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vendredi 2 mai 2025

Derrière l'écrivain, un peuple réduit au silence

Dans deux semaines, il y aura six mois que Boualem Sansal est emprisonné à Alger. Coupable d'être critique envers le régime algérien. Comme l'écrit Le Monde (1), "le silence s’installe autour de sa cause. Il menace d’aggraver le sort d’un homme qui paie de sa liberté le choix d’avoir voulu rester dans son pays tout en cinglant le pouvoir de ses critiques".   
Lisa Romain vient de publier un essai : "Boualem Sansal à l’épreuve du réel" (2). "L’autrice, écrit Le Monde, montre (...) avec talent que l’œuvre de (Sansal) consiste en un effort de retrouvailles avec le réel. Car l’accès au réel s’est trouvé obturé par la propagande islamiste comme par celle du régime algérien, que Boualem Sansal a l’une et l’autre combattues en démocrate, en laïc et en partisan des identités plurielles dont son pays est fait (arabe, kabyle, juive, européenne, etc.). Aux yeux de Sansal, les médias algériens aux ordres et les consciences occidentales au jugement altéré par la culpabilité postcoloniale contribuent à brouiller la réalité de l’Algérie contemporaine. Tout comme la tendance au « quituquisme » (qui tue qui ?). On désigne par là une mentalité frisant le complotisme, qui empêche d’attribuer les massacres islamistes à leurs véritables auteurs, soit qu’on cherche à ceux-ci des circonstances atténuantes en en faisant de modernes « damnés de la terre », soit qu’on voie dans leurs exactions la main des militaires algériens (les puissants d’Alger n’étant par ailleurs nullement exonérés par Sansal de leurs propres méfaits)."

En Belgique francophone, à l'initiative du Pen Belgique francophone, une quarantaine d'auteurs ont publié en commun des textes de soutien à leur prestigieux confrère algéro-français, réunis sous le titre "Amorces de récits - En soutien à Boualem Sansal" (3).
L'un de ces auteurs, Christophe Roche-Ford, revient sur l'accusation principale adressée par le pouvoir à l'écrivain : avoir osé enfreindre un tabou. Dans une interview, il a questionné "la légitimité historique du tracé de la frontière héritée de la colonisation entre l'Algérie et le Maroc". La Guerre des Sables avait eu lieu en 1963 à son sujet. C'est l'Organisation de l'Unité africaine qui y avait mis fin, "reconnaissant l'intangibilité des frontières coloniales, essentielle à la stabilité du continent africain". Pour avoir questionné ce tracé, Sansal est aujourd'hui poursuivi notamment pour "acte terroriste ou subversif" et la presse algérienne parle de lui comme d'un "traitre" et d'un "pantin révisionniste anti-algérien". 
Voilà l'Algérie, qui s'est enfermée dans son passé de lutte anti-colonialiste, qui défend la frontière tracée par les colons.

"En invoquant l'histoire pour interroger les frontières, il (Boualem Sansal) a fait sortir de sa contenance un pouvoir intransigeant sur le contenu du pays", écrit Jean-Marc Rigaux, avocat et écrivain. "La ligne artificielle dessinée par l'ancien colonisateur pour séparer le royaume chérifien du Maroc de l'Algérie encore inexistante devient paradoxalement une ligne de défense du caractère intangible du pays. Tout ce qu'a fait ou non la France a été et reste néfaste. Sauf cela. La limite. Ici. Chez nous. Là. Chez eux."

"En attendant, écrit encore Christophe Roche-Ford, "ce passé qui se met en travers du présent verrouille la situation politique et est une pièce maîtresse de la névrose du pouvoir algérien, se réclamant de la guerre de libération du peuple algérien tout en confisquant sa liberté, et qui a conduit à l'arrestation arbitraire de Boualem Sansal." L'emprisonnement d'un écrivain questionne la liberté de tout un peuple. "La nuit de Boualem Sansal en sa prison est aussi la très longue nuit du peuple algérien." 

(1) https://www.lemonde.fr/livres/article/2025/04/30/boualem-sansal-a-l-epreuve-du-reel-de-lisa-romain-l-ecrivain-qui-engage-son-lecteur_6602011_3260.html
(2) éditions Cerf.
(3) Asmodée Edern, Pen Belgique francophone. 


mercredi 2 avril 2025

Une voix étouffée

 Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison. Honte à l'Algérie ! Et à tous ceux qui se taisent.


