel Daoud (3): voilà que l'on découvre que ce pays est ennemi de ses musulmans parce qu'un élu halluciné a agressé verbalement une voilée? L'avenir en France se décide donc entre deux extrêmes?"
Plus récemment, un fou furieux a agressé et gravement blessé deux musulmans à côté de la mosquée de Bayonne. Il n'est pas plus loup solitaire que les islamistes, même isolés, qui agressent et tuent les mécréants. Il y a Zemmour, il y a la famille Le Pen et son parti, il y a tous ces gens qui se jettent sur le moindre délit commis par quelqu'un à la peau basanée pour fustiger les musulmans.  L'agresseur de Bayonne a été candidat du Front National. Peut-on être vraiment surpris de voir des excités transformer en actes odieux les imprécations et les idées agressives qui se diffusent aujourd'hui librement? Même en direct à la télé.

De là à affirmer que la France est devenue islamophobe, il y a plus qu'un pas. Que beaucoup ont franchi allègrement.
Il a été (trop) souvent question ici de cette notion floue qu'est l'islamophobie, terme que se plaisent à clamer les barbus qui ne supportent pas d'être contredits. Elle dénonce à la fois le racisme et la critique d'une religion. Aujourd'hui, pour les victimes que se complaisent à être tant de musulmans, soutenus par de bonnes âmes blanches d'une bonne partie d'une gauche qui a perdu la tête, critiquer la religion islamique et ses signes s'apparente à du racisme. Or, comme d'autres pays européens, mais moins que des pays de culture musulmane, la France compte hélas de très, de trop nombreuses morts causées par la folie islamiste. Ces morts n'ont jamais suscité de manifestations de haine et de violence contre les musulmans. Ce qui n'empêche pas nombre d'entre eux de se voir comme des victimes de l'islamophobie.
"Cette folie de la victimisation fascine, écrit Kamel Daoud. Elle remplace à chaque occasion douloureuse, le travail à faire sur soi, l'obligation de lutter contre l'islamisme montant. Ainsi, je vois rarement les miens se mobiliser autant pour penser l'islam dans la France que pour les jongleries d'indignés sur les réseaux, les clowneries au nom de la communauté, qu'on oppose à la moindre réforme, même maladroite. On se retrouve à ne rien faire face à l'islamisme et à s'emporter, en rangs serrés, contre l'islamophobie."
Le journaliste dit "comprendre la mobilisation contre l'exclusion et les tribunaux identitaires, mais je ne peux pas, dit-il, parce que je suis du même bord, ne pas grimacer, sceptique, face à cette soudaine armée qui hurle à l'islamophobie en gommant ses causes. Et si on avait ce même courage pour dénoncer les rentes du halal? Et si on faisait autant face aux clergés autoproclamés? Résistance face aux djihadistes et aux communautarismes faciles?"

Aujourd'hui, en France, la laïcité est, plus que jamais, pointée du doigt. Notamment par les organisateurs d'une manifestation contre l'islamophobie prévue dimanche. Ils n'hésitent pas à traiter de "liberticides" les lois de 1905 sur la laïcité et de 2004 sur l'interdiction des signes religieux ostentatoires à l'école. La plupart des leaders de gauche ont appelé à rejoindre cette manifestation, avant que certains d'entre eux se rendent compte, heureusement assez tôt, qu'ils mettaient les pieds dans un terrain fangeux et nauséabond (4). "La laïcité, c'est la religion de la liberté", affirme Kamel Daoud qui préfére "une laïcité maladroite à une laïcité détruite".
"Forcer ce pays à se justifier sans cesse sur cette loi finira par précipiter sa reddition face au mal. Et, ce jour là, ceux qui jouent aux victimes de la laïcité vivront, pour de vrai, la pendaison aux poteaux des nouvelles croyances." 

(1) sur ce blog: "Comment s'appelle Calimero en Turquie?", 26.10.2019.
(2) sur ce blog: "La nuit des prédateurs", 6.1.2016.
(3) Kamel Daoud, "Une photo, un millaird de mots", Le Point, 24.10.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/islamophobie_fr_5dc2d5d2e4b08b735d63451a?utm_hp_ref=fr-homepage

