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mardi 11 novembre 2025

Démantèlement durable

     La plus grande centrale nucléaire d'Europe, celle de Sellafield sur la côte nord-ouest de l'Angleterre, ne produit plus d'électricité depuis 2003. Elle est en cours de démantèlement. Il devrait durer jusqu'en 2125. Au moins. C'est ce qu'on apprend en lisant un article du Guardian (1). "Entre l'entreprise chargée des travaux Sellafield Ltd et sa chaîne d'approvisionnement, le site emploie environ 60 000 personnes, dont plus de 80% de la région."
La durée de vie d'une centrale nucléaire est estimée à quarante ans, mais il en faut, dans ce cas-ci, cent vingt pour la démanteler après usage. Voilà donc pourquoi certains parlent à propos du nucléaire d'énergie durable. 

Note : ouvert en 1947, le site de Windscale est chargé de produire du plutonium pour le programme nucléaire britannique. En 1957, une fuite radioactive pollue les environs, pire accident nucléaire avant ceux de Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986. Dans les années '60, le rejet d'eaux contaminées dans la mer d'Irlande provoque la colère des pays scandinaves et de l'Irlande qui portent l'affaire devant l'ONU en 2001. En 1981, le site a changé de nom pour modifier son image de marque. Le démantèlement de Sellafield a été entamé en 2005.

(1) Eve Livingston, "La vie à l'ombre de la centrale nucléaire",  The Guardian, 7.10.2025, in Le Courrier international, 30.10.2025.

vendredi 23 juin 2023

Centrale beauté

L'argument principal des opposants aux éoliennes, c'est qu'elles gâchent les paysages. Les anti-éoliennes sont souvent, explicitement ou dans les faits, pro-nucléaires. On les comprend : les centrales nucléaires se fondent dans le paysage.





dimanche 19 février 2023

Nucléaire et sécurité

Quelle nouvelle lubie a saisi le gouvernement français ? Voilà qu'il veut supprimer l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour « fluidifier » les processus et mettre en place un « pôle unique et indépendant de sûreté ».
Beaucoup d'élus et d'experts s'interrogent sur l'opportunité d'une telle décision en ce moment précisément.
"Outre le dossier des nouveaux réacteurs, rappelle Le Monde (1), dont le gouvernement souhaite lancer la construction, le gendarme du nucléaire aura à se prononcer prochainement sur un grand nombre de sujets : la prolongation du parc actuel au-delà de 50 et même 60 ans, l’autorisation de création du centre d’enfouissement des déchets radioactifs Cigéo ou encore le projet de petit réacteur modulaire « Nuward » d’EDF." 
En fait, le gouvernement veut que les compétences techniques de l’IRSN soient « réunies » à celles de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Principaux dangers pointés du doigt : le rapprochement entre l’expertise technique et la décision politique.
"Jean-Claude Delalonde, le président de l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli), écrit encore Le Monde, s’est également inquiété d’une possible disparition de l’ouverture de l’expertise sur la société civile, qui était portée par l’IRSN. La loi prévoit notamment que tous ses avis soient rendus publics." Or on sait combien le secteur nucléaire fonctionne de manière centralisée et trop souvent secrète.

En Belgique, des partis politiques et des acteurs du secteur font pression pour que soient prolongée la vie de certaines centrales. Mais la question de la sécurité n'est pas évoquée, s'indignait récemment (2) le journaliste Marc Molitor, auteur de "Tchernobyl, déni passé, menace future ?" (3).
On a vu avec la guerre d'Ukraine rappelle-t-il, les énormes risques que pose une centrale nucléaire au cœur d'un conflit armé. "Mais pas un mot dans le débat, aucun rapport n'est fait avec un risque ici, probablement parce qu'on n'imagine pas que cela puisse arriver ici."
Le coût - l'ensemble des dégâts économiques et sociaux - des deux catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima est estimé, de manière très minimale, à 700 milliards d'euros, soit en gros la valeur de cent réacteurs nucléaires de type EPR2 et plus s'il s'agit du modèle classique PWR. L'IRSN français évalue à 450 milliards d'euros le coût d'un accident majeur en France.
Si on faisait le bilan de la valeur des centrales nucléaires et des coûts des accidents imaginables, "bref, si on considérait le parc nucléaire mondial comme l'actif d'une seule entreprise - le secteur nucléaire - elle serait sans doute en faillite". Elle ne l'est pas, parce que les coûts générés par les accidents sont "quasi entièrement socialisés" : c'est la société dans son ensemble, et donc les contribuables, qui les supporte et non le secteur lui-même qui les a provoqués.
"Dans ce passif à notre charge, on pourrait encore inclure les subsides publics historiquement très abondants pour le développement des réacteurs, de même que ceux destinés à l'arlésienne de la fusion nucléaire (...). Et, dans le futur, ajoutons aussi la part du coût du démantèlement et de la gestion des déchets qui sera supportée par le citoyen."
Tout ceci amène Marc Molitor à considérer que "l'idée de prolonger tout le parc et même de relancer massivement le nucléaire (...) paraît déraisonnable - sinon insensée - en termes de coût mais aussi de sécurité".
Le journaliste rappelle "la plus forte densité (mondiale !) de population autour des centrales de Doel, la zone Seveso qui l'entoure, le nœud de communication qu'est le port d'Anvers, la quasi-impossibilité d'évacuer sa population en cas de problème... tous problèmes connus mais glissés sous le tapis".
En 2011, lors d'un débat à la sortie de son livre, le président de la Société française d'énergie nucléaire déclarait : "il y aura encore des accidents nucléaires, mais nous y ferons face !". Le président de l'IRSN tenait le même discours.
Quelle nouvelle lubie a donc saisi le gouvernement français (et peut-être demain le gouvernement belge) ? 

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/02/16/surete-nucleaire-vives-inquietudes-et-appel-a-la-greve-apres-l-annonce-d-une-reforme-majeure_6162148_3244.html
(2) "Sécurité nucléaire ? Une assourdissante absence...", La Libre Belgique - Débats, 17.1.2023.
(3) éditions Racine.

mardi 9 août 2022

Etrange solution miracle

C'est LA solution énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique. Le gouvernement français en est convaincu et le président Macron a annoncé la construction d'une dizaine de mini-centrales EPR. Pour eux, la production électrique doit passer prioritairement par le nucléaire parce qu'il ne produit pas de CO2. Donc there is no alternative ou si peu. 
Sauf qu'en Ukraine, deuxième pays le plus nucléarisé d'Europe, les centrales nucléaires deviennent des cibles stratégiques dont les explosions, si elles devaient arriver, auraient des conséquences totalement imprévisibles et catastrophiques pour l'Europe entière comme pour la Russie. 
Sauf que la moitié des cinquante-six réacteurs nucléaires français est actuellement à l'arrêt, soit pour entretien, soit à cause de problèmes de corrosion.
Sauf que l'EPR en construction à Flamanville depuis 2007 devait être inaugurée en 2012 et qu'il est toujours en chantier et que son budget a été multiplié par quatre, passant de 3 milliards d'euros à 12,7.
Sauf que le réchauffement climatique oblige EDF à abaisser la production d’électricité de son parc en raison des hautes températures des cours d’eau utilisés pour refroidir des réacteurs, qui mettent en péril la faune et la flore. "Face à la canicule et aux hautes températures des cours d’eau utilisés pour le refroidissement des réacteurs, explique l'hebdomadaire Marianne (1), EDF est contraint de réduire la production de plusieurs de ses centrales nucléaires, a indiqué l’entreprise ce vendredi 5 août. Chaque site dispose de ses propres limites réglementaires de température de rejet de l'eau à ne pas franchir afin de protéger la faune et la flore. Les baisses de production pour ces raisons sont fréquentes en période estivale, mais elles sont arrivées plus tôt que d'habitude cette année, c'est à dire dès le mois de mai." L'eau de la Garonne, par exemple, a atteint 28°C.

