mercredi 7 mai 2025
What a wonderful world
jeudi 2 novembre 2023
Jour des morts
Ce pogrom organisé, répugnant, scandaleux, écœurant, à mille lieues de toute notion d'humanité - les mots manquent - fait penser à l'horreur de la Saint-Barthélémy, au génocide des Tutsis par les Hutus, au massacre d'Oradour-sur-Glane, à celui de Katyn, à tant d'autres. Il aurait dû révulser et révolter la terre entière. Mais il fut célébré par des manifestations de joie en trop d'endroits par le monde. Après tout, Israël l'avait bien cherché, a-t-on trop entendu. Massacrer des innocents semble donc normal s'ils sont juifs.
Dans une lettre ouverte "à tous les humanistes et féministes pour qu’ils ne se taisent plus", publiée récemment dans L'Obs (3), un collectif d'une trentaine de personnalités, essentiellement féminines, appellent "à dénoncer sans réserve les massacres de civils, de personnes âgées et d’enfants commis le 7 octobre, lors de l’attaque du Hamas, et à prendre en compte spécifiquement les violences sexuelles dont les femmes ont été victimes". Elles rappellent les atrocités vécues par tant de femmes et d'enfants, elles rappellent "que la défense des droits des femmes et des enfants est une des valeurs fondamentales de nos sociétés. Que selon le droit international, ils doivent à tout prix rester en dehors des conflits, et que le viol comme arme de guerre est considéré comme un crime contre l’humanité, crime de guerre et instrument de génocide dans les articles 6, 7 et 8 du statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale." Et pourtant, constatent-elles, "trop peu de voix s’élèvent pour dénoncer avec force ce qui s’apparente bien à un pogrom et un « gynocide ». Certains silences sont assourdissants et la justification de ces atrocités par la politique du gouvernement israélien, insupportable. Nous déclarons qu’un viol est un viol. Qu’un violeur, qu’un assassin d’enfant, quelle que soit son origine, sa religion, la cause qu’il défend ne doit jamais être qualifié de combattant de la liberté ou de militant, mais doit être condamné sans équivoque et jugé. La défense du droit des femmes et des enfants n’a pas de frontière, ni d’appartenance. Et la condamnation des actes ignominieux doit être unanime, en Israël, comme en Ukraine, en RDC ou ailleurs. Ce que vivent les femmes et les enfants de Gaza est insoutenable. Mais nous refusons de mettre dos à dos ces tragédies ou de les justifier l’une par l’autre. Seule la dénonciation de ces drames, sans les comparer, pourrait permettre un jour d’aller vers cette paix que nous souhaitons tous. Les droits des femmes et des enfants devront être au cœur des discussions futures, pour assurer un avenir à l’ensemble des populations de la région." Sans condamnation, c'est notre humanité qui est en danger, disent-elles.
(3) https://www.nouvelobs.com/opinions/20231029.OBS80176/lettre-ouverte-a-tous-les-humanistes-et-feministes-pour-qu-ils-ne-se-taisent-plus.html
4) https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/10/15/delphine-horvilleur-face-aux-meurtres-du-hamas-certains-silences-m-ont-terrassee_6194559_6038514.html
dimanche 29 octobre 2023
Besoin d'humanité
L'inhumanité avance. Elle vient de démontrer qu'elle est toujours capable de se surpasser. Le pogrom mené par les terroristes du Hamas en Israël et tous les morts civils dans la bande de Gaza résultant de la riposte israélienne ; la guerre d'Ukraine menée avec un cynisme total par le tueur en série Poutine ; la guerre oubliée du Yemen ; les guerres civiles au Soudan et en Libye ; la guerre que mène l’Azerbaïdjan aux Arméniens ; les infâmes régimes théocratiques d'Iran et d’Afghanistan ; l’islamisme et la terreur assassine qu’il sème autour de lui ; le refoulement des migrants en Méditerranée ; le Sahel aux mains des djihadistes ; la répression qui pèse sur les Ouïghours, les Kurdes, les Yézidis, les Tibétains et tant de minorités ; les murs dressés un peu partout ; le réchauffement climatique et les menaces qu’il fait peser sur la biodiversité et sur la survie des populations, notamment humaines ; tout cela (et le reste, on en passe, on en oublie) nous ferait désespérer de l'humanité.
