samedi 24 février 2024

Deux ans et demain ?

Deux ans. Voilà deux ans aujourd'hui que Poutine a entamé sa sale guerre contre un pays qu'il dit frère. L'Ukraine s'appelle Abel et la Russie Caïn. Vladimir le Petit rêve de grandeur en se tournant vers le passé. Ses rêves d'empire sont un cauchemar. La barbarie ne rend pas plus grand. Au contraire. Le voilà plus petit, plus repoussant, plus abject que jamais.
Sa guerre éclair fut un échec. Mais il pourrait remporter une guerre d'usure. L'opinion publique européenne se fatigue, une part de la population pense que les sommes astronomiques dépensées en missiles seraient plus utiles ailleurs (1). Mais c'est notre paix qui est en jeu, c'est l'avenir de l'Europe. Qu'on le veuille ou non, la guerre d'Ukraine est notre guerre.

Ce tueur en série qu'est Poutine n'a aucun sentiment pour les dizaines de milliers de morts qu'il a sur la conscience, qu'ils soient ukrainiens ou russes aujourd'hui. Ou hier syriens ou tchétchènes. Ils ne sont que chair à missiles au service de sa gloire, triste et sordide, bâtie dans le sang. Détourner la tête, en se drapant dans l'hypocrite posture du pacifiste aux mains propres, c'est le laisser pousser plus loin ses conquêtes, c'est jouer les Munichois, sans savoir ou vouloir tenir compte des leçons du passé. Lâcher l'Ukraine, c'est abandonner aussi les pays baltes, la Suède, la Finlande, la Pologne aux appétits de l'ogre. C'est nous préparer au pire sur l'ensemble du continent européen.
Ici, en Europe, nous voilà menacés par les extrêmes de droite comme de gauche, ces marionnettes du tsar mafieux que leur anti-américanisme imbécile rend non seulement stupides mais dangereux. Pour la sécurité européenne, pour la démocratie, pour la paix. "Il y a 15 jours, dit Maxence Lambrecq, éditorialiste de France Inter, Dmitri Medvedev a lui-même reconnu aider « ouvertement et secrètement » les partis antisystèmes à obtenir les meilleurs scores possibles." (1)

Les va-t-en guerre ne sont pas ceux que l'on croit. Pas ceux qui pensent qu'il faut beaucoup plus armer l'Ukraine pour l'aider à se défendre, mais ceux qui hypocritement affirment le contraire (2). Comme si laisser Poutine gagner sa sale guerre injustifiée allait laisser l'Europe en paix. Il faudra craindre les relativistes aux élections européennes de juin.

L'œil était dans la tombe et regardait Caïn.

(1) "Un sondage Ifop pour la Fondation Jean Jaurès indique que, pour la première fois, à peine la moitié des personnes interrogées soutiennent l’envoi de matériels militaires et l’entrée de l’Ukraine dans l’UE. C’est 15 points de moins qu’au début du conflit." (...) Les politiques en parlent moins. Cette année, à l’Assemblée, pas de débat, pas de résolution au Sénat. Et gare à ceux qui appellent à renforcer l’aide... La tête de liste du PS, Raphael Glucksmann, a subi lundi la foudre de la France Insoumise.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-vendredi-23-fevrier-2024-875123
(2) https://www.lefigaro.fr/politique/guerre-en-ukraine-raphael-glucksmann-accuse-lfi-d-oeuvrer-a-la-defaite-des-democraties-20240220


mercredi 21 février 2024

Un résistant

Ils l'ont tué. Il l'a tué. Le tueur en série Poutine a à nouveau assassiné, comme il aime le faire, froidement, cyniquement.
Alexeï Navalny avait eu le courage, après avoir été empoisonné au Novitchok par le régime stalinopoutinien, de rentrer en Russie. Parce que critiquer le régime en étant réfugié à l'étranger n'avait pas de sens pour lui. Cet homme courageux a été tué par un lâche, par ce mafieux qui fait supprimer par ses hommes de main toutes celles et tous ceux qui ont le culot de lui résister. L'assassin est toujours un homme faible. Comme l'écrit Le Monde (1), "où qu’il fût, en liberté ou emprisonné, hospitalisé ou en bonne santé, chez lui ou à l’étranger, l’existence d’Alexeï Navalny était devenue insupportable pour Vladimir Poutine". Faut-il que le dictateur se sente fragile pour ne pas pouvoir supporter la moindre résistance.
Les proches d'Alexeï Navalny ont appris par la presse la nouvelle de sa mort, ce qui "traduit bien la nature du message que veut transmettre sa disparition, y compris aux dirigeants occidentaux rassemblés au même moment à Munich pour discuter défense et sécurité : Vladimir Poutine est maître chez lui et il entend le rester, quelles que soient les icônes que se donnent ses détracteurs".
Le régime soviétique n'est pas mort, loin s'en faut. "Si Poutine et les siens ont tué Navalny, c’est parce qu’ils n’ont pas pu le briser et obtenir de lui, dans la tradition soviétique, un repentir public", estime Cécile Vaissié, professeure en études russes et soviétiques (2). 