Les soutiens du nucléaire le présentent comme totalement sûr. Mais le physicien David Boilley, président de l'Association pour le contrôle de la radioactivité dans l'ouest (Acro), rappelle (2) qu'en France le nucléaire est la seule industrie qui dispose d'un Institut de radioprotection et de sûreté (IRSN) et d'une Autorité de sûreté (ASN). "On a tendance à s'endormir là-dessus", souligne-t-il, indiquant qu'aucune autre filière énergétique n'a besoin de contrôles aussi stricts, ce qui en dit long sur sa dangerosité.
"Même à l'arrêt, écrit Télérama, une centrale nucléaire reste un système industriel éminemment complexe, vulnérable et qui peut être détourné." La guerre d'Ukraine "fait exploser les frontières supposées entre la bombe et le réacteur". Sezin Topçu, chargée de recherche au CNRS, estime que les deux filières nucléaires, civil et militaire, "sont totalement liées". 
"Face à la nouvelle donne imposée par Vladimir Poutine, écrit Télérama, il est (...) difficile de savoir ce qui nous menacerait le plus, entre le déclenchement d'une arme atomique, le bombardements de réacteurs civils ou l'accident dans une centrale assiégée..."

En octobre 2021, les engagements français sur la réduction des déchets radioactifs en mer (pour les ramener quasiment à zéro) ont été repoussés de trente ans à... 2050 ! Elle est pourtant prévue par la Convention pour la protection de l'Atlantique nord-est. Tout bénéfice pour la France. "L'usine de La Hague a les plus forts rejets radioactifs en mer, relève David Boilley. Chaque mois, elle rejette, par exemple, autant de tritium dans la Manche que ce que l'installation de Fukushima déversera dans le Pacifique en trente ans".

La France veut être indépendante sur le plan énergétique. Mais le nucléaire ne vit ni du vent ni du soleil, mais d'uranium. Or la France a fermé sa dernière mine en 2001 et se fournit à présent au Kazakhstan (sous l'orbite de Moscou), en Ouzbekistan, au Niger, au Canada et en Australie. Son uranium retraité à La Hague est envoyé dans une ville secrète de Russie pour y être réenrichi ou recyclé. Et, ajoute Télérama, "EDF est, malgré la guerre, en train de renforcer sa collaboration avec Rosatom, colosse russe des programmes nucléaires civil et militaire, pour la construction de turbines pour centrales nucléaires."
Yves Marignac de l'institut négaWatt constate qu'on compte dix-huit réacteurs de conception russe en fonctionnement en Europe. "Quiconque parle de poursuivre le développement du nucléaire au nom de la lutte climatique parle de permettre à la Russie (et à la Chine) d'exporter leur technologie et d'étendre leur influence."

Les écologistes qui s'opposent depuis toujours au nucléaire pour lui privilégier les énergies renouvelables et les économies d'énergie sont vus comme de raides idéologues. Les tenants du nucléaire, eux, ne font pas d'idéologie, juste des affaires. En souplesse.

(1) https://www.marianne.net/economie/economie-francaise/canicule-edf-contraint-de-reduire-la-production-de-plusieurs-de-ses-centrales-nucleaires
(2) Weronika Zarachowicz, "Atome - des centrales invulnérables ?", Télérama, 30.3.2022.

mardi 4 janvier 2022

Non, merci !

Continuer à développer le réseau nucléaire ne leur suffit pas. Leur arrogance les pousse à présent à revendiquer un label vert pour l'énergie nucléaire. Tout en continuant à polluer la planète. Le lobby nucléaire, qui depuis cinquante ans a son rond de serviette à l'Elysée, représente aujourd'hui le summum de la prétention et du mépris. L'avenir de la Terre n'est pas son souci. Celui de ses actionnaires l'est. Les problèmes n'existent pas, il est la solution universelle. Voilà que, sous son influence, la Commission européenne envisage de classer verte l'énergie nucléaire.
Il est vrai qu'avec le nucléaire, on est dans le développement durable. Celui de déchets à la longévité infinie. On est à une échelle humaine qui donne le vertige. On en a pour 100.000 ans. Au bas mot. On enterre le problème à Bure dans la Meuse, comme on met la poussière sous le tapis. Sauf que cette poussière restera longtemps extrêmement toxique. Après nous, les mouches.

Bernard Laponche, ancien ingénieur qui a participé à l'élaboration des premières centrales nucléaires françaises dans les années '60-'70 et a dirigé l'Agence française de la maîtrise de l'énergie de 1984 à 1987, parle à Etienne Davodeau (1) des déchets radioactifs produits par l'industrie électronucléaire: "on continue à en produire et on ne sait pas quoi en faire. On a déjà pollué de mille façons les mers, l'air, les sols, mais pas encore les sous-sols. Cigéo, c'est ça: on va finir le travail". Certains des déchets issus de la filière nucléaire "sont très dangereux pendant des centaines de milliers d'années, explique Bernard Laponche, parce que leur radioactivité décroît très lentement". Longtemps, la France les a balancés tranquillement en mer. Aujourd'hui, Cigéo, le Centre industriel de stockage géologique de l'Andra (l'Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires), a pour mission d'enterrer, à Bure, à cinq cents mètres sous terre 85.000 m3 de déchets radioactifs dont elle ne sait que faire, "pour une sorte d'éternité empoisonnée". 

Les débats sont vifs, souvent enflammés, autour des projets éoliens et chacun d'eux est l'objet d'une longue enquête publique. En revanche, il n'y a jamais eu de véritable débat sur la politique nucléaire de la France. Lancée par le président de Gaulle, elle a été poursuivie par tous ses successeurs, de gauche comme de droite, comme si elle allait de soi. Sur les éoliennes, les débats se résument souvent à de faibles arguments portant sur leur esthétique ou sur leur impact supposé sur le marché immobilier. Sur leur coût aussi. Comme si le nucléaire était bon marché. La construction des centrales est coûteuse, mais leur démantèlement aussi. "Le démantèlement, comme la gestion des déchets, pose de gros problèmes techniques mais aussi financiers, constate Bernard Laponche. On sait déjà que les provisions mises de côté par EDF pour cet énorme travail ne seront pas suffisantes. Pourtant, il faudra bien que quelqu'un paye, non? On le voit, cette production miraculeuse d'électricité issue de grandes découvertes scientifiques s'avère... pas miraculeuse du tout !"

La politique nucléaire, c'est aussi celle du secret et de la répression. Les opposants de Bure sont criminalisés, comme l'ont été hier ceux de Creys-Malville ou de Plogoff. Toute la région est sous contrôle policier et nombreux sont les militants anti-déchets à avoir été condamnés pour leur opposition pacifiste. Le nucléaire s'accommode mal de la démocratie. 

La France est la grande championne du nucléaire: avec 71% de son électricité provenant de l'atome, elle est le pays le plus nucléarisé du monde. La Belgique en est à 39%, l'Espagne à 22, le Royaume-Uni à 15%, l'Allemagne à 11 et les Pays-Bas à 3% (2). Mais ce n'est pas encore assez pour la France. Aujourd'hui, le président Macron veut lancer la construction de nouvelles centrales nucléaires, des mini-centrales. C'est que les défenseurs du nucléaire restent dans la logique productiviste et consumériste qui nous a menés là où nous sommes aujourd'hui: dans le mur. Il faut toujours plus d'électricité pour répondre à la demande qui est exponentielle. L'idée même d'économie d'énergie leur est étrangère. Un des directeurs de RTE (Réseau de transport d'électricité, filiale d'EDF en charge de l'électricité haute tension) a récemment déclaré qu'il faudra "pour d'éventuels nouveaux réacteurs, privilégier le bord de mer ou certains fleuves à fort débit comme par exemple le Rhône, ce qui réduirait l'incidence du risque canicule ou sécheresse". C'est que ces centrales, qui nous sont aujourd'hui présentées comme le meilleur moyen de produire de l'électricité en luttant contre le réchauffement climatique, sont elles-mêmes victimes de celui-ci. "La liste des réacteurs arrêtés pour cause de sécheresse est déjà sans fin", constate Fabrice Nicolino (3) qui rappelle que le Rhône n'offre aucune garantie: les centrales de Saint-Alban (Isère) et de Bugey (Ain) ont été mises à l'arrêt à l'été 2018 à cause du manque d'eau dans le fleuve. Cette technologie apparaît dépassée par le contexte actuel qui ne va faire que s'aggraver.
Plus de réacteurs, c'est aussi, évidemment, plus de déchets dangereux dont on ne sait toujours que faire. "Tant pis pour nos descendants. Ça, c'est criminel", affirme amer Bernard Laponche. 

