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vendredi 20 décembre 2024

Entre-soi

Il fut souvent question ici du projet d'un Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à Bélâbre, village du sud-ouest de l'Indre. Porté par la commune, le projet était vivement combattu par une partie de la population locale soutenue par l'extrême droite (RN et Reconquête), tandis qu'une autre partie défendait le projet au nom de la devise de la République française et en particulier de la fraternité.
Le Préfet de l'Indre vient d'enterrer définitivement le projet. "La société Viltaïs, qui avait répondu à l’appel du projet de l’État, rencontre de grosses difficultés financières. C’est la cause première de l’abandon du projet", explique dans la Nouvelle République (1) le maire Laurent Laroche.
Du côté des anti, on triomphe. "On a gagné", se rengorgent-ils. Parmi eux, les patrons de la supérette du village qui, à la NR, "se disent « fiers » de « cette victoire qui est la nôtre, au sein de l’Union bélâbraise ». Ils balaient d’un revers de la manche « l’excuse invoquée d’un manque de moyens de l’association Viltaïs pour justifier l’abandon du projet. La réalité, c’est qu’on s’est battu pour que ce projet qu’on a voulu nous imposer, ne voit pas le jour. Et on a gagné. Peu de communes ont réussi ce qu’on a fait », soulignent Frédéric et Patricia Fassiaux qui digèrent difficilement de s’être vus « catalogués d’extrémistes de droite » et de « racistes »." 
Leur fille, elle, s'affiche moins hypocritement : elle campe solidement à l'extrême droite. Elle qui avait pris la tête de ce combat des grognons, entend mener une liste du Rassemblement national aux prochaines élections municipales. 
Les patrons de la supérette ne sont pas racistes puisqu'ils ont une pensée émue pour les Mahorais. Et plus encore "« Nous ne sommes pas dans le rejet des autres. Au contraire, on est prêts à aider tout le monde : c’est d’ailleurs ce qu’on fait pour Mayotte », indique Patricia Fassiaux en montrant le chariot contenant la collecte alimentaire organisée au profit des sinistrés mahorais." (1).
Allez, encore un petit effort de charité bien chrétienne pour les pauvres et demain ils seront prêts à accueillir à Bélâbre des réfugiés mahorais. Après tout, Mayotte, c'est la France.

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/a-belabre-les-visions-de-laurent-laroche-et-de-ludivine-fassiaux-s-opposent-toujours-apres-l-abandon-du-projet-de-cada

jeudi 29 février 2024

Anti-Français

Ils ne désarment pas. Les fachos restent fâchés. A Bélâbre, dans le sud de l'Indre, ils ne supportent toujours pas le projet soutenu par la mairie de transformer le bâtiment d'une usine fermée depuis quarante ans en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Trente-huit personnes, essentiellement en famille, vont y être hébergées. Ce projet est issu, selon les opposants, d'une "idéologie personnelle et dangereuse » contre laquelle ils veulent lutter. Quelle est-elle donc ? Le sens de l’accueil ? La solidarité ? La fraternité ? Voilà donc des notions dangereuses qui remettent en question des gens qui sortent le drapeau français pour manifester qu'ils sont chez eux. Qui leur rappellera que derrière ce drapeau s'exprime une idéologie dangereuse, que derrière ce drapeau il y a une devise épouvantable : liberté, égalité, fraternité ? Quelle conception étroite ont-ils de la fraternité ? La même qu'ils ont de la démocratie sans doute. Ils s'estiment trompés par le conseil municipal qui n'aurait pas respecté la démocratie en décidant ce projet. Et ces grognons nuisibles s'étonnent, s'indignent que les soutiens du projet contre-manifestent chaque fois que eux manifestent. Ils veulent manifester seuls sans être contredits. On voit par là combien leur idéologie est dangereuse.
Résumons-nous : les mauvais coucheurs sont brouillés avec leur propre pays.


dimanche 29 octobre 2023

Besoin d'humanité

L'inhumanité avance. Elle vient de démontrer qu'elle est toujours capable de se surpasser. Le pogrom mené par les terroristes du Hamas en Israël et tous les morts civils dans la bande de Gaza résultant de la riposte israélienne ; la guerre d'Ukraine menée avec un cynisme total par le tueur en série Poutine ; la guerre oubliée du Yemen ; les guerres civiles au Soudan et en Libye ; la guerre que mène l’Azerbaïdjan aux Arméniens ; les infâmes régimes théocratiques d'Iran et d’Afghanistan ; l’islamisme et la terreur assassine qu’il sème autour de lui ;  le refoulement des migrants en Méditerranée ; le Sahel aux mains des djihadistes ; la répression qui pèse sur les Ouïghours, les Kurdes, les Yézidis, les Tibétains et tant de minorités ; les murs dressés un peu partout ; le réchauffement climatique et les menaces qu’il fait peser sur la biodiversité et sur la survie des populations, notamment humaines ; tout cela (et le reste, on en passe, on en oublie) nous ferait désespérer de l'humanité.

Face à un contexte mondial aussi lourd et inquiétant, comment ne pas comprendre que tant de personnes, pour survivre - simplement survivre - cherchent à se réfugier dans des pays qu’elles pensent sûrs et démocratiques, où elles pourront trouver asile, être accueillies dignement, se reconstruire ? Mais certains ne peuvent l’admettre et s’opposent, fermés à la notion d’humanité, aux projets de structures d’accueil de demandeurs d’asile. Ce fut encore le cas ce samedi à Bélâbre (1). En défilant dans ses rues, des gens qui n’aiment pas les autres, qui les rejettent par peur, par haine ou simplement par égoïsme, ont participé à l’augmentation de l’inquiétude, à l’avancée de l’inhumanité.

« Je ressens aussi le besoin de dialoguer pour réaffirmer quelque chose de banal qui est l’humanité, face à cette déferlante d’inhumanité qui s’est infiltrée en chacun, dans chaque camp, dans chaque famille. »
Kamel Daoud, écrivain algérien, à propos du massacre d’Israéliens par le Hamas et de ses conséquences catastrophiques (L’Obs, 26.10.2023).

« Nous devons construire un monde beau de notre vivant, vivre une belle vie, toutes et tous ensemble, construire un bon pays et pouvoir aider d’autres peuples. »
Toomaj Salehi, rappeur iranien emprisonné et torturé pour avoir dénoncé la répression et l’horreur du régime (in « Femme, Vie, Liberté », sous la direction de Marjane Satrapi, éd. L’Iconoclaste, 2023).