Navalny avait traité Russie unie, le parti de Poutine, de "parti des voyous et des voleurs". Son assassinat lui donne raison. "Les autorités, écrit encore Cécile Vaissié, viennent de réaffirmer leur droit de vie et de mort sur leurs « sujets » et leur détermination à empêcher ceux-ci de bénéficier d’un Etat de droit tourné vers l’Europe."
Navalny est mort, mais ses films sont toujours visibles, qui dénoncent l'immense corruption de ce régime soviético-mafieux. "Refusant de se taire, il a produit, avec ses équipes, des films de plus en plus précis et drôles sur l’enrichissement invraisemblable de Dmitri Medvedev, de la famille du procureur général Iouri Tchaïka, de hauts dirigeants de l’armée russe ou de Vladimir Iakounine, longtemps à la tête des chemins de fer russes et chargé de développer l’influence du Kremlin en France et en Allemagne. Puis Navalny a préparé un film où il montrait le palace construit pour Poutine sur la mer Noire (3), expliquait ce luxe par un système de rétrocommissions et retraçait jusqu’à l’origine des brosses de toilettes dorées à 700 euros l’unité. En quelques jours, ce film a été vu par plus de 110 millions de personnes, pour l’essentiel en Russie."

Poutine est décrit par ceux qui l'ont fréquenté (3) comme un paranoïaque "pathologiquement effrayé pour sa vie", qui vit le plus souvent caché dans ses luxueux bunkers, coupé du monde, dans un "vide informationnel", "enfermé dans une bulle cognitive depuis des années". Alexeï Navalny qui maniait l'humour et l'éloquence savait qu'en revenant il serait emprisonné. Il voulait résister depuis sa cellule. L'exact opposé d'un tyran froid qui n'a jamais compris ce qu'est l'humour et vit enfermé dans sa peur.
Navalny, nous dit-on (4), était peu apprécié des Ukrainiens, notamment à cause de sa position ambiguë sur l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie, en 2014, à cause de sa posture nationaliste grand-russe, de son discours méprisant sur l’Ukraine, de sa participation à des « Marches russes » très nationalistes et de sa violence verbale à l’égard des migrants en général, et des habitants du Caucase en particulier. Depuis, il avait pris ses distances avec ses positions antérieures.
Reste qu'il eut le courage de dénoncer jusqu'au bout, et en sachant qu'il y laisserait sa vie, l'extrême corruption de ce régime mafieux. Il purgeait dans l'extrême nord de la Russie une peine de dix-neuf ans de prison. Le site parodique Le Gorafi (5) annonce que Alexeï Navalny a été "condamné à 20 ans d’emprisonnement supplémentaire pour s’être évadé en décédant", une cour spéciale de justice russe estimant que "l’opposant a volontairement profité de sa mort pour s’évader". Le pire, c'est que cette fausse information tout en humour noir pourrait être vraie tant ce régime et son tsar sanguinaires sont capables du pire cynisme et de la plus totale folie.

Avaaz invite à saluer la mémoire d'Alexeï Navalny :

(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/17/en-tuant-navalny-les-autorites-viennent-de-reaffirmer-leur-droit-de-vie-et-de-mort-sur-leurs-sujets_6217072_3232.html
(3) https://www.youtube.com/watch?v=WBSf2fRhjEU
https://www.youtube.com/watch?v=uFSNk8lQ_u0
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/19/anna-colin-lebedev-politiste-les-ukrainiens-ont-bien-des-choses-a-reprocher-a-navalny_6217339_3232.html
(5)https://www.legorafi.fr/2024/02/16/russie-alexei-navalny-condamne-a-20-ans-demprisonnement-supplementaire-pour-setre-evade-en-decedant/