(1) Etienne Davodeau, "Le droit du sol - Journal d'un vertige", éd. Futuropolis, 2021. Remarquable récit graphique qui a mené le dessinateur à pied de la grotte de Pech Merle (Lot) jusqu'à Bure (Meuse) où l'Andra veut enfouir des déchets nucléaires.
(2) "Du nucléaire sur tous les continents", Le Courrier international, 2.12.2021.
(3) Fabrice Nicolino, "L'insondable arrogance des nucléocrates", Charle Hebdo, 22.12.2021.
(Re)lire sur ce blog: 
"Tout va très bien, Madame la Marquise", 22.9.2015;
"Tout va bien", 11.12.2013;
"Le nucléaire patine", 25.12.2012;
"Atomiser le gaspillage", 30.3.2012;
"Propos de comptoir", 27.11.2011


mardi 22 septembre 2015

Tout va très bien, Madame la Marquise

C'est une région superbe, de bois, de rivières, d'étangs, de collines. On peut s'y promener des heures dans une nature qu'on croit préservée. Et qui souffre pourtant d'une pollution invisible: la radioactivité. Dans le nord de la Haute-Vienne en Limousin, on a pu compter jusqu'à septante mines d'uranium des années '50 au début des années 2000. La dernière a été fermée en 2001 à Jouac.
D'une tonne de minerai on extrait un kilo d'uranium. Les résidus ont été laissés sur place, le plus souvent enfouis. Prix de la production de 36.000 tonnes d'uranium en Limousin: 50 millions de tonnes de déchets abandonnés sur les lieux d'extraction. "La France est une poubelle nucléaire dont l'épicentre est le nord de la Haute-Vienne", déclare un habitant dans le reportage qu'Inès Léraud a consacré à ce scandale caché (1).
Des habitants, inquiets pour leur santé, se sont équipés d'un compteur Geiger, seul outil capable de déceler cette pollution si discrète. Sur le site d'une ancienne mine, celui des Vieilles Sagnes, ils comptent jusqu'à plus de 60.700 impulsions par minute. La radioactivité dans ce site, très lègèrement clôturé, sans aucune mise en garde, est trois fois plus importante que celle qu'on trouve à 300 mètres du sarcophage de Tchernobyl, affirme un ingénieur. Areva a curé le lac de Saint-Pardoux où la radioactivité dépassait de près de deux fois les normes autorisées. Les cours d'eau aident la radioactivité à se diffuser en aval. Un militant d'une association environnementale a relevé 35.000 becquerels au bord d'un ruisseau, le niveau naturel est de 200 et au-delà de 3.700 becquerels Areva est dans l'obligation de dépolluer. Mais l'entreprise reste sourde. Toutes les plaintes restent sans suite, affirme le naturaliste, le nucléaire est le seul domaine dans lequel les plaignants ne reçoivent même pas un accusé de réception. On est face à "un silence assourdissant", dit-il. "On a toujours respecté nos obligations", réplique-t-on du côté d'Areva dont un responsable estime qu'il n'y a pas d'impact sanitaire" et que "il fait bon vivre dans le Limousin à proximité des anciennes mines".
Un chercheur, chargé d'une étude préliminaire, affirme qu'il n'a pas relévé de phénomène grave, mais quand même certaines pathologies liées à des organes filtrants. Il pointe, entre autres à Bessines-sur-Gartempe, "une surincidence de cancers du foie, des reins et de la thyroïde". L'Institut de veille sanitaire a été saisi début 2012, mais aucune étude n'a été entreprise. "Pourquoi la radioactivité ne fait-elle pas partie des priorités du plan régional de santé publique en Limousin?, s'interroge l'auteur de l'étude préliminaire. L'uranium et le cancer sont des sujets compliqués en France, une thématique d'omerta".

(1) Emission Sur les docks: "Mines d'uranium: le Limousin face à son passé", diffusée sur France Culture le 3 septembre 2015.

lundi 24 novembre 2014

Business as usual

Dans le nouveau gouvernement fédéral belge, très à droite, on trouve en charge de l'énergie une ministre qui n'en manque pas. Il faut le reconnaître. Marie-Christine Marghem, avant d'occuper cette fonction ministérielle était à la fois avocate, députée, échevine, elle était donc partout. A vouloir être partout, on n'est nulle part, on le sait. Elle n'a pas, de ce fait, la réputation de maîtriser ses dossiers. Mais qu'attend-on d'un politique ? Elle l'a compris. Il suffit d'avoir l'air.
Récemment, avant d'être nommée ministre, elle a rencontré, en sa qualité d'échevine, des opposants à un projet de poulailler industriel (38.000 poules) à Marquain (Tournai). Ils dénoncent un projet totalement contraire aux politiques environnementale et agricole qu'entendent mener tous les niveaux de pouvoir. "Je comprends vos arguments, leur a-t-elle dit, mais il n'y a pas une seule manière de produire et de créer de la richesse et de la valeur ajoutée." (1) La voilà maintenant ministre et elle entend bien prolonger de dix ans l'existence des centrales nucléaires de Doel (2). Elle n'a "aucun tabou", dit-elle.  Même si en tant que députée elle a confirmé il y a un an sa volonté, et celle de la majorité des élus, de sortir du nucléaire. Maintenant qu'elle est "aux affaires", elle estime sans doute qu'il faut bien que tout le monde vive.
Résumons-nous : la ministre de l'Energie est une vraie libérale qui pense comme on pensait dans les années '60 et que les affaires sont les affaires.


(1) L'Avenir - Le Courrier de l'Escaut, 7 octobre 2014.
(2) www.lalibre.be/actu/belgique/marghem-deposera-dans-quelques-jours-une-note-sur-la-prolongation-de-doel-546b90433570243a9f34c68a

mercredi 11 décembre 2013

Tout va bien

"A cette époque-là, les journalistes posaient beaucoup de questions." C'est un journaliste qui fait ce commentaire. Il interviewe le maire d'un village de la région Centre sur ses souvenirs de la construction d'une centrale nucléaire sur le territoire de sa commune (1). A l'époque, il n'était pas maire, mais il a travaillé plus de trente ans à la centrale. C'est en son sein qu'a lieu l'interview actuelle. On s'inquiétait alors, dit le journaliste, on ne connaissait pas l'atome, on craignait des dangers. Mais oui, c'est légitime, quand on ne connaît pas, on a peur. Mais on comprend qu'aujourd'hui, tout va bien et que la centrale emploie des centaines de travailleurs. Il n'y a donc plus de questions à poser. Elles l'ont déjà été il y a quarante ans. 
D'ailleurs le journaliste n'en pose pas. Il est d'une autre époque, lui. Il ne demande pas au maire si, en tant qu'ancien travailleur resté attaché à sa centrale, il ne se sentirait pas juge et partie en cas d'accident. Il ne parle pas du problème qui reste entier des déchets nucléaires. Il n'évoque pas Fukushima, ni non plus les nombreux pays qui abandonnent la filière nucléaire.
Moins d'une heure plus tard, un documentaire sur Arte, à deux pas de Fukushima (2). On y voit des villages vides. Ils le resteront pendant des siècles, nous dit le commentaire, à cause de la radioactivité.