Au-dessus de l'entrée du Théâtre du Soleil


Et devant la mairie du 5e arrondissement à Paris.





vendredi 21 mars 2025

La Mecque du mépris

Boualem Sansal est à présent menacé de dix ans de prison. C'est la peine réclamée contre lui par le tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger. Il est poursuivi, rapporte Le Monde (1), en vertu de l’article 87 bis du code pénal, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif tout acte visant la sûreté de l’Etat, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». Selon son éditeur Gallimard, il fait l’objet de plusieurs chefs d’accusation, notamment « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ». Pour dire les choses plus simplement, il a le grand tort d'être critique du pouvoir algérien. Son avocat attend toujours une réponse à ses demandes de visa.
De nombreux responsables politiques français, dont le Président, réclament, depuis quatre mois, la libération de Boualem Sansal. Une certaine gauche danse d'un pied sur l'autre à cause de sa vision particulière de la liberté d'expression.
Ce matin, le dessinateur et réalisateur Enki Bilal était l'invité de France Inter (2). il a lancé un appel à Jean-Luc Mélenchon pour qu’il soutienne Boualem Sansal. « Il y a une dizaine d'années, le leader de la France Insoumise m'avait dit tout le bien qu'il pensait de mon travail, ce qui m'avait fait très plaisir, et on a surtout évoqué la liberté de création, de penser, d'écrire, etc. Je voudrais, au nom de cette rencontre, qu'il envoie un tweet, qu'il fasse un message, comme tous les hommes politiques. Boualem Sansal risque dix ans de prison pour quelque chose de monstrueusement injuste."
L'homme connu pour sa logorrhée débridée risque cependant de rester muet. Une eurodéputée de son parti considère l'Algérie comme "La Mecque de la liberté". La France qui se dit insoumise l'est surtout à la décence et au respect des droits humains.

(1) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/03/20/boualem-sansal-devant-ses-juges-je-n-ai-rien-voulu-faire-contre-mon-pays-je-n-ai-fait-qu-exprimer-une-opinion_6583875_3212.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/15-de-plus/15-de-plus-du-vendredi-21-mars-2025-9334730


mardi 11 mars 2025

Libérez Boualem Sansal

Depuis quasiment quatre mois, Boualem Sansal est emprisonné par le régime algérien. Régime dictatorial et aussi antisémite. "Selon des sources judiciaires algériennes, rapportait en février Le Courrier international (1), des hommes sont venus dans la chambre du romancier pour lui conseiller vivement de changer de conseil et de prendre « un autre avocat français non juif. » Pour essayer de l’en convaincre, ces émissaires particuliers ont expliqué que le remplaçant non juif de Me François Zimeray aurait une chance d’obtenir un visa afin de pouvoir le visiter." Dans la foulée, l'écrivain a entamé une grève de la faim. On cherche en vain de ses nouvelles depuis lors. Son avocat, qui n'a toujours pas pu le voir, vient d'affirmer qu'il n'en a plus aucune depuis deux semaines.
En février, de nombreux écrivains, francophones et étrangers, se sont rassemblés à Paris pour réclamer la libération de l'écrivain franco-algérien.
Le Monde (2) rapporte que pour Pascal Bruckner, l’embastillement de Sansal est le symptôme de la « peur profonde » qui anime ce régime. "Tout pouvoir qui emprisonne un écrivain est un pouvoir faible et, en général, il ne dure pas, a prévenu Sylvain Tesson, avant de cingler : « Le président Tebboune possède les clés d’une geôle, mais c’est tout le pouvoir qu’il possède. Dans l’histoire de l’humanité, personne ne citera jamais plus une seule phrase de lui, alors que l’œuvre de Boualem demeurera vivante. » S’adressant à son tour au dirigeant algérien afin de lui confier une « parole amicale », Daniel Pennac a lancé : « Pour l’amour de l’intelligence et de la douceur humaine, rendez sa liberté à Boualem… et, tant que vous y êtes, rendez-lui aussi l’Algérie »".
"Des écrivains ont stigmatisé les « idiots utiles, bien installés dans leur sofa parisien, qui pinaillent » (selon les mots de Sorj Chalandon), jusqu’à insinuer que, au fond, Sansal l’a bien cherché… « Aurait-il dû dire patati, et pas dire patata ? La vie intellectuelle est pleine de Purgon et de Diafoirus qui tâtent le pouls et la conscience de l’écrivain emprisonné », a déploré Philippe Lançon. « Nous sommes là pour toi, Boualem, a promis Paule Constant, nous sommes là pour toi sans l’ombre d’un “mais”. »"
Le 13 mars, c'est à Bruxelles qu'aura lieu un rassemblement de soutien à l'initiative des Universalistes. "Libérez Boualem Sansal, là, immédiatement, sans condition !!! Emprisonné depuis le 16 novembre 2024, l'immense romancier franco-algérien, est arbitrairement détenu, en Algérie, accusé de « complot contre la sûreté de l’État ». Condamné au silence et à l'isolement, il n'a pas pu s'exprimer depuis, tout comme ses avocats. Alors on spécule sur sa condition. D'autant plus que sa santé décline et qu'il est atteint d'un cancer. A nos yeux, cette situation est scandaleuse et il s'agit d'y mettre fin le plus rapidement possible.Venez faire entendre votre voix, le 13 mars prochain à 20h, au théâtre La Tricoterie, aux côtés de nombreux intellectuels, artistes et politiques qui prendront la parole pour exiger sa libération immédiate et inconditionnelle. Soutenons Boualem Sansal !"