(1) Le tribunal administratif de Limoges ayant cassé l’interdiction prise le 24 octobre par le préfet de l’Indre, la manifestation anti-Cada a bien eu lieu ce samedi 28 octobre dans les rues de Bélâbre. Ils étaient 130 à « manifester leur peur de l’étranger », écrit La Nouvelle République.
Jeudi 26, on apprenait qu’un homme a été interpellé pour des menaces de mort contre le maire de Bélâbre. Il lui aurait proféré des menaces de mort par téléphone suite à l’annonce de l’installation d’un Cada. Cet homme sera présenté en jugement dès le lundi 30 octobre.

dimanche 23 avril 2023

De drôles de paroissiens

Nouveau face-à-face hier à Bélâbre entre pro- et anti-CADA. Les opposants entendaient organiser "la plus grande manifestation" contre le projet d'ouverture d'un centre d'accueil pour réfugiés dans leur village. Ils étaient 120 selon la presse. Difficile d'en juger quand on est dans le camp adverse avec la vue barrée par un alignement de combis de gendarmerie qui ferme la rue.
On ne voyait d'eux que leurs panneaux affichant des slogans stupides et agressifs qui ciblaient essentiellement l'association Viltaïs qui gèrera le centre d'accueil pour réfugiés. "Viltaïs = trafic d'êtres humains", "Vitaïs Profits Invasion délinquance", "Viltaïs officine néo-colonialiste". Un autre traitait l'association d'esclavagiste. Faut-il en rire ou en pleurer ? On a du mal à comprendre en quoi héberger dans des conditions dignes des gens qui survivent dans la rue s'apparente à de l'esclavagisme ou du néo-colonialisme, mais les grincheux ont une logique et une compréhension du monde qui leur sont propres.
"Pourquoi le chaos à Bélâbre ?", demande un autre de leurs panneaux. De quel chaos parlent-ils, sinon de celui qu'ils génèrent dans leurs têtes ?
Parmi les opposants, de fervents catholiques dont on ne cesse de se demander ce qu'ils ont compris - ou non - de la doctrine chrétienne. "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" leur a enjoint leur Jésus. Ils le détestent, ce prochain. Faut-il croire qu'ils se haïssent eux-mêmes ? Jésus est né dans une étable parce que ses parents, migrants, se sont vus claquer la porte au nez par de braves gens qui les ont rejetés. « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli », a dit Jésus (Mt 25,35). « Dans la Bible, l’accueil de l’étranger est une exigence éthique qui vérifie notre conversion à la fraternité humaine », rappelait en 2018 Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France (1). 

"Fraternité, solidarité", "Bélâbre, terre d'accueil" répondions-nous à ces apeurés aux têtes chaotiques. Nous étions quelque 150 à soutenir le projet, coincés dans la rue Emile Zola d'où la gendarmerie nous interdisait de bouger. Comme le relevait un ami, nous étions là pour soutenir un projet de l'Etat, interdits par des agents de ce même Etat de tout déplacement pour que les opposants au projet puissent se rendre à la mairie déposer leur pétition. Cherchez l'erreur.

Les opposants - qui regardent trop la télé, certaines télés - restent coincés dans leurs fantasmes et leur vision simpliste du monde, encouragés en cela par le chef de l'Etat et son ministre de l'Intérieur : étranger = danger, immigration = insécurité et violence. "Une étude vient pourtant démontrer qu’il n’en est rien, écrit Le Monde (2). Rendue publique mercredi 19 avril par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), rattaché aux services de la première ministre, elle assure que « les immigrés ne sont pas à l’origine d’une augmentation des taux d’infraction dans les pays d’accueil ». Pour étayer leur propos, les auteurs, les économistes Arnaud Philippe et Jérôme Valette, dressent un état des lieux des travaux de la recherche sur le sujet, dans plusieurs pays. Et constatent qu’« aucune étude ne trouve d’effet de l’immigration sur la délinquance »." Mais ceux qui n'aiment pas les autres rejèteront l'étude, comme ils balaient tout argument objectif qu'on peut leur opposer : pour eux, tout ce qui ne sert pas leurs analyses simplistes et ne nourrit pas leur peur n'est que mensonge et propagande.

(1) https://www.lavie.fr/idees/debats/accueil-de-letranger-que-dit-vraiment-la-biblenbsp-8598.php
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/04/21/immigration-les-etrangers-pas-plus-delinquants-que-les-autres-selon-une-etude_6170487_3224.html

mardi 18 avril 2023

Ça va aller

Argumentaire à propos du projet de CADA de Bélâbre pour calmer les peurs, rassurer les méfiants et aider à lutter contre les fausses informations et les rumeurs

CADA - Définition

Les Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA) fournissent un refuge aux personnes qui ont demandé l'asile en France. Pendant la durée de l'examen de leur demande de statut de réfugié, les demandeurs d'asile peuvent bénéficier d'un logement, d'un accompagnement administratif pour aider à la procédure de demande d'asile, d'un soutien social qui inclut l'accès aux soins médicaux, la scolarisation des enfants et une aide financière pour les besoins alimentaires. Les CADA sont généralement gérés par des organisations caritatives ou des entreprises privées.
L'accueil des demandeurs d'asile en France est conforme à la Convention de Genève de 1951, qui définit les obligations internationales en matière de protection des réfugiés. En vertu de cette convention, l'État français finance les Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile pour fournir un refuge et un soutien aux personnes en situation de vulnérabilité.
(https://annuaire.action-sociale.org/etablissements/readaptation-sociale/centre-accueil-demandeurs-asile--c-a-d-a---443.html)

Allocation

En quoi consiste l'allocation pour demandeur d'asile (Ada) ?
En tant que demandeur d'asile, vous n'êtes pas autorisé à travailler avant un délai de 6 mois. Si vous êtes majeur, une allocation pour demandeur d'asile (Ada) peut vous être versée. L'allocation vous sera versée si vous remplissez les conditions. Son montant dépend notamment de votre situation familiale. L'Ada est composée d'un montant forfaitaire journalier, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer.
Un montant supplémentaire peut vous être versé si vous avez accepté l'offre de prise en charge, avez manifesté un besoin d'hébergement et n'avez pas bénéficié gratuitement d'un hébergement (ou logement).