(1) Journal Région Centre, 7 décembre 2013, 19h.
(2) 360°-Géo, "Les samouraïs de Fukushima", 7 décembre 2013, 20h.

mardi 25 décembre 2012

Le nucléaire patine

"Quand je vois le risque (que représente l'énergie nucléaire), j'aurais choisi une autre énergie." Ce n'est pas un "khmer vert" qui s'exprime ainsi, mais le futur ex-patron de l'Agence fédérale du contrôle nucléaire, ancien directeur de la centrale de Doel. Il quitte sa fonction dans quelques jours. Il se lâche. En cas d'accident à Doel, la situation serait pire qu'à Fukushima, estime-t-il (1). 
Mais, lui répond le porte-parole du Forum nucléaire, deux tiers des Belges, sont favorables au nucléaire. Peut-être faudrait-il dire "étaient" favorables. Et, de toute façon, depuis quand l'opinion publique décide-t-elle des politiques à mener?
Les communes, en tout cas, font ce qu'elles peuvent pour faire vivre le lobby nucléaire: nombre d'elles ont installé, durant la période des fêtes, une patinoire sur leur grand-place. Vu les températures automnales et la pluie, on n'y patine pas, on y patauge. Mais la magie de Noël n'a pas de prix et le ridicule et l'absurde n'ont jamais tué aucun élu.

(1) JT de la RTBF, 25 décembre 2012.

vendredi 30 mars 2012

Atomiser le gaspillage

L'idée de François Hollande de réduire la part de l'énergie nucléaire est "folle", selon le candidat président Sarkozy. La France est le pays le plus nucléarisé qui soit. Au cœur de la récente vague de froid, le 7 février très exactement, le record de consommation électrique y a été dépassé. La France a ainsi dû acheter de l'électricité à l'étranger. Le nucléaire ne serait donc pas la panacée? Et s'il était la cause de ce gaspillage? L'électricité d'origine nucléaire entraîne une culture de la consommation effrénée. Quantité de maisons en France sont équipées du chauffage électrique, plutôt que d'un chauffage ayant recours aux énergies renouvelables. Des études l'ont indiqué: plus la part du nucléaire est importante, plus on est dans une habitude de gaspillage. "Notre modèle énergétique est fondé sur une production censée augmenter indéfiniment pour satisfaire une consommation en croissance permanente, explique Thierry Salomon, un des promoteurs en France du concept de négaWatt (1). On a construit cinquante-huit réacteurs en s'assurant que la consommation serait au rendez-vous, quitte à la stimuler par les moyens les plus absurdes, comme la promotion du chauffage électrique dans des logements mal isolés, ce qui fait de nous une exception en Europe!"
La révolution énergétique n'est pas pour demain en France où le lobby nucléaire entretient la confusion entre électricité et énergie. Le nucléaire n'y représente pas 80% de l'énergie mais 80% de l'électricité et seulement 20% de l'énergie totale consommée.
Mais le nucléaire, c'est l'autonomie énergétique, clament ses thuriféraires qui semblent (?) oublier que la totalité du minerai brut d'uranium est importé du Kazakhstan, du Canada et du Niger qui ne nous semblent être ni des DOM ni des TOM.

En Belgique, une étude (2) estime que la diminution de notre consommation d'énergie permettrait la fermeture d'un, voire de deux des trois plus anciens réacteurs nucléaires (Doel 1 et 2). L'objectif d'une diminution de 4 TWh (5% de la consommation électrique) ou même de 6 TWh est raisonnable, selon Greenpeace et le Bond Beter Leefmilieu. Il faudrait pour cela que tous les nouveaux bâtiments publics respectent les normes de construction passive et que soient améliorées les performances en matière d'efficacité énergétique.
Pour diminuer les consommations, Thierry Salomon pointe deux approches: "l'investissement dans l'efficacité des appareils électriques, qui permet une baisse de la consommation à service rendu égal, mais aussi une politique de sobriété, qui consiste à traquer les gaspillages - et qui a l'avantage d'être gratuite! En combinant les deux, dit-il, on diminue de 45% notre consommation d'énergie" (1).

"Est-ce qu'on a besoin d'autant d'électricité?, se demande Hideo Furukawa, l'un des plus importants auteurs contemporains japonais (3). L'été dernier, à Tokyo, avec l'arrêt d'un certain nombre de réacteurs, il y a eu des consignes pour économiser l'énergie. Résultat: la consommation a diminué de 15% . Et tout le monde a vécu normalement."

Pendant ce temps-là, le président Sarko, celui qui marche sur l'eau, ne jure que par le nucléaire.
C'est le nucléaire ou la bougie, dit-il, tel un millénaro-catastrophiste. Les Japonais ont les deux en même temps. Mais il n'est de pire sourd que celui qui veut se faire réélire contre le cours de l'histoire.

(1) "Révolution énergétique, c'est pour aujourd'hui ou pour demain?", Télérama, 1er février 2012.
(2) réalisée par Climact à la demande de Greenpeace et du Bond Beter Leefmilieu (voir LLB, 28 février 2012).
(3) Charlie Hebdo, 21 mars 2012

dimanche 27 novembre 2011

Propos de comptoir

"On ne peut pas retourner à l'époque de la bougie." C'est là l'argument choc qu'a trouvé le président Sarkozy pour défendre le secteur nucléaire, légèrement menacé par la gauche. C'est réjouissant: on se dit que Jean-Marie Happart aurait pu être président de la république française, lui qui maniait le même type d'arguments au cours du débat sur la sortie du nucléaire au Sénat belge en 2002. Hors le nucléaire, il n'y aurait donc que la bougie. Peut-on se permettre de suggérer au président français qu'il devrait s'informer quelque peu? Le soleil, le vent, l'eau, la biomasse permettent aujourd'hui de produire de l'énergie, via des techniques performantes et de plus en plus fines. Si le nucléaire devait être démantelé, "c'est l'indépendance énergétique de notre pays qui est menacée", a déclaré un député UMP (1). On ignorait que la France produisait de l'uranium et qu'elle ne pouvait disposer de vent, ni de soleil, ni d'eau, ni de biomasse. Le président Sarkozy affirme aussi que personne en France ne réclame la fin du nucléaire. On ne connaît pas l'avis de l'opinion publique française sur la question, mais un récent sondage (2) fait apparaître que 66% des Belges "se déclarent favorables à la fermeture des trois plus anciens réacteurs nucléaires du pays en 2015". On doute que les Français soient plus aveugles et confiants que les Belges. Argument ultime du président français: la fin du nucléaire signifierait la disparition de 400.000 emplois. Peut-on, une fois encore, suggérer au président (mais on sait qu'il est très occupé et n'a pas que cela à faire) de s'informer? Le développement des énergies vertes en Allemagne a généré 700.000 emplois nouveaux. Mais la vraie question, c'est "y aura-t-il de la neige pour Noël?" (1). Il n'y en a pas pour l'instant dans la station la plus élevée d'Europe, celle de Val Thorens. Sinon une maigre neige produite par des canons artificiels. On comprend par là que le nucléaire est indispensable. Veut-on mettre fin à la pratique du ski? Hein, c'est ça qu'on veut? Résumons-nous: la neige est artificielle, la bêtise est culturelle. Quant à la nature, elle fera ce qu'elle pourra. 

P.S.: nucléaire et bougie ne sont pas opposés, on peut avoir les deux en même temps. Les Japonais peuvent en témoigner. Voir "Nucléaire? Décidément, non merci!", billet du 19 juin 2011.
(1) JT France 2, 26 novembre 2011
(2) sondage commandé par Greenpeace, voir LLB, 26 novembre 2011

mardi 1 novembre 2011

A question idiote...

"La Belgique dans le noir en 2015?". C'est un des titres du JT de la RTBF ce 31 octobre, allusion à la confirmation de la sortie du nucléaire. Aussi intelligent que la question que posait un certain Jean-Marie Happart au Sénat à l'occasion du débat sur la sortie du nucléaire en 2003: "et quoi, demandait-il, faute de nucléaire, s'il n'y a pas de vent aujourd'hui, il n'y aura pas d'électricité et personne ne m'entendra?". Personne ne se plaindra plus de la disparition de ce JT que de l'absence désormais de l'Happart bis des travées parlementaires. Surtout si ce JT continue à être présenté par un François De Brigode de plus en plus bredouillant. On espérait qu'il fût en vacances cette semaine. Elles lui feraient le plus grand bien. A nous aussi.

