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vendredi 19 mai 2023

Des électeurs hors-sol

Quel sens y a-t-il à voter pour des élections qui ont lieu dans un pays dans lequel on ne vit pas ? 
Selon toute vraisemblance, le sultan Erdogan sera réélu président pour un nouveau mandat dans une dizaine de jours. Et il le sera notamment grâce aux voix des Turcs vivant à l'étranger. Ils sont 2,7 millions en Allemagne, 700.000 en France. Dans leur immense majorité, ils votent pour lui. En 2018, 75% des Turcs de Belgique l'avaient choisi. Mais ils n'ont pas, eux, à supporter les conséquences de l'inflation et du séisme de février qu'est incapable de gérer Erdogan le tout-puissant. Vivant dans des pays démocratiques, ils ne connaissent pas la suppression de la liberté de la presse, ils ne sont pas en danger comme le sont les opposants par principe considérés comme des soutiens du terrorisme. Ils ne subissent pas le poids de l'islamisme sur lequel s'appuie le régime de l'autocrate qu'ils participent à imposer à leurs compatriotes restés au pays.
On ne devrait pouvoir voter que dans le pays où l'on réside. Sinon, on exprime un vote qui n'a aucune incidence sur notre vie. Et qui n'a donc pas de sens. 


dimanche 29 janvier 2023

Sacré Coran

Un "acte barbare et abject", voilà comment est qualifiée par des musulmans la provocation d'un militant suédois d'extrême droite, coutumier du fait, qui a brûlé un exemplaire du Coran devant l'ambassade turque à Stockholm (1). De nombreuses manifestations de protestation l'ont dénoncée. On aurait pu s'attendre à un haussement d'épaules. Ce qui a été brûlé, c'est du papier et il existe des millions d'exemplaires du Coran dans le monde. Ces crétins d'extrême droite ne pourront les supprimer tous. Mais surtout on pourrait espérer semblables réactions pour tous les actes autrement barbares et abjects, attentats meurtriers, exécutions, lapidations, viols commis au nom d'Allah ou de son prophète. Combien de dizaines de milliers de personnes sont mortes à travers le monde, tuées au nom de l'islam, sans qu'on n'assiste à des manifestations de protestation ? Combien de militants de la liberté seront pendus en Iran au nom d'Allah ? La vie est plus sacrée qu'un livre.

Cette affaire lamentable arrange bien le président turc Erdogan, en difficulté dans les sondages à quelques mois des élections. «La Suède ne doit pas s’attendre à un soutien de notre part pour l’Otan. Si vous ne respectez pas les croyances religieuses de la République de Turquie ou des musulmans, vous ne recevrez aucun soutien de notre part», a déclaré celui qui ne respecte ni la liberté de la presse ni les droits humains.

Post-scriptum : et pendant ce temps, la Belgique continue à tenter d''expulser vers la Turquie des Iraniens à qui elle refuse le statut de réfugié (2). Quelle honte !

(1) https://www.liberation.fr/international/europe/coran-brule-a-stockholm-adhesion-suedoise-a-lotan-et-colere-turque-tout-comprendre-a-une-crise-explosive-20230123_26OKVP2OXZFQFLLDNTBZFZ57C4/
(2) https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2023/01/29/un-des-trois-iraniens-du-centre-ferme-de-steenokkerzeel-expulse-vers-la-turquie-5XCO6JIITRHIBKV2DPWA7JK4RY/

samedi 26 octobre 2019

Comment s'appelle Calimero en Turquie?