samedi 10 février 2024

Le temps des monstres

Il fut un temps pas si lointain où on a pu croire si pas à "la fin de l'Histoire", du moins à une humanité apaisée. Même si les dictateurs restaient trop nombreux, on avait vu tomber un mur honteux et avec lui s'effondrer une idéologie qui s'était concrétisée en une société orwellienne, on avait vu disparaître en Afrique australe l'abject apartheid qui voulait nous faire croire qu'on pouvait classer les hommes selon la couleur de leur peau, on avait vu dans la construction lente mais large de l'Union européenne un projet solidaire entre ennemis héréditaires.
Et aujourd'hui, on voit que le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde. Vladimir Poutine rêve de pire et d'empire. Ses vassaux proches, Loukachenko, Alyiev, Kim Jong-un et quelques autres le soutiennent dans ce projet qu'on croyait d'un autre âge. Dans l'indifférence quasi générale, Xi Jinping menace Taïwan, broie les Ouïghours et s'attaque aux musulmans (1) et à tous les peuples qui ont le culot de ne pas entrer dans le moule du grand Etat chinois. En Inde, Mohdi joue la carte du nationalisme hindou en envoyant lui aussi les musulmans dans les cordes sans que ça gêne le moins du monde ses camarades dirigeants de terres d'islam pourtant si prompts à dénoncer la prétendue islamophobie de l'Occident. L'Iran s'est donné le rôle d'Etat terroriste, soumettant son peuple et soutenant activement les barbares du Hamas, le Hezbollah libanais et les rebelles houthis du Yemen. Netanyahou ira jusqu'au bout de sa volonté de dézingage total du Hamas quel qu'en soit le prix pour les Gazouis. Un peu partout, l'extrême droite et le populisme ont pris le pouvoir ou s'apprêtent à le faire. S'il revient au pouvoir, Trump le Haineux pourrait bien provoquer une guerre civile aux Etats-Unis (2). Ce billet serait trop long à énumérer toutes les brutes qui règnent d'une main de fer, les Erdogan, les Milei, les Maduro, les putchistes du Niger, du Mali et du Burkina Faso, les al-Sissi, les el-Assad, les Ben-Salman, les Saïed, les talibans. Et le pire, c'est que tant de gens les admirent. De loin.
Que cherchent ces monstres ? A asseoir leur pouvoir et il n'a pas de prix. La démocratie, le respect de l'Etat de droit, la justice, les droits de l'Homme sont des notions qui leur sont étrangères, voire ennemies.
On aimerait tant qu'un drone destiné aux Ukrainiens, aux Israéliens ou aux Gazaouis dévie de sa cible et tombe sur la tête d'un de ces monstres. 

Allez, ouste, les dictateurs, les usurpateurs, les mafieux, les crapulards, l'avenir appartient aux gens de bien. Tiens, je crois que c'est ça la bonne définition de cet objet non identifié qu'est l'humanité, que je cherche depuis des années : l'humanité, ce sont ces gens de bien qui, vaille que vaille, assurent le service de la vie. (Boualem Sansal, "Vivre - Le compte à rebours", Gallimard, nrf, 2024)

(1) Selon Human Rights Watch, après la région du Xinjiang, c'est dans celles du Ningxia et du Gansu que Pékin serait en train de raser les mosquées.
(2) https://www.telos-eu.com/fr/trump-ii-une-farce-non-une-tragedie.html

jeudi 8 février 2024

Et Dieu dans tout ça

Faut-il prendre les écrits divins ou considérés comme tels comme paroles d'évangile ? Ils sont bien utiles, ils permettent de justifier l'injustifiable. C'est un lecteur de Charlie Hebdo qui rapporte cette anecdote (1) : une célèbre animatrice radio aux Etats-Unis s'est appuyée sur la Bible, dans le livre du Lévitique (chapitre 18, verset 22), pour établir que l'homosexualité est une perversion. "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination. La Bible le dit. Un point, c'est tout", a-t-elle déclaré. Quelques jours plus tard, un auditeur lui a adressé une lettre lui demandant "des conseils quant à d'autres lois bibliques".
"Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode (ch. 21, v. 7). A votre avis, quel est le meilleur prix ? Le Lévitique aussi (ch. 25, v. 44) enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux Mexicains, mais pas aux Canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ?" L'auditeur poursuit en relevant que l'Exode (ch. 35, v. 2 ) indique que celui qui travaille un samedi doit être condamné à mort et se demande s'il doit lui-même tuer son voisin qui méprise cette interdiction. Il s'interroge aussi sur le sort à réserver à son oncle qui passe ses journées à médire et à blasphémer et à la femme de celui-ci qui plante deux types de culture différents dans son champ, ce qu'interdit le Lévitique (ch. 19, v. 19). "Est-il vraiment nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique (ch. 24, v. 10 à 16) ? Ne pourrait-on pas plutôt les brûler vifs au cours d'une simple réunion familiale privée, comme cela se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le Lévitique (ch. 20, v. 14) ?".
On voit par là qu'il est bon (pour tout le monde) de vivre avec son temps.

A contrario, on s'interroge sur les outils de la modernité qu'utilisent tous ceux qui ne jurent que par le passé. Tous ces islamistes qui prennent le Coran au pied de la lettre et veulent vivre comme au VIIe siècle, qui s'appuient sur les écrits et les coutumes de l'époque pour obliger les femmes à se couvrir et à rester à la maison, pour appliquer la charia, couper les mains des voleurs et lapider les femmes adultères, tous ces littéralistes, comment peuvent-ils utiliser des kalashnikovs, des jeeps, des téléphones, des avions ? 
Quelle impudence de croire que leur prophète les y aurait autorisés !

(1) "Texte sacré", dans la rubrique "On a reçu ça", Charlie Hebdo, 10.1.2024.

lundi 5 février 2024

Un réarmement désarmant

Et à la fin, ce sont l’agro-industrie et la chimie qui gagnent. Tout ça pour ça ! Tant de manifestations, tant d'actions, tant de déplacements, de pollution et de dégradations pour voir en fin de compte la FNSEA obtenir satisfaction. Ne changeons rien au système agro-industriel. Les paysans ont perdu, les exploitants agricoles ont gagné.

