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mercredi 24 août 2022

Indignation sourde

L'indignation est-elle compatible avec la réflexion ? Nous voilà dans un temps où il faut s'indigner. De tout et de rien. De l'inaction comme de l'action. Beaucoup d'indignés tempêtent à tort et à travers, hurlant sans réfléchir. 
En Finlande, on trouve scandaleux de voir - via des images d'une fête privée qui n'avaient évidemment pas vocation à être diffusées publiquement - la première ministre danser.
La dernière polémique (à cette heure) en France concerne l'organisation d'activités de type Koh-Lanta à la prison de Fresnes. Le 27 juillet dernier, durant une demi-journée, trois équipes de dix membres chacune se sont affrontées amicalement : des détenus, des surveillants pénitentiaires et des jeunes de la commune de Fresnes. Elle se sont rencontrées dans des épreuves ludiques et sportives : quiz, tir à la corde au-dessus d’une piscine, karting. C'est grave, a tonné l'extrême droite, dont l'indignation a été reprise par une partie de la presse et tous les comptoirs de bistrots. 

Des détenus s'amusent comme une vulgaire première ministre finlandaise, voilà ce qui met hors d'eux les gens comme il faut. Les détenus devraient rester enfermés à ne rien faire, le temps de leur peine, voilà ce que pensent sans réfléchir les gens bien. Le Ministre de la Justice jure ses grands dieux qu'il n'a pas été informé des projets de la prison. Mais pourquoi devrait-il l'être, alors que des activités sportives et culturelles sont organisées très régulièrement, comme le prévoit la loi, dans les 187 centres pénitentiaires du pays (1) ? La sélection des détenus s'est faite dans les règles : "le comportement en détention et l’investissement dans une formation ou un travail sont pris en compte dans l’évaluation avant de pouvoir bénéficier d’une telle carotte, y compris pour des personnes incarcérées pour un crime" (2).
Eric Dupond-Moretti a cependant réaffirmé l’importance qu’il accordait aux activités en détention, que ce soit un travail, une formation ou une activité sportive ou culturelle. La prison, c’est « la sanction et la réinsertion », a-t-il martelé, tout en estimant - donnant raison à l'extrême droite - que le karting devrait être exclu des ces activités, sans qu'on comprenne pourquoi le ministre exclut celle-là plutôt qu'une autre.
De plus, le financement de ces activités n'a pas été "payé par le contribuable" mais a été intégralement pris en charge par l’association Unitess qui organise régulièrement des compétitions et des animations entre jeunes de cités et policiers pour récréer du lien.

Le président de l’Observatoire international des prisons, Matthieu Quinquis, estime cette polémique "choquante" et symptomatique des fantasmes que la société plaque sur les conditions de vie des personnes détenues (3).  "Le scandale , dit-il, ne doit pas venir de cette activité mais plutôt du quotidien des personnes détenues et des conditions de détention qui leur sont imposées chaque jour, dans de très nombreux établissements pénitentiaires, qui sont parfaitement connus et documentés et que le ministère de la Justice ne peut ignorer. La France est régulièrement condamnée par les juridictions françaises et européennes. Donc je suis scandalisé de voir que le garde des Sceaux préfère consacrer sa rentrée politique à cette polémique plutôt qu’à enfin mettre en œuvre les réformes qui s’imposent pour que les droits des détenus soient respectés." Il dénonce ces élus pour qui la prison doit se contenter d'enfermer  des condamnés comme s'ils devaient payer leur peine sans être préparés à une réinsertion et qui aiment présenter les centres de détention comme des centres de vacances. "Le quotidien des personnes détenues, c’est beaucoup d’attente et d’ennui, peu d’accès aux formations, peu d’accès au travail, peu d’accès aux activités socioculturelles. C’est beaucoup de temps vide. Et donc chaque fois qu’on peut le remplir pour projeter les détenus vers l’extérieur, il faut en saisir l’occasion."
Ceux qui ont créé cette polémique considèreront toujours que la prison ou même la peine de mort n’est pas suffisante. "C’est un refus de toute réflexion raisonnée sur ce que doit être la justice, ce que doit être une sanction, l’exécution d’une peine et la réintégration dans une société. Aujourd’hui, les politiques qui ont créé cette polémique s’appuient sur la peine que peuvent ressentir les victimes en voyant ces images. C’est de l’instrumentalisation pure et simple. C’est extrêmement regrettable car cela ne sert ni les intérêts des victimes ni des personnes détenues. Ni l’intérêt de la société." (...)  "Il faut que la société admette que toute personne qui entre en prison a vocation un jour à en sortir. Et qu’elle se pose la question de savoir dans quelles conditions elle doit sortir. Tout doit être mis en œuvre pendant la période d’exécution de peine, pendant l’incarcération, pour que l’on puisse tirer le meilleur de chacun et que les sortants de prison puissent aller vers des projets sérieux et crédibles de réinsertion."