La Chine et le chrysanthème ont la cote, nous apprend le même JT. Tous deux se vendent bien, si on peut se permettre de résumer et rassembler deux sujets. Et ont le chic pour enterrer les autres, tout en restant bien vivants. La Chine est l'un des derniers pays communistes, le plus puissant d'entre eux. C'est aussi aujourd'hui le pays le plus capitaliste. Aucun autre pays au monde ne dipose d'autant de réserves. Ce sont ses exportations, bien plus importantes que ses importations, qui lui ont permis d'engranger un tel pactole. Et ainsi de racheter la dette d'autres Etats. Une partie de celle de l'Europe par exemple. La Chine revendique aujourd'hui "le statut d'économie de marché" et réclame sa place à l'OMC. Un comble pour ce pays communiste. Une exigence logique pour ce pays capitaliste. "En Chine, tout s'arrange avec l'argent", dit le journaliste du JT de France2 en conclusion de son sujet sur la reconnaissance du harcèlement au travail. On voit par là que le capitalisme a une capacité d'adaptation au moins égale à celle du communisme, même s'il est le dindon de sa mauvaise farce qui sent de plus en plus le suri.

dimanche 30 octobre 2011

Vieille nouvelle

La Belgique va sortir du nucléaire. Voilà ce que nous annonce la presse depuis deux jours. Le Gouvernement en formation l'a confirmé. Du coup, la presse interroge spécialistes et lobbyistes: est-ce tenable? N'allons-nous pas nous retrouver à court d'énergie? Nos factures énergétiques ne vont-elles pas augmenter? On s'inquiète.
Peut-on rappeler à la presse que la décision a été prise par la Chambre et le Sénat en 2003? Si l'on compte bien, cela fait huit ans. Il est vrai que le temps passe vite. Pas pour les gouvernements qui se sont succédé depuis et qui n'ont pas fait grand chose, jusque récemment, pour remplacer le nucléaire et diminuer les consommations. Au JT de la RTBF ce soir, la porte-parole d'Electrabel nous fait part de son impression: "il y a une grande confusion dans ce dossier". Ce qui est exact, surtout depuis qu'une société nommée Electrabel fait des pieds et des mains pour que l'annonce de cette sortie du nucléaire ne reste que des mots. Et que le doute et la confusion planent. On a même vu son ancien patron, l'alors sénateur Philippe Bodson, venir siéger au Sénat en 2003 - ce qui était totalement exceptionnel - pour dire tout le mal qu'il pensait de cette décision. C'est dire si celle-ci devait être évitée. Et voilà que ce week-end tombe - brutalement - cette annonce: la Belgique va sortir du nucléaire. Incroyable! Heureusement que la presse est là.

Post-scriptum: la décision est confirmée, mais l'équipe des négociateurs a reporté de six mois sa décision quant à la date de fermeture des premières centrales. Courage, les amis, un jour il faudra décider. Avant qu'il ne soit trop tard.

dimanche 19 juin 2011

Nucléaire? Décidément, non merci

En cette journée internationale du vent (Global Wind Day), revenons sur le nucléaire: "le moyen le plus dangereux de faire bouillir de l'eau chaude". C'est un physicien nucléaire qui l'affirme. Bernard Laponche (1) estime que "un réacteur nucléaire n'est qu'une chaudière: il produit de la chaleur, (...) résultat de la fission de l'uranium", chaleur qui elle-même entraîne une turbine qui va produire de l'électricité. Au passage, les pertes énergétiques sont gigantesques: "les deux tiers de la chaleur sont perdus, ils réchauffent l'eau des fleuves ou de la mer qui sert à refroidir les réacteurs".
Le secteur n'a enregistré aucun progrès technique notable depuis sa création dans les années '40, constate le physicien. Les recherches se poursuivent autour de la fusion nucléaire, avec notamment l'expérience Iter à Cadarache en France, mais "pourquoi vouloir recréer sur Terre l'énergie du Soleil puisqu'elle nous arrive en grande quantité?", demande le physicien "repenti".
Répondant à l'argumentation simpliste "le nucléaire ou la bougie", il estime que "il est lassant d'entendre des dirigeants qui n'y connaissent rien dire n'importe quoi. Nicolas Sarkozy ne croit pas si bien dire; un jour, et pourquoi pas dès cet été, les Français s'éclaireront à la bougie (2): comme nous sommes le seul pays au monde à avoir choisi de produire 80% de notre électricité avec une seule source, le nucléaire, et une seule technique, le réacteur à eau pressurisée, si nous sommes contraints d'éteindre nos réacteurs , nous retournerons à la bougie!". Il suffit juste dit-il, "d'un gros pépin générique ou d'une sécheresse et une canicule exceptionnelles".
Bernard Laponche estime que "le risque d'accident majeur en Europe est une certitude statistique".
Pendant ce temps, le Gouvernement belge, dont en particulier les représentants d'une pseudo-gauche, se demande s'il va ou non détricoter la loi de sortie du nucléaire votée en 2003.
Pendant ce temps-là, mercredi prochain, le 22 juin (3), le Parlement européen se prononcera sur une proposition de directive sur les déchets radioactifs qui obligera les Etats membres à mettre en place des plans de gestion de ces maudits déchets, les autorisant à s'en débarrasser dans des pays tiers. Selon Foratom, expression du lobby nucléaire, 500.000 m3 de déchets radioactifs sont produits chaque année. Environ 1% d'entre eux, soit 5000 m3, représentent un danger pour des milliers de générations futures (des milliers, oui) et doivent donc être isolés de leur environnement "de manière sûre et définitive". Si quelqu'un connaît une manière sûre et définitive d'isoler chaque année 5000 m3 de déchets radioactifs pendant des milliers de générations, il serait bien inspiré de contacter les parlementaires européens d'ici mercredi. Qu'il leur suggère également de ne pas s'en débarrasser au Ghana. Ce pays, comme d'autres Etats, a déjà été suffisamment transformé en poubelle par l'Occident. Le principe du pollueur-payeur est un peu simple, il faudrait y accoupler celui du pollueur-assumeur. A chacun sa merde, pour parler trivialement.
Allez, vive le vent. Il fit honneur à sa journée.

(1) Télérama, 15 juin 2011
(2) après la catastrophe de Fukushima, un journaliste de Télérama répondait: finalement, au Japon, c'est le nucléaire ET la bougie".
(3) voir LLB, 15 juin 2011

mardi 15 mars 2011

Les apprentis sorciers

Voilà que l'énergie nucléaire s'avère dangereuse. Extrêmement dangereuse même. C'est une surprise. C'est pourtant la technologie du futur, sans CO2, sans peur et sans reproche. C'est la solution, seule et unique, pour lutter contre le réchauffement climatique. Une technologie sûre et sous contrôle. C'est ce qu'ils nous disent tous: les électriciens et les partis politiques (à l'exception bien sûr de ces hommes des cavernes que sont les écologistes). En fait, ils le disaient. A présent, ils ajoutent une nuance: "le risque zéro n'existe pas" (1).
Au Japon, il existe d'autant moins que des centrales nucléaires ont été construites à des endroits inappropriés, soumis à de forts risques sismiques. Le lobby nucléaire l'a voulu ainsi (2). En France, Henri Guaino, de la bande à Sarko, jamais avare d'un trait de génie, a rétorqué aux attaques anti-nucléaires en affirmant que "on peut aussi bien retourner à la préhistoire et s'éclairer à la bougie". Ce qui est là, on en convient, propos d'un homme particulièrement éclairé. Les mêmes pauvres arguments ("le nucléaire ou rien") avaient été développés par certains esprits indigents au Sénat chez nous lors du débat sur la loi de sortie du nucléaire le 16 janvier 2003.

