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jeudi 25 décembre 2025

Le retour du Christ

En ce jour de Noël, rendons hommage à la famille et penchons-nous sur l'amour filial, celui d'un fils pour son père. Louis Sarkozy en est l'expression parfaite. Il est béat d'admiration pour celui qui l'a engendré. "Témoignez-en, chers lecteurs : les foules qui s'amassent à la venue de mon père, Nicolas Sarkozy. (...) Ils mettent de côté leur travail, leur week-end, leurs obligations diverses et descendent dans la rue à sa rencontre. Ils sont des centaines de milliers - que dis-je ? - des millions à le lire, à venir lui serrer la main, le remercier, le toucher." (1)
C'est si beau l'amour filial qu'il vous amène parfois à confondre vos rêves avec la réalité, à voir en votre père le Christ en personne. On peut comprendre qu'un enfant de huit ans pose un regard aussi enthousiaste sur son père. Mais Louis Sarkozy en a vingt de plus. Il n'a pas quitté l'enfance. Comment va-t-il réagir quand, enfin adolescent, il découvrira que son père n'est pas le héros qu'il s'est fabriqué, qu'il a été condamné pour corruption, trafic d'influences, financement illégal de sa campagne et association de malfaiteurs ? On craint le pire pour cette âme sensible et aimante.

(1) Valeurs actuelles, 17.12.2025 (cité par Charlie Hebdo, 24.12.2025)

lundi 29 septembre 2025

Puissants comme misérables

L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a donc été condamné par la justice et sera prochainement emprisonné. Le soir-même, sur le plateau du Journal de France 2, un de ses lieutenants s'indignait : cette condamnation est grave parce qu'elle prouve que la séparation des pouvoirs n'existe pas. On a du mal à le comprendre : on y voit plutôt la preuve qu'elle existe, que la justice est capable, en toute indépendance, de condamner ceux qui votent les lois et sont censés les faire respecter. Cette condamnation, rappelait ce matin sur France Inter (1) Peimane Ghaleh-Marzban, président du tribunal judiciaire de Paris, s'appuie sur plus de dix ans de procédure et un jugement de 400 pages qui en détaille minutieusement les raisons. Ce qui n'empêche pas les critiques en nombre et la dénonciation de "la République des juges". Eh quoi ? Seuls les politiques devraient donc échapper à la justice ?

Certains ont été jusqu'à adresser des menaces de mort à la magistrate qui a présidé l'audience. "Ce qui se passe dans notre pays aujourd'hui est grave, c'est une véritable dérive dans notre démocratie", se fâchait ce matin Peimane Ghaleh-Marzban. "Concevez qu'une magistrate qui a statué dans une collégialité, trois magistrats, à l'issue de débats dont tout le monde a salué la qualité, même les avocats de Nicolas Sarkozy... Et aujourd'hui, cette magistrate fait l'objet de menaces de mort. On a dit qu'une décision de justice était une atteinte à l'État de droit : non, ce qui est une atteinte à l'État de droit, ce sont des menaces contre les juges. C'est inacceptable et ça devrait être un électrochoc dans notre pays."
Suite à la condamnation du Rassemblement national dans l'affaire des assistants parlementaires, des menaces de mort avaient déjà été adressées à des magistrats. Ces menaces sont, hélas, dans l'air du temps qui veut que les désaccords ne donnent pas lieu à des débats ou des contre-argumentations, mais à des menaces, voire des coups. 

"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir", écrivait Jean de La Fontaine dans "Les Animaux malades de la peste". Cette morale est mise à mal par cette condamnation de Nicolas Sarkozy, comme elle l'a été dans d'autres affaires touchant des élus et des mandataires tant de droite que de gauche (2). Mais certains refusent de le voir. Les mêmes qui trouvent la justice laxiste la critiquent si elle condamne l'un des leurs. 

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-lundi-29-septembre-2025-1130494
(2) A écouter ou lire, l'éditorial de Patrick Cohen ce matin :

mardi 15 novembre 2022

C'est la fête

Le sport, on le sait, ne s'embarrasse pas de politique. Les droits humains, l'avenir de la planète, la sécurité au travail ne le concernent pas. Ses grands rendez-vous internationaux, tels que les jeux olympiques, sont l'occasion de rapprochement entre les peuples, pas entre un peuple et un gouvernement qui l'oppresse, pas entre les peuples et leur avenir. 
Ainsi en est-il de la Coupe du monde de football qui débutera le week-end prochain au Qatar, une monarchie absolue où la charia est la base du droit. Les rapports des organisations de défense des droits de l'Homme constatent que les chantiers de construction des stades et des bâtiments accueillant les équipes et leurs entourages ont provoqué de très nombreuses morts parmi les travailleurs étrangers recrutés pour l'occasion (1). Certains avancent le chiffre de 6.500. C'est dommage, mais c'est la fête !
Vu les températures extrêmement élevées que connaît ce pays, inadaptées à la pratique du sport en plein air, les stades sont climatisés, une aberration totale en ces temps de sobriété énergétique. Mais c'est la fête qui veut cela !
Les autorités qataries ont établi une longue liste d'interdictions à destination des étrangers qui viendront pour cette grande fête : les couples non mariés ne pourront partager une même chambre, l'homosexualité y est condamnée, pas question de filmer les logements des travailleurs immigrés, pas plus que les bâtiments officiels, les universités ou les habitants chez eux. Bref, on est prié de ne regarder que le terrain et rien d'autre. Après tout, c'est la fête du ballon !

Le choix en 2010 du Qatar - pays minuscule (un tiers de la superficie de la Belgique) de 2,5 millions d'habitants où le football ne semble pas émouvoir les foules - fut surprenant et est soupçonné de magouilles. "Le rôle de Nicolas Sarkozy, écrit Le Monde (2) est au cœur des soupçons de la justice française, dans le cadre de l’information judiciaire ouverte, en 2019, par le Parquet national financier pour « corruption active et passive », « blanchiment » et « recel » concernant l’attribution controversée (14 voix contre 8 pour les Etats-Unis) du Mondial 2022 au Qatar". (...) "De nombreux éléments du dossier pénal, véritable plongée dans une opération de lobbying d’Etat, dont Le Monde a pris connaissance, montrent que M. Sarkozy s’est personnellement impliqué pour favoriser la victoire dans les urnes du Qatar, un pays avec lequel il a tissé des liens étroits, tout en bénéficiant, à l’instar de son entourage, des largesses de l’émirat."

Bref, les raisons d'appeler au boycott de la Coupe du Monde ne manquent pas. Ces appels sont nombreux en Europe où de nombreuses communes ont annoncé qu'elles n'installeraient pas d'écran géant sur la place publique. (3)  Mais tout aussi - et sans doute bien plus - nombreux sont ceux pour qui ce boycott serait inutile. On les entend : ce choix fut une erreur dès le départ en 2010, il est trop tard à présent, une faible audience n'améliorera pas la situation des travailleurs, les stades sont construits et les laisser aux trois quarts vides ne changera rien à l'affaire. 
Peuvent-ils entendre le désespoir et la colère de familles indiennes qui sont extrêmement nombreuses à avoir perdu un des leurs au Qatar (4) ? Tous ces travailleurs, selon les autorités qataries, sont morts de mort naturelle. Travailler dans la poussière sous des températures atteignant les 50°C ne peut naturellement mener qu'à la mort. Heureusement, les footballeurs et leurs supporteurs vivront les matches dans des stades climatisés. C'est la fête !