Il faudrait pour cela que les indignés réfléchissent. Ce qu'empêchent leurs hurlements.

(1) C'est d'ailleurs pour cela qu'existent les Spip, les services pénitentiaires d'insertion et de probation.
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/08/24/eric-dupond-moretti-rend-publique-l-enquete-sur-l-affaire-du-karting-a-la-prison-de-fresnes_6138815_3224.html
(3) https://www.huffingtonpost.fr/life/article/karting-a-la-prison-de-fresnes-on-surfe-sur-des-images-d-epinal-qui-n-ont-jamais-existe_206829.html

lundi 2 novembre 2020

Vive l'école

En cette journée de rentrée scolaire, l'école et les enseignants sont mis à l'honneur en France. Parce qu'au début même des vacances qui viennent de se terminer un professeur d'histoire-géo, Samuel Paty, a été décapité pour avoir travaillé avec ses élèves sur la notion de caricature. Un hommage lui a été rendu aujourd'hui dans toutes les écoles de France.

L'école publique unit. Elle est celle de toutes et de tous. Contrairement à l'école privée et, plus encore, à l'école à la maison. Avant ce crime atroce, le président français avait annoncé que tous les enfants devraient, désormais, suivre l'enseignement à l'école. Tollé immédiat chez les parents qui estiment que le système  n'est pas adapté à leurs chers enfants et qui refusent qu'ils soient formatés, préférant le faire eux-mêmes. Si on veut bien imaginer que certains parents sont capables de délivrer un enseignement correct à leurs enfants, on ne peut s'empêcher de penser que d'autres leur donnent une vision de la vie et de la science totalement viciée. Dans combien de familles le darwinisme est-il ignoré pour lui voir préféré le créationnisme? Est-il normal que certains enfants passent une partie non négligeable de leur temps à étudier des textes dits sacrés plutôt que d'étudier les sciences? Que certains parlent la langue de leurs parents mais pas celle du pays dans lequel ils vivent? Qu'ils reçoivent des cours d'histoire totalement tronqués? Que des filles soient privées de sport et n'aillent jamais à la piscine? La pédagogie familiale n'est pas la panacée. Outre qu'elle isole, elle ne permet pas la confrontation d'idées, de points de vue, d'expériences de vie, de façons de vivre.

Le jeune homme qui a exécuté Samuel Paty a agi au nom d'une idéologie qui déteste le savoir. "Rappelons-nous, écrit Gérard Biard (1), que les talibans pakistanais ont tenté d'assassiner Malala Yousafzai parce qu'elle voulait simplement aller à l'école. L'islamisme ne veut pas des enfants instruits et éclairés, il veut des abrutis à manipuler." Former des jeunes capables de discernement, de prise de recul, d'esprit critique, de mise en perspective, c'est le rôle de tout enseignant. Et on ne peut confondre former et déformer. "Une chose est sûre, écrit encore Gérard Biard: pour apprendre à devenir des citoyens adultes et libres, ces enfants sont mieux à l'école publique qu'à la maison". 

Lors du rassemblement en hommage à Samuel Paty à Paris le 18 octobre, Agathe André, qui préside l'association Dessinez Créez Liberté,  a expliqué que celle-ci travaille notamment "avec des professeurs animés par le désir de transmettre, qui s'efforcent chaque jour d'expliquer le monde et d'ouvrir le champ des savoirs". Elle a conclu son intervention par ces mots: "Notre ennemi, c'est l'ignorance. Loin de nous terroriser, cette nouvelle tragédie doit nous rendre plus combattifs encore. Il n'est pas question de nous infantiliser et de céder quoi que ce soit à ces logiques mortifères. Que l'école de la République demeure le lieu de l'accès à tous les savoirs et celui de l'apprentissage de la citoyenneté et des valeurs qui nous unissent". 