Le gouvernement a ouvert son portefeuille : 400 millions d’euros au total pour soutenir les agriculteurs. 50 millions pour les éleveurs touchés par la maladie hémorragique épizootique (MHE), 20 pour les agriculteurs bretons affectés par la tempête, 50 pour la filière bio en crise, 80 pour les viticulteurs, 150 pour soulager les charges fiscales et sociales des éleveurs et enfin le coût de l’abandon d’une hausse de la fiscalité prévue sur le gazole non routier (entrée en vigueur au début de 2024, elle avait pourtant été négociée avec la FNSEA) (1).

"Le gouvernement , écrit Le Monde, a répété être favorable à l’adoption rapide du règlement sur les nouvelles techniques génomiques (NGT), considérés comme les nouveaux OGM, un texte en discussion à Bruxelles. Concernant les phytosanitaires, il a fini par accepter de mettre sur pause jusqu’à la fin de février le projet Ecophyto, qui devait fixer les nouveaux objectifs de réduction de l’usage des pesticides. Il se dit prêt à rediscuter des indicateurs et des zonages de traitement. Et prêt aussi à attaquer les décisions des tribunaux administratifs sur les zones de non-traitement aux produits phytosanitaires définies par des chartes départementales. De plus, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire devra s’aligner sur le calendrier de l’autorité européenne de sûreté des aliments."
Au nom de la souveraineté alimentaire, la FNSEA avait demandé, en 2023, de surseoir à l’obligation de 4 % de jachère fixée par la nouvelle PAC. Une nouvelle dérogation, sous conditions, vient d’être obtenue de Bruxelles. Les terres n'ont pas droit au repos, elles doivent produire en permanence.
"M. Attal, écrit encore Le Monde, avait annoncé, dès le 26 janvier, un premier train de dix mesures de simplification prises par décret. Qui vont de la simplification des curages de cours d’eau, à la réduction des délais de recours contre des projets agricoles et des délais de contentieux pour des projets de stockage d’eau, en passant par la limitation à un du nombre de contrôle annuel. L’un des enjeux est de pouvoir plus facilement étendre les capacités des bâtiments d’élevage porcin et de volaille et de mener à bien les projets de stockage d’eau."

La France a le plus jeune premier ministre que le pays ait jamais connu. Un jeune pour maintenir le vieux monde, celui qui nous mène collectivement à la perte. Celui de l'exploitation maximale des sols, de la production maximale, de l'utilisation excessive de pesticides, de tous ces produits en cide qui ne cachent pas leur nocivité ni pour la terre, ni pour pour la faune, ni pour les humains.
Le gouvernement français décline la nouvelle lubie de son président : il faut réarmer la France. Il parle de réarmement civique, de réarmement moral, de réarmement démographique. Voici le réarmement agricole. "Si « réarmement agricole » il y a, écrit l'éditorialiste du Monde Stéphane Foucart (2), c’est surtout d’un « réarmement chimique » de l’agriculture qu’il est question. A l’heure où l’infertilité et les maladies chroniques s’envolent dans la population générale, où environ un tiers des foyers français reçoivent au robinet une eau non conforme aux critères de qualité pour cause de métabolites de pesticides, où sans doute plus de 80 % de la biomasse d’insectes volants et 60 % des oiseaux des champs ont disparu en quarante ans, on se plaît à imaginer le fou rire nerveux d’hypothétiques historiens qui chercheraient, dans les prochaines décennies, à décrire et surtout comprendre la logique de ce qui se produit ces jours-ci."

Mais il y a trop de normes, se plaignent les agriculteurs. Peut-être. Mais d'où viennent-elles ? Longtemps, ce fut le laisser-faire, le laxisme le plus total. L'environnement n'était pas un souci, on pouvait bétonner où on voulait, on pouvait massacrer faune et flore sans égard pour elles, on pouvait gaspiller l'énergie en brûlant sans compter des sources polluantes voire toxiques, on pouvait empoisonner les sols, les producteurs et les consommateurs, on pouvait arracher les haies et les arbres et supprimer les fossés et les zones humides. Donc, des normes. Heureusement. Pour tenter de mettre un frein à cette folie destructrice.

(1) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/02/01/le-vaste-eventail-des-annonces-de-gabriel-attal-en-phase-avec-les-demandes-de-la-fnsea_6214305_823448.html
(2) https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/03/si-rearmement-agricole-il-y-a-c-est-surtout-d-un-rearmement-chimique-de-l-agriculture-qu-il-est-question_6214548_3244.html
https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/01/la-suspension-du-plan-ecophyto-un-signal-desastreux-selon-les-ong-de-defense-de-l-environnement_6214293_3244.htm

