jeudi 12 décembre 2019

Ces mollahs malades

Les barbus iraniens détestent les femmes. En ont-ils si peur?
En août dernier, Saba Kordafshari, 20 ans, a été condamnée à une peine de vingt-quatre ans de prison et à la privation de ses droits civiques. Son crime: avoir participé à une manifestation contre le voile à Téhéran. Elle est ainsi condamnée pour "incitation à la corruption et à la prostitution" (quinze ans), pour "rassemblement en vue de commettre des crimes contre la sécurité nationale" (sept ans et demi) et pour "propagande antirégime" (un an et demi). Avant d'être arrêtée, elle avait diffusé, comme beaucoup d'autres femmes, des photos d'elle dans cette manifestation. 
D'autres femmes ont été condamnées pour avoir distribué, dans une rame de métro exclusivement réservée aux femmes, des roses blanches aux passagères à l'occasion de la Journée internationale des femmes. L'une d'elles, l'actrice Yasaman Aryani, a été condamnée pour cet acte à seize ans de prison (1). 
La sévérité des sentences pour des faits qui, dans tout pays démocratique et un peu sensé, ne sont que normaux, voire sympathiques, a surpris les femmes. "Sauf celles, écrit le site d'information Raseef22 (2), qui savaient que l'ultraconservateur Ebrahim Raïssi, surnommé l'Homme des exécutions, avait été nommé à la tête de l'institution (le Tribunal révolutionnaire islamique). Vingt-quatre ans de prison, cela paraît une vie entière, mais cela ne représente pas grand-chose pour celui qui, en 1988, a fait exécuter des milliers de personnes sans le moindre procès". 

On craint le pire, à nouveau, en Iran. Alors que la colère gronde dans les rues face au coût de la vie et à la corruption du régime, divers témoignages indiquent que la répression vise en priorité les femmes accusées par des religieux de "faire leur intéressante". Aujourd'hui, on atteint le sommet de l'ignominie avec cet appel d'un mollah à tuer les protestataires "de la manière la plus douloureuse possible en les pendant en public" ou encore "de leur couper les mains et les pieds pour les relâcher infirmes afin qu'ils servent d'exemples à d'autres, ou alors en les expulsant du pays" (3).
Au nom de quel dieu fou s'exprime ce personnage monstrueux?

On rêve de voir toutes les femmes musulmanes de la planète ôter leur voile, ne serait-ce qu'une journée, pour afficher leur solidarité avec leurs sœurs iraniennes. Là-bas, en Iran, ne pas porter le voile, ne peut être "un choix personnel". Le voile est une arme politique de répression des femmes.

(1) Une pétition d'Amnesty International pour la défendre:
https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/petitions/liberation-immediate-pour-yasaman-aryani
(2)  "Pour un moment de liberté", Raseef22 (Beyrouth), 29.8.2019, in Le Courrier international, 4.12.2019.
(3) https://www.lalibre.be/international/asie/leur-couper-les-mains-et-les-pieds-l-appel-de-l-iran-au-sujet-des-manifestants-5df0c603d8ad58130dd0d602

samedi 7 décembre 2019

Le vide populiste

Que restera-t-il dans cinq ans, dans dix ans, de tous ces mouvements populistes qui ont (ou ont eu) le vent en poupe en ce début de XXIe siècle?

Dans onze mois, on connaîtra le nom du nouveau président des Etats-Unis. Déjà!?, se dit-on, alors qu'on se demande quand l'actuel va enfin commencer à prendre sa fonction à bras-le-corps, à avancer des idées nouvelles, à lancer des projets. Jusqu'à présent, il n'a fait que détruire les avancées précédentes, retirer son pays d'accords internationaux, jouer les caïds, invectiver la terre entière et favoriser ses propres intérêts, sans (vouloir) comprendre grand-chose à la politique.

En Italie, le Mouvement 5 Etoiles, qui avait balayé la vieille classe politique, "a été un raz-de-marée qui, depuis 2013, a investi tout le paysage politique italien, mais sans rien construire", estime le journaliste de L'Espresso Marco Damilano. "Et lorsque le niveau des forces antisystème a baissé, l'eau s'est retirée, ne laissant rien dans son sillage: aucun culture politique, pas de classe dirigeante, pas la moindre réalisation au bilan de son gouvernement" (1).
Matteo Salvini, le fier-à-bras, après avoir fait tomber le gouvernement dont il était le numéro due, a échoué à devenir l'uno. Depuis, il tente de séduire tous azimuts. Il voudrait que la Liga, son parti, rejoigne le Parti populaire européen, qui regroupe les partis démocrates-chrétiens. Il prend ses distances avec l'extrême droite, plaçant la sécurité et la lutte contre l'immigration aux derniers rangs de ses priorités, pour parler plutôt impôts, économie et emploi. Ce qui l'empêche pas de venir soutenir l'extrême droite flamande, le Vlaams Belok (2). En Emilie-Romagne, il essaie de se faire passer pour un communiste. "C'est le plus transformiste des hommes politiques italiens, estime Marco Damilano. Il est passé du séparatisme au souverainisme, et, désormais, il lui est très facile de s'ériger en héritier du centrisme modéré et d'une certaine anthropologie conservatrice qui trouve aussi un écho auprès de l'électorat post-communiste des régions rouges. Finalement, Salvini, s'il réussit, aura créé le parti de la nation, une créature politique inédite et inquiétante: le transformisme autoritaire" (1).