(1) https://www.courrierinternational.com/article/justice-algerie-boualem-sansal-a-decide-d-entamer-une-greve-de-la-faim_228048
(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/19/des-ecrivains-reunis-en-soutien-a-boualem-sansal-a-l-institut-du-monde-arabe-nous-sommes-la-pour-toi-sans-l-ombre-d-un-mais_6553357_3212.html

dimanche 9 février 2025

L'enfermement d'un homme libre

Dans son roman "Le Village de l'Allemand - ou le journal des frères Schiller" publié en 2008 (1), Boualem Sansal fait débarquer un de ses personnages principaux, Malrich qui vit en région parisienne, à l'aéroport d'Alger. Là, comme d'autres voyageurs, il est maintenu à l'écart, interrogé, puis enfin laissé libre d'aller où il veut. Mais d'autres n'ont pas cette chance, embarqués dans un camion, vers une destination inconnue. "Longtemps, je me suis demandé ce qu'étaient devenus ceux de l'autre groupe. Je refusais de penser qu'ils les avaient torturés, tués, déportés ou quoi d'autre. Je préfère croire qu'ils les ont simplement jetés en prison et que les parents ne seront pas inquiétés."

Il y aura bientôt trois mois, l'écrivain algéro-français a vécu la même chose que ce qu'il décrivait dans ce roman il y a dix-sept ans. Il a été arrêté à sa descente d'avion en provenance de Paris et envoyé en prison par le gouvernement algérien.
"Assez, crie son éditeur Jean-Marie Laclavetine (2). Assez de prudence diplomatique, assez de chuchotements dans les couloirs des chancelleries, assez de mises en garde sur le caractère ombrageux des dirigeants algériens qu’il ne faudrait surtout pas braquer, assez de lâchetés camouflées sous les rodomontades, assez de « oui, mais », assez de défilements, assez d’hypocrisie."
Faute de visa, l'avocat de Boualem Sansal ne peut lui rendre visite. Malade, il a été hospitalisé, puis renvoyé à l'isolement en prison. "Boualem Sansal est utilisé avec cynisme et cruauté par des dirigeants qui veulent faire payer à la France des différends qui n’ont rien à voir avec lui, ni avec son œuvre."
La protection consulaire a été refusée à Boualem Sansal, "coupable d’avoir écrit et parlé en homme libre".
Jean-Marie Laclavetine le considère comme un prisonnier d’opinion, "enfermé au mépris des droits de la défense, des règles internationales et des simples lois d’humanité".
"Vous qui gouvernez la France, dit-il encore, comment pouvez-vous supporter une situation aussi insultante, une telle atteinte aux droits d’un citoyen français, qui est par ailleurs une des grandes voix de notre littérature ? Votre inertie est inacceptable, comme est inacceptable l’instrumentalisation du cas de Boualem Sansal par des politiciens de tous bords  (...). Un seul mot d’ordre doit prévaloir, en dehors de toute considération partisane : il faut libérer Boualem Sansal."

