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mercredi 7 mai 2025

What a wonderful world

On sentait bien qu'il y avait un manque. Poutine et sa clique de tueurs qui veulent avaler le territoire ukrainien quel que soit le prix du sang et qui terrorisent leur propre population ; Nétanyahou et son gouvernement d'extrême droite qui veulent raser Gaza et faire fuir ses habitants qu'ils n'auront pas tués ; le Hamas qui préfère voir mourir les Palestiniens que de relâcher les otages israéliens ; le Soudan qui se déchire, tout comme le Yemen ; la guerre entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo ; l'Iran et l'Afghanistan qui enferment les femmes qui ont le grand tort de ne pas se contenter de vivre dans leur cuisine ; la Chine qui menace Taïwan ; l'Algérie et la Tunisie qui emprisonnent leurs intellectuels ; le régime turc qui enferme ses opposants ; la Birmanie, la Corée du nord, la Biélorussie et tant d'autres pays qui empêchent toute liberté à leurs habitants ; la Chine et la Russie qui colonisent l'Afrique ; les extrémistes de droite et les populistes qui s'installent au pouvoir ou s'en approchent ; l'antisémitisme qui revient au grand galop avec l'aide, notamment, de l'extrême gauche ; les demandeurs d'asile qui sont considérés comme des pestiférés ; le réchauffement climatique qui s'accélère tandis que les voyages en avion n'ont jamais été aussi nombreux ; le Père Ubu qui a pris la tête des Etats-Unis et s'amuse à tout casser ; tout cela ne suffisait pas. Voilà que l'Inde et le Pakistan se font la guerre. 

L'animateur et comédien Hervé Pauchon a traversé la France à pied en demandant aux gens croisés sur sa route ce qui les rend heureux (1). Le plus souvent, c'est leur lien avec la nature qu'ils citent. On voit par là que la nature est bien plus rassurante que l'humanité. 

https://www.youtube.com/watch?v=VqhCQZaH4Vs

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-mercredi-07-mai-2025-6502218

jeudi 2 novembre 2023

Jour des morts

Le Hamas a gagné. Le 7 octobre, ses terroristes ont tué 1.400 Israéliens, essentiellement des civils, volontairement, méthodiquement, avec plaisir. Un massacre organisé qui n'a épargné personne : enfants, femmes, personnes âgées, handicapées, femmes enceintes, jeunes fêtards, étrangers. Les survivants ont décrit l'extrême sadisme des assaillants, les mutilations, les viols, les tortures. Les caméras de surveillance en témoignent.
Récemment, Le Monde revenait sur cette journée en enfer (1). "L’attaque tourne au massacre. Les Palestiniens infiltrés en Israël – des militants du Hamas en majorité, mais aussi du Jihad islamique, de groupuscules armés confidentiels, ainsi que de simples civils battent, lynchent, torturent, brûlent et assassinent. Dans des vidéos visionnées par Le Monde, sur des logiciels de messagerie comme Telegram ou lors d’une projection organisée par l’armée israélienne – filmées par des caméras placées sur le corps des combattants ou à l’intérieur des voitures, ainsi que par des systèmes de vidéosurveillance –, les violences présentent un niveau de cruauté inédit. « Le mode opératoire de l’attentat-suicide était très normé. Il s’agissait d’une mise à mort qui visait déjà délibérément les civils. Mais là, le cadre explose complètement. Il y a des actes de torture, des mises à mort douloureuses, cruelles », explique Laetitia Bucaille, professeure de sociologie à l’Institut national des langues et civilisations orientales et spécialiste de la société palestinienne."
Le plan était clairement celui-là : massacrer. "Selon des documents saisis par les civils et les forces de sécurité sur les corps des membres du Hamas, les objectifs étaient clairs : tuer le plus possible de personnes, ramener des otages, porter le combat au cœur du territoire israélien. Le Hamas a toujours assumé l’emploi de la violence, notamment au moyen d’attentats-suicides. Il ne fait pas de distinction entre civil et militaire, combattant et non-combattant, considérant l’« entité sioniste » – le mouvement n’a jamais reconnu explicitement l’existence d’Israël – comme une nation en armes."