mercredi 31 janvier 2024

Arriérés

Le Rassemblement-Front national ne s'est pas dédiabolisé. Plutôt banalisé. De plus en plus de Français envisagent de voter pour le parti de la famille Le Pen. Il est en phase avec l'état d'esprit de la population. Mais peut-être est-ce lui qui l'a pollué ?
Dans les manifestations des agriculteurs, l'un de ces derniers se balade avec un panneau affichant ce délicat slogan : "Va faire la soupe salope" (sic). Il est, nous dit-on (1), adressé à deux élues écologistes. Trois élus d'extrême droite se sont fait photographier devant lui, très fièrement et le pouce en l'air. 
D'après une étude récente, le sexisme revient en force, notamment chez les jeunes. Il est sûrement l'un des fondements, une des valeurs sûres de l'extrême droite. Le R-FN, en ne changeant pas, se retrouve en phase avec l'évolution rétrograde de la société.
Ce slogan qui traite de la sorte les femmes et les renvoie à la cuisine ne dit rien sur elles, mais beaucoup sur ceux qui l'expriment ou le partagent. Les hommes des cavernes devaient être plus délicats et plus évolués que les élus du R-FN.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/ces-deputes-rn-assument-ce-slogan-misogyne-visant-sandrine-rousseau-et-marine-tondelier_228958.html

mardi 30 janvier 2024

Grogne des procrastineurs

Le secteur agricole est en pétard un peu partout en Europe de l'ouest. Les agriculteurs néerlandais se sont mobilisés pour s'opposer à la décision de leur gouvernement de faire baisser les émissions d’azote en réduisant les cheptels, notamment de vaches laitières. Les agriculteurs flamands ont manifesté aussi pour l’azote. Puis, leurs confrères allemands pendant des semaines contre le projet de leur gouvernement de supprimer les aides publiques au diesel agricole. Maintenant, c’est la France. Et la Wallonie suit.
Le Vif (1) publie une interview de Philippe Baret, ingénieur agronome à l’UCLouvain et spécialiste du monde agricole belge et européen.

Pour Philippe Baret, "’il y a un effet de contagion et une bonne part d’opportunisme à moins de six mois du scrutin européen. Les agriculteurs savent très bien que la politique agricole européenne sera mise sous pression en cas de changement de majorité au Parlement et à la Commission UE. En réalité, c’est un bras de fer ancien qui se poursuit aujourd’hui. Il faut rappeler que près d’un tiers du budget européen est attribué à l’agriculture".
Faute de consensus entre ses Etats membres, l’Union européenne a récemment allongé de dix ans l'autorisation d'utilisation du sur le glyphosate. "Il existe évidemment tout un écosystème rassemblant des acteurs du secteur agricole, du secteur chimique et du secteur financier qui forment une masse d’influence pour faire reculer ou retarder les avancées au niveau écologique mais aussi de la santé." Phlippe Baret rappelle que la plupart des directives dont les agriculteurs dénoncent la lourdeur "poursuivent un objectif de santé avant tout et pas seulement écologique. (...) Les directives sont là pour améliorer la qualité de ce qu’il y a dans nos assiettes et la santé des gens."

"Le problème principal est, en fait, interne au monde agricole, pas au niveau de la Commission. D’un côté, les gros exploitants, soit 20 % des agriculteurs, qui font de plus en plus de bénéfices, absorbent néanmoins 80 % des subventions européennes. De l’autre, les petits exploitants, soit 80 % des agriculteurs, qui sont de plus en plus sous pression, ne touchent que 20 % des subsides. C’est cette inégalité-là qui est, à mon sens, à la base des problèmes du monde agricole."
"En Belgique, il y a des fermiers qui gèrent 1 200 hectares en pommes de terre et qui exploitent d’autres agriculteurs qui travaillent pour eux. Cette configuration est encouragée par le secteur agro-alimentaire et de la grande distribution. Au lieu de bloquer les routes et de gêner les citoyens, les tracteurs devraient faire le siège des supermarchés comme Aldi, responsables d’une course aux prix les plus bas et aux profits."

Les agriculteurs se plaignent d'un excès de contraintes administratives, mais certains contrôles ont été facilités. "Lorsqu’on reçoit des subsides surtout à une telle échelle, cela suppose des contrôles, donc de l’administratif. C’est logique. Le contrôle par satellite, lui, est en réalité une simplification pour les agriculteurs. Exemple : un fermier doit semer son couvert végétal pour le 11 novembre. Le 8, le satellite constate que ce n’est pas fait. Un sms prévient l’exploitant que le satellite repassera le 11, avec une sanction à la clé cette fois. Avant, l’agriculteur devait envoyer lui-même la preuve avec des photos quadrillées qu’il coloriait. Et les contrôles étaient aléatoires. Désormais, ils sont systématiques mais simplifiés. (...) "Toutes ces mesures n’ont pas été décidées sans concertation avec le monde agricole. Les syndicats étaient autour de la table pour les négocier et aujourd’hui ils sont dans la rue pour dénoncer ce qu’ils ont négocié. (...) Si vous consultez le registre des lobbies européens, vous verrez que la Copa-Cogeca, qui regroupe les principales organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, est dans les bureaux de la DG Agri de la Commission tous les jours. La politique agricole commune (PAC) a pris un an de retard à cause des négociations."