(1) "L'école de la dernière chance", Charlie Hebdo, 21.10.2020.

(2) "Les clés de la liberté", Charlie Hebdo, 21.10.2020.

mercredi 9 janvier 2019

Je cherche un homme *

Qui dira enfin quelque chose d'intelligent, de rassembleur, de distancié dans la fureur et la confusion actuelles?
Longtemps, la politique française a fasciné les Belges. Les discours y apparaissaient de haut vol. Est-ce encore le cas aujourd'hui où ils font du rase-mottes? La démagogie et les analyses simplistes dominent une France où les Gilets jaunes et leurs positions carrées et autocentrées prennent toute la place. L'hystérie domine. Il n'y a plus place pour des débats calmes, plus de recul, de regard critique. Une vision manichéenne prévaut: on est pour ou contre les G.J., pour ou contre les flics, pour ou contre le président. Un boxeur est transformé en héros. Un camionneur inculte sur le plan politique devient porte-parole et martyre. Les réseaux dits sociaux résonnent d'appels à la haine.
On voit tous autour de nous des personnes qu'on a toujours connues comme pacifistes, comme critiques, qui semblent avoir perdu tout sens de la mesure, éructent, soutiennent les violences, les encouragent. Certaines nous apparaissent pathétiques, d'autres effrayantes.
Ce mouvement né sur Internet est en phase avec la rhétorique qui y est utilisée. La violence s'y exprime sans complexe, tout comme le simplisme, l'absence de nuance. Nous voilà dans l'ère des yakistes. Ceux qui pratiquent le yaka. Y a qu'à baisser les taxes. Y a qu'à réinvestir dans les services publics. Y a qu'à faire tomber le président. Y a qu'à dégrader les radars et brûler des voitures. Y a qu'à entrer à l'Elysée. Y a qu'à diminuer les revenus des élus et des hauts fonctionnaires. Y a qu'à instaurer le RIC.
C'est logiquement que le référendum d'inititiative citoyenne est plébiscité par les G.J. Il leur apparaît comme LA solution au manque de démocratie (voir billet précédent "Une fausse bonne idée"). Il  correspond à l'époque actuelle: priorité à l'émotion et à l'immédiateté, pas à la réflexion.
De l'intelligence, de l'intelligence, de l'intelligence! Si ce n'est pas trop demander.

L'opposition n'apporte rien à cette criante absence de vrai débat, aucun plan de sortie de crise, aucune idée fédératrice. Elle se contente de jeter de l'huile sur le feu. On attend en vain un projet visionnaire, mobilisateur. On n'entend que des pyromanes. Un pyromane a-t-il d'autre projet que de voir le feu flamber? Tant le RN/FN que la France Insoumise (insoumise à quoi? à l'intelligence?) n'exprime rien d'autre que leur espoir de faire tomber le calife pour prendre sa place. Deux partis menés par des professionnels de la politique, qui ont toujours vécu de leurs mandats successifs et tous deux pointés pour leur absentéisme au Parlement européen quand ils étaient censés y siéger. Des profiteurs du "système" qu'ils dénoncent et qui se sont transformés en donneurs de leçons.
Personne n'ose se montrer un tant soit peu critique vis-à-vis des G.J. De peur de se faire aussitôt injurier, si pas menacer de mort (1). Les médias, globalement, se rangent de leur côté, oubliant de jouer leur rôle critique. Le peuple a toujours raison. Et des journalistes, telle la rédactrice en chef de Télérama, de sommer les artistes de soutenir les G.J.
Interpellée, Ariane Mnouchkine, directrice du Théâtre du Soleil, lui a répondu: "Pour une fois, je trouve que le silence des artistes est sage. Devant un phénomène aussi complexe, aussi difficile à analyser, avec un mélange des genres tel, je pense que nous les artistes, nous dirions beaucoup, beaucoup de bêtises.  (...) Je veux comprendre jusqu'où la démocratie peut être mise en danger. Quand on refuse toute représentativité, y compris de leur côté, moi, j'ai besoin de réfléchir, parce que ça peut mener à un désastre.  (...) Je ne veux pas parler sans bien comprendre ce qu'il peut advenir de beau et de positif pour la France et l'Europe - parce que moi, c'est l'Europe que je sens menacée - de ce mouvement. Il peut arriver le meilleur, il peut aussi arriver le pire. Donc, je me méfie." (2)