Ce pogrom organisé, répugnant, scandaleux, écœurant, à mille lieues de toute notion d'humanité - les mots manquent - fait penser à l'horreur de la Saint-Barthélémy, au génocide des Tutsis par les Hutus, au massacre d'Oradour-sur-Glane, à celui de Katyn, à tant d'autres. Il aurait dû révulser et révolter la terre entière. Mais il fut célébré par des manifestations de joie en trop d'endroits par le monde. Après tout, Israël l'avait bien cherché, a-t-on trop entendu. Massacrer des innocents semble donc normal s'ils sont juifs. 

En réaction, l'Etat israélien a estimé n'avoir d'autre choix que tenter d'éradiquer le Hamas, ce mouvement qui n'a pas pour objectif de donner une terre aux Palestiniens, mais de détruire Israël et ses habitants et de faire régner la charia. Le Hamas est une organisation totalitaire et antisémite, aux racines islamo-nazies constatent certains, qui n'admet aucune critique, emprisonne ses opposants et a fait de la violence et de la mort ses valeurs suprêmes.
Israël est tombé dans le piège que lui tendait le Hamas  : ses attaques militaires pour tenter d'éliminer le mouvement et venger ses morts ont provoqué et provoqueront quantité de morts innocentes. La tragédie organisée et voulue par le Hamas en a déclenché une autre.  Impossible de savoir combien, les seuls chiffres sont ceux du Hamas qu'il convient de prendre avec prudence, mais il y en a des milliers, trop, beaucoup trop et elles sont toutes inacceptables. Le Hamas espérait sans doute cette réaction d'Israel et le soutien d'une bonne partie de l'opinion publique internationale, tout en se moquant totalement de la vie des Palestiniens qui ont la grande chance de mourir en  "martyrs". Et c'est ce qui arrive, le Hamas a gagné : les manifestations se sont multipliées contre Israël, dans les pays islamiques comme en Occident, en soutien aux Gazaouis et aux cris de Allah Akbar, et le pogrom a été très vite oublié quand il n'était pas totalement ignoré. Un peu partout, les actes antisémites se succèdent, comme si tout Juif était responsable de la politique du gouvernement israélien. On les compte par centaines. Les affiches que des Français juifs ont placardées dans les rues de leur ville pour appeler à libérer leurs proches retenus en otages sont arrachées, piétinées parfois. Selon le HuffPost (2), une video "enregistrée dans le métro parisien montre un groupe de jeunes reprenant des slogans antisémites d’abord lancés par une seule personne. Parmi les propos enregistrés, on peut entendre des insultes contre la population juive (« Nique les juifs ») et le slogan « Vive la Palestine ». La suite du chant cite également de manière explicite le IIIe Reich avec la phrase suivante : « on est des nazis et on est fiers »."

Dans une lettre ouverte "à tous les humanistes et féministes pour qu’ils ne se taisent plus", publiée récemment dans L'Obs (3), un collectif d'une trentaine de personnalités, essentiellement féminines, appellent "à dénoncer sans réserve les massacres de civils, de personnes âgées et d’enfants commis le 7 octobre, lors de l’attaque du Hamas, et à prendre en compte spécifiquement les violences sexuelles dont les femmes ont été victimes". Elles rappellent les atrocités vécues par tant de femmes et d'enfants, elles rappellent "que la défense des droits des femmes et des enfants est une des valeurs fondamentales de nos sociétés. Que selon le droit international, ils doivent à tout prix rester en dehors des conflits, et que le viol comme arme de guerre est considéré comme un crime contre l’humanité, crime de guerre et instrument de génocide dans les articles 6, 7 et 8 du statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale." Et pourtant, constatent-elles, "trop peu de voix s’élèvent pour dénoncer avec force ce qui s’apparente bien à un pogrom et un « gynocide ». Certains silences sont assourdissants et la justification de ces atrocités par la politique du gouvernement israélien, insupportable. Nous déclarons qu’un viol est un viol. Qu’un violeur, qu’un assassin d’enfant, quelle que soit son origine, sa religion, la cause qu’il défend ne doit jamais être qualifié de combattant de la liberté ou de militant, mais doit être condamné sans équivoque et jugé. La défense du droit des femmes et des enfants n’a pas de frontière, ni d’appartenance. Et la condamnation des actes ignominieux doit être unanime, en Israël, comme en Ukraine, en RDC ou ailleurs. Ce que vivent les femmes et les enfants de Gaza est insoutenable. Mais nous refusons de mettre dos à dos ces tragédies ou de les justifier l’une par l’autre. Seule la dénonciation de ces drames, sans les comparer, pourrait permettre un jour d’aller vers cette paix que nous souhaitons tous. Les droits des femmes et des enfants devront être au cœur des discussions futures, pour assurer un avenir à l’ensemble des populations de la région." Sans condamnation, c'est notre humanité qui est en danger, disent-elles. 