Philippe Baret rappelle que le patron du grand syndicat FNSEA en France est le président du conseil d’administration du groupe Avril (Ndlr : qui est le numéro 1 des huiles alimentaires, comme Puget, Lesieur, et qui compte des filiales dans 18 pays). L'agronome est "inquiet du rôle simpliste que ces grands syndicats jouent par rapport à la mue indispensable du monde agricole". Selon lui, les grands syndicats agricoles mènent "un combat d’arrière-garde pour maintenir le vieux monde. Ce n’est pas représentatif de l’ensemble des agriculteurs. Ce n’est qu’une partie des agriculteurs qu’on retrouve sur les barrages routiers et dans la rue. La transition du modèle du passé vers le modèle de demain est inévitable. Ce n’est pas qu’une question écologique. C’est avant tout une question de système agricole. Les agriculteurs eux-mêmes sont les premières victimes du changement climatique, du manque d’eau… Ils savent depuis le début des années 2000 qu’il va falloir changer. Mais voilà, on a procrastiné et aujourd’hui la transition fait plus mal. Il y a sûrement des choses à négocier et à revoir. Mais ce qui m’inquiète le plus avec ces mouvements d’agriculteurs, c’est de savoir si ces manifestants ont un projet au-delà de la grogne et sont-ils vraiment dans l’optique de changer ?"
"On est dans le populisme tel que le définit l’historien Pierre Rosanvallon. (...) Pour lui, le populisme c’est la politique négative : on râle, on critique, mais on ne propose rien ou presque. Or le mouvement agricole tel que je le vois aujourd’hui dans les rues ne me semble pas avoir, jusqu’ici, de proposition à faire pour l’avenir. Il est juste dans la grogne – trop d’administratif, pas assez de revenus… –, sans aucun projet.

(1) par Thierry Denoël, 27.1.2024.
https://www.levif.be/societe/environnement/agriculture/agriculteurs-au-lieu-de-bloquer-les-routes-ils-devraient-faire-le-siege-daldi/

dimanche 28 janvier 2024

Des doutes

J'ai des doutes. Parfois je me demande si je ne serais pas d'extrême droite. J'ai lu "Sur les chemins noirs", de Sylvain Tesson, son récit de la traversée de la France à pied. Et je dois l'avouer ici, je l'ai apprécié.
J'ai lu "L'Axe du loup", autre récit - incroyable - de Sylvain Tesson qui raconte un autre voyage à pied qu'il a effectué durant huit mois, parfois dans des conditions extrêmes et des situations dangereuses, dans les pas d'évadés du goulag depuis Iakoutsk dans le nord-est de la Russie jusqu'au Golfe du Bengale à 5000 km de là. Ce récit illustré par Virgile Dureuil (1) m'a, je dois le reconnaître, impressionné.

Mais voilà, Sylvain Tesson est vilipendé par 1.200 poètes, écrivains et libraires qui ont décidé qu'il était d'extrême droite et ne pouvait donc pas présider le Printemps des poètes. Ils l'ont affirmé dans une tribune. On suppose donc que ces libraires vont désormais faire le tri dans les livres qu'ils vendent et ne garder que ceux des bons écrivains. 
Les signataires considèrent que Tesson est d'extrême droite à cause d'une préface qu'il n'a pas écrite, mais aussi parce qu'il a déclaré "Si vous voulez faire peur à vos enfants, ne leur lisez pas les contes de Grimm, mais certaines sourates du Prophète". Comme l'écrit Franc-Tireur (1), les signataires de la tribune flingueuse feraient bien de lire le Coran : "Ils y découvriraient que cette violence existe, tout comme dans l'Ancien Testament ou la Torah". Je pense la même chose. Je me demande si je ne serais pas d'extrême droite. 

J'ai des doutes. Parfois je me demande si une certaine gauche ne serait pas d'extrême droite. Je me demande où se situent ceux qui défendent l'islamisme. S'indigner qu'on critique les dérives politiques d'une religion dont on impose la loi par la violence et la terreur, n'est-ce pas soutenir une forme de fascisme ? J'ai des doutes sur la gauche : ne serait-elle pas d'extrême droite à force de chasser en meute contre qui ne pense pas comme elle, à force de jouer les Fouquier-Tinville, l'accusateur public du Tribunal révolutionnaire à l'époque de la Terreur ?

J'ai des doutes, est-ce que vous en avez ?

La vie me laissait une chance, il était grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.
Sylvain Tesson, "Sur les chemins noirs", Gallimard nrf, 2016.

