lundi 15 avril 2013

La vieillesse n'attend pas le nombre des années

A regarder ces jeunes individuellement, on pourrait les croire intelligents. On pourrait imaginer qu'ils participent à l'évolution de leur société, qu'ils la feront aller de l'avant, qu'ils en feront une société où chacun a sa place. Mais l'effet de groupe et on ne sait quel (ou on craint de le savoir) positionnement idéologique les tirent vers l'arrière, les amènent à mener un combat réactionnaire, stupide et méchant.
L'opposition au mariage pour tous en France prend chaque jour des proportions plus ahurissantes. La bêtise est dans les rues, sur les quais de gare, dans les amphis.
Voilà que de jeunes manifestants s'en sont pris à Caroline Fourest venue à Nantes débattre d'un islam moderne (1). Après avoir scandé durant un moment "liberté d'expression", sans qu'on comprenne ni pourquoi ni pour qui, ils ont hué la journaliste qui est sortie du train sous la protection de gendarmes. La question de l'islam n'est pas ici en cause, il s'agit pour eux de manifester leur hostilité à une militante homosexuelle.
On peut faire des efforts, on ne parvient pas à comprendre pourquoi ils s'opposent au mariage pour tous, pourquoi ils manifestent (pour tous) tant de hargne, tant d'agressivité. Tant de bêtise. Pourquoi ces jeunes sont-ils plus vieux que bien des octogénaires?
La folle furieuse qui s'est posée comme gueulophone, comme éructrice de l'opposition au mariage pour tous (2) a participé, nous dit-on, à un congrès salafiste. Preuve que tous les intégristes se retrouvent dans ce combat aussi idiot que réactionnaire pour une société fermée, formatée et rétrograde. Pétain n'est pas mort. Que de vieux cathos intégristes mènent ce combat n'a rien de surprenant; ce qui l'est, c'est que des jeunes les rejoignent, se trompant totalement de colère et de combat. Comme le disait un auditeur de France Inter (3), quelle perte d'énergie! Dommage, disait-il que toute cette énergie ne soit pas utilisée, par exemple, pour soutenir les travailleurs de Florange et toutes les victimes d'un système économique impitoyable.
On aimerait les voir lutter contre le racisme, contre le sexisme, contre l'homophobie. On les voit haineux, répandant leur mauvaise haleine sur une France qui sent le rance.


(1) http://www.rue89.com/zapnet/2013/04/14/caroline-fourest-violemment-accueillie-anti-mariage-tous-241443
http://carolinefourest.wordpress.com: "Les homophobes sont allés trop loin à Nantes", 14 avril 2013.
(2) au JT de France 2 ce soir, F. Barjot (celle qui dit avec l'élégance qui est la sienne que "Hollande veut du sang, il en aura!") déclarait que "il y a tant de sujets dont il faut s'occuper", suggérant par là que le Gouvernement devrait avoir d'autres projets que le mariage pour tous. Peut-on suggérer à Mrs Barjot de s'occuper d'améliorer le sort des Roms, de s'opposer  au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, de militer à ATD Quart-Monde?
(3) dans l'émission "Là-bas si j'y suis" de ce jour.

P.S.: cette diffusion de la haine génère de la violence. Qui en aurait douté? De plus en plus de couples homos se font agresser. La barbarie a fait son nid chez les anti-mariage pour tous.
Voir
http://www.rue89.com/2013/04/08/wilfred-olivier-agresses-a-paris-voici-visage-lhomophobie-241278


jeudi 4 avril 2013

Médailles d'argent

Les pratiques de Jérôme Cahuzac font hurler la droite française. On ne la comprend pas. Elle devrait se réjouir de constater que ce qui fait sa principale valeur, l'argent, est ainsi vénéré par des gens qui s'affirment de gauche. Faire de l'argent à tout prix, le soustraire à l'impôt témoigne d'une attitude ultra libérale.  Chacun fait fait fait ce qui lui plaît plaît plaît. La droite laisse passer là une occasion de triompher.
L'extrême droite, elle, devrait la jouer profil bas. La famille Le Pen a, en son temps, fait sienne la donation qu'avait faite au Front national feu un industriel du ciment. Jean-Luc Mélenchon l'a rappelé (1). Les Le Pen ont eux aussi un sentiment fort pour l'argent et guère de vergogne.