mercredi 6 novembre 2019

Yaqua et Yaquapa

On connaissait les Yaqua. Ceux pour qui tout est simple, la politique, l'économie, le social. Y a qu'à faire comme ils pensent, comme ils savent. Parce que eux ont compris et ceux qu'ils ne (les) comprennent pas sont vraiment de sombres crétins.
Voilà qu'on découvre les Yaquapa. En tout cas, une Yaquapa. Julie Graziani est ce qu'on appelle une chroniqueuse. Entendez par là qu'elle pérore là où lui demande de le faire. Le boulot de ces personnes est de parler sur des plateaux de télé de tout et de rien. Et surtout de dire n'importe quoi. Graziani excelle dans ce genre d'exercice. C'est elle déjà qui, dans l'émission 28 minutes d'Arte (mais que faisait-elle donc là?), s'était interrogée sur la nécessité de protéger toutes les espèces animales. Elle estimait qu'il ne fallait garder que celles qui sont utiles (1).
Dernièrement, c'est depuis le plateau de LCI qu'elle nous a fait profiter de la finesse de ses analyses. Parlant d'une mère divorcée avec deux enfants, qui survit difficilement avec le SMIC, l'aigle de la télévision a laissé entendre que cette femme, dont elle ne sait absolument rien, se retrouve peut-être sans emploi parce qu'elle n'a pas "bien travaillé à l'école". Sans doute aussi, dit-elle, n'aurait-elle pas dû divorcer, n'aurait-elle pas dû ajouter des difficultés à d'autres. Bref, elle ne doit s'en prendre qu'à elle-même de sa situation. Elle n'avait qu'à pas. Elle doit arrêter de se plaindre, dit cette disciple de Zemmour.
Quand on atteint ce niveau d'extrême bêtise, il faut arrêter de parler. Mais que deviendra alors Julie Graziani? Personne ne lui a appris à formuler une réflexion intelligente. A-t-elle bien travaillé à l'école? Qui lui dira qu'elle doit cesser d'ajouter des stupidités au mépris? 
On voit par là qu'il vaut mieux couper sa télé. Il s'en déverse trop de fiel et une odeur d'égout.

Post-scriptum du 7 novembre: face au tollé suscité par les propos de Julie Graziani, elle a été virée par "L'Incorrect". Elle pensait qu'écrire pour ce magazine très très à droite permettait toutes les incorrections. Raté!
https://www.lalibre.be/culture/medias-tele/si-on-est-au-smic-il-ne-faut-peut-etre-pas-divorcer-julie-graziani-licenciee-apres-ses-propos-juges-scandaleux-5dc46471d8ad58130d8ba4f8 

(1) sur ce blog, "Espèce de...", 12.5.2019
(2)  https://www.lalibre.be/international/europe/si-on-est-au-smic-il-faut-peut-etre-pas-divorcer-une-chroniqueuse-francaise-choque-la-toile-en-voulant-defendre-emmanuel-macron-5dc18025d8ad58388747e7aa

dimanche 3 novembre 2019

Les maçons aveugles

On a les héros qu'on peut. Ou qu'on veut. Celui de Théo Francken, ex-secrétaire d'Etat à l'asile et aux migrations et un des leaders de la nationaliste NVA, s'appelle Donald Trump.
"Il est du côté de l'homme modeste, du peuple", dit sans rire Francken (1) en parlant du milliardaire arrogant et prétentieux. Il apprécie que le Donald ait respecté ses promesses. A commencer par la construction d'un mur à la frontière mexicaine qui est sans conteste la marque de la proximité du président américain avec l'homme modeste mexicain, panaméen ou guatémaltèque. Y a-t-il projet plus positif et  plus enthousiasmant qu'un mur? On peut aisément penser que Francken rêve d'en construire un entre la Wallonie et la Flandre, pour empêcher les réfugiés d'entrer et en même temps pour marquer la différence entre sa Flandre prospère et cette Wallonie pouilleuse. Que fera-t-il quand le niveau de la mer du Nord sera tel que l'eau envahira une partie non négligeable de la Flandre? Se retrouvera-t-il le dos à son mur? Ce qui devrait être la priorité absolue pour la Flandre, la lutte contre le dérèglement climatique, ne semble pas être un souci pour lui. Il s'aligne sur son modèle américain: tout est sous contrôle, ne paniquons pas, la roue climatique tourne. Les prévisions devraient pourtant l'empêcher de dormir. D'après Climate Central, organisation de scientifiques, en 2050, c'est-à-dire demain, une partie importante de la Flandre risque de se retrouver sous eau (2). La mer pourrait non seulement inonder toute la bande côtière, mais même atteindre Gand, Malines, Termonde. De quoi rêve Théo Francken? D'être l'empereur d'une flaque d'eau?