Boris Johnson, le roi de l'esbrouffe, refuse les interviews à une semaine des élections britanniques. Et pourtant, l'homme est un inlassable péroreur, qui s'exprime tant et plus, souvent à tort et à travers. Il avait promis qu'avec lui, c'était sûr et certain, le Brexit serait une réalité le 31 octobre dernier. Sa carrière, écrivait il y a six mois le Foreign Policy, "n'est fondamentalement rien de plus qu'une escroquerie: une interminable quête de popularité de la part d'un homme qui n'a cessé de démontrer son incapacité à l'utiliser de quelque façon utile". Stephen Paduano constate l'indéniable sens du spectacle de BoJo, mais estime que sa popularité est "inversement proportionnelle à ses réussites professionnelles. Car après vingt ans aux affaires, le bilan de Johnson est particulièrement maigre". Député, il a toujours été peu assidu au parlement. Le journaliste salue cependant des avancées quand il fut maire de Londres. Mais "durant ses deux années à la tête du Minsitère des Affaires étrangères, de 2016 à 2018, il n'a guère fait que semer la pagaille, dans le pays avec ses complots contre la Première ministre et à l'étranger avec ses bourdes incessantes". Aujourd'hui, Boris Johnson est en tête des sondages en Grande-Bretagne.

Au bout du compte, le dindon de ces mauvaises farces, c'est ce bon peuple au nom duquel ces partis qui ne veulent parfois pas l'être et ces (ir)responsables parlent (trop) fort et font semblant d'agir. Mais comment peut-on être si naïf et croire ainsi aux haineux et aux dégagistes sans nuances?

Le non-verbal, on le sait, en dit souvent plus que le verbal. Retrouvez les populistes à leur attitude sur cette photo de l'AFP, prise au sommet de l'Otan. La position "manspreading" (jambes écartées) de Trump, Johnson, Erdogan et l'un ou l'autre encore donnent d'eux une image d'ado qui veut avoir l'air d'un mec, un vrai. Et qui a juste l'air grossier.



(1) "La métamorphose de Salvini", L'Espresso, 1.11.2019, in Le Courrier international, 14.11.2019.
(2) Contraction de Belang (nom actuel) et de Blok (ancien nom)
https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/des-militants-s-opposent-a-un-meeting-de-haine-organise-par-le-vlaams-belang-avec-pour-invite-salvini-5de572b8f20d5a0c46f34e79
(3) Stephen Paduano, "Boris Johnson ne fait plus rire", Foreign Policy  (Washington), 31.5.2019, in Le Courrier international, 13.6.2019.

jeudi 5 décembre 2019

Sonner la retraite

Je ne connais pas dans le détail la réforme des retraites proposée par le gouvernement français (il est vrai que le projet reste assez flou) et de toute manière je ne suis pas concerné (puisqu'ayant effectué toute ma carrière professionnelle en Belgique). Et je ne voudrais pas apparaître ici comme le râleur qui râle contre les râleurs (bien que je puisse assumer). Mais bon... au point où on en est, en France, qui ne râle pas n'existe pas. Donc, je m'exprime.
Une bonne partie de la France est en grève aujourd'hui, et peut-être pour un moment, contre la réforme des retraites (et non "contre les retraites" comme le titrait le HuffingtonPost: "Suivez la journée de mobilisation contre les retraites", publié ce jour à 12h30 et à 13h30 encore).