Face à un contexte mondial aussi lourd et inquiétant, comment ne pas comprendre que tant de personnes, pour survivre - simplement survivre - cherchent à se réfugier dans des pays qu’elles pensent sûrs et démocratiques, où elles pourront trouver asile, être accueillies dignement, se reconstruire ? Mais certains ne peuvent l’admettre et s’opposent, fermés à la notion d’humanité, aux projets de structures d’accueil de demandeurs d’asile. Ce fut encore le cas ce samedi à Bélâbre (1). En défilant dans ses rues, des gens qui n’aiment pas les autres, qui les rejettent par peur, par haine ou simplement par égoïsme, ont participé à l’augmentation de l’inquiétude, à l’avancée de l’inhumanité.
« Je ressens aussi le besoin de dialoguer pour réaffirmer quelque chose de banal qui est l’humanité, face à cette déferlante d’inhumanité qui s’est infiltrée en chacun, dans chaque camp, dans chaque famille. » Kamel Daoud, écrivain algérien, à propos du massacre d’Israéliens par le Hamas et de ses conséquences catastrophiques (L’Obs, 26.10.2023).
samedi 26 juin 2021
Arrêtez le monde, je veux descendre
Voici quinze ans, le philosophe Yves Paccalet publiait "L'Humanité disparaitra, bon débarras!". Aujourd'hui, c'est le GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui annonce cette fin. “La vie sur terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes”, mais "l'humanité ne le peut pas". Pénurie d’eau et de nourriture, montée des eaux, canicules, extinction d’espèces, voilà autant de catastrophes qui ne sont plus des menaces mais une réalité qui va de plus en plus appartenir à notre quotidien. Selon le groupe de chercheurs de l’ONU, l’impact du réchauffement climatique va s’accélérer, menaçant fortement la vie humaine. Et cela bien avant 2050.
Pour se préserver de ces catastrophes, la majorité des gouvernements ont jusqu'à présent pris des mesurettes. Certains envisagent enfin des mesures plus radicales dans les années à venir. Même si elles auraient dû être adoptées depuis vingt ans. En Région bruxelloise (1), les véhicules diesel seront interdits à partir de 2030 et les véhicules à essence cinq ans plus tard. A Paris, ces mêmes interdictions auront lieu en 2024 et 2030. Rome interdira les diesel en 2024 et Lyon en 2036. Dès 2025, la Norvège interdira la vente de nouveaux véhicules essence et diesel. La Grande-Bretagne le fera en 2030 et la Californie, le Québec et le Japon en 2035. D'ici ces dates, la pollution suivra son cours ascendant. Bruxelles Environnement rappelle que le transport routier est responsable de 69% des émissions d'oxyde d'azote, de 35% des émissions de particule PM10 et de 30% des émissions de particules plus fines PM2,5. Le transport est également un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre: 30% des émissions totales de dioxyde de carbone en 2017.
On se dit que d'autres mesures pourraient être prises dès aujourd'hui, sans attendre l'interdiction des véhicules thermiques dans les villes: diminuer drastiquement les vitesses sur routes et autoroutes, réduire le nombre de places de parking dans les villes et agglomérations, augmenter sensiblement les prix des carburants, interdire les SUV dans toute agglomération et la vente de véhicules qui consomment plus de x litres aux 100 kilomètres, cesser de construire le moindre kilomètre de route ou d'autoroute. Mais de telles mesures se heurteront immédiatement à la résistance au changement tant des citoyens que des partis politiques. A Bruxelles, le MR proteste contre les interdictions annoncées en 2030 et 2035: "cette communication est particulièrement anxiogène pour la population en l'absence d'alternatives concrètes", estime le parti de droite qui feint de croire que ces années-là vont arriver dans quelques mois. La fin annoncée de l'humanité perturbe moins le MR que la fin des véhicules à moteur thermique. Ce qui en dit long sur les priorités de ce parti.