Et elle a déjà commencé, la fête du foot au Qatar. On voit tous ces supporteurs heureux d'être là : des Français, des Argentins, des Brésiliens, des Espagnols, des Portugais, des Allemands, des Anglais. Etrangement, ils ont tous l'air d'être indiens (5). Ne nous posons pas de question : c'est la fête ! La fête de la honte, du ridicule, de l'argent, de l'indifférence, du cynisme.

Note : De nombreux groupes appelant au boycott et proposant parfois des activités alternatives les jours de matchs se sont constitués, tel Hérésie Qatar à Tournai. Voir ce groupe et les autres à l'adresse suivante : 

(1) "Renoncer à regarder le Mondial a-t-il un sens ?", Die Zeit, 30.10.2022, in Le Courrier international, 10.11.2022.
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/14/attribution-du-mondial-au-qatar-nicolas-sarkozy-michel-platini-et-le-rachat-du-psg-au-c-ur-de-l-enquete-de-la-justice-francaise_6149853_3224.html
(3) https://www.liberation.fr/sports/football/coupe-du-monde-en-belgique-des-communes-mettent-les-ecrans-geants-sur-la-touche-20220918_LFYNZP57QRDONFQGWYJBFF3OWY/
(4)  Mihir Vasavda, "Inde - Mon fils est revenu du Qatar dans une boîte", The Indian Express, 20.10.2022, in Le Courrier international, 10.11.2022.
(5) https://www.lalibre.be/sports/football/coupe-du-monde/2022/11/14/mondial-2022-le-qatar-soupconne-de-faire-defiler-de-faux-supporters-a-doha-4WTBCXEIGZACZHY4QDRPSQGHGI/

lundi 30 septembre 2019

Greta et les chiens

Pourquoi tant de haine? C'est sans doute qu'il est difficile de supporter d'être secoué par une jeune fille déterminée comme Greta Thunberg. Plus encore depuis qu'elle a dit avec colère et émotion son indignation devant l'inaction des "grands" de la planète (1). Certains coqs blessés réagissent agressivement. On les découvre en vieux cons paumés et aboyeurs. On assiste à un festival inédit: celui de la mauvaise foi, du cynisme, de la bêtise, du mensonge, de la grossièreté, voire de la violence la plus abjecte.

Bernard Arnault, l'empereur du luxe, une des plus grandes fortunes de France, trouve la jeune Suédoise démoralisatrice. Elle ne propose rien, dit-il. Apparemment, Arnault devient sourd : elle propose de suivre les recommandations du GIEC. Ce qui n'est pas rien comme programme. Et que propose-t-il, lui, Bernard Arnault ? De poursuivre cette merveilleuse croissance qui nous amène à grande vitesse dans le mur (2).
Au congrès du Medef, qui représente les patrons de France, Nicolas Sarkozy a prononcé cette phrase avec le ton moqueur qu'il a toujours aimé utiliser : "Si on n'agit pas très rapidement, on va au devant d'une catastrophe extravagante. (...) Alors, je vois cette jeune suédoise si sympathique (rires dans l'assemblée) et si souriante (rires dans l'assemblée)  tellement originale, hum, dans sa pensée." Qu'a-t-il fait, lui, Sarko le narquois qui fut président de la République française, pour éviter une catastrophe extravagante ? Rien. Strictement rien.
Même Michel Onfray s'en est pris, très agressivement, à Greta Thunberg, la traitant de "cyborg suédoise", parlant de son "corps sans chair", affirmant qu'avec son intelligence "artificielle" elle ne peut maîtriser ce qu'elle dit. Le philosophe poursuit sa chute.
Le pire a été atteint ces derniers jours par un certain Bernard Chenebault qui a parlé d'elle comme d'une "folle" qu'il faut "abattre". Le maintenant ex-président des amis du Palais de Tokyo a écrit : "J'espère qu'un désaxé va l'abattre" (3). Qui est le désaxé dans cette histoire, sinon lui?

Un glacier du Mont blanc s'effondre, le niveau de la mer va monter d'un mètre en 2100, les incendies se multiplient partout dans le monde, la sécheresse se répand à travers la planète, les températures ne cessent de battre des records, les typhons succèdent aux inondations. En Autriche, on détruit à coups de bulldozer un glacier pour créer des pistes de ski. On incendie volontairement la forêt amazonienne. La forêt indonésienne brûle autant que la sibérienne et toutes ces hyènes aboient sur une jeune fille de seize ans qui sonne l'alarme.

Greta Thunberg rassemble heureusement des centaines de milliers de jeunes à travers la planète. Ils étaient 500.000 samedi à manifester à ses côtés à Montréal. Ils sont nombreux à vouloir que nous prenions tous, enfin, en mains notre avenir. Que nous prenions nos responsabilités. Que nous nous regardions en face.

Le premier qui dit 
Se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problème
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.
Guy Béart, "La Vérité"

Les soutiens à Greta Thunberg ont publié une vidéo d'aide à tous les haineux qui s'en prennent à elle:

(1) https://www.lalibre.be/planete/environnement/furieuse-greta-thunberg-reprimande-les-chefs-d-etat-a-l-onu-comment-osez-vous-5d88d962d8ad5878fd5bae5d
(2) https://www.lalibre.be/planete/environnement/elle-se-livre-a-un-catastrophisme-absolu-bernard-arnault-fustige-greta-thunberg-5d8bc23a9978e25f644b2aee
(3) http://www.leparisien.fr/societe/le-president-des-amis-du-palais-de-tokyo-appelle-a-abattre-greta-thunberg-puis-s-excuse-29-09-2019-8162568.php
Un soutien:
https://www.lalibre.be/planete/environnement/jean-pascal-van-ypersele-je-soutiens-greta-thunberg-a-200-c-est-une-jeune-fille-surdouee-5d8d939af20d5a53cc1376d0