(1) AFP, 4 avril 2013, 16h38
http://actu.orange.fr/politique/affaire-cahuzac-le-pg-denonce-les-aboiements-de-marine-le-pen-caniche-fidele-afp_1472786.html

dimanche 31 mars 2013

Et pourtant elles tournent

Elles tournent chaque jour depuis un mois, les sept éoliennes de Saint-Maur, le long de la chaussée qui conduit de Tournai à Valenciennes. En réalité, elles tournent depuis quelques années. Mais durant ce mois de mars, j'ai été particulièrement attentif à leur fonctionnement. Les anti-éoliens de "Vent de raison" affirment que les éoliennes ne tournent pas plus de cinq ou six jours par mois (1). Qu'elles sont donc inutiles. On se demande où ils ont été pêcher pareil argument.
Bien sûr, il y eut parfois une éolienne à l'arrêt le matin; exceptionnellement, elles tournaient au ralenti.
Mais toujours, les trente-et-un jours de ce mois de mars, elles tournaient.
On peut crier face au vent. On n'a pas pour autant raison.

(1) lire "A la recherche de la sérénité", 1er mars 2013.

vendredi 29 mars 2013

La Meuse de la pensée

Claude Eerdekens, c'est "la politique expliquée à mon fils de six mois". Regarde bien, petit, regarde bien: d'un côté, il y a lui et son parti; de l'autre, les vilains écolos. C'est facile à comprendre. Lui, il fait tout ce qu'il faut pour que le monde continue à bien tourner. Eux, ils font tout l'inverse. Eux, ils sont dogmatiques, ils sont doctrinaires, ils sont fondamentalistes. Ils mènent les mêmes politiques que les ex-pays soviétiques et leurs cabinets sont truffés d'ayatollahs (1). En un mot, ils sont dangereux. Au point qu'il est "inquiet" et même "affolé". Son inquiétude nous inquiète.  Il parle de "suicide assisté". Pourtant, bien sûr qu'il comprend qu'on puisse se soucier de l'environnement. Mais il pense aussi que "si quelqu'un veut vivre à la campagne dans une villa 4 façades, cela reste son droit". Chacun doit pouvoir s'installer là où il l'entend. Car lui, c'est un vrai libéral, d'ailleurs il est membre du parti dit socialiste.
"Il faut des accents churchilliens", affirme-t-il. Une interview de Claude Eerdekens, c'est "Au théâtre ce soir". Cette semaine, il a droit à deux pages dans le Vif. Il devrait y tenir une chronique hebdomadaire. On a tellement besoin de rire en ces temps inquiets.

(1) Le Vif, 29 mars 2013.

jeudi 28 mars 2013

Les barjos de dieu

Enfant élevé dans la religion catholique, j'ai alors appris que "dieu est amour", qu'il aime tout le monde et qu'on doit aimer son prochain comme soi-même.
Depuis, j'ai un peu perdu le fil de ces histoires et aujourd'hui je m'interroge. Ou ma mémoire me joue des tours, ou la doctrine catholique a changé son discours, ou certains ne s'aiment pas eux-mêmes.
Les catholiques français se font menaçants: "ça va péter", annonce Christine Boutin, du Parti Chrétien-Démocrate. La raison de sa colère: le mariage pour tous. Une autre égérie des anti-mariage gay, celle qui se fait pertinemment appeler Frigide Barjot, bien qu'elle appelle à "un rassemblement pacifique", promet des "débordements" et "des troubles graves" (1) si le président Hollande n'annonce pas de changement. Le changement attendu serait la suppression de la loi autorisant le mariage pour tous.
D'autres opposants affirment que "le peuple va se lever" et appellent à la "résistance".
Dans la manifestation de dimanche, l'extrême droite était visiblement très présente et très active, cherchant la bagarre avec les forces de l'ordre et même avec les journalistes qui ont essuyé "insultes, crachats, entrave au travail, parfois même agression physique" (1).
La bêtise s'est-elle un jour mieux portée qu'aujourd'hui dans ce débat, souvent sereinement mené ailleurs (2)?  Et l'agressivité? Ceux qui ne sont pas du camp des opposants regardent ceux-ci comme des êtres étranges et inquiétants. Qu'est-ce qui justifie une telle hystérie, une telle hargne? Et Dieu dans tout ça?

