lundi 21 septembre 2015

Adieu, veaux, vaches, cochons

Les agriculteurs, belges, français, allemands et bien d'autres en Europe sans doute, sont désespérés. Ou plutôt des agriculteurs sont désespérés. Ceux ne peuvent vendre leurs produits à prix coûtant. Et ils sont nombreux. Ce sont ceux qui ne sont plus éleveurs ou agriculteurs, mais fabricants. Ceux qui fabriquent de la viande ou du lait comme ils fabriqueraient des voitures, des casseroles ou des boîtes en plastique. L'animal n'est qu'un produit industriel et pour le fabriquer toutes les méthodes sont bonnes, celles qui passent par l'empoisonnement de la terre, la pollution des cours d'eau et des nappes phréatiques, la mise en danger de la santé des agriculteurs. Allez savoir pourquoi, on n'arrive pas à éprouver la moindre compassion pour ceux qui font (sur)vivre des truies sur du béton, coincées entre des barreaux qui les empêchent de se retourner, pour ceux qui parquent des vaches dans des usines où elles tournent en rond reliées à des trayeuses, pour ceux qui arrosent de pesticides leurs terres. On n'arrive pas à se sentir solidaire d'agriculteurs qui jettent sur la route les produits de leurs confrères de pays voisins sous prétexte qu'il ne faudrait vendre dans leur pays que leurs propres productions et qui dans le même temps se plaignent que des marchés étrangers leur soient fermés.
Ceux-là poursuivent leur course folle et aveugle qui les mène dans une impasse qui donne sur un gouffre. L'agriculture productiviste est sans issue. Ils reprochent aux pouvoirs publics de ne pas les aider. Alors que c'est précisément ce type d'industrie mortifère qu'il faut cesser de soutenir. Certains agriculteurs ont récemment muré les entrées de l'adminstration de leur Région. Ils se trompent de cible. C'est à leur propre syndicat, la FNSEA, qu'ils devraient s'en prendre. Un syndicat qui les pousse à s'endetter toujours plus, à produire toujours plus de lait, de viande qu'ils ne pourront vendre, le tout sous la conduite d'un président à la tête d'un puissant empire agro-indsutriel et financier. (1)
Cette agriculture-là, loin de se remettre en question, poursuit dans la même voie suicidaire. Après la Ferme des 1000 Vaches, voici celle des Mille Veaux, sur le plateau de Millevaches (2): un atelier d'engraissement industriel de 1400 veaux (3).
Quel est le sens de l'agriculture? Certainement pas de vendre des produits industriels à l'autre bout de la planète. Mais de vendre au plus près de chez soi, à travers des circuits courts, des produits alimentaires respectueux de l'environnement, des animaux, des agriculteurs et des consommateurs. Quel sens y a-t-il à vendre des choux, des tomates, du lait ou de la viande à l'autre bout de l'Europe? Ce monde-là aussi a été rendu fou.

A lire: Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture, de Fabrice Nicolino, éditions Les Echappés, 2015.

(1) http://www.liberation.fr/economie/2015/09/03/xavier-beulin-le-cereale-killer-de-la-fnsea_1374527
(2) Ces vaches-ci ne sont pas des bovins: Millevaches signifie mille sources
(3) pétition sur http://stop-1000veaux.agirpourlenvironnement.org/



vendredi 18 septembre 2015

Les sinistrés et les toxiques

On l'a dit souvent mais il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre: la quantité de réfugiés qui tentent de trouver asile en Europe est extrêmement faible par rapport au nombre de ceux qui ont trouvé refuge dans des pays voisins des zones de conflit.
Ainsi, deux millions de réfugiés syriens sont en Turquie, un million deux cents mille au Liban, 800.000 en Jordanie et des centaines de milliers encore en Irak et en Egypte. Et à l'intérieur même de la Syrie on compte sept millions et demi de déplacés. "Les migrants qui veulent arriver en Europe représentent une infime portion. Ce n'est rien par rapport à la capacité d'accueil de l'Europe", affirme Raphaël Pitti, médecin de guerre de retour de Syrie (1). "C'est ridicule, 0,01%. Et ce ridicule-là est capable de faire exposer l'Europe."
Philippe Leclerc, représententant du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en France, rappelle qu'il y a peu la Syrie accueillait sept cent mille réfugiés irakiens et que si les réfugiés syriens qui se trouvent actuellement en Turquie, en Jordanie et au Liban cherchent par tous les moyens à gagner l'Europe, c'est parce qu'ils n'ont aucun avenir dans ces pays et que leur retour en Syrie ne pourra se faire avant de très longues années. L'écrivain algérien Boulaem Sansal invite à les qualifier non pas de migrants mais de sinistrés, car c'est bel et bien la situation qu'ils vivent (2).
Mais en Europe il ne manque pas de personnages toxiques, surtout à l'extrême droite (et dans une certaine droite qui se radicalise) qui mentent, qui déforment les chiffres, attribuent d'inquiétantes intentions aux réfugiés et font du rejet de l'autre un projet politique (3). Leur avenir à eux, ils le bâtissent cyniquement en s'opposant à ceux qui désespèrent d'en avoir encore un. Ce sont eux qu'il faut craindre et non les sinistrés. 