lundi 21 novembre 2016

Le lundi au soleil

Il y a des matins où on se lève l'esprit sombre, à l'annonce d'un Brexit ou de la victoire d'un Dingo Trump. Et puis, plus rarement, d'autres matins, où on se lève plus léger, avec le sourire.
Comme ce matin, suite à la lourde défaite, dans l'élection primaire de la droite française, de Nicolas l'indispensable. Sarkozy abandonne la politique. Il l'avait déjà annoncé il y a quatre ans et demi, suite à son échec face à François Hollande. Mais le virus fut plus fort. Sarko s'aimait trop pour ne pas revenir. Un des arts de la politique est de savoir se retirer à temps.  Et d'éviter de croire les sondeurs. L'électeur est une anguille qui vous glisse entre les estimations. A trop singer l'extrême droite, à tenir des propos qui sont l'exact contraire de ce qu'il a dit précédemment, à tenter de se faire passer - sans rire - pour le défenseur des milieux populaires face au système et aux élites, Sarko la girouette ne pouvait que dérouter (dans tous les sens du terme) les électeurs de droite. Si on y ajoute la batterie de casseroles qu'il traîne derrière lui, on comprend qu'il lui était difficile de gagner la course.
C'est le janséniste Fillon qui l'emporte largement, un vrai homme de droite, ultralibéral, conservateur, admirateur de Margaret Thatcher, favorable à un rapprochement stratégique avec la Russie. Il a bénéficié d'un soutien appuyé du mouvement "Sens commun", proche de la pseudo "Manif pour tous", il est favorable "à un vrai statut pour la femme au foyer" et a l'intention de supprimer cinq cent mille postes de fonctionnaires. Lui président, la France en bavera, mais tranquillement, sans éclat.
La situation aura le mérite d'être clair: un vrai candidat de droite, plutôt qu'un homme qui fait les yeux doux à l'extrême droite. Qu'en pense les électeurs du centre associés à la droite?
Dans sa déclaration, Nathalie Kosciusko-Morizet a affirmé que le grand perdant de cette primaire, c'est François Hollande. Pas elle, arrivée quatrième avec 2,6% des voix? Pas Sarkozy? Pas Poisson, pas Le Maire, pas Copé? Non, c'est François Hollande. 
La gauche, elle, partira à la bataille en ordre dispersé, sans vraiment y croire. La mobilisation de la droite, hier, devrait l'inciter à serrer les rangs. Mais les erreurs, les pertes de repère, les désillusions, les rancœurs, les querelles d'ego sont trop fortes. La fille à papa, elle, attend son heure. Tranquillement.
Ce matin, il y avait un joli soleil automnal. A présent, les nuages sont gris et la pluie est drue.

Post-scriptum: les réactions de la presse étrangère:
http://www.courrierinternational.com/article/vu-dailleurs-defaite-de-sarkozy-clap-de-fin-pour-le-berlusconi-francais

lundi 14 novembre 2016

Sinistre parangon

Ici et là en Europe, et ailleurs sans doute, des hommes et des femmes politiques se réjouissent de la victoire de Trump l'abject. Si ça lui arrive à lui, se disent par exemple Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, alors pourquoi pas à moi? Si un homme vulgaire, inculte, sexiste, raciste, sociopathe, pro-armes et pro-peine de mort, anti-immigrés et anti-avortement, qui contourne le fisc en affichant sa suffisance, son  mépris  et sa grossièreté peut être élu président des Etats-Unis, si on peut tout dire sans retenue, si on peut faire les promesses les plus stupides, les plus agressives et les plus intenables, alors eux pensent avoir toutes leurs chances. Les voilà donc fiers de pouvoir se comparer à un homme dont ont honte la moitié des Américains et rejeté et redouté par la moitié de la planète (au moins). On a les modèles qu'on peut.
On voit par là que l'être humain reste difficile à suivre.

Ecoutez, à ce propos, le billet de Sophia Aram, sur France Inter ce matin:
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-14-novembre-2016

mardi 20 septembre 2016

Où suis-je? Qui suis-je?

On a décidément beaucoup de mal à suivre le Front familial des Le Pen. Il bouge beaucoup. Sur l'échiquier politique s'entend. Le patriarche l'a toujours fièrement situé à l'extrême droite. Ce parti est d'ailleurs né du vichysme et du combat pour l'Algérie française. Ses positions sur l'Union européenne (notamment) le situent aussi à l'extrême arrière. Mais la fille qui a pris la succession de son papa à la présidence de l'entreprise familiale a, depuis, réfuté le positionnement à l'extrême droite tout en affirmant que ce parti n'était ni à gauche ni à droite. Et voilà à présent qu'elle estime qu'il est et à gauche et à droite (1). On ne s'y retrouve plus. D'autant qu'on lit aujourd'hui que le FN compare les réfugiés à des métastases de cancer. (2) Ce qui est, on en conviendra, une image dont aime abuser l'extrême droite. Bref, ce parti est partout tout en n'étant nulle part. Il a un problème d'identité. 
Et Nicolas Sarkozy, lui, où se situe-t-il? A force de vouloir concurrencer la fille à papa, il l'a doublée sur sa droite. Voilà qu'il plaide pour l'assimilation totale: "dès que vous devenez français, vos ancêtres ce sont les Gaulois", affirme-t-il (3). Changer de nationalité impliquerait donc de perdre son ascendance pour en adopter une autre. Etrange conception pour quelqu'un qui se dit si attaché aux racines. Nous l'appellerons désormais Sarcosix.

(1) France Musique, Journal de 8h, ce jour.
(2) "Le FN régional sur tous les fronts", La Nouvelle République - Indre, ce jour.
(3) http://www.marianne.net/nos-ancetres-les-gaulois-sarkozy-toujours-plus-loin-identitaire-100245899.html

vendredi 16 septembre 2016

Candidato-sceptique

Nico l'énervé est prêt à tout pour redevenir président de la République française. Et surtout à tenir un discours guère différent de celui à la fille à papa. Marine Le Pen doit aujourd'hui se sentir moins seule dans son climato-scepticisme. Celui qui en 2009 affirmait que les pays riches ont une responsabilité historique en la matière pense à présent que l'homme n'est pas seul responsable du changement climatique et qu'il n'y a que lui pour être assez arrogant pour penser qu'il peut changer le climat. D'ailleurs, dit-il, "ça fait 4,5 milliards d'années que le climat change" (1). Il y a quelques années, il avait déjà dit: "l'environnement, ça commence à bien faire". Peut-on lui suggérer quelques autres saillies?
- La qualité de l'air, ça commence à bien faire!
- La Terre, ça commence à bien faire.
- Moi qui bois du Vichy, je ne comprends pas qu'on s'inquiète pour la qualité de l'eau.
- Il faut être arrogant comme Darwin pour penser que sa théorie explique l'évolution des espèces, alors qu'on trouve toute explication sensée dans les racines de notre civilisation judéo-chrétienne.
Ce matin (2), l'écrivaine américaine Siri Hustvedt rappelait que Donald Trump a déclaré qu'il trouvait dégoûtante une femme qui allaite. La nature, ça commence à bien faire, doit-il se dire.
Aujourd'hui, Trump est au coude-à-coude, dans les sondages, avec Hillary Clinton. Comme Sarko l'est avec Juppé. Les élections, ça commence à bien faire.