(1) LLB, 28 mars 2013.
(2) (re)lire sur ce blog "Sacrés Français", 15 janvier 2013.

mercredi 27 mars 2013

Musique en coopérative

"On ne sait jamais à l'avance ce que l'on désire". C'est le slogan du label de disques indépendant "No Format!". Un slogan et un nom qui indiquent bien l'idée de découverte, d'ouverture, d'exploration.
C'est ce label qui a produit le superbe (le mot est faible) album de Ballaké Sissoko et Vincent Segal "Chamber Music". C'est lui aussi qui a produit des albums de Gonzales, de Nicolas Repac,  de Lokua Kanza, de Richard Bona (pour ne citer que les plus - un peu - connus).
Sur le plan économique, le label fonctionne sur le modèle coopératif: on s'abonne pour 50 € par an (1) et on reçoit les productions de l'année (trois au minimum). No Format repose donc sur la confiance que lui accordent ses coopérateurs, qui soutiennent ainsi des artistes que, la plupart du temps, ils ne connaissent pas. Mais sont assurés de faire de belles découvertes.
Tel le dernier cd de Melissa Laveaux, arrivé hier dans ma boîte aux lettres: "Dying is a wild night". La chanteuse canadienne, à la voix légèrement fêlée, développe une belle énergie dans un univers entre pop et soul. Si on cherchait des comparaisons, on penserait à Neneh Cherry, à An Pierlé, à Sophie Hunger. Mais en fait on pense surtout à Melissa Laveaux. Parce qu'elle est hors format.

(1) www.noformat.net

mardi 26 mars 2013

Borsus le polyglotte

Willy Borsus part en guerre contre Ecolo. "Je conteste l'extrémisme doctrinaire des écolos", dit le chef de groupe MR au Parlement wallon (1).
Le libéral qu'il est ne doit pas avoir de doctrine. Il la laisse aux marchés qui chaque jour un peu plus nous démontrent que le capitalisme est le meilleur des systèmes. Les entreprises ferment les unes après les autres, les travailleurs sont licenciés par milliers, mais il ne faut surtout pas faire preuve d'intégrisme, dit-il. Tout finira bien par s'arranger, suppose-t-on. En attendant son heure, Borsus mène la charge, et elle est lourde, contre le Gouvernement wallon et sa composante Ecolo en particulier. Il reproche au Gouvernement ses plans d'avenir.
Le journaliste de la Libre, Frédéric Chardon, demande à Borsus ce que propose le MR. Il répond que "la Wallonie a besoin de réformes et de changements. On sent aussi qu'on doit rompre avec les habitudes du passé, dit-il, et concentrer les moyens sur les priorités, c'est-à-dire les facteurs de développement économique et social et la production de services et ce qui apporte de la qualité de vie: les maisons de repos, les hôpitaux... Il faut désormais que la Région wallonne fasse un exercice vérité. Elle n'a plus le choix: elle va accueillir des compétences importantes venant du fédéral et la révision des mécanismes de solidarité entre régions met la Wallonie face à son devenir à l'horizon de 10 ans". On se sent tout de suite rassuré, on voit que le MR sera le parti de la situation, celui du grand changement. On voit aussi qu'on peut répondre à une question sans rien dire.
Le linguiste Louis-Jean Calvet estime que "les hommes politiques sont plurilingues: ils parlent le français, mais aussi la langue de bois, la langue de pute et la langue de vipère, sans oublier le politiquement correct qui consiste à changer les mots au lieu de s'attaquer aux choses" (2).
Willy Borsus est au moins trilingue.

(1) LLB, 25 mars 2013.
(2) Télérama, 18 juin 2008.