Montant journalier (selon la taille de la famille)
1 personne :     6,80 €
2 personnes : 10,20 €
3 personnes : 13,60 €
4 personnes : 17,00 €
5 personnes : 20,40 €
Etc.
Si aucune place d'hébergement ne vous a été proposée, le montant supplémentaire est de 7,40 €.(https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F33314)

Le projet de Bélâbre

Qui sera accueilli ? 38 personnes pourront être accueillies au CADA de Bélâbre, principalement des familles et des femmes avec leurs enfants.
Les premiers demandeurs d’asile sont attendus pour 2024, le temps de finir le montage du dossier et l’aménagement des locaux.
« En attendant, l’association a cherché d’autres options pour commencer l’accueil « car les soixante places de cada ont été octroyées dès 2023 par l’État. Il fallait donc trouver une solution temporaire. Il se trouve que la résidence retraite La Roche Bellusson, de Mérigny, avait un bâtiment inoccupé où vont être logés les premiers arrivants d’ici un mois », indique le maire de Bélâbre. À Argenton, où le climat est plus apaisé, les demandeurs d’asile pourront être accueillis « d’ici avril à début mai », dans un ancien hôtel proche de la gare, en cours d’aménagement.
Leur provenance géographique n’est pas encore connue. « Leur arrivée est conditionnée à la conjoncture internationale : on nous parle d’Afghans, de Géorgiens, de personnes venues d’Afrique. Peut-être accueillerons-nous aussi des Turcs et des Syriens suite au récent tremblement de terre », détaille Laurent Laroche.
Ils resteront « entre six et huit mois à Bélâbre, suivant l’évolution de l’instruction de leur dossier » et seront encadrés par quatre professionnels (deux intervenants sociaux et deux animateurs) qui partageront leur temps entre les sites de Bélâbre et d’Argenton. »
(https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/argenton-sur-creuse/cada-de-belabre-les-details-du-projet-et-son-calendrier-desormais-connus)

% de la population

38 personnes s’ajoutant aux 934 habitants actuels mèneront la commune de Bélâbre à un total de 972 habitants. »
Les 38 personnes accueillies représenteront ainsi 3,9% de la population locale.
La population étrangère vivant en France s'élève à 5,2 millions de personnes, soit 7,7 % de la population totale.
(https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212)

Gestion

Le CADA sera géré par l’association Viltaïs. Basée à Moulins (Allier), cette association gère déjà six cada, quatre hébergements d’urgence pour demandeurs d’asile et trois structures d’accueil de mineurs non accompagnés dispersées sur quatre régions. Dans l’Indre, elle travaille ainsi à l’ouverture d’un 7e cada de soixante places réparties à Bélâbre (38 personnes) et Argenton-sur-Creuse (22 personnes). (https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/argenton-sur-creuse/cada-de-belabre-les-details-du-projet-et-son-calendrier-desormais-connus)

Bâtiment
La promesse de vente du bâtiment (ancienne usine, à droite de l’église de Bélâbre) a été signée fin mars 2023. L’association Viltaïs a jusqu’au 15 mai pour déposer sa demande de permis de construire. Trois mois s’écouleront alors, qui serviront à étudier les différents recours. Puis, à partir du 15 août, l’association pourra commencer les appels d’offres, qui dureront jusqu’à début octobre. Les travaux commenceront véritablement courant 2024.
(Explications du maire de Bélâbre en séance du Conseil municipal du 3.4.2023 -https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/cada-de-belabre-les-opposants-au-projet-reclament-une-consultation-citoyenne queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=19&pageId=57da5ce5459a4552008b469a)

Expériences proches

* A Buzançais (au nord de Bélâbre)

« Ouvert en 2016, le Cada de Buzançais accueille 102 demandeurs d’asile dont 56 enfants. L’exemple d’une structure bien intégrée dans la vie locale, au moment où l’annonce d’un projet similaire à Belâbre réveille certaines peurs.
Oubliées les peurs du début. Comme ces dernières semaines à Bélâbre, l’annonce en 2015 de la création d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile à Buzançais (Cada) avait suscité de vives réactions de méfiance et d’opposition. Sept ans après son ouverture, en septembre 2016, le climat est désormais apaisé dans la petite commune de 4.500 habitants.
Le lieu n’est pas devenu le « ghetto » tant redouté. Les réfugiés y vivent en attente de l’examen de leur dossier de demande d’asile, profitent de ce temps suspendu pour panser les plaies psychologiques et parfois physiques des guerres et persécutions qu’ils ont fuies. »
« L’intégralité des réfugiés n’est pas francophone mais tous manifestent l’envie d’apprendre la langue et de s’intégrer. « Le premier conseil que je leur donne quand ils arrivent est de s’ouvrir sur l’extérieur. Parfois, se retrouver dans un petit village leur fait peur. (…) Mais au final, ils trouvent leur place et passent un bon séjour », poursuit le directeur qui voit régulièrement des « liens d’amitié et d’entraide se créer avec le voisinage ». « Le tableau peut paraître un peu idyllique. Mais c’est la réalité que nous vivons ici. »
(« Demandeurs d'asile à Buzançais : « Mais au final ils trouvent leur place » - Nouvelle république (NR) - extraits - publié le 12/03/2023)

Interview du maire de Buzançais, Régis Blanchet

- «  (…) une chance d’accueillir les demandeurs d’asile dans votre commune ?
- « Économiquement, non. Mais leur présence permet une ouverture d’esprit. Des liens se créent avec la population, je connais des habitants qui reçoivent chez eux des demandeurs d’asile. Des associations de support ont aussi été créées. Avant le Covid, un repas était organisé chaque année avec des plats étrangers préparés par les habitants du Cada. Mais il faut savoir que 80 à 90 % sont déboutés de leur demande d’asile et ne restent pas. »
- « Le projet de Cada à Bélâbre suscite des craintes similaires à celles que vous avez connues : avez-vous échangé avec le maire, Laurent Laroche ? »
- « Il m’a contacté avant de prendre sa décision car il s’inquiétait de la manière dont ça pouvait se passer. Je l’ai rassuré et lui ai conseillé de mettre en place un comité de pilotage. Ici, à Buzançais, je n’ai plus jamais entendu personne se plaindre du Cada. »
(« Demandeurs d’asile à Buzançais : « Il n’y a jamais eu le moindre problème », assure le maire » - (extraits- NR, publié le 14/03/2023)

Témoignage d’une Tchadienne accueillie à Buzançais avec son fils :