Parmi les signataires de cet appel, il y a la rabbine Delphine Horvilleur, esprit éclairé comme on en aimerait plus en France. Il y a deux semaines, elle exprimait dans Le Monde son effondrement et son pessimisme. "Je pourrais m’exprimer en tant que juive ou que personne attachée à Israël, bien sûr. Mais en réalité, c’est en tant qu’être humain qu’il me faut simplement parler. Nous sommes projetés dans des images d’une telle inhumanité que la question qui m’habite, c’est de savoir comment préserver notre humanité, s’assurer les uns les autres que, dans les temps à venir, nous parviendrons à ne pas déshumaniser l’autre à un point qui confisquerait notre âme.
Autant je peux comprendre qu’au Proche-Orient des gens n’arrivent plus à le faire, parce que le niveau de haine et de rage y atteint son paroxysme, autant nous n’avons aucune excuse ici. Et je ressens de la colère vis-à-vis de ceux qui, depuis la France, ajoutent de la haine à la haine, qui sombrent dans une déshumanisation absolue de l’autre camp.
Cette faille empathique majeure est, en fait, une faille morale terrible dont la répercussion sera de nous déshumaniser nous-mêmes. De nous enfermer un peu plus dans un entre-soi d’empathies sélectives, une impossible confiance en la parole de l’autre parce qu’il n’a pas su être là. Nous avons le devoir, à distance, d’être les ultimes gardiens d’humanité malgré la rage et la colère, dans la nécessité morale de dénoncer de façon absolument ferme ce qui vient de se produire. Aucune cause, aussi juste soit-elle, ne légitime ces crimes du Hamas. Aucune liberté ou émancipation ne peut se gagner sur cette ignominie."

(2) https://www.huffingtonpost.fr/france/article/antisemitisme-une-enquete-ouverte-a-paris-apres-des-chants-choquants-filmes-dans-le-metro_225185.html
(3) https://www.nouvelobs.com/opinions/20231029.OBS80176/lettre-ouverte-a-tous-les-humanistes-et-feministes-pour-qu-ils-ne-se-taisent-plus.html
4) https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/10/15/delphine-horvilleur-face-aux-meurtres-du-hamas-certains-silences-m-ont-terrassee_6194559_6038514.html

dimanche 29 octobre 2023

Besoin d'humanité

L'inhumanité avance. Elle vient de démontrer qu'elle est toujours capable de se surpasser. Le pogrom mené par les terroristes du Hamas en Israël et tous les morts civils dans la bande de Gaza résultant de la riposte israélienne ; la guerre d'Ukraine menée avec un cynisme total par le tueur en série Poutine ; la guerre oubliée du Yemen ; les guerres civiles au Soudan et en Libye ; la guerre que mène l’Azerbaïdjan aux Arméniens ; les infâmes régimes théocratiques d'Iran et d’Afghanistan ; l’islamisme et la terreur assassine qu’il sème autour de lui ;  le refoulement des migrants en Méditerranée ; le Sahel aux mains des djihadistes ; la répression qui pèse sur les Ouïghours, les Kurdes, les Yézidis, les Tibétains et tant de minorités ; les murs dressés un peu partout ; le réchauffement climatique et les menaces qu’il fait peser sur la biodiversité et sur la survie des populations, notamment humaines ; tout cela (et le reste, on en passe, on en oublie) nous ferait désespérer de l'humanité.