A quoi reconnaît-on un dictateur? Notamment à son attitude vis-à-vis de la presse. Le critiquer, c'est lui manquer de respect. Dénoncer la guerre qu'il mène, c'est l'insulter. Les coupables savent mieux que quiconque jouer les victimes.
Pauvre Erdogan qui fait ce qu'il peut pour éviter que son pays soit soumis aux terroristes kurdes en les bombardant au cours de son opération joliment appelée "Source de paix" et qui se fait critiquer pour cela. Le voilà traité d' "éradicateur" par Le Point. C'est trop injuste. Il dépose plainte contre l'hebdomadaire français (1).  L'an dernier déjà, il avait exprimé sa fureur pour avoir été traité de dictateur par le même Point (2).
Il se sent, dit-il, atteint dans son honneur et sa dignité, lui qui se montre indigne de sa fonction de président de la République turque et a fait mettre en prison des milliers d'opposants et de journalistes qui ont pour seul tort de ne pas l'encenser.
En fait, traiter un homme comme lui de dictateur, c'est de lui donner, un peu plus, l'occasion de prouver qu'il l'est. Mais dans la novlangue qu'il aimerait que tout le monde pratique, éradicateur se dit pacificateur.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/25/qualifie-d-eradicateur-le-president-turc-erdogan-porte-plainte-contre-le-point_6016888_3210.html
(2) (Re)lire sur ce blog "La presse, tête de turc",  30.5.2018.

dimanche 20 octobre 2019

Ne souriez pas, vous êtes filmés

On connaît mal l'humour turc. C'est quelque chose. Appeler sa guerre "Source de paix", c'est drôle. Pas au point de hurler de rire, mais enfin, il faut reconnaître qu'Erdogan est un vrai pince-sans-rire. Ce qui nous amène à cette question: les chefs, les vrais, les durs, les mecs sourient-ils? Combien de fois a-t-on vu sourire Poutine, Trump, Erdogan, Bolsonaro? Y a-t-il une photo où l'on voit Hitler sourire? Un chef, un vrai, ne doit pas se laisser aller à l'émotion et toujours montrer qu'il contrôle la situation. Et qu'elle est grave. Heureusement qu'il est là, doit-on se dire en voyant qu'il prend la situation très au sérieux. Le chef doit apparaître décidé, voire pugnace. Il doit s'exprimer par coups de menton et peut seulement, de loin en loin, laisser voir un rictus qui peut donner l'illusion d'un sourire.
Y a-t-il eu un jour dans le monde autant de tristes sires à la tête d'autant d'Etats? Nous voilà dans "un monde de dingues", comme l'écrivait récemment Jean-François Khan dans Le Soir. 
Donald Trump fait, plusieurs fois par jour, tout ce qu'il peut pour nous en convaincre, multipliant bêtises, provocations, agressions et contradictions. Bolsonaro hurle que l'Amazonie lui appartient et qu'il en fait ce qu'il veut. Il injurie le président Macron pour aussitôt lui demander de retirer ses insultes. Le taureau nationaliste Boris Johnson, rappelle Jean-François Khan, a autorisé la reprise de British Steel par un fonds de pension de l'armée turque. Hier, totalement schizophrène, il a envoyé deux lettres à la Commission européenne, qui disent le contraire l'une de l'autre. L'une est signée, l'autre pas. 
On voit par là qu'une profession d'avenir reste celle de psychiatre.

(1) "Johnson, Bolsonaro, Trump... : un monde de dingues", Le Soir, 2.9.2019.

mercredi 30 mai 2018

La presse, tête de turc

Certains des supporteurs d'Erdogan, en France, du côté d'Avignon, ne supportent pas qu'on écrive que leur président est un dictateur. Pour le faire savoir, ils ont utilisé des méthodes de dictateur pour obliger un kiosquier à retirer de sa vitrine la couverture de l'hebdomadaire Le Point qui présente le président turc comme un dictateur. Ils ont menacé le commerçant de brûler son échoppe s'il ne leur obéissait pas. Les journalistes turcs n'ont pas besoin d'aller si loin dans les critiques vis-à-vis du pouvoir pour se faire arrêter. Plus de cent d'entre eux sont en prison pour avoir exercé leur métier. Les menaces envers les libertés de la presse, devenues habituelles en Turquie, gagnent donc des pays démocratiques. La dictature a le bras long, grâce à ses fans. 
"Avec cet incident, écrit Riss (1), la peur élargit son champ d'action en partant à l'assaut d'un nouveau territoire: la politique. La peur avait déjà investi le spirituel, il lui reste à conquérir le temporel. Le blasphème n'est plus seulement religieux, il devient politique. Ce qu'a vécu Charlie Hebdo et cet incident sur une couverture du Point ont un dénominateur commun. La remise en cause de notre modèle libéral de pensée."
Le directeur de Charlie Hebdo constate combien l'injonction "faut respecter" envahit les réseaux sociaux, la religion et maintenant la politique. Critiquer serait irrespectueux. "Jamais le mot respect n'a été aussi peu respectueux des autres. Il sert désormais à intimider et à faire taire les contestataires."
Erdogan respecte-t-il les journalistes, la liberté de la presse, la justice, l'opposition, les droits de l'homme et ses défenseurs? 