Au-delà de ce silence éloquent, on n'entend aucune grande voix, des domaines politique, social, culturel, économique ou philosophique, qui indiquerait une voie, ouvrirait des horizons, essaierait (au moins) de faire baisser cette tension excessive. Comment restaurer un dialogue en cette France déchirée? Quel idéal de société prôner pour rassembler les Français? Comment sortir du tout tout de suite? Comment avancer ensemble? Comment arriver à se parler?
Et pendant ce temps, la planète ne cesse de se réchauffer, la biodiversité de s'effondrer un peu plus chaque jour.
Y a quelqu'un?

* ou une femme, bien sûr.
(1) https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/07/le-dessinateur-alex-porte-plainte-apres-des-menaces-de-mort_a_23635732/?utm_hp_ref=fr-homepage
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/09/retour-sur-les-actes-d-intimidations-visant-les-deputes-lrm_5406983_823448.html
(2) https://www.telerama.fr/scenes/theatre-en-tete-a-tete-avec-la-passionnante-ariane-mnouchkine,n5934265.php
A lire:
https://www.nouvelobs.com/edito/20190108.OBS8134/gilets-jaunes-la-coupable-complaisance-face-aux-violences.html

jeudi 13 octobre 2016

Le temps des brutes

D'un candidat à l'élection présidentielle de son pays, on attend qu'il soit visionnaire, positif, nuancé, diplomate, enthousiaste, stable, respectueux, sérieux, intelligent. Mais en voilà un qui est l'exact contraire du modèle attendu. C'est Trump le dingue, Trump le grossier, Trump le sociopathe, Trump le vulgaire, Trump l'ignorant, Trump le sexiste, Trump l'autoritaire, Trump le menaçant, Trump le répugnant. Y aura-t-il assez d'adjectifs négatifs pour le qualifier? Robert De Niro le traite de "stupide", de "chien", de "porc", d' "arnaqueur", de "désastre national" (1).
L'homme qui espère devenir président des Etats-Unis confond cessez-le-feu et traité de paix, ne fait pas de différence entre le pouvoir d'un président et celui d'un tribunal, menace son adversaire de l'envoyer en prison, affirme qu'il fait ce qu'il veut des femmes que de toute façon il méprise, affiche ouvertement son racisme, traite les Mexicains de voleurs et de violeurs, veut fermer son pays aux musulmans, crache sur qui n'est pas et ne pense pas comme lui. Ce candidat arrogant, sans programme sérieux, est (parmi d'autres, c'est vrai) une honte pour le genre humain, une menace pour les Etats-Unis, pour le monde et surtout pour l'intelligence et la dignité. Il est le Café du Commerce fait homme, le Redneck érigé en modèle, la goujaterie diffusée planétairement.
Il fait partie de ces gens tellement imbus d'eux-mêmes, à l'ego tellement boursouflé qu'ils croient qu'ils peuvent tout dire. Jusqu'à ce qu'explose la grenouille gonflée qu'ils sont.
C'est aussi le cas d'un Eric Zemmour qui, recueillant un réel succès populaire à pleurnicher sur la France qui n'est plus ce qu'elle fut, se lâche un peu plus, affirmant qu'il y a des Français plus français que les autres, confondant sciemment islam et islamisme et allant jusqu'à déclarer, parlant des djihadistes, qu'il "respecte des gens qui meurent pour ce en quoi ils croient - ce dont nous ne sommes plus capables (2)". Il a même, dit-il, de l'admiration pour eux: "des gens qui meurent pour leur foi, on devrait plutôt être admiratifs que méprisants". Le parquet vient d'ouvrir une enquête à son égard pour apologie de terrorisme (3).
C'est aussi le cas d'un Robert Ménard qui ne peut laisser passer une journée sans cracher sa haine de l'étranger. Ces derniers jours, le maire de Béziers a fait placarder dans sa ville des affiches dénonçant "les envahisseurs" que sont les migrants et veut organiser une consultation populaire sur le refus (plutôt que l'accueil) de ceux-ci (4).
On pourrait parler parler aussi, à d'autres niveaux, d'un Orban, d'un Poutine, d'un Erdogan, d'un Duterte, chacun dans son style se présentant comme un mec qui sait s'imposer avec des méthodes brutales et ne supporte pas la contradiction. 
L'époque est aux grandes gueules arrogantes. Elles plaisent. Comme si les slogans stupides et haineux, les analyses et les solutions simplistes pouvaient améliorer un monde déboussolé. Ces grandes gueules populistes font essentiellement reposer leur discours sur la menace dont souffrirait leur identité. Finalement, ces machos suffisants sont de petits êtres bien fragiles.
"Cela me met tellement en colère, dit encore Robert De Niro, que ce pays soit arrivé à mettre cet idiot, ce crétin à la place qu'il occupe aujourd'hui". C'est là la question: comment expliquer que ces hommes aient autant d'électeurs, de délégués, de lecteurs, d'admirateurs pour les soutenir? L'intelligence collective recule-t-elle? Finalement, tous ces déclinistes ont peut-être raison: l'homme  régresse, il devient plus con. Mais c'est à cause d'eux.