« Ali se sent bien. Il va à l’école. Il s’est adapté et comprend de mieux en mieux le français. Il commence même à dire quelques mots. »  « On est bien logés. On a de quoi manger. Les gens sont gentils et accueillants. Et surtout, je nous sens enfin en sécurité. »
(« Elle a fui le Tchad avec son fils : « Ici, je me sens enfin en sécurité » - NR - extraits - publié le 12/03/2023)

Réfugiés d’Algérie, Boualem Rahmane et sa famille ont passé deux ans au Cada de Buzançais. Désormais titulaires d’une carte de séjour, ils ont choisi de s’installer dans ce village qui « leur a ouvert les portes » et où ils ont tissé des liens d’amitié. »
« Je ne voulais pas être une charge pour les autres. J’ai bien essayé de trouver un travail, après avoir demandé l’autorisation à la préfecture, mais ma situation n’était pas simple pour les employeurs, je le comprends. Alors je me suis investi dans les associations : aux Restos du coeur, à l’épicerie sociale. C’est important de donner quand on reçoit. » Pleinement engagé dans ses actions bénévoles, « j’en oubliais presque que je n’avais pas de statut ici. 
« Quand le couple se voit enfin accorder « la protection subsidiaire », qui lui ouvre le droit à une carte de séjour, il décide tout naturellement de demeurer à Buzançais. « Pourquoi aller dans une ville où on ne connaissait personne alors qu’ici, on se sent bien, on s’est fait des amis. » 
« Il a aujourd’hui un contrat d’opérateur-production dans une entreprise de menuiserie de Châteauroux. Son épouse, elle, travaille depuis peu comme « dame de cantine ».
« Son rêve ultime serait de décrocher la nationalité française. « Dès que possible, je la demande. Ce serait une fierté et un hommage à mon grand-père qui l’a eue pour avoir combattu en Indochine et pendant la deuxième Guerre mondiale. »
(https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/ancien-demandeur-d-asile-au-cada-il-a-fait-de-buzancais-sa-ville-de-coeur - extraits)

L’US Argy

«  A l’été 2022, l’association sportive de ce petit village de l’Indre s’apprêtait à mettre la clé sous la porte. Jusqu’à ce qu’un « miracle » survienne : une quinzaine d’exilés sont venus y signer une licence. Sept nationalités composent aujourd’hui l’équipe. » «  Huit mois plus tard, la chronique d’une mort annoncée s’est transformée en hymne à la fraternité. »
« La majorité des nouveaux licenciés ont fréquenté, ou fréquentent encore, le centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) de Buzançais (…). Titulaires du statut de réfugié ou de demandeur d’asile, ils ont été rejoints par d’anciens mineurs isolés étrangers et par des parents d’enfants sous protection internationale. Agés de 19 à 33 ans, ils ont fui des contextes politiques instables, des situations familiales tendues ou simplement la misère. Quasiment tous travaillent ou sont en formation dans les métiers de l’artisanat : maçonnerie, couverture, boulangerie, métallerie... L’exil est le point commun de ces « footeux » du dimanche, coachés par un Kanak. »
(https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/03/30/l-us-argy-un-club-de-football-amateur-sauve-par-des-migrants_6167515_3225.html - extraits)
(Vidéo à voir : https://www.lalibre.be/sports/football/2023/04/18/un-match-de-football-interrompu-suite-a-une-invasion-de-moustiques-sur-le-terrain-video-S7BUU7TWWBDADIRVJVF2CDEEPE/ )

« L’association Solidarité Val de l’Indre-Brenne est née fin 2016, après la création du centre d’accueil pour demandeurs d’asile, à Buzançais. Ses membres interviennent auprès d’un public source de joies et, parfois, de peines. » « Nous nous doutions qu’il y aurait besoin de cours de français, se souvient Florence Naturel, enseignante titulaire d’un master français langue étrangère. Au départ, nous étions six ou sept. » Aujourd’hui, ils sont environ vingt-cinq au sein de l’équipe pour donner, trois fois par semaine, des cours à plus d’une vingtaine d’adultes du Cada, et proposer de l’aide aux devoirs à une trentaine d’enfants. »     « Ils ont un vrai désir d’apprendre notre langue, de découvrir notre culture. »
(« À Buzançais, des bénévoles apprennent le français aux demandeurs d’asile : « Une aventure humaine » (extraits) - NR - publié le 15/03/2023)

* A Sommières-du-Clain, en Vienne (à 80 kilomètres à l’ouest de Bélâbre).

En 2005, la commune disposait d’une dizaine de logements vides et les a confiés à la Croix-Rouge pour y accueillir des demandeurs d’asile.« Il a fallu une bonne année pour que l’idée soit acceptée, reconnaît Christelle Largeau, travailleuse sociale présente dès l’ouverture du site. Des villageois étaient suspicieux, d’autres clairement opposés. » Douze mois pour faire taire les « ils viennent prendre nos toits, voler notre travail ». « Des dizaines de familles exilées se sont depuis succédé. Avec elles a disparu la méfiance. Les étrangers sont devenus une « chance » pour la cité aux 766 habitants. Sans eux et la dizaine d’écoliers apportés en moyenne par le CADA, l’école communale ne serait sans doute qu’un vieux souvenir. « Ces gens font aussi tourner un peu les boutiques », ajoute René Morisset (le maire). » « L’écueil de la langue affecte bien moins les enfants, scolarisés dès leur emménagement. Six mois sont nécessaires pour être parfaitement à l’aise à l’oral, un jour suffit pour rire à la récréation. « Ils s’habituent à tout et à l’autre plus rapidement que les adultes », confirme le directeur de l’école, Julien Fontaine, qui voit en eux « des allophones, pas des étrangers ». « Pas de vrai « scandale ». Depuis sa résidence pour personnes âgées, Cécile Sèvre souffle à l’évocation des préjugés qui, ailleurs, freinent l’installation de nouveaux CADA. Elle se creuse la tête à la recherche d’un « scandale ». Le maire, René Morisset, évoque une poignée de « chapardages ». « Dans ces gens-là, c’est comme chez nous : il y a des bons et des mauvais. »
« Le président de l’Olympique club Sommières-Saint-Romain (OCSSR) pioche au CADA quelques footballeurs. »
(https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/04/07/accueil-des-refugies-de-la-reussite-de-sommieres-du-clain-a-la-polemique-de-belabre-quinze-ans-plus-tard-deux-visions-de-l-integration_6168668_3224.html - extraits)

