mardi 15 janvier 2013

Sacrés Français

Les Français nous jouent un grand sketch. Celui de la Frâââânnnce accrochée à ses valeurs éternelles. Que restera-t-il si le mariage peut être conclu entre personnes du même sexe? On se le demande. Surtout maintenant que la France n'est plus le phare du monde. Cet ex-grand pays adore jouer à se faire peur, n'aime pas le changement (1) et a bien du mal à entrer dans le XXIe siècle. Il est temps pourtant. Nous voilà déjà en 2013. Sur de nombreuses thématiques sociétales, la France a pris du retard sur la plupart de ses voisins.
Les Français sont nombreux (mais pas majoritaires, loin s'en faut) à s'opposer au mariage des homosexuels. Il ne faudrait cependant pas croire qu'ils sont homophobes. Chacun fait fait fait c'qui lui plaît plaît plaît. Mais la famille, c'est sacré et c'est un papa et une maman. Point. Les anti-mariage homo se sont trouvé une passionaria. Frigide Barjot réussit à incarner l'incohérence et la vulgarité tout à la fois. C'est qu'il faut bien exister médiatiquement (2).
Ce seront sans doute les mêmes que l'on verra et entendra demain s'opposer à l'euthanasie ou au droit de vote des étrangers ou défendre le nucléaire. Autant de thèmes sur lesquels la plupart des pays d'Europe de l'ouest ont progressé ces dernières années. Plutôt tranquillement.
Tenez, un exemple, au hasard: la Belgique. Voilà dix ans que les homosexuels peuvent s'y marier, la question a suscité bien peu de débats passionnés et on ne connaît pas un bourgmestre que sa conscience ait empêché de pratiquer un tel acte, même s'il devait être contraire à sa culture ou à ses principes.
Français réactionnaires, depuis un moment vous avez cessé de vous moquer des Belges. Faites-vous encore rire: regardez-vous.

(1) "Si on ne fait rien, il y aura un changement profond de notre société", déclarait un opposant au mariage homo à un journaliste.
(2) http://blogs.lesinrocks.com/billetdur/2012/11/12/chere-frigide-barjot/

dimanche 13 janvier 2013

Slogans durven

Le nouveau conseil communal anversois, dirigé par Bart De Wever, a pris une première décision essentielle: supprimer le slogan de la ville. Ce ne sera plus "La ville est à tout le monde". Un nouveau slogan sera trouvé via un concours.
On se permet dès lors quelques suggestions.
-  La ville est à ceux qui ont perdu soixante kilos.
-  La ville est à ceux qui ont tout compris mieux que les autres.
-  La ville est à ceux qui se la pètent.
-  La ville est à ceux qui l'ont prise à la hussarde.
-  La ville est à ceux qui ont les moyens de l'acheter.
-  La ville est à ceux qui regardent les autres de haut.
-  La ville est à ceux qui ont leur cul derrière leur dos (1).
Ou encore: La ville est à la diète. Ou au régime.

(1) lire sur ce blog "Derrièrologie et devantologie", du 25 octobre 2010.


jeudi 10 janvier 2013

L'insoutenable légégéreté de l'être

Gérard Depardieu est un garçon un peu léger. On ne le changera plus, nous dit-on. Il tombe dans les bras de Vladimir Poutine, applaudit la démocratie russe. Il va même jusqu'à chanter la gloire de la Tchétchénie, de Grozny et de Kadyrov (1). Il devrait écouter l'excellente émission de Patrick Pesnot "Rendez-vous avec X". Celle du 5 janvier (2) était précisément consacrée à Ramzan Kadyrov. Elle est édifiante, tant par rapport à Kadyrov que par rapport à Poutine. On a bien du mal, ensuite, à louer leurs démocraties. On les cherche. On se sent moins léger que Gégé.

(1) lire "Réfugié pathétique", 15 décembre 2012.
(2) sur France Inter, chaque samedi de 13h30 à 14h.
http://www.franceinter.fr/emission-rendez-vous-avec-x-ramzan-kadyrov

lundi 7 janvier 2013

Astérix chez les ploucs

A l'annonce de l'arrivée de Depardieu dans sa commune, le maïeur d'Estaimpuis ne se sent plus de joie. Il ouvre (une fois de plus) un large bec. Et en profite pour se déguiser en un Astérix rebaptisé Senesalix. Dans un clip, qu'on ne sait comment qualifier autrement que de lamentable, il organise "sa" fête du personnel de la commune, mettant à contribution des membres de son équipe, aussi piètres acteurs que lui. Il a toujours aimé jouer la comédie, déclare-t-il dans la presse. Mais il n'a jamais été  un bon comédien, constate-t-on. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Mais quelle est sa volonté, sinon faire encore plus de voix aux prochaines élections? En attendant, Obélix a compris. Il a fui Senesalix pour lui préférer Poutix et saluer son modèle de démocratie. Daniel Senesael s'est trompé de rôle. Il n'est pas Astérix, mais Abraracourcix, le chef du village qui fonce sur son pavois porté par deux serviteurs. Il ne voit pas le chambranle. Il se le prend en plein front. Et ça fait mal. 