(1) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/15/les-volte-face-de-nicolas-sarkozy-sur-le-changement-climatique_4998385_4355770.html
http://www.marianne.net/hallucinant-virage-climato-sceptique-nicolas-sarkozy-100245751.html
(2) France Inter, émission "Boomerang", 16 septembre 2016.

mercredi 27 avril 2016

Général La Hargne

La fille à papa Le Pen a visiblement décidé de la jouer cool. Elle veut se donner des allures de chef(fe) d'Etat. Sa dernière campagne a pour slogan "La France apaisée". Elle se fait plus discrète, évite d'offrir le flanc à la critique. Elle l'a assez fait. L'ancien président de la République en profite pour occuper le créneau de la hargne. Ce serait dommage de le laisser libre. Il vient de présenter à Nice son nouveau sketch qui doit s'intituler "Tous des cons sauf moi" (1). Nicolas Sarkozy ne supporte pas "une école où on ne respecte plus rien et où il n'y a plus d'autorité". Il n'a pas précisé de laquelle il parle. Il ne peut accepter "que des étrangers en situation irrégulière occupent des établissements publics et des églises". Il n'a pas expliqué comment il compte les régulariser. Il ne peut accepter "que des gens qui n'ont rien dans le cerveau viennent sur la place de la République donner des leçons à la démocratie française". Et là, on ne peut qu'être d'accord avec lui: que deviendra la démocratie si le peuple s'en mêle? Pour résoudre tous ces problèmes, il va monter une armée, annonce-t-il. Elle sera immense.
Napoléon Sarkozy a rebaptisé récemment son parti en "Les Républicains", il aurait pu l'appeler "Front national nouveau".
L'homme qui a fait du mépris une valeur et de Donald Trump un modèle sait-il que les gens méprisants sont méprisables?

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/04/26/sarkozy-nuit-debout-indignes-rien-dans-le-cerveau_n_9777022.html?utm_hp_ref=france

lundi 15 février 2016

Multinationales et mépris multiples

Que sont les valeurs et les références du socialisme devenues? Elles ont perdu, au fil des dernières décennies et d'une véritable incapacité à penser l'avenir, leur brillance rose ou rouge pour se teinter de bleu acier. Les voilà tous, ceux qui chantent l'Internationale à la fin de leurs congrès, qui se muent en petites mains des multinationales. Elio Di Rupo, empereur de toutes les Wallonie et de tous leurs partis socialistes, s'était déjà enorgueilli d'accueillir en sa baronnie montoise le grand Google. Voilà à présent qu'il inaugure en sa ville, avec un bonheur non dissimulé, un centre Ikea. Les trois cent cinquante emplois promis justifient sa soumission au capitalisme et à ses débordements. Tant pis pour les hectares arrachés à l'agriculture, tant pis pour le renforcement de l'usage de la voiture individuelle qu'implique l'implantation loin de la ville de ces géants de la distribution. Tant pis pour les emplois indépendants qui disparaîtront dans un rayon de cinquante ou soixante kilomètres autour de ces centres. "Un emploi Ikea, ce sera 3,5 à 5 emplois perdus dans toute la zone de chalandise", craint l'économiste Alexandre Bertrand, membre du Collectif Citoyen Mons Equitable (1).
Tant pis aussi pour toutes les grandes déclarations sur l'écologie, sur la défense du commerce indépendant et de proximité, sur la fin (promis-juré, avaient-ils dit il y a quinze ans) des implantations commerciales en dehors des villes. Qui fait la loi, sinon le marché? Que veut un élu, sinon le rester? Ce qui implique une certaine flexibilité. Paul Magnette, alors Ministre fédéral du Climat et de l'Energie, l'avait déjà déclaré (c'était à propos du projet de centre des sports de glisse à Antoing) (2): les principes ne doivent pas ouvrir la porte au jansénisme et n'empêchent pas le droit au plaisir. Et notamment à celui de consommer ce que l'on veut quand on veut.
Les profits d'Ikea sont considérables, mais rapportent peu aux pays où il est implanté. Le roi de l'ameublement connaît les meilleurs coffres. C'est ce que dénoncent les députés verts européens (3): les "acrobaties" comptables d'Ikea lui ont permis d'éviter de payer un milliard d'euros d'impôts aux fiscs européens entre 2009 et 2014. Quand on sait que tous les produits vendus par Ikea sont fabriqués dans les pays de l'Est et surtout en Asie, on mesure combien nos pays et leurs responsables politiques s'enferment dans le clientélisme, sans aucune autre considération: pourvu que des emplois soient créés, plus aucune valeur n'existe.

Nicolas Sarkozy n'a jamais eu aucun principe socialiste ou écologiste et n'a jamais caché son goût pour l'argent. Mais des travailleurs indépendants, et en particulier les petits commerçants, ont pu naÏvement croire que l'UMP, plus que d'autres partis, pouvait défendre leur existence. Nicolas Ier, qui rêve toujours de vengeance, sourd à l'opinion publique qui veut le ranger dans le tiroir des erreurs qu'on aimerait oublier, Nicolas Ier a sorti un livre  dont il aimerait qu'il se vende et surtout qu'on parle. On ne sait s'il souhaite qu'il soit lu. Pour le faire vendre, son parti a envoyé un courrier à tous ses adhérents, les invitant à le pré-commander auprès de plateformes internationales de commande en ligne, Amazon, iTunes, Decitre et quelques autres, celles-là mêmes qui, elles aussi échappent autant qu'elles peuvent à l'impôt et veulent la mort du petit commerce. Les libraires indépendants, qui n'existent déjà plus aux yeux de celui qui ne voit que lui, se sont vengés avec humour (4) et n'ont pas laissé le hasard placer son livre dans leurs vitrines ou leurs rayons. Le voici qui voisine ici avec un recueil de Cabu intitulé "Toujours aussi cons!", là entre un livre sur les dinosaures et un autre sur les légumes anciens, ou encore à côté de l'ouvrage "Qu'il est bon d'être mauvais" signé par "un odieux connard". Celui-ci n'en tient pas rigueur à l'ancien président. (5)

Mais que tous les indépendants, belges comme français, soient rassurés: dès la prochaine campagne électorale ils recevront un courrier très émouvant des mêmes candidats qui, la larme à l'œil, les assureront de leur soutien.

Post-scriptum:
http://www.lalibre.be/actu/belgique/les-centres-villes-wallons-presentent-une-mauvaise-vitalite-commerciale-56c2b4c83570fdebf5f70303 Quelle surprise!
(1) https://www.rtbf.be/info/regions/hainaut/detail_mons-non-l-arrivee-d-ikea-ne-fait-pas-l-unanimite?id=9210055
(2) (re)lire sur ce blog: "Magnette et le plaisir", 12 avril 2008.

samedi 6 février 2016

Enfumage sarkozyste

C'est un vrai champion. De la défense des causes indéfendables et des comparaisons idiotes. Il vient encore d'en faire la démonstration. L'ancien président est prêt à tout pour le redevenir. Le voilà qui dénonce les paquets de cigarettes neutres. A partir du mois de mai, en France, les paquets de cigarettes n'afficheront plus de marque, mais des messages de mise en garde sur les effets mortels du tabac. Selon celui pour qui toute décison de l'actuel gouvernement est par principe mauvaise parce qu'il ne l'a pas prise, il s'agit d'une attitude intégriste. Demain, dit Nicolas Sarkozy, nous aurons les bouteilles de vin neutres, les fromages neutres. On ignorait que les fromages tuent. Mais peut-être est-ce lui qui ne sait pas que le tabac fait chaque année 73.000 morts en France (20.000 en Belgique, y compris les "fumeurs passifs"). Cet homme est mal informé.
Les présentateurs du "Magazine de la Santé" sur France 5, furieux, ont dénoncé "l'irresponsabilité des propos tenus par Nicolas Sarkozy" et lui ont proposé un clip de campagne sur mesure (1).
Si l'ancien président veut, à tout prix (c'est le cas de le dire) apparaître comme un ultra-libéral, il pourrait aussi proposer de supprimer les radars le long des routes et les limitations de vitesse et autoriser la vente libre d'armes. A moins qu'il ne se souvienne qu'il est opposé à toute loi sur l'euthanasie au nom "du respect de la vie". (2) Mais, visiblement, il a aujourd'hui plus de respect pour les voix des buralistes que pour la vie. 