Le gouvernement semble avoir largement consulté sur cette question (1), sans doute pas assez, mais on peut aisément comprendre, à entendre les manifestants fâchés, que peu de gens ont fait entendre leur voix dans le cadre de l'appel à opinions, mais qu'ils sont beaucoup plus nombreux à s'exprimer aujourd'hui dans la rue pour dire leur opposition. A quoi? A un changement d'un sytème d'une complexité extrême? Le gouvernement voudrait un système plus équitable. Que chaque euro épargné rapporte la même chose à chacun. Ce qui est loin, très loin, d'être le cas actuellement.
Le système par points m'apparaît - mais peut-être suis-je naïf - plus équitable, plus honnête. Certains défendent le système dont ils bénéficient actuellement qui veut que leur pension de retraite vaille x % de leur dernier salaire. Ce qui favorise ceux qui ont eu de la chance ou qui ont eu une carrière qu'on appelle plane.
Ceux qui, comme moi, ont changé d'employeur très souvent sont retombés au niveau le plus bas chaque fois qu'ils ont retrouvé un emploi. Et se retrouvent ainsi avec une retraite peu éleveée. Or, c'est ce qu'on nous annonce: les salariés d'aujourd'hui et plus encore de demain doivent s'attendre à changer très fréquemment d'employeur. Quelqu'un qui perd son emploi à cinquante ans, par exemple, et a la chance de retrouver un emploi n'a aucune ancienneté quand il est réengagé (s'il a cette chance-là). Et donc, si sa retraite est calculée sur son dernier salaire, elle sera peu élevée. Injuste donc par rapport à quelqu'un qui n'a pas travailé plus ou moins, mais qui a toujours été employé par la même entreprise.
Des agriculteurs se disent favorables à la réforme prévue par le gouvernement: ils verront leur retraite augmenter. Mais qui s'en préoccupe?

L'économiste Thomas Guénolé, (qui se présente comme "intellectuel altermondialiste et engagé à gauche", proche de la France dite insoumise) qualifie les grévistes d'aujourd'hui de "héros" (2). On a les héros comme peut. Et les populistes aussi. Allez savoir pourquoi, je n'arrive plus à prendre au sérieux les intellectuels altermondialistes enragés à gauche. 

On rêve de voir les citoyens se mobiliser autant pour le climat que pour leur retraite. Mais sans doute ne faut-il pas rêver. L'homme prend beaucoup de plaisir à se reproduire, mais se soucie plus de sa retraite que de sa descendance.

A lire:
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/12/03/le-vrai-du-faux-des-regimes-speciaux-de-retraite_6021530_4355770.html

(1) https://www.reforme-retraite.gouv.fr/participez/la-participation-citoyenne-2019/article/methode-et-calendrier


mercredi 4 décembre 2019

Nous si lourds

Hier, des représentants de six départements de la Région Centre - Val de Loire se sont concertés pour réinstaurer une limitation à 90 km/h (plutôt que 80) sur divers tronçons routiers (1).
Des entreprises du BTP bloquaient ces derniers jours des raffineries pour protester contre la suppression des avantages fiscaux dont ils bénéficiaient sur le carburant utilisé pour leurs engins.
Il y a quelques jours, c'étaient les chauffeurs routiers qui manifestaient à la frontière belge contre la hausse du carburant.
Les producteurs français de champagne et de roquefort s'inquiètent de voir les Etats-Unis augmenter les taxes sur les exportations françaises. Ils veulent continuer à faire voyager au-delà des mers leurs productions. Il en va de leur survie, affirment-ils.

Au même moment s'est ouverte à Madrid la COP 25. Mais qui s'y intéresse? Le principal souci de chacun semble être de pouvoir continuer à produire, exporter et consommer comme avant. Ne changeons rien. Les premières journées de gel qui suivent un automne pluvieux nous font joyeusement oublier les épisodes caniculaires et la longue période de sécheresse. Qui vont cependant se reproduire à un rythme accéléré.
Les études sur les conséquences du dérèglement climatique et de l'effondrement de la biodiversité se succèdent, chacune plus alarmiste que les précédentes. Un article de juin 2018 de la revue Nature Geoscience envisage la possibilité d'une élévation de six mètres du niveau des océans à la fin du siècle. La situation dramatique que vivent les habitants du Var aujourd'hui n'est rien encore par rapport à ce qui se passera dans les années à venir. 375 millions d'habitants à travers la planète verraient leur maison irrémédiablement disparaître sous les eaux. A la même période, la hausse des températures pourrait être de 5°C. La planète serait en état de sécheresse permanente. Invivable donc.
Le processus est enclenché et sera, chaque jour, un peu plus difficile à maîtriser. Aux Etats-Unis, en 2045, plus de 300.000 logements auront sombré dans la mer. D'ici 2100, près de 1.000 milliards de biens immobiliers y auront disparu sous eau (2).
On n'entend plus guère les paons climatosceptiques qui péroraient il y a quelques années encore. L'évolution du climat les a ridiculisés. Mais nous sommes nombreux à nous comporter en climatosceptiques silencieux: nous donnons priorité à notre confort, préférant ignorer les études scientifiques et feignant de croire qu'on trouvera une solution. Par contre, nous nous mobilisons rapidement dès que notre mode de vie semble remis, ne serait-ce que très légèrement, en question.
"La décarbonisation de nos économies ne sera pas une tâche facile, mais elle est nécessaire, écrit Rachel Riederer (2). Ce sera dur, mais pas aussi dur que la série de désastres qui s'abattront sur nous si nous ne faisons rien. (...) Il ne s'agit alors pas de renoncer à une Terre habitable, mais à un siècle de règne de l'automobile et de déforestation sauvage, à des années de consommation illimitée de viande et de voyages bon marché, et enfin à une croissance économique massive comme fondement de notre système. (...) Choisir l'inaction, c'est renoncer à la raison".