En Région wallonne, le Ministre de la Mobilité, de l'Energie et du Climat, Philippe Henry, annonce 2,6 milliards d'euros pour les axes environnement et climat du plan de relance et de transition. Il rappelle que la Région s'est fixé pour 2030 un objectif de réduction de 55% des gaz à effets de serre et pour 2050 la décarbonation. Il constate que "des choses inattendues se sont passées pendant la crise sanitaire: le télétravail, l'attrait pour des modes de déplacement actifs. Notre volonté, affirme-t-il, est de mettre les citoyens dans une situation où ils peuvent faire le choix, pas de sanctionner ou d'interdire." Mais le climat que nous avons tant malmené est en train, lui, de sanctionner la planète entière . A-t-on le choix de ne pas interdire ce qui nous tue? Philippe Henry reconnaît la difficulté à basculer ans la transition: "beaucoup de personnes sont d'accord que l'on fasse des choses en plus, mais ne sont pas d'accord qu'on arrête autre chose, qu'on réoriente autrement".
Le Soir considère que, si les milliards nouveaux peuvent "booster certaines politiques, redresser des erreurs du passé dans des secteurs trop longtemps négligés: la mobilité active, l'efficacité énergétique, la restauration de la biodiversité, la recherche ou les transports en commun", ils n'auront qu'un effet limité si l'ensemble de la société ne suit pas le même mouvement: l'économie, la fiscalité, l'aménagement du territoire, la politique des villes, l'agriculture, les subventions et investissements publics. "Or, pour faire manœuvrer ces paquebots-là, il faut aller contre les intérêts particuliers, les arrangements séculaires, les pesanteurs, les traditions, la politique comme on l'a toujours faite. Il faudra oser l'impopularité." Qui l'osera?
(1) "Bruxelles bannit les diesels en 2030 et l'essence en 2035", Le Soir, 25.6.2021.
(2) "Des budgets jamais vus et des enjeux inédits pour le climat", Le Soir, 25.6.2021.
mercredi 20 juin 2018
Ceux qui cherchent asile
(*) Post-scriptum: lire ou écouter à ce sujet le virulent éditorial de Bernard Guetta sur France Inter ce jeudi matin: https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-21-juin-2018
(1) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/theo-francken-redouble-d-idees-personnelles-pour-laisser-les-migrants-aux-portes-de-l-europe-5b263aca55326301e7950f73
(2) "L'Europe à la dérive", Télérama, 20.6.2018.
(Re)lire sur ce blog:
- "La machine à refouler", 6.6.2018;
- "Etre humain", 23.1.2018;
- "La chasse est ouverte", 22.9.2017;
- "Le mépris", 16.9.2017;
- "Etre ou haïr", 8.8.2017;
- "Dans le mur", 10.2.2017;
- "Le mur murant Paris...", 6.2.2017;
- "Je cherche un homme", 22.1.2017;
- "L'accueil des déracinés", 4.1.2017;
- "Ceux qui n'aiment pas les autres", 17.10.2016;
- "A la mémoire de Zsuzsanna", 10.10.2016;
- "Plus d'Europe", 15.3.2016;
- "Les sinistrés et les toxiques", 18.9.2015;
- "Humanité et son contraire", 7.9.2015;
- "Un air de printemps", 2.9.2015;
- "Paroles, paroles, paroles", 26.8.2015;
- "Heures sombres", 26.6.2015;
- "La honte", 9.6.2015.
dimanche 20 mai 2018
Des nouvelles de l'homme
lundi 26 mars 2018
Un homme debout
Le jour se lève à peine
Et nous suivons à pied
La voiture qui t'emmène
Vers ta nouvelle maison
Dit-on
On nous a prévenus
Que dessus
Il n'y aura pas ton nom
Et dans ce matin d'hiver
Où pleuvent les corbeaux
De personne
Tu ne fus le héros
Babx, "Le déserteur" ("Une chanson inspirée par les trois lignes consacrées à l'enterrement de l'un des jeunes assassins du Bataclan, enterré dans une sépulture anonyme au cimetière de la Courneuve. Plein hiver. Cinq heures du matin. Sa mère ou son enfant lui parle.")
(extrait du superbe album Ascensions)
A lire à ce sujet: le communiqué du Printemps républicain:
https://www.facebook.com/PrintempsRepublicain/posts/875850889261166