(1) http://www.arte.tv/guide/fr/060828-013/28-minutes?autoplay=1
(2) France Musique, 14 septembre 2015, entre 8 et 9h.
(3) http://www.liberation.fr/desintox/2015/09/17/99-d-hommes_1384819


vendredi 11 septembre 2015

Les masques tombent

L'arrivée massive de réfugiés témoigne de drames humains considérables. Qui a vraiment envie d'entreprendre un voyage long et dangereux en quittant sa maison, ses proches, son village, son pays, ses racines, s'il n'y est obligé pour sauver sa peau et celle des siens? Cet exode révèle aussi le vrai visage de tant de personnes. Il y a ceux qui ouvrent leur porte et leurs bras. Et il y a ceux qui crachent. Le F.N. est en train de démontrer que son opération de dédiabolisation n'était que ravalement de façade. Père et fille tiennent le même discours et à l'intéreur de la maison F.N. règne toujours la même odeur fétide. Le parti des Le Pen n'y peut rien, c'est plus fort que lui, la haine exsude par tous ses pores. En Bretagne, un candidat du parti d'extrême droite renoue avec cette belle tradition vichyste de la délation: il prévient qu'il dénoncera les communes bretonnes qui accueilleront des réfugiés. Le maire de Carhaix s'est déjà dénoncé lui-même: oui, il est humaniste et accueille déjà deux familles syriennes (1). 
Nicolas Sarkozy ne sait plus comment (tenter d') apparaître comme un humaniste sans lâcher d'une semelle la fille à papa Le Pen. Il propose un nouveau statut pour les réfugiés de guerre: ils devraient automatiquement rentrer chez eux quand le conflit qui les a fait fuir est terminé. Son père, lui-même et toute sa famille auraient-ils dû rentrer en Hongrie quand le régime communiste a disparu? Il affirme aussi que l'espace Schengen est totalement ouvert et permet à tout réfugié qui y est accueilli de s'installer n'importe où, ce qui les attirera inévitablement tous en France. Ce qui est évidemment totalement faux (2), mais qu'importe? Il en restera toujours quelque chose dans les esprits qui ne demandent qu'à se fermer.
Heureusement, il y a ceux qui sont, aussi naturellement que culturellement sans doute, du côté de la lumière et témoignent de solidarité. telle l'association Pierre Claver, "lieu de rencontre et d'étude" pour réfugiés en attente d'un titre de séjour. Elle aide quelque cent vingt personnes par semestre à se former, à travers des cours d'alphabétisation, d'histoire, de danse et de musique, le tout dans le respect de la laïcité. "Quand on arrive dans un pays, il faut arrêter d'être immigré, il faut vouloir entrer dans l'indifférence", estime Ayyam Sureau qui dirige l'association. "Ouvrir sa porte à l'autre, dit-elle, ce n'est pas un problème de menuiserie. Cela signifie qu'il faut tenir sa maison dans un état tel qu'à tout moment un étranger puisse y trouver sa place." (3)

(1) http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/09/refugies-le-maire-de-carhaix-se-denonce-au-fn_1378827
(2) http://www.liberation.fr/desintox/2015/09/11/refugies-nicolas-sarkozy-et-la-libre-circulation-de-l-intox_1379736
(3) Télérama, 19 août 2015.