Nous sommes prompts à dénoncer la soumission des élus politiques aux lobbies économiques. Mais, bouffis de contradictions comme nous le sommes, nous soutenons ardemment ces derniers en nous opposant à toute mesure qui entend réduire la circulation routière et ses vitesses.
Aux Pays-Bas, face à la colère des agriculteurs obligés de réduire leurs émissions d'azote, le gouvernement a décidé de faire participer aussi les automobilistes aux efforts de lutte contre les émissions de CO2. Dès 2020, la vitesse sur autoroute en journée sera limitée à 100 km/h plutôt que 130 (3). On n'ose imaginer les réactions de colère noire (ou jaune) que susciterait une telle mesure en Belgique, en France ou en Allemagne.

(1) France 3 Centre - Val de Loire, Journal, 3.12.2019, 19h.
(2) Rachel Riederer, "La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", Le Courrier international, .11.2019.
(3) https://www.lefigaro.fr/flash-eco/les-pays-bas-abaissent-la-vitesse-maximale-a-100-km/h-sur-autoroute-20191113

lundi 2 décembre 2019

Moments de dévoilement

Parlons, une fois encore, de ce fichu voile. Pour répondre à cette gauche qui se veut bien-pensante en se rangeant aux côtés des islamistes pour défendre leur drapeau. C'est le choix des femmes de le porter, disent-ils, il faut le respecter, c'est une décision personnelle.

Chez nous, en France, en Belgique et dans d'autres pays européens, une bonne partie de la gauche, qui ne sait plus où trouver des voix, est prête à tout pour en gagner. Y compris à se déjuger en manifestant contre une prétendue islamophobie en compagnie de salafistes. Et en défendant le voile au nom du choix personnel de chacune. En 2010, Jean-Luc Mélenchon affirmait que les femmes voilées se stigmatisaient toutes seules et il récusait le terme d'islamophobie. En 2018 encore, il estimait que la religion devient de plus en plus ostentatoire dans nos sociétés. Mais le MélenChe d'aujourd'hui n'a pas hésité à participer, il y a quelques semaines, à une manif où la foule scandait Allah Akbar et huait les noms de Mohamed Sifaoui ou de Zineb El Rhazoui parce qu'ils ont l'outrecuidance de dénoncer l'islamisme, ce pourquoi ils vivent, l'un et l'autre, sous protection policière.
Il y a bientôt cinq ans, Mélenchon, à l'enterrement de son ami Charb, lâchement assassiné au nom du Prophète, dénonçait son exécution par "les fanatiques religieux, crétins sanglants qui vocifèrent de tous temps". Aujourd'hui, MélenChe s'est dévoilé: il n'est qu'un traitre qui marche sur le cadavre de celui qui fut son ami, un vulgaire politicien en quête de voix, communautaires en l'occurrence. Comme le dénonce Nathalie Bianco dans une lettre vibrante (1). Lui et tous ceux qui essaient (notamment de manière très paternaliste, comme le fait Edwy Plenel) de protéger contre ses dérives violentes l'Islam de France et de l'absoudre de son manque d'auto-critique ouvrent un boulevard à l'extrême droite, trop contente de les voir flirter avec les islamistes et de pouvoir se présenter ainsi comme le seul rempart contre cette violence indéniable.

"Le voile, un choix personnel. Vraiment?", interroge Dalal Al-Bizri (2) qui rappelle qu'il n'y a pas si longtemps "les cheveux au vent (...) avaient été un symbole de la liberté nationale" en Iran. Et qu'aujourd'hui, là et ailleurs, de plus en plus de femmes paient cher, très cher, leur refus de porter le voile. La journaliste rappelle aussi que Daech tuait toute femme ne portant pas de niqab noir. "Vous comprendrez, dit-elle, que le port du voile ne relève en rien d'une décision personnelle."
Dans le contexte actuel qui voit le voile imposé aux femmes par la pression religieuse et familiale, "le fait de l'ôter ne relève pas seulement d'un choix personnel, mais aussi d'une démarche qui est tout ce qu'il y a de plus politique. Ceux qui prennent de grands airs pour dire que le voile relève uniquement du choix personnel de chacune, ceux-là nous empêchent de comprendre cette nouvelle période. Ils nous empêchent de voir que, à l'époque des accessions à l'indépendance, le monde arabe portait un regard bien différent sur le voile".