Face à un contexte mondial aussi lourd et inquiétant, comment ne pas comprendre que tant de personnes, pour survivre - simplement survivre - cherchent à se réfugier dans des pays qu’elles pensent sûrs et démocratiques, où elles pourront trouver asile, être accueillies dignement, se reconstruire ? Mais certains ne peuvent l’admettre et s’opposent, fermés à la notion d’humanité, aux projets de structures d’accueil de demandeurs d’asile. Ce fut encore le cas ce samedi à Bélâbre (1). En défilant dans ses rues, des gens qui n’aiment pas les autres, qui les rejettent par peur, par haine ou simplement par égoïsme, ont participé à l’augmentation de l’inquiétude, à l’avancée de l’inhumanité.

« Je ressens aussi le besoin de dialoguer pour réaffirmer quelque chose de banal qui est l’humanité, face à cette déferlante d’inhumanité qui s’est infiltrée en chacun, dans chaque camp, dans chaque famille. »
Kamel Daoud, écrivain algérien, à propos du massacre d’Israéliens par le Hamas et de ses conséquences catastrophiques (L’Obs, 26.10.2023).

« Nous devons construire un monde beau de notre vivant, vivre une belle vie, toutes et tous ensemble, construire un bon pays et pouvoir aider d’autres peuples. »
Toomaj Salehi, rappeur iranien emprisonné et torturé pour avoir dénoncé la répression et l’horreur du régime (in « Femme, Vie, Liberté », sous la direction de Marjane Satrapi, éd. L’Iconoclaste, 2023).

(1) Le tribunal administratif de Limoges ayant cassé l’interdiction prise le 24 octobre par le préfet de l’Indre, la manifestation anti-Cada a bien eu lieu ce samedi 28 octobre dans les rues de Bélâbre. Ils étaient 130 à « manifester leur peur de l’étranger », écrit La Nouvelle République.
Jeudi 26, on apprenait qu’un homme a été interpellé pour des menaces de mort contre le maire de Bélâbre. Il lui aurait proféré des menaces de mort par téléphone suite à l’annonce de l’installation d’un Cada. Cet homme sera présenté en jugement dès le lundi 30 octobre.

samedi 26 juin 2021

Arrêtez le monde, je veux descendre

Voici quinze ans, le philosophe Yves Paccalet publiait "L'Humanité disparaitra, bon débarras!". Aujourd'hui, c'est le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui annonce cette fin. “La vie sur terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes”, mais "l'humanité ne le peut pas". Pénurie d’eau et de nourriture, montée des eaux, canicules, extinction d’espèces, voilà autant de catastrophes qui ne sont plus des menaces mais une réalité qui va de plus en plus appartenir à notre quotidien. Selon le groupe de chercheurs de l’ONU, l’impact du réchauffement climatique va s’accélérer, menaçant fortement la vie humaine. Et cela bien avant 2050.

Pour se préserver de ces catastrophes, la majorité des gouvernements ont jusqu'à présent pris des mesurettes. Certains envisagent enfin des mesures plus radicales dans les années à venir. Même si elles auraient dû être adoptées depuis vingt ans. En Région bruxelloise (1), les véhicules diesel seront interdits à partir de 2030 et les véhicules à essence cinq ans plus tard. A Paris, ces mêmes interdictions auront lieu en 2024 et 2030. Rome interdira les diesel en 2024 et Lyon en 2036. Dès 2025, la Norvège interdira la vente de nouveaux véhicules essence et diesel. La Grande-Bretagne le fera en 2030 et la Californie, le Québec et le Japon en 2035. D'ici ces dates, la pollution suivra son cours ascendant. Bruxelles Environnement rappelle que le transport routier est responsable de 69% des émissions d'oxyde d'azote, de 35% des émissions de particule PM10 et de 30% des émissions de particules plus fines PM2,5. Le transport est également un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre: 30% des émissions totales de dioxyde de carbone en 2017.