mardi 8 septembre 2015

Iznogoud

Il a été président de la République. Il fera tout pour le redevenir. Il a changé, dit-il. Il est le meilleur, personne ne lui arrive à la cheville, il en est convaincu (1). A l'entendre, on rencontre certaines difficultés à percevoir le changement. Sa maîtrise du français ne s'est pas améliorée.  "Y a quelque chose que je suis très attaché, a déclaré ce dimanche Nicolas Sarkozy: c'est que la France de toute éternité a toujours été du côté des opprimés et toujours été du côté des dictateurs, toujours été du côté d'celui qu'était j'té en prison parce qu'il croyait dans ses idées" (1). Au-delà de la faute de français, il y a, nous dit-on, un lapsus. Pas si sûr. La France a beaucoup été du côté de Bouteflika, de Kadhafi, de Biya, de Bongo, d'Hassan II et Mohamed VI, de Bokassa et de tant d'autres qu'on ne classe pas d'emblée dans le camp des opprimés et qui ne connaissent les prisons que pour y avoir envoyé tant de leurs compatriotes qui avaient l'outrecuidance de critiquer leur autocratie ou simplement de ne pas penser comme eux. Quand on évoque la Françafrique, on ne se dit pas d'emblée que la France y a toujours été du côté des opprimés. 

(1) http://www.marianne.net/sarkozy-papy-juppe-bebe-bruno-autre-eunuque-fillon-ne-sont-pas-capables-100236553.html
(2) http://www.lalibre.be/light/insolite/le-lapsus-de-nicolas-sarkozy-la-france-a-toujours-ete-du-cote-des-dictateurs-video-55ec666e3570976789873f82

lundi 7 septembre 2015

Humanité et son contraire

La mobilisation de citoyens un peu partout en Europe en soutien aux candidats réfugiés est réjouissante. Les réseaux sociaux, réels et virtuels, jouent leur rôle. Des associations humanitaires assurent l'accueil, proposent de l'aide, des formations. D'autres viennent de se créer pour l'occasion. Des citoyens se sont rassemblés sur des places publiques, par milliers parfois, pour manifester leur volonté d'ouverture des frontières aux hommes, femmes et enfants qui fuient la guerre. Des personnes qui disposent d'une chambre libre, d'une résidence secondaire la mettent à disposition de réfugiés. Des footballeurs, des artistes manifestent aussi leur solidarité, notamment en offrant un de leurs cachets aux associations d'accueil.
Autant d'attitudes qui soulignent, dans le même temps, l'étroitesse d'esprit et la mesquinerie d'esprits peu éclairés et des partis politiques qui font commerce de la haine et de l'exclusion. Tel le leader de l'Ukip, parti anglais populiste: Nigel Farage ne veut pas de réfugiés en Grande-Bretagne, il estime qu'il suffit d'empêcher les bateaux de partir. Va-t-il proposer de les torpiller? Marine Le Pen n'est pas en reste: elle n'a visiblement pas appris grand chose à "l'université d'été" de son parti. Elle parle de clandestins plutôt que de réfugiés et estime qu'il faut "restreindre considérablement le droit d'asile". Son discours exprime bien que ce parti reste, quoi qu'essaie de faire croire son état major, un parti d'extrême droite. Sans doute Marine Le Pen ne voit-elle pas les raisons pour lesquelles des millions de Syriens fuient le régime sanguinaire d'Al-Assad, ce président qu'elle se refuse à condamner. Les militants du FN ont scandé ad libitum leur slogan préféré "On est chez nous". Florian Philipot veut bien d'un quota de réfugiés par pays "à condition que ce soit un quota zéro". On se demande pourquoi on a dû assister à une telle querelle de famille si c'est pour entendre le FN tenir les mêmes propos haineux que celui de son répugnant fondateur. 
Comment s'étonner dès lors que les réseaux informatiques soient aussi, trop souvent, bien plus asociaux que sociaux? S'y déversent des torrents de boue, de haine, de méchanceté, de bêtise.
De nombreux pays ont fermé leurs portes. Le problème des réfugiés n'est pas le leur. L'Arabie saoudite accueille les pélérins de la Mecque, mais pas les réfugiés, notamment musulmans, en détresse. La foi a ses limites. On se le demande: qu'est-ce qu'une terre sainte? La Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie ne veulent pas d'étrangers, en tout cas pas musulmans. La Slovaquie ne veut accueillir que des chrétiens, tout comme le maire de Roanne en France. Les non chrétiens, même touristes, savent à présent quels pays et quelles villes ils doivent éviter.
Mais tous ces esprits racrapautés n'y pourront rien: les réfugiés arrivent et arriveront, tant que leur vie sera en danger. Reste ensuite non seulement à les accueillir, mais aussi à leur permettre de s'intégrer.