La jeune journaliste Zineb El Rhazoui se souvient qu'au Maroc, où elle vivait alors, elle a assité à ce moment de basculement où, alors que le voile était très peu porté, elle l'a vu se répandre, comme en Algérie. "Le voilement des femmes est l'indice premier qui nous renseigne sur le taux de pénétration de l'idélogie islamiste dans une société. C'est le marqueur visuel d'une adhésion ou pas à cette idéologie. C'est à ça qu'il sert dans les pays où l'islamisme progresse. Quel choc pour moi de voir que ce débat se pose aujourd'hui en France et qu'il est accueilli avec beaucoup d'inculture, de mauvaise foi..." (3)

Le voile, un choix personnel pour les Iraniennes? Face à la contestation qui s'exprime dans les rues  ces dernières semaines, les barbus au pouvoir en Iran ont décidé de cibler les femmes, renforçant l'application des règles sur l'obligation de porter le voile (4). Les effectifs de la brigade des mœurs ont été renforcés, les chauffeurs de taxi ne peuvent embarquer des femmes non habillées selon la norme et les citoyens tout comme la compagnie de métro de Téhéran sont invités à signaler les femmes dont la tenue n'est pas conforme à la volonté des ayatollahs. Les femmes incorrectes sont punies d'amendes, de coups de fouet ou d'emprisonnement. Rien qu'à Téhéran, ces derniers temps, 300.000  femmes ont été convoquées à la police. Même les dénonciations de maltraitance de femmes sont interdites. Le président du tribunal révolutionnaire (sic) de Téhéran menace de dix ans de prison celles et ceux qui postent sur les réseaux sociaux des photos de femmes maltraitées. Reste que les femmes iraniennes résistent et que le gouvernement iranien n'est toujours pas parvenu, en quarante ans, à imposer ses règles sur le port du hidjab. C'est, pour nombre d'entre elles, un choix personnel de ne pas porter ce vêtement qui doit les rendre honteuses d'être femmes.

L'Egyptienne Mennah Bareh, en décidant de s'en passer, a vécu "un des plus beaux moments" de sa vie. (5)  "Je n'avais vraiment jamais ressenti un tel bonheur. Je me sentais vraiment en phase avec mon apparence physique, j'avais retrouvé confiance en moi, je pouvais à nouveau porter les vêtements que je voulais, me coiffer selon mes envies du jour". Elle fustige ceux qui contrôlent la manière dont les femmes s'habillent: "ceux qui expliquent que l'apparence n'a pas d'importance et que la seule chose qui compte est la personnalité, ceux-là vous mentent. (...) Eux-mêmes ne cessent de se préoccuper de la manière dont une femme doit se présenter devant autrui, puisque ce sont eux qui lui imposent un fichu sur la tête". Le voile, lui rétorque-t-on, protège les femmes des regards des hommes. "Le voile n'y change rien, constate-t-elle, et, surtout, ce n'est pas mon problème si un homme perd ses moyens à la vue d'une chevelure. Qu'il aille se faire soigner et régler ses frustrations, loin de moi."

(1) https://www.marianne.net/debattons/tribunes/lettre-ouverte-melenchon-dimanche-le-souvenir-de-ton-ami-charb-t-t-il-glace-le
https://www.marianne.net/debattons/editos/marche-contre-islamophobie-melenchon-trahit-charb
(2) Dalal Al-Bizri, "Monde musulman. Le voile, un choix personnel. Vraiment?", Al-Araby Al-Jadid (Londres), 10.10.2019, in Le Courrier international, 14.11.2019.
(3) https://www.lefigaro.fr/vox/societe/elisabeth-badinter-zineb-el-rhazoui-les-insoumises-20191129
(4) "En Iran, elles résistent malgré la répression", Radio Farda (Prague), 31.7.2019,  in Le Courrier international, 14.11.2019.
(5) Mennah Bareh, "Un des plus beaux moments de ma vie", Raseef22 (Beyrouth), 16.9.2019,  in Le Courrier international, 14.11.2019.