On se dit que d'autres mesures pourraient être prises dès aujourd'hui, sans attendre l'interdiction des véhicules thermiques dans les villes: diminuer drastiquement les vitesses sur routes et autoroutes, réduire le nombre de places de parking dans les villes et agglomérations, augmenter sensiblement les prix des carburants, interdire les SUV dans toute agglomération et la vente de véhicules qui consomment plus de x litres aux 100 kilomètres, cesser de construire le moindre kilomètre de route ou d'autoroute. Mais de telles mesures se heurteront immédiatement à la résistance au changement tant des citoyens que des partis politiques. A Bruxelles, le MR proteste contre les interdictions annoncées en 2030 et 2035: "cette communication est particulièrement anxiogène pour la population en l'absence d'alternatives concrètes", estime le parti de droite qui feint de croire que ces années-là vont arriver dans quelques mois. La fin annoncée de l'humanité perturbe moins le MR que la fin des véhicules à moteur thermique. Ce qui en dit long sur les priorités de ce parti.  

En Région wallonne, le Ministre de la Mobilité, de l'Energie et du Climat, Philippe Henry, annonce 2,6 milliards d'euros pour les axes environnement et climat du plan de relance et de transition. Il rappelle que la Région s'est fixé pour 2030 un objectif de réduction de 55% des gaz à effets de serre et pour 2050 la décarbonation. Il constate que "des choses inattendues se sont passées pendant la crise sanitaire: le télétravail, l'attrait pour des modes de déplacement actifs. Notre volonté, affirme-t-il, est de mettre les citoyens dans une situation où ils peuvent faire le choix, pas de sanctionner ou d'interdire." Mais le climat que nous avons tant malmené est en train, lui, de sanctionner la planète entière . A-t-on le choix de ne pas interdire ce qui nous tue? Philippe Henry reconnaît la difficulté à basculer ans la transition: "beaucoup de personnes sont d'accord que l'on fasse des choses en plus, mais ne sont pas d'accord qu'on arrête autre chose, qu'on réoriente autrement". 

Le Soir considère que, si les milliards nouveaux peuvent "booster certaines politiques, redresser des erreurs du passé dans des secteurs trop longtemps négligés: la mobilité active, l'efficacité énergétique, la restauration de la biodiversité, la recherche ou les transports en commun", ils n'auront qu'un effet limité si l'ensemble de la société ne suit pas le même mouvement: l'économie, la fiscalité, l'aménagement du territoire, la politique des villes, l'agriculture, les subventions et investissements publics. "Or, pour faire manœuvrer ces paquebots-là, il faut aller contre les intérêts particuliers, les arrangements séculaires, les pesanteurs, les traditions, la politique comme on l'a toujours faite. Il faudra oser l'impopularité." Qui l'osera? 

(1) "Bruxelles bannit les diesels en 2030 et l'essence en 2035", Le Soir, 25.6.2021.

(2) "Des budgets jamais vus et des enjeux inédits pour le climat", Le Soir, 25.6.2021.

mercredi 20 juin 2018

Ceux qui cherchent asile

Les candidats réfugiés nous tendent un miroir, nous invitent à voir qui nous sommes.
Suffisant Ier se révèle pire encore qu'on ne l'imaginait. C'est Ignoble Ier. Il sépare parents et enfants pour les punir d'avoir osé pénétrer dans son pays d'immigration. Donald Trump franchit les frontières de l'abjection en faisant enfermer ces enfants dans ce qu'il faut bien appeler des cages (*).
En Europe, les dirigeants populistes veulent rejeter au-delà de leurs frontières ceux qu'ils qualifient abusivement d'illégaux. Qui donc est illégal? Tout être humain a le droit de vivre, d'exister, de quitter un pays où il ne se sent pas en sécurité. No one is illegal. 
Les nouveaux dirigeants autrichiens et italiens, ceux de Hongrie et ceux de la CSU bavaroise annoncent leur intention de rejeter au-delà de leurs frontières les réfugiés dont ils ne veulent pas. Ils doivent donc s'attendre à voir arriver ceux que leurs voisins qui pensent comme eux auront rejetés. Que vont-ils faire à nouveau de ces nouveaux réfugiés que leurs confrères en exclusion auront chassés?  Se les expédier sans fin d'un côté à l'autre? Les murs leur nuiraient plus qu'ils ne les serviraient. Vont-ils creuser des fossés entre leurs Etats? Ils pourraient les appeler oubliettes. La bêtise n'a pas de frontières. Et il ne pourront que le constater: celles-ci sont contraires à la vie. Au long de leur longue histoire, les êtres humains se sont développés et épanouis, se sont installés dans le monde en traversant celui-ci et en se fixant là où ils sentaient qu'ils pourraient vivre libres et en sécurité. 