* A Argenton-sur-Creuse

L’association Accueil du cœur 36, créée au plus fort de la guerre en Syrie a accueilli deux familles syriennes en juin 2017 puis une autre en février 2022 qui ont obtenu le statut de réfugié, dont les enfants sont aujourd'hui soit à l'école primaire soit au collège ou au LP soit à l'université. Deux d'entre elles sont maintenant autonomes et la dernière le devient progressivement. (…) En février 2022 nous avons également accueilli une famille ukrainienne (…).
Nous nous sommes également beaucoup investi.e.s auprès des résidents de l'HUDA (ex-CAO) qui a ouvert à Argenton en 2016 et auxquels nous proposons des ateliers de français 4 jours par semaine pour occuper leurs journées (car ils n'ont pas le droit de travailler pendant toute la durée de l'instruction de leur demande d'asile qui peut prendre des mois voire plus d'une année) et favoriser leur vie de tous les jours en attendant que l'OFPRA et éventuellement la CNDA statuent sur leur sort.
Ces expériences que nous avons choisi de vivre (…) nous ont certes demandé des efforts mais nous ont énormément apporté individuellement en termes de découverte, d'ouverture et de partage et collectivement grâce aux liens nouveaux que ce projet a générés entre des habitants qui ne se connaissaient pas du tout au départ et aussi avec la Mairie, les travailleurs sociaux et d'autres associations locales. A titre d’exemples, une vieille dame du Merle blanc nous a confié que eux (les résidents de l'HUDA) au moins ils disaient bonjour et l'aidaient à porter ses sacs et un élu municipal qui était contre la venue d'une famille syrienne à Mosnay a tenu à nous faire savoir au bout de quelques semaines qu'il avait changé d'avis.
C'est un projet qui, comme ailleurs, soulève des peurs, des doutes voire des hostilités féroces dans la population quand les appréhensions sont exploitées à des fins idéologiques mais ce sera vite une belle aventure à Belâbre aussi et qui vous apportera beaucoup de satisfaction et de fierté quand les choses se seront calmées et que les habitants seront rassurés. »
(extraits de la lettre envoyée le 1.3.2023 par l’association à l’équipe municipale de Bélâbre)


Besoins de main d’œuvre

« Plus de trois millions de projets de recrutement sont prévus cette année, selon la dernière édition de l’enquête réalisée par Pôle emploi sur les « besoins en main-d’œuvre » (BMO) des entreprises. 72 % de ces projets concernent des emplois durables, et l’hôtellerie-restauration, le secteur agricole, la santé ou encore les services à la personne arrivent en tête des secteurs qui recruteront le plus au cours de l’année. »
(https://www.pole-emploi.fr/candidat/decouvrir-le-marche-du-travail/besoins-en-main-doeuvre.html)

« L’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] dit qu’en 2050, l’Europe manquera de 95 millions de travailleurs. Je préfère être à la manœuvre d’une immigration contrôlée que de subir. »
(L. Laroche, maire de Bélâbre, https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/04/07/accueil-des-refugies-de-la-reussite-de-sommieres-du-clain-a-la-polemique-de-belabre-quinze-ans-plus-tard-deux-visions-de-l-integration_6168668_3224.html)

« Après une baisse record en 2020, « la migration permanente vers les pays de l’OCDE » a atteint 4,8 millions d’entrées en 2021. Une bonne nouvelle pour des pays manquant de main-d’œuvre, comme la France. Les mouvements migratoires ont fortement rebondi en 2021, tirés en particulier par l’immigration de travail vers les pays de l’OCDE, où sept immigrés sur dix ont un emploi, selon le rapport annuel de l’organisation économique publié lundi. Après une année 2020 de baisse record des flux en raison de la pandémie de Covid-19, « la migration permanente vers les pays de l’OCDE a rebondi de 22 % en 2021 », avec 4,8 millions d’entrées, a indiqué l’Organisation de coopération et de développement économiques dans ce document consacré aux migrations internationales.
Une inversion de tendance « due à un fort rebond de l’activité économique, à la réouverture des frontières, à l’augmentation des besoins de main-d’œuvre et à la reprise des délivrances de visas », estime le directeur de l’emploi, du travail et des affaires sociales Stefano Scarpetta, cité dans le rapport. La courbe devrait se prolonger en 2022, année marquée par la guerre en Ukraine, prévoit l’organisation. »
(https://www.sudouest.fr/economie/emploi/l-immigration-de-travail-reprend-dans-l-ocde-des-besoins-de-main-d-oeuvre-a-combler-12549037.php, 10.10.2022)

* Patrons solidaires

En janvier 2021, un boulanger de Besançon a entamé une grève de la faim pour éviter l'expulsion de son apprenti. Impossible de trouver un apprenti pour sa "Huche à pain", jusqu'à ce qu'il rencontre Laye Fodé Traoré, un jeune guinéen, qui n'avait que deux envies : apprendre et trouver du travail. A l'âge de 18 ans, ce dernier a reçu un ordre de quitter le territoire français. Son patron a fini - en mettant sa vie en jeu - par obtenir gain de cause. Depuis, le jeune homme a obtenu son CAP de boulangerie (…) Stéphane Ravacley, son patron, constate qu'aucun problème n'a été constaté avec tous ces jeunes venus d'ailleurs, qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'aucune plainte. Le jeune guinéen boulanger à Besançon a connu une belle réussite scolaire. "Ils sont doués et ont toute leur place dans nos entreprises", constate son patron (1).
Dans l'Ain, un couple de boulangers a formé un autre jeune guinéen. "Il est motivé, il a toutes les qualités requises." Les deux boulangers auraient voulu l'engager comme apprenti, ce qui s'est avéré impossible. Jusqu'à ses 18 ans, Yaya était protégé par son statut de mineur non accompagné. Mais au-delà, il n'avait plus ni statut, ni papier. Pendant trois ans, ils ont effectué toutes les démarches possibles auprès de la préfecture pour qu'il obtienne ses papiers. En vain. Ici encore, une grève de la faim a débloqué la situation.
Pour soutenir tous ces patrons qui galèrent pour pouvoir engager un apprenti venu d'ailleurs, Stéphane Ravacley a créé un collectif national, Patrons solidaires (2). Ils sont nombreux ces jeunes dont l'envie de travailler est contrariée par leur absence de papiers:  Madama, Karim, Noureldien, Amara, Aboubakar, Ousmane, Mohamed, Amadou. Ils ont envie d'être boulanger, menuisier, électricien, boucher et ont un emploi ou un contrat d'apprentissage à portée de main, mais l'Etat, aveugle et sourd, veut les expulser.
Zemmour et l’extrême droite sont totalement déconnectés de l'économie réelle. Ils sont les premiers à déplorer la disparition des petits commerces et des artisans dans les campagnes, sans vouloir voir que ce sont de jeunes migrants qui les sauveront. Zemmour incarne le douanier (qui n'est pas un imbécile, puisqu'il est douanier) stupide et raciste du sketch de Fernand Raynaud: "J'aime pas les étrangers qui viennent manger le pain des Français" (3). Il chasse l'étranger et se retrouve sans pain. L'étranger était boulanger.
(1) https://www.franceinter.fr/emissions/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-mardi-14-septembre-2021
(2) https://www.facebook.com/patronsolidaire.immigration/
(3) https://www.youtube.com/watch?v=2CVo3fZr4-o
(https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/10/le-pain-des-francais.html 16.10.2021)