Extraits du rapport 2017/2018 d'Amnesty International sur la Turquie:
"De nouvelles violations des droits humains ont été commises dans le contexte du maintien de l’état d’urgence. Les dissidents ont fait l’objet d’une répression sans merci visant en particulier les journalistes, les militants politiques et les défenseurs des droits humains. Des cas de torture ont cette année encore été signalés, mais dans une moindre mesure qu’au cours des semaines ayant suivi la tentative de coup d’État de juillet 2016. (...)
L’état d’urgence, instauré à la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016, a été maintenu tout au long de l’année. C’est dans ce contexte qu’ont été mises en place des restrictions illégales à l’exercice de droits fondamentaux, et que le gouvernement a été en mesure d’adopter des lois sans qu’un contrôle efficace puisse être exercé par le Parlement et les tribunaux.                                                                 Neuf députés du parti pro-kurde de gauche, le Parti démocratique des peuples (HDP), (...) sont restés emprisonnés pendant toute l’année. Soixante maires élus du Parti démocratique des régions,(...)  ont été eux aussi maintenus en détention. (...)                                                                                                       Le pouvoir judiciaire, qui a lui-même été décimé quand près d’un tiers des juges et procureurs du pays ont été révoqués ou placés en détention, demeurait soumis à une intense pression politique. Des cas de détention provisoire arbitraire, excessivement longue et infligée à titre punitif, ainsi que des violations des normes d’équité des procès ont cette année encore été régulièrement signalés. (...)                                Plus de 100 journalistes et autres professionnels des médias (...) se trouvaient en détention provisoire à la fin de l’année. (...)                                                                                                                                      En juillet, la police a effectué une descente (...) et a arrêté les 10 défenseurs présents, dont deux étrangers. Huit de ces personnes, notamment la directrice d’Amnesty International Turquie, İdil Eser, ont été placées en détention provisoire jusqu’à l’ouverture, en octobre, de leur procès pour « appartenance à une organisation terroriste », accusation forgée de toutes pièces et motivée par leurs activités de défense des droits humains."                                                                                                                                      
Si Erdogan n'est pas, à tout le moins, un apprenti dictateur, qu'est-il donc? Et ses supporteurs zélés qui participent aux menaces contre la liberté de la presse, que sont-ils donc, sinon de petits apprentis miliciens? Les braves citoyens qui veulent faire eux-mêmes la loi dans la rue et menacent de pratiquer des autodafés nous renvoient à l'Inquisition, à l'Italie fasciste, à l'Allemagne nazie.                                                                                
Demain sera une première pour moi: je vais acheter Le Point. Par solidarité.
(1) "Je suis Le Point", Charlie Hebdo, 30.5.2018.                                                                                      (2) https://www.amnesty.org/fr/countries/europe-and-central-asia/turkey/report-turkey/

Note: désolé pour la mise en page. L'introduction dans mon texte d'un texte extérieur la bouleverse...