En Belgique, Théo Francken, secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, a une conception très particulière de son rôle: il refuse asile et migration. D'ailleurs, parmi les six-cent vingt-neuf réfugiés de l'Aquarius il voyait un grand nombre de ressortissants du Bangladesh, considérant qu'ils n'ont strictement rien à faire en Europe. Il s'est avéré qu'ils n'étaient que trois dans ce cas (2). Le mépris et le mensonge sont devenus les seuls arguments de ces (ir)responsables populistes. 

Les migrants de L'Aquarius ont été pris en otages par le nouveau gouvernement populiste italien qui leur a interdit l'accès à son territoire. L'Italie est submergée, c'est un fait, et l'Union européenne, qui s'est bâtie sur le principe de solidarité, a hypocritement fermé les yeux sur une situation devenue ingérable, de nombreux pays - dont la France et la Belgique - continuant à lui renvoyer des candidats réfugiés qui y avaient été enregistrés. L'Aquarius aurait pu devenir Le Radeau de la Méduse sans que cela les émeuve.
"La méthode de Salvini est immonde, écrit Juliette Bénavent (2); mais son constat irréfutable. Oui, l'Italie est scandaleusement abandonnée. L'argent que lui verse l'Union sert de pathétique excuse aux autres pays membres, qui s'empressent de détourner les yeux. Oui, dénoncer le cynisme et l'irresponsabilité de l'Italie est particulièrement déplacé de la part d'Emmanuel Macron, un président qui a enterré toutes ses humanistes promesses de campagne sur le sujet."
Le président français, qui apparaissait comme le grand défenseur de l'U.E., celui qui semblait capable de la pousser à aller au-delà de ce qu'elle est devenue, a raté une belle occasion d'appliquer et de redynamiser le principe de solidarité plutôt que de tancer si facilement un pays dont plus personne ne veut voir qu'il est quotidiennement débordé. Aujourd'hui, il tente de se rattraper en proposant à l'Espagne d'accueilir une partie des réfugiés que celle-ci a accepté d'accueillir. Pourquoi la France ne l'a-t-elle pas fait d'emblée? Viva Espana. L'épisode de L'Aquarius mettra-t-il fin, enfin, à l'inapplicable protocole de Dubin? L'Union européennen va-t-elle, enfin, renouer avec ses valeurs de base?

On aimerait que chacun de ces dirigeants politiques, chefs d'Etat, ministres, secrétaires d'Etat, en cette journée mondiale des réfugiés rencontre ne serait-ce qu'un seul candidat réfugié, l'écoute raconter son histoire, ce qu'il a vécu dans son pays d'origine, ce qu'y vivent encore ses proches, son errance, ses emprisonnements multiples, les soumissions, les tortures qu'il a subies, la traversée de la Méditerranée ou des Balkans et des Alpes, les humiliations, les nuits dans la rue, la faim, l'insécurité. Sortirait-il indemne de tels récits? Si c'est le cas, qu'il cède sa place. Gouverner, c'est aussi être capable de se mettre à la place de l'autre. Et pas seulement à celle de ses électeurs comme il les imagine. D'autant que nombre d'entre eux, c'est-à-dire d'entre nous, se sentent appartenir à la même race humaine. Et savent que ce qui arrive à certains aurait hélas pu leur arriver. Les réfugiés interrogent notre capacité à être humain. 

(*) Post-scriptum: lire ou écouter à ce sujet le virulent éditorial de Bernard Guetta sur France Inter ce jeudi matin: https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-21-juin-2018
(1) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/theo-francken-redouble-d-idees-personnelles-pour-laisser-les-migrants-aux-portes-de-l-europe-5b263aca55326301e7950f73
(2) "L'Europe à la dérive", Télérama, 20.6.2018.