Personnellement, j'y avais - entre autres - tenu les propos suivants:
"L'énergie nucléaire ne s'inscrit pas dans une perspective de développement durable. Quelles que soient les garanties de sécurité que l'on puisse offrir, les réacteurs présentent des dangers et même si les risques d'accidents sont faibles, leurs conséquences sont incalculables, non seulement à l'échelle de notre pays mais bien au-delà. De plus, la production d'énergie nucléaire génère des déchets que nous laisserons aux milliers de générations qui nous succéderont. L'énergie nucléaire n'est donc pas aussi propre que certains se plaisent à l'affirmer. (...) Le choix de la filière nucléaire n'est pas celui d'une forme de production économe en énergie, qu'elle soit électrique ou autre. On le constate, les pays les plus nucléarisés sont aussi ceux qui maîtrisent le moins leur consommation énergétique. La Belgique est le troisième pays le plus nucléarisé au monde, mais c'est aussi - après le Luxembourg - celui qui émet le plus de CO2 par habitant, soit 12 tonnes par an. Notre consommation d'énergie est l'une des plus élevées au monde. (...) Nucléaire signifie donc, en général, non maîtrise des consommations, voire gaspillage. Pourquoi ? Parce que la surabondance et la centralisation des moyens de production génèrent une surconsommation, et donc un gaspillage dans tous les domaines. (...) La sortie progressive du nucléaire, et donc le choix d'une autre politique énergétique, devrait nous permettre de réaliser d'importantes économies d'énergie. Différentes études (...) ont fait apparaître qu'il était possible, à l'horizon 2020, de diminuer de 30% les consommations d'énergie finale. (...)
En conclusion, je dirai que cette sortie progressive du nucléaire marque l'entrée de la Belgique dans le club des pays qui vivent et vivent bien sans énergie nucléaire, l'entrée dans une autre culture de l'énergie sans doute, dans une autre politique de l'énergie en tout cas, qui marque une réorientation structurelle vers une politique énergétique réduisant les risques et l'héritage négatif pour les générations futures, qui déconcentre la production et augmente l'emploi, qui investit dans les énergies renouvelables et dans la recherche et qui génère non seulement une attitude, mais surtout des actions concrètes en matière d'utilisation rationnelle de l'énergie, et ce dans tous les secteurs, et donc une réelle capacité de respecter Kyoto."

Voilà bientôt vingt-cinq ans que la centrale de Tchernobyl a explosé. Saura-t-on un jour combien de morts elles a provoquées? Autour d'elle, la radioactivité reste, aujourd'hui encore, vingt-cinq fois supérieure aux normes admises (2). L'explosion n'était que le fait de soviétiques incompétents. Les accidents japonais ne sont dus qu'à un séisme naturel. Eric Besson, ministre français de l'Industrie, n'est d'ailleurs pas dupe: ce qui arrive à Fukushima n'est "qu'un accident grave, mais pas une catastrophe nucléaire" (3). On voit par là que si ce n'est que grave et pas catastrophique, on peut dormir tranquille.

(1) cf le "Café serré" de Thomas Gunzig ce matin sur la Première
(2) JT RTBF, 13.03.2011

(3) LLB, 15.03.2011

Voir sur ce blog
"Nucléaire? Non merci!!!", 15.10.09
"La neutralité du nucléaire", 03.10.09

"Nucléaire: vous en voulez encore?", 01.10.09

" La meilleure blague du moment", 06.11.08

jeudi 15 octobre 2009

Nucléaire? Non merci !!!

Le nucléaire, l'énergie propre. C'est ce qu'essaient de nous faire croire le Gouvernement fédéral belge, le secteur et ses thuriféraires.
La réalité est tout autre. Le documentaire de Laure Noualhat, "Déchets, le cauchemar du nucléaire", diffusé sur Arte ce mardi, en témoigne.

Les déchets sont les grands absents du débat (?) actuel sur l'absolue nécessité de prolonger la durée de vie des centrales sans-quoi-ce-sera-la-fin-du-monde (en-tout-cas-le-nôtre).
Les déchets nucléaires ont une durée de vie de quelques secondes à plusieurs millions d'années.
Plus de 100.000 (cent mille) tonnes de déchets radiocatifs ont été répandus au fond des océans. Les déversements en mer à partir de bateaux sont maintenant interdits? Qu'à cela ne tienne! Ils s'effectuent à présent à partir de conduites kilométriques qui quittent les centrales de Normandie. 400 m3 de déchets radiocatifs sont ainsi déversés chaque jour dans la Manche.
Les rejets normands sont aussi aériens. Et nous n'y échappons pas. Il se diffusent dans l'ensemble de l'Europe. Des chercheurs en ont trouvé des traces, par exemple, sur les toits de l'université de Gand.
"Avec les rejets de La Hague, nous sommes dans les conditions de l'accident permanent", déclare un militant de Greenpeace. Un chercheur de la CRIIRAD explique qu'autour de La Hague, la pollution radioactive est particulièrement importante et inquiétante: les concentrations de krypton s'accumulent et augmentent constamment dans l'atmosphère.

Les déchets radiocatifs sont polluants, on le sait (même si les défenseurs du secteur les oublient systématiquement dans leur argumentation de défense de cette énergie si propre). Ils sont aussi explosifs. Une cuve de déchets a explosé en Russie en 1957, en un lieu toujours inaccessible aujourd'hui. Le plus grave accident nucléaire avant Tchernobyl. Dont personne n'a parlé. Ni le KGB, ni la CIA pourtant informée. Ne lésons pas un secteur en pleine expansion!
La rivière russe Techa (1) est contaminée depuis cinquante ans. Un chercheur de la CRIIRAD y effectue des prélèvements et constate des taux d'irradiation comparables à ceux de Tchernobyl. Les pêcheurs du coin, aujourd'hui encore, y taquinent le goujon...

Les déchets ultimes contiennent 99% d'éléments radioactifs et vont rester dangereux pendant des centaines de milliers d'années. Ceux de Pierrelatte dans le sud de la France sont envoyés à Tomsk en Sibérie, pour y être retraités. Un voyage de 8000 km. Les journalistes ne parviennent pas à obtenir des interviews, ni à savoir ce que deviennent les déchets qui doivent être enrichis. Top secret! Via des images de satellites, ils constatent que les conteneurs d'hexafluorure d'uranium sont entreposés par champs entiers, à ciel ouvert, sans protection. Pour combien de temps? 80%, voire plus, de l'uranium appauvri stocké sur le site de Tomsk sont abandonnés par la France. Qui affirme que la totalité de ses déchets est recyclé.

Un expert américain explique les risques liés au stockage en piscine: en cas de manque d'eau, l'uranium s'enflamme. Voilà qui est rassurant.
Corinne Lepage, ex-ministre française de l'environnement, estime que "le nucléaire n'est pas une filière durable" et dénonce l'aveuglement de ses défenseurs: "le nucléaire va nous sauver, c'est quasiment religieux pour certains", déclare-t-elle. Elle fustige un système opaque, très coûteux, qui n'a toujours pas de solution à son problème de déchets.
Un ingénieur des mines estime que "le nucléaire doit résoudre trois problèmes: la sécurité, la démocratie, les déchets".
Mais qu'on se rassure: la solution est en vue. D'après des chercheurs nucléaires français, elle devrait apparaître sous forme embryonnaire en 2050... Le conditionnel reste de rigueur. Comme il l'est depuis soixante ans.
En attendant, les déchets dangereux le restent pour 200.000 ans, soit 6.000 générations à mettre à l'abri de nos choix actuels. L'astrophysicien Hubert Reeves estime que le grand problème du nucléaire, "c'est qu'il hypothèque l'avenir".

Les trois quarts des Français ne croient pas ce que raconte l'industrie nucléaire. Si les chiffres sont semblables en Belgique, c'est que le Gouvernement fédéral appartient au quatrième quart. Pas de chance!

Aujourd'hui, la presse nous apprend que "GDF Suez et le gouvernement belge sont toujours en désaccord sur une contribution de 750 millions d’euros que la Belgique réclame au secteur de l’électricité en échange de sa « rente nucléaire » pour 2008 et 2009" (1).
Et que " au cours du démantèlement de l’unité de Cadarache destinée à la production du combustible MOX, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a constaté que les dépôts de plutonium restant dans l’atelier étaient bien supérieurs aux quantités estimées: il y en aurait 39 kg au lieu des 8 kg évalués!" (2)

C'est sûr: le choix du nucléaire, c'est celui de la sécurité. Des actionnaires d'Electrabel et de Suez.

Une chose encore: s'opposer au nucléaire, c'est idéologique. Ben oui...