Il a compris que l'islamisme et le nazisme c'était du pareil au même. Il a voulu voir ce qui nous attendait si on laissait faire comme on a laissé faire en Allemagne, à Kaboul et en Algérie où les charniers islamistes ne se comptent plus. Au bout du compte, ça lui a fait tellement peur qu'il s'est suicidé. Il pensait qu'il était trop tard, il se sentait responsable, il disait que notre silence était de la complicité, il disait que nous sommes dans le piège et qu'à force de nous  taire en faisant semblant de discutailler intelligemment, nous finirons par devenir des kapos, sans nous en rendre compte, sans voir que les autres, autour de nous, le sont déjà.
Boualem Sansal, "Le Village de l'Allemand - ou le journal des frères Schiller".

(1) nrf - Gallimard.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/02/boualem-sansal-prisonnier-pour-delit-d-opinion-reste-enferme-au-mepris-des-droits-de-la-defense-et-des-regles-internationales_6527783_3232.html
A lire : https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/29/smain-laacher-sociologue-des-deux-cotes-de-la-mediterranee-boualem-sansal-et-kamel-daoud-sont-consideres-comme-des-traitres_6420829_3232.html

mardi 26 novembre 2024

Le service de la vie

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté, il y a plusieurs jours, à son arrivée à l'aéroport d'Alger. Les motifs de son arrestation sont flous et clairs à la fois. Certaines de ses déclarations relatives au territoire algérien ont dérangé le pouvoir, de même que des positions du président Macron ou encore que le Prix Goncourt attribué à Kamel Daoud. Boualem Sansal a surtout le grand tort d'être un esprit libre. On sait ce que l'islamisme a fait vivre à l'Algérie dans les années '90. Sansal n'a jamais craint de dénoncer, dans ses romans et dans ses interviews, la terreur ultra-violente qu'ont fait régner les barbus et qui semble avoir figé à jamais l'Algérie. On peut craindre pour son sort quand on pense, comme Sophia Aram le faisait hier (1), "à l’écrivain Rachid Mimouni, mort en exil au milieu de la décennie noire, au chanteur Lounès Matoub, assassiné en 1998 sur la route de Tizi Ouzou, à l’écrivain Tahar Djaout et tous ceux qui sont morts d’avoir eu le courage de parler, d’écrire ou de chanter la détresse des Algériens pris entre un régime militaire, autoritaire et corrompu et des islamistes ayant massacré près de 200 000 personnes pendant la décennie noire". Sophia Aram salue "un homme qui a le courage de dire, dans un pays dont le pouvoir pactise avec l’islamisme, que "si la religion fait peut-être aimer Dieu, rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité ".

De nombreux écrivains - Annie Ernaux, J.M.G. Le Clézio, Orhan Pamuk, Wole Soyinka, Salman Rushdie, Peter Sloterdijk, Andreï Kourkov, Roberto Saviano, Giuliano da Empoli, Alaa el Aswany, Erri De Luca, Johan Sfarr et bien d'autres - réclament la libération immédiate de Boualem Sansal (2).
"Désormais, (en Algérie) tout est possible, écrit son ami Kamel Daoud, à l'origine de l'appel : la perpétuité pour un texto, la prison pour un soupir d'agacement. Sansal ressemble à un vieux prophète biblique, souriant. Il provoque les passions et les amitiés autant que la détestation des soumis et des jaloux. Il est libre et amusé par la vie. Il écrit des livres sur les orages et les lumières abstraites de notre époque, et il s'amuse de la haine des autres. Sansal écrit, il ne tue pas et n'emprisonne personne. Son innocence face à la dictature lui fit oublier la réalité de la Terreur en Algérie depuis quelques années. Il a négligé de regarder la meute qui l'attendait, il est retourné visiter son pays ce samedi-là. Il l'a payé cher."