(1) https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/theo-francken-ne-tarit-pas-d-eloges-au-sujet-de-donald-trump-5dbea15ad8ad5838874291c7
(2) https://www.lalibre.be/planete/environnement/une-partie-de-la-belgique-inondee-d-ici-2050-5db96d00f20d5a264d36f90d?cx_testId=1&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s
https://choices.climatecentral.org/#6/46.225/2.186?compare=temperatures&carbon-end-yr=2100&scenario-a=warming-4&scenario-b=warming-2

mercredi 30 octobre 2019

"Jeanne au bûcher" au bûcher

Il y a deux ans, l'Eglise catholique française lançait une campagne d'appel aux dons, en s'appuyant notamment sur un slogan créé pendant la campagne présidentielle précédente (1): "Votez Jésus-Christ, le seul qui n'a jamais changé de programme". Est-ce positif de ne pas changer de programme quand on constate qu'en deux mille ans J.C. n'a jamais réussi à le faire appliquer? "Aime ton prochain comme toi-même", ça n'a jamais marché. Pire, nombre de ses fidèles ont appliqué l'exact contraire de cette injonction impossible à concrétiser. Ce furent l'Inquisition, les croisades, le massacre de la Saint-Barthéméy, quantité de guerres menées au nom de Dieu et autre horreurs du même genre. Les sorcières, les infidèles, les apostats, les hérétiques, toutes celles et tous ceux qui ne marchaient pas dans le droit fil de l'Eglise ont fini en prison ou directement au cimetière. Même Jeanne d'Arc fut exécutée par l'Eglise.
Aujourd'hui, l'Inquisition est toujours active. Une certaine Fédération Pro Europa Christiana veut faire interdire au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles les représentations de "Jeanne d'Arc au bûcher", opéra d'Arthur Honneger, sur un livret de Paul Claudel. Elle trouve "obscène" la mise en scène de Romeo Castelucci, créée en 2017 déjà. La Fédération s'offusque qu'au cours du spectacle le personnage de Jeanne d'Arc apparaisse nu, change de sexe au cours de la représentation, mais aussi qu'il porte des vêtements masculins. Cette dernière accusation en particulier est surprenante quand on se souvient que, comme le rappelle la Monnaie, "il s'agit là du même reproche que celui qui lui a été fait lors de son procès en 1431. Considéré comme un signe d'héréticité, le simple fait de s'habiller en homme lui a valu une condamnation au bûcher. Que ce reproche refasse surface près de six cents ans plus tard provoque la stupéfaction. Que Jeanne d'Arc ait choisi de se vêtir comme un homme et de se couper les cheveux est de surcroît un fait historique avéré." Le T.R.M. souligne que "la mise en scène (profondément spirituelle) de Castelucci souhaite aller au plus près de la quintessence et présenter Jeanne comme un personnage profondément humain et vulnérable".
Quelle Europe voudrait nous imposer la Fédération Pro Europa Christiana? Celle des bûchers?

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/france-votez-jesus-christ-le-seul-qui-n-a-jamais-change-de-programme-5a0167dacd707514e89f0afe
(2) https://www.lalibre.be/culture/musique/la-monnaie-defend-l-oratorio-jeanne-d-arc-au-bucher-mis-en-scene-par-castellucci-5db6f95e9978e218e381bde1

lundi 28 octobre 2019

Le bureau des légendes obscures

Les premiers êtres humains ont vécu en même temps que les dinosaures. Et en parfaite entente avec eux. C'est ce qu'expliquent sans rire ces grands humoristes de créationnistes américains (1). Ils sont croyants. Entendez qu'ils croient en des théories ahurissantes, les mains sur les yeux et les oreilles, refusant d'entendre les explications scientifiques. Mais pas les mains sur la bouche. Ils parlent, ils prêchent, ils pérorent, ils manipulent.
Dans leur Musée de la Création dans le Kentucky, fréquenté par 300.000 visiteurs par an, ces évangélistes affirment, sans le moindre doute, que la Terre n'a que 6.000 ans d'existence et que toutes les formes de vie ont été créées en même temps par Dieu. Le diable s'appelle Charles. Charles Darwin. Il essaie de nous faire croire, cet infâme, que les espèces ont évolué.
Leurs délires s'expriment aussi dans une arche gigantesque, copie conforme de celle de Noé qui, évidemment, a vraiment existé. Car il faudrait être stupide ou possédé par Satan himself pour croire qu'elle n'est que légende. Ils datent le déluge de 2.348 avant J.C. et la construction des pyramides d'Egypte de 1.730 avant J.C., soit 1.000 ans plus tard que ce qu'estiment les archéologues.
Ils citent les noms des 1.400 espèces animales sauvées dans l'arche qui auraient permis de faire renaître le monde. Tant pis s'il n'y a parmi elles aucun insecte et tant pis si les scientifiques ont constaté l'existence de sept millions d'espèces animales sur la planète. Toutes les affirmations sont permises quand on croit. 