A voir: Sophia Aram et François Morel dans un duo inattendu:
http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-sophia-aram-oh-putain-la-famille
A lire:
http://www.lalibre.be/actu/international/pourquoi-l-ue-est-elle-divisee-en-deux-sur-la-question-des-refugies-55e9e1ee35709767897d96f6
http://www.liberation.fr/monde/2015/09/05/a-nickelsdorf-distribution-d-amour-pour-les-milliers-de-refugies-arrives_1376385

mercredi 2 septembre 2015

Un air de printemps

Il y a des jours où on sent l'automne arriver, des jours dépressifs où on désespère de la nature, même humaine. Les fous furieux qui agressent et tuent au nom de leur dieu, de leur doctrine politique  ou pour conserver leur pouvoir y sont pour quelque chose. De même que ceux qui veulent fermer leurs portes aux réfugiés qui fuient cette folie meurtrière.
Et puis il y a des jours où on croit au printemps. C'est le cas quand on apprend que des dizaines de Tournaisiens ont accueilli hier soir chaleureusement la première centaine de candidats réfugiés désormais hébergés dans des locaux de la caserne Saint-Jean. Applaudissements, gâteaux et jouets pour les enfants (1), juste de quoi rassurer et donner le sourire. Et retrouver confiance en l'humanité, malgré les esprits chagrins et les prophètes de mauvais augure (2). 

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/les-tournaisiens-accueillent-les-refugies-sous-les-applaudissements-video-55e6c28d3570ebab3d7a4bcc
http://www.notele.be/list14-l-info-en-continu-media37753-une-arrivee-toute-en-emotion.html
(2) voir sur ce blog "Paroles, paroles, paroles", 26 août 2015.


lundi 31 août 2015

Une poutre dans l'œil

On s'en doutait dès le premier jour: la tentative d'attaque dans le Thalys déjouée notamment par des militaires américains allait faire les choux gras des complotistes. C'était pour eux du pain bénit (si l'on peut s'exprimer ainsi).  Pour eux, il y a, une fois encore, les pauvres islamistes soupçonnés des pires desseins et les méchants Américains qui les instrumentalisent pour se refaire une virginité (finalement, si on suit les complotistes, ils sont tous sacrément crétins ces militants islamistes, non?). Hani Ramadan, prédicateur, frère de Tariq et tous deux petits-fils du fondateur des Frères musulmans, ne dit pas autre chose (1). On ne connaît pas, dit-il, "les intentions réelles du coupable". Il a raison: peut-être ce brave garçon lourdement armé voulait-il simplement faire comprendre aux services de sécurité combien il est facile pour n'importe quel fou furieux de monter avec une kalachnikhov et neuf chargeurs à bord d'un TGV. (notons néanmoins que si la citation est exacte, Ramadan en parle quand même comme d'un coupable) De toute façon, tout est toujours de la faute  de "l'impérialisme américano-sioniste". Heureusement qu'il existe pour nous permettre de comprendre le monde comme il va (mal).
On apprend dans le même temps que Hani Ramadan a vu dans l'attentat contre Charlie Hebdo "un vaste processus de diabolisation de l'islam, savamment programmé au cours des années". Il a raison: tous ces fascistes islamistes participent à la diabolisation de leur propre religion en en faisant une arme de guerre (sainte, vraiment?). Mais peut-être veut-il nous dire que ces agresseurs sont irresponsables, totalement manipulés? Que l'islam est incapable de condamner les ignominies commises en son nom? Jésus, qui était nous dit-on un prophète de l'islam, invitait à voir la poutre qu'on a dans l'œil plutôt que la paille qui est dans celui de notre voisin. Il est des prédicateurs qui feraient bien de relire les textes qu'ils considèrent comme sacrés. 
"De qui se moque-t-on?", demande Ramadan. Bonne question. De qui se moque-t-il? Des milliers de personnes assassinées au nom de son prophète.