(1) http://www.lalibre.be/light/insolite/vive-le-tabac-vive-la-france-quand-michel-cymes-demonte-sarkozy-video-56b4db293570b1fc10f31157
(2) http://archive.francesoir.fr/actualite/politique/sarkozy-s-oppose-a-hollande-sur-l-euthanasie-182450.html

mercredi 3 février 2016

Un éléphant, ça trumpe énormément

Il pourrait s'appeler Marin Le Paon. C'est le cousin américain de la fille à papa. "Il déclenche en général les applaudissements les plus nourris lorsqu'il tape sur les démocrates, l'establishment républicain, les médias, les grandes entreprises avides de profit ou toute autre institution qui se moque des gens ordinaires, écrit Jenna Johnson dans le Washington Post (1). Il provoque des standing ovations lorsqu'il promet de rapatrier les emplois industriels et d'édifier un mur à la frontière avec le Mexique afin d'empêcher drogues, terroristes et immigrants illégaux d'entrer sur le territoire américain." Contrairement à l'héritière du père Le Pen, il n'hésite pas à exprimer ouvertement son racisme, mais, pour le reste, c'est le même discours simpliste et brutal.
Peter Wehner, ancien collaborateur de Ronald Reagan et des Bush, père et fils, annonce (2) qu'il ne votera jamais pour Donald Trump. Il dénonce "son ignorance sur des questions élémentaires d'intérêt national", son absence de "désir de s'informer sur la plupart de ces sujets, et encore moins de les maîtriser. Aucun autre candidat à la présidence n'a été aussi dédaigneux de la connaissance, indifférent aux faits, insensible à sa propre ignorance." L'homme, dit-il, est fantasque, incohérent et sans scrupule. Il a un côté vulgaire et cruel." Il dénonce son narcissisme, son "mélange détonant d'ignorance, d'instabilité émotionnelle, de démagogie, d'égocentrisme et d'esprit rancunier".
Le portrait déjà bien chargé n'est pas complet: Trump est aussi mauvais joueur. Il n'admet pas avoir perdu le premier round des caucus dans l'Iowa. Il accuse de tricherie Ted Cruz (3), qui l'a emporté.
Le fou de lui-même a en effet été dépassé par le fou de Dieu. L'ultraconservateur Cruz appelle ses supporters à prier chaque jour jusqu'aux élections pour qu'il l'emporte. Ne ferait-il pas assez confiance à Dieu pour qu'il faille le prier ? Cet homme doute de Dieu visiblement. Qu'on se le dise. Depuis les Etats-Unis, des amis me disent que Cruz est le genre de personnage qui n'hésite pas à marcher sur sa grand-mère pour arriver au pouvoir. Bref, un homme avec foi sans loi que l'ancien candidat républicain John Mc Cain a qualifié de "dingue" (4). Il s'est fait détester de tous ses collègues sénateurs par un obstructionnisme systématique. D'ailleurs, c'est ce qui le caractérise: il est contre tout. Contre Obamacare (le système de santé), contre l'avortement, contre le mariage homo, contre l'Etat fédéral, contre les impôts, contre l'immigration, contre l'écologie (il se range évidemment parmi les derniers climato-secptiques). La seule chose qu'il défende, c'est la possession d'armes. Pour ce faire, il s'est d'ailleurs fait filmer en train de faire cuire des tranches de bacon sur le canon de son fusil. Une vraie tête de lard.
Les primaires américaines du côté du parti de l'éléphant, celui des Républicains, reste(ro)nt une énigme. On se pince, on a du mal à y croire, on ne parvient pas à comprendre comment elles peuvent à ce point se transformer en combat de coqs stupides et teigneux.  
Je dis ça, je ne dis rien, mais si j'étais Nicolas Sarkozy, je m'empresserais de débaptiser mon parti. 

(1) "Le candidat des laissés-pour-compte", 8 janvier 2016,
in Le Courrier international, 28 janvier 2016.
(2)"Pourquoi je ne voterai jamais pour lui", The New York Times, 14 janvier 2016,
in Le Courrier international, 28 janvier 2016.
(3) http://www.lalibre.be/actu/international/trump-accuse-cruz-de-fraude-et-veut-un-nouveau-vote-dans-l-iowa-56b225533570fdebf5b1903f
(4) http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/02/02/primaires-republicaines-ted-cruz-la-voix-conservatrice_4857637_829254.html

mardi 15 décembre 2015

Au boulot!

Certains de mes amis ne font pas la même analyse, voyant le verre à moitié vide. Personnellement, je l'ai trouvé plutôt beau ce week-end. Pas exceptionnel, mais de belles journées pour la France, pour l'Europe, pour le monde. Si tous les engagements sont tenus, évidemment.

Cent nonante-cinq Etats ont réussi à trouver un accord pour tenter d'infléchir la courbe des températures sur terre. Les fines bouches le critiquaient avant même qu'il ne soit signé, relevant qu'il ne s'agit que de mots. Certes. Et c'était bien là l'objectif poursuivi. La COP21 n'était pas un atelier de construction d'éoliennes, mais une réunion visant à dépasser les opinions et les volontés opposées d'Etats et de groupes de pression très divergents. Et cet accord, bien sûr imparfait (mais qui pouvait imaginer qu'il serait décidé que dès ce lundi tout le monde roulerait à vélo et deviendrait végétarien?) est, dans les grandes lignes, une réussite en soi. Sa concrétisation dépendra de la volonté et de la mobilisation des Etats, des entreprises, des ONG, des citoyens. On y reviendra.