"Boualem Sansal est emprisonné pour ses opinions, rien d’autre, affirme l'avocat Richard Malka (3). Il n’a agressé, tué, ou blessé personne. Mais ses idées dérangent un pouvoir totalitaire. C’est le propre des régimes les plus abjects. Il ne devrait pas y avoir de débat : nous devrions être unanimes dans notre soutien à Boualem Sansal, en particulier dans le monde de la culture. On doit tous être Boualem Sansal."
Mais ce n'est pas le cas. "Certains pseudo-intellectuels, dans un mépris insupportable, disent qu’il faut le défendre… mais ajoutent un oui, mais. Ce mais est misérable et odieux. Boualem Sansal est victime d’un régime obscurantiste et corrompu jusqu’à la moelle, qui n’hésite pas à emprisonner un écrivain sans motif, sans procès, sans durée. La mobilisation n’est pas à la hauteur. C’est une atteinte grave, non seulement à la liberté d’expression, mais aussi au plus élémentaire droit de l’homme : ne pas être emprisonné par le fait d’un autocrate ou le bon vouloir d’un tyran."

Si ces "pseudo-intellectuels" éprouvent quelques difficultés à défendre Boualem Sansal, c'est qu'ils estiment qu'il penche vers l'extrême droite. Ils disent la même chose de Kamel Daoud. En fait, ce que ces tartuffes reprochent aux deux écrivains, c'est que leur dénonciation des dangers et des ravages de l'islamisme est applaudie par l'extrême droite. Alors que ce sont eux, ces braves gens confits de bons sentiments qui, en se taisant, en fermant les yeux sur ce qu'ils ne veulent pas voir, laissent toute la place à l'extrême droite. C'est leur silence qui laisse tant de place au bruit et qui permet aux dictateurs d'enfermer ses intellectuels à la voix libre. Incapables, par peur de passer pour islamophobes, de dénoncer le totalitarisme islamiste et celui d'un pouvoir algérien racrapoté sur lui-même, ces braves gens n'ont que mépris pour ce que vit la population algérienne. Selon Kamel Daoud, "le régime d'un côté et les islamistes de l'autre ont réussi à mettre en place un tribunal itinérant de l'identité pure et de l'hypernationalisme". C'est Daoud aussi qui affirme que tous les écrivains algériens francophones sont coincés entre les islamistes "qui estiment que le seul roman à lire est celui écrit par Allah" et le régime "qui s'oppose à toute concurrence avec le récit national ".
Ceux qui font la fine bouche face à l'arrestation de Boualem Sansal sont tranquillement assis chez eux quand lui a pris le risque de retourner chez lui. "Résister a du sens si je reste là-bas Si je viens ici (en France), ce n'est plus le mot qu’il faut utiliser, ce serait parler, papoter. La résistance se fait là où il y a la vraie guerre."

Allez, ouste, les dictateurs, les usurpateurs, les mafieux, les crapulards, l'avenir appartient aux gens de bien. Tiens, je crois que c'est ça la bonne définition de cet objet non identifié qu'est l'humanité, que je cherche depuis des années : l'humanité, ce sont ces gens de bien qui, vaille que vaille, assurent le service de la vie. (Boualem Sansal, "Vivre - Le compte à rebours", Gallimard, nrf, 2024)

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-25-novembre-2024-7974755
(2) https://www.lepoint.fr/societe/des-prix-nobel-de-litterature-se-mobilisent-pour-boualem-sansal-23-11-2024-2576089_23.ph
(3) https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/richard-malka-le-oui-mais-au-sujet-de-l-arrestation-de-boualem-sansal-est-odieux?
https://www.marianne.net/societe/medias/sur-le-plateau-de-c-politique-boualem-sansal-et-kamel-daoud-executes-par-de-petits-procureurs-mediatiques?



mardi 17 novembre 2015

Les crétins psychopathes

Jamais le dessin de Cabu n'aura été - hélas, 128 fois hélas - aussi pertinent. Mahomet doit disparaître sous ses larmes de se voir aimé par ces crétins obscurantistes qui ont, à plusieurs endroits dans Paris, tué aveuglément en criant qu'Allah est grand. Alors qu'il est minuscule, réduit en miettes par des barbares qui affirment agir en son nom.