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/vrais-faux-heros-du-thalys-le-frere-de-tariq-ramadan-denonce-une-mise-en-scene-55e42e9335708aa437e112da
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/08/30/01016-20150830ARTFIG00130-de-qui-se-moque-t-on-le-frere-de-tariq-ramadan-critique-les-heros-du-thalys.php

dimanche 30 août 2015

Ombre et lumière

Elles sont toutes deux femmes et fortement engagées en politique. C'est bien là tout ce qui les rassemble. Pour le reste, tout les oppose. L'une voit la France ouverte, accueillante, empathique. L'autre la voit repliée, rabougrie, hostile. L'une veut avancer, l'autre reculer.
Christiane Taubira reste l'incarnation de la gauche. La Garde des Sceaux a reçu un accueil enthousiaste à l'université d'été du PS en rappelant la gauche à ses valeurs de tolérance et d'accueil. La présidente du FN (tout comme son clone de nièce) tempête sur les arrivées de réfugiés et fait son beurre du moindre fait de violence.
Christiane Taubira a rappelé ce qui n'est hélas plus une évidence: que la place de la gauche est auprès des exclus, des plus faibles, des défavorisés, des SDF, des chômeurs, des réfugiés. "Lorsque la gauche s'éloigne des catégories populaires, elle devient infidèle à elle-même." Elle a fustigé ceux qui remettent en cause la République, entendez l'extrême droite: "leur but est d'abattre la République, et c'est pour cela qu'ils la dévaluent sans cesse, car ils refusent la liberté des citoyens" (1).
Marine Le Pen, elle, est à l'affût du moindre acte de violence, sachant que tout fait farine à son moulin, surtout les noirceurs humaines. A propos d'un crime commis à Roye en Picardie par un homme armé et éméché qui a tué quatre personnes, elle évoque - et sa nièce le répète comme un mantra - ce "symptôme d'ensauvagement insupportable de la société française". Et tant pis, si les chiffres lui donnent tort, tant pis si  le nombre de meurtres et d'assassinats est en baisse depuis vingt ans en France (2), elle a besoin de tordre la réalité pour exister. Je ne sais plus  quel historien le rappelait: en quatre siècles, dans nos pays, le nombre de crimes de sang a été divisé par cent. Est-ce là le bon vieux temps que regrette le FN?
Entre Christiane Taubira et Marine Le Pen, il y a à l'évidence une grande différence de couleurs. Si la blanche cultive notre face obscure, c'est la noire qui nous fait voir la lumière.

(1) http://www.liberation.fr/politiques/2015/08/29/la-rochelle-taubira-entre-ovations-ferveur-et-esperance_1371913
http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/taubira-enflamme-coeur-gauche-des-militants-rochelle-1023418
(2) http://www.liberation.fr/politiques/2015/08/26/drame-de-roye-marion-marechal-le-pen-et-l-ensauvagement-de-la-societe_1369895