La France a réussi à éviter le pire, le Front familial ne remporte aucune région. Ce qui n'enlève rien à l'importance des scores d'un parti aux propositions aussi faibles que dangereuses. Ses candidats nous font frémir, mais aussi rire. Notamment quand, alors qu'ils caricaturent depuis des années l'attitude et les pratiques des autres partis et des médias, réunis en ce qu'ils appellent "le système", ils se plaignent d'être "les victimes du rouleau compresseur du système". A cracher sur les autres, on peut difficilement se plaindre d'être rejetés par eux.
Reste que tout le monde a perdu et que personne n'ose triompher. Et qu'une évidence s'impose aujourd'hui en France:  la nécessité d'un vrai sursaut à tous les niveaux. Xavier Bertrand, qui a tenu un discours digne et grave dimanche soir, est le premier à annoncer le changement: il démissionnera de tous ses mandats et ne sera pas candidat à la primaire de droite pour se consacrer entièrement à son mandat de président de la région Nord-etc. Mais Jean-Yves Le Drian, grand vainqueur en Bretagne, entend être à la fois président de région et ministre. N'a-t-il rien entendu des appels? NiNicolas Sarkozy, de son côté, continue à vivre sa vie à lui: il s'est empressé de courir assister au match du PSG dès son discours terminé dimanche soir. Il est temps de prendre les électeurs pour des adultes et d'abandonner les slogans idiots. Valérie Pécresse entend "donner aux Parisiens des preuves d'amour". En demandent-ils tant?  Un élu régional ex-UMP en Ile-de-France indique (1) dans ses priorités l'installation de systèmes de sécurité à l'entrée des salles de spectacles: "vous trouvez normal qu'il n'y ait pas de portiques de sécurité à l'entrée de salles où entrent des milliers de spectateurs? Moi pas!", dit-il, faisant les questions (idiotes) et les réponses à la façon de Sarkozy. Il y a un mois, personne n'y pensait. Même pas lui. Bref, il est temps que les candidats et les élus cessent de prendre les électeurs pour des crétins. Et que ces électeurs entrent dans le débat.

Le magazine Marianne pointe une série de remèdes (2), parmi ceux-ci:
- renouveler et rajeunir le personnel politique. Un appel notamment à Sarkozy et Hollande pour qu'ils ne se présentent pas à l'élection présidentielle de 2017. La fille à papa ne peut apparaître comme le seul visage "neuf" en politique.
- rénover le modèle social: "chaque jour, on nous annonce que les résultats vont être au rendez-vous: que les fonds publics versés aux entreprises (sans contrepartie) vont bien finir par stimuler l'investissement et donc l'emploi. (...) Pourtant, le non-résultat est là. On a beau flexibiliser, dérèglementer, alléger les "charges" sociales, aucune éclaircie n'est en vue." 
Il est temps que les politiques, tous partis confondus, osent reconnaître que le temps du plein emploi est terminé, que les citoyens puissent l'entendre et qu'on remette à plat les problématiques emploi-chômage et répartition du temps de travail et des richesses.
- réinventer les partis, suggère Marianne, et, me permets-je d'ajouter, quitter le sytème majoritaire à deux tours, particulièrement pervers.
- mettre sur pied un plan Marshall pour la ruralité, débloquer l'ascenseur de l'intégration, réinvestir la laïcité, inventer une autre politique européenne et faire rêver la jeunesse. Quand on voit qu'au premier tour des régionales, seul un tiers des jeunes de 18 à 25 ans a été voter et que parmi eux 35% ont voté pour le parti de la famille Le Pen, on ne peut qu'être effrayé en voyant cette jeunesse croire que l'extrême droite peut apporter une solution. Comment le parti qui regarde en arrière peut-il apparaître comme porteur de futur pour tant de jeunes? 

Il y a aussi urgence à redonner sens et intérêt à la vie politique et aux élections. Ou alors il faut changer radicalement le système démocratique. Personnellement, je suis effaré de constater que plusieurs personnes autour de moi, intelligentes, investies dans la vie sociale, n'ont pas été voter, au premier, au deuxième ou aux deux tours. Certains n'ont pas pris le temps, d'autres ont préféré rester chez eux que de voter pour un candidat pas assez à gauche, d'autres encore trouvent que les partis qui se sont succédé depuis quarante ans n'ont rien fait. Tous sont de ce pays tellement convaincu qu'il est un modèle de démocratie où chacun se passionne pour la res publica.

Les élus changeront vraiment leurs pratiques si les citoyens s'investissent dans la vie politique, plutôt que tout attendre des pouvoirs publics, en se contentant d'aller voter (ou non) tous les cinq ou six ans.

(1) France Inter, 15 décembre 2015, 8h50.
(2) "14 idées pour faire barrage...", Marianne, 11 décembre 2015.
A lire, ces commentaires des résultats des élections:
http://www.huffingtonpost.fr/thomas-guenole/analyse-resultats-elections-regionales-2015-fn_b_8801106.html?utm_hp_ref=france
http://www.huffingtonpost.fr/mohamed-sifaoui/regionales-2015-front-national-islamisme_b_8799870.html?utm_hp_ref=france
et ces réflexions (que je partage) de Luc Le Vaillant, de Libération, qui avait fustigé le retrait des candidats socialistes au second tour: http://www.liberation.fr/debats/2015/12/14/se-desister-pas-si-benet_1420702


mercredi 2 décembre 2015

Ni Nicolas

Républicain, Nicolas Sarkozy? Quelle idée! Le qualificatif est visiblement usurpé. Il l'a annoncé: il refusera tout "front républicain" et si son parti, l'ex-UMP rebaptisé en "Républicains", est en position pour se présenter en triangulaire au deuxième tour des élections régionales, il le fera. Il est dans le "ni-ni", ne veut choisir entre le centre-gauche et l'extrême droite. Et tant pis si c'est en définitive tout profit pour cette dernière. Il ne fait donc pas de différence entre le Parti Socialiste ou d'autres partis démocratiques et le parti de la famille Le Pen. Il est vrai qu'il court tellement derrière l'extrême droite qu'il doit ne plus voir grande différence entre elle et lui. Mais les électeurs la font, eux qui préfèrent toujours l'original à la copie.
C'est le même Sarkozy qui ces jours-ci estimait qu'on en fait trop avec la COP21 dont il avait demandé le report avant de se raviser (1). Lui qui s'exclamait il y a quelques années "l'écologie, ça commence à bien faire".
Cet homme commence à bien faire, non? Fait-il de la politique? Quelles valeurs défend-il? Se soucie-t-il de l'avenir de son pays? Ou juste du sien? Qui est chaque jour un peu plus pathétique.