Post-scriptum à propos de Trump: Richard Cohen, dans the Washington Post, estime qu'il est aussi taillé pour la fonction de président "que le cheval de Caligula pour devenir consul de Rome".
("Trump, le scandale de trop", 8.10.2016, in le Courrier international, 13 octobre 2016.
Post-scriptum bis: à lire à propos de Zemmour: http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/10/16/zemmour-daech-et-nous/
Post-scriptum ter (dans "28 minutes" le 18.10.2016): Bertrand Badie parle de "trumpo-poutino-erdoganisme"...

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/08/lacteur-robert-de-niro-sen-prend-violemment-a-donald-trump/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) on notera que Zemmour ne parle que pour lui, ne faisant aucun cas de l'équipe de Charlie Hebdo massacrée pour avoir défendu la liberté d'expression, la laïcité, l'anti-racisme, l'humour.
(3)http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/07/face-aux-envahisseurs-eric-zemmour-denonce-la-collaboration/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/07/des-familles-de-victimes-du-13-novembre-accusent-eric-zemmour-d/?utm_hp_ref=fr-homepage
http://www.marianne.net/eric-zemmour-daech-je-respecte-gens-prets-mourir-ce-quoi-ils-croient-100246845.html
(4) http://www.huffingtonpost.fr/2016/10/11/robert-menard-veut-organiser-un-referendum-anti-migrants-a-bezie/?utm_hp_ref=fr-homepage

dimanche 1 mai 2016

Ceux qui croient

Petite annonce pour le moins étonnante dans la page "Borborygmes " (qui collectionne les "perles" de la presse) du mensuel Causette de ce mois de mai: "Nouveau à Nice: réparation de votre PC par télépathie". On n'arrête pas le progrès. 
Mais quand même, on se le demande: y a t-il un seul gogo pour croire que c'est possible et verser de l'argent à ce marabout? Après tout, il y en a qui croient que d'un seul coup d'éponge avec le produit de nettoyage Machin on peut vraiment nettoyer une cuisininière immonde. Ou que les pillules Truc vous font maigrir en trois mois. Ou qui croient les politiques qui nous assurent que ça ira mieux en fermant les frontières et en quittant l'Europe. Ou qui pensent que le paradis existe et qu'on peut même y entrer en triomphe en assassinant des innocents. 
L'intelligence peut-elle aussi se transmettre par télépathie?

samedi 3 janvier 2015

En 2015

A quoi mène l'intelligence? A la réflexion, au jugement critique, à la compréhension, à l'audace, à la créativité, à la recherche de collaboration, à la solidarité. Et à tant d'autres avantages encore. Elle aide à regarder devant soi et à avancer, plutôt qu'à appuyer sur le frein ou à enclencher la marche arrière. A l'heure où tant d'esprits se zemmourisent et se lepénisent (ce qui constitue la même régression), on ne peut que souhaiter qu'en 2015 l'intelligence, tant collective qu'individuelle, progresse. Le monde ne s'en porterait que mieux. Sur Internet, ses forums, ses twiteries, la bêtise se démultiplie. Elle en fait tout autant dans les médias, les chaînes de télés en particulier.  C'est donc dans l'éducation et la culture que nos gouvernement doivent investir prioritairement. Donc, pour 2015, de l'intelligence. Encore et encore. 
Si ce n'est pas trop demander.