vendredi 29 novembre 2019

Coincés dans ce foutu vieux temps

Qu'y avait-il de bon dans ce vieux temps que tant de gens regrettent?
La mortalité infantile? Le nombre de morts sur les routes? La faim dans le monde? La misère? Le nombre de crimes? Le nazisme, le fascisme et le stalinisme? L'inconscience de la pollution? 
C'était le temps où on produisait, on consommait et on polluait dans la joie et l'insouciance. C'est dans le bon vieux temps qu'on a préparé ce que nous vivons aujourd'hui, qu'on a brûlé tant et plus de pétrole, de gaz et de charbon, qu'on a fabriqué tous ces gaz à effet de serre qui menacent maintenant l'humanité.
Bien sûr, les temps actuels ne sont guère réjouissants, avec précisément la pollution qui atteint des niveaux inouïs et le dérèglement climatique, avec l'érection de murs, avec l'arrivée au pouvoir de fous furieux et haineux. Ce sont ceux-là mêmes qui essaient de nous faire croire que leurs murs, le rejet des étrangers, l'entre-soi nous ramèneront à ce bon vieux temps qui n'a jamais été aussi positif qu'on a envie de le croire. Qui n'est donc qu'un vieux temps qu'il est illusoire - et qu'il serait sans doute suicidaire - de vouloir retrouver. Puisqu'on ne revient jamais en arrière, il faut bien aller de l'avant. Et être inventifs. Plus que jamais.
"La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", titrait la semaine dernière Le Courrier international. La Terre devient invivable et il va bien falloir que nous changions de mode de vie si nous voulons survivre.
"Alors que le doute et le déni autour du dérèglement climatique ont reculé, écrit Rachel Riederer, ils ont été remplacés par des sentiments - tout aussi paralysants - comme la panique, l'angoisse et la résignation." (1)
Mais la peur est utile, estime le journaliste américain David Wallace-Wells (2). C'est le principe de la destruction mutuelle assurée qui a encouragé les dirigeants mondiaux à mettre fin à la guerre froide. Et la peur du cancer, rappelle-t-il, incite bien des fumeurs à cesser de fumer.
"Nous devons accepter que notre de vie n'est plus viable, affirme la psychologue Renee Lertzman, et que nous devons maintenant nous montrer à la hauteur du problème. Ce qui fonctionne vraiment bien, c'est quand les gens se sentent invités et encouragés à participer à quelque chose de constructif, tout en ayant conscience de la gravité de la situation."
Un de ses collègues estime que le seul remède à l'angoisse climatique est l'engagement. Et une autre que ce qui est bon pour le climat - sous forme de participation à un effort collectif - est également bon pour le mental.
Résumons-nous: laissons le prétendu bon vieux temps là où il est: dans le passé et dépêchons-nous de construire les temps nouveaux. Il y a urgence. Mais bon... il faut bien constater qu'une majorité de gens (on n'oserait dire citoyens) continuent à vivre comme dans leur insouciant vieux temps. Même si nombreux sont les appels à consommer moins et de manière plus responsable, on peut craindre qu'en cette journée de grande fête du commerce le friday soit effectivement assez black pour la planète. Le vieux temps dure longtemps.

(1) "La fin du monde approche... Et c'est une bonne nouvelle", Le Courrier international, .11.2019.
(2) auteur de "The Doomed Earth Catalog" - "La Terre inhabitable".

mardi 26 novembre 2019

Distribution de cadeaux

Qui interdira tous ces cadeaux que des organisations humanitaires nous offrent alors que nous n'avons rien demandé? Qui mettra fin à ces pratiques scandaleuses qui voient des organismes gaspiller une part non négligeable de leur budget non pas à leur objet premier mais à des démarchages pour le moins pernicieux?
En quelques jours, l'Unicef, Action Enfance, Médecins sans frontières, l'Institut Curie, Handicap International et d'autres encore nous ont offert cartes de vœux, carnets de notes, stylos, cartes du monde, post-it, étiquettes personnalisées, etc. Attendant, bien entendu, un retour financier de notre part. 
Si je donne de l'argent à une association, c'est pour qu'elle mène des actions directes sur le terrain qui est le sien, certainement pas pour payer des gadgets et des courriers.