dimanche 6 janvier 2013

Vos beaux yeux, Marquis, d'amour mourir me font

On ne devrait jamais partir en vacances à la jonction de deux années. De l'une à l'autre, on a la faiblesse d'espérer un changement. On est fatalement déçu. On quitte la Wapi (cette magnifique Wallonie picarde que l'Europe entière - voire le monde - nous envie) fin 2012. On la retrouve début 2013. On constate que la féodalité se porte toujours aussi bien. A Tournai, le Marquis de Motte a prononcé ses voeux (1). Il espère le meilleur et il y croit comme chaque année, mais estime - répliquant à Bart de Leeuw van De Wever en Vlaanderen - que "le confédéralisme est un piège à cons". Sa phrase n'entrera pas plus dans l'Histoire que celle qu'il a paraphrasée: "le confédéralisme, c'est le fédéralisme des cons", avait déclaré bien avant lui quelqu'un d'autre (2). Après cette saillie forte, Rudy Ier attend des applaudissements qui n'arrivent pas. En grand professionnel, il enchaîne, sous le regard admiratif de ses courtisans réunis en la Halle aux Draps à Tournai. Ils sont nombreux. Très. Au point qu'il sont innombrables. Mais qu'importe pour lui? Il a tenu à saluer chacun personnellement. Il embrasse chacun et chacune d'entre eux. Peut-être l'an prochain les embrassera-t-il sur la bouche, à la soviétique. En attendant, nous assistons là à un grand moment d'autodémocratie. Une communion entre un chef et celles et ceux qui l'ont fait. C'est si beau à voir. Si émouvant. On est sûr que toujours ses chaussures seront bien cirées. C'est la marque du marquis.

(1) JT de la RTBF, 6 janvier 2012, 19h30.
(2) Mais qui donc?

mardi 25 décembre 2012

Le nucléaire patine

"Quand je vois le risque (que représente l'énergie nucléaire), j'aurais choisi une autre énergie." Ce n'est pas un "khmer vert" qui s'exprime ainsi, mais le futur ex-patron de l'Agence fédérale du contrôle nucléaire, ancien directeur de la centrale de Doel. Il quitte sa fonction dans quelques jours. Il se lâche. En cas d'accident à Doel, la situation serait pire qu'à Fukushima, estime-t-il (1). 
Mais, lui répond le porte-parole du Forum nucléaire, deux tiers des Belges, sont favorables au nucléaire. Peut-être faudrait-il dire "étaient" favorables. Et, de toute façon, depuis quand l'opinion publique décide-t-elle des politiques à mener?
Les communes, en tout cas, font ce qu'elles peuvent pour faire vivre le lobby nucléaire: nombre d'elles ont installé, durant la période des fêtes, une patinoire sur leur grand-place. Vu les températures automnales et la pluie, on n'y patine pas, on y patauge. Mais la magie de Noël n'a pas de prix et le ridicule et l'absurde n'ont jamais tué aucun élu.

(1) JT de la RTBF, 25 décembre 2012.

samedi 22 décembre 2012

C'est reparti

Le monde n'a pas (encore) pris fin. On n'en est pas vraiment surpris. Hier soir, aux fours à chaux de Chercq, nous étions quatre cents à suivre les ateliers de coaching que nous proposait l'I.P.I. Entendez par là l'Institut de Pompefunébrisme International et ses experts. Leur objectif: nous permettre d'affronter la fin du monde et donc la mort avec sang froid et dans la bonne humeur. Nous étions fin prêts. Mais voilà: la fin du monde n'a pas eu lieu. Nelson Leglas s'est trompé dans ses calculs. C'est partie remise.
Pendant ce temps-là, à Bugarach dans l'Aude, des centaines de journalistes accourus de partout nous signalaient qu'il n'y avait rien à voir et qu'à part eux, il n'y avait personne. L'information valait le déplacement.
Allez, aujourd'hui les jours allongent.

jeudi 20 décembre 2012

Tout a une fin

En quoi croit l'homme? En sa perte et en l'apocalypse qui est à sa porte. C'est pourquoi il n'ose plus l'ouvrir. Même au facteur qui ne peut être porteur que de mauvaises nouvelles. L'apocalypse profite de la moindre porte entrouverte. Elle devrait se manifester demain. On voit par là que l'homme a raison d'être prudent.
L'homme aime croire en sa fin. Il se sait mortel. On ne peut lui donner tort. Mais il n'aime pas mourir seul, il préfère les voyages collectifs. 
Certains s'organisent pour survivre. La survie a un prix. On peut s'acheter un bunker. En Andalousie, des bergeries en ruine se vendent 200.000 euros. Ce qui n'est pas cher payé si on ne veut pas connaître le funeste sort du commun des mortels. Les bunkers ne protègent pas de la bêtise. C'est là l'un de leurs défauts. L'autre est que leur toiture est percée.
Des gourous auto-proclamés comme Patrick Geryl appellent à les suivre pour affronter l'apocalypse. Il en coûte 20.000 euros. On peut aussi acheter le kit du parfait survivaliste. Il est vendu par Gérard le Flamand, qui visiblement n'est autre que Patrick Géryl. Les deux qui ne font qu'un se préparent une vie confortable dans l'après-apocalypse.
L'homme aime avoir peur, mais il est "capable d'être un être christique qui peut supporter toute cette énergie" qui se déchaînera demain. 
Je crains de n'avoir pas cette force. Adieu.