(1) voir http://www.laradioactivite.com/fr/site/pages/rivieretecha.htm
(2) www.lesoir.be, 15.10.09
(3)http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/sciences/20091015.OBS4771/le_plutonium_perdu_de_cadarache.html

jeudi 8 octobre 2009

Un culot de magnétude 10 sur l'échelle de becquerel

Paul Magnette, le ministre du plaisir durable, a un culot incommensurable. Les trois ministres régionaux de l'énergie, flamande, bruxelloise et wallon, viennent aujourd'hui de lui adresser une carte blanche dans le Soir dénonçant sa décision de prolonger de dix ans la vie des plus anciennes centrales nucléaires. Il leur répond, au JT de la RTBF ce soir, qu'il n'y a, aux niveaux régionaux, pas de plan crédible de diminution des consommations énergétiques ni d'investissement dans les énergies renouvelables. Pouvons-nous calmement (ou presque) rappeler au ministre de l'investissement rentable, ses déclarations concernant le projet de centre de glisse? Répondant à la Chambre au député Jean-Luc Crucke qui s'inquiétait de "retrouver Courchevel à Antoing" et qui déplorait les impacts et les gaspillages énergétiques de ce "méga-projet", il répondait ceci: "il y a dans l'idée même de ce type d'infrastructure quelque chose de choquant. La reproduction d'un climat de type tropical ou de microclimats contraires à notre propre climat et le bilan énergétique et carbone de ce type de projet présentent des éléments choquants. Néanmoins, je me pose la question de principe: devons-nous, dans notre effort de développement durable aller jusqu'à une forme de jansénisme en interdisant ou refusant tout ce qui serait contraire? De même, lorsqu'on mange et qu'on essaie d'avoir une alimentation équilibrée, cela ne peut empêcher certains jours de se taper "un bon vieux satcho andalouse". Le principe de plaisir doit, à certains moments, pouvoir autoriser certaines formes sans oublier les retombées économiques."
Est-ce le principe de plaisir qui amène aujourd'hui le ministre à défendre le nucléaire?
Il semble évident que les retombées économiques ne lui échappent pas. Et que ce néo-élu du Ps a rapidement intégré la culture de son parti.

Notes

Le titre est inspiré par le Professeur Ponchau: www.prof-ponchau.ecolo.be

A voir ce mardi 13 octobre à 20h45 sur Arte, "Déchets, le cauchemar du nucléaire"


samedi 3 octobre 2009

La neutralité du nucléaire

Argument suprême des défenseurs du nucléaire: la décision prise, en 2003, de sortir progressivement du nucléaire était idéologique. Ce qui sous-entend, selon eux, que leur position ne l'est pas. Elle ne serait que rationnelle. (1)
Bien sûr que la sortie du nucléaire est idéologique. Tout comme l'est l'entrée ou le retour
dans la filère nucléaire.
C'est idéologiquement que les écologistes (au sens large) se soucient des générations qui les suivent et de ceux qui vivent à l'autre bout de la planète. C'est pour des raisons idéologiques que d'autres n'ont de vue que courte et à rentabilité immédiate.

L'énergie nucléaire est l'énergie type de la logique capitaliste. Les moyens sont centralisés aux mains de quelques-uns et imposés à tous à un coût très élevé. L'investissement est pour une partie public et les bénéfices privés.
C'est l'énergie de la société de consommation. J'ai eu l'occasion de soutenir au Sénat la loi de sortie du nucléaire et de relever, à cette occasion, que différentes études ont fait apparaître que plus un pays recourt à l'énergie nucléaire (la Belgique en est à 55% d'électricité produite à partir du nucléaire), plus il vit dans une culture du gaspillage. Les spécialistes estiment à 30% les possibilités d'économies d'énergie. Sans mal et sans perte de confort. Mais au prix d'une réelle volonté politique. Qui semble bien absente aujourd'hui. Certains ont estimé que Doel1 pourrait être fermé aujourd'hui, simplement si chaque Belge cessait de laisser constamment ses appareils électriques en veille. Les défenseurs du nucléaire (le Ministre du nucléaire durable en première ligne) estiment que sans celui-ci la Belgique ne pourra produire assez d'électricité en 2015. Avec le Gouvernement actuel, c'est la course au toujours plus. La société de consommation a toujours de beaux jours devant elle et les gaspillages restent à la mode. Nos autorités décalées soutiennent l'utilisation de la voiture, les grands centres commerciaux hors ville, les pistes de ski sur neige artificielle... Donc, forcément, les besoins ne vont cesser de s'accroître. Et donc, le nucléaire reste indispensable. CQFD.

Les déchets, visiblement, ne sont pas un problème: dans LLB de ce jour, Christian Legrain, secrétaire général du Centre d'études nucléaires, explique que les déchets "de basse radioactivité sont stockés en surface dans des bâtiments recouverts de terre à Dessel pour une durée d'environ 300 ans. Quant aux déchets radioactifs, aucune décision n'est encore prise. Il sont stockés temporairement pour refroidir, car ils ont quand même une température de 100°. Donc, d'ici une cinquantaine d'années, on ne stockera rien de manière définitive. Après, on va sans doute enterrer les déchets dans des couches stables dans le sol. (...) On cherche à réduire la radio-toxicité des déchets et leur volume. On envisage des installations où les dechets hautement radioactifs perdraient de leur teneur toxique par le phénomène de transmutation."
Bref, ces gens-là sont rationnels, ils "cherchent", ils "envisagent", ils "vont sans doute", ils n'ont pas pris de décision, ils utilisent le conditionnel. Et ça fait soixante ans que ça dure.
Et Legrain de s'en prendre aux opposants au nucléaire: "ils ont surtout une peur irrationnelle et irraisonnée depuis Tchernobyl. (...) Le risque est présent partout", conclut-il.
Voilà des propos d'un homme raisonnable: un panneau solaire qui tombe d'un toit ou une centrale nucléaire qui explose, ça fait autant de dégâts!

Au-delà du choix énergétique lui-même, cette attaque contre l'idéologie écologiste est symptomatique de cette société où non seulement disparaît toute idéologie, mais où, bien plus, celles qui s'xpriment encore sont forcément suspectes et suspectées de visées obscures. Au bout du compte, ne reste qu'une idéologie qui ne doit plus dire son nom, celle de l'argent et du bénéfice rapide.

(1) comme si la raison n'était jamais idéologique... On parle bien, par exemple, de "la raison capitaliste", non?

jeudi 1 octobre 2009

Nucléaire: vous en voulez encore?

Visiblement, le lobbying, ça marche. Paul Magnette, Ministre du "Développement durable" y est sensible. Il va proposer de prolonger de dix ans la sortie du nucléaire.
Le Forum nucléaire a lancé, voilà deux semaines, sa deuxième campagne de pub. Sous couvert de sonder le pour et le contre, il s'agit évidemment de convaincre que cette source énergétique est idéale pour lutter contre le réchauffement climatique. Et peut-être aussi pour lutter contre la grippe H1N1?
L'industrie nucléaire, c'est un sacré paquet de pognon: l'amortissement accéléré, sur vingt ans au lieu de quarante, du parc des centrales nucléaires belges (5800 MW) aurait rapporté un gain net de 3,9 milliards d'euros à Electrabel fin 2008. Si la durée de vie des centrales est prolongée de dix ans, le bénéfice net du retour sur investissement est évalué à 12 milliards d'euros. Une estimation de la Creg (Commission de régulation de l'électricité et du gaz). Rappelons que la loi de sortie du nucléaire prévoit une extinction de trois réacteurs en 2015: Doel 1 et 2 et Tihange 1. En cas de prolongation de dix ans, gain annuel: plus d'un milliard et demi d'euros. Et bingo, en cascade, pour les recettes de l'Etat, a dû se dire notre Ministre du Développement du budget.
Et tant pis si, dans sa grande entreprise de séduction, le lobby nucléaire ment: les déchets? Oh! une paille! En fait, juste un dé à coudre par habitant et par an. Pensez donc, autant dire rien! (ce qui en fait, quand on connaît les dangers du nucléaire, est déjà énorme). Et, affirme le Forum, au terme de l'exploitation des centrales, le volume de déchets à haute activité représentera, dans notre pays, l'équivalent d'une balle de tennis par habitant. La réalité est bien différente: Gilles Toussaint (de la Libre Belgique) a calculé qu'en divisant par le nombre de Belges les volumes de déchets annoncés on n'arrive pas aux 137 cm3 standards par habitant, mais à une fourchette de 200 à 450 cm3. Le journaliste a contacté la porte-parole du Forum nucléaire. Elle reconnaît l' "erreur", mais estime qu'en termes de com' une balle de tennis passe mieux qu'une boule de pétanque... Elle estime quand même qu'on sera sans doute au-delà.