* Un patron métallier de la région de Tours cherche en vain deux salariés.
(France 3 CVDL, 3.4.2023- 19h, +/- 20’ - https://www.france.tv/france-3/centre-val-de-loire/jt-19-20-centre-val-de-loire/4742239-emission-du-lundi-3-avril-2023.html)

* Les patrons peinent à recruter. Notamment dans la restauration. Les deux chefs du restaurant Le Cercle, seul restaurant étoilé de Bourges, ont dû se résoudre, en novembre 2019, à fermer leur établissement, leur appel à engagement de quatre serveurs était resté sans suite.
(France 3 CVDL, 4.4.2023 - 19h, 17’50 - https://www.france.tv/france-3/centre-val-de-loire/jt-19-20-centre-val-de-loire/4746280-emission-du-mardi-4-avril-2023.html) 

* Migr’Action

Le programme « Migr’Action de l’association Batik International cherche à favoriser l’insertion socioprofessionnelle des personnes réfugiées par l'agriculture en zones rurales françaises
« Le rayonnement des zones rurales françaises est en déclin depuis de nombreuses années. Les problèmes structurels du secteur agricole sont concomitants à ce phénomène. Ainsi, bien que la France soit la première puissance agricole de l’UE, le nombre d’exploitations agricoles est en baisse, faute de trouver des exploitant-es et employé-es qualifié-es pour les reprendre et en conséquence de la concurrence des grosses exploitations. (…)
Migr’Action souhaite permettre aux migrant-es de découvrir concrètement le monde rural et le secteur agricole par des accueils découverte de quelques jours chez l’agriculteur-rice. Des ateliers sont également animés auprès des migrant-es pour déconstruire les préjugés sur les zones rurales et auprès des agriculteur-rices pour les former à l'interculturalité. A terme, le projet vise à construire des relations professionnelles pérennes entre les migrant-es et les agriculteurs-rices et développer des parcours de formation aux métiers agricoles adaptés aux réfugié-es. De plus, il veut permettre aux habitants du monde rural d’avoir une vision positive de la migration et de revitaliser ces territoires. »
(http://batik-international.org/projets/insertion-socio-economique - à lire : « A la ferme, les vacances occupées des réfugiés », magazine Village, février 2023)

* Besoin de main d'œuvre immigrée en Italie

Un éleveur italien cherche cinq saisonniers, mais sait qu’il ne les trouvera que très difficilement. Il espère l’arrivée de cinq travailleurs marocains qui se chargeront de l’irrigation des champs. Pour l’éleveur, il est temps que le gouvernement d’extrême droite revoie à la hausse ses quotas d’immigration pour la main d’œuvre qualifiée. L’an dernier, faute d’avoir pu en engager, son équipe et lui ont dû assurer le travail en trimant 15 heures par jour. Le patron d’une usine de chauffage fait la même demande : seule l’immigration permettra de contrebalancer l’hiver démographique italien, avec de plus en plus de travailleurs qui partent à la retraite. Rien qu’en Vénétie, dit-il, les entreprises ont besoin de 146.000 ouvriers. Or, la loi actuelle ne prévoyait que 11.000 personnes pour notre région en 2022. Il faut ouvrir des voies d’immigration légale. Le Ministre italien de l’agriculture a dû admettre la nécessité d’ouvrir plus grandes les portes de son pays, en accueillant jusqu'à 500.000 personnes les deux prochaines années.
(Journal Arte 28.3.2023 - https://www.arte.tv/fr/videos/114279-000-A/italie-la-politique-anti-immigration-remise-en-cause)

* Riace

Le village calabrais de Riace s'est donné pour surnom "pays de l'accueil". Ici cohabitent Italiens, Kurdes, Erythréens, Afghans... Un reportage au JT de France 2 nous apprend que le maire de ce petit village lutte à sa manière à la fois contre l'exode rural et pour l'accueil de réfugiés. Ceux-ci sont logés par la commune et reçoivent en outre une aide financière. Plusieurs d'entre eux ont ouvert des ateliers d'artisanat. Interrogé, un villageois originaire du village considère qu'il n'est que normal d'accueillir des gens qui ont dû fuir leur pays parce qu'ils y étaient en danger. Les réfugiés sont une chance pour nos villages qui se vidaient, dit le maire...
(https://moeursethumeurs.blogspot.com/2007/10/le-pays-de-laccueil.html - 12.10.2007)