vendredi 22 novembre 2019

Donnez-nous un sauveur

On l'a écrit déjà: en France, le président de la République est responsable de tout. Surtout de ce qui ne va pas. Si un bureau de poste ferme, c'est de sa faute. Si les trains arrivent en retard, c'est de sa faute. S'il y a trop d'échecs scolaires, c'est de sa faute. Si une entreprise ferme, c'est encore et toujours de sa faute.
La principale revendication des Gilets jaunes semble être la démission du président Macron. Il est reponsable de leurs divers malaises, aussi disparates soient-ils.
En 2017, le candidat Macron avait promis aux travailleurs de l'entreprise américaine Whirlpool à Amiens, alors en grande difficulté, que celle-ci trouverait un repreneur. Il y en eut un, largement aidé par l'Etat qui apporta 2,5 millions d'euros, mais son projet vira rapidement à l'échec. Il devait sauver 186 emplois. Mais seuls 44 travailleurs sont encore actifs sur le site, employés par une autre entreprise qui a repris une partie de l'ancienne. Le projet de production de chargeurs de batterie et d'armoires équipées de condensateurs destinés à produire de l'énergie propre s'est cassé la figure, "faute de débouchés commerciaux", nous dit Le Monde. Peut-être le projet manquait-il de sérieux et de réflexion, peut-être le repreneur a-t-il profité abusivement de cette reprise, mais pour les travailleurs, les syndicats et François Ruffin, le vrai fautif, c'est le président Macron (1).
Il y a huit jours, une forte tempête de neige s'abattait sur la Drôme. Le poids de la neige tombée en abondance sur les arbres qui ont encore leurs feuilles et sur les lignes électriques a fait tomber de nombreux pylones et cassé un peu partout câbles et branches. Résultat: des milliers de foyers privés d'électricité. Ce matin encore, ils étaient un millier. Hier soir, au JT de France 3, une maire appelait l'Etat, donc son président, à agir. Le problème - bien réel - concerne Enedis, chargé de la gestion du réseau électrique et qui a multiplié les équipes sur le terrain. Mais c'est, une fois encore, du président qu'on attend la solution.
Curieux pays au fonctionnement pyramidal si peu remis en question. Il y a quelques années, le journaliste de France Inter Thomas Legrand écrivait un ouvrage intitulé "Arrêtons d'élire des présidents". Il semble être le seul à le souhaiter. C'est tellement pratique d'avoir un bouc émissaire dont on attend qu'il soit un sauveur en toutes circonstances. Un ancien maire m'expliquait qu'il est impossible d'envisager de supprimer, voire de modifier la fonction présidentielle telle qu'elle est conçue en France: les Français ont le sentiment que l'élection présidentielle est le summum de l'exercice de la démocratie. En fait, ils adorent élire leur roi et le guillotiner le lendemain.

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/11/22/bouscule-lors-de-son-retour-sur-le-site-de-whirlpool-macron-assure-avoir-dit-la-verite_6020126_3234.html
https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-whirlpool-a-quoi-setait-vraiment-engage-macron-devant-les-salaries_fr_5dd693bde4b0e29d727ff4ac?utm_hp_ref=fr-homepage

jeudi 21 novembre 2019

Les recettes de Gargamel

Vous souffrez d'un sentiment d'oppression? Vous vous sentez mis de côté? Prenez du Murus berlinensis, un médicament homéopathique des laboratoires Hélios. Ses pilules sont "aspergées avec une solution de mur de Berlin". Rassurez-vous : s'il n'y a aujourd'hui presque plus de morceaux du mur de Berlin, on pourra en prélever en Israël, aux Etats-Unis ou en Hongrie. Un jour sans doute.
Vous voulez vous prémunir des effets nuisibles d'un traitement par radiothérapie ? Prenez du Rayon X 9CH des laboratoires Boiron. Ses pilules sont faites d'une "solution diluée de rayons X". Oui, même si les profanes que nous sommes l'ignoraient, les rayons X sont diluables.  
Vous souffrez de rhumatismes ? Une solution : le Luesinum, "préparé à partir de prélèvements sur des chancres syphilitiques". Il suffit de savoir ce que contiennent ces gélules pour n'avoir plus mal nulle part. 
Et si vous craignez la grippe, prenez bien sûr de l'Oscillococcinum, fabriqué à partir d'une "macération de cœur et de foie de canards de Barbarie". 
C'est Antonio Fischetti, journaliste scientifique à Charlie Hebdo, qui fait part de ses découvertes (1) suite à la lecture du livre "Connaissez-vous l'homéopathie ? Idéologie, médias, sciences", de Thomas C. Durand (2), docteur en biologie. 
Durand explique que l'Oscillococcinum est en fait "issu de la deux centième eau de rinçage du récipient où ont macéré quarante jours durant un foie et un cœur de canard".
On a poussé des cris d'orfraie quand le gouvernement français a annoncé que les médicaments homéopathiques ne seraient plus remboursés, parce que leur efficacité n'a jamais été démontrée scientifiquement. Il faut bien constater que l'homéopathie est une étrange science, pour le moins occulte. 
Mais après tout, chacun est libre d'y croire ou pas. Et croire fait parfois du bien, paraît-il. On est libre de croire que Dieu existe, qu'il est à l'origine de tout. Même de l'homéopathie.

(1) "Homéopathie et pensées magiques - Les petits dessous des granules", Charlie Hebdo, 13.11.2019.
(2) Editions matériologiques.

jeudi 7 novembre 2019

Et à la fin c'est l'islamisme qui gagne

Je voudrais remercier ici R.T. Erdogan. Sans la plainte qu'il a récemment déposée contre l'hebomadaire Le Point, (1) jamais je n'aurais lu ce magazine de droite. Or, j'y découvre que Kamel Daoud y écrit. Et bien. Kamel Daoud, journaliste algérien, connaît mieux que d'autres le danger islamiste. Il a été l'objet de la part d'un imam excité d'une fatwa pour apostasie. Mais aussi de la part de bonnes âmes européeennes de France pour avoir vu l'islamisme derrière les agressions dont ont été victimes de nombreuses femmes lors du réveillon de nouvel-an 2016 à Cologne (2).