(1) Casterman, 2023.
(2) 24.1.2024.
https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial/editorial-la-polemique-sylvain-tesson-ou-lhypertrophie-du-champ-politique-1a1f54b6-bc14-11ee-8a7d-fa3ec2db0626

vendredi 26 janvier 2024

Changer de culture(s)

L'agriculture, en soi, ne va pas mal. Elle produit... Ce sont les agriculteurs (et la terre) qui vont mal. En tout cas, beaucoup d'entre eux. Certains, gros bonnets de l'agro-industrie, ont des revenus très confortables quand la plupart des autres ne parviennent pas à se dégager un salaire décent tout en travaillant six ou sept jours sur sept.
Le problème est ancien et a déjà suscité de nombreuses crises. Depuis longtemps, le secteur - largement subventionné - aurait dû remettre en question son fonctionnement (1). Il n'en est rien. Au contraire. Les syndicats agricoles majoritaires refusent de reconsidérer un système qui a montré ses limites, sinon sa folie, celle d'une agro-industrie de conception libérale qui continue à pousser ses travailleurs vers des monocultures en étendant toujours plus leurs superficies, en s'équipant toujours plus et en empoisonnant la terre sous prétexte de produire plus. Nourrir l'humanité n'a pas de prix. Sauf celui de leurs produits, achetés parfois en dessous de leur prix de revient par le secteur de la grande distribution et revendus avec des  « marges qui ne permettent pas une juste répartition de la richesse ». Un éleveur laitier du Nord dénonce « l’agro-industrie qui bénéficie de marges garanties quand nous, on doit répercuter la hausse des prix du gazole, de l’eau, du soja et du matériel » (2). Vincent Delobel,  jeune éleveur belge, constate que "l’agro-industrie augmente ses marges alors que les prix d’achat aux agriculteurs ne montent pas" (3). La majorité des consommateurs ne prête pas beaucoup d'intérêt au sort des agriculteurs. "On a habitué les Français à se nourrir pour pas cher. Ils ont oublié la valeur de leur alimentation, peste un agriculteur (2). Payer quelques centimes de plus leur semble insurmontable, alors qu’ils achètent des chaussures à 150 euros et des abonnements téléphoniques hors de prix. »  

« On marche sur la tête, estime un agriculteur. C’est tout le modèle agricole actuel qu’il faut changer. » (2) Mais la FNSEA, le syndicat agricole largement majoritaire en France, ne fait que le conforter, ce modèle. Pas l'ombre d'une autocritique sur "ce vaste merdier" qu'est devenue l'agriculture", pour reprendre le titre d'un livre du journaliste Fabrice Nicolino. Xavier Beulin a présidé la FNSEA de 2010 jusqu'à sa mort en 2017. Il était président du conseil d'administration du groupe Avril2 (anciennement Sofiprotéol), groupe agroindustriel international (chiffre d'affaires 7 milliards d'euros en 2013) de la filière oléagineuse et protéagineuse. Wikipedia le présente comme "homme d'affaires, actionnaire, administrateur, lobbyiste, syndicaliste, industriel, financier". Comment un tel personnage aurait-il pu faire sortir l'agriculture française de sa folie productiviste ? Il y avait des intérêts totalement opposés. La FNSEA est le seul syndicat à pousser ses adhérents dans le mur. Depuis une éternité, tous les ministres français de l'Agriculture ont mené des politiques voulues par la FNSEA.
On comprend la colère des agriculteurs qui travaillent comme des forçats pour des revenus misérables, mais il est urgentissime que l'agriculture dite traditionnelle (paradoxalement, il s'agit de celle qui n'a plus grand-chose à voir avec les traditions) change radicalement ses pratiques. 

La Confédération paysanne, syndicat agricole d'une tout autre approche, affirme sa solidarité avec les mouvements actuels et estime que "la colère exprimée est légitime, tant le problème de la rémunération du travail paysan est profond". Elle appelle "à se mobiliser et à porter des solutions durables de sortie de crise et de système".  Son  mot d'ordre : « Un revenu digne pour tous les paysans et paysannes » et « Rompre avec le libre-échange ». Elle constate que "l'agriculture française tourne en rond depuis des décennies derrière la sacro-sainte « compétitivité » chère à l'agrobusiness et aux marchés mondialisés. Résultat : un plan de licenciement massif dramatique qui tue nos campagnes".
La Confédération paysanne demande "d'urgence une loi interdisant tout prix agricole en-dessous de nos prix de revient et la fin immédiate des négociations d'accord de libre-échange".
"Les gouvernements successifs et la FNSEA ont mené conjointement l'agriculture dans l'impasse actuelle d'un système économique ultralibéral, inéquitable et destructeur. Nous alerterons nos collègues sur le mirage de la « suppression des normes » et celui du « complément de revenu » par la production d'énergies." La Confédération estime qu'une simplification administrative est nécessaire, mais qu'il ne faut pas se tromper de cible. "La demande de la majorité des agriculteurs et agricultrices qui manifestent est bien celle de vivre dignement de leur métier, pas de nier les enjeux de santé et de climat ou de rogner encore davantage sur nos maigres droits sociaux." (...)  "Ce dont nous avons besoin, c'est de s'attaquer aux racines du problème en offrant plus de protection sociale et économique aux agricultrices et agriculteurs."
Ses demandes : "Instauration de prix garantis pour nos produits agricoles, mise en place de prix minimum d'entrée sur le territoire national, accompagnement économique à la transition agroécologique à la hauteur des enjeux, priorité à l'installation face à l'agrandissement, arrêt de l'artificialisation des terres agricoles". C'est à ces conditions que le monde agricole sortira du marasme dans lequel il (s')est plongé. (4)