Comment des jeunes éduqués dans nos écoles, au XXIe siècle, qui ont, selon les témoignages de certains de leurs proches, vécu une vie normale de jeunes, joué au foot, dragué des filles, bu et fumé, fait la fête, eu des espoirs, des joies et des déceptions, comment peuvent-ils se laisser ainsi fanatiser, rejoindre une secte violente et basculer dans l'abjection et la sauvagerie organisée? Quelle faiblesse d'esprit a pu les pousser à mourir en massacrant des innocents (chrétiens, athées, juifs, musulmans, agnostiques) qui avaient l'audace d'assister à un concert ou à un match de foot, de faire la fête ou de passer un bon moment avec des amis dans un restaurant? Quelle vision avaient-ils de la vie pour se muer en semeurs de mort? S'ils ont tué aveuglément, c'est qu'aveugles ils le sont. Incapables de voir les bienfaits de la société dans laquelle ils sont nés et ont vécu, incapables de se ranger du côté de la vie, incapables d'anticiper les suites qu'engendreront leur ignominie: le renforcement de l'extrême droite; la stigmatisation des musulmans; la méfiance vis-à-vis des candidats réfugiés, voire leur rejet, eux qui précisément fuient la violence des djihadistes; la libération de la parole d'imbéciles en tous genres (qui ne valent évidemment pas la peine qu'on relaie leurs délires et leurs haines). Ils veulent défendre leur pseudo Etat islamique qui prétend vouloir libérer les Syriens du joug du clan Assad. Et résultat: tout le monde va tomber sur le dos de Daech en épargnant le boucher de Damas, sept fois plus meurtrier encore. Leur bêtise est abyssale. Un professeur de psychopathologie (1) explique que nombre de ces jeunes, en recherche  d'identité, trouvent dans le djihadisme une raison d'exister. Si l'on peut dire. Puisqu'il s'agit de tuer et d'être tué à la fois, de mourir en martyr en pensant rejoindre un dieu dont ils ne savent rien. Ils sont tombés dans le piège que leur tendent les leaders islamistes qui amarrent, comme l'écrit Boualem Sansal, "la foi à la folie": celui des suicides assassins. Ils réalisent le but de la Guerre sainte, comme l'exprime encore l'écrivain algérien: "transformer d'inutiles et misérables croyants en glorieux et profitables martyrs" (2). Exister en mourant, sacré projet de vie! Et finalement, on se le demande: pourquoi tous ces islamistes - y compris et surtout leurs chefs de file - ne se font-ils pas tout de suite sauter pour rejoindre leur dieu, si cela leur fait tellement plaisir ? Voilà qui en ferait tout autant à la planète entière. N'hésitez pas, les gars, on est avec vous.
(A suivre)

La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n'est plus fort qu'elle 
pour faire détester l'homme et haïr l'humanité.
Boualem Sansal , 2084 - La fin du monde

(1) L'Avenir, 16 novembre 2015, p. 32
(2) Boualem Sansal , 2084 - La fin du monde, roman, Gallimard 2015

vendredi 19 avril 2013

Islamofolies

Les religions ne sont pas critiquables. Il faut respecter les vérités qu'elles représentent. Les critiquer, c'est s'exposer à de graves ennuis. On évitera donc de le faire.

En Russie, la Douma vient d'adopter un projet de loi anti-blasphème (1). On ne pourra outrager ou insulter les sentiments ou les convictions religieuses du citoyen. Comme on ne sait quels sentiments sont ceux du citoyen, on est prié de se taire et de ravaler toute critique à l'égard de toute religion. Sinon, on risque l'équivalent de sept mille euros d'amende ou deux cents heures de travail d'utilité publique ou encore trois ans de prison. En revanche, en Russie, on a parfaitement le droit de répandre de force  "la parole de Dieu". Les activistes orthodoxes ne s'en privent pas, usant de la terreur et de la violence pour imposer leurs vues. C'est normal, la vérité a tous les droits.

Au Maroc, le Conseil supérieur des oulémas a décrété une fatwa qui menace de mort tout musulman qui aurait abjuré sa religion. Le musulman serait donc prisonnier à jamais de celle-ci. Le code pénal marocain interdit "d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion". L'ébranleur risque de six mois à trois ans de prison (2).

En Arabie saoudite, l'écrivain Turki Al-Hamad est en prison. Il a eu le grand tort de s'en être pris à ceux qui donnent une lecture extrémiste du "message d'amour" du prophète Mahomet. Il s'est insurgé contre "un nouveau nazisme qui se profile dans le monde arabe et qui est l'islamisme extrême" (3). Des propos jugés offensants envers l'islam. On comprend donc qu'appeler à respecter la religion, c'est l'insulter.