samedi 11 mars 2023

Face à face à Bélâbre

Le village de Bélâbre est fermé à la circulation automobile ce samedi matin, manifestations obligent. Nos visages doivent parler pour nous, les gendarmes ne nous posent pas de question. Des amis croisés un peu plus tard et arrivés par l'autre côté du village nous expliqueront qu'ils leur ont demandé s'ils étaient "pour ou contre", guidant les manifestants vers le groupe de leur choix. Il y a du monde, beaucoup de monde devant la mairie, des gens de toutes générations, femmes, hommes, quelques enfants. On y retrouve des amies et amis, des connaissances. On s'embrasse (moins qu'avant depuis le Covid), se salue, se réjouit de se revoir, d'être aussi nombreux. Sous une pluie fine qui ne cessera pas, le groupe se met en marche, descend la seule rue commerçante du village et se positionne dans le haut de la place, à hauteur du bar-restaurant. Une jeune femme craint de découvrir face à elle des connaissances. On connaîtra maintenant le vrai visage des gens, dit-elle. C'est la question que nous nous posons : qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Mais surtout où sont-ils ? Face à nous, quelques poignées de manifestants épars. Ceux qui sont venus, parfois de loin pense-t-on, dire non à un centre d'accueil de réfugiés, n'ont pas le sens du groupe. Ils ne se connaissent visiblement pas, restent distants les uns des autres. Ce sont surtout des hommes, les femmes sont peu nombreuses. Au fur et à mesure de la matinée, ils seront cependant plus nombreux. Devant eux, se pavane un  tout jeune maire du coin, soutien de Zemmour le haineux, Spike Groen (1), long loden vert, grand chapeau, bottines en cuir et moustaches bien cirées. Il semble vouloir défendre ses manifestants. Régulièrement, il sort sa tablette et photographie celles et ceux qui lui font face. 

Les gendarmes, à l'affût, restent sur les côtés, visiblement prêts à intervenir en cas de heurts ou même de provocation entre les deux groupes.
Du nôtre, les cris fusent, repris en chœur : "Oui au CADA, non à la haine", "Bélâbre, solidarité", "Pas de Zemmour, plus d'amour", "Liberté, égalité, fraternité". Eux réclament "des commerçants, pas des migrants". On a les valeurs qu'on peut. Des jeunes anti-CADA déploient une banderole Reconquête 41. Les rires fusent : "vous vous trompez", "rentrez chez vous", "vous êtes dans le 36". Les anti se rendent-ils compte qu'ils sont récupérés par les zemmouriens ? Ils prennent en otage l'église, du parvis de laquelle ils tiennent leurs discours perturbés par les cris et les sifflets que nous leur adressons. 
Dans notre dos fusent des applaudissements. Le maire et son équipe viennent nous retrouver. Ils sont longuement et chaleureusement applaudis. Merci, tenez bon, bravo, leur crie-t-on. Le maire est ému face à cette foule nombreuse et bienveillante. Il assure qu'il tiendra malgré les menaces, réconforté par ce soutien.
La journée pourrait se poursuivre longtemps ainsi, avec deux groupes qui s'invectivent. Le nôtre remonte vers la mairie, soutenir une dernière fois (avant la prochaine ?) l'équipe municipale, heureux d'avoir été en nombre du côté de la vie et de la lumière. De cette solidarité qui fait tant de bien. Comment leur expliquer, à eux qui ont décidé de voir l'avenir en noir ?

Post-scriptum :
- La Nouvelle République nous apprend (2) que "les opposants au CADA se sont fait couper le sifflet". Un câble de leur sonorisation a été sectionné. La faute à pas de chance sûrement.
- Dans le reportage que France 3 Centre Val de Loire a consacré à ce sujet, on entend un homme déclarer "On est bien chez nous. On n'a pas envie d'avoir ici les étrangers qui vont promener dans la rue, qui sont agressifs, qui sont shootés, qui sont tout simplement dangereux". Est-ce du second degré ? Cet homme s'exprimait avec un fort accent étranger. Il est agressif, c'est vrai, vis-à-vis des autres étrangers. Est-il shooté ? Dangereux ?

vendredi 10 mars 2023

L'arc-en-ciel face à la nuit noire

Comme toute pièce, tout dossier a deux faces. Celui du projet de centre d'accueil de demandeurs d'asile à Bélâbre (1) a une face sombre et une face lumineuse.

Du côté obscur, on découvre l'alliance des nuisibles. Le Parti de la France, la Ligue du Midi, les chrétiens intégristes de Civitas, Riposte laïque et des militants du parti zemmourien se sont regroupés pour créer la Coordination Partout Callac. Callac est une commune des Côtes d'Armor qui soutenait un projet associatif d'accueil d'une quinzaine de familles de réfugiés, histoire de revitaliser la ville. Mais ceux qui n'aiment pas les autres, à force d'éructations et de menaces, ont eu la peau du projet. Triste victoire dont ils ont décidé de faire leur emblème. Partout Callac signifie donc pour eux Accueil nulle part. Ils se sont fixé pour objectif d'empêcher tout projet et entendent être présents à Saint-Brévin-les-Pins,  à Beyssenac, à Bélâbre, partout où apparaîtra un projet d'accueil de réfugiés, pour clamer leur peur et leur haine.
On note deux nouveautés, écrit le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite (2) : "D'abord, l'extrême droite, Reconquête ! en tête, ne met plus la pression en demandant une législation restrictive, mais en descendant dans la rue. Ensuite, l'objectif n'est plus zéro réfugié, mais zéro demandeur."
Pour s'opposer, tous les moyens leur sont bons. "Les manifestations qui se sont déroulées à Callac ont donné lieu à des heurts, rappelle Jean-Yves Camus, un journal local de gauche a été menacé, et Riposte laïque (...) joue comme d'habitude les boutefeux en titrant un de ses articles Le Grand Remplacement ne peut finir que dans le sang. Ce type de langage est irresponsable."
Les haineux n'hésitent pas à mentir pour empêcher les projets d'accueil, se disant que "plus c'est gros, plus ça fait peur, mieux ça passe". Suite à un article sur le projet de Bélâbre, MagCentre a reçu le commentaire suivant (courageusement signé Leroidavid) :
« A Montluçon (Allier), Viltaïs a installé un CADA. Depuis, des demandeurs d’asile de ce CADA ont agressé et blessé plusieurs personnes dans la zone commerciale de Carrefour-Athanor, et un vieux monsieur a été assassiné par un de ces demandeurs d’asile de Viltaïs. C’est donc un mensonge absolu que de prétendre que les CADAs n’entraînent pas une explosion de la criminalité dans les villes où des organisations extrémistes comme Viltaïs les installent. Cette façon qu’ont les extrémistes gauchistes d’ironiser sur la sécurité (donc la vie) des Français est scandaleuse. »
"Devant la gravité des accusations, écrit le journaliste de MagCentre, nous avons sollicité notre lecteur-commentateur pour qu’il nous précise ses sources et les dates des faits cités, n’en trouvant pas trace nous-mêmes sur Internet. Notre demande restant finalement sans réponse, nous avons interrogé la presse locale pour confirmer notre recherche. Il y a eu effectivement en 2017 une série de crimes à Montluçon qui avaient fait les gros titres. Trois personnes âgées avaient été tuées en deux agressions différentes. Les auteurs des crimes étaient deux mineurs français qui ne pouvaient, à ce titre, en aucun cas être hébergés dans un Centre d’Accueil de demandeurs d’asile : un amalgame donc pour le moins mensonger avec le projet de CADA de Bélâbre. Ajoutons que nos recherches n’ont évidemment donné aucun résultat quant à une augmentation de la criminalité dans les villes où se sont implantés des CADA." Tout fait farine au moulin de la haine. 