(re)lire aussi sur ce blog "Bon sens, mais c'est bien sûr", 15 mars 2013.

lundi 25 mars 2013

A table

Zapping à la télé ce samedi en fin d'après-midi. Tout le monde est à table.
Pas d'émission de cuisine, on y échappe cette fois, mais des eat and talk shows.
La 5 nous propose un résumé, un best of de la semaine visiblement, d'une émission qui réunit autour d'une table des chroniqueurs et leurs invités. Ils y mangent et y boivent tout en devisant.
Sur France 2, ils sont quatre à table, à l'intérieur, puis dans un jardin. Ils boivent (du vin eux aussi), mangent et discutent.
Il faut croire qu'il est particulièrement intéressant de suivre les propos d'intervenants qui parlent tout en mastiquant. Ainsi va la mode.
Au même moment, Euronews nous propose un sujet intitulé "Cholesterol Controversy". Rien ne vaut le régime méditerranéen, nous dit-on. On veut bien le croire.

vendredi 22 mars 2013

Souvenirs, souvenirs

Qui lit encore aujourd'hui les frères Goncourt? Qui se souvient qu'ils se prénommaient Jules et Edmond? Pourquoi donc continuer à décerner annuellement un prix qui portent le nom d'écrivains passés de mode?
Pourquoi attribuer chaque année des prix du disque au nom d'une académie qui porte le nom de Charles Cros, poète et inventeur qui serait tombé dans l'oubli s'il n'y avait eu ces prix?
Qui sait qui étaient Maurice Lemonnier, Adolphe Max, Antoine Dansaert et l'abbé Cuylits qui ont laissé leurs noms à des artères bruxelloises? Ne serait-il pas temps de rebaptiser ces rues et boulevards de noms de gens plus connus?
Les organisateurs de la plus importante compétition d'athlétisme de Belgique se sont posé ces questions. Ils se sont rendu compte que de moins en moins de gens savent qui était Ivo Van Damme, cet athlète à la mémoire de qui avait été créé ce mémorial si couru. Ils l'ont rebaptisé, nous dit-on, en Belgacom Mémorial.   
Un mémorial, nous dit Robert (le petit) est "un monument commémoratif", qui donc "rappelle le souvenir d'une personne, d'un événement". Peut-on en conclure que Belgacom ne serait bientôt plus qu'un souvenir? Qu'Ivo Van Damme ne vaudrait plus la peine qu'on se souvienne de lui? Et que l'argent n'a pas de mémoire?

P.S. (du 23 mars): après réflexion, les organisateurs ont finalement décidé de rebaptiser la compétition "Belgacom Mémorial Ivo Van Damme".

lundi 18 mars 2013

Vomir, dit-elle

Internet est un immense Café du Commerce. Sur les forums des sites d'information, sur les blogs, dans les chats, tout le monde a son mot à dire. Mais c'est le Café du Commerce un jour de carnaval. La toute grande majorité des personnes qui s'y expriment le font masquées. Et cet anonymat ne sert pas le débat. Les propos, parce qu'ils sont anonymes sans doute, sont le plus souvent assez insignifiants, renforcent les lieux communs et les clichés, ne sont pas argumentés. Quand ils ne sont pas agressifs ou grossiers. Internet sert de caisse de résonance aux grincheux, aux râleurs et à ceux qui ont tout compris mieux que les autres. Tous courageusement anonymes. Il y a bien longtemps que j'ai cessé de lire, par exemple, les commentaires postés à la suite des articles du Soir sur son site, tant ils sont le plus souvent affligeants de vacuité. Voire, osons le mot, d'imbécilité. Les lire ne serait que perte de temps et désespérance par rapport à l'humanité. Heureusement, pourrait-on dire, on ne trouve là que "le moins pire". Le pire a été effacé.
Pour éviter les dérives diffamatoires, haineuses, racistes, antisémites, xénophobes, pédophiles (et on oublie ou ignore sûrement), de nombreux sites d'information ont confié la régulation de leurs commentaires à des sociétés qui en ont fait leur boulot: nettoyer les écuries d'Augias, c'est-à-dire évacuer des forums les propos orduriers. Un travail de tout instant, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. "Les internautes arrivent à être idiots sur à peu près n'importe quel sujet", estime une modératrice de la société Concileo (1). Elle constate que les intervenants ne se lisent pas entre eux, qu'on n'est pas dans le débat avec ce qu'il implique d'échanges d'arguments. On est dans l'attaque frontale, dans la virulence, dans le débordement. La boue submergerait Internet sans l'intervention des régulateurs. Mais à quel prix? Les modérateurs souffrent d'une maladie professionnelle: la déprime face à la bêtise et la méchanceté quotidiennement exprimées. Ils en meurent parfois: "en Norvège, un modérateur s'est fait tuer", rappelle l'un d'eux (1). 