mercredi 26 août 2015

Paroles, paroles, paroles

Les candidats réfugiés sont et seront toujours plus nombreux à tenter de gagner l'Europe. Le mot réfugié dit bien ce qu'il veut dire: il désigne celui qui cherche et demande asile, un lieu, un pays, une ville où trouver refuge. L'Europe a beau faire le gros dos, bougonner, voire tempêter, elle n'y pourra rien: les guerres civiles et les régimes dictatoriaux qui règnent en Syrie, en Libye, en Irak, en Erythrée et dans d'autres pays pousseront toujours plus de gens à fuir et à tenter de sauver leur peau. Les accueillir est forcément un devoir pour tout être humain. Reste à le faire le plus dignement possible et à les répartir équitablement entre pays et entre communes. Le flot de réfugiés ne va pas se tarir. C'est un fait qu'il faut prendre en compte. Sans angélisme, sans cynisme, sans nymbisme.
Visiblement, une étrange vision électoraliste l'a emporté chez Rudy Demotte, l'un des deux demi-bourgmestres de Tournai. On peut évidemment condamner l'absence de concertation qui a amené le Secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations, Théo Francken, à décider d'autorité que la caserne Saint-Jean à Tournai accueillerait de 400 à 700 candidats réfugiés politiques, autre chose est de fermer la porte sans précisément cette volonté de concertation. Rudy Demotte affirme que ce projet de centre "revient à ghettoïser des poches entière de populations au statut précaire" (1). Ce type de lieu a pour vocation d'offrir un abri avec un confort minimal aux candidats réfugiés, le temps (raccourci à présent à trois mois) que leur dossier soit traité. Un tel centre d'accueil est ouvert, les réfugiés peuvent y aller et venir, il ne s'agit pas d'un centre fermé. En refusant fermement dans sa ville ce qu'il considère comme un ghetto, Rudy Demotte ignore-t-il que des milliers de  candidats réfugiés restent prisonniers de la jungle de Calais, de l'île de Lampedusa, de Vintimille ou de ports lybiens? Pas de ghetto chez moi, mais ailleurs?
Demotte souligne la précarisation importante de la population tournaisienne. C'est un fait, mais que fait la Ville en la matière? Quelle politique volontariste et novatrice mène-t-elle? Où est son bourgmestre en titre? Cette ville semble à l'abandon depuis plusieurs années. Il est temps qu'elle se réveille et se reprenne en mains.
Rudy Demotte voit dans le projet de centre d'accueil à Tournai "un dessein de PROVOQUER politiquement et, au passage, de créer un climat de tension entre communautés diverses avec des risques d'incompréhension évidents, générés par la peur de l'autre, mais aussi l'absence d'un réel projet  d'accueil de ces personnes". Rudy Demotte fait donc un procès d'intention tant au Gouvernement fédéral qu'à sa population, à qui il ne fait pas plus confiance qu'à son équipe, à son administration, aux services et organismes locaux. Les Tournaisiens auraient-ils automatiquement peur de l'autre, seraient-ils incapables de monter un projet d'accueil? Heureusement, certains d'entre eux lui répondent, l'appelant à leur faire confiance, lançant des initiatives, telle celle du pianiste Fred Wilbaux qui propose aux citoyens tournaisiens de parrainer un candidat réfugié, de manière à lui apporter un soutien moral (2).
Affirmer son attachement aux droits de l'homme et à l'accueil de l'autre ne coûte rien. Appliquer ces valeurs est autre chose. Mais pour cela, il faut être sur le terrain et agir, sortir d'une vision électoraliste du discours politique. Ce qui est difficile quand on cumule les mandats (dans une quasi illégalité), on ne peut être bourgmestre quand ça vous arrange. On l'est ou on ne l'est pas. Tournai est une ville qui mérite mieux que la poussière qui semble la recouvrir ces dernières années. De nombreuses communes un peu partout en Europe ont fait le pari que l'apport de populations étrangères pouvait leur être bénéfique (3). Tournai mérite d'avoir un seul bourgmestre, totalement investi dans sa fonction, capable d'une politique audacieuse pour sortir cette ville de son déclin et de sa frilosité. Et si l'autre était une chance?

(1) http://www.lavenir.net/cnt/dmf20150807_00685171
http://www.lalibre.be/actu/belgique/accueil-des-demandeurs-d-asile-pathetique-lamentable-revue-de-presse-55c844b63570b5465333523c
http://portfolio.lesoir.be/main.php?g2_itemId=971006&_ga=1.132754697.626903632.1439743595
(2) http://www.lavenir.net/cnt/DMF20150810_00686098
(3) (re)lire sur ce blog "Le pays de l'accueil", 12 octobre 2007.

A (re)lire aussi:
- "La honte", 9 juin 2015
- "Il y a trop d'étrangers dans le monde", 3 février 2011.



mercredi 19 août 2015

L'horreur faite homme

S'habituera-t-on un jour à la barbarie du pseudo Etat islamique? Deviendra-t-elle banale? Chaque jour, ses militants multiplient les actes d'horreur. Elle n'a pas plus de limites que leur démence et leur lâcheté. Voilà qu'ils viennent de décapiter un homme de quatre-vingt-deux ans, Khaled al-Asaad, un des pionniers de l'archéologie syrienne. Son crime: avoir été le conservateur des ruines de Palmyre, avoir voyagé à l'étranger et avoir ainsi été en contact avec des "infidèles" (1). A quoi ces gens sont-ils fidèles? A leur sauvagerie? A leur folie furieuse? On espère que la justice des hommes pourra, le plus tôt possible, leur faire payer cette violence abjecte. La justice de Dieu n'y fera rien. Ils nous démontrent quotidiennement qu'il n'existe pas. Mais que le diable, lui, s'est fait homme(s). Ils nous font croire en l'enfer. Ces gens - qu'on ne sait plus comment qualifier, tant les mots font défaut - ne nous feront jamais croire en un dieu quelconque, mais nous font désespérer de l'homme.

(1) Arte Journal, 19 août 2015, 19h45.