lundi 13 mars 2017

Les yeux au beurre noir de la démocratie

C'est compliqué la démocratie. Ça se fait bousculer. Ça pose plein de questions. Comme le peuple, ça a bon dos.
Erdogan le mégalomaniaque voudrait changer la constitution turque pour avoir tous les pouvoirs, être le chef, et le seul, de l'Etat, du gouvernement et de la justice. Et sans doute directeur de rédaction de tous les organes de presse de son pays. Pas sûr que son peuple l'entendra de cette oreille, il envoie ses ministres faire campagne dans les pays européens où les communautés turques sont importantes. Il compte ainsi sur les expatriés pour faire passer son projet. Il injurie les gouvernements européens qui s'opposent aux meetings de ses représentants sur leur sol. Ce ne sont pas des démocraties, dit-il. Il va jusqu'à leur reprocher des méthodes nazies. Et dans le même temps, il fait tout ce qu'il peut, dans son propre pays, "champion du monde des journalistes emprisonnés" (1), pour empêcher les meetings de l'opposition. Il veut donc pouvoir s'exprimer librement partout, sans laisser ceux qui ne sont pas d'accord avec lui en faire autant. Le vote des Turcs de l'étranger pose question quand les enjeux sont aussi importants. Est-il démocratique de donner à des gens qui ne vivent pas dans un pays le même droit de vote qu'à ceux qui y résident et vont devoir subir, au prix de leur liberté parfois, physique et d'expression, les conséquences du référendum? Le principe "un homme - une voix" doit-il être, en toutes circonstances appliqué? Est-il toujours démocratique?
En France, dans la droite ligne de la campagne du Brexit et de celle de Dingo Trump, certains candidats multiplient impunément les mensonges. François Fillon a fustigé les médias qui avaient annoncé le suicide de sa femme. Mais personne ne trouve trace d'une telle information. Voilà à présent qu'il évoque un faits divers dans le Vaucluse: des garçons s'amusaient, dit-il, à envoyer au lance-pierres des lames de rasoir dans les jambes de filles portant des jupes courtes. Ici encore, personne n'a entendu parler de tels agissements (2).
Marine Le Fiel, elle, monte d'un cran encore dans ses théories du complot. Si l'U.E., a-t-elle affirmé, veut créer une armée européenne, c'est pour "tenir le peuple par les armes". Elle parle de "sombre projet" qui illustre les "dérives totalitaires" de l'Europe. Peut-être faudrait-il alors supprimer l'armée française? Elle pourait tenir le peuple par les armes. Elle dénonce "le projet mondialiste", affirme que  ses adversaires sont soutenus par "les tireurs de ficelles à Wall Street ou à Bruxelles" (3). Bref, les vieux arguments populistes outranciers et mensongers. La démocratie consiste-t-elle à laisser des candidats dire n'importe quoi? Les campagnes électorales autorisent-elles tous les sketchs, même les plus stupides ? Pas sûr qu'on puisse se rassurer en se disant que les électeurs savent faire preuve de maturité.

(1) https://rsf.org/fr/actualites/la-turquie-pays-champion-du-monde-des-journalistes-emprisonnes
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/11/lintrouvable-fait-divers-evoque-par-francois-fillon-en-meeting/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/11/chateauroux-marine-le-pen-discours-complotiste/?utm_hp_ref=fr-homepage

dimanche 22 janvier 2017

Je cherche un homme

Triste week-end pour l'humanité. On la cherche.

On la trouve chez Cédric Herrou, agriculteur français à la frontière italienne, qui a le grand tort d'aider des gens qui demandent l'asile (1). Il a été, pour la troisième fois, placé en garde en vue, après l'irruption en force d'une vingtaine de gendarmes, casqués et armés, dans son habitation où une infirmière était en train de soigner un jeune Soudanais (2). Des méthodes de terreur dignes du régime de Vichy, mais sous un régime social-démocrate. Que se passera-t-il demain sous une droite dure filloniste? Ou, pire, sous la botte du parti des Le Pen ?

Pendant ce temps-là, Ubu Trump était investi président des Etats-Unis. Jusqu'à la dernière minute, on espérait un revirement de sa part. On rêvait qu'il nous dise que tout cela n'était qu'une grosse farce qui a mal tourné. Que s'il a été aussi grossier et insultant pendant la campagne c'était précisément pour détourner de lui les électeurs. Mais non, même si elle est inacceptable et inquiétante, il va falloir se faire à l'idée qu'une des premières puissances mondiales est dirigée par un homme qui souffre visiblement de graves problèmes psychiatriques et va passer son temps à envoyer des tweets dès qu'il est l'objet de la moindre critique. Un homme dont les principaux projets sont de casser ce qu'a fait son prédécesseur (dès le premier jour il a signé un décret abrogeant l'Obamacare), de conspuer les journalistes, qui passe son temps à compter les manifestants venus le soutenir et à affirmer, comme un enfant, que "eh-ben-moi-j'en-ai-eu-autant-qu'Obama-euh".
Pour son intronisaton, il a donné, nous disent les observateurs, un discours indigent (et indigeste), populiste et nationaliste, prônant "l'Amérique d'abord" (3). Un slogan qui rappelle, notamment, celui du parti d'extrême droite flamand Vlaams Blok: "Eigen volk eerst", notre propre peuple d'abord.