(Re)lire sur ce blog:
- "La machine à refouler", 6.6.2018;
- "Etre humain", 23.1.2018;
- "La chasse est ouverte", 22.9.2017;
- "Le mépris", 16.9.2017;
- "Etre ou haïr", 8.8.2017;
- "Dans le mur", 10.2.2017;
- "Le mur murant Paris...", 6.2.2017;
- "Je cherche un homme", 22.1.2017;
- "L'accueil des déracinés", 4.1.2017;
- "Ceux qui n'aiment pas les autres", 17.10.2016;
- "A la mémoire de Zsuzsanna", 10.10.2016;
- "Plus d'Europe", 15.3.2016;
- "Les sinistrés et les toxiques", 18.9.2015;
- "Humanité et son contraire", 7.9.2015;
- "Un air de printemps", 2.9.2015;
- "Paroles, paroles, paroles", 26.8.2015;
- "Heures sombres", 26.6.2015;
- "La honte", 9.6.2015.

dimanche 20 mai 2018

Des nouvelles de l'homme

Que devient l'homme? Il inquiète.
A Pau, il a fait des petits qui, en bande et dans un parc, tabassent un homme jusqu'à ce que mort s'en suive.
Au Texas, il est jeune aussi et tire à l'arme à feu sur ses camarades de classe, en tuant dix et en blessant dix autres sans que cela n'émeuve grand monde.
A Ajaccio, il se fait supporteur de foot qui injurie et menace les joueurs du club du Havre, les traitant de "Français de merde" ou d'autres noms que pas un oiseau n'accepterait.
En Belgique, il est policier. Il soulève une jeune manifestante qui protestait tranquillement assise en tailleur et, tout sourire, la laisse tomber lourdement, espérant qu'elle se casse le coccyx ou n'importe quoi d'autre.
En Israël, il tire à balles réelles, tuant une soixantaine de manifestants armés de pierres mais aussi de cerfs-volants.
A Gaza, il emmène dans une manifestation à très haut risque son bébé de huit mois qui n'y a pas survécu.
En Syrie, il massacre ou torture ses compatriotes qui ont le tort de se battre pour la démocratie, tandis que le président Bachar se fait congratuler par son confrère Vladimir.
Un peu partout dans le monde, il fait exploser des bombes, attaque à la kalachnikov, au couteau ou à la voiture-bélier, tuant des innocents par milliers en criant que dieu est grand.
Voilà les dernières nouvelles de l'homme. Certains affirment qu'il s'ensauvage. Ils se trompent. Le sauvage est celui qui vit dans la forêt. Vivre dans la forêt ferait le plus grand bien à l'homme. L'homme a besoin de calme et du chant des oiseaux.

lundi 26 mars 2018

Un homme debout

Ils expriment les deux facettes de l'être humain. L'un est un assassin, l'autre un héros. C'est la lâcheté et c'est le courage.
Et pourtant, il est des assassins qui passent pour des héros d'une idéologie totalitaire. Comment un Mohamed Merah qui exécuta de sang froid des enfants parce qu'ils avaient le malheur d'être juifs, des militaires parce qu'ils servaient l'Etat français, comment ce personnage abject peut-il fasciner des esprits faibles? Les djihadistes sont les révélateurs de la face sombre de l'humanité.
Un héros est celui qui n'hésite pas à risquer sa vie pour sauver celle des autres et non pour les tuer. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame sera à jamais un homme debout, associé aux notions de courage, de devoir, de compassion. Son nom restera dans les mémoires. Contrairement à ceux de ces hommes qui tuent lâchement et aveuglément. Ils ne seront que sinistres individus ensevelis dans des tombes anonymes.

Le jour se lève à peine
Et nous suivons à pied
La voiture qui t'emmène
Vers ta nouvelle maison 
Dit-on

On nous a prévenus
Que dessus
Il n'y aura pas ton nom

Et dans ce matin d'hiver
Où pleuvent les corbeaux
De personne 
Tu ne fus le héros

Babx, "Le déserteur" ("Une chanson inspirée par les trois lignes consacrées à l'enterrement de l'un des jeunes assassins du Bataclan, enterré dans une sépulture anonyme au cimetière de la Courneuve. Plein hiver. Cinq heures du matin. Sa mère ou son enfant lui parle.")
(extrait du superbe album Ascensions)

A lire à ce sujet: le communiqué du Printemps républicain:
https://www.facebook.com/PrintempsRepublicain/posts/875850889261166