Comme toujours, pour beaucoup d'agriculteurs en colère, le coupable est tout trouvé : c'est la faute de l'Union européenne et de ses frontières ouvertes. L'extrême droite nationaliste, en France comme en Allemagne, espère récupérer ce ras-le-bol et répète sa haine de l'Europe. Alors que c'est précisément plus d'Europe qui sauvera l'agriculture, plus d'harmonisation des règles et des législations. Où était le président du Front du Rassemblement national quand était discutée la PAC ?  Aujourd'hui, il se balade de ferme en ferme avec ses belles bottes. Il cause, il pérore, il parade. Bien plus qu'au Parlement européen où  il a toujours brillé par son absence (*). Une tradition dans la famille  Le Pen.

Les maires, quasiment tous, soutiennent sans condition le combat des agriculteurs. Même ceux qui ont refusé un label bio dont peut se targuer leur commune. Même ceux qui s'opposent à la loi ZAN qui entend interdire de nouvelles artificialisations des sols au détriment des terres agricoles.

Les agriculteurs se plaignent d'un excès de règlementations à devoir respecter, notamment dans le domaine environnemental. Ils souffrent, c'est indéniable, des dommages causés par le dérèglement climatique. Dont ils sont aussi responsables. Pour que soit visible leur colère, certains brûlent des pneus. C'est le cas ici tout près, en Haute-Vienne,  vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec l'aide d'un garagiste si content de s'en débarrasser. Quel est le message ? L'environnement, on l'emmerde ? Ça, ça fait longtemps qu'on l'avait compris. Oui, "c’est tout le modèle agricole actuel qu’il faut changer". Et sa culture. Dans tous les sens du terme.

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2013/10/fort-minables.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/09/adieu-veaux-vaches-cochons.htmlhttps://moeursethumeurs.blogspot.com/2014/11/basse-cour.html
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/01/25/sur-les-barrages-des-agriculteurs-on-marche-totalement-sur-la-tete-c-est-tout-le-modele-agricole-actuel-qu-il-faut-changer_6212867_3234.html
(3) https://www.lavenir.net/regions/wallonie-picarde/2024/01/26/vincent-delobel-eleveur-a-havinnes-lagro-industrie-augmente-ses-marges-alors-que-les-prix-dachat-aux-agriculteurs-ne-montent-pas-U5TO5GIKNZAVBLUQVBPP6G63VI/
(4) https://confederationpaysanne.fr/actu.php?id=14096
(*) "La vocation de Jordan n'est pas d'être toujours à user ses fonds de pantalon sur les bancs de l'hémicycle. Il a rendez-vous avec l'Histoire prochainement ou dans quelques années, quelques décennies." Propos de l'eurodéputée RN Mathilde Androuët, excusant l'absentéisme de Bardella au Parlment européen (France 2, 18.1.2024). Faut-il en rire ou en pleurer ?


mercredi 24 janvier 2024

Père Ubu is alive

Tous les qualificatifs négatifs semblent lui coller à cette peau qu'il a orange : agressif, menteur, suffisant, manipulateur, escroc, violeur, vantard, vulgaire, dédaigneux, inculte, égocentrique, colérique, méprisant, grossier, malhonnête, menaçant, profiteur, incompétent. On n'en fera pas le tour. Donald Ubu Trump sera le candidat du Parti républicain qui connaît parfaitement la noirceur de l'individu mais estime que la fin (la victoire) justifie les moyens (un personnage abject) et qu'il n'y a aucune honte si le pire candidat est considéré comme le meilleur.

Hier, les électeurs républicains du New Hampshire l'ont placé largement en tête. Mais l'Affreux ne décolère pas : il reste toujours une candidate qui brigue la même place que lui. Il a tempêté contre Nikki Haley qui refuse de laisser tomber. Elle pourrait se retrouver bientôt visée par une "enquête", a-t-il menacé. Il aussi promis de se venger de ceux qui le fâchent. Mais qui donc le fâche ? La question devrait être posée autrement : qui donc ne le fâche pas ? Sans doute uniquement celles et ceux qui se prosternent devant lui. Mais il y a sûrement beaucoup d'exceptions. Et tous les autres devront craindre sa colère sous forme de vengeance. Qui n'est pas totalement avec lui est contre lui. 
L'homme est poursuivi par la justice pour d'innombrables accusations : association de malfaiteurs, conspiration, fraude électorale, mise en danger de la défense nationale, moeurs, sans compter les procès civils. Ici encore, la liste est longue, mais elle ne rebute pas les électeurs républicains qui le vénèrent.

Résumons-nous : la démocratie ne laisse pas de nous étonner.

Ceux qui seront condamnés à mort, je les passerai dans la trappe, ils tomberont dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on les décervèlera. 
"Ubu Roi", Alfred Jarry