Pendant ce temps, les cavaliers de l'Apocalypse se réunissaient en Allemagne. Les partis d'extrême droite, populistes, nationalistes et europhobes nous décrivent une situation catastrophique (4). Nous ne le savions pas, mais notre vie est épouvantable à cause de l'Union européenne et des vagues de réfugiés qui nous submergent. Pauvres de nous! Ils nous annoncent le pire, sauf si nous votons pour eux, les mensongers prêcheurs de haine.

Pendant ce temps, en Turquie, Erdogan devient sultan. Le parlement n'aura plus grand chose à dire, tout le pouvoir sera entre les mains du président (4). Et les députés d'applaudir.

Erdogan, Trump et les partis populistes et nationalistes européens jouent le peuple contre les institutions. Ils sont le peuple, ils l'incarnent, ils pensent et agissent à sa place, veulent mettre hors jeu les assemblées parlementaires, les syndicats, les associations, crachent sur la presse qui a le culot d'être critique.
Mais "Le peuple" n'existe pas. Il y a des citoyens qui pensent comme eux. Et heureusement beaucoup d'autres qui résistent, qui descendent dans la rue, qui accueillent des candidats réfugiés, qui réfléchissent, qui montent des projets, qui regardent vers l'avant plutôt que dans un rétroviseur, qui pensent qu'il vaut mieux marcher et tendre la main que pleurnicher et cracher.
"Nous devons être d'abord des hommes et ensuite seulement des sujets", écrivait Henry David Thoreau (5).


Post-scriptum: la lettre de Cédric Herrou au procureur.

APRÈS 36 H DE GARDE À VUE, LA LETTRE DE CÉDRIC HERROU AU PROCUREUR
ÉCRIT PAR STÉPHANE ROBINSON LE 21 JANVIER 2017
Suite à l’arrestation de Morgan, Lucille et Cédric, ce dernier écrit au procureur qui après une intervention musclée a libéré tout les prévenus sans aucune poursuite judiciaire malgré plus de 36h de garde à vue et d’énormes moyens mobilisés : près de 30 policiers casqués et armés, une mobilisation des militaires du dispositif « sentinelle », des lunettes infrarouges, des enquêteurs en civil ainsi qu’un drone. Le bilan de cette opération se réduirait à l’arrestation de ces 3 mineurs que Cédric avait pris en charge depuis plus d’un mois et pour qui il demandait aux pouvoirs publics une prise en charge. Ce bilan inclut aussi le traumatisme de l’infirmière de Médecins du Monde sur qui un policier a pointé son arme en hurlant, l’agression du journaliste de Libération plaqué au sol ayant subit par 2 fois une clé au bras et bien sur le choc vécu par ces enfants soudanais.

Monsieur le procureur,
Vous avez fait pleurer ma mère, mon père.
Vous avez arrêté mon frère, mon amie.
Vous nous avez mis sous les verrous, traités comme des chiens, des malfrats.
Vous avez ordonné à une trentaine de gardes mobiles, armes aux poings, d’entrer sur mes terres, prendre ces trois enfants sans parents, qui attendent chez moi, depuis plus d’un mois d’être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance.
Ces enfants ont connu la guerre, la torture, l’esclavagisme.
Ces enfants que je protège
Ces enfants qui m’ont donné leur confiance.
Vous avez au nom de votre France, violé les droits de l’Enfant!
Ils attendaient sécurité de la part de notre pays!
Vous me savez sensible aux personnes que j’aide, aux personnes que j’aime.
Vous savez que ma liberté ne s’arrêtera pas aux barreaux de vos prisons et vous tapez là où ça fait mal !!!
Sachez Monsieur le Procureur que je resterai fidèle à mes convictions, que ma France, que notre France, continuera à défendre les droits des hommes, des femmes, des enfants présents sur le sol français au nom de nos valeurs qui fondent la République Française.
Ne pensez pas que je suis seul, nous sommes des milliers, des millions!
Chacun son métier, le mien c’est agriculteur, le vôtre c’est de faire respecter la Loi. Loi qui protège et fait que le vivre ensemble soit la règle primordiale de notre démocratie.
Vive notre France
et …..celle que tu représentes. (6)