Il y a quelques semaines, un élu d'extrême droite a voulu faire sortir de l'assemblée une femme voilée qui accompagnait des enfants venus assister aux débats du Conseil régional de Bourgogne - Franche-Comté.
"Je suis en colère et fasciné", écrit Kamel Daoud (3): voilà que l'on découvre que ce pays est ennemi de ses musulmans parce qu'un élu halluciné a agressé verbalement une voilée? L'avenir en France se décide donc entre deux extrêmes?"
Plus récemment, un fou furieux a agressé et gravement blessé deux musulmans à côté de la mosquée de Bayonne. Il n'est pas plus loup solitaire que les islamistes, même isolés, qui agressent et tuent les mécréants. Il y a Zemmour, il y a la famille Le Pen et son parti, il y a tous ces gens qui se jettent sur le moindre délit commis par quelqu'un à la peau basanée pour fustiger les musulmans.  L'agresseur de Bayonne a été candidat du Front National. Peut-on être vraiment surpris de voir des excités transformer en actes odieux les imprécations et les idées agressives qui se diffusent aujourd'hui librement? Même en direct à la télé.

De là à affirmer que la France est devenue islamophobe, il y a plus qu'un pas. Que beaucoup ont franchi allègrement.
Il a été (trop) souvent question ici de cette notion floue qu'est l'islamophobie, terme que se plaisent à clamer les barbus qui ne supportent pas d'être contredits. Elle dénonce à la fois le racisme et la critique d'une religion. Aujourd'hui, pour les victimes que se complaisent à être tant de musulmans, soutenus par de bonnes âmes blanches d'une bonne partie d'une gauche qui a perdu la tête, critiquer la religion islamique et ses signes s'apparente à du racisme. Or, comme d'autres pays européens, mais moins que des pays de culture musulmane, la France compte hélas de très, de trop nombreuses morts causées par la folie islamiste. Ces morts n'ont jamais suscité de manifestations de haine et de violence contre les musulmans. Ce qui n'empêche pas nombre d'entre eux de se voir comme des victimes de l'islamophobie.
"Cette folie de la victimisation fascine, écrit Kamel Daoud. Elle remplace à chaque occasion douloureuse, le travail à faire sur soi, l'obligation de lutter contre l'islamisme montant. Ainsi, je vois rarement les miens se mobiliser autant pour penser l'islam dans la France que pour les jongleries d'indignés sur les réseaux, les clowneries au nom de la communauté, qu'on oppose à la moindre réforme, même maladroite. On se retrouve à ne rien faire face à l'islamisme et à s'emporter, en rangs serrés, contre l'islamophobie."
Le journaliste dit "comprendre la mobilisation contre l'exclusion et les tribunaux identitaires, mais je ne peux pas, dit-il, parce que je suis du même bord, ne pas grimacer, sceptique, face à cette soudaine armée qui hurle à l'islamophobie en gommant ses causes. Et si on avait ce même courage pour dénoncer les rentes du halal? Et si on faisait autant face aux clergés autoproclamés? Résistance face aux djihadistes et aux communautarismes faciles?"

Aujourd'hui, en France, la laïcité est, plus que jamais, pointée du doigt. Notamment par les organisateurs d'une manifestation contre l'islamophobie prévue dimanche. Ils n'hésitent pas à traiter de "liberticides" les lois de 1905 sur la laïcité et de 2004 sur l'interdiction des signes religieux ostentatoires à l'école. La plupart des leaders de gauche ont appelé à rejoindre cette manifestation, avant que certains d'entre eux se rendent compte, heureusement assez tôt, qu'ils mettaient les pieds dans un terrain fangeux et nauséabond (4). "La laïcité, c'est la religion de la liberté", affirme Kamel Daoud qui préfére "une laïcité maladroite à une laïcité détruite".
"Forcer ce pays à se justifier sans cesse sur cette loi finira par précipiter sa reddition face au mal. Et, ce jour là, ceux qui jouent aux victimes de la laïcité vivront, pour de vrai, la pendaison aux poteaux des nouvelles croyances." 

(1) sur ce blog: "Comment s'appelle Calimero en Turquie?", 26.10.2019.
(2) sur ce blog: "La nuit des prédateurs", 6.1.2016.
(3) Kamel Daoud, "Une photo, un millaird de mots", Le Point, 24.10.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/islamophobie_fr_5dc2d5d2e4b08b735d63451a?utm_hp_ref=fr-homepage