jeudi 7 août 2014

Un manque criant

De l'intelligence et du courage. On ne peut s'empêcher de se dire que c'est ce qu'il manque pour mettre - vraiment - fin à la guerre qu'Israël mène à Gaza. N'y a-t-il donc personne au sein du gouvernement israélien qui se rende compte que cette guerre ne fera que renforcer les islamistes du Hamas et susciter de nouvelles vocations de terroristes, qu'on fait des victimes des héros et des résistants, personne qui soit capable d'entrer dans une vision dialectique de la situation? Personne qui soit capable de prendre un tout petit peu du recul nécessaire pour comprendre que, quoi qu'il arrive, il faudra bien, un jour ou l'autre, trouver une solution concertée?
Près de deux mille morts côté palestinien et un coût de reconstruction de quatre à six milliards de dollars. Tout cela pour rien. Pour que rien ne change, sinon que la haine augmente.
"On est condamnés à vivre ensemble et je le dis en un sens positif", affirme le réalisateur israélien Amos Gitaï (1). Il faudra bien trouver des accords, même imparfaits, dit-il, citant une amie de sa mère, une ex-parachutiste durant la seconde guerre mondiale: "il y a trop d'héroïsme et pas assez de courage", disait-elle.
Le courage, on l'attend aussi de la communauté internationale: elle devrait imposer des Casques bleus à Gaza, estime Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques (1). Mais pour cela, ajoute-il, "il faut des hommes politiques qui aient du courage".
Et de l'intelligence, a-t-on envie d'ajouter. Celle qui manque cruellement à un membre du CDV qui a écrit que "si Hitler n'a pas déporté tous les Juifs, c'est pour nous montrer pourquoi il voulait les exterminer" et qui se justifie en affirmant qu'il s'agit d'une provocation pour susciter la défense des Palestiniens (2). Pense-t-il alors qu'il faudrait appeler à supprimer les musulmans pour défendre les populations massacrées et terrorisées par les fous furieux de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant?
Le courage et l'intelligence, c'est sans doute des femmes qu'ils viendront. Dans son dernier film, "Ana Arabia", Amos Gitaï "rend un hommage vibrant aux femmes", écrit Pierre Murat (3), "qui, au nom de sentiments qui leur servaient d'idéal, et au-delà des rebuffades et des haines, croyaient à une entente possible. Et si, à l'avenir, un espoir renaissait, il serait entre leurs mains".
Le courage et l'intelligence, on les trouvent chez les Bâtisseuses de paix (4), en France, qui tentent de rapprocher les femmes arabes, les femmes juives, les femmes musulmanes, par le dialogue et la tolérance: "apprendre à accepter l'autre afin qu'il m'accepte également".
La biologie prépare-t-elle la femme à l'ouverture vers l'autre? Delphine Horveilleur, femme rabbin en France, le pense: "la compassion n'est pas une prérogative exclusive du sexe féminin... , dit-elle, même si, me semble-t-il, rien ne l'illustre mieux qu'un événement précis de la vie d'une femme: sa grossesse, à savoir ce moment où il lui est donné de faire en elle de la place pour un autre qu'elle. Cette possibilité biologique d'accueillir l'autre, transposée au politique, est une voie à explorer dans la résolution de conflits. Il revient aux hommes et aux femmes de l'explorer" (4).
"Faire de la place en soi pour l'autre, c'est cela dont on a besoin aujourd'hui pour penser la sortie du conflit", affirme Delphine Horveilleur.

(1) Arte Journal, 6 août 2014, 19h45.
(2) www.lesoir.be/618954/article/actualite/fil-info/fil-info-belgique/2014-08-07/un-membre-du-cdv-derape-propos-des-juifs
(3) Télérama, 6 août 2014.
(4) www.batisseusesdepaix.fr
(5) Télérama, 23 juillet 2014.