(1) (re)lire sur ce blog "L'accueil des déracinés", 4 janvier 2017.
(2) http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/perquisition-musclee-chez-cedric-herrou-l-homme-qui-aide-les-migrants_1542821
(3) http://www.lalibre.be/actu/international/protectionnisme-et-populisme-le-discours-bref-et-indigent-de-trump-analyse-588279eacd70e747fb4ea1bb
(4) Arte, Journal, 21 janvier 2017, 19h45 et
http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/01/21/marine-le-pen-et-l-international-un-pari-a-double-tranchant_5066499_823448.html
(5) La Désobéissance civile, 1849.
(6) http://www.marianne.net/cedric-herrou-agriculteur-qui-aide-les-migrants-je-resterai-fidele-mes-convictions-100249395.html

mardi 8 novembre 2011

Encore un modèle qui s'effondre

On nous dit que le modèle d'Ennahda, le parti islamiste tunisien, serait l'AKP, le parti du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Qu'il s'agirait là d'un islamisme modéré.
Pas plus que d'autres (voir "Modérons-nous", en date du 3 novembre), Martine Gozlan, reporter à Marianne, ne croit en cette modération: "je ne crois absolument pas à l'islamisme modéré, explique-t-elle dans une interview publiée dans "L'Avenir" (1), parce que l'islamisme en soi est déjà un excès puisqu'il se rend coupable d'un hold-up sur une religion. Ici, c'est le hold-up de la religion par le politique."
Martine Gozlan a analysé le pseudo modèle turc dans un livre: "L'imposture turque" (2). Elle explique avoir voulu dénoncer une triple imposture: démocratique, laïque et géopolitique. "Le premier ministre Erdogan a réussi à mettre les médias sous coupe réglée. Plus de soixante journalistes sont emprisonnés, sans compter les arrestations d'intellectuels", affirme-t-elle, précisant que "ses fils, son gendre, ont acquis la plupart des grands groupes de presse turcs". Elle estime que l'obscurantisme gagne la Turquie, où de plus en plus de femmes sont voilées ou incitées à se voiler, où des galeries d'art sont attaquées, où les théories antidarwinistes ont de plus en plus de succès. Selon elle, "il est clair que, d'amendement en amendement (de la constitution), la Turquie se dirige vers une réappropriation de l'espace constitutionnel par les lois divines".
En Tunisie, les islamistes se veulent rassurants: ils sont - eux aussi - modérés. N'empêche que "les guerriers de l'inquisition" (comme les appelle Zineb El Rhazoui dans Charlie Hebdo) (3) ont attaqué directement le directeur de la chaîne de télé qui avait eu l'audace de programmer "Persepolis" de Marjane Satrapi. Jusqu'à menacer de violer sa femme de ménage. Ce qui indique l'attention que les islamistes portent aux femmes, en particulier celles qui sont au bas de l'échelle sociale. Le mouvement Aatakni (Lâche-moi, en arabe tunisien) leur a répondu en manifestant en masse, pour réclamer le droit d'expression, de pensée, de croyance. Dans certaines villes, ces manifestants ont été agressés violemment par des contre-manifestants islamistes (3).
"A Tunis, les culturels restent au front", titre LLB (4). "Impossible de rencontrer un culturel qui se dise pro-Ennahda", écrit Guy Duplat. "Nous avons survécu à Ben Ali, déclare Zeyneb Farhat qui co-dirige El Teatro à Tunis, nous allons nous défendre si cela devenait nécessaire. Sans écouter les pays étrangers qui disaient du bien de Ben Ali et qui, maintenant, nous disent que nos islamistes sont raisonnables. Nous serons là."
On voit par là que la démocratie est un combat qui n'est jamais gagné et que celui de l'intelligence doit être primordial.

(1) 5 novembre 2011
(2) Grasset, 2011
(3) Charlie Hebdo, 26 octobre 2011
(4) LLB, 2 novembre 2011