voir Questions à la Une, RTBF, la Une, 19 décembre 2012.

lundi 17 décembre 2012

De braves gens d'armes

On dit - et on a raison de le dire - que c'est un pays qui s'est conquis et forgé les armes à la main. Les Indiens et les bisons ne sont plus là pour en témoigner. Des Américains affirment que leur retirer leur arme serait leur couper le bras. Leur laisser leur arme, c'est aussi leur retirer leurs enfants.
Une ixième agression dans une école primaire a fait vingt-sept morts il y a trois jours. L'émotion est énorme et compréhensible. Mais, nous dit un observateur (1), ces morts ne sont que le quotidien de ce pays qui en dénombre chaque année 30.000 par armes à feu. Soit 82 par jour en moyenne. 
Des Américains amateurs d'armes (ils sont 47% des habitants de ce pays) estiment que ces tueries ne sont l'affaire que "de gens qui pètent un câble". Les braves gens savent que eux ne pèteront jamais un câble et qu'il est indispensable de disposer d'une arme pour se défendre contre les gens qui en ont une et l'utilisent contre eux. C'est à cela qu'on reconnaît les braves gens: à leur clairvoyance. S'ils pètent un câble, c'est qu'ils n'étaient pas de braves gens, mais des péteurs de câble déguisés.  
La NRA, lobby des possesseurs d'armes, se mobilise déjà. Elle regroupe quatre millions de braves gens. Pas question de toucher au sacro-saint droit, garanti par la constitution, de posséder une arme. Même de guerre. C'est que les Américains sont constamment en guerre. Si ce n'est pas à l'autre bout de la terre, c'est chez eux, contre leurs semblables. Certains estiment que les instituteurs devraient posséder une arme pour défendre leurs enfants. "Où est l'humanité quand on empêche les faibles de se défendre?", demande un amateur d'armes (2). Peut-être faudrait-il armer les enfants eux-mêmes. Comme la mère du tueur de Newtown qui collectionnait les armes et emmenait ses enfants au stand de tir. 
Après trop de tueries, l'Australie a décidé en 1996 de réglementer la possession d'armes. L'Etat en a racheté 600.000 d'entre elles et a sévèrement restreint le droit de possession d'une arme. Résultat: le nombre de meurtres par arme à feu a diminué de 60% (2). 
Obama va-t-il oser affronter la NRA? He can? 

(1) JP de France Inter, 16 décembre 2012, 13h.
(2) JT de France2, 17 décembre 2012, 20h.

samedi 15 décembre 2012

Réfugié pathétique

Que deviennent les incarnations de la jeunesse rebelle? De grands enfants qui jouent à "chat". Gérard Depardieu a passé de quelques mètres la frontière franco-belge pour échapper à la taxation de ses revenus élevés et de sa grande fortune. Il nargue le gouvernement Ayrault: "tu ne sauras pas m'attraper!", lui dit-il.
La rébellion, voilà bien longtemps que Gégé a oublié ce que c'est. Sauf si c'est pour défendre son bout de gras (qu'il a "conséquent", il faut le dire).
Sa fortune, ces dernières années, il l'a augmentée en tournant n'importe quel film. Voilà longtemps qu'il n'en a plus tourné d'excellents. Il en est quelques moyens, voire de sympathiques. Il y a surtout de navrants navets.
Mais ce qui le distingue sans doute des autres stars du cinéma français, voire mondial, c'est qu'il met désormais sa notoriété au service de quelques-uns des pires régimes de la planète (1). En octobre, il célébrait l'anniversaire de Ramzan Kadyrov, l'autocrate mafieux qui dirige la Tchétchénie au nom de Vladimir Poutine. "Gloire à Grozny, gloire à la Tchétchénie, gloire à Kadyrov", a-t-il déclaré sans rire. Son contrat ne le prévoyait sans doute pas. 
En Russie, on peut le voir dans un spot publicitaire, vantant la carte Visa Gold Sovietsky. Il l'a choisie, explique-t-il, parce qu'il "aime la Russie et les Russes". En 2011, il vantait les saveurs de la cuisine de l'Azerbaïdjan, dont le président Aliev n'est pas ce qu'il est convenu d'appeler un démocrate (1).
En échappant à l'impôt français, Gérard Depardieu est donc cohérent avec lui-même. La solidarité, il s'assied dessus.

(1) Gérard Biard: "Obélix mange avec des tenailles", Charlie Hebdo, 7 novembre 2012.
En couverture de Charlie Hebdo de ce 12 décembre, Charb pose cette question: "La Belgique peut-elle accueillir tout le cholestérol du monde?".