Le pire, c'est que les créationnistes diffusent leurs délires dans les écoles privées et qu'ils attaquent les écoles qui enseignent l'évolution des espèces. "Selon les modèles scientifiques, il aurait fallu 60 millions d'années pour saliniser les océans, explique à des enfants le directeur de la Woodward Christian Academy. Si la terre n'a que 6.000 ans, comment les océans peuvent-ils être aussi salés aujourd'hui? Ils n'ont pas eu le temps. Dans ce cas-là, on peut peut-être penser que, comme Dieu a créé les océans, il les a déjà créés avec quoi? Du sel!". A quoi bon la science quand un raisonnement simpliste suffit? 

Un tiers des Américains adhèrent aux théories créationnistes. Parmi eux, Mike Pence, vice-président des Etats-Unis, et Betsy DeVos, Ministre de l'Education. 
Résumons-nous: l'obscurantisme se porte bien et la bêtise a de beaux jours devant elle. 

(1) https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/1087075-journal-20h00.html

samedi 26 octobre 2019

Comment s'appelle Calimero en Turquie?

A quoi reconnaît-on un dictateur? Notamment à son attitude vis-à-vis de la presse. Le critiquer, c'est lui manquer de respect. Dénoncer la guerre qu'il mène, c'est l'insulter. Les coupables savent mieux que quiconque jouer les victimes.
Pauvre Erdogan qui fait ce qu'il peut pour éviter que son pays soit soumis aux terroristes kurdes en les bombardant au cours de son opération joliment appelée "Source de paix" et qui se fait critiquer pour cela. Le voilà traité d' "éradicateur" par Le Point. C'est trop injuste. Il dépose plainte contre l'hebdomadaire français (1).  L'an dernier déjà, il avait exprimé sa fureur pour avoir été traité de dictateur par le même Point (2).
Il se sent, dit-il, atteint dans son honneur et sa dignité, lui qui se montre indigne de sa fonction de président de la République turque et a fait mettre en prison des milliers d'opposants et de journalistes qui ont pour seul tort de ne pas l'encenser.
En fait, traiter un homme comme lui de dictateur, c'est de lui donner, un peu plus, l'occasion de prouver qu'il l'est. Mais dans la novlangue qu'il aimerait que tout le monde pratique, éradicateur se dit pacificateur.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/25/qualifie-d-eradicateur-le-president-turc-erdogan-porte-plainte-contre-le-point_6016888_3210.html
(2) (Re)lire sur ce blog "La presse, tête de turc",  30.5.2018.

dimanche 20 octobre 2019

Ne souriez pas, vous êtes filmés

On connaît mal l'humour turc. C'est quelque chose. Appeler sa guerre "Source de paix", c'est drôle. Pas au point de hurler de rire, mais enfin, il faut reconnaître qu'Erdogan est un vrai pince-sans-rire. Ce qui nous amène à cette question: les chefs, les vrais, les durs, les mecs sourient-ils? Combien de fois a-t-on vu sourire Poutine, Trump, Erdogan, Bolsonaro? Y a-t-il une photo où l'on voit Hitler sourire? Un chef, un vrai, ne doit pas se laisser aller à l'émotion et toujours montrer qu'il contrôle la situation. Et qu'elle est grave. Heureusement qu'il est là, doit-on se dire en voyant qu'il prend la situation très au sérieux. Le chef doit apparaître décidé, voire pugnace. Il doit s'exprimer par coups de menton et peut seulement, de loin en loin, laisser voir un rictus qui peut donner l'illusion d'un sourire.
Y a-t-il eu un jour dans le monde autant de tristes sires à la tête d'autant d'Etats? Nous voilà dans "un monde de dingues", comme l'écrivait récemment Jean-François Khan dans Le Soir. 
Donald Trump fait, plusieurs fois par jour, tout ce qu'il peut pour nous en convaincre, multipliant bêtises, provocations, agressions et contradictions. Bolsonaro hurle que l'Amazonie lui appartient et qu'il en fait ce qu'il veut. Il injurie le président Macron pour aussitôt lui demander de retirer ses insultes. Le taureau nationaliste Boris Johnson, rappelle Jean-François Khan, a autorisé la reprise de British Steel par un fonds de pension de l'armée turque. Hier, totalement schizophrène, il a envoyé deux lettres à la Commission européenne, qui disent le contraire l'une de l'autre. L'une est signée, l'autre pas. 
On voit par là qu'une profession d'avenir reste celle de psychiatre.

(1) "Johnson, Bolsonaro, Trump... : un monde de dingues", Le Soir, 2.9.2019.