L'heure est à l'excès, les vannes sont largement ouvertes, tout est permis. Insultons-nous, Folleville!  L'homme (ou la femme) peut se lâcher, il ou elle a le droit d'avoir raison, contre la terre entière. "Je suis atterrée par le déferlement de haine à l'encontre des personnalités publiques sur les réseaux sociaux, et j'en ai moi-même fait les frais", écrit Lou Doillon (2). "Désormais, tout le monde peut zapper, liker, déliker, vomir et condamner à mort n'importe qui avec son smartphone."

Le site Rue89(.com) doit avoir des lecteurs polis, civils, courtois, se dit-on. On se trompe. Le site a toujours refusé de sous-traiter la régulation des commentaires qui lui sont adressés. Ses journalistes les gèrent eux-mêmes. Mais ces derniers temps, des lecteurs se laissent aller à l'insulte et la considèrent normale. "Nous avons publié (note: c'était en août 2012) un témoignage qui nous a semblé intéressant: une catholique y défendait la doctrine de l'église sur les questions sexuelles. Nous savions bien sûr que le débat qui suivrait serait vif, ce qui n'était pas pour nous déplaire (...). Des commentateurs se sont aussitôt livrés à une rafale d'insultes et d'invectives contre cette contributrice. Nous avons averti ces riverains, dépublié ces commentaires discourtois. Les insultes se poursuivant, nous avons bloqué quelques comptes. Depuis cet épisode, quelques riverains contestent la règle du jeu: ils considèrent comme faisant partie du débat normal les attaques personnelles, les agressions, voire les insultes envers d'autres commentateurs ou envers les auteurs de nos articles, tribunes ou témoignages. Nous ne les suivrons pas dans cette voie. (3)"
On voit par là que l'anonymat favorise la haine et la bêtise.
La preuve a contrario: le groupe Roularta (Le Vif, Trends-Tendances, Knack)  a modifié, depuis octobre 2012, la procédure d'identification pour ses forums en ligne. Désormais, plus question de pseudo. "Les réactions des internautes sont signées de leur nom afin d'optimiser la qualité générale du site internet" (4). 
Et ça marche: "nous avons perdu la moitié des réactions sur les articles", affirme Vincent Genot, rédacteur en chef adjoint des rédactions web, "mais celles-ci sont nettement plus intéressantes et de bien meilleure qualité. On ne peut pas pour autant affirmer avoir atteint un niveau idéal, il faut affiner le système. (...) Nous sommes donc ravis de ces résultats."

Le "moi je" s'exprime donc différemment quand il est identifié. Il peut plus difficilement être un "délinquant relationnel", comme le qualifie Michel Onfray (5). Il est plus humain. "L'être humain respectueux d'autrui, civil et sociable, s'oblige à ne pas gêner, à ne pas déranger ni à empiéter sur la liberté des autre", écrit Valérie Colin (5) qui cite le psychothérapeute Didier Pleux: "L'homme s'empêche de moins en moins. Il redevient ce mammifère étranger à ses pairs, tourné uniquement vers la satisfaction de ses besoins - manger, procréer, défendre ou attaquer." Si nous naissons tous égoïstes, il nous appartient d'humaniser nos existences, dit encore V. Colin. 

En fait, l'internaute anonyme ressemble beaucoup à l'automobiliste protégé par sa voiture: un chauffard qui adore se moquer des règles. Et écraser les autres. 

(1) cité(e) dans "Les sentinelles du net", Erwan Desplanques, Télérama, 28 novembre 2012.
(2) Télérama, 2 février 2013.
(3) rue89.com, "Rue89 et la rude tâche de la modération des commentaires", 20 novembre 2012.
(4) Journalistes (mensuel de l'Association des Journalistes professionnels de Belgique francophone, novembre 2012.
(5) "Je méprise, donc je suis", Le Vif, 28 septembre 2012.

Lire ou relire sur ce blog
"L'anonymat d'internet", 29 avril 2008
et "Les roquets d'internet", 5 janvier 2008.