En Belgique, des sénateurs, socialistes et écologistes, francophones et flamands, veulent faire condamner l'islamophobie. Ils ont rédigé un projet de résolution qui définit celle-ci. Elle liste huit critères qui, s'ils sont rencontrés en nombre, témoigneraient d'une attitude liberticide. Ainsi, on ne peut "considérer l'islam comme violent, menaçant, partisan, du terrorisme, impliqué de manière active et combative dans un choc des civilisations". On ne peut non plus "considérer l'islam comme une idéologie politique, utilisée à des fins politiques et militaires visant à instaurer son hégémonie" (4). On devrait donc considérer à partir de ces deux seuls critères que les islamistes - ces obscurantistes dont le grand projet est de créer, par tous les moyens, y compris les plus violents, des Etats islamiques et d'y instaurer la charia - sont des islamophobes. Le ridicule n'a jamais tué personne, dit-on.
Autre critère: on ne peut "rejeter radicalement les critiques que l'islam formule à l'égard de l'Occident". C'est Jésus-Christ qu'il faut écouter, nous disent les élus socialistes et écologistes : il faut tendre la joue gauche. Les critiques ne seraient donc admises qu'à sens unique.

En Turquie (5), le pianiste Fazil Say vient d'être condamné à dix mois de prison avec sursis. Il est coupable "d'insultes aux valeurs religieuses d'une partie de la population". Son crime : avoir déclaré "je ne sais pas si vous vous en êtes aperçus, mais s'il y a un pou, un médiocre, un magasinier, un voleur, un bouffon, c'est toujours un islamiste". Une affirmation insultante pour les magasiniers, on en convient, mais pas pour les musulmans qui ne peuvent être confondus avec des islamistes, ces "gangsters de la foi" (6), qui ont transformé leur religion en "idéologie politique, utilisée à des fins politiques et militaires visant à instaurer son hégémonie".

Le terme "christianophobie" n'existe pas plus que celui de "judéophobie", de "bouddhistophobie", de "mandaromophobie" ou de "religiophobie". Seul existerait celui d'islamophobie. On voit par là que l'islam serait une religion d'exception, trop faible sans doute pour supporter la critique et qu'il convient dès lors de protéger de toute raillerie.
Les religions sont des idées. Toute idée est critiquable. Une société qui interdit la critique des idées est-elle démocratique?

Moralité: ébranlons, ébranlons!

La tournure d'esprit du musulman overdosé est de se croire indispensable et, de plus, comptable agréé par le Créateur de ce qui vit et périt ici-bas. C'est une vie énigmatique, et dangereuse pour le passant qui ne fait que passer dans la vie. A ces gens, il manque un boulon et c'est dans les ossements qu'ils le cherchent. Ils regardent la vie comme un dû à la mort et en Dieu ils voient un liquidateur de comptes. "Ina lillah oua ina illih radjihoun", répètent-ils en peaufinant la musicalité de la sentence. C'est tout ce qu'ils ont retenu du Livre. Le pacte est calcul comme la vie est une ruse biologique; Allah donne et reprend; l'homme prend et redonne; ça n'enrichit pas mais ça tient éveillé. Mentalement, ils dressent la liste des partants et aimeraient les voir emprunter la voie express. Pour ces commerciaux de l'épouvante, il n'y a  pas assez de cendres dans le cimetière pour se couvrir la tête et atteindre au nirvana des califes. Une planète morte ferait leur affaire.
                                                                                                Boualem Sansal, Le Serment des barbares

(1) "La laïcité en danger", LLB, 19 avril 2013.
(2) "L'apostasie mérite la mort...", LLB, 19 avril 2013.
(3) "Le "nazisme" du monde arabe, LLB, 3 janvier 2013.
(4) "Miller recadré par Charles Michel", LLB, 17 avril 2013.
(5)
http://www.huffingtonpost.fr/dionysios-dervisbournias/condamnation-fazil-say_b_3084558.html
(6) B. Sansal.

(re)lire sur ce blog
- Les corbeaux croassent, 16 avril 2013.
- Modérons-nous, 3 novembre 2011.
- Vive le blasphème, 10 octobre 2010.
- Blasphème?, 13 mars 2007.