Faut savoir dire stop.
Alain Bashung

(1) http://www.liberation.fr/france/2015/12/01/la-cop21-enerve-sarkozy_1417502

mercredi 4 novembre 2015

Humour de droite et d'extrême droite

En fait, on ne l'avait pas compris, mais ce sont vraiment des marrants, les gens du Front national. Ils ne font pas confiance en la justice de leur pays, mais parfois oui. Elle est soumise aux ordres du gouvernement, disent-ils. D'ailleurs, leur présidente a refusé récemment de se rendre à une convocation d'un juge (1) qui s'intéresse de (trop) près aux comptes de son drôle de micro-parti, Jeanne, qui lui sert visiblement uniquement à faire de l'argent. Elle considère que la justice française n'est pas juste, que les juges ne sont pas impartiaux. Et voilà que deux cadres du même parti, dont un député européen, aident deux pilotes d'avion à s'évader de la République de Saint-Domingue où ils avaient été condamnés pour avoir transporté sept cents kilos de cocaïne (2). Ils trouvent que ces deux malheureux seront bien mieux jugés en France qu'à Saint-Domingue. Vraiment des marrants, on vous dit. Un pêcheur du Pas de Calais vient d'être arrêté pour avoir plusieurs fois convoyé des candidats réfugiés vers la Grande-Bretagne. On nous dit qu'il n'est "pas très fut-fut" (3). Et eux, le sont-ils aussi? C'est une affaire totalement privée, qui n'a rien à voir avec le F.N., déclare Florian Philippot  (3) (qu'on a connu plus bravache). Ne seraient-ils quand même pas "peu fut-fut et très fach-fach", ce député europen et cet assistant parlementaire? Il faut dire que les pilotes, nous disent ceux qui les ont aidés à s'évader, ne savaient pas qu'ils transportaient de la drogue dans leurs soutes. Pas comme ces racailles des banlieues qui dealent, en toute conscience, dix grammes de shit et qui méritent la prison à vie. Au moins. Mais qui n'y sont pas envoyés parce que la justice est laxiste. Ils sont trop drôles au F.N. Qu'est-ce qu'on va rire quand ce parti de rigolos sera au pouvoir!

En attendant, on continue à rire avec l'ex-président de la République. On l'avait entendu récemment tenir des propos totalement incompréhensibles où il était question de renverser la table dans une voiture dont on n'avait pas choisi le chauffeur (4) et voilà que parlant de la politique pénale concernant les adolescents il parle du film "Ben Hur" qui du temps de sa folle jeunesse restait à l'affiche trois, voire quatre ans (5). Ce qui démontre, dit-il, que les temps changent. Oui, le temps est un salaud, chantait Renaud. Mais, Sarkozy le reconnaît dans ce discours, il est vieux. Alors, sénilité? Ou consommation excessive de produits qui perturbent la réflexion? Carambar? Hamburger? Coca? A moins que tous ces discours soient codés. Comme ses conversations téléphoniques sont sans cesse écoutées, malin comme il est, il a choisi de délivrer ses messages de manière totalement publique. En fait, ces phrases absconses ne s'adressent pas aux militants de l'ex-UMP, mais, allez savoir, à Vladimir Poutine, à Angela Merkel, au Pape, à un chauffeur Uber ou à un loueur de dvd. Il est vraiment très fort.

Pendant ce temps-là, l'adversaire socialiste dans le Pas de Calais de la fille à papa enregistre une chanson dans le cadre de sa campagne (6). Ca ne vole pas bien haut, mais quand même... Quand le ciel est si bas et sombre, ça fait du bien. Continuons à rire.

La vie politique française a toujours fasciné les Belges. On comprend pourquoi.

(1) (re)lire sur ce blog: "Au-dessus des lois", 14 octobre 2015.
(2) http://www.liberation.fr/france/2015/11/03/air-cocaine-deux-membres-du-fn-en-premiere-ligne_1410829
(3) France Inter, Journal, 4 novembre 2015, 13h.
(4) (re)lire sur ce blog "Message codé", 16 octobre 2015.
(5) http://www.huffingtonpost.fr/2015/11/03/-sarkozy-cinema-republicains-_n_8459996.html?utm_hp_ref=france
(6)  http://www.liberation.fr/video/2015/11/04/frederic-cuvillier-publie-une-chanson-contre-marine-le-pen_1411070

vendredi 16 octobre 2015

Message codé

Qui ne connaît "Questions pour un champion", ce jeu d'origine anglaise, plus vieux semble-t-il que la télévision? Un petit malin (ou un grand!) s'est amusé à faire du collage sonore avec questions et réponses. Et c'est très drôle. Nous voilà dans le non sense britannique (1).
Ces montages doivent toutefois être écoutés avec modération. Nicolas Sarkozy en a visiblement abusé. Il a collé dans un de ses discours quelques éléments de phrase qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre. Et c'est - comment dire? - surprenant (2). "Je voudrais leur dire qu'on a reçu un coup de pied au derrière. Mais ce n'est pas parce que vous voulez renverser la table que vous descendez de la voiture dont vous vous abstenez de choisir le chauffeur", a-t-il déclaré lors d'un meeting.  Que cet homme ait été président de la République et que certains (de moins en moins nombreux heureusement) rêvent qu'il le redevienne restera une des grandes énigmes de l'Histoire et un des grands mystères de la psychologie humaine et de la démocratie que je suis très attaché (3). 

(1) https://soundcloud.com/ronny-465200747/sets/questions-pour-un-champion
(2) http://www.lalibre.be/light/insolite/la-phrase-venue-d-ailleurs-de-nicolas-sarkozy-video-5620c22d35700fb92fc22f02
Tentative d'explication:
http://www.liberation.fr/politiques/2015/10/16/on-a-presque-compris-la-phrase-de-nicolas-sarkozy_1405418
(3) voir " Iznogoud", 8 septembre 2015.

vendredi 11 septembre 2015

Les masques tombent

L'arrivée massive de réfugiés témoigne de drames humains considérables. Qui a vraiment envie d'entreprendre un voyage long et dangereux en quittant sa maison, ses proches, son village, son pays, ses racines, s'il n'y est obligé pour sauver sa peau et celle des siens? Cet exode révèle aussi le vrai visage de tant de personnes. Il y a ceux qui ouvrent leur porte et leurs bras. Et il y a ceux qui crachent. Le F.N. est en train de démontrer que son opération de dédiabolisation n'était que ravalement de façade. Père et fille tiennent le même discours et à l'intéreur de la maison F.N. règne toujours la même odeur fétide. Le parti des Le Pen n'y peut rien, c'est plus fort que lui, la haine exsude par tous ses pores. En Bretagne, un candidat du parti d'extrême droite renoue avec cette belle tradition vichyste de la délation: il prévient qu'il dénoncera les communes bretonnes qui accueilleront des réfugiés. Le maire de Carhaix s'est déjà dénoncé lui-même: oui, il est humaniste et accueille déjà deux familles syriennes (1). 
Nicolas Sarkozy ne sait plus comment (tenter d') apparaître comme un humaniste sans lâcher d'une semelle la fille à papa Le Pen. Il propose un nouveau statut pour les réfugiés de guerre: ils devraient automatiquement rentrer chez eux quand le conflit qui les a fait fuir est terminé. Son père, lui-même et toute sa famille auraient-ils dû rentrer en Hongrie quand le régime communiste a disparu? Il affirme aussi que l'espace Schengen est totalement ouvert et permet à tout réfugié qui y est accueilli de s'installer n'importe où, ce qui les attirera inévitablement tous en France. Ce qui est évidemment totalement faux (2), mais qu'importe? Il en restera toujours quelque chose dans les esprits qui ne demandent qu'à se fermer.
Heureusement, il y a ceux qui sont, aussi naturellement que culturellement sans doute, du côté de la lumière et témoignent de solidarité. telle l'association Pierre Claver, "lieu de rencontre et d'étude" pour réfugiés en attente d'un titre de séjour. Elle aide quelque cent vingt personnes par semestre à se former, à travers des cours d'alphabétisation, d'histoire, de danse et de musique, le tout dans le respect de la laïcité. "Quand on arrive dans un pays, il faut arrêter d'être immigré, il faut vouloir entrer dans l'indifférence", estime Ayyam Sureau qui dirige l'association. "Ouvrir sa porte à l'autre, dit-elle, ce n'est pas un problème de menuiserie. Cela signifie qu'il faut tenir sa maison dans un état tel qu'à tout moment un étranger puisse y trouver sa place." (3)