Paul Magnette, visiblement, n'a pas lu ces chiffres. Ou alors, en a lu d'autres qui sont prioritaires: ceux du budget fédéral qui a des besoins importants.
Il n'a pas vu non plus "Le cauchemar du nucléaire", diffusé il y a deux semaines sur la Une. Laure Noualhat, spécialiste des questions environnementales à Libé, y révèle des chiffres effrayants: en France, on est à 10% de retraitement, alors qu'Areva annonce 96% de recyclable. "En réalité, dit-elle, j'ai fait le bilan des matières réelles pour l'année 2007 et j'arrive à 1,14% des déchets nucléaires français qui ont effectivement été réutilisés. (...) Dans les processus qui nous conduisent à retraiter ou recycler potentiellement ces déchets, on en laisse une bonne partie en Russie en pensant que ce sera économiquement intéressant de les utiliser plus tard, quand l'uranium naturel sera plus cher. Pendant ce temps, ils ne sont pas classés comme déchets, mais comme une matière radioactive". Et le tour est joué. Tout est une question de mots.
Les déchets nucléaires les plus radioactifs, à longue durée de vie, seront inoffensifs dans des centaines de milliers d'années. D'ici là, "après nous, les mouches". Si l'espèce vit encore.
Un dernier chiffre à l'attention de notre ministre des déchets durables: il vient de l'Agence internationale de l'énergie atomique (pas vraiment un club de talibans écolos): le coût du démantèlement des installations radioactives en fin de vie dans le monde s'élève à un minimum de mille milliards de dollars.

(à partir d'articles de LLB des 15, 16, 19 et 25.09.09)

jeudi 6 novembre 2008

La meilleure blague du moment: le nucléaire comme voie verte!

Nucléaire, le retour? On sent bien que le gouvernement Leterme est prêt à prolonger la vie des centrales, revenant sur la loi de sortie du nucléaire, votée voici six ans par certains partis qui sont toujours aujourd'hui dans cette glorieuse majorité qui gouverne la Belgique. Son argument: en 2015, année prévue pour les premières fermetures de centrales, les énergies alternatives ne seront pas suffisamment développées pour remplacer l'apport du nucléaire. On sent bien que le lobby nucléaire dispose de solides relais au sein du Gouvernement. Un gouvernement dont les membres ne se posent évidemment pas la question de savoir ce qu'ils ont fait ces dernières années pour mettre en oeuvre des alternatives renouvelables. A savoir, rien, ou si peu. Ne se demandent pas ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils peuvent faire pour diminuer les consommations d'énergie. Et c'est bien là le comble, c'est que pour ces partis les affaires sont les affaires et l'économie doit continuer à tourner à plein régime. Comme dans les golden sixties. Le changement de culture économico-politique, ce n'est décidément pas pour aujourd'hui. Ni même pour demain.

J'avais eu le plaisir et l'honneur de défendre au Sénat la loi de sortie du nucléaire et de rappeler que, selon de nombreux experts, plus un pays recourt au nucléaire, plus il s'inscrit dans une culture du gaspillage énergétique. De rappeler qu'il est possible, sans rien changer à notre confort, de diminuer de 30% nos consommations énergétiques. Ainsi, la simple extinction de tous les appareils électriques qui restent constamment en veille en Belgique permettrait la fermeture de la plus ancienne des centrales nucléaires de Doel. Visiblement, le gouvernement ne s'en soucie guère. L'économie libérale prime et l'ogre a des besoins insatiables.

Dans une note récente, l'ancien ministre wallon de l'Energie, José Daras (Ecolo), rappelle qu'après cinquante ans de développement le nucléaire n'atteint même pas 4% de l'énergie finale dans le monde. Il souligne qu'on s'apprête à fermer plus de 200 réacteurs sur les 439 en fonction dans le monde, que le mineurs d'uranium (entre autres en Afrique) travaillent dans des conditions infra-humaines, qu'une nouvelle centrale nucléaire coûte 5 milliards d'euros et réclame dix ans de chantier. Alors que la lutte contre le changement climatique n'attend pas...

Car c'est bien là l'argument des relais du lobby nucléaire au sein du gouvernement: le nucléaire serait la seule alternative possible aux sources d'énergie génératrices de gaz à effet de serre. L'énergie nucléaire est donc, selon eux, parfaitement propre. Ne se pose pas pour eux la question de la dangerosité du nucléaire et de ses déchets.
Au Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, à 600 mètres de profondeur une ancienne mine de sel accueille un site de déchets atomiques. La sarcophage est garanti (?) 10.000 ans, il sera fermé en 2033 quand le site sera saturé. Pour prévenir les (hypothétiques!) habitants de la Terre en 12.033 de la dangerosité de ces déchets, dans une langue universelle, les experts du coin ont décidé d'entourer le site de représentations du tableau "Le cri" d'Edvard Munch, le symbole universel de... la terreur.

En Ukraine, autour de Tchernobyl, c'est toujours la mort et le maladie qui règnent en maîtres. "La population a diminué de moitié, notre terre est contaminée. Et on voit, encore aujourd'hui, beaucoup d'enfants malades, à l'hôpital. Nous détenons le record des opérations du coeur, des cancers, des tuberculoses.", déclarait à Télérama (16.07.08) Kateryna Dmytrivna Volovyk, préfète de la région de Poliské.
Mais bien sûr, il n'y a strictement aucun risque d'accident nucléaire chez nous, nous disent les défenseurs du nucléaire, on ne peut comparer la sécurité occidentale avec celle qui était de mise sous le régime soviétique!
A Tricastin en France, entre Montélimar et Orange, depuis l'été dernier (2008), les incidents et les révélations se succèdent chaque semaine: fuite d'uranium, salariés contaminés, nappe phréatique polluée, déchets radioactifs mal protégés.
Ce vendredi 7 novembre à 21h, Arte diffuse un téléfilm de François Luciani intitulé "Inéluctable": le test d'arrêt d'urgence d'un réacteur nucléaire menace de virer au remake français de Tchernobyl. Une fiction totalement invraisemblable? Elle est largement inspirée d'un rapport du très sérieux Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, et des incidents qui surviennent chaque année dans les centrales d'EDF...

En attendant, chez nous, le sémillant Ministre fédéral du Climat et de l'Energie, Paul Magnette (Ps), se tâte, mais on sent bien que les jeux sont faits: le nucléaire aura encore quelques beaux jours devant lui. Et après nous les mouches?

P.S. (c'est le cas de le dire): Quelqu'un peut-il éclairer ma lanterne? Dans un article de la Libre Belgique du 22 octobre dernier intitulé "Comment le PS tient la force atomique", un représentant socialiste estime, à propos de ce dossier nucléaire, que, si on se base sur ses positions dans ce dossier, "Ecolo est devenu un parti populiste". Et poursuit en affirmant que "on ne va certainement pas sombrer dans le populisme. D'ailleurs, si c'était le cas, nous arions déjà donné le feu vert à la poursuite du nucléaire: l'atome a le vent en poupe en ce moment". Donc, si on le suit bien, être contre le nucléaire, c'est être populiste. Et être pour aussi. Comprenne qui pourra...

RE-P.S.: Après avoir vu le téléfilm d'Arte cité plus haut, je suis totalement convaincu qu'avec le nucléaire nos vies reposent entre les mains d'apprentis-sorciers! C'est le terme qui me paraît le plus approprié. Mais nos bourgmestres ont l'immense courage de s'opposer à des éoliennes plutôt qu'à des centrales nucléaires...

Voir le dossier complet d'Etopia sur le nucléaire sur www.etopia.be/spip.php?article223