Du côté lumineux du projet de Bélâbre, celui de l'arc-en-ciel de Joséphine Baker, on trouve d'abord une équipe municipale qui manifeste son ouverture et sa volonté d'accueil. "Je tends la main", dit son maire. Et puis il y a ces citoyens et citoyennes de la commune et des environs qui se sont levés, indignés par les arguments agressifs du groupement des opposants. Ils ont créé un collectif (un terme qui prend ici tout son sens) qui rappelle que "tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République". Ces citoyens considèrent que "c'est une opportunité et une chance d'accueillir de jeunes personnes qui pourront - si nous leur en donnons l'envie - s'intégrer parmi nous. (...) Il y a du travail à pourvoir au sein de Bélâbre et de ses alentours. Ouvrez vos yeux et vos oreilles : les entreprises, les associations et les artisans locaux sont en manque de personnel. (...) Aux anti qui ne veulent pas d'étrangers chez eux, ces citoyens ouverts répondent : "l'avenir de Bélâbre est devant lui, de manière fraternelle, et vous n'en êtes que le passé".
Hier, une première rencontre rassemblait une soixantaine de citoyens écœurés par le rejet dont sont, par principe, victimes le projet de centre et surtout celles et ceux qui devraient y être accueillis (4). 
Demain, nous serons beaucoup plus nombreux encore pour manifester pacifiquement notre volonté d'accueil face aux haineux qui viendront crier qu'ils sont chez eux. 

Le rendez-vous est fixé ce samedi 11 mars à 10h30 place de Bélâbre (du côté du café-restaurant Le Petit Berry).

(1) Sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/03/la-peur.html
(2) Jean-Yves Camus, "Droit d'asile - L'extrême droite veut prendre la rue", Charlie Hebdo, 8.3.2023.
(3) https://www.magcentre.fr/254647-belabre-du-fantasme-au-mensonge/
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/a-belabre-les-pro-cada-s-organisent-et-font-signer-une-petition-en-faveur-du-projet-municipal?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=1&pageId=57da5ce5459a4552008b469a




vendredi 3 mars 2023

La peur de l'autre

C'est une petite commune comme il en existe tant, dans une région de France qui se désertifie comme il en existe tant. En 1851, elle comptait 2346 habitants. Depuis, comme tant d'autres communes rurales, Bélâbre a connu un déclin progressif pour ne regrouper aujourd'hui que 934 habitants (1). La vallée dans son ensemble a perdu 16,4% de sa population de 1968 à 1999.  La cause principale : l'émigration due à la mutation du monde agricole, à la sous-industrialisation, au départ des jeunes lié à la hausse du niveau d’instruction. D'où un vieillissement bien visible de la population (2). 
Sollicités par une association qui accueille des demandeurs d'asile, le maire et son équipe ont décidé de vendre une usine à l'abandon qui sera réhabilitée en un centre d'hébergement pour 38 personnes. De quoi apporter non seulement un toit et un accompagnement à ces personnes qui ont fui la guerre, la violence, la misère, mais aussi du sang neuf à la commune. Un peu d'immigration pour lutter contre beaucoup d'émigration. 
Mais des opposants se sont vite manifestés. Ils étaient une bonne centaine à exprimer leur peur et leur rejet des autres. Un de leurs calicots associe brutalement CADA (centre d'accueil de demandeurs d'asile), délinquance et invasion. Les choses sont simples pour eux : celui qui vient d'ailleurs est forcément un délinquant et un envahisseur.  Ça s'appelle racisme. "La scolarisation et l’instruction de nos enfants sont menacées par un tel projet", indique la pétition des opposants. On ne sait en quoi. On se dit qu'au contraire l'arrivée d'enfants devrait permettre à l'école de mieux vivre, que des liens se créeront vite et que l'intégration se fera ainsi aisément. On l'espère en tout cas, mais les opposants ont décidé de ne voir l'avenir qu'en noir. Ils affirment ainsi que le projet aura "des conséquences sur la vie de la commune, la valeur de l’immobilier, la fréquentation du plan d’eau et des terrains de loisirs". Une mère va déjà interdire à ses enfants de sortir : ils seront en danger en allant au jardin public.
"On est chez nous !", clament les opposants, reprenant le cri de guerre de l'extrême droite. C'est où chez eux ? Leur village leur appartient donc ? Qui peut y venir ou non et qui en décide ? On a vu parmi les manifestants des gens de Bélâbre et des environs, mais aussi d'autres venus de l'autre bout de la France clamer leur haine et dire qu'ils sont chez eux. Ils viennent d'ailleurs s'opposer à la venue de personnes venues d'ailleurs... 
Savent-ils, ces gens qui sont chez eux, que leurs ancêtres viennent d'ailleurs, que nous sommes tous des descendants de migrants, que l'humanité trouve sa source en Afrique ?
On ne leur propose pas d'aller si loin à la rencontre de l'autre, mais, s'ils n'ont pas trop peur, qu'ils aillent faire un tour dans le quartier du Merle blanc à Argenton-sur-Creuse, à une trentaine de kilomètres de chez eux. Là vivent, comme les autres, quelques dizaines de réfugiés depuis des années, sans que cela pose problème. Au contraire. Une habitante du quartier relevait qu'ils disent facilement bonjour, eux.

Note : La salle des fêtes de Bélâbre a été rebaptisée récemment Espace Joséphine Baker. La chanteuse, danseuse, actrice et résistante avait adopté douze enfants de toutes origines et avait appelé sa famille la « tribu arc-en-ciel ». La proposition de la mairie de Bélâbre aujourd'hui s'inscrit dans le même esprit.

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9l%C3%A2bre
(2) « Gens du Val d’Anglin » (divers auteurs, Histaval, 2021), pp. 450-451.
(Re)lire sur ce blog : "Le pays de l'accueil", 12.10.2007 
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2007/10/le-pays-de-laccueil.ht