(1) http://www.liberation.fr/politiques/2015/09/09/refugies-le-maire-de-carhaix-se-denonce-au-fn_1378827
(2) http://www.liberation.fr/desintox/2015/09/11/refugies-nicolas-sarkozy-et-la-libre-circulation-de-l-intox_1379736
(3) Télérama, 19 août 2015.

mardi 8 septembre 2015

Iznogoud

Il a été président de la République. Il fera tout pour le redevenir. Il a changé, dit-il. Il est le meilleur, personne ne lui arrive à la cheville, il en est convaincu (1). A l'entendre, on rencontre certaines difficultés à percevoir le changement. Sa maîtrise du français ne s'est pas améliorée.  "Y a quelque chose que je suis très attaché, a déclaré ce dimanche Nicolas Sarkozy: c'est que la France de toute éternité a toujours été du côté des opprimés et toujours été du côté des dictateurs, toujours été du côté d'celui qu'était j'té en prison parce qu'il croyait dans ses idées" (1). Au-delà de la faute de français, il y a, nous dit-on, un lapsus. Pas si sûr. La France a beaucoup été du côté de Bouteflika, de Kadhafi, de Biya, de Bongo, d'Hassan II et Mohamed VI, de Bokassa et de tant d'autres qu'on ne classe pas d'emblée dans le camp des opprimés et qui ne connaissent les prisons que pour y avoir envoyé tant de leurs compatriotes qui avaient l'outrecuidance de critiquer leur autocratie ou simplement de ne pas penser comme eux. Quand on évoque la Françafrique, on ne se dit pas d'emblée que la France y a toujours été du côté des opprimés. 

(1) http://www.marianne.net/sarkozy-papy-juppe-bebe-bruno-autre-eunuque-fillon-ne-sont-pas-capables-100236553.html
(2) http://www.lalibre.be/light/insolite/le-lapsus-de-nicolas-sarkozy-la-france-a-toujours-ete-du-cote-des-dictateurs-video-55ec666e3570976789873f82

samedi 20 juin 2015

Un humoriste

S'il est bien un homme des plus plaisants en France aujourd'hui, c'est sans conteste M. Nicolas Sarkozy. Il se coupe en quatre pour détendre son auditoire si stressé par le chômage, le coût de la vie et les impôts. Et surtout les migrants qui menacent la France. Elle est désargentée, dit-il. Ne venez pas, les exhortent-ils, nous n'avons plus un sou. Ses afficionados rient, ils savent que lui sait où sont les sous. Il est vraiment drôle. Il vient de comparer l'arrivée des migrants à "une grosse fuite d'eau". Et, parlant de la volonté de l'Union européenne de les répartir dans les différents pays d'Europe selon des quotas, il dit que c'est comme si, face à une fuite d'eau dans une cuisine, le plombier proposait de répartir l'eau dans le séjour, le salon et la chambre des parents, et même celle des enfants s'il le fallait (1). Il parle là de gens, hommes, femmes, enfants, qui fuient notamment la Syrie, la Libye où ils sont en danger de mort, ou encore l'Erythrée que certains n'hésitent pas à qualifier de pire dictature au monde. Il est vraiment hilarant.
Il s'interroge aussi, se demande si le droit du sang ne devrait pas remplacer celui du sol. Si cela avait été le cas plus tôt en France, il n'aurait jamais été français, lui dont le père était hongrois. Il est impayable.
M. Nicolas Sarkozy a des ambitions: devenir présent du Bêtizistan. Il a toutes les qualités pour cela. Mais, si on peut se permettre, on pense qu'il manque d'ambition. Il pourrait en même temps être à la tête du Royaume de l'Indigencintellectuelle et sultan de l'Absencedhumanisme. Bref, Napoléon Sarkozy pourrait être l'empereur du Méprisland.

Post-scriptum: à voir, ce dessin de Kroll: http://portfolio.lesoir.be/v/le_kroll/8863+juillet+2015.jpg.html

(1) http://www.lesoir.be/912384/article/actualite/france/2015-06-18/quand-sarkozy-compare-l-afflux-migrants-une-grosse-fuite-d-eau
http://www.liberation.fr/politiques/2015/06/18/sarkozy-compare-l-afflux-de-refugies-a-une-grosse-fuite-d-eau_1332755


jeudi 16 avril 2015

Chez Nico - bar, petite restauration

Que faire quand votre restaurant s'est retrouvé épinglé par les services de l'hygiène parce que vos produits ne sont plus de première fraîcheur et que des casseroles sales traînent un peu partout? Changer l'enseigne. C'est ce à quoi s'emploie l'ex-président de la République et néo-président de l'UMP Nicolas Sarkozy: il va rebaptiser son parti en "Républicains". Alain Auffray, dans Libération (1), appelle cela "un hold-up sémantique", relevant qu'il y a aura désormais confusion entre les défenseurs de la République et de ses valeurs et les membres du parti de droite. Comment faire la part des choses entre ceux qui s'enferment entre guillemets et ceux qui n'en ont pas besoin? Il serait aussi absurde qu'un parti se dénomme "Les Démocrates" ou "Les Citoyens". Le choix de Sarko fait référence au parti républicain américain, dont la branche très conservatrice Tea Party est particulièrement active. Une manière de tenter de séduire les plus droitiers des électeurs attirés par les Le Pen (2). Mais dans ce cas pourquoi ne pas s'appeler plus clairement le Parti du Thé ou du Café (du Commerce) ou du Petit Canon ou de la Cocaïne?
Quand des politiques ont pour première préoccupation de changer des noms, c'est qu'ils n'ont pas beaucoup d'autres projets (3). Finalement, ce ne sont que des peintres en bâtiment.

(1) http://www.liberation.fr/politiques/2015/04/14/les-republicains-un-hold-up-semantique_1240905
(2) www.lalibre.be/actu/international/france-le-projet-de-sarkozy-de-rebaptiser-son-mouvement-parti-republicain-fait-tiquer-552e89db3570fde9b2b67101
(3) voir Rudy Demotte (ça faisait longtemps qu'il n'en avait plus été question ici - qu'il m'en excuse) et ses pratiques d'OGM ou organismes génériquement modifiés: ne dites plus Hainaut occidental, mais Wallonie picarde; Région wallonne, mais Wallonie; Communauté française, mais Fédération Wallonie-Bruxelles; bourgmestre empêché, mais bourgmestre en titre; bourgmestre faisant fonction, mais échevin délégué à la fonction maïorale. Et dites tout cela sans rire, s'il vous plaît.